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Full text of "Institutions liturgiques"

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Brigham  Young  University 


DANIEL    C.    JACKL1NG    LIBRARY 

IN    THE 

FIELD   OF    RELIGION 


1 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2011  with  funding  from 
Brigham  Young  University 


http://www.archive.org/details/institutionslitu021970gu 


INSTITUTIONS 


LITURGIQUES. 


INSTITUTIONS 


"1 


s 


PAR 


LE  R.  P.  DOM  PROSPER   GIÉRANGER, 


ABBE  DE  SOLESMES. 


Sanas  Poutificii  Jurîs  et  sacrae  Liturgie 
traditioues  labescentes  confonde, 


TOME  SECOND. 


AU  MANS, 

CHEZ  FLEURIOT, 

1MP.  -LIBRAIRE  -  ÉDITEUR  , 

PRÈS  tA   PRÉFECTURE, 


A  PARIS, 

CHEZ  DÉBECOURT, 

LIBRAIRE  , 

ROE    DES  SÀINTS-PÈJIES  ,    69. 


M,  ne  ce  xi  i 


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uip.  de  riEcnioi,  Ai'  jums. 


THE  L/B^^y       mMm^ 
„,u  vnr/M?  UNIVERSITÉ 


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PRÉFACE. 


En  donnant  enfin  au  public  le  second  volume 
de  nos  Institutions  Liturgiques ,  nous  éprouvons 
le  besoin  de  justifier  le  retard  que  nous  avons 
mis  à  satisfaire  a  des  engagements  réitérés. 

Certes ,  nous  pouvons  nous  rendre  ce  témoi- 
gnage, que  notre  bonne  volonté  est  demeurée  en- 
tière; mais  nos  forces  affaiblies  par  un  long  mal- 
aise n'ont  pas  servi  notre  courage ,  et  nous  avons 
vu  les  mois,  et  presque  les  années,  s'accumuler, 
sans  nous  rendre  cette  vigueur  qui  pourtant  nous 
était  nécessaire  pour  achever  la  rude  tâche  que 
nous  nous  étions  imposée. 

D'un  autre  côté,  les  nécessités  du  plan  que  nous 
nous  sommes  tracé,  exigeant  impérieusement  que 
nous  ne  fissions  pas  trop  attendre  la  dernière  partie 
de  cette  Introduction  Historique ,  il  nous  a  fallu 
subir  les  exigences  du  sujet ,  et ,  partant ,  donner 
au  présent  volume  une  dimension  presque  double 
de  celle  à  laquelle  nous  avions  cru  devoir  étendre 
le  premier. 

Du  moins ,  ce  long  délai ,  durant  lequel  nous 
avons  reçu  les  instances  les  plus  vives  et  les  plus 


VI  PRÉFACE. 

multipliées  pour  la  continuation  de  l'ouvrage,  aura 
servi  à  manifester  l'intérêt  qui  désormais  paraît 
devoir  s'atlacher  aux  études  liturgiques  si  long- 
temps éclipsées  en  France.  Assurément ,  lorsque 
nous  prîmes  la  plume  pour  écrire  sur  ces  matières, 
nous  étions  loin  de  nous  attendre  que  notre  faible 
travail  dut  exciter  aussi  vivement  l'attention  des 
catholiques  ,  et  que  le  siècle  fût  eu  mesure  de  té- 
moigner tant  de  sympathie  pour  une  œuvre  que 
plusieurs  pouvaient  croire  surannée  dans  son  ob- 
jet, et  que  certains  symptômes  semblaient  signaler 
h  l'opinion  comme  étant  tout  au  moins  dépourvue 
de  ce  qu'on  est  convenu  d'appeler  aujourd'hui  ac- 
tualité. 

Nous  bénissons  le  Père  des  lumières  qui  a  bien 
voulu  qu'il  en  fût  autrement;  car  ce  travail  a 
été  entrepris  dans  des  internions  pures,  et  ce  nous 
est  une  grande  joie  de  voir  se  préparer  un  retour 
vers  l'élude  et  l'amour  des  pieuses  traditions  des 
âges  catholiques.  Profès  d'un  Institut  qui  place  en 
tète  de  tous  ses  devoirs  le  Service  Liturgique, 
il  est  naturel  que  nos  désirs  et  nos  efforts  se 
tournent  vers  ce  but  auquel  nous  avons  voué  avec 
bonheur  notre  vie  loute  entière. 

Mais  avant  d'ouvrir  la  source  des  mélodies,  avant 
d'expliquer  les  mystères  célestes,  il  nous  Aillait 
tracer  un  tableau  général  des  vicissitudes  de  la 
Liturgie,  raconter  sa  marche  à  travers  les  siècles, 


PRÉFACE.  TO 

son  admirable  progrès,  ses  altérations  en  quelques 
lieux  ;  arriver  ainsi  à  établir  l'aspect  général  de 
cette  immense  forme  du  catholicisme.  Cet  aperçu, 
ainsi  que  nous  l'avons  dit  ailleurs ,  était  indispen- 
sable ,  tant  pour  asseoir  sur  la  base  inébranlable 
des  faits  la  partie  didactique  de  l'ouvrage  tout  en- 
tier, que  pour  subvenir  aux  besoins  des  personnes 
qui  ne  possèdent  point  un  ensemble  sur  la  matière 
des  faits  liturgiques. 

Et  le  nombre  de  ces  personnes  est  plus  grand 
que  nous  ne  l'aurions  pensé.  On  rencontre  des 
hommes  versés  dans  les  sciences  ecclésiastiques , 
récitant 'chaque  jour  les  Heures  Canoniales  dans 
un  Bréviaire ,  célébrant  la  sainte  Messe  dans  un 
Missel ,  et  avouant  avec  simplicité  ne  s'être  jamais 
préoccupés  de  savoir  les  noms  des  rédacteurs  de 
ce  Bréviaire  ,  de  ce  Missel ,  qu'ils  ont  sans  cesse 
entre  les  mains.  Bien  plus,  un  écrivain  exact,  et 
môme  minutieux,  l'auteur  des  Mémoires  pour  ser- 
vir à  l'Histoire  Ecclésiastique  pendant  te  XVIII* 
siècle,  en  est  venu  jusqu'à  omettre,  dans  son  livre, 
le  récit  d'un  si  grand  fait  que  le  changement  de  la 
Liturgie  dans  l'Eglise  de  France  au  XVIIIe  siècle. 
C'est  à  peine  si  on  trouve,  dans  ses  quatre  volumes, 
quelques  mots  épars ,  à  l'aide  desquels  on  puisse 
se  douter  qu'une  révolution  quelconque  ait  eu 
lieu  chez  nous  dans  les  choses  du  Service  Divin, 
tandis  qu'il  est  matériellement  incontestable  que 

B 


VIII  PRÉFACE. 

rien  d'aussi  grave  sous  ce  rapport  ne  s'était  opéré 
dans  nos  églises,  depuis  l'époque  de  Charlemagne. 
L'histoire  des  deux  derniers  siècles  liturgiques 
devra  donc  paraître  quelque  peu  étrange  à  cer- 
tains esprits  préoccupés  qui  n'aiment  pas  qu'on 
les  dérange,  ou  qu'on  trouble  leur  quiétude,  11  est 
des  hommes  qui  voudraient  qu'on  ne  parlât  jamais 
des  choses  auxquelles  ils  n'ont  pas  l'habitude  de 
songer,  et  qui  se  trouvent  portés  à  nier  de  prime- 
abord  ce  qu'ils  ne  rencontrent  pas  dans  leurs 
souvenirs.  Quoi  qu'il  en  soit  de  l'effet  que  peut  pro- 
duire sur  ces  derniers  la  lecture  de  cette  histoire, 
nous  nous  flattons  du  moins  que  les  lecteurs  sans 
préjugés  rendront  justice  aux  efforts  qu'il  nous 
a  fallu  faire  pour  en  rassembler  les  matériaux, 
tout  imparfait  d'ailleurs  que  puisse  leur  sembler  le 

résultat. 

Mais  il  est  un  avertissement  que  nous  croyons 
devoir  déposer  ici  pour  l'utilité  de  plusieurs  per- 
sonnes. Il  consistera  tout  simplement  à  dire  que 
quiconque  n'est  pas  lamiliarisé  avec  l'histoire  du 
Jansénisme ,  ne  saurait  jamais  qu'imparfaitement 
saisir  la  situation  de  l'Eglise  de  France  au  dix- 
huitième  siècle.  Si  donc  on  avait  oublié  la  Dis- 
tinction du  fait  et  du  droit,  le  Cas  de  conscience . 
les  Réflexions  morales,  le  Problême  Ecclésiastique 
Y  Appel  et  le  Réappel,  les  lléxaples  de  la  Cons- 
titution, le  Figurisme,  le  Secourisme ,  la  Venin 


PRÉFACE.  IX 

d'Elie ,  etc.  ;  si  on  ne  savait  plus  ce  que  la  secte 
appelait  la  Vérité,  Y  Obscurcissement;  si  on  ne  s'é- 
tait pas  familiarisé  avec  les  Bulles  Vineam  Domini 
Sabaoth, — Unigcnitus, — Auctorem  fidei  ;  si  on  était 
porté  à  confondre  les  Evêques  constitutionnaires 
et  les  Evêques  constitutionnels ,  etc.,  etc.,  il  fau- 
drait bien  s'attendre  à  trouver  quelques  étrangetés 
dans  notre  histoire  liturgique.  Depuis  bientôt  deux 
siècles ,  le  Jansénisme  est  le  grand  fait  religieux 
de  l'Eglise  de  France  ;  et  ses  influences  qui,  grâces 
à  Dieu  ,  s'en  vont  s'éteignant  de  jour  en  jour,  ont 
été  incalculables.  Dieu  permettra,  sans  doute,  que 
les  derniers  restes  de  celte  ivraie  maudite  dispa- 
raissent bientôt  du  champ  du  Père  de  famille; 
mais  il  nous  semble  grandement  salutaire  que  les 
Catholiques  n'oublient  pas  trop  vite  les  artifices  de 
leurs  ennemis.  Le  Jansénisme  a  été  le  Protestan- 
tisme de  notre  pays,  le  seul  qui  ait  su  se  faire  ac- 
cepter ;  il  importe  donc  qu'on  s'en  souvienne. 

Pour  en  revenir  au  présent  volume ,  certaines 
personnes  remarqueront  peut-être  qu'il  est  écrit 
avec  quelque  chaleur  ;  nous  ne  pensons  pas  cepen- 
dant qu'elles  aillent  jusqu'à  s'en  plaindre.  Dans  ce 
cas,  nous  leur  répondrions  que  la  conviction  seule 
nous  ayant  porté  à  l'écrire ,  il  nous  devenait  tout 
aussi  impossible  de  ne  pas  montrer  cette  conviction 
dans  nos  paroles ,  que  de  tracer  même  une  seule 
ligne,  du  moment  où  il  ne  nous  eût  pas  semblé  cvi- 


X  PRÉFACE. 

dent  que  la  cause  que  nous  soutenons  est  la  bonne 
cause.  Certes,  s'il  y  a  lieu  de  s'étonner  de  quelque 
chose  en  ce  monde,  c'est  de  voir  la  vérité  et  la  jus- 
tice défendues  mollement  par  les  hommes ,  eux 
qui  sont  si  ardents  au  maintien  de  leurs  droits  et 
de  leurs  prétentions  personnelles.  Les  Livres  saints 
et  les  écrits  des  Pères  déposent  énergiquement  en 
faveur  du  langage  sincère  et  sans  ménagement  qui 
doit  être  employé  par  l'homme  de  foi ,  dès  qu'il 
s'agit  de  Dieu  ou  de  son  Eglise. 

Et,  après  tout,  qui  de  nous  porte  donc  aujour- 
d'hui un  si  tendre  intérêt  au  Jansénisme  et  à  ses 
œuvres,  pour  se  scandaliser  du  zèle  qu'un  auteur 
catholique  mettrait  à  les  démasquer  et  h  les  pour- 
suivre ?  Nous  ne  sommes  plus  à  l'époque  où  cette 
secte  travaillait  à  se  faire  passer  pour  un  fantôme, 
et  y  réussissait  dans  l'esprit  d'un  si  grand  nombre 
de  personnes.  Aujourd'hui,  le  Jansénisme  est  pour 
jamais  inauguré  au  Dictionnaire  des  Hérésies , 
h  côté  de  l'Arianisme,  du  Pélagianisme,  et  du  Cal- 
vinisme son  frère. 

Nous  trouverait-on  amer  contre  les  nouvelles 
Liturgies  ?  Miais  si  elles  sont  pour  la  plupart 
l'œuvre  de  mains  Jansénistes,  pourquoi  devrions- 
nous  respecter  les  fruits  ,  quand  il  nous  est 
enjoint  de  maudire  l'arbre  ?  Parce  que  le  dix- 
huitième  siècle  les  a  produites  pour  la  plupart , 
devrons -nous  leur  sacrifier  sans  résistance  le  i  e- 


PRÉFACE.  XI 

cueil  des  chants  chrétiens,  centonisé  par  saint 
Grégoire ,  et  devenu  l'expression  de  la  foi  et  de  la 
piété  depuis  mille  ans ,  dans  toute  la  chrétienté 
occidentale?  Et  encore  quelle  critique  plus  san- 
glante pourrions-nous  faire  d'une  œuvre  toute 
humaine,  entachée  d'esprit  de  parti,  de  prétention 
nationale,  et  surtout  d'esprit  presbytérien,  que  celle 
qu'on  a  osé  faire  de  la  Liturgie  Romaine ,  lors- 
qu'on l'a  mutilée,  parodiée 3  expulsée  enfin  de 
nos  Eglises ,  comme  si  elle  n'eût  pas  eu  pour 
elle  l'antiquité  et  l'autorité  que  donnent  la  tradi- 
tion ?  S'il  a  pu  être  permis  de  refaire  a  neuf  les 
prières  séculaires  de  la  chrétienté  ,  et  de  donner 
cet  attentat  comme  un  progrès  sublime  de  la  chose 
religieuse,  iL  nous  sera  bien  permis  sans  doute 
d'environner  de  notre  amour  ces  antiques  formes 
de  la  piété  de  nos  pères ,  qui  sont  encore  celles  de 
la  religion  de  toute  l'Eglise  Latine,  de  les  défendre 
sans  faiblesse ,  et  de  peser  au  poids  du  sanctuaire 
ce  qu'on  leur  a  substitué. 

Au  reste  ,  dans  celte  lutte  laborieuse  ,  nous  ne 
paraîtrons  pas  seul.  De  nobles  champions ,  à  la 
tête  desquels  on  verra  briller  l'illustre  Languet , 
Archevêque  de  Sens,  le  marteau  du  Jansénisme , 
entreront  avec  nous  dans  la  lice  ,  et  pas  une  pa- 
role ne  sortira  de  noire  bouche  qui  ne  soit  l'écho 
des  doctrines  expresses  de  ces  vaillants  antago- 
nistes de  l'hérésie  Anti4itumiste9  au  dernier  siècle. 


XII  PRÉFACE. 

Enfin ,  si  notre  accent  est  quelquefois  sévère , 
c'est  encore  parce  que  nous  ne  saurions  nous  ré- 
soudre à  contempler  de  sang-froid  les  ravages  que 
les  changements  liturgiques  de  ces  derniers  temps 
ont  fait  dans  les  habitudes  de  la  piété  catholique, 
en  France  ;  l'altération  des  Offices  divins ,  l'oubli 
du  symbolisme  des  cérémonies,  la  destruction  des 
chants  antiques ,  le  refroidissement  de  la  dévotion 
à  la  Sainte  Vierge  et  aux  Saints  ;  et,  ce  qui  met  le 
comble  à  tout,  l'intelligence  des  mystères,  si  ample 
et  à  la  fois  si  facile  par  la  Liturgie ,  ravalée  pour  la 
plupart  des  fidèles  a  la  mesure  de  ces  innombrables 
petits  livres  qui  inondent  de  plus  en  plus  la  librairie 
religieuse. 

Mais,  diront  quelques-uns,  pourquoi  révéler 
au  grand  jour  une  telle  situation?  Pourquoi?  afin 
d'aider  à  y  mettre  un  terme  ;  afin  d'empêcher9  en 
si  faible  mesure  que  ce  soit ,  qu'elle  ne  s'aggrave 
encore.  Au  reste ,  dans  cette  histoire ,  c'est  à  des 
morts  surtout  que  nous  avons  à  faire ,  et  si  nousj 
avons  cru  devoir  relever  quelques  faits  contempo- 
rains, nous  ne  l'avons  fait  qu'en  écartant  soigneu- 
sement les  noms  des  personnes.  Toutes  les  fois 
aussi  que  la  marche  de  notre  narration  nous  a  mis 
à  même  de  raconter  le  bien  qui  s'est  fait,  et  se 
fait  encore ,  de  constater  les  indices  consolants  et 
déjà  si  nombreux  d'un  retour  aux  anciennes  formes 
de  la  prière  et  du  culte  divin,  nous  nous  sommes 


l'RÉFACE.  XIII 

étendu  avec  complaisance  sur  ces  récits ,  nous  en 
avons  fait  ressortir  avec  joie  toute  la  portée. 

Mais  il  était  nécessaire  que  nous  entrassions  tout 
d'abord  avec  franchise  dans  la  question  des  causes 
de  la  révolution  liturgique  du  siècle  dernier,  et  que 
nous  montrassions  la  véritable  raison  des  chan- 
gements à  l'aide  desquels  il  se  fait  que  nos  Eglises 
se  présentent  aujourd'hui  tout  aussi  modernisées 
sous  le  rapport  des  prières  qu'on  y  récite  et  des 
cantiques  qu'on  y  chante,  que  sous  celui  de  leur 
architecture,  de  leur  décoration  et  de  leur  ameuble- 
ment. Il  fallait  prendre  les  devants  sur  les  hommes 
de  la  science  laïque  et  même  profane  qui  s'apprê- 
taient à  se  lancer,  au  nom  de  la  poésie  et  des  ori- 
gines nationales ,  sur  le  champ  de  la  Liturgie , 
comme  ils  ont  déjà ,  au  nom  de  l'art  du  moyen- 
âge,  envahi  nos  édifices  sacrés.  Mieux  valait  donc 
convenir  sincèrement  des  aberrations  d'un  siècle 
que  personne  n'ose  plus  défendre,  et  montrer  dès 
l'abord  que  nous ,  hommes  d'Eglise  ,  n'avons  pas 
besoin  d'un  secours  étranger  pour  interpréter  nos 
livres,  ni  des  leçons  d'autrui  pour  reconnaître  ce 
qui  reste  à  faire,  en  notre  temps,  quand  on  vou- 
dra aussi  restaurer  ces  livres  et  y  rétablir  les  droits 
de  l'antiquité ,  et  les  glorieux  avantages  de  l'uni- 
versalité. N'était-il  pas  urgent  de  montrer  que 
cette  déviation  malheureuse  n'est  point  notre  ou- 
vrage ;  que  si  nous  sommes  réduits  à  en  subir  les 


X1Y  MtÉFAeE. 

conséquences,  la  faute  en  est,  pour  la  plus  grande 
partie,  dans  les  obstables  matériels  que  nous  avons 
hérités  d'un  autre  âge,  et,  pour  le  reste,  dans  ces 
préjugés  de  Liturgie  perfectionnée  qui  nous  ont 
bien  été  imposés  avec  l'éducation ,  mais  qui  s'ef- 
facent de  jour  en  jour,  comme  tant  d'autres ,  pour 
faire  place  à  une  appréciation  plus  large  des  ins- 
titutions catholiques.  Oui,  nous  le  disons  avec  sin- 
cérité, nous  penserons  avoir  rendu  un  service,  si, 
en  nous  jetant  ainsi  dans  ces  questions  de  l'histoire 
et  de  la  forme  liturgiques ,  nous  parvenons  a  oc- 
cuper la  place,  et  a  prévenir  l'invasion  de  ces  lit- 
térateurs ,  historiens ,  poètes  ,  artistes ,  et  autres , 
dont  le  demi-savoir  et  l'incompétence  produisent 
journellement  tant  d'inconvénients  dans  les  pu- 
blications, périodiques  ou  non,  qu'un  zèle,  souvent 
très  louable  en  lui-même,  leur  fait  entreprendre. 
Toutefois,  nous  éprouvons  le  besoin  de  protester 
contre  un  abus  dans  lequel ,  malgré  nous ,  la  lec- 
ture de  notre  livre  pourrait  peut-être  entraîner 
quelques  personnes.  Il  ne  serait  pas  impossible 
que  certains  Ecclésiastiques,  apprenant  par  nos 
récits  l'origine  peu  honorable  de  tel  ou  tel  livre 
liturgique  en  usage  dans  leur  diocèse  depuis  un 
siècle,  crussent  faire  une  œuvre  agréable  à  Dieu 
en  renonçant  avec  éclat  à  l'usage  de  ces  livres. 
Notre  but  n'est,  certainement,  pas  d'encourager  de 
pareils  actes  qui  n'auraient  guère  d'autre  résultat 


PRÉFACE.  XV 

final  que  de  scandaliser  le  peuple  fidèle ,  et  d'é- 
nerver le  lien  sacré  de  la  subordination  cléricale. 
Pour  produire  un  bien  médiocre,  on  s'exposerait 
à  opérer  un  mal  considérable.  Nous  désavouons 
donc  à  l'avance  toutes  démonstrations  imprudentes 
et  téméraires,  propres  seulement  à  compromettre 
une  cause  qui  n'est  pas  mûre  encore.  Sans  doute , 
notre  intention  est  d'aider  a  l'instruction  de  cette 
cause ,  et  nous  la  voudrions  voir  jugée  déjà  et 
gagnée  par  la  tradition  contre  la  nouveauté  ;  mais 
une  si  grande  révolution  ne  s'accomplira  qu'à 
Paide  du  temps  ,  et  la  main  de  nos  Evoques  devra 
intervenir,  afin  que  toutes  choses  soient  comme 
elles  doivent  être  dans  cette  Eglise  de  Dieu  qu'il 
leur  appartient  de  régir. 

Tel  est  notre  avis  que  nous  déposons  ici  pour 
la  décharge  de  notre  conscience  ,  nous  souvenant 
de  notre  qualité  de  membre  indigne  du  Clergé 
Régulier,  lequel  a  dans  tous  les  temps  témoigné  de 
son  attachement  inviolable  à  l'Ordre  Hiérarchique, 
sans  croire  parla  porter  atteinte  aux  privilèges  dont 
la  discipline  générale  de  l'Eglise  l'a  investi  ;  tandis 
qu'on  a  vu  constamment  les  docteurs  du  Presby- 
térianisme ,  guidés  par  un  secret  instinct ,  con- 
fondre dans  une  même  aversion  la  prérogative  di- 
vine de  l'Episcopat  et  les  droits  concédés  aux  corps 
privilégiés.  Nous  en  appelons,  sur  ce  point,  à 
l'histoire  des   controverses  qui  s'agitèrent ,   en 


XYI  PRÉFACE. 

France ,  aux  dix-septième  et  dix-huitième  siècles, 
sur  la  Hiérarchie  et  ses  applications.  Ce  qui  nous 
perd  aujourd'hui ,  c'est  l'ignorance  de  ce  passé , 
sans  lequel,  pourtant,  on  espérerait  en  vain  com- 
prendre et  terminer  les  questions  présentes. 

Il  ne  sera  peut-être  pas  inutile  de  répéter  ici 
ce  que  nous  avons  déjà  dit  ailleurs ,  savoir  que  , 
dans  cette  Introduction  Historique,  nous  touchons 
un  grand  nombre  de  questions,  sur  lesquelles  nous 
sommes  amenés  à  prendre  un  parti  ,  sans  que  la 
marche  du  récit  nous  permette  de  nous  arrêter 
assez  pour  motiver  notre  avis.  Si  quelquefois  le 
lecteur  avait  peine  à  se  rendre  compte  des  rai- 
sons qui  nous  déterminent  pour  telle  ou  telle  con- 
clusion ,  nous  le  prierions  d'attendre  le  dévelop- 
pement même  de  l'ouvrage  ;  il  n'est  pas  une  seule 
des  questions  soulevées  dans  l'Introduction ,  qui 
ne  doive  être  discutée  dans  la  partie  didactique  de 
notre  travail.  On  peut  revoir  le  plan  de  l'ouvrage 
entier  dans  la  préface  du  premier  volume. 

On  nous  a  prié  de  caractériser  la  nature  et  l'é- 
tendue de  la  réaction  liturgique  du  dix-huitième 
siècle;  c'était  déjà  notre  intention,  et  nous  croyons 
même  que  rien  ne  sera  plus  utile ,  quand  ,  d'une 
manière  précise,  nous  en  viendrons  a  l'explication 
détaillée  des  Offices  divins,  que  de  placer  jour  par 
jour,  en  regard  des  formules  de  l'antiquité ,  les 
innombrables  pièces  nouvelles  qu'on  y  a  substi- 


PRÉFACE.  XTII 

tuées,  en  France.  La  science  liturgique,  comme 
toute  science  de  faits ,  avance  principalement  par 
la  réunion  et  la  comparaison  des  données  posi- 
tives ;  c'est  ce  qui  nous  a  porté  à  ne  rien  négliger 
pour  procurer  à  notre  ouvrage  les  compléments 
dont  il  a  besoin  pour  être ,  autant  que  nos  forces 
nous  le  permettront ,  une  véritable  Somme  litur- 
gique. Ainsi  nous  n'interrogerons  point  seulement 
les  anciennes  Liturgies  de  l'Orient  et  de  l'Occi- 
dent ;  mais  nous  étudierons ,  dans  le  plus  grand 
détail ,  les  produits  de  notre  fécondité  nationale 
en  ce  genre,  à  partir  du  Bréviaire  de  Cluny,  de 
1686,  jusqu'aux  récents  Bréviaires  que  notre  siècle 
a  vu  paraître. 

Nous  avons  déjà  dit  et  nous  répétons  ici  volon- 
tiers que  nous  nous  ferons  un  devoir  de  répondre 
franchement  aux  observations  ou  réclamations  qui 
nous  seraient  adressées  ;  la  préface  du  volume  sui- 
vant contiendrait  nos  éclaircissements  sur  les  points 
contestés,  ou  même,  s'il  y  avait  lieu,  les  rectifi- 
cations qu'une  plus  ample  instruction  delà  matière 
nous  mettrait  à  même  de  fournir. 

Jusqu'ici  du  moins,  nous  le  disons  en  toute  sim- 
plicité ,  nous  n'avons  recueilli  que  des  suffrages 
bienveillants.  Pour  ne  parler  que  de  la  France,  les 
encouragements  directs  que  nous  ont  transmis 
plusieurs  de  nos  Archevêques  et  de  nos  Evèques, 
h  sympathie  que  d'autres  Prélats  nous  ont  fait 


XVIII  PRÉFACE. 

témoigner,  l'assentiment  d'un  nombre  très  consi- 
dérable des  membres  les  plus  éclairés  du  Clergé 
du  second  ordre,  toutes  ces  choses  sont  pour  nous 
le  motif  d'une  consolation  d'autant  plus  grande , 
que  nous  n'avons  fait  aucune  démarche  pour  nous 
attirer  ces  honorables  témoignages  de  satisfaction. 
Nous  ne  formons  maintenant  d'autre  vœu  que  celui 
de  nous  en  rendre  digne  de  plus  en  plus. 

Le  public  laïque  a  accueilli  les  Institutions  Li- 
turgiques avec  un  empressement,  sur  lequel,  nous 
le  répétons  ,  nous  étions  loin  de  compter.  La 
presse  catholique  s'est  exprimée  avec  la  plus  pré- 
cieuse et  la  plus  rare  unanimité  en  faveur  du 
retour  aux  anciennes  et  véritables  traditions  du 
service  divin,  et  nos  faibles  efforts  vers  ce  but  ont 
été  récompensés  à  l'excès ,  par  les  articles  qu'ont 
bien  voulu  consacrer  à  notre  livre  les  Annales  de 
Philosophie  Chrétienne  ,  Y  Université  Catholique, 
VAmi  de  la  Religion ,  l'Univers,  etc. 

Mais  ce  qui  nous  a  semblé  encore  plus  digne  de 
remarque,  a  été  devoir  notre  livre  et  ses  doctrines 
devenir ,  dans  un  journal  anglican  v  l'objet  non 
seulement  d'une  attention  sérieuse ,  «pais  d'une 
sympathie  presque  catholique.  Le  Britisch  Critic, 
organe  solennel  et  véritablement  grave  du  Clergé 
de  YEglise-établie  3  dans  ie  n°  d'octobre  1841  , 
après  avoir  développé  les  plus  hautes  considéra- 
tions sur  l'importance  de  la  Forme  Religieuse , 


PRÉFACE.  XIX 

conclut  ainsi  le  long  et  bienveillant  article  qu'il 
a  consacré  a  noire  premier  volume  : 

«  Toutes  formes  donc  ,  anlant  qu'elles  sont  re- 
»  ligieuses  ,  étant  des  symboles  des  choses  spiri- 
»  tuelles  ,  l'uniformité  ,  comme  nous  le  rappelle 
»  l'Abbé,  en  doit  être  la  condition,  et  par  là  même 
»  le  gage  de  Y  unité  de  l'Esprit.  (1)  En  effet ,  pour 
»  employer  les  propres  paroles  de  l'Archidiacre 
»  Manning  ,  n' est-il  pas  certain  que  l'uniformité 
»  est  le  tangage  symbolique  et  silencieux  de  l'unité? 
»  Y  a-t-i!  quelque  loi  dans  l'œuvre  de  Dieu  qui  n'ait 
»  sa  propre  forme  invariable  ?  Qu'est-ce  que  la 
»  variété  de  la  nature ,  si  non  l'expression  uniforme 
»  d'une  variété  de  lois,  et  non  pas  l'expression  va- 
»  riée  d'une  seule  loi  ?  Là  où  il  n'y  a  qu'un  cœur,  il 
»  n'y  aura  aussi  qu'une  voie,  a  dit  Jérémie  (2).  En 
»  conséquence ,  l'Abbé  condamne  la  variété  des 
»  rites  dans  l'Eglise  ;  il  la  poursuit  comme  un 
»  manque  d'appréciation  de  l'importance  de  l'unité 
»  chrétienne,  et  il  propose  de  surmonter  la  diffi- 
»  culte  en  prenant  Home  pour  centre.  Ici ,  il  ouvre 
»  une  question  dans  laquelle  nos  lecteurs  nous 
»  pardonneront  certainement  de  ne  pas  nous  en- 
»  gager,  à  la  fin  d'un  long  article.  Nous  nous  bor- 
»  aérons  donc  pour  le  présent ,  à  dire  que  ,  quant 

(1)  Eph.  ÏV.  5. 

(2)  Jerem.  XXXÏI.  39. 


XX  PRÉFACE. 

»  aux  vues  de  l'Abbé  sur  l'importance  de  l'unité 
»  religieuse,  et  sur  la  futilité  de  tous  les  efforts  dé- 
»  pensés  à  procurer  cette  unité  sans  l'uniformité , 
»  il  peut ,  si  cela  lui  est  de  quelque  consolation  , 
»  être  assuré  de  la  franche  sympathie  de  plus  d'un 
»  cœur  anglais. 

»  Certes ,  il  n'est  pas  un  cœur  catholique  (1)  qui 
»  ne  soupire  ardemment  vers  une  règle  plus  forte, 
»  vers  une  plus  grande  unité  d'action ,  et  non 
»  seulement  en  Angleterre  ,  mais  par  toute  la 
»  chrétienté.  Nous  sympathisons  du  fond  de  nos 
»  cœurs  avec  l'auteur  dont  nous  venons  d'exami- 
»  ner  l'ouvrage  ,  en  ce  qu'il  dit  contre  l'esprit  de 
»  nationalité  en  religion.  Nous  ne  pouvons  ressen- 
»  tir  le  moindre  attrait  pour  le  parti  Gallican ,  en 
»  tant  qu'il  s'oppose  à  l'école  Ultramontaine.  Les 
»  théories  nationales ,  y  compris  même  la  théorie 
»  Gallicane,  qui,  par  le  fait,  est  plus  ou  moins  la 
»  théorie  actuelle  des  divers  pays  de  la  Commu- 
»  nion  Romaine,  nous  paraissent  receler  un  subtil 
»  Erastianisme ,  et  témoigner  en  même  temps 
»  d'une  véritable  insouciance  pour  la  plénitude  et 
»  pour  la  liberté  de  l'Evangile.  C'est  en  émettant 
»  celte  profession  de  sympathie  que  nous  prenons 
»  congé  de  l'Abbé  ,  lui  souhaitant  de  cœur  la  santé 


(1)  Le  mot  Catholique  est  pris  ici  dans  le  sens  de  l'Anglica- 
nisme ,  qui  rétend  à  ses  propres  membres. 


PRÉFACE.  XXI 

))  et  une  longue  vie,  pour  mener  à  terme  l'ouvrage 
»  de  si  haute  importance  et  de  si  ardue  difficulté 
»  dont  ce  volume  n'est  que  le  premier  gage  (1).  » 
Et  nous,  nous  demandons  au  Père  des  lumières 
qu'il  lui  plaise  de  se  révéler  de  plus  en  plus  à  ces 
frères  séparés,  auxquels  il  a  déjà  donné  de  com- 
prendre la  nécessité  de  l'unité  dans  la  Doctrine 
et  dans  la  Forme  ;  afin ,  que  leur  cœur  acceptant, 
par  le  secours  de  la  divine  Grâce,  la  vérité  déjà 
manifestée  à  l'intelligence  ;  la  confession  publique 
de  la  vraie  Foi ,  la  participation  aux  divins  Sacre- 
ments, la  soumission  filiale  à  la  seule  vraie  Hiérar- 
chie, consomment  bientôt  dans  l'Unité  de  l'amour 
ceux  qu'un  lamentable  isolement  en  avait  ar- 
rachés. 


(1)  British  Critic.  Number  LX.  October  M  DCCC  XLI.  Pag.  404 
et  465. 


ERRATA. 

Page  35,  ligné  23.  l'Eucologion,  lisez  VEuchologion. 

Page  49,  ligne  2.  au  Pap  «  Innocent  X,  lisez  au  Pape 
Innocent  X. 

Page  57,  lignes  24  et  25.  l'histoire  de  France  ,  lisez  l'his- 
toire de  l'Eglise  de  France. 

Page  89,  ligne  15.  Mais  ponr,  lisez  mais  pour. 

Page  91,  ligne  17.  astatim,  lisez  affalim. 

Page  96,  ligne  5.  Virgo  Jesse,  lisez  Virga  Jesse. 

Page  569,  ligne  16.  retranchez  les  deux  syllabes  cident. 

Page  411,  ligne  5.  Exercitibus,  lisez  eœercitus. 

Page  486,  ligne  15.  Mis  entre  ses  mains,  lisez  déposées 
entre  ses  mains. 

Page  552,  ligne  17.  Recherche,  lisez  Recherches. 

Page  645,  ligne  16.  de  Apostolis,  lisez  de  Ajjostolicis. 

Page  609,  ligne  5.  L'hisloiricn ,  lisez  l'historien. 


à 

INSTITUTIONS 


LITURGIQUES 


SUITE 


DE  LA  PREMIERE  PARTIE. 


CHAPITRE  XVI. 

DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  DIX-SEPTIÈME 
SIÈCLE.  ZÈLE  DE  l'ÉPISCOPAT  FRANÇAIS  POUR  LA  LITURGIE 
ROMAINE.  RÉACTION  DE  LA  PUISSANCE  SÉCULIÈRE.  — TRAVAUX 
DES  PONTIFES  ROMAINS  SUR  LA  LITURGIE.  PAUL  V.  RITUEL 
ROMAIN.  BRÉVIAIRE  MONASTIQUE.  —  URBAIN  VIII.  CORRECTION 
DES  HYMNES.  —  AUTEURS  LITURGISTES  DE  CETTE  ÉPOQUE. 

-L/uiNiTÉ  liturgique  régnait  donc  désormais  en  Occident. 
Un  demi-siècle  devait  s'écouler  avant  qu'on  osât  y  porter 
atteinte.  Non  moins  fidèle  que  les  autres  Eglises  à  cette  unité, 
l'Eglise  de  France ,  qui  avait  si  vigoureusement  exécuté , 
dans  ses  divers  Conciles  provinciaux ,  les  dispositions  de  la 

T.   II.  1 


â  INSTITUTIONS 

Bulle  de  saint  Pie  V,  jouissait  en  paix  d'un  si  grand  bienfait 
et  travaillait  avec  zèle  à  en  perpétuer  la  durée. 

Ce  fut  pour  ce  motif  que  ,  dans  l'Assemblée  du  Clergé  de 
1605  à  1606,  l'Archevêque  d'Embrun,  bien  qu'il  n'ignorât 
pas  qu'un  nombre  assez  considérable  d'Eglises  n'avaient  reçu 
le  Bréviaire  réformé  que  pour  le  fondre  avec  les  Usages  dio- 
césains ,  remontra  qu'il  serait  à  propos  que  toutes  les  Eglises 
fussent  uniformes  en  la  célébration  du  service  divin,  et  que 
l'Office  Romain  fût  reçu  partout  (1).  Il  ajouta  qu'on  avait 
trouvé  un  imprimeur  qui  offrait  d'imprimer  tous  les  livres 
nécessaires ,  à  la  seule  condition  qu'il  plût  à  l'Assemblée  de 
lui  avancer  une  somme  de  mille  écus  (2). 

Cette  proposition  fut  agréée  par  les  Prélats,  et  un  contrat 
fut  passé  entre  le  Clergé  et  l'imprimeur  en  question ,  sous  la 
date  du  8  mai  1606 ,  ainsi  qu'on  le  peut  voir  dans  les  actes 
de  l'Assemblée  de  1612  (3).  On  y  lit  pareillement  que  l'Evêque 
de  Chartres  et  les  agents  du  clergé  furent  priés  et  chargés  de 
faire  distribuer  aux  provinces  et  diocèses  qui  en  auraient 
besoin,  tous  les  livres  de  l'usage  Romain  imprimés  ci-de- 
vant (4). 

Le  résultat  de  cette  mesure  fut  de  déterminer  un  certain 
nombre  de  diocèses  qui  n'avaient  pas  encore  quitté  leurs  Bré- 
viaires particuliers,  à  embrasser  le  Romain  pur;  elle  ne  fut 
pas  non  plus  sans  utilité  pour  les  Eglises  qui  voulaient  abso- 
lument retenir  le  rite  diocésain,  puisque  ce  rite  n'était  lui- 
même  que  le  Romain  réformé,  auquel  on  avait  associé  l'Of- 
fice des  Saints  locaux  et  quelques  anciens  usages  particuliers. 

(t)  Procès -verbaux  des  assemblées  générales  du  Clergé.  Tom.  I. 
pag.  767. 
(2)  Ibidem. 

(5)  Ibid.  Tom,  IH.  pag.  43. 
(4)  Ibidem. 


LITURGIQUES.  5 

Par  celte  mesure  de  l'assemblée  de  1605,  la  Liturgie  Ro- 
maine était  donc ,  pour  ainsi  dire ,  proclamée  la  Liturgie  de 
l'Eglise  de  France  en  général  ;  vérité  qui  résultait  déjà  de 
l'ensemble  des  Canons  portés  dans  les  divers  Conciles  du 
seizième  siècle  que  nous  avons  cités  au  chapitre  précédent. 

Un  événement,  d'abord  imperceptible,  mais  bientôt  de- 
venu célèbre ,  sembla ,  dès  le  commencement  du  dix-sep- 
tième siècle ,  fournir  un  présage  des  atteintes  qui  devaient 
un  jour  être  portées,  en  France  ,  à  la  Liturgie  Romaine. 
Charles  Miron,  Evêque  d'Angers,  sur  la  demande  de  plu- 
sieurs membres  du  clergé  de  l'Eglise  de  la  Trinité  d'Angers , 
qui  formait  un  chapitre  uni  à  l'insigne  Abbaye  du  Ronceray, 
avait  rendu  deux  ordonnances,  en  date  du  26  octobre  1599 
et  du  26  mars  1600,  portant  suppression  du  Bréviaire  Angevin 
dans  ladite  Eglise  de  la  Trinité,  et  injonction  d'y  user  à  l'a- 
venir du  seul  Bréviaire  Romain  réformé  par  saint  Pie  V.  Les 
oppositions  formées  par  la  majorité  du  Chapitre  avaient  été 
fortement  repoussées  par  l'Offîeial  ;  des  sentences  de  prise 
de  corps ,  et  même  l'incarcération  s'étaient  ensuivies  contre 
plusieurs  des  récalcitrants  ;  on  prétend  même  que  les  livres 
Angevins  à  l'usage  de  l'Eglise  de  la  Trinité  avaient  été  brûlés 
par  ordre  de  i'Evêque. 

Les  choses  étant  poussées  à  cette  extrémité,  l'Abbesse  et 
les  Religieuses  du  Ronceray  interjetèrent,  avec  les  Chanoines 
et  Chapelains  de  leur  Eglise  de  la  Trinité ,  appel  comme  d'a- 
bus au  Parlement  de  Paris.  L'avocat-général  Servin,  homme 
uudacieux  et  bien  connu  par  son  aversion  pour  la  liberté  de 
l'Eglise,  embrassa  avec  chaleur  la  cause  du  Bréviaire  Angevin 
contre  celui  de  Rome,  et  procura  un  arrêt  devenu  fameux, 
par  lequel  la  Cour  «  ordonne  que  le  service  divin  ordinaire  en 
»  l'Eglise  de  la  Trinité  sera  continué;  et  a  fait  et  fait  inhibi- 
»  tions  et  défenses  audit  Evêque  d'innover  aucune  chose  en 


4  INSTITUTIONS 

»  Pexercice  et  célébration  du  service  divin  aux  Eglises  de 
*  son  diocèse ,  sans  l'autorité  du  Roi  ;  et  à  son  Promoteur  et 
»  Officiai  d'entreprendre  cour,  jurisdiction  et  connaissance 
»  que  celle  qui  leur  est  attribuée  parles  ordonnances.  Et  pour 
»  se  voir  faire  plus  amples  défenses  et  répondre  aux  conclu- 
»  sions  que  ledit  procureur-général  voudra  prendre  et  élire 
«contre  eux,  seront  ajournés  à  comparoir  en  personne  au 
»  mois  ;  et  jusques  à  ce  qu'ils  aient  comparu ,  leur  interdit 
»  l'exercice  de  la  jurisdiction  ecclésiastique.  Condamne  les  in- 
»  timés  es  dépens  des  causes  d'appel ,  dommages  et  intérêts 
»  des  emprisonnements ,  et  de  ce  qui  s'est  ensuivi  :  ordonne , 
>si  aucuns  des  appellants  sont  détenus  prisonniers,  que  les 
»  prisons  leur  seront  ouvertes  :  aura  le  procureur-général 

>  du  Roi  commission  pour  informer  des  faits  concernant  les 
»  livres  de  ladite  Eglise  de  la  Trinité  brûlés,  et  paroles  scan- 
»  daleuses  proférées  aux  prédications  publiques ,  pour  ce  fait 
»  et  rapporté ,  ordonner  ce  que  de  raison  :  et  sur  le  surplus 

>  par  lui  requis ,  ladite  cour  en  délibérera  au  conseil.  Fait  en 
»  Parlement ,  le  27e  jour  de  février,  l'an  1603  (1).  » 

Maintenant,  si  l'on  examine  quels  étaient  les  motifs  sur 
lesquels  les  magistrats  avaient  pu  baser  un  arrêt  aussi  scan- 
daleux, on  trouvera  que  la  haine  de  Rome,  sentiment  inné 
dans  l'âme  des  légistes  français,  depuis  et  avant  Philippe-le- 
Bel ,  l'avait ,  du  moins  en  grande  partie ,  inspiré.  C'est  cette 
haine  de  Rome  qui  dicta  les  fameuses  conclusions  de  la  Sor- 
bonne  contre  la  réception  du  Bréviaire  Romain,  au  temps  de 
Pierre  de  Gondy,  en  4583  ;  monument  étrange,  mais  bien 
précieux  (2) ,  dont  nous  devons  la  conservation  au  même 

(1)  Preuves  des  libertés  de  l'Eglise  Gallicane.  Tom.  II.  pag.  1144. 

(2)  Vid.  ci-dessus,  au  chap.  XV.  Tom.  I.  pag.  474,  et  pièces  justifi- 
catives ,  note  F.  pag.  511-514. 


LITURGIQUES.  5 

avocat-général  Servin ,  qui  trouva  bon ,  pour  accroître  en- 
core le  scandale ,  de  l'insérer  dans  son  plaidoyer  contre  l'E- 
vêque  d'Angers.  Nous  avons  dit  que  la  Sorbonne  réclama  sur 
la  publicité  donnée  à  cette  pièce  qui  ne  devait,  disait-elle,  être 
considérée  que  comme  le  fait  de  quelques  particuliers.  Mais  le 
temps  était  venu  où  la  mauvaise  semence  allait  germer,  et 
où  l'ivraie  étoufferait  le  bon  grain  dans  le  champ  du  Père  de 
famille. 

Outre  cette  haine  pour  tout  ce  qui  vient  de  Rome,  carac- 
tère distinctif  de  l'esprit  des  Parlements,  on  doit  noter  en- 
core une  autre  tendance  dans  l'arrêt  que  nous  venons  de 
citer,  savoir  l'envie  de  conférer  au  prince  séculier  le  pouvoir 
souverain  sur  la  Liturgie.  C'est  le  douzième  caractère  de 
l'hérésie  anti-liturgiste.  Nous  le  verrons  se  développer  en 
France  et  passer  enfin  dans  les  livres  de  Droit  à  l'usage  du 
clergé.  Si  on  y  réfléchit  bien ,  on  verra  que  les  deux  maximes 
de  l'avocat  Servin  s'enchaînent  merveilleusement.  D'abord , 
arrêter  les  influences  directes  de  Rome  sur  la  Liturgie  :  car 
la  Liturgie  est  un  enseignement  haut  et  populaire  qu'on  ne 
doit  point  laisser  au  Pape ,  dans  un  pays  de  liberté  comme 
est  la  France  ;  ensuite,  surveiller,  par  autorité  souveraine,  le 
clergé  dans  une  chose  aussi  importante  que  la  prière  pu- 
blique ,  de  manière  qu'il  ne  puisse  faire  un  pas  sans  ressentir 
sa  dépendance  sur  cet  article. 

Nous  n'ignorons  pas  que ,  sur  ce  point  comme  sur  tout 
autre ,  la  puissance  séculière  prétendait  n'intervenir  que 
comme  gardienne  des  anciens  usages  ;  mais  rien  ne  nous  em- 
pêche plus  aujourd'hui  d'appeler  persécution  de  l'Eglise 
toute  politique  séculière  qui  la  veut  contraindre,  soit  de  rete- 
nir telle  forme  à  laquelle  elle  juge  à  propos  de  renoncer,  soit 
d'embrasser  telle  autre  vers  laquelle  son  propre  mouvement 
ne  la  porte  pas. 


f)  INSTITUTIONS 

L'Assemblée  du  clergé  de  4605  vit  avec  indignation  l'atten- 
tat du  Parlement  contre  le  droit  sacré  de  la  Liturgie.  Elle 
résolut  de  supplier  le  Roi  de  casser  l'arrêt  et  tout  ce  qui 
s'était  fait  en  exécution  ;  demandant  aussi  que  ledit  arrêt  fût 
rayé  des  registres ,  et  que  défense  fût  faite  au  sieur  Servin 
de  plaider  à  l'avenir  en  aucune  cause  d'Eglise.  L'Assemblée 
nomma  même  des  députés  pour  poursuivre  la  cassation  (1); 
mais  nous  ne  voyons  pas  que  l'arrêt  ait  jamais  été  rapporté. 
Bien  plus ,  il  est  devenu  célèbre  dans  tous  les  livres  qui 
traitent  du  Droit  Ecclésiastique  Français,  comme  l'un  des  pre- 
miers fondements  de  cette  maxime  de  noslibertés,  qui  porte 
que  les  Evêques  de  France  ne  peuvent  rien  sur  la  Liturgie  , 
dans  leurs  propres  diocèses,  sans  la  permission  du  Roi. 

Au  reste,  l'assemblée  de  1605,  tout  en  réclamant  les  im- 
prescriptibles droits  de  l'Eglise ,  prêtait  elle-même  le  flanc 
aux  envahissements  de  la  puissance  laïque.  On  se  rappelle 
que  lors  de  la  publication  du  Missel  de  saint  Pie  V,  le  Parle- 
ment fit  défense  d'imprimer  ce  livre  en  France,  à  moins  qu'on 
n'y  ajoutât  au  Canon  de  la  Messe  ces  mots  :  Et  Rege  nostro  N. 
Cette  entreprise  irrégulière  n'aurait  pas  dû ,  au  moins ,  être 
sanctionnée  par  l'autorité  ecclésiastique.  Le  devoir  du  clergé, 
dans  ce  cas,  était  de  recourir  à  Rome  qui  eût  facilement  ac- 
cordé à  la  France  ce  que  déjà  l'Espagne  avait  obtenu.  Loin 
de  là ,  les  prélats  de  l'Assemblée ,  avant  de  clore  leurs  opé- 
rations, ordonnèrent,  en  date  du  24  avril  1606,  que  la  pre- 
mière feuille  du  Missel  Romain  qu'on  avait  imprimé  à  Bor- 
deaux, l'année  précédente,  serait  réformée,  et  qu'on  insérerait 
dans  la  nouvelle  impression  la  mention  du  Roi  à  la  suite  de 
celle  du  Pape  et  de  l'Evêque  (2).  Ainsi,  la  même  Assemblée 

(1)  Procès-verbaux  du  Clergé.  Tom.  1.  p.  753  et  suiv. 

(2)  Procès-verbaux  du  Clergé.  Tom.  I.  pag.  767, 


LITURGIQUES.  7 

qui  refusait  aux  gens  du  Roi  le  droit  d'intervenir  contre  lés 
changements  introduits  par  un  Evêque  dans  la  Liturgie  gé- 
nérale de  son  diocèse ,  acceptait  l'initiative  donnée  par  une 
cour  séculière  dans  une  question  qui  intéressait  la  lettre 
même  du  monument  principal  de  la  Liturgie ,  le  Canon  de  la 
Messe.  Il  est  vrai  que  le  clergé  complaît  bien,  dans  cette  af- 
faire ,  n'agir  qu'en  son  nom  et  indépendamment  des  antécé- 
dents posés  par*  les  magistrats  ;  mais  du  moment  qu'il  n'allait 
pas  chercher  son  point  d'appui  hors  des  limites  du  royaume, 
à  Rome  en  un  mot ,  il  était  censé  vaincu,  et  on  pouvait  dé- 
sormais ajouter  une  nouvelle  page  à  l'histoire  de  ces  hon- 
teuses servitudes  que  ceux-mêmes  qui  les  imposaient  ont 
appelées,  d'une  manière  dérisoire,  les  libertés  de  l'église 
gallicane.  Les  Parlements ,  en  effet ,  ne  s'en  firent  pas  faute, 
et  l'on  rencontre  depuis  lors  de  nombreuses  applications  de 
leur  fameux  principe  :  Que  le  Roi  a  un  droit  spécial  sur  les 
choses  du  culte  divin. 

Nous  trouvons  en  effet,  sous  la  date  du  27  juillet  de  la 
même  année  1606,  des  lettres-patentes  de  Henri  IV,  qui, 
vingt  ans  après  la  tenue  du  Concile  de  Bordeaux  dont  nous 
avons  parlé  au  chapitre  précédent,  daigne  approuver  le 
Canon  fait  dans  ce  Concile  pour  l'adoption  des  livres  Romains 
dans  toute  la  province ,  sans  tirer  en  conséquence  pour  les 
autres  résolutions  qui  pourraient  avoir  été  prises  dans  ladite 
Assemblée  et  Concile  provincial  dudit  Bordeaux.  L'occasion 
de  ces  lettres-patentes  fut  la  demande  que  firent  à  Sa  Ma- 
jesté l'Evêque  et  Chapitre  de  Poitiers,  qui,  ayant  été  jus- 
qu'alors empêchés  par  le  malheur  des  temps ,  de  mettre  à 
exécution  le  Canon  du  Concile  de  Bordeaux ,  se  trouvaient 
enfin  en  mesure  de  satisfaire  à  ce  devoir.  Ils  avaient  trouvé 
expédient,  avant  de  passer  outre ,  d'avoir  sur  ce  déclaration 
du  vouloir  et  intention  de  Sa  Majesté,  afin  qu  il  nu  eût  aucun 


8  INSTITUTIONS 

sujet  ni  occasion  de  plainte  à  l'avenir,  en  général,  ni  en  par- 
ticulier, sur  l'exécution  d'icelle  (1).  Quel  chemin  on  avait  fait 
déjà  en  si  peu  d'années  !  A  peine  le  dix-septième  siècle  était 
ouvert,  et  le  pouvoir  ecclésiastique,  le  même  qui,  dans  les  Con- 
ciles de  Rouen,  deRheims,  de  Bordeaux,  d'Aix  ,  de  Bourges, 
de  Tours,  de  Toulouse,  de  Narbonne,  avaitprocédé  si  franche- 
ment, si  largement  à  la  réforme  de  la  Liturgie,  n'osait  déjà 
plus  mettre  en  pratique  ses  propres  résolutions  sans  s'assurer 
de  l'agrément  du  Roi  !  On  avait  bien  réclamé,  dans  l'Assemblée, 
contre  l'outrage  fait  à  l'Evêque  d'Angers:  mais  à  peine  quelques 
mois  étaient  écoulés,  qu'on  reconnaissai  t,  par  des  actes  positifs, 
la  compétence  du  pouvoirlaïquedansleschoses  de  la  Liturgie! 

On  lit  encore  dans  l'important  recueil  intitulé  :  Preuves 
des  libertés  de  l'Eglise  Gallicane ,  un  arrêt  du  Parlement  de 
Paris,  rendu  sur  les  conclusions  de  l'avocat-général  Servin, 
en  date  du  9  août  1611 ,  au  sujet  de  l'introduction  du  Bré- 
viaire Romain  réformé  dans  l'Eglise  Collégiale  de  Saint- 
Maixme  de  Chinon  (2).  11  est  dit  en  cet  arrêt  que,  dans  les 
choses  qui  concernent  la  Liturgie ,  «  l'autorité  du  Roi  y  doit 
»  passer  pour  donner  règle,  sans  laquelle  on  ne  peut  faire  au- 
»  cune  innovation  en  la  police  ecclésiastique.  En  conséquence, 
»  vu  le  désir  des  parties  de  terminer  l'affaire  d'une  manière 
i  légale ,  la  Cour  permet  que  l'on  suive ,  dans  la  Collégiale  de 
» Saint-Maixme  de  Chinon,  le  Bréviaire  Romain  qui  (on  en 
>  convient  ) ,  est  le  plus  repurgé  de  tous ,  à  la  condition  d'y 
»  joindre  les  Offices  des  Saints  qui  sont  particulièrement  en  vé- 
»  nération  dans  celte  Eglise.  »  Après  quoi,  on  lit  ces  curieuses 
paroles  :  Et  c'est  la  voie  qu'il  faut  tenir  en  telle  occurrence, 
laquelle  si  l'Evêque  d'Angers  eût  voulu  prendre  lorsqu'il  vou- 

(1)  Preuves  des  libertés  de  l'Eglise  Gallicaue.  Tom.  II.  pag.  1144. 

(2)  im.  pag.  1146, 


LITURGIQUES.  9 

lut  introduire  le  Bréviaire  Romain  en  une  Eglise  de  son  dio- 
cèse ,  la  grande  controverse  qui  fut  plaidée  sur  ce  sujet ,  eût 
été  abrégée  promptement  ;  au  lieu  quicelui  Evêque  n'ayant 
voulu  recourir  au  Roi  en  ce  regard ,  la  Cour  a  improuvé  ce 
qu'il  aurait  fait  de  son  mouvement ,  et  à  lui  fait  défenses , 
par  son  arrêt  du  27  février  1603,  d'innover  aucune  chose  en 
l'exercice  et  célébration  du  service  divin,  sans  l'autorité  royale. 
Le  recueil  que  nous  citons  produit  ensuite  les  lettres-patentes 
de  Louis  XIII,  en  date  du  9  juillet  1611,  par  lesquelles  la 
permission  ci-dessus  mentionnée  est  octroyée  au  Chapitre  de 
Saint-Maixme  de  Chinon ,  dans  des  termes  analogues  à  ceux 
de  l'arrêt  que  nous  venons  de  rapporter. 

Ces  détails  suffiront  pour  faire  voir  combien  les  vrais  prin- 
cipes sur  la  Liturgie  s'altéraient  déjà  en  France,  et  comment 
la  dépendance  à  l'égard  du  pouvoir  séculier ,  sur  cet  ar- 
ticle ,  commençait  à  s'établir.  Nous  avons  indiqué,  au  cha- 
pitre XIV,  ce  caractère  comme  un  de  ceux  qui  constituent 
le  système  destructif  de  la  Liturgie.  Nul  Catholique,  nous  le 
pensons,  ne  contestera  ni  le  fait,  ni  l'application.  Ce  n'est 
pourtant  encore  ici  que  le  commencement  des  douleurs  de 
l'Eglise  de  France.  Hœc  autem  initia  sunt  dolorum. 

Avant  de  dérouler  le  triste  tableau  de  la  révolution  litur- 
gique qui  s'ensuivit  bientôt ,  nous  dirons  du  moins  que  cette 
première  moitié  du  dix-septième  siècle,  malgré  les  fautes 
trop  fécondes  que  nous  venons  de  raconter,  fut  pour  l'Eglise 
de  France  une  dernière  période  de  liberté.  Ce  fut  dans  ces 
années  trop  promptement  écoulées,  en  1614,  que  le  Cardinal 
Du  Perron ,  organe  du  clergé ,  vengea  avec  tant  d'éloquence 
et  de  dignité ,  l'ancien  droit  public  de  la  Chrétienté ,  que  les 
aveugles  entreprises  du  tiers-état  menaçaient  d'une  destruc- 
tion complète.  Plus  tard,  en  1625,  l'Assemblée  du  clergé 
professait  encore  la  doctrine  de  l'infaillibilité  du  souverain 


10  INSTITUTIONS 

Pontife  (i).  Bien  plus,  en  d655,  on  entendait  une  Assemblée 
du  clergé  déclarer  expressément  que  les  jugements  portés 
par  les  Papes,  en  réponse  aux  consultations  des  Evêques  en 
matière  de  foi  ,  ont  UNE  AUTORITÉ  SOUVERAINE  ET 
DIVINE  par  toute  l'Eglise,  soit  que  les  Evêques  aient  cru  de- 
voir exprimer  leur  sentiment  dans  la  consultation  ,  soit  qu'ils 
aient  omis  de  le  faire  (2).  Nous  aimons  ù  nous  arrêter  sur  ces 
pures  traditions  de  l'Eglise  de  France  ;  assez  tôt ,  la  marche 
des  événements  nous  entraînera  dans  des  récits  lamentables  : 
qu'il  nous  soit  donc  permis  de  les  retarder  encore ,  et  aussi 
de  faire  voir  que ,  pour  se  montrer  de  nouveau  fidèle  aux 
doctrines  de  l'Eglise  Romaine,  l'Eglise  Gallicane  aujourd'hui 
n'a  qu'à  remonter  de  quelques  années  dans  ses  souvenirs. 

Pendant  que  la  Liturgie  était  exposée ,  en  France  ,  à  des 
attaques  plus  menaçantes  encore  pour  l'avenir  que  dures 
dans  le  présent ,  Rome  achevait  le  grand  œuvre  de  la  ré- 
forme du  culte  divin.  Le  Bréviaire,  le  Missel,  le  Martyro- 
loge, le  Pontifical,  le  Cérémonial  avaient  déjà  paru.  Restait 


(1)  Avis  de  l'Assemblée  générale  du  Clergé  de  France,  de  1625,  à 
Messeigneurs  les  Archevêques  et  Evêques  de  ce  royaume. 

(2)  Perspectum  enira  habebat  Ecclesia  Catholica  non  solum  ex  Christi 
Domini  nostri  pollicitatione  Petro  facta^sed  etiam  ex  actis  priorum 
Pontificum,  et  ex  anathematismis  adversus  Apollinarium  et  Macedonium 
nondum  ab  ullo  synodo  œcumenico  damnatos ,  a  Damaso  paulo  antea 
jactis  ,  judicia  pro  sancienda  régula  fidei  a  summis  Pontiticibus  lata, 
super  Episcoporum  consultatione  (sive  suatn  in  actis  relationis  sen- 
tentiam  ponant,  sive  omittant,  prout  illis  collibuerit)  divina  œqueac 
summa  per  universaoa  Ecclesiara  authoritate  niti  :  cui  Christiani  omnes 
ex  officio ,  ipsius  quoque  mentis  obsequium  praestare  teneantur.  Ea 
nos  quoque  sententia  ac  h'de  iœbuti,  Romanae  Ecclesia?  praesentem  quae 
in  summo  Pontifice  Innocentio  X  viget  authoritatera  débita  obser- 
vantia  colentes ,  Constitutionem  divini  Numinis  iristinctu  a  Beatitudine 
vestra  conditam,  nobisque  traditam  ab  Illustrissimo  Atlienarum  Epis- 
copo ,  Nuncio  apostolico ,  et  promulgandam  curabimus  in  Ecclesiis  ac 
Diœcesibus  nostris,  atque  illius  executionem  apud  fidèles  populos  ur- 
gebimus.  jyjrgentré,  Collect.  Judiciorum.  Tom,  III.  pag.  276, 


LITURGIQUES.  14 

encore  à  publier  un  livre  non  moins  important,  le  Rituel. 
Paul  V,  dont  le  pontificat  fut ,  sous  plusieurs  points,  la  con- 
tinuation de  celui  de  l'admirable  Clément  VIII ,  entreprit  de 
mener  à  fin  cette  œuvre  importante.  Déjà,  en  1537,  avait 
paru,  à  Rome ,  par  les  soins  d'Albert  Castellani,  Dominicain, 
le  livre  intitulé  :  Sacerdotale,  seu  liber  SacerdotaUs  collectas, 
Leonis  X  auctoritate  approbatus.  Ce  recueil ,  qui  renfermait 
principalement  les  détails  nécessaires  pour  l'administration 
des  Sacrements,  avait  été  approuvé,  au  moins  comme  essai, 
par  Léon  X ,  mais  ne  fut  mis  au  jour  que  sous  le  pontificat 
de  Pie  IV,  qui  s'abstint  d'en  faire  l'objet  d'un  jugement  quel- 
conque. Il  ne  laissa  pas  de  se  répandre,  et  l'on  en  fit  plusieurs 
éditions,  plus  ou  moins  fidèles,  hors  de  Rome.  Au  même 
siècle ,  Samarini ,  Chanoine  de  Saint-Jean-de-Latran ,  entre- 
prit une  compilation  du  même  genre ,  dans  laquelle  il  s'aida 
beaucoup  du  travail  de  Castellani.  Elle  parut  à  Venise,  en 
1579  ,  sous  ce  titre  :  Sacerdotale,  sive  Sacerdotum  thésaurus 
ad  consuetudinem  sanctœ  Romanœ  Ecclesiœ,  aliarumque  Ec- 
clesiarum  collectus,  juxta  Tridentini  Concilii  sanctiones,  etc. 
Le  célèbre  prélat  Rocca  donna  une  édition  augmentée  de 
ce  recueil.  Enfin ,  un  troisième  Rituel  fut  rédigé  par  le  Car- 
dinal Sanctorio,  dans  les  dernières  années  du  seizième  siècle. 
Ce  Rituel ,  qui  a  mérité  les  éloges  de  Paul  V,  dans  le  Bref 
même  où  il  le  déclare  supprimé,  est  assez  volumineux,  et 
porte  ce  titre  que  Benoît  XIV  prouve  avoir  été  mis  après 
coup  :  Rituale  sacramentorurn  Romanum,  Gregorii  XI11 
Pont.  Max.  jussu  editum.  Romœ  1584.  Il  paraît  en  effet 
prouvé  que  ce  fut  seulement  sous  le  pontificat  de  Paul  V, 
qu'on  songea  à  imprimer  le  Rituel  de  Sanctorio ,  plusieurs 
années  après  la  mort  dé  ce  Cardinal  (1). 

(1)  Bened.  XIV.  Epist,  ad  Cardinal.  Guadagnium.  §.  180 


12  INSTITUTIONS 

Ces  divers  essais  tentés  par  des  particuliers  montrent  clai- 
rement que  jusqu'alors  le  Rituel  n'avait  point  formé  un  livre 
liturgique  à  part.  Les  formules  qui  le  composent  aujour- 
d'hui se  trouvaient  soit  dans  les  Missels ,  soit  dans  les  Bré- 
viaires. Mais  le  Bréviaire  et  le  Missel  de  saint  Pie  V  ne  se  trou- 
vant plus  renfermer  ces  sortes  de  détails,  si  l'on  en  excepte 
les  Bénédictions ,  et  d'ailleurs  le  Pontifical  ne  comprenant 
que  les  rites  à  l'usage  des  Evêques,  il  devenait  nécessaire 
de  publier  un  livre  spécial  qui  satisfît  aux  besoins  du  clergé. 

Paul  V  entreprit  et  consomma  cette  opération .  Le  Bref  pour 
la  publication  du  Rituel  Romain  parut  le  17  juin  1614,  et 
commence  par  ces  mots  Apostolicœ  Sedis.  Le  Pape  rappelle 
d'abord  les  travaux  de  saint  Pie  V  et  de  Clément  VIII 
pour  la  réforme  liturgique ,  après  quoi  il  ajoute  :  «  Tout 
> étant  donc  ainsi  réglé,  il  ne  restait  plus  qu'à  renfer- 
»  mer  dans  un  seul  volume  muni  de  l'autorité  du  Siège  Apos- 
tolique, les  rites  sacrés  et  purs  de  l'Eglise  Catholique  qui 
»  doivent  être  observés  dans  l'administration  des  Sacrements 
»  et  autres  fonctions  ecclésiastiques ,  par  ceux  qui  ont  la 
»  charge  des  âmes  ;  afin  que  ceux-ci  se  conformant  unique- 
y  ment  à  la  teneur  de  ce  volume ,  eussent  à  accomplir  leur 
»  ministère ,  d'après  une  règle  fixe  et  unique ,  et  à  marcher 
»  d'accord  et  sans  scandale ,  sous  une  même  direction ,  sans 
»  être  plus  jamais  détournés  par  la  multitude  des  Rituels  déjà 
»  existants.  Cette  affaire  avait  déjà  été  agitée  précédemment; 
»  mais  elle  avait  été  retardée  par  les  soins  donnés  à  l'impres- 
»  sion  de  l'édition  grecque  et  latine  des  Conciles  Généraux. 
»  Nous  l'avons  reprise  avec  vigueur,  pour  obéir  à  ce  que 
»  nous  jugeons  de  notre  devoir,  du  moment  que  l'entreprise 
»  dont  nous  parlons  a  cessé  de  nous  occuper.  Afin  donc  que 
»  l'affaire  se  traitât  convenablement  et  avec  ordre ,  nous  l'a- 
>  yons  confiée  à  plusieurs  de  nos  vénérables  frères  Cardinaux 


LITURGIQUES.  15 

»  de  la  sainte  Eglise  Romaine ,  remarquables  par  leur  piété , 
>leur  doctrine  et  leur  prudence;  lesquels  ayant  pris  le  con- 
>seil  d'hommes  érudits,  et  consulté  les  divers  Rituels  an- 
>ciens,  mais  principalement  celui  que  le  Cardinal  Jules- 

>  Antoine  (  Sanctorio  )  du  titre  de  Sainte-Séverine ,  homme 

>  d'une  piété  singulière  et  d'une  excellente  doctrine,  avait 

>  composé  et  rendu  très  complet  par  une  longue  étude  et  un 
»  travail  éclairé  ;  ayant  donc  considéré  mûrement  toutes 

>  choses,  ils  ont  enfin,  par  la  clémence  divine,  rédigé  ce  Rituel 

>  avec  une  brièveté  convenable.  C'est  pourquoi,  Nous-mêmes 

>  ayant  vu  que  les  rites  reçus  et  approuvés  de  l'Eglise  Catho- 

>  lique  se  trouvent  compris  en  leur  ordre  dans  ce  Rituel,  nous 
»  avons  jugé  à  propos,  pour  le  bien  public  de  l'Eglise  de  Dieu, 
»  de  le  publier  sous  le  nom  de  Rituel  Romain.  A  ces  causes, 
»  nous  exhortons  dans  le  Seigneur  nos  vénérables  frères  les 
»  Patriarches,  Archevêques  et  Evêques ,  et  nos  chers  fils  leurs 
»  Vicaires ,  les  Abbés ,  les  Curés ,  et  généralement  tous  ceux 

>  auxquels  il  appartient,  en  quelque  lieu  qu'ils  se  trouvent, 
>dese  servir  à  l'avenir,  dans  les  fonctions  sacrées,  comme 

>  enfants  de  l'Eglise  Romaine ,  du  Rituel  publié  par  l'autorité 
»  de  cette  Eglise  Mère  et  Maîtresse  de  toutes  les  autres ,  et 

>  d'observer  inviolablement ,  dans  une  chose  de  si  grande 
»  conséquence ,  les  rites  que  l'Eglise  Catholique  et  l'usage 
»de  l'antiquité  approuvé  par  elle  ont  statué. 

»  Donné  à  Rome ,  à  Sainte-Marie-Majeure ,  sous  l'anneau 
>du  Pêcheur,  le  17  juin  1614,  l'an  dixième  de  notre  Ponti- 
»ficat  (1).  » 

On  voit ,  par  la  teneur  de  ce  Bref,  que  la  publication  du 
Rituel  Romain  ne  fut  pas  accomplie  avec  moins  de  solennité 
que  celle  du  Bréviaire ,  du  Missel,  du  Cérémonial  et  du  Pon- 

(1)  Vid.  la  note  A. 


14  INSTITUTIONS 

tifical  :  toutefois ,  on  doit  remarquer  qu'à  la  différence  des 
Bulles  de  saint  Pie  V  et  des  Brefs  de  Clément  VIII ,  le  Bref  de 
Paul  V  ne  renferme  point  l'injonction  expresse  d'user  du 
Rituel  Romain ,  à  l'exclusion  de  tout  autre.  Le  Pontife  se 
borne  à  une  simple,  mais  pressante  exhortation.  La  raison 
de  cette  différence  provient  de  l'extrême  diversité  qui  s'était 
maintenue  jusque-là ,  dans  l'Occident ,  au  sujet  des  cérémo- 
nies qui  accompagnent  l'administration  des  Sacrements.  La 
destruction  violente  des  coutumes  locales  en  cette  matière , 
eût  occasionné  à  la  fois  du  scandale  dans  le  peuple  et  des 
murmures  dans  le  clergé.  Il  est  remarquable  que  le  Concile 
de  Trente  avait  lui-même  reconnu  en  principe  cette  variété 
comme  un  fait  et  comme  un  droit  :  ainsi,  dans  sa  Session  vingt- 
quatrième,  au  chapitre  premier  de  Reformations,  les  Pères 
disent  que  le  Curé  ayant  interrogé  les  époux  et  reçu  leur 
mutuel  consentement,  prononcera  ces  mots  :  Ego  vos  in 
matrimonium  conjungo,  etc.;  ou  se  servira  d'autres  paroles 
suivant  le  rite  reçu  de  chaque  province  (1).  On  pourrait  citer 
plusieurs  passages  analogues  du  même  Concile.  C'est  ainsi 
que ,  dans  tous  les  temps ,  l'Eglise  Romaine  a  su  prendre 
les  tempéraments  convenables  pour  régir  avec  force  et 
douceur  l'héritage  du  Seigneur.  Néanmoins ,  ce  qui  devait 
arriver  arriva  en  effet  :  le  Rituel  de  Paul  V  fut  bientôt  adopté 
dans  le  plus  grand  nombre  des  Eglises  de  l'Occident.  Les 
diocèses  qui  conservèrent  le  fond  de  leurs  usages,  adoptèrent 
du  moins  les  formules  concernant  l'administration  des  Sacre- 
ments, les  Bénédictions,  etc.  La  publication  de  ce  livre  fut 


(1)  Parochus,  viro  et  muliere  interrogatis,  et  eorum  mutuo  con- 
sensu  intellecto ,  vel  dicat  :  Ego  vos  in  matrimonium  conjungo,  in  no- 
mine  Patris,  etFilii,  et  Spiritâs  Sancti;  vel  aliis  uialur  verbis,  juxta 
receptum  uniuscujusque  proviuciac  ritum.  Conc.  Trt'd.  Sess.  XXIV. 
De  Reformations  Cap,  /. 


LITURGIQUES.  15 

le  complément  de  la  réforme  liturgique.. Toutefois,  les  sou- 
verains Pontifes  des  âges  suivants  jugèrent  à  propos  de  faire 
quelques  améliorations  ou  additions  aux  livres  approuvés 
par  leurs  prédécesseurs  :  nous  enregistrerons  ces  faits  à  me- 
sure que  le  cours  des  années  les  amènera  sous  notre  plume. 
Paul  V  attacha  encore  son  nom  à  une  oeuvre  liturgique 
d'une  importance  secondaire,  à  la  vérité ,  mais  qui  n'en  doit 
pas  moins  trouver  place  dans  cet  ouvrage.  Il  s'agit  de  la  pu- 
blication du  Bréviaire  Monastique.  Nous  avons  montré ,  au 
chapitre  VIII,  que  les  Ordres  et  Congrégations  Monastiques 
de  l'Occident  sont  en  possession  d'une  forme  particulière 
d'Office  divin  fondée  sur  la  règle  de  saint  Benoît.  La  Bulle  de 
saint  Pie  V  qui  supprimait  tous  les  Bréviaires  postérieurs  aux 
deux  cents  dernières  années,  ne  pouvait  atteindre  un  ordre 
d'Office  qui  datait  de  mille  ans.  Les  Moines  continuèrent  donc 
à  suivre  leurs  usages  ;  mais  ces  usages  étaient  différents  sous 
plusieurs  points,  suivant  les  pays,  ou  encore  suivant  les 
Ordres  ou  Congrégations  dans  un  même  pays.  Ainsi  Cluny 
avait  ses  coutumes  différentes  de  celles  du  Mont-Cassin  ;  les 
Cisterciens  avaient  leurs  Us  fort  dissemblables  de  ceux  des 
Camaldules  ;  les  Abbayes  des  bords  du  Bhin  ou  du  Danube 
s'écartaient  en  plusieurs  points  des  formes  usitées  dans  celles 
de  l'Espagne  et  du  Portugal.  Il  n'y  avait  en  cela  rien  qui  dût 
surprendre  ni  scandaliser  personne  :  un  corps  vaste  comme 
l'Eglise  d'Occident ,  privé  d'un  centre  et  divisé  en  de  nom- 
breux rameaux ,  puisant  une  vie  propre  non  seulement  dans 
les  diverses  réformes  qui  l'avaient  modifié ,  mais  encore  dans 
les  mœurs  des  contrées  où  il  était  répandu,  ne  pouvait,  pas 
plus  que  l'Eglise  elle-même ,  avoir  gardé  une  discipline  uni- 
forme dans  toutes  ses  coutumes  liturgiques.  Il  y  avait  donc 
plusieurs  Bréviaires  Monastiques  au  moment  de  la  publica- 
tion de  la  Bulle  de  saint  Pie  V,  et  ils  n'avaient  rien  à  redouter 


46  INSTITUTIONS 

de  cette  Constitution,  pas  plus  que  les  Bréviaires  Ambrosien, 
Lyonnais,  Parisien,  etc. 

D'autre  part,  on  ne  peut  nier  que  le  Bréviaire  réformé  de 
saint  Pie  V  ne  fût  de  beaucoup  supérieur  à  tous  ceux  qui 
existaient  alors  dans  l'Eglise  ;  du  moment  que  les  Moines 
songeaient ,  à  leur  tour,  à  réformer  leurs  propres  Bréviaires, 
ils  ne  pouvaient  recourir  à  une  source  plus  pure.  En  outre, 
à  ne  considérer  que  les  moyens  d'exécution  les  plus  faciles 
pour  la  réforme  d'un  Bréviaire  Monastique,  il  est  clair  qu'on 
épargnait  une  grande  partie  des  frais,  et  qu'on  facilitait 
grandement  l'opération ,  en  ramenant  à  l'unité  la  Liturgie 
Bénédictine,  en  effaçant  les  usages  particuliers  de  chaque 
Ordre  ou  Congrégation.  Ce  plan,  dont  les  avantages  balancent 
les  inconvénients ,  fut  conçu  et  exécuté  par  les  Procureurs- 
généraux  des  diverses  Congrégations  Bénédictines,  résidant 
à  Rome.  Tout  en  maintenant  la  forme  générale  de  l'Office 
Monastique ,  ils  s'attachèrent  à  faire  entrer  dans  leur  cadre 
la  presque  totalité  du  Bréviaire  de  saint  Pie  V,  et  soumirent 
à  l'approbation  du  souverain  Pontife  ce  nouveau  travail.  Un 
grand  nombre  de  traditions  antiques  et  vénérables  dans 
l'Ordre  avait  été  sacrifié;  le  Psautier,  dont  la  règle  de  saint 
Benoît  exige  si  strictement  la  récitation  chaque  semaine, 
se  trouvait  interrompu  dans  toutes  les  fêtes  des  Saints  ; 
mais  alors  ces  fêtes,  beaucoup  moins  multipliées  qu'au- 
jourd'hui, laissaient  encore  la  liberté  de  satisfaire  le  plus 
souvent  à  cette  inviolable  loi.  Paul  V  accorda  son  approba- 
tion par  un  Bref  du  1er  octobre  1612  :  cependant,  il  ne 
voulut  pas  obliger  tous  les  Ordres  militants  sous  la  règle 
Bénédictine,  à  rejeter  les  autres  Bréviaires  pour  suivre  exclu- 
sivement celui  que  venaient  de  rédiger  les  Procureurs-géné- 
raux ;  il  se  contenta  de  les  exhorter  en  général  à  recevoir 
le  Bréviaire  et  les  livres  de  chœur  nouvellement  réfor- 


LITURGIQUES.  47 

mes  (1) ,  et  afin  de  porter  plus  efficacement  les  Bénédictins  à 
les  adopter,  il  attribua  à  la  récitation  du  nouveau  Bréviaire 
Monastique  les  mêmes  indulgences  dont  saint  Pie  V  avait 
encouragé  l'usage  du  Bréviaire  Romain  (2). 

En  Italie  et  généralement  dans  les  pays  étrangers,  les 
Ordres  et  Congrégations  qui  vivaient  sous  la  règle  de  saint 
Benoît  embrassèrent  le  Bréviaire  de  Paul  V.  Outre  l'avan- 
tage de  se  rapprocher  en  beaucoup  de  choses  de  l'Office 
réformé ,  on  trouvait  celui  de  se  procurer  aisément  les  livres, 
et  d'éviter  les  grands  frais  qu'occasionnait  toujours ,  dans 
chaque  Congrégation,  la  réimpression  des  Usages  particu- 
liers. Néanmoins,  l'Ordre  de  Citeaux  tout  entier  refusa  de 
changer  ses  livres ,  dans  lesquels ,  ainsi  que  nous  l'avons  dit, 
l'élément  Grégorien  était  mélangé  de  Parisien.  En  France, 
les  Congrégations  de  Saint- Vannes  et  de  Saint-Maur  accep- 
tèrent le  nouveau  Bréviaire,  mais  plutôt  de  fait  que  de  droit, 
en  déclarant  expressément,  dans  leurs  constitutions,  qu'elles 
n'entendaient  pas  recevoir  les  nouveaux  Offices  de  Saints 
qu'on  ajoutait  sans  cesse  à  ce  Bréviaire  (3).  En  Espagne,  la 
Congrégation  Tarragonaise  se  tint  aussi  à  ses  anciens  livres; 
celle  de  Valladolid  attendit  jusqu'en  4621  pour  adopter  les 

(1)  Nos  laudabile  consilium  hujusmodi  plurimum  commendantes  et 
omnes  ejusdem  Ordinis  Religiosos  ad  Breviarium  et  libros  chorales,  ut 
prœfertur  reformatas  unanimiter  recipiendos  in  Domino  hortantes ,  et 
opus  hujusmodi  quantum  cum  Domino  possumus,  promovere  cupien- 
tes ,  etc. 

(2)  Vid.  la  note  B. 

(3)  Prseter  sanctorum  festivitates  quas  Sanctissimus  Dominus  INoster 
Urbanus  Papa  VIII  Galendario  Breviarii  Romani  addidit,  nullus  indu- 
cat alia  festa ,  inconsulto  Capituio  Generali.  Dcclar.  Cong.  S.  Mauri,  in 
Cap.  XIV.  Regulœ  S.  P.  Benedicti. 

Sïemo ,  inconsulto  Generali  Capitulo  ,  inducat  festa  ab  iis  quse  f  ue- 
rint  in  Calendario  impressa ,  vel  in  Diœcesi  prœcepta.  Declar.  Cong. 
SS,  Fitoni  et  ffydulphi,  in  idem  caput. 

T.  il.  2 


18  INSTITUTIONS 

nouveaux;  mais  elle  se  maintint,  comme  celle  de  Saint- 
Vannes  et  de  Saint-Maur,  dans  l'usage  de  fixer  son  Calendrier. 
Nous  parlerons  de  Cluny,  au  chapitre  suivant. 

Quatre  ans  après  la  publication  du  Bréviaire  Monastique 
de  Paul  V,  il  émana  un  avis  et  déclaration  de  la  Congrégation 
des  Rites ,  portant  que  l'opinion  de  ce  tribunal  était  que  tous 
les  Moines  et  Moniales  qui  militent  sous  la  règle  de  saint  Be- 
noît, peuvent  et  doivent  se  servir  du  Bréviaire  de  Paul  F, 
nonobstant  que  plusieurs  exempts  se  fussent  servis ,  par  le 
passé  ,  du  Romain  ou  de  tout  autre  (d). 

L'autorité  de  celte   déclaration  ne  prévalut  pas  néan- 
moins de  telle  sorte  qu'elle  détruisît  les  Bréviaires  Monas- 
tiques qui  avaient  survécu.  On  jugea  qu'elle  n'était  pas  pré- 
ceptive,  puisque  ,  dans  ce  cas,  elle  eût  été  en  contradiction 
avec  le  Bref  de  Paul  V,  antérieur  seulement  de  quatre  ans, 
et  dans  lequel  ce  Pontife  se  contente  d'exhorter  les  Moines  à 
adopter  le  Bréviaire  rédigé  par  les  Procureurs  généraux. 
Dans  Rome  même,  l'Ordre  de  Citeaux,  en  particulier,  con- 
tinua, long-temps  encore,  d"employer  dans  les  Offices  divins 
le  seul  Bréviaire  Cistercien  ;  et,  vers  la  fin  du  môme  siècle,  le 
Cardinal  Bona,  dans  son  beau  traité  de  Divina  Psalmodia, 
imprimé  à  Rome ,  consacrait  un  chapitre  entier  à  détailler 
avec  complaisance  les  avantages  du  Bréviaire  Cistercien  sur 
le  Monastique  de  Paul  V. 

Au  reste,  tous  ces  Bréviaires  Monastiques  ne  différaient 

(1)  Sacra  RituumCoDgregatio  censuit  et  dechravit  omnes  monachos 
et  Moniales  qui  et  quae  militant  sub  régula  S.  BeneJicti ,  posse  et  de- 
bere  uti  Breviario  Bénédictine-  nuper  de  mandato  S3.  D.  N.  Pauli  V 
Papae  edito  pro  omnibus  religiosis  qui  militant  sub  régula  S.  Patris 
Benedicti:  nonobstante  quod  aliqui  exempti  in  prœteritum  usi  fue- 
rint  Koniano ,  vel  alio  Breviario  Et  ita  declaravit  die  24  Januarii ,  anno 
Domini  161G. 


LITURGIQUES.  19 

les  uns  des  autres  que  dans  des  particularités  d'un  intérêt 
secondaire.  La  disposition  des  Offices  était,  dans  tous,  celle  de 
la  Règle  de  sakit  Benoît  ;  dans  tous,  la  plupart  des  Antiennes, 
Répons,  Hymnes,  étaient  conformes  aux  anciens  Responso- 
riaux  de  saint  Grégoire,  par  conséquent  au  Bréviaire  de 
saint  Pie  V.  Le  reste,  ainsi  que  dans  les  Bréviaires  des  dio- 
cèses, était  emprunté  aux  coutumes  locales,  mais  surtout 
au  Romain-Français,  dont  l'influence  s'était  étendue  si  loin. 
Pour  le  Missel,  nous  avons  déjà  remarqué  que  les  Moines 
n'en  connaissaient  point  d'autre  que  celui  de  l'Eglise  Ro- 
maine, auquel  ils  joignaient  quelques  usages  particuliers. 
Le  Missel  Monastique  que  publia  aussi  Paul  V  se  répandit 
dans  la  même  proportion  que  son  Bréviaire. 

Urbain  VIII ,  qui  succéda  à  Paul  V,  après  le  trop  court  pon- 
tificat de  Grégoire  XV,  entreprit  la  révision  du  Bréviaire  ; 
on  ne  l'avait  pas  faite  depuis  Clément  VIII.  Les  commissaires 
qu'il  nomma  pour  ce  travail  furent  le  Cardinal  Louis  Gaétan, 
ïégrime  Tegrïmi ,  Evêque  d'Assise  et  Secrétaire  de  la  Con- 
grégation des  Rites  ;  Fortuné  Scacchi ,  Sacristain  de  la  Cha- 
pelle Papale  ;  Nicolas  Riccardi  ,  Maître  du  Sacré  Palais  ; 
Jérôme  Lanni,  Référendaire  de  l'une  et  l'autre  Signature; 
Hiîarion  Rancati,  Abbé  de  Sainte-Croix  en  Jérusalem;  Jac- 
ques Vulponi,  de  l'Oratoire  de  Saint-Philippe  de  Néri;  Bar- 
thélémy Gavanti,  des  Clercs  Réguliers  de  Saint-Paul  ;  Térence 
Alciati ,  Milanais ,  Consulteur  de  la  Congrégation  des  Rites , 
ainsi  que  plusieurs  des  précédents  ;  enfin  le  célèbre  Annaliste 
des  Frères  Mineurs ,  Luc  Wading  (1). 

Le  travail  de  la  commission  consista  principalement  à  re- 
voir les  Homélies  des  saints  Pères  sur  les  originaux,  à  subs- 
tituer aux  anciennes  quelques-unes  qui  paraissaient  mieux 

(1)  Merati  in  Gavantum.  Thesaur.  Sacr.  Rituum.  Tom.  III.  4°.  pag.  22. 


20  INSTITUTIONS 

adaptées.  On  s'occupa  aussi  d'éclaircir  les  Rubriques,  et  de 
fixer  la  ponctuation  des  Psaumes  pour  le  chant.  Cette  cor- 
rection, publiée  par  un  Bref  du  25  janvier  1631  ,  qui  com- 
mence par  ces  mots  :  Divinam  Psalmodiam  (1) ,  est  la 
dernière  qui  ait  été  faite;  les  successeurs  d'Urbain  VIII  ont 
pu  ajouter  des  Offices  au  Bréviaire  ;  mais  il  ne  porte  en  têlc 
que  les  seuls  noms  de  saint  Pie  V,  de  Clément  VIII  et  d'Ur- 
bain VIII. 

La  correction  d'Urbain  VIII  n'attirait  pas  seulement  l'at- 
tention par  les  réformes  dont  nous  venons  de  parler  :  une 
particularité  plus  importante  encore  la  rendait  remarquable. 
La  plupart  des  Hymnes  avaient  été  retouchées  et  ramenées 
aux  règles  du  vers,  par  ordre  d'Urbain  VIII.  Ce  Pape,  qui 
aimait  les  lettres  et  cultivait  avec  succès  la  poésie  latine ,  ne 
pouvait  supporter  les  nombreuses  incorrections  que  présen- 
taient la  plupart  des  Hymnes  du  Bréviaire.  Il  regrettait, 
comme  il  le  dit  dans  son  Bref,  que  les  saints  Pères  eussent 
plutôt  ébauché  que  perfectionné  leurs  hymnes  ;  et  la  décence 
du  service  divin  lui  semblait  réclamer  impérieusement  une 
réforme  sur  cet  article.  Le  talent  dont  il  avait  fait  preuve 
dans  la  composition  des  Hymnes  qu'il  a  mises  au  Bréviaire  et 
dont  nous  parlerons  plus  loin ,  le  rendait  fort  capable  de  réa- 
liser cette  entreprise  difiieile  :  néanmoins,  il  ne  jugea  pas 
à  propos  de  s'en  charger.  Il  la  confia  à  trois  Jésuites  :  Fa- 
mien  Strada,  Tarquin  Galluzzi  et  Jérôme  Petrucci,  qui  cor- 
rigèrent au-delà  de  neuf  cent  cinquante  fautes  contre  la 
prosodie. 

Comme  il  ne  pouvait  manquer  d'arriver ,  l'œuvre  de  ces 
trois  commissaires  a  été  jugée  fort  diversement.  Les  uns, 

(1)  Vid.  la  note  C. 


LITURGIQUES.  21 

comme  les  Pères  Théophile  Raynaud  (1) ,  Charles  Guyet  (2) , 
Faustin  Arevalo  (5) ,  etc. ,  ont  pris  la  défense  de  l'œuvre  de 
leurs  confrères ,  et,  il  nous  semble,  avec  raison.  D'autres, 
comme  le  P.  Louis  Cavalli,  Franciscain,  Pénitencier  de  Saint- 
Jean-de-Latran ,  dans  un  livre  d'observations  qu'il  a  composé 
exprès  ;  Jean-Baptiste  Thiers,  dans  sa  satire  du  Bréviaire  de 
Cluny  ;  Henri  Valois,  cité  par  Mérati,  ont  fort  maltraité  les 
correcteurs  des  Hymnes  Romaines.  Si,  après  tous  ces  au- 
teurs ,  il  nous  est  permis  de  faire  connaître  notre  avis ,  nous 
dirons  d'abord  que  c'était  une  œuvre  grandement  difficile  de 
corriger  les  vers  d'autrui ,  et  des  vers  dont  le  sens  et  les  pa- 
roles étaient  dans  la  mémoire  de  tout  le  monde.  On  deman- 
dait aux  correcteurs  de  conserver  la  mesure  et  le  sens  de 
chaque  vers ,  de  maintenir  le  fond  des  expressions ,  en  un 
mot  la  couleur  générale  et  particulière.  Ils  ont  rempli  cette 
tâche,  suivant  nous,  autant  qu'elle  pouvait  être  remplie.  Il 
y  a  sans  doute  de  rares  endroits  où  ils  ont  trop  sacrifié 
à  une  pureté  classique  :  mais  la  plupart  du  temps  l'onc- 
tion primitive  est  restée ,  en  même  temps  que  l'expression 
devenait  à  la  fois  plus  nette  et  plus  claire.  Nous  leur  re- 
procherons seulement  d'avoir  changé  le  mètre  de  l'Hymne 
de  saint  Michel  :  Tibi,  Christe ,  splendor  Patris  ,  et  de  celles 
de  la  Dédicace  d'une  Eglise  .  Urbs  Jérusalem  beata  et  An- 
gularis  fundamentum. 

Quoiqu'il  en  soit  de  notre  sentiment  particulier,  on  ne  peut 
nier  que  l'adoption  des  Hymnes  ainsi  corrigées  n'ait  fourni 
matière  à  de  grandes  oppositions.  Leurs  causes  principales 
étaient  la  difficulté ,  en  tout  temps  si  grande,  de  déraciner  la 
routine ,  l'impossibilité  de  corriger,  sans  les  gâter,  les  anciens 

(1)  Theoph.  Raynaudi  opéra.  Tom.  XI.  Minutalia  sacra,  pag.  12. 

(2)  Eortologia  sacra.  Lib.  III.  Cap,  V.  quest.  2. 

(3)  Hymaodia  Hispaaica.  De  Hymnis  ecclesiast.  §.  28. 


22  INSTITUTIONS 

livres  de  chœur,  enfin  la  facture  peu  musicale  d'un  certain 
nombre  de  vers.  Cavalli  rapporte  à  ce  sujet  un  mot  qui , 
pour  être  devenu  célèbre  ,  n'en  est  pas  pour  cela  plus  juste. 
Un  Belge,  d'ailleurs  homme  pieux  et  docte,  disait,  en  par- 
lant des  Hymnes  réformées  :  Accessit  latinitas  et  récessif 
pietas.  Les  chantres  Romains  prétendaient  aussi  que  les  cor- 
recteurs étaient  plus  familiers  avec  les  Muses  qu'avec  la 
Musique.  Il  fut  impossible  d'établir  l'usage  des  Hymnes  cor- 
rigées dans  la  Basilique  de  Saint-Pierre;  mais  elles  s'é- 
tendirent rapidement  dans  les  autres  Eglises  de  Rome ,  de 
l'Italie,  et  même  de  la  Chrétienté  ,  hors  en  France.  Ceux  de 
nos  diocèses  qui  suivaient  le  Romain  pur,  préférèrent ,  en 
général,  garder  les  anciennes.  On  rencontre  peu  d'éditions 
françaises  du  Bréviaire  avant  1789,  dans  lesquelles  les  nou- 
velles se  trouvent  :  encore,  le  plus  souvent,  sont-elles  ren- 
voyées  à  la  fin ,  en  manière  d'appendice.  Au  contraire ,  les 
éditions  publiées  depuis  douze  ou  quinze  ans  ont,  presque 
toutes,  reproduit  uniquement  les  Hymnes  corrigées. 

Quant  aux  Ordres  religieux,  ceux  qui  sont  astreints  au 
Bréviaire  Romain  embrassèrent  les  nouvelles  Hymnes ,  ex- 
cepté toutefois  les  Franciscains  des  provinces  de  France.  Les 
Ordres  et  Congrégations  Monastiques  gardèrent  les  an- 
ciennes. La  Congrégation  de  Saint-Maur  est  la  seule  qui , 
après  diverses  variations,  eût  enfin  adopté  définitivement  la 
correction  d'Urbain  VIII.  Aujourd'hui  encore,  dans  Rome 
même ,  les  Bénédictins  du  Mont-Cassin ,  les  Cisterciens ,  les 
Chartreux ,  etc. ,  chantent  les  anciennes  Hymnes  :  elles 
sont  également  restées  en  usage  dans  le  Bréviaire  Domi- 
nicain. 

Urbain  VIII,  après  avoir  opéré  la  révision  du  Bréviaire, 
entreprit  celle  du  Missel ,  considérant  ces  deux  livres ,  fonde- 
ment de  la  Liturgie  ,  comme  les  deux  ailes  que  le  Prêtre  de  la 


LITURGIQUES.  25 

loi  nouvelle,  à  l'exemple  des  Chérubins  du  Tabernacle  antique, 
étend  chaque  jour  vers  le  vrai  'propitiatoire  du  monde  (1).  La 
même  commission  qui  avait  été  établie  pour  la  révision  du 
Bréviaire  donna  ses  soins  à  celle  du  Missel.  On  fit  aux  Ru- 
briques plusieurs  corrections  et  éclaircissements ,  et  on  ré- 
tablit dans  sa  pureté  le  texte  de  l'Ecriture,  altéré  en  quelques 
endroits.  Cette  correction  du  Missel  est  aussi  la  dernière  : 
c'est  pour  cette  raison  que  ce  livre  ,  comme  le  Bré- 
viaire, a  porté  depuis  sur  son  titre  le  nom  d'Urbain  VIII  avec 
ceux  de  saint  Pie  V  et  de  Clément  VIII.  Le  Bref  de  publi- 
cation est  du  2  septembre  1634 ,  et  commence  par  ces  mots/, 
Si  quid  est  in  rébus  humanis .  Nous  ne  le  donnons  pas  dans 
les  notes  de  ce  chapitre ,  parce  qu'il  présente  moins  d'intérêt 
que  celui  qui  a  rapport  à  la  révision  du  Bréviaire  et  à  la 
correction  des  Hymnes.  Enfin  Urbain  VIII  publia  une  nou- 
velle édition  du  Pontifical ,  avec  quelques  changements  et 
améliorations ,  et  la  promulgua ,  comme  désormais  obliga- 
toire ,  par  un  Bref  du  17  juin  1644  ,  qui  commence  par  ces 
mots  :  Quamvis  alias. 

Nous  ne  terminerons  pas  cette  histoire  liturgique  de  la 
première  moitié  du  dix-septième  siècle ,  sans  parler  des  ac- 
croissements que  reçut ,  durant  cette  période ,  le  Bréviaire 
Romain ,  par  l'addition  des  Offices  de  plusieurs  Saints  qui 
furent  proposés  par  les  souverains  Pontifes  au  culte  de  l'E- 
glise. Il  est  juste,  en  effet,  que  cette  Epouse  du  Christ  célèbre 
les  triomphes  de  ses  enfants ,  à  quelque  siècle  qu'ils  aient 

(1)  Quamobrem  sicuti  nuper  ad  divin!  Officii  nitorem  reformai!  Bre- 
viarium,  ita  demum  hujus  exemplo  ad  divini  saciificii  ornamentum 
corrigi  Missale  mgndavimus;  et  quoniam  basée  quasi  alas  quas  saeer- 
dos,  instar  Cherubim  prisci  mystici  tabernaculi,  quotidie  pandit  ad  ve- 
rum  mundi  propitiatorium ,  decet  esse  plane  geminas,  atque  unifor- 
mes, etc.  Bref  du  2  septembre  163  i. 


2£  INSTITUTIONS 

appartenu  ;  car  elle  ne  doit  point  rougir  de  placer  dans  ses 
fastes  les  fils  qu'elle  a  nourris  dans  la  vieillesse  de  ses  ma- 
melles (1),  à  côté  de  ceux  qui  furent  les  prémices  de  sa  ma- 
ternité. Au  dix-septième  siècle,  la  France  ne  s'élait  pas 
rendue  sourde  encore  à  cette  voix  du  Pasteur  suprême  qui 
retentit ,  à  chaque  nouveau  pontificat ,  dans  les  Eglises  de 
Dieu,  portant  Tordre  qu'à  l'avenir  tel  jour  de  l'année  de- 
meure consacré  à  la  mémoire  d'un  serviteur  de  Dieu.  Sous 
sa  hutte  de  roseaux ,  au  fond  des  antres  qui  le  cachent ,  le 
Missionnaire  qui  n'a  pour  consolation  que  son  Bréviaire , 
apprend  cette  grande  nouvelle ,  et  se  sent  fortifié  par  ce  nou- 
veau signe  de  vie  que  lui  envoie  la  Mère  des  Chrétiens;  il 
s'unit  à  toutes  les  Eglises  :  celle  de  France  est  la  seule  qui 
ne  répétera  point  avec  lui  le  Cantique  nouveau. 

Clément  VIII,  dans  sa  révision  du  Bréviaire,  avait,  à 
l'exemple  de  Grégoire  XIII  et  de  Sixte-Quint,  ajouté  au  Ca- 
lendrier de  saint  Pie  V  plusieurs  nouveaux  Saints.  Par  diffé- 
rents décrets,  il  avait  établi ,  pour'la  première  fois,  l'Office 
de  saint  Bomuald,  Abbé  de  Camaldoli ,  et  celui  de  saint  Sta- 
nislas, Evêque  de  Cracovie  et  Martyr,  l'un  et  l'autre  du  rite 
semi-double.  Il  avait  élevé  au  rang  des  doubles-majeurs ,  la 
Visitation  de  la  Sainte  Vierge ,  les  deux  fêles  de  la  Chaire  de 
saint  Pierre ,  à  Rome  et  à  Antiochc  ,  et  celle  de  saint  Pierre- 
aux-Liens.  La  fête  de  saint  Jean  Gualbert ,  Abbé  de  Vallom- 
breuse,  avait  été  établit;  du  rite  simple,  et  celle  de  saint 
Polycarpe ,  Evêque  de  Smyrne  et  Martyr,  élevée ,  de  simple 
qu'elle  était,  au  degré  de  semi-double.  Clément  VIII,  après 
avoir  uni  le  culte  de  l'illustre  Martyre  Flavia  Domitilla  à 
celui  des  saints  Nérée  et  Achillée ,  avait  aussi  rehaussé  d'un 
degré  cette  fête  simple  jusqu'alors.  Mais  en  retour,  sans 

(1)  Adhuc  multiplicabuntur  in  senecta  uberi.  Psalm.  XCJ.  15. 


LITURGIQUES.  25 

doute  pour  ménager  davantage  les  droits  du  Dimanche ,  il 
avait  abaissé  du  rang  des  doubles  à  celui  des  semi-doubles, 
les  fêtes  de  saint  François  de  Paule,  de  saint  Pierre,  Martyr, 
de  saint  Antoine  de  Padoue  et  de  saint  Nicolas  de  Tolentin. 

Paul  V  établit  l'Office  de  saint  Casimir,  prince  Polonais ,  et 
celle  de  saint  Norbert,  Instituteur  des  Prémontrés,  du  rite 
semi-double.  Il  approuva  du  même  degré,  mais  ad  libitum, 
la  fête  de  saint  Charles  Borromée ,  celle  des  Stigmates  de 
saint  François;  et  du  rite  double,  pareillement  ad  libitum, 
l'Office  des  saints  Anges  Gardiens.  La  fête  de  saint  Ubalde, 
Evêque  de  Gubbio ,  fut  aussi  instituée  par  le  même  Pontife, 
mais  du  rite  simple.  Enfin ,  Paul  V  rendit  à  saint  François  de 
Paule  le  degré  de  double  que  lui  avait  enlevé  Clément  VIII. 
Mais  aucun  Pape  de  l'époque  qui  nous  occupe  ne  surpassa 
Urbain  VIII  pour  le  zèle  à  instituer  de  nouveaux  Offices.  Il 
établit  la  fête  double  de  saint  Hyacinthe ,  Dominicain  Polo- 
nais ,  et  institua  semi-doubles  de  précepte  les  fêtes  de  sainte 
Bïbiane ,  Vierge  et  Martyre  ;  de  saint  Herménégilde ,  Martyr  ; 
de  sainte  Catherine  de  Sienne ,  Vierge  ;  de  saint  Eustache  et 
ses  compagnons,  Martyrs;  enfin,  de  sainte  Martine,  Vierge 
et  Martyre ,  et  de  sainte  Elisabeth ,  Reine  de  Portugal ,  dont 
il  composa  lui-même  les  Hymnes  et  l'Office  entier.  Urbain  VIII 
approuva,  en  outre,  comme  semi- doubles  ad  libitum,  les 
fêtes  de  saint  Philippe  de  Néri ,  Instituteur  de  l'Oratoire  de 
Rome  ;  de  saint  Alexis ,  Confesseur  ;  de  saint  Henri  II ,  Em- 
pereur, et  de  sainte  Thérèse,  Vierge,  réformatrice  du  Carmel. 

Innocent  X,  qui  succéda  à  Urbain  VIII,  établit  du  rite 
double  la  fête  de  sainte  Françoise ,  veuve  Romaine ,  et  du 
rite  semi-double  et  de  précepte,  celle  de  saint  Ignace  de 
Loyola ,  de  sainte  Thérèse  et  de  saint  Charles  Borromée. 
L'office  de  sainte  Claire  fut  aussi  établi  par  ce  Pontife ,  mais 
seulement  semi-double  ad  libitum. 


26  INSTITUTIONS 

Tels  furent  les  accroissements  du  Bréviaire  Romain,  et 
en  même  temps  du  Missel,  jusqu'à  la  moitié  du  dix-seplième 
siècle.  On  doit  remarquer  que  la  plupart  de  ces  fêtes  sont 
du  rite  semi-double,  pour  conserver  l'Office  du  Dimanche. 
Nous  verrons  une  révolution  en  sens  contraire  s'accomplir 
successivement,  et  la  récitation  hebdomadaire  du  Psautier 
perdre  une  partie  de  son  importance  à  mesure  que  nous 
avancerons  dans  l'histoire  liturgique  des  deux  derniers  siècles. 
Nous  aurons  ailleurs  l'occasion  de  dire  notre  avis  sur  cette 
grave  modification  liturgique. 

Donnons  maintenant  la  Bibliothèque  des  écrivains  litur- 
gistes  qui  ont  fleuri  dans  la  première  moitié  du  dix-septième 
siècle. 

En  tête,  nous  placerons  Victorius  Scialak ,  Moine  Maro- 
nite, né  au  Mont-Liban,  qui  vivait  à  Rome  au  commencement 
du  dix-septième  siècle ,  et  y  enseignait  les  langues  orien- 
tales. Il  traduisit  d'arabe  en  latin  les  Liturgies  attribuées  à 
saint  Basile,  à  saint  Grégoire  de  Nysse  et  à  saint  Cyrille 
d'Alexandrie.  Cette  collection  fut  imprimée  à  Augsbourg, 
en  1604. 

(1604).  Jean  de  Angclis,  Frère  Mineur  Observantin,  donna 
en  espagnol  un  ouvrage  imprimé  à  Madrid  sous  ce  titre  : 
Tratado  de  los  sacratissimos  mysterios  de  la  Misa. 

(1605).  André  Hoius,  ou  Hove ,  professeur  de  langue 
grecque  à  Douai,  est  auteur  d'un  livre  intitulé  :  Antiquitatum 
liturgicarum  arcana  concionatoribus  et  pastoribus  uberrimum 
promptuarium  t  sacerdotibus  serium  exercitium ,  religiosis 
vneditationum  spéculum,  nobilibus  spiritualis  venatio,  laicis 
litteratis  sancta  devotio,  omnia  ex  diversis  auctoribus  tribus 
tomis  comprehensa.  A  Douai ,  in-8°.  Pour  être  juste,  nous 
devons  dire  que  l'exécution  du  livre  ne  répond  pas  tout-à-fait 
à  de  si  magnifiques  promesses. 


LITURGIQUES.  ,  27 

(1606).  Jean-Paul  Palantieri,  Franciscain,  Evêque  de 
Cedonia,  a  laissé  une  explication  des  Hymnes  ecclésiastiques 
imprimées  à  Bologne  en  1606. 

(1603).  Le  célèbre  Jésuite  Jean  Gretser,  un  des  plus  vail- 
lants antagonistes  de  la  réforme ,  et  dont  les  œuvres  volu- 
mineuses forment  l'un  des  plus  vastes  répertoires  de  l'éru- 
dition catholique  ,  a  laissé  plusieurs  traités  intéressants  sur 
les  matières  liturgiques.  Nous  citerons  en  particulier  :  1°  De 
Sacris  peregrinationibus ,  libri  IV ;  2°  De  Ecclesiasticis  pro- 
cessionibus ,  libri  II  ;  5°  Podoniptron  seu  Pedilavium ,  hoc 
est,  de  more  lavandi  pedes  peregrinorum  et  hospitum,  avec  une 
addition  au  livre  des  Pèlerinages  ;  4°  De  funere  Christiano , 
libri  III;  5°  De  Festis,  libri  II,  Il  donna  plus  tard  un  supplé- 
ment à  ce  dernier  ouvrage ,  dans  lequel  il  traite  d'une  ma- 
nière spéciale  du  culte  et  de  la  fête  du  Saint  Sacrement. 
6°  De  Benedictionibus,  libri  duo,  et  tertius  de  maledictionibus  ; 
7°  De  Sancta  Cruce,  ouvrage  non  moins  fécond  pour  la 
science  liturgique  que  pour  celle  de  l'antiquité  chrétienne 
en  général.  Nous  omettons  un  grand  nombre  d'autres  opus- 
cules qui  figurent  avec  les  livres  que  nous  venons  de  citer 
dans  la  belle  édition  des  œuvres  de  Gretser,  donnée  en  dix- 
sept  volumes  in-folio,  à  Ingolstadt,  en  1734. 

(1607).  Nicolas  Serrarius,  Jésuite  Lorrain,  est  auteur  de 
deux  livres  intitulés  :  le  Litaneutique ,  ou  des  Litanies,  dans 
le  premier  desquels  il  traite  de  l'antiquité  et  de  l'utilité  des 
Litanies,  et  dans  le  second  de  l'invocation  des  Saints.  Il  a 
composé  aussi  un  traité  des  Processions,  divisé  pareillement 
en  deux  livres.  Ces  deux  ouvrages ,  remplis  de  science  et 
d'intérêt,  se  trouvent  dans  la  collection  des  Opuscules  de 
Serrarius,  imprimée  à  Mayence  en  1611,  ia-foiio. 

(1608).  Jean-Baptiste  de  Rubeis  publia  à  Plaisance  un 
livre  intitulé  :  Rationale  divinorum  officiorum.  Quelques  re- 


28  INSTITUTIONS 

cherches  que  nous  ayons  faites  d'ailleurs,  Fauteur  et  son 
livre  ne  nous  sont  connus  que  par  la  simple  mention  qu'en 
fait  Zaccaria. 

(1610).  Ce  fut  en  cette  année  que  les  éditeurs  Parisiens 
de  la  Bibliotheca  veterum  Patrum,  de  Margarin  de  la  Bigne, 
donnèrent  en  manière  de  supplément  un  dixième  tome  qui 
contient  une  nouvelle  et  meilleure  édition  de  la  collection 
liturgique  d'Hittorp.  Celte  édition ,  qui  est  postérieure  de 
dix-neuf  ans  à  celle  que  Ferrari  avait  publiée  à  Rome,  à  la 
fin  du  seizième  siècle,  est  la  dernière  de  toutes.  Elle  est  aussi 
la  plus  correcte,  principalement  pour  l'ouvrage  d'Honorius 
d'Autun,  intitulé  :  Gemma  anima?. 

(1610).  André  Duval ,  Docteur  et  Professeur  de  Sorbonnc, 
si  connu  par  sa  franche  orthodoxie,  a  publié,  en  1610,  un 
ouvrage  mentionné  par  Ellies  Dupin ,  sous  ce  titre  :  Obser- 
vations sur  quelques  livres  de  l'Eglise  de  Lyon. 

(1611).  Claude  Villelte,  Chanoine  de  Saint-Marcel  de  Pa- 
ris, a  laissé  un  ouvrage  intitulé  :  Les  raisons  de  l'Office,  et 
cérémonies  qui  se  font  en  l'Eglise  Catholique ,  Apostolique  et 
Romaine.  Ensemble  les  raisons  des  cérémonies  du  Sacre  de 
nos  Rois  de  France,  et  des  douze  marques  uniques  de  leur 
royauté  céleste,  par  dessus  tous  les  Rois  du  monde.  Ce  livre, 
dont  la  doctrine  est  puisée  dans  les  liturgistes  du  moyen- 
âge,  présente  un  grand  intérêt,  et  a  eu  plusieurs  éditions, 
tant  du  format  m-4°  que  du  format  in-12. 

(1612).  Jean  Chapcauville,  Docteur  de  Louvain,  est  au- 
teur de  l'ouvrage  suivant  qui  a  été  réimprimé  plusieurs  fois  : 
Tractatus  de  necessitate  et  modo  ministrandi  sacramenta 
tempore  pestis.  (  Mayence  1612,  in-8°.  )  On  trouve,  à  la  fin 
du  second  volume  de  l'histoire  des  Evêques  de  Liège,  par 
le  même ,  un  traité  historique  de  prima  et  vera  origine  fes- 
tivitatis  SS.  Corporis  et  sanguinis  Christi. 


LITURGIQUES.  29 

(1613).  Augustin  de  Herrera ,  Jésuite  Espagnol,  a  laissé 
deux  ouvrages  importants  ,  imprimés  à  Séville ,  dans  la 
langue  nationale,  le  premier  sous  ce  titre  :  Del  Origen,  y 
progreso  en  la  Jglesia  Catolica  de  los  Rltos ,  y  ceremonias  ; 
que  se  usan  en  el  santo  sacrificio  de  la  Misa  (  1613,-in-4°  )  ; 
et  le  second  intitulé  :  Origen ,  y  progreso  del  Oficio  divin  ,  y 
de  sus  observancias  Catholicas ,  desde  el  siglo  primero  de  la 
Iglesia  al  présente  [  1644,  in-4°). 

(1615).  Jean-Baptiste  de  Glano,  Religieux  Augustin, 
Docteur  de  Paris,  a  composé,  au  rapport  d'Ellies  Dupin,  un 
livre  intitulé  :  Des  Cérémonies  des  principales  Eglises  de 
l'Europe. 

(1615).  Joseph  Visconti ,  connu  dans  la  république  des 
lettres  sous  son  nom  latinisé  de  Vicecomes ,  fut  un  des  con- 
servateurs de  la  Bibliothèque  Ambrosienne,  fondée  à  Milan  , 
par  l'illustre  Cardinal  Frédéric  Borromée.  Il  a  composé  sous 
le  titre  d'Observationes  Ecclesiasticœ ,  quatre  volumes  deve- 
nus rares,  mais  honorés  d'une  juste  célébrité.  (  Milan  1615, 
1618,  1620,  1626,in-4°.  )  Le  premier  traite  des  Rites  du 
Baptême  ;  le  second,  de  ceux  de  la  Confirmation  ;  le  troisième, 
des  cérémonies  de  la  Messe ,  et  le  quatrième  ,  des  choses  a 
préparer  pour  célébrer  convenablement  ce  Sacrifice. 

(1616).  Jean-Baptiste  Scortia,  Jésuite  Génois,  a  publié 
quatre  livres,  de  Sacrosancto  Missœ  sacrificio,  qui  ont  été 
imprimés  à  Lyon,  en  1616,  in-4°,  et  qui  attestent  une 
science  remarquable  dans  leur  auteur. 

(1617).  Pierre  Halioïx ,  savant  Jésuite  Flamand,  parmi 
ses  nombreux  écrits,  a  laissé  sur  une  matière  liturgique  l'ou- 
vrage intitulé  :  Triumphus  sacer  sancîorum ,  sive  de  cœre- 
monils  in  Reliquiaram  sanctorum  translationibus  usurpatis. 
ArUverpiœ,  (In-8°.) 

(1618).  Martin  de  Alcazar,  Hiéronymite,  est  auteur  de 


30  INSTITUTIONS 

l'ouvrage  suivant  :  Kalendarium  Romanum  perpetuum  ex 
Breviario  et  Missali  démentis  V1I1  authoritate  recognitis , 
cum  festis  quœ  generalitcr  in  Flispaniam  celebranlur,  in  quo 
ordo  recitandi  Ojfcium  divinum  et  Missas  celebrandi  dilu- 
cide  exponitur.  (  Madrid,  in-4  .  )  Cet  ouvrage  paraît  être  le 
premier  dans  son  genre ,  et  précéda  de  plusieurs  années 
Y  Ordo  perpetuus,  de  Gavanti. 

(1619).  Gaspard  Loartes  est  auteur  d'un  livre  imprimé  à 
Cologne,  sous  ce  titre  :  De  Sacris  peregrinationibus ,  Reli- 
quiis  et  diviliis  (1619,  in-4".).  Nous  ne  connaissons  cet  au- 
teur et  son  livre  que  par  Ellics  Dupin  et  Zaccaria. 

(1619).  Le  Cardinal  Frédéric  Borromée,  Archevêque  de 
Milan  et  neveu  de  saint  Charles,  outre  le  Cœrcmoniale  Am- 
broaianum,  par  lequel  il  compléta  la  Liturgie  de  son  Eglise, 
est  auteur  d'un  livre  imprimé  à  Milan,  en  1052,  du  format 
in-folio,  sous  ce  titre  :  De  Concionante  Episcopo,  dans  le- 
quel il  traite  savamment  de  Paparcil  liturgique  qui  doit  ac- 
compagner l'Evèque  annonçant  la  parole  de  Dieu  à  son 
peuple. 

(4624).  François-Bernardin  Ferrari,  Préfet  de  la  Biblio- 
thèque Ambrosienne ,  a  laissé  un  ouvrage  en  trois  livres  sur 
un  sujet  analogue  à  celui  du  Cardinal  Frédéric  Borromée, 
sous  ce  titre  :  De  llitu  sacrarum  Ecclcsiœ  veteris  concionum, 
in-4°.  Ce  livre  remarquable  a  été  réimprimé  plusieurs  fois. 
Nous  avons  encore  du  môme  Ferrari ,  sur  une  matière  litur- 
gique ,  sept  livres  de  Veterum  acclamation  ibus  et  plausu. 
4627,  in-4°.  Il  y  traite  en  effet  des  acclamations,  tant  dans 
les  assemblées  ecclésiastiques,  que  dans  les  réunions  pro- 
fanes. 

(1625).  Michel  Lonigo ,  personnage  dont  nous  ignorons 
les  qualités,  mais  qui  paraît  avoir  exercé  les  fonctions  de 
Cérémoniairc ,  a  composé  un  livre  curieux  intitulé  :  DeWuso 


LITURGIQUES.  51 

délie  vesti  de  signori  Cardinali ,  tanto  nelle  Chiese  di  Roma , 
quanto  fuori.  A  Venise.  In-8°.  1623. 

(1623).  Gabriel  de  l'Aubespine,  Evêque  d'Orléans,  homme 
d'une  grande  érudition  ,  a  bien  mérité  de  la  Liturgie  par  son 
livre  de  Veteribus  Ecclesiœ  Ritibus,  imprimé  à  Paris,  in-4°, 
en  1023;  et  par  un  autre,  en  français,  intitulé  :  Ancienne 
police  de  V Eglise  sur  l'administration  de  l'Eucharistie  et  sur 
les  circonstances  de  la  Messe.  Paris.  In-8°.  1629. 

(1625).  Fortunat  Scacchi ,  Religieux  Augustin,  fut  Evêque 
de  Porphyre  et  Sacristain  de  la  Chapelle  Papale.  Il  est  Pau* 
leur  d'un  bel  ouvrage  sur  les  Huiles  et  les  Onctions  sacrées, 
qui  parut  à  Rome  en  1625,  in-4°,  et  a  été  réimprimé,  au 
dix-septième  siècle,  à  Amsterdam,  du  format  in-folio.  Il 
porte  ce  titre  :  Sacrorum  Elœochrismatum  myrothecia  tria. 
Nous  ne  parlons  point  de  l'ouvrage  inachevé  du  même  Scac- 
chi ,  sur  la  canonisation  des  Saints,  non  plus  que  d'un  cer- 
tain nombre  de  traités  de  divers  auteurs  sur  le  môme  sujet, 
parce  qu'ils  sont  presque  exclusivement  consacrés  au  détail 
et  à  la  discussion  des  procédures ,  et  que  la  partie  liturgique 
n'y  tient  qu'une  place  fort  restreinte.  Il  en  est  tout  autre- 
ment de  l'ouvrage  de  Benoît  XIV. 

(1626).  Mutio,  Capucin  Italien ,  publia  à  Rome,  en  1612, 
un  ouvrage  intitulé  :  Tractatus  de  significatis  sacrosancti 
sacrificii  Missœ ,  et  un  autre,  en  1626,  sous  ce  titre  :  De- 
claratio  de  divinis  Ofjîciis  et  de  Cœremoniis  quœ  fiunt  in  exe- 
quiis  defunctorum. 

(1628).  Barthélemi  Gavanli,  Milanais,  de  la  Congrégation 
des  Clercs  Réguliers  de  saint  Paul,  appelés  aussi  Barnabitcs, 
a  laissé  un  nom  à  jamais  célèbre  dans  Jes  fastes  de  la  Litur- 
gie. Nous  avons  vu  qu'il  fut  appelé,  par  Clément  VIII  et 
Urbain  VIII ,  à  faire  partie  des  commissions  que  ces  deux 
Pontifes  formèrent,  à  trente  années  d'intervalle,  pour  la  ré- 


32  INSTITUTIONS 

vision  du  Bréviaire  et  du  Missel.  En  1652,  il  fut  désigné  par 
l'Archevêque  de  Milan  pour  faire  à  lui  seul  les  changements, 
additions  et  corrections  nécessaires  dans  le  Cérémonial  de 
cette  grande  Eglise.  Sa  réputation  de  liturgiste  s'étendit 
jusqu'en  Allemagne  et  en  France.  Le  Cardinal  d'Arach  , 
Archevêque  de  Prague,  l'accabla  de  sollicitations  pour  le 
déterminer  à  venir  régler  les  cérémonies  de  son  Diocèse  : 
Urbain  VIII  refusa  à  Gavanti  la  permission  de  sortir  de  Rome. 
Le  Pape  donnait  en  ces  termes  le  motif  de  son  refus,  dans 
un  Bref  qu'il  adressa  au  célèbre  liturgiste  :  Rescribo  te,  auc- 
toritate  nostra ,  universœ  Ecclesiœ  beneficio ,  in  Breviarii 
Romani  emcndatione  occupatum.  Le  P.  Boudier,  savant  li- 
turgiste Bénédictin  ,  vint  jusqu'à  six  fois  à  Rome  pour  con- 
férer avec  Gavanti.  Enfin ,  plusieurs  Evêques  de  France  le 
sollicitèrent  à  leur  tour  de  passer  les  Alpes  et  de  venir  tra- 
vailler à  une  édition  du  Pontifical  à  l'usage  des  Eglises  de  ce 
royaume.  Il  mourut  en  1658.  Ses  principaux  ouvrages  sur 
la  Liturgie  sont  : 

1°  Thésaurus  sacrorum  rituum  ,  sive  Commentaria  in  ru- 
bricas  Missalis  et  Breviarii.  Ce  livre  est  trop  populaire  pour 
que  nous  ayons  besoin  de  nous  étendre  sur  son  mérite.  Nous 
parlerons  plus  loin  de  l'édition  qu'en  a  donnée  Merati. 

2°  Octavarium  Romanum.  Nous  aurons  bientôt  l'occasion 
de  parler  de  ce  livre. 

5°  Ordo  perpetuus  recitandi  Officium  divinum, 

(1629).  Louis  Cressol,  Jésuite  Français,  a  laissé,  sous  le 
titre  de  Mystagogus,  de  Sacrorum  hominum  disciplina  (Paris, 
in-folio) ,  un  livre  rempli  d'érudition  liturgique. 

(1650).  Jean  Filesac,  Docteur  de  Sorbonne ,  doyen  de 
cette  Faculté,  Curé  de  Saint-Jean  en  Grève,  fut  un  homme 
remarquable  par  sa  profonde  érudition  sacrée  et  profane. 
On  trouve  sur  certaines  questions  de  la  science  liturgique , 


LITURGIQUES.  55 

un  grand  nombre  de  détails  curieux  dans  ses  divers  écrits 
qui  ont  été  recueillis  en  deux  collections,  l'une  intitulée  : 
Opéra  varia  (Paris,  1014;  2  vol.  in-8°);  l'autre,  Opéra 
selecta  (Paris,  1 62 1  ;  5  vol.  in-4").  Celte  dernière  renferme , 
entre  autres,  les  dissertations  suivantes  :  De  Cœremoniis ; 
de  Sanctorum  Festis  diebus  ;  Sanctorum  imaginum  radia- 
tum  caput  ;  Baptismi  lux  et  candor  ;  Funus  vespertinum  ; 
de  Cantu  Ecclesiœ >  etc. 

(1654).  Anaclet  Secchi,  Barnabite,  est  auteur  d'un  ou- 
vrage précieux  et  souvent  réimprimé ,  sur  le  chant  ecclé- 
siastique ;  il  porte  ce  titre  :  Hymnodia  Ecclesiastica ,  et  a  été 
imprimé,  entre  autres  éditions,  à  Anvers,  en  1654,  in-8°. 
II  a  été  depuis  traduit  en  langue  italienne. 

(1654).  Pierre  Arcudius,  savant  Prêtre  Grec,  a  laissé  un 
ouvrage  très  célèbre  sur  la  Liturgie  des  Grecs  comparée  avec 
celle  des  Latins,  dans  l'administration  des  Sacrements.  Il  est 
intitulé  :  De  Cuncordia  Ecclesiœ  Occidentalis  et  Orientalisin 
septem  Sacramentorum  administrations  Les  premières  édi- 
tions de  Paris  sont  de  1619  et  1625,  in-4°. 

(1655).  Simon  Vaz  Barbosa ,  Portugais,  Docteur  de 
Coïmbre ,  frère  du  célèbre  canoniste  du  même  nom ,  est  au- 
teur d'un  livre  imprimé  à  Lyon,  in-8°,  en  1655,  sous  ce  titre  : 
Tractatus  de  dignitate ,  origine,  et  significatis  mysteriosis 
Ecclesiasticorum  graduum  ,  Officii  divini ,  vestium  sacerdo- 
talium  et  Pontificalium,  atque  verborum ,  cœremoniarum  et 
aliarum  rerum  pertinentium  ad  sanctissimum  Missœ  sacri- 
fie ium. 

(1657).  Marc  Diaz,  Portugais,  Franciscain  de  l'Obser- 
vance, fit  paraître  à  Rome,  en  1637,  un  Ordo  perpetuus 
recitandi  Officii  divini. 

(1657).  Joseph  de  Sainte-Marie,  Chartreux  Espagnol,  a 
publié  à  Séville,  en  1637,  un  ouvrage  in-4°,  sous  ce  titre  : 
t.  if.  3 


34  INSTITUTIONS 

Sacros  Ritos  y  Cerimonias  Baptismales  ;  et  un  autre  du 
même  format,  en  1645  ,  intitulé  :  Triunfo  del  agua  bendita. 
Il  paraît  qu'il  avait  travaillé  aussi  sur  les  Exorcismcs. 

(1638).  Dominique  Giacobazzi,  dit  en  latin  Jacobatius ,  a 
composé  le  fameux  traité  de  Conciliis ,  qui  est  joint  à  l'é- 
dition des  Conciles  de  Labbe.  On  trouve  dans  cet  important 
ouvrage  tous  les  détails  nécessaires  sur  les  formes  litur- 
giques qui  doivent  être  employées  dans  les  Conciles. 

(1641).  Jacques  Eveillon,  Chanoine  de  Saint -Maurice 
d'Angers,  fut  chargé,  vers  1620,  par  Guillaume  Fouquet, 
son  Evêque,  de  la  révision  du  Bréviaire  et  du  Rituel  de  ce 
Diocèse.  Il  a  publié,  sur  les  matières  liturgiques,  deux  ou- 
vrages estimés.  Le  premier  est  intitulé  :  De  Processionibus 
ecclesiasticis  liber.  (Paris,  in-8°,  1641.)  Le  second  a  pour 
titre  :  De  Recta  ps  aliénai  ratione.  (La  Flèche,  in-4%  1646.) 

(1641).  Jean  Garcia,  Franciscain  Espagnol,  publia,  à 
Lima,  en  1641,  un  ouvrage  sous  ce  titre  :  Explication  de  los 
Misterios  de  la  Misa,  y  de  sus  ceremonias. 

(1641).  Jacques  Lobbetius,  de  Liège,  est  auteur  d'un 
volume  in-4°,  imprimé  en  cette  ville,  sous  ce  titre  :  De  Re- 
ligioso  templorum  cultu. 

(1642).  Dom  Hugues  Ménard,  qui  ouvre  avec  tant  de 
gloire  l'imposante  liste  des  savants  de  la  Congrégation  de 
Saint-Maur,  fut  un  liturgistcdu  premier  ordre.  Il  suffira  de 
mentionner  ici  son  édition  du  Sacramentaire  de  saint  Gré- 
goire, donnée  à  Paris  en  1642,  in-4%  avec  les  excellentes 
notes  dont  il  l'accompagna.  On  sait  que  Dom  Denys  de  Sainte- 
Marthe  n'a  pas  cru  pouvoir  mieux  faire  que  d'admettre  tout 
ce  travail  de  son  ancien  confrère  dans  sa  belle  édition  des 
œuvres  de  saint  Grégoire  le  Grand. 

(1645).  Isaac  Habert,  Docteur  de  Sorbonne,  Chanoine 
de  Paris,  puis  Evèque  de  Vabres,  donna  en  cette  année 


1ITURGIQUES.  35 

une  édition  de  Y  Archieraticon ,  ou  Pontifical  de  l'Eglise 
Grecque.  Il  appartient  en  outre  à  la  Bibliothèque  deslitur- 
gistes  du  dix-septième  siècle ,  par  plusieurs  Hymnes  remar- 
quables par  l'onction  et  la  facilité ,  et  qui  ont  été  admises 
dans  la  plupart  des  modernes  Bréviaires  de  France. 

(  1 646  ) .  André  du  Saussay ,  Evêque  de  Tulle ,  a  laissé  trois 
ouvrages  curieux  sur  les  habits  sacrés.  Le  premier,  sur  les 
ornements  épiseopaux,  est  intitulé:  Panoplia  Episcopalis  t 
seu  de  sacro  Episcoporum  ornatu.  Libri  VII.  (Paris,  1646, 
in-folio  ) .  Le  second ,  qui  traite  de  l'habit  clérical ,  a  pour 
titre:  Panoplia  Clericalis „  seu  de  Clericorum  tonsuraet  ha- 
bitu.  Libri  XV.  (  Paris ,  1649 ,  in-folio  ).  Le  troisième ,  enfin, 
a  pour  objet  les  vêtements  sacrés  du  Prêtre ,  sous  ce  titre  : 
Panoplia  Sacerdotalis ,  seu  de  venerando  Sacerdotum  habitu. 
Libri  XIV.  (Paris,  1653,  in-folio).  Du  Saussay  est  encore 
auteur  d'un  livre  sur  le  chant  ecclésiastique ,  publié  à  Toul, 
in-8°,  en  1657,  et  intitulé  :  Divina  Doxologia,  seu  sacra  glo- 
rificandi  Deum  in  Hymnis  et  Canticis  methodus,  et  d'un 
autre  qui  a  pour  titre  :  De  Sacro  Ritu  prœferendi  crucem 
majoribus  prœlatis  Ecclesiœ  libellus.  1628,  in-8°. 

(1647).  Jacques  Goar,  Dominicain,  s'est  rendu  à  jamais 
célèbre  dans  les  fastes  de  la  Liturgie ,  par  son  édition  de 
YEucologion  des  Grecs ,  avec  une  traduction  latine  et  des 
notes  savantes.  L'ouvrage  fut  imprimé  à  Paris,  en  1647, 
in-folio. 

(1648).  Léon  Allacci,  en  latin  Allatius,  l'un  des  plus  sa« 
vants  littérateurs  italiens  du  dix-septième  siècle ,  était  né  de 
parents  Grecs.  Il  eut  la  charge  de  Bibliothécaire  du  Vatican, 
et  a  laissé  beaucoup  de  travaux  destinés  à  faire  connaître  la 
Liturgie  des  Grecs  modernes.  Nous  citerons,  entre  autres, 
les  dissertations  de  Dominicis  et  hebdomadibus  recentiorum 
Grœcorum  ;  de  Mtisa  prœsanctificatorum,  et  de  Communion* 


36  INSTITUTIONS 

orientalium  sub  specie  unica,  que  l'on  trouve  à  la  suite  de 
l'excellent  traité  de  Ecclesiœ  occidentalis  et  orienlalis  perpe- 
tua  consensione.  (Paris,  1648,  in-4°).  Allacci  a  laissé  aussi 
un  traité  de  Libris  Ecclesiasticis  Grœcorum.  (Cologne,  1645", 
in-8°  )  ;  un  autre ,  de  Templis  Grœcorum  recentioribus ,  de 
Narthece  Ecclesiœ  veteris  et  de  Grœcorum  quorumdam  ordi- 
nationibus  (  Cologne  ,  1 645 ,  in-8°  ) ,  etc. 

(1646).  Michel  Bauldry,  Bénédictin  de  l'ancienne  obser- 
vance, grand  Prieur  de  Maillezais,  a  acquis  eue  juste  célé- 
brité tant  eu  France  qu'à  l'étranger ,  par  son  excellent 
Manuale  sacrarum  cœremoniarum  juxta  ritum  sanctœ  Ro- 
manœ  Ecclesiœ,  in  quo  omnia  quœ  ad  usum  omnium  cathe- 
dralium,  collégial  arum  ,  parochialium,  sœcularium  et  reyula- 
rium  ecclesiarum  pertinent,  accuratissime  tractantur.  (Paris, 
1646,  in-4°).  Cet  ouvrage,  fruit  des  travaux  d'un  simple 
particulier,  a  obtenu  six  éditions,  et  la  pratique  qui  y  est 
exposée  avec  une  clarté  admirable  a  été  adoptée  par  tous 
les  auteurs  qui,  depuis,  ont  écrit  sur  les  Cérémonies  Ro- 
maines. Bauldry  rédigea  aussi  le  Cérémonial  de  la  Congré- 
gation de  Saint-Maur,  à  la  prière  des  Supérieurs  de  ce  corps 
illustre  :  il  y  fit  entrer  une  grande  partie  de  son  Manuel, 
qu'il  adapta  aux  usages  claustraux ,  et  porta  cet  ouvrage  à 
une  grande  perfection* 

(1619).  Marc-Paul  Léo  ne  nous  est  connu  que  par  Zac- 
caria,  qui  mentionne  avec  un  grand  éloge  un  livre  publié  par 
cet  auteur,  à  Home,  en  1649,  sous  ce  titre  :  De  auctoritate 
et  usu  Pallii  Pontificii. 

Nous  terminerons  ce  chapitre  par  les  remarques  sui- 
vantes : 

1°  Durant  la  première  moitié  du  dix-septième  siècle,  l'E- 
glise universelle  se  reposa  dans  l'unité  liturgique. 

2°  L'Eglise  de  France  commença  de  ressentir  les  premières 


LITURGIQUES.  57 

atteintes  d'une  réaction  contre  la  liberté  de  la  Liturgie.  Cette 
réaction  provenait  des  influences  de  la  magistrature  sécu- 
lière. 

3°  En  même  temps  qu'elle  protestait,  mais  en  vain ,  contre 
les  entreprises  de  la  magistrature,  l'Assemblée  de  i605 
donna  le  premier  exemple  d'une  entreprise  contre  le  Missel 
de  saint  Pie  V. 

4°  Rome  continua  de  déterminer,  avec  une  imposante  so- 
lennité ,  les  formes  générales  de  la  Liturgie ,  et  l'Occident 
tout  entier  se  montrait  attentif  et  docile  à  ses  prescriptions. 


+** 


38  INSTITUTIONS 


NOTES  DU  CHAPITRE  XVI. 

NOTE  A. 

PÀULUS  PAPA   V, 

AD   PJRPETUAM   REI  McMORIAM. 

Apostolicse  Sedis  per  abundantiam  divïuae  gratiae,  nullis  suffragan- 
tibus  meritis,  prcepositi ,  INostne  sollicitudinis  esse  intelligimus,  super 
universam  Doinum  Dei  ita  invigilando  int  ndere,  ut  opportunis  in  dies 
magis  rationibus  provideatur,  quo  f  sicuL  admonct  Apostolus,  oninia 
in  ea  lioneste,  et  secundum  ordinem  liant,  praecipue  vero  quae  perti- 
nent ad  Ecclesiae  Dei  Sacramentorum  adminisirationem,  in  qua  reli- 
gion observari  Apostolicis  Lraditionibùs,  et  SS.  Palruni  Decretis  cons- 
titutos  Ritus  et  Cœremonias  pro  uoslri  officii  dtbito  curare  omnino  te- 
nemur.  Quamobrem  fel.  rec.  Pius  Papa  V,  Praedee^ssoi  noster,  hujus 
nostri  tune  sui  officii  memor,  ad  restituendam  sacrorum  Rituura  ob- 
servationem  in  sacrosancto  Missae  Sacrificio,  divinoque  Officio,  et  simul 
utCatholica  Ecclesia  in  Fidei  unitate,  ac  sub  uno  visibili  capiteB  Pétri 
suecessore  RomaiiO  Pontifice  congregata  ,  umim  psallendi  et  orandi 
ordinem  ,  quantum  cum  Domino  poierit,  teneret,  Breviarium  primum, 
et  deinde  Missale  Romanum,  inultum  studio  et  diligentia  elaborata 
Pastorali  providentia  edenda  censuit.  Cujus  vestigia eodem  supientiae 
spiritu  secutus  similis  mémorise  Clemens  Papa  VIII,  etiam  Praedecessor 
noster,  non  solurn  Episcopis,  et  inferioVibus  Ecclesiae  Prselatis  accurate 
restitutum  Pontiflcale  dédit,  sed  et<am  Complures  alias  in  Cathedra- 
libus  et  inferioribus  Ecclesiis  cœremonias  promulgatoCseremoniali  or- 
dinavit.  His  ita  constituas,  restabat,  ut  uno  etiam  volumine  com- 
prehen^i,  sacri  et  sinceri  CatliolicaB  Ecclesiae  Ilitus,  qui  in  Sacramen- 
torum  administratione  ,  aliisque  Ecclesiastieis  funçtionibus  servari 
debent,  ab  iis,  qui  curam  animarum  gerunt  Apostolicae  Stjdis  auctori- 
tate  prodirent,  ad  cujus  voluminis  praescriptum ,  in  tinta  Riiualium 
multitudine ,  sua  illi  ministeria  tanquam  ad  publicam  et  obsigaatam 
normam  peragerent ,  unoque  ac  iideli  duoiu  inoffenso  pede  amJmldrent 
cum  consensu.  Quod  quidem  jampridem  agitatum  negotium ,  post- 
quamGeneraliumConeiiiorum  graece  latineque  divina  gratia  editorua 
opus  morari  desivit,  sollicite  urgere  nostri  muneris  esse  exislimavimus. 
Ut  autem  reste  et  ordine ,  ut  par  erat ,  res  ageretur,  nonuullis  ex  Ve- 


LITURGIQUES.  39 

nerabilibus  Fratribus  nostris  S.  R.  E.  Cardinalibus ,  pietate,  doctrina 
et  prudentia  prsestantibus ,  eam  demandavimus ,  qui  cum  consilio  eru- 
ditorum  virorura,  variisque  praesertim  antiquis  et  quae  circumferuntur, 
Ritualibus  consultis,  eoque  in  primis ,  quod  vir  singulari  pietatis  zelo , 
et  doctrinae  bonae  mémorise  Julius  Antonius  S.  R.  E.  Card.  S.  Severin® 
nuncupatus,  longo  studio  ,  muUaque  industria  et  labore  plenissimum 
composuerat,  rebusque  omnibus  mature  consideratis ,  demum  divina 
aspirante  clementia ,  quanta  oportuit  brevitate,  Rituale  confecerunt. 
lu  quo  cum  receptos  et  approbatos  Catholieae  Eeclesiae  Ritus  suo  ordine 
digestos  conspexerimus ,  illud  sub  nomine  Ritualis  Romani  merito 
edendum  publico  Eeclesiae  Dei  bono  judicavimus.  Quapropter  horta- 
mur  in  Domino  Venerabiles  Fratres  Patriarchas ,  Archiepiscopos,  et 
Episcopos,  et  dilectos  Filios  eorum  Vicarios,  necnon  Àbbates,  Parochos 
uui\ersos  ,  ubique  locorum  existentes ,  et  alios,  ad  quoi  spectat,  ut  in 
posterum  tanquaoi  Eeclesiae  Romanaefilii,  ejusdem  Eeclesiae  omnium 
matris  et  magistrae  auctoritate  constituto  Rituali  in  sacris  functionibus 
utantur,  et  in  re  tanti  momenti ,  quae  Catholica  Ecclesia ,  et  ab  ea  pro- 
batus,  ususantiquitatisstatuit,  inviolate  observent. 

Datum  Romae  apud  S.  Mariam  Majorein ,  sub  Annulo  Piscatoris ,  die 
17  Junii  M  DC  XIV.  Poatiiicatus  Nostri  anno  X. 

NOTE  B. 

PAULUS  PAPA   V, 

kù  FU7URAM  REI  MSMORIÀM. 

Ex  injuncto  nobis  desuper  Apostolieae  servitutis  officio  ad  ea  libenter 
intendimus ,  per  quae  piis  Monachorum  Ordinis  sancti  Benedicti ,  qui 
in  Ecclesia  Dei  singulari  quodam  splendore  refulgent  votis  consulitur, 
prout  in  Domino  conspicimus  salubriter  expedire.  Cum  itaque,  sicut 
accepimus,  dilecti  filii  Procuratores  générales  Monachorum  militan- 
tium  sub  Régula  sancti  Benedicti  ad  reformationem  sui  Ordinis  Bre- 
viarii ,  et  aliorum  librorum  Ecclesiasticorum  choralium  deputati,  post 
diuturnos  et  multos  labores,  Breviarium ,  et  libros  hujusmodi  refor- 
ma verint,  eaque  reformatione  prastiterint ,  ut  Ordinis  praedicti  Reli- 
giosi  in  posterum  uniformi  ritu  Horas  Canonicas  recitaturi ,  et  sacrifi- 
cium  taudis  cum  consensu  Altissimo  immolaturi  sint ,  cum  ante  bac 
diversa  Officia  peragerent  ;  Nos  laudabile  consilium  hujusmodi  pluri- 
mum  commendantes,  et  omnes  ejusdem  Ordinis  Religiosos  ad  Brevia- 
rium,  et  libros  chorales,  ut  praefertur,  reforn\atos,  unanimiter  recl- 
piendos,  in   Domino  hortantes,  et  opus  hujusmodi  quantum  cum 
Pomino  possumus,  promovere  cupientes,  ut  Breviarii,  et  librorum 


40  INSTITUTIONS 

prsedictorum  editio  emeudatior,  et  fidelior  peragatur,  etc.  Caetemm  ut 
praedicti  Religiosi  ad  Breviarium,  et  libros  chorales,  ut  prajtertur, 
reformatos ,  uuanimiter  recipiendos  eo  alacrius  inducantur,  quo  spi- 
ritualibus  etiam  donis  se  magis  refectos  esse  compererint,  etiam  pro- 
videre  volentes  :  omnibus  et  singulis  praidictis  Religiosis ,  ut  Brevia- 
rium hujusmodi  sic  reformatum  recitando,  eadem  privilégia  ,  gratias, 
et  indulgentias ,  ac  peroatorum  remissiones  consequantur,  quae  tel. 
rec.  PiusPapa  V,  praedecessor  noster  recitantibus  Breviarium  Roina- 
num  concessit ,  auctoritate  et  tenore  praedictis  indulgemus.  INon  ob- 
stante  nostra  de  non  concedendis  indulgentiis  ad  instar,  et  aliis  consti- 
tutionibus ,  et  ordinationibus  Apostolicis  ,  ac  quibusvis  statutis ,  et 
consuetudinibus ,  etiam  juramenlo,  c  mlirmatione  Aposiolica,  vel 
quavis  firmitate  alia  roboratis,  privilégia  quoque,  indultis,  et  lilteris 
Apostolicis  in  conirarium  praemissorum,  quomodolibet  conces^s,  con- 
firmais, et  innovatis,  ceterisque  contrats  quibnscumque.  Volumus 
autem  ut  pnesentiom  transsumptis,  etiam  in  ipsis  libris  impressis, 
manu  alicujus  Notarii  publici  subscriptis,  et  sigillo  personae  in  digni- 
meEcclesiastica  constitutae  munitis,  eadem  prorsu  fides  adhibeitur, 
quae  praesentibus  adhiberetur,  si  forent  exhibitse  vel  ostensae. 

Datum  Romae  apud  S.  Marcum,  sub  Annulo  Piscatoris,  die  I.  Octobris 
]>I  DC  XII.  Pontificatus  nostri  anno  VIII. 

NOTE  C. 

URBANUS   PAPA   VIII. 
AD  PERPETUAM  REI  MEMORIAL. 

Divinam  Psalmodiam  sponsae  consolantis  in  hoc  exilio  absentiam 
suam  a  sponso  cœlesti,  decet  esse  non  habentem  rugam,  neque  macu- 
'amjqnippe  cum  sit  ejus  Hymnodi:e  filia ,  quae  canitur  assidue  ante 
Sedem  Dei  et  Agni ,  ut  iili  similior  pro  ïeat ,  nihil ,  quantum  fieri  po- 
test ,  praeferre  débet ,  quod  psallentium  anhnos,  Deo  ac  divinis  rébus, 
ut  conv»  nit ,  alt<ntos  ,  avocare  alio  ac  distrahere  possit  :  qualia  sont , 
si  quae  interdum  in  sententiis  au?  verbis  occurrant  non  tam  apte  con- 
cinneque  disposa,  ut  tantum  lantiquc  obsequii  ac  ministerii  opus 
exigeret.  Qux-  causa-  quondam  imputere  summos  Pontifices  praedeces- 
sores  noslros  f^licis  mémorise  Pium  hujusce  norninis  quintum,  ut  Bre- 
viarium Romanum  incertis  per  eam  œtatem  legibus  vagum,  ce rta  , 
stataque  orandi  methodo  inligaret ,  et  Qementèm  VIII ,  ut  illud  ipsum 
lapsu  temporis,  ac  Typographorum  incutia  depravatum,  decori  pris- 
tino  restitueret.  Nos  quoque  in  eamdem  cogitationem  traxere  et  solli- 
citudo  nostra  erga  res  sacras,  quas primam  et  optimam  partem  muneris 


LITURGIQUES.  41 

nostri  censemus ,  et  pioruni  doctorumque  virorum  judicia  et  vota  , 
r onquerentium  in  eo  contineri  non  pauca ,  quae  sive  a  primo  nitore 
institutionis  excidissent,  sive  inchoata  potius  quam  perfecta  forent 
ab  aliis  certe  a  Wobis  supremam  imponi  manum  desiderarent.  Nos 
itaque  huic  rei  sedulam  operam  navavimus,  et  jussu  nostro  aliquot 
eruditi  et  sapientes  viri  suam  serio  curam  contuîerunt ,  quorum  dili- 
gentia  studioque  perfectura  opus  est ,  quod  gratum  omnibus,  Deoque 
et  sanclae  Ecclesiae  honorificum  fore  speramus  :  siquidem  in  eo  Hymni 
(  paucis  exceptis)  qui  non  métro,  sed  soluta  oratione,  aut  etiam 
rhythmo  constant ,  vel  emendatioribus  codicibus  adhibitis ,  vel  aliqua 
facta  mutatione  ad  carminis  et  Latinitatis  leges ,  ubi  fieri  potuit ,  re- 
vocati  ;  ubi  vero  non  potuit ,  de  integro  conditi  sunt  ;  eadem  tamen , 
quoad  licuit ,  servata  sententia.  Restituta  in  Psalmis  et  Canticis  inter- 
punctio  editionis  Vulgatœ ,  et  canentium  commoditati ,  ob  quam  eadem 
interpunctio  mutata  interdumfuerat,  additis  Asteriscis  consultum.  Pâ- 
ti um  Sermones  et  Homiliae  collatae  cum  pluribus  impressis  editionibus 
et  veteribus  manuscriptis ,  ita  muîla  suppleta ,  multa  emendata,  atque 
correcta.  Sanctorum  Historiée  ex  priscis  et  probatis  auctoribus  re- 
eognitœ.  Rubricae  detractis  nonnullis ,  quibusdam  adjectis ,  clarius  et 
commodius  explicatse.  Denique  omnia  magno  et  longo  labore  diligenter 
accurateque  ita  disposita  et  expolita,  ut  quod  erat  in  votis,  ad  opta- 
tum  exitum  perductum  sit.  Cum  igitur  tanta  tamque  exacta  doctorum 
hominum  industria ,  ne  plane  in  irritum  recidat,  requirat  Typographo- 
rum  fidem ,  mandavimus  dilecto  filio  Andraee  Brogiotto ,  Typographise 
nostrse  Apostolicae  Praefecto ,  procurationem  hujus  Breviarii ,  in  lucem 
primo  edendi  ;  quod  exempîar,  qui  posthac  Roraanum  Breviarium 
impresserint ,  sequi  omnes  teneantur.  Extra  Urbem  vero  nemini  licere 
volumus  idem  Breviarium  in  posterum  typis  excudere,  aut  evulgare, 
nisi  facultate  in  scriptis  accepta  ab  Inquisitoribus  hsereticse  pravitatis, 
siquidem  inibi  fuerint,  sin  minus,  ab  locorum  Ordinariis.  Quod  si 
quis  quacumque  forma  contra  praescriptam,  Breviarium  Romanum  aut 
Typographus  impresserit,  aut  impressum  Bibliopola  vendiderit,  extra 
ditionem  nostram  Ecclesiasticâm  excommunicationis  latae  sententia? 
pœnae  subjaceat ,  a  qua  nisi  a  Romano  Pontifice  (  prœterquam  in  mor- 
tis  articulo  constitutus  )  absolvi  nequeat  ;  in  aima  vero  Urbe,  ac  reliquo 
Statu  Ecclesiastico  commorantes  quingentorum  ducatorum  auri  de 
Caméra ,  ac  amissionis  librorum ,  et  typorum  omnium  eidem  CameraB 
applicandorum  pœuas,  absque  alia  declaratione  irren>issibiliter  incur- 
rant  ;  et  nihilominus  Breviaria  sine  prsedicta  facultate  impressa,  aut 
evulgata ,  eo  ipso  prohibita  censeantur.  Inquisitores  vero  ,  locorumque 
Ordinarii  facultatem  hujusmodi  non  prius  concédant ,  quam  Brevia- 


42  INSTITUTIONS 

rium  tam  ante ,  quam  post  impressionem  cum  hoc  ipso  exemplari , 
auctoritate  nostra  vulgato ,  diligeiiter  contulerint ,  et  nihil  in  iis  ad- 
ditum   detractumque  cognoverint.   In  ipsa  autem  facultate  ,  cujus 
exemplum  in  fine  aut  initio  cujusque  Breviarii  impressum  semper 
addatur,  mentionem  manu  propria  faciant  absolutae  hujusmodi  colla- 
tionis,  repertaeque  inler  utrumque  Breviarium  conformitatis ,  sub 
pœna  Inquisitoribus  privationis  suorum  officiorum,  ac  inhabilitatis  ad 
illa,  et  alia  in  poslerum  obtinenda;  Ordinariis  verolocoium  suspen- 
sionis  a  divinis,  ac  interdicti  ab  ingressu  Ecclesiae  ;  eoruin  vero  Vicariis 
privationis  officiorum  et  beneficiorum  suorum ,  et  inhabilitatis  ad  illa, 
et  alia  in  posterum  obtinenda ,  necnon  excommunicationis  absque  alia 
declaratione  incurrendae.  Sub  iisdem  etiam  prohibitionibus  et  pœnis 
comprehendi  inteudimus  et  volumus  ea  omaia  ,  quae  a  Breviario  Ho- 
mano  ortum  habent,  sive  ex  parte,  sive  in  totum;  eujusmodi  sunt 
Missalia,  Diurna  ,  Officia  parva  beatie  Yirginis,  Officia  majoris  Hebdo- 
madae,  et  id  genus  alia,  quae  deinceps  non  imprimantur,  nisi  praevia 
illorum,  et  cujuslibet  ipsorum  in  dicta  Typogiaphia  per  eumdem  An- 
dream  impressionem,  ut  omnino  cum  Breviario  de  mandato  nosiro  edito 
concordent.  Injungimus  autem  INuntiis  nostris  ubique  locorum  degen- 
tibus,  ut  huic  negotio  diligenter  invigilent,  cunctaque  ad  praescriptuni 
hujus  Toluntatis  nostra?  couflci  curent.  ÎNolumus  tamen  bis  litteris 
Breviaria ,  et  alia  praedicta ,  quae  impressa  sunt  hactenus ,  prohiberi , 
sed  indemnitati  omnium  consentes,  tam  Typographis  et  Bibliopolis 
vendere ,  quam  Ecclesiis,  Clericis,  aliisque  retinere,  atque  iis  uti 
Apostolica  benignitate  permittimus  et  indulgcmus.  Non  obstantibus 
liceotiis ,  indultis  et  privilegiis  Breviaria  imprimendi  quibuscumque 
Typographis  per  Nos ,  seu  Romanos  Pontifices  pra?decessores  nostros 
hue  usque  concessis,  quae  per  praesentes  expresse  revocamus,  et  revo- 
cata  esse  volumus  ;  necnon  constitutionibus ,  et  ordinalionibus  gene- 
ralibus ,  et  specialibus  in  contrarium  praemissorum  quomodocumque 
editis,  confirmatis  et  approbalis.  Quibus  omnibus,  etiamsi  de  illis, 
eorumque  totis  tenoribus  specialis,  specifica,et  expressa  mentio  ha- 
benda  esset ,  tenores  hujusmodi  praesentibus  pro  expressis  habentes , 
hac  vicedumtaxat  specialiter,  et  expresse  derogamus,  ceterisque  con- 
trariis  quibuscumque.  Volumus  autem,  ut  praesentium  litterarum  nos- 
trarum  exemplaribus ,  etiam  in  ipsis  Breviariis  impressis,  vel  manu 
alicujus  Notarii  publici  subscriptis  ,  et  sigillo  alicujus  personac  in  dig- 
nitate  Ecclesia^tica  constitutae  munitis  ,  eadem  prorsus  fides  adhibea- 
tur,  quae  ipsis  praesentibus  adhiberetur,  siessent  exhibitae  vel  ostensae. 
Datum  Romae  apud  S.  Petrum,  sub  Annulo  Piscatoris,  die  vigesima 
quinU  Januarii ,  M  DC  XXXI.  Pontificatus  nostri  Anno  VIII. 


LITURGIQUES.  45 


CHAPITRE  XVII. 

DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  SECONDE  MOITIÉ  DU  DIX-SEPTIÈME 
SIÈCLE.  COMMENCEMENT  DE  LA  DÉVIATION  LITURGIQUE  EN 
FRANCE.  —  AFFAIRE  DU  PONTIFICAL  ROMAIN.  —  TRADUCTION 
FRANÇAISE  DU  MISSEL.  —  RITUEL  D'ALET.  —  BRÉVIAIRE 
PARISIEN   DE    HARLAY.  —  BRÉVIAIRE    DE    CLUNY.  —  HYMNES 

DE    SANTEUIL.    —    CARACTÈRE    DES    CHANTS    NOUVEAUX.   

TRAVAUX    DES   PAPES  SUR  LES  LIVRES  ROMAINS.  AUTEURS 

LITURGISTES    DE    CETTE   ÉPOQUE. 

Nous  entrons  dans  la  partie  la  plus  pénible  et  la  plus  déli- 
cate du  récit  que  nous  nous  sommes  imposé.  Pendant  que 
l'Eglise  Latine  toute  entière  reste  fidèle  aux  formes  litur- 
giques établies  par  saint  Pie  V,  suivant  le  vœu  du  Concile 
de  Trente,  confirmé  par  les  divers  Conciles  provinciaux  qui 
l'ont  suivi,  une  révolution  se  prépare  dans  l'Eglise  de  France. 
En  moins  d'un  siècle ,  nous  allons  voir  les  plus  graves  chan- 
gements s'introduire  dans  la  lettre  des  Offices  divins,  et  l'u- 
nité Romaine,  que  proclamait  si  nettement  encore  l'Assemblée 
de  1605,  disparaître  en  peu  d'années. 

Pour  mettre  dans  tout  leur  jour  les  causes  de  ce  change- 
ment ,  il  serait  nécessaire  de  faire  en  détail  l'histoire  de  l'E- 
glise de  France  pendant  le  dix-septième  siècle.  Peu  de  gens 
aujourd'hui  la  connaissent,  et  pourtant  elle  renferme  seule 
la  clef  de  tous  les  événements  religieux  accomplis  dans  le 
cours  des  deux  siècles  suivants.  C'est  à  cette  époque  qui 
montre  encore  de  si  magnifiques  débris  des  anciennes  mœurs 
catholiques,  et  qui  vit  s'élever  tant  de  pieuses  institutions, 


44  INSTITUTIONS 

que  les  germes  du  Protestantisme,  sourdement  implantés 
dans  les  mœurs  françaises,  percèrent  la  terre  et  produisirent 

ces  doctrines  d'isolement  dont  les  unes,  formellement  hété- 
rodoxes, furent  honteusement  flétries  du  nom  de  Jansénisme, 
les  autres,  moins  hardies,  moins  caractérisées,  plus  diffi- 
ciles à  démêler  dans  leur  portée,  se  groupèrent  successive- 
mont  en  forme  de  système  national  du  Christianisme  ,  et  ont 
été  dans  la  suite  comprises  sous  la  dénomination  plus  ou 
moins  juste  de  Gallicanisme. 

La  Liturgie  devait  ressentir  le  contre-coup  de  ce  mouve- 
ment. On  peut  dire  qu'elle  est  l'expression  de  l'Eglise  ;  du 
moment  donc  que  des  variations  s'introduisaient  dans  la  chose 
religieuse  en  France,  on  ne  pouvait  plus  espérer  que  l'unité 
liturgique  put  dès-lors  exister  entre  Rome  et  la  France.  S'il 
est  une  assertion  d'une  rigueur  mathématique,  c'est  assuré- 
ment celle  que  nous  énonçons  en  ce  moment.  —  Mais,  dira- 
t-on ,  voulez-vous  nous  faire  croire  que  les  changements 
introduits  au  Bréviaire  et  au  Missel  sont  le  résultat  de  prin- 
cipes hétérodoxes  et  suspects,  ou  encore  qu'ils  ont  eu  pour 
auteurs  et  promoteurs  des  hommes  qui  n'étaient  pas  purs 
dans  la  foi?  A  cela  nous  répondons  simplement  :  Lisez  notre 
récit,  et  jugez;  prouvez  que  les  faits  que  nous  racontons 
ne  sont  pas  exacts ,  que  les  principes  que  nous  soutenons 
ne  sont  pas  sûrs.  Nous  n'entendons  pas,  certes,  envelopper, 
en  masse,  dans  une  odieuse  conspiration  contre  l'orthodoxie 
les  générations  qui  nous  ont  précédés;  mais  on  ne  saurait, 
non  plus,  nier  l'histoire  et  les  monuments. 

Semblable  en  beaucoup  de  choses  aux  sectes  Gnostiques 
et  Manichéennes  que  nous  avons  signalées  au  chapitre  XIV, 
essentiellement  anti-liturgique  comme  elles ,  le  Jansénisme 
eut  pour  caractère  de  s'infiltrer  au  sein  du  peuple  fidèle,  en 
pénétrant  de  son  esprit,  à  des  degrés  divers,  la  société  qu'il 


LITURGIQUES.  45 

venait  corrompre.  A  ceux  qui  étaient  assez  forts,  il  prêcha 
un  Calvinisme  véritable  qui,  au  dix-huitième  siècle,  se  trans- 
forma en  îe  Gnosticisme  le  plus  honteux,  parles  Convulsions 
et  le  Secourisme ,  en  attendant  qu'à  la  fin  du  même  siècle,  on 
vît  ses  adeptes  passer,  de  plain-pied,  de  la  doctrine  de  Saint 
Cyran  et  de  Montgeron,  à  l'athéisme  et  au  culte  de  la  Rai- 
son. A  ceux  au  contraire  qu'un  attachement  énergique  à 
l'ensemble  des  dogmes,  uu  éloignement  prononcé  pour  une 
révolte  contre  les  décisions  évidentes  de  l'Eglise,  garantissait 
de  pareils  excès,  le  Jansénisme  chercha  à  inspirer  une  dé- 
fiance, un  mépris,  un  éloignement  même  pour  les  formes  exté- 
rieures du  Catholicisme,  pour  les  croyances  qui  paraissent 
ne  tenir  au  Symbole  que  d'une  manière  éloignée.  S'il  n'osa 
révéler  à  ces  derniers  que  l'Eglise  avait  cessé  d'être  visible, 
il  se  plut  du  moins  à  la  leur  montrer  comme  déchue  de  la 
perfection  des  premiers  siècles,  encombrée  de  superfétalions 
que  l'ignorance  des  bas  siècles  avait  entassées  autour  d'elle , 
et  surtout  moins  pure  à  Rome  et  dans  les  pays  de  la  vieille 
Catholicité  qu'en  France ,  où  la  science  de  l'antiquité ,  la 
critique,  et  surtout  un  zèle  éclairé  pour  de  saintes  et  pré- 
cieuses libertés,  avaient  ménagé  d'efficaces  moyens  de  retour 
à  fa  pureté  primitive.  Dans  cette  doctrine ,  le  lecteur  recon- 
naît sans  doute,  non  seulement  Jansénius,  saint  Cyran  et 
Arnauld ,  mais  Letourneux,  ElliesDupin,  Tillemont,  Lau- 
noy,  Thiers,  Baiîlet,  de  Vert,  Fieury,  Duguet,  Mesenguy, 
Coffin,  Rondet,  etc.  ;  or,  ce  qui  nous  reste  à  faire  voir,  c'est 
que  ces  législateurs  du  dogme  et  de  la  discipline  en  France, 
ces  réformateurs  des  mœurs  chrétiennes,  ont  été,  directe- 
ment ou  indirectement,  les  promoteurs  des  énormes  chan- 
gements introduits  dans  la  Liturgie  de  nos  Eglises. 

Avant  d'offrir  au  lecteur  le  tableau  de  leurs  opérations  sur 
le  culte  et  l'office  divin,  nous  ouvrirons  notre  récit  par  un 


46  INSTITUTIONS 

incident  liturgique  qui  signala  le  commencement  de  la  pé- 
riode dont  nous  traçons  l'histoire  dans  ce  chapitré. 

En  1645,  Urbain  VIII  ayant,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  , 
donné  une  nouvelle  édition  du  Pontifical  Humain  ,  dans  la- 
quelle il  avait,  d'autorité  apostolique,  introduit  plusieurs 
modifications  et  additions,  il  se  trouva  qu'une  de  ces  modi- 
fications avait  rapport  à  la  promesse  d'obéissance  à  L'Evoque 
que  doivent  émettre  les  Prêtres  dans  la  cérémonie  de  leur 
Ordination.  Le  Siège  Apostolique  avait  jugé  à  propos  de 
prescrire  que  l'Evèquc ,  conférant  l'Ordination ,  exigerait 
cette  promesse  de  la  part  des  Réguliers,  non  pour  lui- 
même,  mais  pour  leur  supérieur,  en  ces  termes  :  Promilti< 
Pra'lato  Ordinario  tuo  pro  tempore  existent!  reverentiam  et 
obeiiientiam?  En  effet,  i\u  moment  q:;e  l'existence  des  cor- 
porations régulières  est  admise  par  l'Eglise,  il  n'est  nulle- 
ment extraordinaire  que  celte  partie  du  Droit  reçoive  aussi 
i<  s  applications  dans  les  formes  ecclésiastiques  :  c'est  le  con- 
traire qui  devrait  Surprendre.  Clément  VIII ,  ii  est  vrai,  dans 
la  première  édition  du  Pontifical,  avait  omis  cette  particu- 
larité; mais  l'autorité  de  son  successeur  Urbain  VIII,  qui 
répara  celte  omission  ,  était  égale  à  la  sienne,  etle  motif  qui 
faisait  agir  ce  dernier  Pontife  ne  pouvait  être  plus  rationnel. 
Le  but  de  la  promesse  d'obéissance  exigée  des  Prêtres  dans 
leur  Ordination  ,  est,  sans  doute,  de  les  lier  à  un  centre  ec- 
clésiastique quelconque.  Ce  centre  naturel  est  l'Evêque  pour 
ceux  qui  doivent  exercer  le  Sacerdoce  dans  un  Diocèse  en 
particulier;  mais  comme  il  est  évident  que  les  individus  fai- 
sant partie  des  corps  réguliers  doivent  se  transporter  non 
seulement  d'un  Diocèse  à  l'autre,  mais  d'un  Royaume,  ou 
même  d'une  partie  du  Monde  à  l'autre,  il  suit  de  là  que  la 
promesse  d'obéissance  émise  par  l'Ordinand  Régulier  à  l'E- 
vêque qui  célèbre  l'Ordination  deviendrait  le  plus  souvent 


LITURGIQUES.  47 

illusoire ,  et  que,  par  conséquent,  la  véritable  dépendance  à 
constater,  en  ce  moment,  est  celle  qu'il  doit  avoir  à  l'égard 
de  son  supérieur  de  droit  et  de  fait. 

L'Assemblée  du  Clergé  de  1650  témoigna  néanmoins  son 
déplaisir  sur  l'addition  faite  au  Pontifical.   «  Le  17  août, 

>  l'Evêque  de  Comminge  représenta  à  l'Assemblée  que,  dans 

•  l'édition  du  Pontifical  imprimé  à  Rome,  en  1645  ,  Ton  avait 

*  ajouté  un  formulaire  de  serment  particulier  pour  les  Prêtres 
»  Réguliers ,  lequel  n'était  point  dans  les  autres  Pontificaux , 
»  dans  lesquels  il  n'y  a  qu'un  même  formulaire ,  tant  pour  les 
»  Réguliers  que  pour  les  Séculiers ,  lorsqu'ils  sont  promus  à 

>  l'ordre  de  Prêtrise  ;  que  le  formulaire  de  serment  des  Reli- 
»  gieux ,  ajouté  dans  ledit  Pontifical  nouveau ,  porte  :  Pro- 
i  mittis  Prœlato  ordinario  tuo  obedientiam,  au  lieu  qu'à  celui 
>qui  est  pour  les  Prêtres,  il  y  a  :  Promittis  Pontifici  ordi- 
»  nario  tuo  obedientiam ,  quand  il  n'est  point  son  diocésain  ; 

>  que  par  ce  mot  de  Prœlato  mis  dans  le  serment  des  Régu- 
liers, ils  prétendent  n'être  entendu  que  la  personne  de 
> leur  supérieur,  qu'ils  qualifient  du  nom  de  Prélat;  et,  ce 

>  faisant,  qu'ils  ne  se  soumettent  point  à  l'Evêque;  qu'il 
i croyait  à  propos  d'en  écrire  au  Pape,  pour  l'en  avertir, 

>  et  à  Messeigneurs  les  Prélats  de  ne  pas  s'en  servir.  Ce  qui 
rayant  été  trouvé  raisonnable ,  Mgr.  de  Comminge  a  été  prié 

>  de  faire  les  deux  lettres. 

>  Le  20  septembre,  Mgr.  de  Comminge  se  mit  au  bureau  et 
i  fit  lecture  des  deux  dites  lettres  qu'il  avait  été  chargé  de 
»  faire.  Ayant  été  trouvées  dans  le  sens  de  l'Assemblée,  l'on 

>  ordonna  de  les  envoyer,  et  les  sieurs  Agents  furent  chargés 
»d'en  prendre  soin  (1).  » 

(î)  Procès  verbaux  des  assemblées  générales  du  Clergé.  Tom.  III, 
pag.  610  et  611.  Dans  la  môme  séance ,  l'Evêque  de  Comminge  se  plai- 


48  INSTITUTIONS 

Rien,  sans  doiiic,  ne  nous  oblige  à  croire  que  l'Assemblée 
de  1650  ne  fut  pas  d'une  parfaite  bonne  foi  quand  elle  écri- 
vait au  Pape  pour  l'avertir  des  changements  qu'on  avait 
faits  au  Pontifical  ;  bien  qu'on  doive  trouver  on  peu  extraordi- 
naire la  lettre  rente  en  même  temps  aux  Evoques  du  Royaume 
pour  leur  donner  avis  de  ne  j>as  se  servir  de  ce  Pontifical 
ainsi  modifié.  Quoi  qu'il  en  soit,  comme  l'édition  du  Ponti- 
fical de  lbio  avait  été  publiée  à  Rome  par  autorité  aposto- 
lique, et  accompagnée  d'un  Bref  solennel  d'Urbain  VIII,  qui 
déclarait  ce  livre ,  dans  sa  nouvelle  forme,  obligatoire  par 
toute  l'Eglise,  il  était  difficile  à  croire  que  les  changements 
ou  additions  qu'o*  y  avait  introduits  n'eussent  pas  été  intro- 
duits par  le  Souverain  Pontife  lui-même.  Innocent  X,  qui 
tenait  alors  la  Chaire  de  saint  Pierre  ,  reçut  donc  la  lettre  de 
l'Assemblée  de  1050;  mais,  ou  il  ne  jugea  pas  à  propos  d'y 
répondre,  ou  il  y  fit  telle  réponse  que  le  Clergé  n'eut  pas 
lieu  d'en  être  pleinement  satisfait. 

En  effet ,  dix  ans  après,  l'Assemblée  de  10G0  s'occupa  en- 
core de  cette  affaire ,  mais  on  ne  saurait  s'empêcher  d'être 
effrayé  des  dispositions  qu'elle  fit  paraître,  c  Le  12  août , 
»  Mgr.  l'Evéque  de  Tulle  dit  que  ceux  qui  doivent  revoir 
»lc  Pontifical  qu'une  compagnie  d'imprimeurs  de  Paris 
»  veulent  faire  imprimer ,  le  sont  venus  trouver  et  lui  en 
•  ont  donné  quelques  épreuves,  dans  lesquelles  ils  lui  ont 
>  fait  remarquer  qu'à  l'endroit  où  les  Prêtres  font  le  serment 
»à  l'Evéque  lors  de  leur  Ordination,  on  y  avait  distingué 
» celui  que  doivent  faire  les  Réguliers,  comme  s'ils  ne  de- 
vaient prêter  le  serment  qu'à  leur  supérieur  de  Religion, 


gnit  aussi  de  la  formule  du  serment  que  doivent  prêter,  d'après  le  Pon- 
tifical de  1645,  les  Abbesses  exemptes,  dans  la  cérémonie  de  leur 
bénédiction. 


LITURGIQUES.  49 

»  et  non  pas  aux  Evêques  qui  les  ordonnent  ;  et  que ,  comme 
»  l'Assemblée  de  1650  en  avait  fait  plainte  au  Pap  dnno- 
»  cent  X,  et  avait  même  envoyé  une  lettre  circulaire  à  tous  les 
j>  Evêques  de  France,  pour  les  prier  de  ne  pas  vouloir  se  servir 
i>de  ce  Pontifical  ainsi  recorrigé,  il  importait  a  présent 
»  d'empêcher  l'impression  de  celui-ci  ,  s'il  n'était  conforme 
»  à  celui  que  le  Pape  Clément  VIII  avait  fait  imprimer  à 
»  Rome,  et  dont  on  s'est  toujours  servi  depuis.  L'Assemblée  a 
»prié  Mgr.  de  Tulle  et  M.  l'Abbé  Colbert  devoir  lesdites 
»  épreuves  et  de  mander  ceux  qui  doivent  les  revoir,  afin  de 
»  voir  par  quel  moyen  on  pourra  empêcher  cette  impression, 
»pour,  après  en  avoir  fait  leur  rapport  à  la  Compagnie,  y 
»  être  pris  telle  délibération  qu'elle  jugera  nécessaire  (i).  ^ 

Ainsi,  le  Prélat  rapporteur  jugeait  que,  du  moment  qu'on 
avait  adressé  des  plaintes  au  Pape  sur  un  acte  de  sa  juris- 
diction ,  et  qu'on  avait  écrit  à  tous  les  Evêques  de  France  de 
n'avoir  pas  égard  à  cet  acte ,  on  était  en  droit  de  passer 
outre  ,  sans  avoir  reçu  décharge  d'obéissance  de  la  part  du 
pouvoir  supérieur  auquel  on  s'était  adressé.  Avec  de  pareilles 
maximes,  quelle  société  pourrait  subsister?  Quel  moyen 
restait  dès-lors  au  Clergé  de  parer  les  coups  de  la  puissance 
séculière  ,  quand  lui-même,  dans  son  propre  sein,  donnait 
l'exemple  fatal  d'un  refus  de  subordination? 

Tout  fut  consommé  en  l'Assemblée  de  1670.  Voici  les 
termes  du  procès-verbal  :  «  Le  4  août,  Mgr.  de  Tréguier  a  pris 
»  le  bureau  et  a  rapporté  que ,  dans  le  Pontifical  Romain  qui 
»a  été  imprimé  en  1645  et  1664,  il  se  trouve  des  additions 
»  et  des  restrictions  qui  ne  sont  pas  aux  anciens  Pontificaux  : 
»  et  en  ayant  fait  remarquer  les  endroits  à  la  Compagnie,  l'As- 
»  semblée,  après  y  avoir  fait  ses  réflexions,  a  cru  l'affaire 

(1)  Procès-verbaux  du  Clergé.  Tom.  IV.  pag,  793. 

T.   II.  4 


50  INSTITUTIONS 

d'assez  grande  importance  pour  être  examinée  par  des 
Commissaires ,  et  pour  ecl  effet,  Monseigneur  le  Président 
a  nommé  Messeigncurs  les  Evêques  de  Montauban ,  de  Tré- 
guier  et  de  La  Rochelle ,  et  Messieurs  les  Abbés  de  Chavi- 
env,  de  Valbellc  et  de  Fromentières. 

»  Le  24  septembre  ,  Monseigneur  l'Evoque  de  Montauban 
a  dit  qu'il  avait  rendu  compte  à  la  Compagnie  d'une  com- 
mission qu'elle  lui  avait  donnée,  concernant  le  Pontifical 
Romniu ,  où,  dans  les  nouvelles  éditions,  il  a  été  changé 
quelques  endroits;  ce  qui  semble  avoir  été  fait  à  dessein, 
afin  que  les  Réguliers  paraissent  être  seulement  soumis  à 
leur  supérieur  dans  les  lemps  de  l'Ordination ,  et  non  pas  à 
l'Kvèquo  ;  ce  qui  étant  d'une  dangereuse  conséquence,  porla 
l'Assemblée  de  1650  d'en  écrire  au  Pape  ;  mais  comme  de- 
puis on  n'y  a  pas  remédié,  il  estime  qu'il  serait  à  propos  de 
le  faire,  en  faisant  réimprimer  la  Messe  Pontificale  dont  il 
n'y  a  plus  d'exemplaires  à  vendre  ,  et  que  l'impression  fut 
conforme  à  l'ancienne  manière  de  parler  ;  et  en  faire  une 
Ici  lie  à  tous  Messeigncurs  Archevêques  et  Evoques  du 
Royaume,  pour  leur  en  donner  avis.  Sur  quoi  Monseigneur 
le  Président  a  dit  que  ces  expédients  sont  trèsjudicieux  ,  cl 
qu'il  faudrait  joindre  à  l'édition  de  la  Messe  la  cérémonie  de 
la  bénédiction  des  Abbesses,  conformément  à  l'ancien  usage; 
mais  comme  la  Compagnie  n'était  pas  complète,  elle  a  re- 
mis à  y  délibérer  quand  elle  sera  plus  nombreuse. 

»Le  44  octobre  de  relevée,  Monseigneur  de  Montauban  a 
dit  qu'il  avait  examiné,  avec  Messeigneurs  les  Commis- 
saires, les  articles  qu'on  avait  insérés  dans  les  nouvelles 
éditions  du  Pontifical  Romain,  où  ils  ont  trouvé  des  nou- 
veautés préjudiciables  d  l'autorité  des  Evêques;  que  le 
meilleur  remède  serait  de  faire  imprimer  de  nouveau  la 
Messe  Pontificale,  selon  les  exemplaires  anciens.  Ce  qui  a 


LITURGIQUES.  51 

»  été  ordonné  en  même  temps  au  sieur  Vitré ,  suivant  les 
»  Mémoires  qui  lui  seront  donnés  par  Messeigneurs  les  Corn- 
»  missaires.  » 

«  Le  12  novembre ,  Monseigneur  de  Tréguier  a  dit  que  le 
»  sieur  Vitré,  qui  avait  été  chargé  d'imprimer  les  Messes 
»  Pontificales ,  a  dit  qu'ayant  été  chez  les  libraires  pour  voir 
»  s'il  en  trouverait  assez  pour  en  fournir  tous  les  Diocèses  du 
»  Royaume ,  en  cas  qu'on  en  eût  besoin ,  il  avait  trouvé  qu'il 
»y  en  avait  suffisamment,  et  qu'il  faudra  seulement  en  im- 
»  primer  quelques  feuilles  pour  les  mettre  dans  l'état  que  l'As- 
»  semblée  désire  qu'elles  soient  mises,  par  sa  délibération  ;  que 
»  cela  serait  d'une  grande  épargne  pour  le  Clergé  ,  et  ferait 
»  même  qu'il  ne  resterait  plus  de  ces  Messes  Pontificales  im- 
»  primées  qui  ne  fussent  corrigées.  L'Assemblée  a  approuvé 
»  cet  expédient,  et  a  prié  Monseigneur  de  Tréguier  de  tenir  la 
»main  à  ce  que  cela  s'exécute  ainsi  (1).  » 

Ainsi  fut  décrétée  l'altération  d'un  livre  liturgique  reçu 
dans  toute  l'Eglise  Latine  ;  ainsi  le  souverain  pouvoir  litur- 
gique qui  avait  déjà  reçu  une  première  atteinte  dans  PAs- 
semblée  de  1606,  par  Firréguïière  insertion  du  nom  du  Ro  j 
au  Canon  de  la  Messe ,  en  reçut  une  seconde  bien  plus  vio- 
lente dans  les  Assemblées  de  1650, 1660  et  1670.  Du  moins, 
en  1606,  on  n'avait  pas  pris  la  peine  de  consulter  le  Siège 
Apostolique  avant  de  formuler  un  refus  positif  d'obéissance 
à  ses  prescriptions.  On  n'avait  pas  dit  et  inséré  au  procès- 
verbal  des  délibérations,  qu'une  mesure  prise  par  l'autorité 
apostolique  était  d'une  dangereuse  conséquence  ;  qu'un  des 
livres  les  plus  vénérables ,  les  plus  sacrés  qui  soient  dans 
l'Eglise,  un  livre  garanti  par  le  Saint  Siège,  renfermait  des 
nouveautés  préjudiciables  à  l'autorité  des  Evêques  ;  comme  si 

(1)  Procès-verbaux  des  Assemblée»  du  Clergé.  Tom.  V.  p.  131  et  153. 


52  INSTITUTIONS 

l'Eglise  Romaine  n'avait  pas,  dans  tous  les  siècles,  maintenu, 
pour  le  bien  de  la  Chrétienté ,  l'autorité  inviolable  de  l'Epis- 
eopat.  11  est  vrai  que,  depuis  bien  des  siècles,  de  concert 
avec  les  Evoques  eux-mêmes,  Home  avait  cru  devoir  assurer 
par  des  privilèges  spéciaux  les  grands  biens  produits  parles 
Réguliers;  mais  cette  discipline  étant  universelle  et  promul- 
guée par  les  Canons  des  Conciles  écuméniques  ci  par  les 
Bulles  des  Papes ,  doux  choses  devaient  nécessairement  être 
considérées  avant  tout  par  ceux  auxquels  elle  aurait  déplu. 
La  première  ,  qu'une  discipline  revêtue  d'une  sanction  aussi 
sacrée  ne  pouvait,  en  aucune  façon,  être  contraire  à  la 
constitution  essentielle  de  l'Eglise;  autrement,  il  faudrait 
dire  que  l'Eglise  aurait  erré  sur  la  discipline  générale,  06 
qui  est  hérétique.  La  seconde  ,  que  l'exemption  des  Régu- 
liers étant  une  loi  générale  de  l'Eglise,  toutes  les  atteintes 
qui  lui  seraient  portées  par  un  pouvoir,  autre  que  le  pouvoir 
universel  du  Concile  écuménique  ou  du  Souverain  Pontife, 
seraient  illicites  et  nulles  de  plein  droit. 

Il  y  a  donc  contradiction  de  principes  toutes  les  fois  que  , 
dans  une  Eglise  particulière,  il  est  porté  atteinte  à  l'exemp- 
tion des  corps  Réguliers,  et  voilà  pourquoi  les  gouverne- 
ments ennemis  de  l'Eglise  ont  toujours  poussé  le  Clergé  qui 
leur  est  soumis  à  annuler,  par  des  règlements  spéciaux, 
l'existence  exceptionnelle  des  Réguliers ,  et  ont  même  dé- 
crété, comme  loi  de  l'Etat,  la  soumission  des  Réguliers  aux 
Ordinaires.  Rappelons-nous  Joseph  II  en  Allemagne,  Léopold 
en  Toscane,  Ferdinand  IV  à  Naples,  les  Archevêques  Elec- 
teurs à  Ems,  les  Cortés  de  1822  en  Espagne,  Nicolas  I  ' 
en  Pologne,  les  Articles  de  Baden,  en  1834,  pour  la 
Suisse,  etc.  Ceci  demande  une  histoire  à  part,  et  nous  n'a- 
vons ici  à  traiter  celte  question  que  dans  ses  seuls  rapports 
avec  l'incident  liturgique  qui  nous   occupe.   Nous  dirons 


LITURGIQUES.  55 

seulement  que  cette  altération  du  Pontifical  coïncida  avec  la 
fameuse  déclaration  de  l'Assemblée  de  1645  sur  les  Régu- 
liers, déclaration  dont  l'effet  avait  été  préparé  dans  l'opinion 
par  le  Petrus  Aurelius,  par  le  livre  de  Hallier,  sur  la  Hiérar- 
chie, etc.,  et  qui  fut  bientôt  suivie  de  la  Censure  du  livre 
de  Jacques  Vernant  par  la  Sorbonne ,  Censure  qui  fut  cen- 
surée par  Alexandre  VII,  dans  une  Bulle  doctrinale  qui  fut 
rejetée  en  France.  Mais ,  sans  nous  jeter  dans  toutes  ces 
questions  qui  sont  d'un  autre  sujet ,  nous  avons  à  noter 
ici  un  acte  solennel  par  lequel  les  Prélats  Français  déclarent 
qu'ils  ne  sont  point  tellement  obligés  à  suivre  les  livres  litur- 
giques de  Rome  reçus  par  eux ,  qu'ils  n'en  puissent  à  l'oc- 
casion juger  et  modifier  le  texte,  et  ce ,  sans  avoir  besoin  de 
l'autorisation  apostolique. 

Pendant  que  les  Assemblées  du  Clergé ,  si  zélées  d'ailleurs 
contre  les  nouveautés,  donnaient  ainsi  le  fatal  exemple  d'une 
atteinte  portée  à  la  Liturgie  universelle ,  la  secte  Janséniste 
poursuivait,  avec  une  audace  toujours  croissante,  ses  plans 
ténébreux.  Elle  marchait  à  son  but  en  attaquant  les  prin- 
cipes de  l'Eglise  sur  la  Liturgie.  Son  coup  d'essai  public ,  en 
ce  genre ,  fut  la  publication  d'une  traduction  française  du 
Missel  Romain. 

« 

Nous  avons,  dans  notre  XIVe  chapitre,  assigné  comme  le 
huitième  caractère  de  l'hérésie  anti-liturgiste  ,  la  haine 
pour  tout  ce  qui  est  mystérieux  dans  le  culte ,  et  spéciale- 
ment pour  l'emploi  d'une  langue  sacrée  inconnue  au  peuple. 
Les  réformateurs  du  seizième  siècle ,  ancêtres  naturels  des 
Jansénistes,  avaient  inauguré  les  traductions  de  l'Ecriture 
Sainte  en  langue  vulgaire,  comme  le  plus  puissant  moyen 
d'en  finir  avec  la  tradition,  et  d'affranchir  l'intelligence  des 
peuples  du  joug  de  Rome  ;  en  même  temps,  ils  réclamèrent 
l'emploi  exclusif  de  la  même  langue  vulgaire  dans  la  Liturgie. 


54  INSTITUTIONS 

Par  là,  le  culte  se  trouvait  purgé  de  toute  tendance  mys- 
tique ,  et  le  dernier  des  fidèles  devenait  à  même  déjuger  de 
sa  croyance,  et  conséquomment  de  sa  pratique.  Los  nova- 
teurs Français  du  dix- septième  siècle  n'avaient  garde  de 
s'écarter  d'une  ligne  de  conduite  si  éprouvée ,  et ,  en  atten- 
dant le  Nouveau  Testament  (!e  Mons,  que  Port-Royal  publia 
en  1666,  et  qui  excita  de  si  grands  troubles  dans  l'Eglise; 
dès  1660,1e  sieur  Joseph  de  Voisin  ,  docteur  de  Sorbonne , 
faisait  paraître,  avec  l'approbation  des  Vicaires-Généraux 
de  Paris,  un  ouvrage  en  cinq  volumes,  intitulé:  Le  Missel 
Romain,  selon  le  règlement  du  Concile  de  Trente ,  traduit  en 
français,  avec  l'explication  de  toutes  les  Messes ,  etc.  Dans 
leur  permission,  les  Vicaires -Généraux  s'étayaient  d'une 
approbation  de  la  Sorbonne  qui  se  trouva  être  supposée , 
ainsi  qu'il  conste  d'une  Déclaration  donnée  l'année  sui- 
vante par  la  même  Faculté,  et  dans  laquelle  les  Docteurs 
attestent  d'abord  qu'ils  n'ont  point  donné  la  prétendue  ap- 
probation; qu'à  la  vérité  on  les  avait  consultés  sur  un  ou- 
vrage ,  mais  qu'on  ne  leur  avait  parlé  que  d'une  Explication 
des  Messes  de  l'année ,  et  non  d'une  Traduction  du  Missel  en 
langue  française  ;  qu'elle  ne  pourrait  donc  s'empêcher  d'im- 
prouver  l'approbation  qui,  dit-on,  aurait  été  donnée  par 
quelques  membres  de  son  corps,  puisque  déjà  elle  s'est  vue 
dans  le  cas,  en  1655,  de  refuser  son  autorisation  à  une  tra- 
duction française  du  Bréviaire  Romain,  et  en  1649,  à  une 
version  du  Nouveau  Testament  en  langue  vulgaire,  La  Sor- 
bonne rappelle  ensuite  sa  fameuse  censure  de  1527,  contre 
les  propositions  d'Erasme,  dont  une,  entre  autres,  expri- 
mait le  désir  de  voir  les  Saintes  Ecritures  traduites  en  toutes 
les  langues  (1). 

(1)  D'Argentré.  Collectio  Judiciorum.  Tom.  III  pag.  81. 


LITURGIQUES.  55 

L'Assemblée  du  Clergé  de  1660 ,  se  montra  fidèle,  dans 
cette  occasion ,  à  ces  vénérables  traditions  qui  n'auraient 
jamais  dû  périr  chez  nous.  Elle  condamna  la  traduction  du 
Missel  en  langue  vulgaire  par  le  sieur  de  Voisin ,  et  pour 
qu'il  ne  manquât  rien  à  la  solennelle  réprobation  de  l'atten- 
tat qui  venait  d'être  commis  contre  le  mystère  sacré  de  la 
Liturgie,  un  Bref  d'Alexandre  VIÏ,  du  12  janvier  1661,  vint 
joindre  son  autorité  irréfragable  à  la  sentence  qu'avaient,  en 
première  instance,  rendue  les  Evêques  de  l'Assemblée.  Le 
Pontife  s'exprime  ainsi.  «  Il  est  venu  à  nos  oreilles  et  nous 
»  avons  appris  avec  une  grande  douleur  que,  dans  le  royaume 
>de  France,  certains  fils  de  perdition ,  curieux  de  nouveau- 

>  tés  pour  la  perte  des  âmes ,  au  mépris  des  règlements  et  de 
»  la  pratique  de  l'Eglise ,  en  sont  venus  à  ce  point  d'audace 

>  que  de  traduire  en  langue  française  le  Missel  Romain,  écrit 
»  jusqu'ici  en  langue  latine,  suivant  l'usage  approuvé  dans 
»  l'Eglise  depuis  tant  de  siècles;  qu'après  l'avoir  traduit,  ils 
»  ont  osé  le  publier  par  la  presse ,  le  mettant  ainsi  à  la  por- 
»  tée  des  personnes  de  tout  rang  et  de  tout  sexe  ,  et ,  par 
»  là ,  qu'ils  ont  tenté,  par  un  téméraire  effort,  de  dégrader  les 
»  rites  les  plus  sacrés ,  en  abaissant  la  majesté  que  leur 
»  donne  la  langue  latine  ,  et  exposant  aux  yeux  du  vulgaire 
»  la  dignité  des  Mystères  divins.  Nous  qui ,  quoiqu'indignes , 
»  avons  reçu  le  soin  de  la  vigne  du  Seigneur  des  armées, 
»  plantée  par  le  Christ  notre  Sauveur ,  et  arrosée  de  son  pré- 
»  cieux  sang  ,  voulant  ôter  les  épines  qui  la  couvriraient  si  on 
»  les  laissait  croître,  et  même  en  couper  jusqu'aux  racines, 
»  autant  que  nous  le  pouvons  par  le  secours  de  Dieu,  détes- 
»  tant  et  abhorrant  cette  nouveauté  qui  déformerait  l'éter- 
»nelle  beauté  de  l'Eglise  et  qui  engendrerait  facilement  la 
»  désobéissance  ,  la  témérité  ,  l'audace  ,  la  sédition  ,  le 
»  schisme ,  et  plusieurs  autres  malheurs  ;  da  notre  propre 


56  INSTITUTIONS 

»  mouvement ,  de  notre  science  certaine  et  mûre  délibéra- 
tion, nous  condamnons  et  réprouvons  le  susdit  Missel  tra- 

•  duit  en  français,  défendaiU  à  tous  les  fidèles  du  Christ  de 

•  l'imprimer,  lire  ou  retenir,  sous  peine  d'exeommunica- 

•  tion  ,  mandant  à  iceux  de  remettre  aux  Ordinaires  ou  aux 

•  Inquisiteurs  les  exemplaires  qu'ils  ont  ou  pourraient  avoir 

•  dans  la  suite,  afin  que  ceux-ci  les  fassent  immédiatement 
»  jeter  au  feu  (1).  > 

Tout  Catholique  verra,  sans  doule,  à  la  gravité  du  langage 
du  Pontife  Romain ,  qu'il  s'agissait  dans  cette  occasion  d'une 
affaire  majeure;  mais  plus  d'un  do  nos  lecteurs  s'étonnera, 
peut-être,  après  ce  que  nous  venons  de  rapporter,  de  l'in- 
sensibilité avec  laquelle  on  considère  aujourd'hui  un  abus 
qui  excitait  à  un  si  haut  degré  le  zèle  d'Alexandre  VII.  Au- 
jourd'hui, tous  les  fidèles  de  France,  pour  peu  qu'ils  sa- 
chent lire ,  sent  à  même  de  scruter  ce  qu'il  y  a  de  plus  mys- 
térieux dans  le  Canon  de  la  Messe,  grâce  aux  innombrables 
traductions  qui  en  sont  répandues  en  tous  lieux;  la  Bible,  en 
langue  vulgaire  est,  de  toutes  parts,  mise  à  leur  disposition  : 
que  doit-on  penser  de  cet  état  de  choses?  Certes,  ce  n'est 
pas  à  Borne  que  nous  le  demanderons  :  bien  des  fois  ,  depuis 
Alexandre  VII ,  elle   s'est  exprimée  de  manière  à  ne  nous 
laisser  aucun  doute;  mais  nous  dirons  avec  tous  les  Conciles 
des  trois  derniers  siècles,  que  l'usage  des  traductions  de 
l'Ecriture  Sainte  ,  tant  qu'elles  ne  sont  pas  accompagnées 
d'une  glose  ou  de  notes  tirées  des  Saints  Pères  et  des  ensei- 
gnements de  la  tradition,  sont  illicites,  et,  avec  l'autorité 
du  Saint-Siège  et  du  Clergé  de  France ,  nous  assimilerons 
aux  versions  de  l'Ecriture  prohibées,  toute  traduction  du 
Canon  de  la  Messe  qui  ne  serait  pas  accompagnée  d'un  com- 

(i)  Vid.  la  note  A. 


LITURGIQUES.  67 

mentaire  qui  prévienne  les  difficultés.  D'autre  part,  nous  con- 
fessons avec  tous  les  Catholiques  qu'il  y  a  un  pouvoir  de  dis- 
pense dans  l'Eglise ,  et  il  n'est  pas  le  moins  du  monde  dans 
notre  sujet  d'en  rechercher  les  règles  d'application.  Nous 
poursuivrons  donc  notre  récit. 

L'Assemblée  du  Clergé  de  France  de  1660  sentit  si  parfai- 
tement la  portée  que  pouvait  avoir  la  traduction  du  Missel , 
comme  fait  liturgique  ,  et  le  rapport  intime  qui  règne  entre 
l'Ecriture  Sainte  et  la  Liturgie  ,  qu'elle  décréta  qu'il  serait 
publié  au  nom  du  Clergé  une  collection  de  tous  les  passages 
des  auteurs  graves  qui  ont  traité,  soit  ex  professo,  soit  en  pas- 
sant ,  de  l'inconvénient  des  traductions  de  l'Ecriture  et  de  la 
Liturgie  en  langue  vulgaire.  Cette  collection  parut  en  1661, 
chez  Vitré ,  in-4°.  Malheureusement ,  une  de  ces  inconsé- 
quences dont  l'histoire  ecclésiastique  de  France  présente  un 
grand  nombre  d'exemples  au  dix-septième  siècle ,  vient  en- 
core se  présenter  sous  notre  plume.  Louis  XIV,  ayant  jugé 
à  propos  de  révoquer  l'Édit  de  Nantes ,  et  un  grand  nombre 
d'abjurations  ayant  suivi  cet  acte  fameux,  on  jugea  nécessaire 
de  prévenir  les  nouveaux  convertis  contre  le  retour  de  leurs 
anciens  préjugés ,  et  pour  cela ,  on  leur  mit  en  main  des  tra- 
ductions de  la  Messe.  C'est  ce  que  nous  apprend  assez  fami- 
lièrement Bossuet  dans  sa  Correspondance ,  si  importante  à 
consulter  pour  quiconque  tient  à  connaître  l'histoire  de 
France  à  cette  époque.  «  Le  Bref  contre  le  Missel  de  Voisin, 
»  donné  par  Alexandre  VII,  dit  Bossuet ,  n'a  jamais  été  porté 
»au  Parlement,  ni  les  lettres-patentes  vues.  On  n'a  eu,  en 
»  France,  aucun  égard  à  ce  Bref,  et  l'on  fut  obligé,  pour  l'ins- 
»  truction  des  nouveaux  Catholiques ,  de  répandre  des 
»  milliers  d'exemplaires  de  la  Messe  en  français  (1).  » 

(1)  Correspondance  de  Bossuet.  Tom.  XLII.  pag.  474. 


58  INSTITUTIONS 

Voilà,  certes ,  beaucoup  de  chemin  fait  en  peu  de  temps. 
En  1GG0,  une  assemblée  du  Clergé  défère  un  livre  au  Saint 
Siège  ,  après  l'avoir  elle-même  censuré  ;  le  Souverain  Pon- 
tife répond  à  la  consultation  du  Clergé  par  un  Bref  dans  le 
sens  de  l'Assemblée  :  la  cause  paraît  finie,  et  trente  ans  après 
un  Evoque  d'un  si  grand  poids  nous  révèle  que  ce  Bref  n'a 
été  jugé  d'aucune  valeur,  par  le  motif  qu'il  n'a  jamais  été 
porté  au  parlement ,  et  que  les  Evêques  ont  cru  pouvoir,  no- 
nobstant un  jugement  si  solennel,  enfreindre  les  plus  for- 
melles défenses  qu'ils  avaient  eux-mêmes  provoquées.  Il  est 
vrai  que  les  Evêques  de  l'Assemblée  de  1GG0  avaient  pris 
l'alarme  ,  voyant  la  Liturgie  ébranlée  dans  ses  bases,  et  de- 
vinant le  vœu  secret  des  novateurs  qui ,  par  leur  prétention 
d'initier  les  fidèles  à  l'intelligence  des  mystères  sacrés,  au 
moyen  des  traductions  en  langue  vulgaire,  ne  faisaient  autre 
chose  que  continuer  le  plan  de  leurs  prédécesseurs  ;  tandis 
que  les  Evêques  desquinze  dernières  années  du  dix-septième 
siècle  n'avaient  en  vue  que  de  dissiper  les  préjugés  des  Pro- 
testants nouvellement  convertis.  Mais  n'y  avait-il  pas  d'autre 
mesure  qu'une  traduction  pure  et  simple  du  Canon  de  la 
Messe?  fallait-il  compter  pour  rien  les  prescriptions  du 
Saint-Siège ,  du  Concile  de  Trente ,  lorsqu'on  avait  le  moyen 
si  facile  et  mis  en  usage  en  tous  lieux,  excepté  en  France, 
de  joindre  au  texte  un  commentaire  qui  arrête  les  objections, 
une  glose  qui  ne  permet  pas  que  l'œil  du  lecteur  profane  et 
îllétré  perce  des  ombres  qui  garantissent  les  Mystères  contre 
sa  curiosité.  Du  moment  que  le  peuple  peut  lire  en  sa  langue, 
mot  pour  mot ,  ce  que  le  Prêtre  récite  à  l'autel ,  pourquoi  ce 
dernier  use-t-il  d'une  langue  étrangère  qui  dès-lors  ne  cache 
plus  rien?  pourquoi  récite-t-il  à  voix  basse  ce  que  la  der- 
nière servante ,  le  plus  grossier  manœuvre  suivent  de  l'œil 
et  peuvent  connaître  aussi  bien  que  lui  ?  Deux  conséquences 


LITURGIQUES.  59 

terribles  que  nos  Docteurs  anti-liturgistes  ne  manqueront 
pas  de  tirer  avec  toute  leur  audace ,  ainsi  qu'on  le  verra  dans 
la  suite  de  ce  récit. 

A  peine  les  foudres  de  l'Eglise  avaient  cessé  de  retentir 
contre  la  traduction  du  Missel ,  que  la  Sorbonne,  encore  fi- 
dèle à  une  orthodoxie  dont  elle  devait  plus  tard  se  départir 
honteusement ,  signalait  une  nouvelle  entreprise  de  l'esprit 
de  secte ,  voilée  sous  des  formes  liturgiques.  Cette  fois  en- 
core, le  piège  était  dirigé  contre  les  simples  fidèles.  Un  sieur 
de  Laval  avait  publié ,  à  Paris ,  un  livre  intitulé  :  Prières 
pour  faire  en  commun ,  le  matin  et  le  soir,  dans  une  famille 
Chrétienne ,  tirées  des  Prières  de  V Eglise  ;  et  ce  livre  était 
arrivé  jusqu'à  la  cinquième  édition.  La  Faculté,  qui  avait 
pris  l'éveil  à  l'occasion  du  Missel  de  Voisin ,  examina  ce  livre 
en  même  temps,  et  le  signala ,  dans  la  déclaration  de  1661, 
que  nous  avons  déjà  citée,  «  comme  renfermant  d'infidèles 
»  traductions  des  Prières  de  l'Eglise,  des  choses  fausses, 
»  ambiguës,  sentant  l'hérésie  et  y  induisant,  sur  la  matière 
»des  Sacrements,  et  renouvelant  les  opinions  récemment 
■»  condamnées  sur  la  grâce ,  le  libre  arbitre  et  les  actes  hu- 
»  mains  (1).  » 

Mais  quelque  chose  de  bien  autrement  grave  se  préparait 
dans  les  arsenaux  de  la  secte  qui  avait  formé  l'odieux  projet 
d'atteindre  le  dogme  et  la  morale  chrétiennes  par  la  Liturgie. 
On  avait  eu  en  vue  les  simples  fidèles  dans  la  traduction  du 
Missel  et  dans  les  Heures  du  sieur  de  Laval  ;  on  songea  à  at- 
teindre le  Clergé  dans  un  livre  qui  fût  spécialement  à  son 
usage.  Il  n'y  avait  pas  moyen  encore  de  songer  au  Bréviaire 
et  au  Missel  :  le  Rituel  parut  être  un  véhicule  favorable  aux 
doctrines  qu'on  voulait  faire  prévaloir.  Ce  livre,  qu'un  usage 

(I)  D'Argentïé.  Collectio  Judiciorum.  Tom.  III.  Ibid. 


60  INSTITUTIONS 

déjà  ancien  en  France  avait  rendu  le  répertoire  de  l'instruc- 
tion pratique  du  saint  ministère ,  aussi  bien  que  le  recueil 
des  formules  de  l'administration  des  Sacrements,  parut  le 
plus  propre  à  servir  les  desseins  du  parti.  Un  de  ses  chefs  les 
plus  zélés,  Pavillon,  Evoque  d'Alet,  osa  insérer,  dans  le 
Rituel  qu'il  publia  en  1667  pour  son  Diocèse,  plusieurs  des 
maximes  de  saint  Cyran  et  d'Arnaud ,  sur  la  pratique  des 
Sacrements.  Le  travail  fut  même  revu  par  Arnaud  lui-même, 
qui  avait  succédé  à  saint  Cyran  dans  la  dictature  du  parti. 

Ceux  qui  savent  l'histoire  et  la  tactique  du  Jansénisme 
connaissent  l'art  avec  lequel  ses  adeptes  étaient  parvenus 
à  recouvrir  leurs  dogmes  monstrueux  du  vernis  menteur 
d'une  morale  plus  sévère  que  celle  de  l'Eglise,  dont  ils  pro- 
clamaient le  relâchement.  Ils  voulaient ,  disaient-ils ,  ramener 
les  institutions  des  premiers  siècles,  qui  seuls  avaient  connu 
la  vraie  doctrine.  Sans  nier  encore  la  vertu  des  Sacrements, 
ils  venaient  à  bout  de  les  anéantir  quant  à  l'usage ,  en  ensei- 
gnant que  l'Eucharistie  est  la  récompense  d'une  piété  avancée 
et  non  d'une  vertu  commençante  ;  que  les  Confessions  fré- 
quentes nuisent  d'ordinaire  plus  qu'elles  ne  servent  ;  que 
V Absolution  ne  doit  régulièrement  être  donnée  qu'après  l'ac- 
complissement de  la  pénitence  ;  qw'il  est  à  propos  de  rétablir 
Us  pénitences  publiques ,  etc.  Chacun  sait  qu'avec  de  pareilles 
maximes,  les  Religieuses  de  Port-Royal,  le  fameux  diacre 
Paris,  et  mille  autres,  en  étaient  venus  à  conclure  que  la 
Communion  Paschale,  supposant  une  familiarité  par  trop 
grande  avec  Dieu,  la  perfection  était  de  l'omettre  entièrement. 
Dans  la  suite ,  on  alla  plus  loin ,  et  on  passa  de  l'isolement 
j  l'égard  des  choses  saintes  au  blasphème  et  à  l'apostasie. 
Quant  aux  effets  que  produisit  sur  les  Catholiques  de  France 
ce  rigorisme  qui  se  glissa,  du  moins  en  grande  partie ,  dans 
les  livres  et  l'enseignement  de  plusieurs  théologiens  ortho- 


LITURGIQUES.  61 

doxes  d'ailleurs,  on  peut  dire  qu'il  porta  un  coup  funeste  aux 
mœurs  chrétiennes ,  en  rendant  plus  rare  l'usage  des  Sa- 
crements, devenus,  pour  ainsi  dire,  inabordables.  On  sait 
que  le  parti  n'épargna  rien  pour  décréditer  et  opprimer  le 
Clergé  Régulier  et  la  Compagnie  des  Jésuites  surtout ,  parce 
qu'il  savait  et  la  popularité  dont  jouissaient  les  membres  de 
ces  corporations ,  et  leur  éloignement  énergique  pour  une 
morale  aussi  opposée  à  celle  de  Jésus-Christ. 

Or,  les  maximes  que  nous  venons  de  citer  se  trouvaient 
professées  et  appliquées  dans  cent  endroits  du  Rituel 
d'Alet  :  quoiqu'on  eût  cherché  avec  un  soin  extrême  à  ne 
pas  employer  des  termes  trop  forts,  pour  ne  pas  donner 
d'ombrage  au  Siège  Apostolique ,  qui  déjà  avait  foudroyé  le 
livre  de  la  fréquente  Communion  du  docteur  Arnaud,  et  plu- 
sieurs autres  productions  analogues  du  parti.  Rome  n'en 
vit  pas  moins  tout  le  venin  dont  les  ennemis  de  la  vraie  foi 
avaient  su  empoisonner  une  des  sources  les  plus  sacrées  de 
la  Liturgie. 

Clément  IX,  Pontife  dont  la  secte  a  plus  d'une  fois  vanté 
la  tolérance ,  mais  qui  fut  seulement  un  fidèle  et  prudent 
administrateur  du  troupeau  du  Seigneur,  Clément  IX ,  dès 
l'apparition  du  Rituel  d'Alet ,  signala  son  zèle  apostolique 
par  une  condamnation  solennelle  de  ce  livre  pernicieux. 
Dans  son  fameux  Bref  du  9  avril  1 668 ,  il  s'exprime  en  ces 
termes  : 

«  Le  devoir  de  la  sollicitude  de  toutes  les  Eglises  qui  nous 
»  a  été  divinement  confiée  exige  de  nous  que  ,  veillant  conti- 
x»  nuellement  pour  la  garde  de  la  discipline  ecclésiastique  dont 
»le  Seigneur  nous  a  établis  conservateurs,  nous  nous  effor- 
*  cions  avec  toute  sorte  de  soin  et  de  vigilance  à  prévenir 
»  l'invasion  cachée  des  choses  qui  pourraient  troubler  cette 
»  discipline  ,  s'écarter  des  rites  ordonnés  et  ouvrir  une  voie 


62  INSTITUTIONS 

»  aux  erreurs.  Gomme  donc ,  ainsi  que  nous  l'avons  appris , 

•  il  a  paru  Tannée  dernière,  à  Paris,  un  livre  publié  en 
»  langue  française ,  sous  ce  titre  :  Rituel  Romain  du  Pape 
9  Paul  V,  à  l'usage  du  Diocèse  d'Aleth,  avec  les  instructions 

>  et  les  rubriques  en  françois  ;  dans  lequel  sont  contenues  non 

•  seulement  plusieurs  choses  contraires  au  Rituel  Romain 

•  publié  par  ordre  de  notre  prédécesseur  Paul  V  d'heureuse 

>  mémoire ,  mais  encore  certaines  doctrines  et  propositions 

•  fausses,  singulières,  périlleuses  dans  la  pratique,  erronées, 

>  opposées  et  répugnantes  à  la  coutume  reçue  communément 

•  dans  l'Eglise  et  aux  constitutions  ecclésiastiques;  par  l'u- 
»  sage  et  lecture  desquelles  les  fidèles  du  Christ  pourraient 
»  insensiblement  être  induits  dans  des  erreurs  déjà  condam- 
nées et  infectés  d'opinions  perverses.  Nous,  voulant  ap- 
> porter  à  ce  mal  un  remède  opportun,  de  notre  propre 

•  mouvement,  science  certaine  et  mûre  délibération,  par 

•  l'autorité  apostolique,  nous  condamnons,  par  la  teneur 

•  des  présentes ,  le  livre  français  intitulé  Rituel;  nous  le  ré- 
»  prouvons  et  interdisons,  voulons  qu'il  soit  tenu  pour  con- 

•  damné,  réprouvé  et  interdit ,  et  défendons  sous  peine  d'ex- 
»  communication  latœ  sententiœ  encourue  par  le  seul  fait,  la 

•  lecture,  la  rétention  et  l'usage  d'icelui,  à  tous  et  chacun 
»des  fidèles  de  l'un  et  l'autre  sexe,  principalement  ceux  de 

•  la  ville  et  Diocèse  d'Alct,  de  quelque  degré ,  condition, 
»  dignité  et  prééminence  qu'ils  soient ,  quand  bien  même  il 

•  devrait  être  fait  d'eux  mention  spéciale  et  individuelle. 

>  Mandant  à  iceux  qu'ils  aient  à  exhiber,  livrer  et  consigner 
»  réellement  et  sur  le  champ  les  exemplaires  qu'ils  ont  ou 

•  qu'ils  auraient  dans  la  suite,  aux  Ordinaires  des  lieux,  ou 

•  aux  Inquisiteurs,  et  ceux  qui  sont  soumis  à  notre  véné- 

>  rable  frère  l'Evêque  d'Alet ,  au  Métropolitain ,  ou  à  un 
»  des  Evêques  les  plus  voisins  ;  lesquels ,  sans  retard ,  livre- 


LITURGIQUES.  63 

»  ront ,  ou  feront  livrer  aux  flammes  les  exemplaires  qu'on 
»  leur  aura  remis ,  nonobstant  toutes  choses  à  ce  con- 
traires (1).  » 

On  aurait  dû  s'attendre  qu'après  un  jugement  aussi  so- 
lennel, le  Rituel  d'Alet  n'aurait  plus  trouvé  de  défenseurs 
dans  l'Eglise  de  France  ;  mais ,  hélas  !  la  plaie  était  déjà  si 
grande  et  si  envenimée,  que  tout  le  zèle  du  médecin  était 
devenu  presque  stérile.  Sans  parler  de  PEvêque  d'Alet  lui- 
même,  qui  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  maintint  le  Rituel  dans 
son  Diocèse,  et  trouva  encore,  au  moment  de  sa  mort,  le 
triste  courage  d'écrire  au  Pape,  à  ce  sujet,  une  lettre  de 
soumission  en  termes  ambigus ,  on  vit  le  crédit  du  parti  s'é- 
lever jusqu'à  faire  rejeter,  par  les  influences  de  l'Episcopat 
et  de  la  magistrature,  ce  Bref,  et  celui  que  Clément  IX  ve- 
nait de  donner  en  même  temps  contre  le  Nouveau  Testament 
de  Mons,  par  le  motif  qu'ils  contenaient  des  clauses  de  Chan- 
cellerie contraires  aux  libertés  de  l'Eglise  Gallicane.  De  pa- 
reils faits  sont  lamentables ,  sans  doute  ;  mais  ce  qui  l'est 
bien  plus  encore ,  c'est  l'adhésion  expresse  que  donnèrent 
vingt-neuf  Evêques  au  Rituel  condamné,  après  la  notifi- 
cation du  Bref  faite  par  le  Nonce  à  tous  les  prélats  de  l'E- 
glise de  France.  De  Péréfixe,  Archevêque  de  Paris,  si  nous 
en  croyons  Ellies  Dupin  (2) ,  aurait  témoigné  sa  sympathie 
pour  le  Rituel  d'Alet  dès  qu'il  parut;  mais  nous  ne  charge- 
;  rons  point  la  mémoire  de  ce  prélat  sur  la  seule  assertion  d'un 
écrivain  qui  aimait  le  scandale  ;  nous  nous  contenterons  de 
citer  le  document  officiel  qu'on  trouve  en  tête  de  la  plupart 
des  éditions  du  Rituel  d'Alet.  Vingt-neuf  signatures  le  suivent, 
et  elles  sont  toutes  de  l'année  1669,  à  l'exception  des  deux 

(1)  Vid.  la  note  B. 

(2)  Histoire  Ecclésiastique  du  dix-septième  siècle.  Tome  III.  p.  244. 


64  INSTITUTIONS 

dernières,  qui  sont  de  1676.  Ceux  qui  les  ont  données  avaient 
reçu,  en  son  temps,  le  Bref  de  Clément  IX.  Voici  en  quels 
termes  ils  rassurent  l'Evèque  d'Alet  contre  la  flétrissure 
que  venait  d'infliger  à  son  œuvre  la  condamnation  du  Saint 
Siège  : 

«  Nous  avons  lu  avec  beaucoup  d'édification  le  Rituel  que 
»  Messire  Pavillon ,  Evêque  d'Alet,  a  composé  pour  l'usage 
»  de  son  Diocèse ,  et  nous  louons  Dieu  de  tout  notre  cœur 
»  de  ce  qu'il  lui  a  plu  d'inspirer  à  ce  grand  Prélat  la  pensée  de 
»  donner  au  public  de  si  saintes  instructions.  Comme  les 
»  Evêques  sont  les  vrais  Docteurs  de  l'Eglise ,  personne  n'a 
»  droit  de  s'élever  contre  leur  doctrine,  à  moins  qu'ils  soient 
»  tombés  dans  des  erreurs  manifestes,  ou  que  l'Eglise  ait 
»  condamné  leurs  sentiments ,  ce  qu'elle  n'a  jamais  fait 
»  qu'avec  beaucoup  de  circonspection  ;  et  les  ouvrages  qu'ils 
»  publient  portent  leur  approbation  par  le  seul  nom  de  leurs 
»  auteurs.  Mais  quand  ils  seraient  sujets  aux  mêmes  cen- 
»  sures  que  les  théologiens  particuliers,  tout  le  monde  sait 
»que  nous  pourrions  dire  à  bon  droit  de  Monsieur  l'Evêque 
»  d'Alet ,  ce  que  saint  Célestin  Ier  disait  autrefois  de  saint  Au- 
»gustin,  en  reprenant  l'audacieuse  témérité  de  ceux  qui 
»  déclamaient  contre  ce  Docteur  incomparable  :  Hune  nun- 
5  quam  sinistrœ  suspicionis  saltem  rumor  aspersit.  Et  puisque 
9  ce  Rituel  n'est  qu'un  abrégé  de  ce  que  Monseigneur  d'Alet 
»a  enseigné  dans  son  Diocèse  depuis  plus  de  trente  ans  qu'il 
y>  le  gouverne  avec  un  soin  infatigable ,  et  que  d'ailleurs  il  ne 
»  contient  que  les  plus  pures  règles  de  l'Evangile,  et  les  maximes 
»  les  plus  saintes  que  les  Canons  nous  ont  proposées ,  nous  ne 
»  pouvons  assez  en  recommander  la  lecture  et  la  pratique. 
»  C'est  le  sentiment  que  nous  avons  de  cet  excellent  ouvrage , 
»  et  nous  avons  cru  être  obligés  d'en  rendre  un  témoignage 
»  public,  pour  ne  détenir  pas  la  vérité  dans  l'injustice.  » 


L1TUUGI0UES.  65 

Les  noms  des  Evèques  qui  eurent  le  malheur  de  signer 
celte  pièce  appartiennent  à  l'histoire  de  la  Liturgie  en  France  : 
nous  les  donnerons  ici.  Ces  prélats  étaient  :  de  Gondrin  , 
Archevêque  de  Sens;  Fouquet,  Archevêque  deNarbonne; 
Malliet ,  Evêque  de  Troyes  ;  de  Bertier,  Evêque  de  Montau- 
ban  ;  de  Vialar,  Evêque  de  Châlons-sur-Marne  ;  de  Grignan , 
Evêque  d'Uzès  ;  de  Caulet ,  Evêque  de  Pamiers  ;  de  Choiseul , 
Evêque  de  Comminges  ;  Arnaud ,  Evêque  d'Angers  ;  de  Pé- 
ricard,  Evêque  d'Angoulême ;  Jean,  Evêque  d'Aulonne  (1)  ; 
Faure,  Evêque  d'Amiens;  de  Harlay,  Evêque  de  Lodève  ; 
Choart,  Evêque  de  Beauvais  ;  de  Laval ,  Evêque  de  La  Ro- 
chelle ;  de  Forbin  de  Janson ,  Evêque  de  Marseille  ;  Bourlon, 
Evêque  de  Soissons;  de  Marmisse,  Evêque  de  Conserans  ; 
de  Clermont,  Evêque  de  Noyon  ;  de  Ventadour,  Evêque  de 
Mirepoix  ;  de  Ligny,  Evêque  de  Meaux  ;  Fouquet ,  Evêque 
d'Agde  ;  Bertier,  Evêque  de  Rieux  ;  de  La  Vieuville ,  Evêque 
de  Rennes  ;  de  Percin  de  Montgaillard ,  Evêque  de  Saint- 
Pons  ;  Joly,  Evêque  d'Agen  ;  de  Bar,  Evêque  d'Acqs;  de 
Barillon,  Evêque  de  Luçon,  et  de  Bassompierre ,  Evêque  de 
Saintes. 

Pour  achever  ce  qui  nous  reste  à  dire  sur  le  Rituel  d'AIet , 
nous  remarquerons  que  ce  livre,  outre  les  maximes  perni- 
cieuses dont  nous  avons  parlé,  présentait  encore  une  nou- 
veauté jusqu'alors  sans  exemple.  Les  Rubriques  pour  l'ad- 
ministration des  Sacrements  avaient  été  traduites  en  français. 
Cette  innovation  ,  qui  ne  rappelle  que  trop,  dans  un  pareil 
livre  et  de  la  part  de  semblables  auteurs ,  le  système  qui 
avait  produit  la  traduction  du  Missel,  était  très  significative, 
et  occupa  beaucoup  le  public.  Quel  autre  motif,  en  effet, 

(1)  Nous  n'avons  pu  découvrir  d'une  manière  plus  certaine  le  nom 
et  le  siège  de  ce  prélat,  dont  la  signature  ne  porte  que  les  mots  que 
nous  avons  transcrits, 

T.   II.  5 


66  INSTITUTIONS 

pouvait-on  avoir  eu  de  traduire  en  langue  vulgaire  des  dé- 
tails dont  la  connaissance  est  exclusivement  réservée  aux 
Prêtres,  sinon  le  désir  de  témoigner  de  la  sympathie  aux 
partisans  de  la  langue  vulgaire  dans  les  Offices  ?  Autrement , 
quelle  insulte  faite  au  Clergé ,  de  supposer  nécessaire  pour 
son  usage  la  traduction  des  règles  les  plus  familières  !  quelle 
témérité  inouie  d'exposer  à  la  profanation  les  rites  les  plus 
vénérables,  en  soumettant  aux  yeux  profanes  la  manière 
mystérieuse  de  procéder  en  les  accomplissant  !  Cette  inno- 
vation renversait  donc  a  plaisir  tous  les  principes,  et  montrait 
ce  qu'on  pouvait  attendre  du  parti.  Nous  le  verrons  bientôt 
franchir  toutes  les  limites,  et  pousser  à  l'usage  absolu  de  la 
langue  vulgaire.  Au  reste,  l'exemple  du  Rituel  d'Alet  ne 
tarda  pas  à  être  suivi  dans  plusieurs  Diocèses.  Dès  1677,  Le 
Tellier,  Archevêque  de  Rheims ,  donna  un  Rituel  à  rubriques 
françaises:  on  en  compte  encore  aujourd'hui,  en  France, 
un  certain  nombre  (1). 

Nous  plaçons  ici ,  en  anticipant  de  quelques  années ,  un 
fait  qui  rentre  dans  la  même  ligne  que  le  Missel  de  Voisin,  les 
Heures  de  Laval  et  le  Rituel  d'Alet  ;  c'est  la  publication  de 
Y  Année  Chrétienne,  de  Nicolas  Letourneux.  Cet  ecclésias- 
tique, étroitement  lié  avec  Port-Royal ,  avança  grandement 
les  affaires  du  parti,  en  publiant  certains  ouvrages  destinés 
à  agir  sur  les  fidèles  dans  le  sens  des  principes  dogmatiques 
et  moraux  de  la  secte.  Il  déposa  celte  semence  dans  son 
Catéchisme  de  la  Pénitence,  dans  ses  Principes  et  Règles  dt 
la  Vie  Chrétienne;  dans  son  Explication  Littérale  et  MoraU 
de  l'Èpître  de  saint  Paul  aux  Romains.  Cherchant  aussi  I 
agir  parla  Liturgie,  il  publia  en  1685  un  livre  sous  ce  titre  : 

(1)  Il  ne  faut  pas  compter  parmi  ceux-ci  tous  ceux  dont  les  Instruc 
tionssont  en  langue  vulgaire;  il  ne  s'agit  ici  que  des  rubriques  pou 
l'administration  des  Sacrements. 


LITURGIQUES.  67 

La  meilleure  manière  d'entendre  la  Messe,  C'est  là  qu'il 
prétendit ,  quoique  sous  une  forme  simplement  historique , 
que,  durant  les  dix  premiers  siècles,  on  avait  toujours  célé- 
bré la  Messe  à  voix  haute.  Bientôt  nous  allons  voir  la  secte 
anti-liturgiste  s'emparer  de  cette  assertion  historiquement 
fausse ,  et  transformer  en  droit  ce  prétendu  fait.  Letour- 
neux,  avançant  toujours,  après  avoir  donné,  en  1687, 
des  Instructions  sur  les  sept  Sacrements  de  l'Eglise  et  les 
Cérémonies  de  la  Messe ,  publia  ,  l'année  suivante ,  une 
traduction  du  Bréviaire  Romain  en  français  ;  il  paraît  tou- 
tefois qu'il  ne  fut  que  l'éditeur  et  non  l'auteur  même  de 
la  traduction.  Quoiqu'il  en  soit ,  sa  connivence  à  cette 
œuvre  n'en  était  pas  moins  la  même.  Le  Bréviaire  Ro- 
main ,  traduit  en  français  ,  fut  censuré  par  sentence  de  l'Of- 
flcial  de  Paris ,  en  1688 ,  et ,  comme  il  était  naturel ,  le  doc- 
teur Antoine  Arnaud  en  prit  la  défense. 

Rome  ,  toutefois ,  ne  jugea  pas  à  propos  de  fulminer 
contre  cette  traduction.  Une  version  du  Bréviaire  avait  beau- 
coup moins  d'inconvénients  qu'une  version  du  Missel  :  il  n'y 
avait  plus  là  de  mystères  à  révéler ,  et  quoique  le  scandale 
fût  grand  de  voir  des  hérétiques  ou  fauteurs  d'hérétiques  se 
faire  les  interprètes  du  langage  de  l'Eglise ,  ces  derniers 
avaient  mis  assez  de  prudence  dans  leur  opération  pour  que 
Rome  ne  se  trouvât  pas  obligée  de  lancer  ses  foudres.  Mais 
elles  ne  tardèrent  pas  à  éclater  bientôt  après  contre  un 
autre  ouvrage  du  même  Letourneux ,  dans  lequel ,  sous 
couleur  d'explication  de  la  Liturgie  ,  cet  auteur  inoculait  le 
venin  de  la  secte.  Il  s'agit  de  Y  Année  chrétienne ,  dont  les  pre- 
miers volumes  avaient  paru  dès  1677,  et  dont  les  derniers  , 
qui  sont  du  flamand  Ruth  d'Ans ,  n'ont  paru  qu'après  la 
mort  de  Letourneux  ,  arrivée  en  1686.  Cet  ouvrage  fut  cen- 
suré à  Rome ,  le  17  septembre  1691  ,  par  un  décret  ap- 


68  INSTITUTIONS 

prouvé  par  Innocent  XII  :  plusieurs  Evoques  français  le  pros- 
crivirent aussi,  vers  la  même  époque. 

Les  fidèles  durent ,  après  toutes  ces  condamnations ,  se 
tenir  pour  avertis  qu'une  conspiration  se  tramait  contre 
leur  foi ,  et  que  la  secte  qui  avait  juré  obstinément  de  se  ca- 
cher jusque  dans  l'Eglise,  avait  enfin  choisi  la  Liturgie  pour  le 
principal  levier  de  sa  grande  entreprise.  Cependant ,  jus- 
qu'ici, les  Livres  du  Sanctuaire  étaient  demeurés  fermés  à  ses 
innovations;  elle  devait  donc  faire  tous  ses  efforts  pour  les  en- 
vahir. Les  circonstances  sont  devenues  favorables.  Le  besoin 
de  changement,  une  vague  inquiétude  agite  les  esprits.  Le  dix- 
septième  siècle,  qui  n'a  pas  su  purger  l'Eglise  de  France  du 
virus  qui  la  travaille,  est  sur  le  point  de  finir  dans  l'inquiétude 
et  l'attente  de  grands  événements.  Le  moment  est  venu  où  un 
acte  solennel  va  résumer  aux  yeux  de  la  catholicité  entière 
la  situation  hostile  de  la  France  à  l'égard  de  Rome.  Le  Jan- 
sénisme long-temps  harcelé  deviendra  désormais  invincible, 
et  achèvera  impunément  le  cours  ignominieux  de  ses  scan- 
dales. Rome  seule  pouvait  l'atteindre,  et  les  jugements  de 
Rome  ne  sont  plus,  comme  autrefois,  indéformables  par  cela 
seul  qu'elle  les  a  prononcés.  La  puissance  séculière  décla- 
rée indépendante  fixera  elle-même  ses  propres  limites,  et 
jugera  qu'elle  peut  ouvrir  de  force  le  Tabernacle  sacré ,  en 
attendant  qu'elle  constitue  civilement  le  Clergé  national.  Les 
libertés  de  notre  Eglise  proclamées  hautement  comme  le 
reste  précieux  de  l'ancienne  discipline,  arrêteront  aux  fron- 
tières de  la  France  toutes  les  Rulles,  Brefs  et  Décrets  des 
Pontifes  Romains;  en  sorte  que  le  centre  du  gouvernement 
ecclésiastique  deviendra  impuissant  à  réformer  chez  nous  les 
abus.  La  constitution  monarchique  de  l'Eglise,  altérée  dans 
ses  fondements,  du  moment  qu'on  a  proclamé  la  souveraineté 
des  membres  sur  le  chef,  fournira  de  nouveaux  prétextes 


LITURGIQUES.  09 

au  développement  des  théories  d'anarchie.  Que  pouvaient 
produire  toutes  ces  idées  imposées ,  de  plus  en  plus ,  au 
Clergé  par  l'enseignement  asservi  des  Universités?  Tout 
livre  favorable  aux  saines  maximes  était  supprimé  par  les 
Parlements  et  quelquefois  par  les  deux  autorités;  les  corps 
réguliers  ,  menacés  dans  leur  indépendance ,  étaient  du- 
rement surveillés  ;  quelques-uns  même ,  et  les  plus  favo- 
risés ,  penchaient  vers  les  nouveautés.  Les  Jésuites  avaient , 
à  la  fois  ,  à  subir  les  accusations  les  plus  perfides  de  la  part 
de  la  secte ,  et  les  plus  fatigantes  vexations  dans  certains 
Diocèses.  La  science  historique  toute  entière  était  employée 
à  dénigrer,  sous  couleur  de  zèle  pour  la  vénérable  anti- 
quité ,  toutes  les  institutions  ,  les  usages  catholiques  posté- 
rieurs au  cinquième  ou  au  sixième  siècles.  L'éloignement 
pour  le  merveilleux  et  le  mystique,  faisait  tomber  dans  le 
mépris  les  pieuses  croyances  devenues  désormais  le  partage 
d'un  peuple  illétré;  la  morale  pratique,  jugée  ou  ensei- 
gnée par  des  hommes  étrangers  au  positif  de  la  vie ,  se 
'  réglait  non  plus  d'après  l'autorité  des  docteurs  pratiques , 
maïs  sur  les  expressions  oratoires  et  ,  partant ,  exagé- 
rées des  Pères.  La  nouvelle  école ,  comme  celle  de  Luther 
et  de  Calvin ,  avait  déclaré  haine  à  la  Scolastique  et  ana- 
thémalisé  les  Casuistes.  Enfin ,  le  Presbytéranisme  se  pré- 
parait à  faire  invasion  dans  une  Eglise  au  sein  de  laquelle 
la  vraie  dignité  épiscopaie  avait  faibli ,  en  proportion  des 
efforts  qu'on  faisait  pour  la  grandir  aux  dépens  du  Siège 
Apostolique. 

Au  milieu  de  ce  formidable  ensemble  de  nouveautés  ,  le 
corps  de  la  Liturgie  était  demeuré  intact.  Le  Sacramen- 
taire  et  PAniiphonaire  de  saint  Grégoire  formaient  tou- 
jours le  Missel  de  l'Eglise  de  France;  le  Responsorial  du 
même  Pontife  était,  sous  le  nom  de  Bréviaire,  entre  les  mains 


70  INSTITUTIONS 

de  tous  les  clercs.  L'œuvre  do  Charlemagne ,  œuvre  d'unité 
Romaine,  lui  survivait  après  neuf  siècles;  seulement,  Rome 
avait  complété ,  réformé  ce  merveilleux  ensemble  de  prières 
et  de  chants  sacrés ,  et  la  France ,  comme  le  reste  de  l'Eglise 
Latine  ,  avait  embrassé  fidèlement  les  usages  que  la  Mère  des 
Eglises  avait  en  même  temps  retrempés  aux  sources  pures 
de  l'antiquité  ,   et  adaplés  aux  formes   exigées  par  les 
temps.  Il  est  vrai  que  les  Eglises  de  France  avaient  suivi 
une  route  diverse  à  la  grande  époque  de  la  régénération 
liturgique  du  seizième  siècle.  Les  unes  avaient  adoplé  pure- 
ment et  simplement  les  livres  renouvelés  par  saint  PieV, 
abandonnant  ainsi  beaucoup  de  coutumes  locales  qui,  précé- 
demment, se  montraient  dans  les  livres  diocésains,  mêlées 
au  vaste  ensemble  liturgique  de  saint  Grégoire.  Un  certain 
nombre  d'autres  avait  préféré  garder  ses  traditions,  et  tout 
en  acceptant  la  lettre  du  Bréviaire  et  du  Missel  de  saint  Pie  V, 
ces  Eglises  avaient  fondu,  dans  une  réimpression  plus  ou  moins 
intelligente  ,  les  usages  qui  leur  étaient  propres ,  avec  les 
pures  traditions  Romaines.  Les  livres  de  ces  Eglises  por- 
taient le  titre  diocésain,  comme  par  le  passé,  avec  cette 
addition  sur  le  litre  :  Ad  Romani  for mam ,  ou  encore,  Juxta 
mentem   Concilii  Tridentini.  Le  lecteur  peut  revoir  toute 
l'histoire  de  la  réforme  liturgique  en  France  au  seizième 
siècle,  telle  que  nous  l'avons  rapportée  ci-dessus,  chap.  XV. 
Il  suit  de  là  que  jusqu'à  ce  qu'on  eut  introduit  d'autres 
changements  dans  la  Liturgie ,  tous  les  Diocèses  de  France 
étaient  restés  unanimes  dans  la  même  prière,  et,  pour  nous 
servir  de  l'expression  de  saint  Pie  V,  la  communion  des 
prières  catholiques  n'avait  point  encore  été  déchirée.  Seule- 
ment ,  on  disputait  innocemment  entre  les  Docteurs  pour 
savoir  lequel  des  deux  était  préférable  pour  un  Clerc  habi- 
tant un  Diocèse  où  le  Bréviaire  était  à  la  fois  Romain  et 


LITURGIQUES.  71 

Diocésain ,  de  suivre  le  Romain  pur,  ou  de  se  conformer  à 
Pusage  du  Diocèse.  On  convenait  généralement  qu'il  était 
mieux  de  se  conformer  au  rite  Diocésain  ;  mais  la  presque 
totalité  des  canonistes  enseignait  que  les  Clercs  non  béné- 
ficiera étaient  libres  de  réciter  purement  et  simplement  le 
Bréviaire  Romain.  Plusieurs  des  lettres  pastorales  des  Evo- 
ques ,  placées  en  tête  des  Bréviaires  Diocésains  ad  Romani 
formam,  ou  ad  formam  Concilii  Tridentini,  le  disaient 
expressément.  Nous  citerons  en  particulier,  pour  le  Bré- 
viaire Parisien  -  Romain ,  celles  de  Pierre  de  Gondy,  en 
1584;  de  Henri  de  Gon  ly,  en  1607;  de  Jean-François  de 
Gondy,  en  1634;  du  Cardinal  de  Retz,  en  1658;  et  pour  le 
Missel,  de  la  même  Eglise,  celle  de  Hardouin  de  Péréfixe, 
en  1665.  En  tête  du  Bréviaire  Angevin-Romain,  de  1623, 
Charles  Miron ,  et  en  tête  de  celui  de  1664 ,  Henri  Arnaud , 
exceptaient,  de  la  manière  la  plus  précise,  les  Clercs  récitant 
l'Office  en  particulier,  de  l'obligation  de  suivre  les  livres 
diocésains,  et  reconnaissaient  le  privilège  du  Bréviaire  Ro- 
main, etc. ,  etc. 

Il  y  avait  donc,  à  Paris  même,  une  grande  variété  de 
pratique  à  ce  sujet,  entre  les  ecclésiastiques  qui  n'étaient 
point  astreints  au  chœur.  Ainsi ,  par  exemple ,  la  compagnie 
de  Saint-Sulpice  tenait  pour  les  livres  Romains  purs ,  jus- 
qu'à ce  qu'elle  se  fût  vue  forcée  par  un  décret  de  l'Arche- 
vêque à  prendre  le  Parisien  (1)  ;  saint  Vincent  de  Paul ,  au 
contraire,  enseignait  qu'il  était  mieux  de  suivre  le  rite  Dio- 
césain ,  et  son  avis,  ainsi  que  nous  le  verrons  ailleurs ,  paraît 
fondé  sur  l'avis  des  meilleurs  canonistes  (2). 

(1)  Salgues.  De  la  Littérature  des  Offices  divins,  page  332. 

(2)  Le  lecteur  ne  doit  jamais  perdre  de  vue  que  les  livres  Diocésains 
de  cette  époque  étaient  conformes  à  la  Bulle  de  saint  Pie  Y,  acceptée 
dans  les  divers  Conciles  français  du  seizième  siècle.  \ 


72  INSTITUTIONS 

On  se  rappelle  ce  qui  a  été  rapporté  précédemment,  au 
sujet  de  l'Assemblée  du  Clergé  de  1605,  qui  avait  décrété 
des  encouragements  pécuniaires  à  une  entreprise  pour  une 
réimpression  des  livres  Romains,  à  l'usage  de  toutes  les 
Eglises  du  Royaume.  Ainsi  que  nous  l'avons  dit,  cette  réim- 
pression intéressait  même  celles  qui  avaient  leurs  livres  sous 
titre  Diocésain ,  à  raison  de  la  conformité  de  ces  livres  avec 
le  Romain  ;  d'ailleurs  ,  ces  Eglises   étaient  loin  de    for- 
mer le  plus  grand  nombre.  Plusieurs  Evoques  et  Chapitres, 
voulant  diminuer  les  frais  que  nécessitent  les  livres  d'Usages 
particuliers,  et  sans  doute  aussi  pour  témoigner  de  leur 
dévotion  envers  le  Siège  Apostolique,  s'étaient,  dans  le 
cours  des  premières  années  du  dix-septième  siècle,  rangés 
à  l'usage  des  livres  purement  Romains.  L'Eglise  de  Paris 
en  particulier  avait  vu  ses  Prélats  au  moment  de  réaliser 
ce  projet.  Nous  avons  raconté  les  difficultés  qu'éprouva 
Pierre  de  Gondy,  en  1 584  ,  et  qui  l'obligèrent  à  prendre  un 
tempérament,  qui  fut  de  réimprimer  le  Rréviaire  de  Paris, 
en  le  rapprochant  le  plus  possible  de  celui  de  saint  Pie  V. 
Dans  cette  réforme,  l'Eglise  de  Paris  conservait  du  moins 
une  partie  de  ses  usages.  Henri  de  Gondy,  en  1607,  réim- 
prima le  Rréviaire  de  son  prédécesseur;  mais,  en  1645, 
l'Archevêque  Jean-Erançois  de  Gondy  ayant  fait  une  nou- 
velle révision  des  -livres  Parisiens ,  les  rendit  si  conformes 
aux  Romains,  qu'on  pouvait  dire  que,  sauf  de  rares  excep- 
tions, ils  étaient  une  seule  et  même  chose. 

Ce  fut  durant  les  trente  dernières  années  du  dix-septième 
siècle  qu'on  commença  ,  en  France ,  à  parler  d'une  ré- 
forme liturgique,  dans  les  Diocèses  qui  avaient  des  livres 
particuliers  ;  car  ceux  qui  s'é! aient  conformés  au  Romain 
pur  ne  se  livrèrent  aux  innovations  que  dans  le  cours  du 
dix-huitième  siècle.  Des  motifs  légitimes  et  des  vues  sus- 


LITURGIQUES.  75 

pectes  causaient  à  la  fois  cette  agitation  première  qui  de- 
vait bientôt  enfanter  la  plus  complète  révolution.  D'un  côté , 
le  progrès  de  la  critique  sacrée  ,  les  nouvelles  éditions 
des  saints  Pères  et  des  écrivains  ecclésiastiques ,  avaient 
mis  les  savants  à  même  de  découvrir  plusieurs  imperfec- 
tions dans  les  livres  du  seizième  siècle,  et  d'ailleurs  la 
partie  des  Bréviaires  qui  était  propre  aux  Diocèses  était 
loin  de  présenter  une  exécution  en  rapport  avec  les  ré- 
centes découvertes  historiques  et  littéraires.  D'autre  part, 
l'esprit  frondeur  qui  distingue  notre  nation,  l'envie  de  s'iso- 
ler de  Rome  en  quelque  chose ,  les  habitudes  de  secte  déjà 
contractées  par  nombre  de  gens  habiles  d'ailleurs ,  l'espoir 
de  faire  servir  la  Liturgie  comme  de  moyen  de  répandre  des 
doctrines  souvent  repoussées  dans  d'autres  livres  ;  en  voilà 
plus  qu'il  n'en  faut  pour  expliquer  les  remaniements  litur- 
giques qui  signalèrent  la  dernière  moitié  du  dix-septième 
siècle.  Tout  ne  fut  donc  pas  mauvais  dans  les  œuvres  et  les 
intentions  de  tous  ceux  qui  travaillèrent  ainsi  à  rajeunir  la 
Liturgie.  Les  Bréviaires  de  cette  époque  sont  devenus  bien 
rares  ;  cependant  nous  avons  pu  en  étudier  plusieurs.  Celui 
de  Soissons,  donné  en  1676,  porte  quelques  changements 
que  nous  traiterions  volontiers  d'améliorations ,  attendu  que 
l'élément  Romain  est  respecté,  sauf  la  substitution  de  quel- 
ques Homélies  puisées  à  des  sources  plus  sûres  ;  les  traditions 
sur  les  Saints  sont  généralement  conservées,  le  culte  de  la 
Sainte  Vierge  n'a  souffert  aucune  atteinte,  et  rien  de  suspect 
ne  s'y  rencontre  dans  la  doctrine.  Nous  dirons  à  peu  près  la 
même  chose  du  Bréviaire  de  Rheims ,  donné  par  Maurice 
Le  Tellier,  en  1685;  de  celui  du  Mans,  donné  en  1693, 
par  Louis  de  Tressan ,  etc.  Le  Bréviaire  de  cette  époque, 
qui  ouvrit  la  voie  la  plus  large  aux  novateurs,  fut  celui 
que  publia ,  en  1678 ,  Henri  de  Villars ,  Archevêque  de 


74  INSTITUTIONS 

Vienne,  pour  l'usage  de  celte  illustre  Eglise.  On  ne  s'y 
borna  plus  à  substituer  des  Homélies  plus  authentiques  aux 
anciennes,  a  épurer  quelques  légendes  locales  ou  autres;  on 
commença  à  donner  de  nouvelles  Antiennes  et  de  nouveaux 
Répons ,  que  Ton  substituait  aux  Antiennes  et  aux  Répons 
de  saint  Grégoire ,  et  on  mit  en  avant,  pour  la  rédaction  de 
ces  parties  nouvelles,  un  principe  emprunté  de  l'école  Jan- 
séniste, et  dont  l'application  a  produit,  presqu'à  elle  seule,  le 
bouleversement  liturgique  au  milieu  duquel  nous  vivons.  Ce 
principe  dont  nous  avons  déjà  préparé  l'histoire,  et  dont  nous 
discuterons  ailleurs  la  valeur,  est  de  n'employer  que  des  pas- 
sages de  l'Ecriture  Sainte  comme  matériaux  des  pièces  de 
la  Liturgie.  Les  corrections  introduites  dans  le  Bréviaire  de 
Vienne,  au  mépris  des  anciens  livres  Grégoriens,  furent  faites 
en  vertu  de  ce  principe,  et  ce  Bréviaire  eut  du  moins  la  gloire 
d'ouvrir  une  route  qui  fut  grandement  fréquentée  depuis. 

Mais  aucun  Bréviaire  ne  présenta,  dans  les  circonstances 
de  sa  réforme  et  dans  les  principes  qui  y  présidèrent ,  une 
histoire  plus  instructive  et  un  système  plus  remarquable  que 
celui  que  donna ,  en  1680,  à  son  Diocèse  ,  François  de  Har- 
lay,  Archevêque  de  Paris.  C'est  de  la  publication  de  ce  Bré- 
viaire, bien  autrement  célèbre  que  celui  de  Vienne,  auquel  il 
n'est,  après  tout,  postérieur  que  de  deux  ans,  qu'il  faut 
dater  l'époque  véritable  du  renversement  de  l'œuvre  de 
Charlemagne  et  des  Pontifes  Romains ,  oeuvre  qu'avaient, 
cent  ans  auparavant  et  depuis  encore,  sanctionnée  les  Con- 
ciles de  France  et  les  Assemblées  du  Clergé.  L'histoire 
exacte  de  ces  grands  changements  va  nous  faire  connaître 
les  hommes  qui  eurent  le  malheur  de  prêter  leur  secours  à 
des  nouveautés  coupables;  plusieurs  d'entre  eux  furent  sé- 
duits, ou  entraînés  ;  le  grand  nombre  est  marqué  du  sceau 
de  la  plus  grave  responsabilité. 


LITURGIQUES.  7$ 

François  de  Harlay,  Archevêque  de  Paris ,  a  été  loué  par 
ceux  qui  avaient  intérêt  au  triomphe  des  principes  qu'il  fit 
prévaloir  dans  son  administration.  Nous  laisserions  sa  cendre 
en  paix ,  si ,  dans  ce  moment ,  nous  ne  remplissions  pas  le  de- 
voir d'historien.  Nous  n'irons  même  pas  chercher  les  couleurs 
de  son  portrait  dans  les  Mémoires  profanes  de  son  temps,  et 
nous  passerons  sous  silence  les  jugements  souvent  peu  sûrs 
de  Mmc  de  Sévigné,  du  duc  de  Saint-Simon  et  de  cent  autres. 
Voici  ce  que  Fénélon  disait  de  ce  Prélat ,  dans  sa  fameuse 
lettre  à  Louis  XIV  :  «  Vous  avez  un  Archevêque  corrompu , 
»  scandaleux,  incorrigible,  faux,  malin,  artificieux,  ennemi 
»  de  toute  vertu ,  et  qui  fait  gémir  tous  les  gens  de  bien.  Vous 
j  vous  en  accommodez,  parce  qu'il  ne  songe  qu'à  vous  plaire 
»  par  ses  flatteries.  Il  y  a  plus  de  vingt  ans  qu'en  prostituant 
»  son  honneur,  il  jouit  de  votre  confiance.  Vous  lui  livrez  les 
»  gens  de  bien ,  vous  lui  laissez  tyranniser  l'Eglise ,  et  nul 
*  Prélat  vertueux  n'est  traité  aussi  bien  que  lui  (1).  » 

Ajoutons  à  cela  que  François  de  Harlay  fut  l'âme  de  l'As- 
semblée de  1682 ,  le  chef  de  ces  Prélats  qui  disaient  :  Le  Pape 
nous  a  poussés,  il  s'en  repentira;  de  ces  Prélats  dont  l'au- 
dace effrayait  Bossuet ,  et  lui  dicta  ces  trop  fameuses  pro- 
positions que  lui-même  qualifiait  d'odieuses. 

Hardouin  de  Péréfixe,  prédécesseur  de  François  de  Har- 
lay, avait  déjà  songé  à  une  réforme  du  Bréviaire  Parisien ,  et 
rien  n'était  plus  légitime ,  plus  conforme  à  son  droit  d'Ar- 
chevêque d'une  Eglise  qui  n'avait  point  adopté  les  livres 
purement  Romains.  En  1770,  il  présida  la  première  réunion 
d'une  commission  de  membres  choisis  en  partie  par  lui- 
même,  et  en  partie  par  son  Chapitre  :  cette  commission  tint 

(1)  Correspondance  de  Fénélon.  Tom.  II.  pag.  54t.  in-8\  1827. 


7G  INSTITUTIONS 

dix-Iiuit  séances,  jusqu'à  la  mort  de  l'Archevêque,  arrivée 
Tannée  suivante  (1). 

Elle  était  composée  ainsi  qu'il  suit  (-2)  :  Jacques  de  Sainte- 
Beuve,  Docteur  de  Sorbonne ,  connu  par  ses  liaisons  intimes 
avec  Port-Royal.  Il  avait  été  exclu  de  la  Faculté  et  contraint 
de  se  démettre  de  la  chaire  qu'il  y  occupait,  en  1G38,  pour 
avoir  refusé  de  souscrire  à  la  censure  lancée  contre  la  doc- 
trine de  son  ami  Antoine  Arnauld.  Il  faut  dire  que  depuis  il 
signa  le  Formulaire  :  mais  quels  membres  de  ce  parti  ne  le 
signèrent  pas? 

2  Guillaume  delà  Brunetière,  Archidiacre  de  Brie,  de- 
puis Evoque  de  Saintes,  dont  nous  mentionnerons  ailleurs  les 
belles  Hymnes. 

5°  Claude  Chastelain,  Chanoine  de  Notre-Dame ,  homme 
véritablement  savant  dans  les  antiquités  liturgiques,  mais 
imbu  des  principes  de  l'école  française  de  son  temps.  Il  eut 
la  plus  grande  part  aux  travaux  de  la  commission. 

4°  Nicolas  Gobillon  ,  Curé  de  Saint-Laurent. 

5°  Léonard  Lamet,  Chanoine  de  Notre-Dame,  depuis  Curé 
de  Saint-Eustache. 

G-  Claude  Ameline ,  d'abord  Prêtre  de  l'Oraloire ,  et  alors 
grand  Archidiacre  de  l'Eglise  de  Paris. 

7°  Nicolas  Coquelin ,  Chancelier  de  l'Eglise  de  Paris. 

8°  Nicolas  Le  Tourneux,  dont  nous  venons  de  signaler  la 
mauvaise  doctrine  et  les  relations  suspectes.  Il  est  vrai  que 
ses  ouvrages  ne  furent  condamnés  par  le  Saint-Siège  qu'a- 
près sa  mort. 

(1)  Réponse  aux  remarques  sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris.  1G80. 
in-8°.  pag.  5.  Nous  avons  puisé  beaucoup  de  renseignements  dans  cette 
apologie  anonyme  du  Bréviaire  de  Franço:s  de  Harlay. 

(2)  M -mage,  ffistoria  mulierum  philosopliiœ  artibus  excultarum.  p.  43, 
a  l'article  de  sainte  Catherine,  où  l'auteur  parle  du  retranchement  de 
la  Légende  de  cette  Sainte  par  les  correcteurs  du  Bréviaire  de  1G80. 


LITURGIQUES.  77 

François  de  Harlay  ayant  pris  en  main  avec  ardeur  Pœuvre 
de  la  réforme  du  Bréviaire  de  P;»ris,  confirma  la  Commission 
formée  par  son  prédécesseur  ;  «  mais  il  joignit  aux  Députés 
»M.  l'Abbé  de  Benjamain,  son  Grand- Vicaire  et  son  Officiai; 
»  M.  Loisel ,  Chancelier  de  l'Eglise  de  Paris  et  Curé  de  Saint- 
»Jean;  M.  Gaude,  aussi  son  Grand-Vicaire;  et  pria  M.  le 
»  Doyen  de  se  trouver  aux  assemblées ,  autant  que  ses  affaires 
»  pourraient  le  lui  permettre.  Et,  en  effet,  il  se  trouva  à  toutes 
p  celles  qui  se  firent  de  son  temps  en  présence  de  Monseigneur 
»  l'Archevêque,  tous  les  mardis  de  chaque  semaine,  depuis 
»  le  17  septembre  1674,  jusqu'au  50  avril  1675;  et  ce  grand 
»  Prélat,  dont  tout  le  monde  connoît  la  capacité  et  les  lu- 
»mières,  s'étant  fait  représenter  tout  ce  que  l'on  avoit  fait 
j>  auparavant ,  fit  continuer  les  assemblées  en  sa  présence 
»  durant  tout  ce  temps-là  :  et  étant  supérieur  en  érudition  et 
»  en  lumières  à  tous  ceux  qui  en  étoient ,  quelque  prépara- 
»  tïon  qu'ils  apportassent ,  qu'il  est  élevé  au-dessus  d'eux  par 
»sa  dignité,  il  donna  ou  appuya  par  de  nouvelles  preuves 
»  les  principes  et  les  maximes  qui  ont  servi  de  règle  à  cet  ou- 
vrage. Et  dans  toute  la  suite  du  temps  qui  s'est  depuis 
»écoulé,  on  lui  a  toujours  rendu  un  compte  exact  de  tout 
»  ce  qui  s'est  fait  en  exécution  de  ses  ordres  et  de  ses  lu- 
»mières  (1).  » 

Nous  venons  d'entendre  le  langage  d'un  adulateur  ;  mais 
nous  concilierons  du  moins  de  ce  que  nous  venons  de  lire , 
que  François  de  Harlay  prit  sur  lui  toute  la  responsabilité  de 
l'œuvre.  Jugeons-la  maintenant,  cette  œuvre  qui  eut  une  si 
grande  influence,  et  observons  les  principes  dont  elle  fut 
l'expression. 

D'abord,  nous  conviendrons  sans  peine  de  plusieurs  points 
qui  pouvaient  être  favorables  à  l'idée  d'une  réforme,  en  1680. 

(i)  Réponse  aux  remarques  sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris,  P.  6. 


78  INSTITUTIONS 

1°  On  ne  peut  nier  que  l'Archevêque  de  Harlay  n'eut  le 
droit  de  travailler  à  la  réforme  du  Bréviaire  de  son  Eglise , 
puisque  l'Eglise  de  Paris  s'était  maintenue  en  possession 
d'un  Bréviaire  particulier,  et  que  celui  de  saint  Pie  V,  mal- 
gré le  désir  de  Pierre  de  Gondy,  n'avait  point  été  accepté 
dans  le  Diocèse,  avec  les  formalités  de  la  Bulle  Quod  a  nobis. 

2°  Ceci  admis,  il  ne  pouvait  être  blâmable  de  rétablir  cer- 
tains usages  dont  l'Eglise  de  Paris  était  en  possession  de 
temps  immémorial ,  et  dont  la  pratique  avait  été  momenta- 
nément suspendue  dans  les  Bréviaires  ou  Missels  des  derniers 
Archevêques.  En  général ,  les  choses  anciennes  sont  tou- 
jours bonnes  dans  les  institutions  ecclésiastiques,  quand  leur 
rétablissement  n'est  point  rendu  illicite,  ou  impossible  par  un 
droit  contraire,  mais  légitime. 

3°  Dans  le  cas  d'une  correction  du  Bréviaire  Parisien, 
c'était  une  chose  louable  de  remplacer  certaines  Homélies 
tirées  de  livres  faussement  attribués  aux  saints  Pères,  ou 
môme  simplement  douteux ,  par  des  passages  puisés  à  des 
sources  plus  authentiques. 

4°  Il  était  louable  également  de  choisir  dans  les  monu- 
ments de  la  tradition,  pour  les  placer  dans  les  leçons  de  l'Of- 
fice, des  endroits  où  les  saints  Docteurs  réfutent,  par  leur 
solennel  témoignage  les  erreurs  anciennes  et  modernes,  et 
appuient  plus  fortement  sur  les  dogmes  qui  auraient  été  da- 
vantage contestés  par  les  hérétiques.  Il  est  vrai  même  de  dire 
que  le  Bréviaire  de  Harlay  présenta  dans  sa  rédaction  un  cer- 
tain nombre  de  passnges  dirigés  expressément  contre  la  doc- 
trine des  cinq  Propositions.  Cet  Archevêque,  comme  plusieurs 
Prélats,  ses  collègues,  tout  en  faisant  une  guerre  opiniâtre  au 
Saint-Siège  et  à  ses  doctrines,  professaient  un  éloigne- 
ment  énergique  pour  la  doctrine  de  Jansénius  sur  la  Grâce. 
Ils  pouvaient  se  servir  des  gens  du  parti  quand  ils  en  avaient 


LITURGIQUES.  79 

besoin,  mais  ils  savaient  les  contenir.  L'histoire  de  l'Eglise 
au  dix-septième  siècle  dépose  de  cette  vérité. 

5°  Les  légendes  des  Saints  propres  au  Bréviaire  de  Paris 
pouvaient  avoir  besoin  d'être  épurées,  et  la  sollicitude  de 
la  commission  se  porta  de  ce  côté  avec  raison. 

6°  Il  pouvait  être  besoin  d'ajouter  quelques  Hymnes  pour 
accroître  la  solennité  de  certaines  fêtes,  pour  enrichir  les 
Communs  du  Bréviaire  :  en  cela ,  rien  ne  dépassait  les  bornes 
de  la  discrétion. 

Mais  le  Bréviaire  de  Harlay  ne  se  borna  pas  aux  amélio- 
rations dont  nous  venons  de  parler.  L'Archevêque  l'annonça 
à  son  Clergé  par  une  lettre  pastorale,  en  date  des  Calendes 
de  Juin  1680  (1) ,  et  dans  cette  lettre  il  disait  que  son  inten- 
tion, dès  son  élévation  sur  le  Siège  de  Paris,  avait  été  de 
travailler  à  la  réforme  des  livres  ecclésiastiques,  voulant 
suivre  en  cela  les  intentions  de  plusieurs  Conciles,  même 
tenus  à  Paris,  qui  ordonnent  de  retrancher  de  ces  livres  les 
choses  superflues ,  ou  peu  convenables  à  la  dignité  de  l'Eglise, 
et  d'en  faire  disparaître  ce  qu'on  y  aurait  introduit  de  su- 
perstitieux ,  pour  n'y  laisser  que  des  choses  conformes  à  la 
dignité  de  l'Eglise  et  aux  institutions  de  l'antiquité.  Nous 
verrons  bientôt  ce  que  François  de  Harlay  entendait  par 
superstitions  et  superfluités  dans  le  Bréviaire  de  ses  prédé- 
cesseurs. 

En  conséquence,  le  Prélat,  déclarait  que  plusieurs  choses 
s'étant,  en  ces  derniers  temps ,  glissées  au  Bréviaire  de  Paris, 
qui  n'étaient  pas  d'accord  avec  les  règles ,  on  s'était  mis  en 
devoir ,  avec  toute  sorte  de  soin  et  de  prudence,  de  rectifier  les 
choses  qui  s'éloignaient  de  la  splendeur  de  l'Eglise  et  de  la  di- 
gnité de  la  religion,  de  retrancher  les  Homélies  faussement 

(i)  Vid.  la  note  C.  ■ 


80  INSTITUTIONS 

attribuées  aux  Pères ,  les  choses  erronées  ou  incertaines  dans 
les  Actes  des  Saints;  enfin,  généralement  toutes  les  choses 
moins  conformes  à  la  piété. 

De  si  belles  assurances  n'empêchèrent  pas  que  l'ouvrage 
ne  devînt  l'objet  d'une  critique  sévère.  Il  parut  même  des 
Remarques  anonymes  sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris.  Sans 
adopter  tous  les  reproches  qu'on  adressait  à  ce  livre  et  à  ses 
auteurs,  reproches  qui  furent  discutés,  mais  rarement  ré- 
futés par  l'auteur  du  factum  que  nous  avons  déjà  cité,  nous 
nous  permettrons  de  faire  ,  sur  l'œuvre  de  François  de  Har- 
lay,  les  observations  suivantes. 

D'abord,  le  titre  du  livre  était  celui-ci  purement  et  sim- 
plement :  Breviarium  Parisicnse ;  on  ne  lisait  plus  à  la  suite 
de  ces  deux  mots,  comme  dans  toutes  les  éditions  précé- 
dentes, depuis  1584,  ces  paroles  :  Ad  formam  sacrosancti 
Concilii  Trident ini  restitutum.  Ce  lien  qui  unissait  au  Bré- 
viaire Romain  les  Bréviaires  diocésains  de  France  était  donc 
brisé  pour  l'Eglise  de  Paris!  On  aurait  donc  bientôt  une  Li- 
turgie qui  ne  serait  plus  Bomainc  !  Dans  quelle  région  in- 
connue allait-on  se  lancer?  Certes,  cette  suppression,  dès 
le  frontispice  du  livre,  était  éloquente ,  et  présageait  bien  ce 
que  l'on  allait  trouver  dans  l'ouvrage. 

En  effet  (  à  part  le  Psautier  qui  était  demeuré  conforme  à 
celui  de  l'Eglise  Romaine),  si  l'on  considérait  le  Propre  du 
Temps,  on  trouvait  qu'un  grand  nombre  de  Leçons,  d'Ho- 
mélies et  d'Antiennes,  avaient  été  changées,  bien  que  le 
choix  de  ces  dernières  remontât  jusqu'à  saint  Grégoire,  ou 
au-delà.  L'Office  presque  entier  de  la  Sainte-Trinité  avait 
été  réformé  ;  les  Leçons  de  l'Octave  du  Saint-Sacrement,  si 
belles  dans  le  Romain,  avaient  été  remplacées  par  d'autres. 
Le  Propre  des  Saints,  comme  nous  allons  le  voir,  renfermait 
encore  un  plus  grand  nombre  de  divergences ,  tant  avec  la 


LITURGIQUES.  81 

partie  Romaine  des  anciens  Bréviaires  de  Paris  qu'avec  la 
partie  purement  Parisienne.  Les  Communs  avaient  été  aussi 
retouchés  en  cent  endroits ,  et  présentaient  beaucoup  d'An- 
tiennes et  de  Répons  nouveaux. 

Maintenant,  si  l'on  se  demande  à  quelle  source  avaient 
été  puisées  ces  modernes  formules  à  l'aide  desquelles  on 
refaisait  ainsi,   après  mille  ans,  le  Responsorial  de  saint 
Grégoire ,  on  trouvera  que  des  phrases  de  l'Ecriture  Sainte 
en  avaient  exclusivement  fait  les  frais.  Les  paroles  consacrées 
par  la  Tradition  avaient  dû  céder  la  place  à  ces  centons  bi- 
bliques choisis  par  des  mains  modernes  et  suspectes.  On  n'a- 
vait pas  su  retrouver  le  style  ecclésiastique  pour  produire 
une  Antienne  de  deux  lignes.  Les  sectaires  qui  prônaient 
l'usage  exclusif  de  l'Ecriture  dans  le  service  divin  avaient 
remporté  ce  premier  avantage  ;  encore  un  effort ,  encore 
cinquante  ans  de  patience ,  et  le  reste  des  formules  de  style 
traditionnel  que  conserve  le  Bréviaire  de  1680  aura  disparu 
dans  l'édition  préparée  alors  par  les  disciples  de  Nicolas  Le 
ïourneux. 

Mais,  voyons  à  l'œuvre  ces  Commissaires  du  Bréviaire,  il 
est  trois  points  sur  lesquels  l'Ecole  Française  d'alors  n'était 
que  trop  unanime  avec  l'Ecole  Janséniste  proprement  dite. 
4°  Diminuer  le  culte  des  Saints,  la  confiance  dans  leur 
puissance  ;  choses  jugées  excessives  par  des  auteurs  très 
estimés  alors ,  et  depuis  encore  :  les  Tillemont ,  les  Lau- 
noy,  les  Baillet ,  les  Thiers. 

2°  Restreindre  en  particulier  les  marques  de  la  dévotion 
envers  la  Sainte  Vierge.  Les  mêmes  écrivains  que  nous  venons 
de  citer  (Baillet  surtout,  dans  un  livre  spécial  qui  a  mérité 
!  les  éloges  de  Bayle  ) ,  n'avaient-ils  pas  déjà  insulté  la  piété 
des  fidèles  sur  un  article  qui  lui  est  si  cher,  et  cela ,  sans 
encourir  aucune  disgrâce?  Est-il  besoin  de  rappeler  l'héré- 

T.   II.  6 


82  INSTITUTIONS 

tique  Jean  de  Neercassel ,  Evêque  de  Castorie ,  et  son  traité 
du  culte  des  Saints  et  de  la  Sainte  Vierge,  quand  Gilbert  de 
Choiseul-Praslin,  Evêque  de  Tournay,  qui  fut  bientôt  l'un 
des  plus  violents  Prélats  de  l'Assemblée  de  1682,  osait,  en 
1674,  dans  une  Instruction  pastorale  faite  exprès,  entre- 
prendre la  défense  raisonnée  d'un  livre  fameux  que  Rome 
venait  de  proscrire,  et  qui  portait  ce  titre  :  Les  Avis  salu- 
taires de  la  Vierge  à  ses  Dévots  indiscrets? 

5°  Comprimer  l'exercice  de  la  puissance  des  Pontifes  Ro- 
mains et  la  réduire ,  sous  le  vain  prétexte  des  usages  de  la 
vénérable  antiquité,  à  devenir  une  pure  abstraction.  Des 
milliers  d'écrits  composés  en  France  depuis  1660,  et  dans 
lesquels  il  est  question  historiquement,  dogmatiquement, 
ou  canoniquement,  de  la  constitution  de  l'Eglise, sont  autant 
de  pièces  de  la  conspiration  anti-Romaine,  et  l'Assemblée  de 
1682,  décrétant  les  quatre  articles,  n'alla  pas  plus  loin, 
après  tout,  que  la  Sorbonne  dans  les  six  fameuses  assertions 
de  1663. 

Montrons  maintenant  l'application  de  ces  trois  principes 
de  l'Ecole  Française  d'alors ,  par  des  faits  positifs  tirés  du 
Bréviaire  de  llarlay. 

1°  Ou  put  voir  que  la  commission  était  animée  de  disposi- 
tions peu  favorables  aux  usages  et  aux  traditions  qui  ont 
pour  objet  le  culte  des  Saints,  quand  on  s'aperçut  que  plus 
de  quarante  légendes  contenues  dans  l'Office  avaient  été  re- 
tranchées ,  pour  faire  place  à  des  passages  des  saints  Pères 
ou  des  écrivains  ecclésiastiques  qui,  dans  leur  brièveté,  ne 
faisaient  souvent  allusion  qu'à  une  seule  circonstance  de  la 
vie  du  personnage,  tandis  que  cette  vie  était  racontée  en 
entier,  quoique  abrégée ,  dans  les  Leçons  du  Bréviaire  an* 
térieur.  Nous  citerons  en  particulier,  comme  mutilés  ainsi , 
les  Offices  de  saint  Vincent ,  de  saint  Mathias,  des  saintes 


LITURGIQUES.  85 

Perpétue  et  Félicité,  des  Quarante  Martyrs,  de  saint  Apol- 
linaire, de  saint  Jacques  le  Majeur,  de  sainte  Marthe,  de 
saint  Pierre-aux-Liens,  de  l'Invention  de  saint  Etienne,  de 
saint  Lazare  ,  de  saint  Corneille ,  de  saint  Cyprien ,  de  sainte 
Euphémie ,  de  saint  Matthieu ,  de  sainte  Thècîe ,  de  saint 
Clément ,  de  saint  Lin ,  de  saint  André ,  de  saint  Thomas , 
Apôtre ,  etc. 

Il  est  vrai  que  les  défenseurs  du  Bréviaire  de  Harlay  pré- 
tendent justifier  cette  innovation  par  l'autorité  du  Bréviaire 
Romain  (1)  ;  mais,  de  douze  exemples  qu'ils  citent ,  cinq  sont 
allégués  sans  fondement ,  savoir  les  Leçons  de  sainte  Agnès 
tirées  de  saint  Ambroise ,  et  celles  de  saint  Ignace  d'Antioche, 
de  saint  Jean  Porte  Latine,  de  saint  Marc  et  de  saint  Luc, 
empruntées  à  saint  Jérôme ,  puisque  ces  fragments  sont  de 
véritables  légendes.  Quant  à  saint  Joseph  et  saint  Joachim, 
la  tradition  ne  nous  en  apprenant  rien  de  bien  précis,  l'Eglise 
les  loue ,  avec  raison ,  par  des  passages  des  saints  Pères.  La 
Nativité  de  saint  Jean-Baptiste  est  un  fait  biblique,  ainsi  que 
le  Martyre  des  Machabées  ;  il  eût  donc  été  inutile  d'en  faire 
un  récit  humain  dans  l'Office.  Sainte  Marie-Madeleine  est 
louée,  il  est  vrai,  au  jour  de  sa  fête,  par  un  Sermon  de  saint 
Grégoire  ,  mais  sa  légende  historique  se  trouve  dans  l'Office 
de  sainte  Marthe.  Enfin  ,  nous  convenons  que  l'Office  de  saint 
Pierre  et  saint  Paul,  et  celui  de  saint  Laurent ,  sont  sans  lé- 
gende; mais  c'est  parce  que  l'Eglise  Romaine,  à  l'époque 
où  les  légendes  ont  été  introduites  dans  l'Office  divin ,  a  cru 
superflu  de  rédiger  un  récit  de  la  vie  et  de  la  passion  de  ses 
deux  grands  Apôtres  et  de  son  plus  illustre  Martyr.  Cette  lé- 
gende n'est-elle  pas  écrite  dans  Rome,  en  vingt  endroits  qui 
gardent  les  vestiges  sacrés  de  ces  glorieux  soutiens  de  l'E- 

(t)  Réponse  aux  Remarques  sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris,  pas.  13. 


84  INSTITUTIONS 

glise.  Au  reste,  quand  le  Bréviaire  Romain  eût,  dans  un 
plus  grand  nombre  d'endroits,  remplacé  par  des  Homélies 
les  Leçons  historiques  des  Saints,  le  reproche  que  nous 
adressons  aux  correcteurs  du  Bréviaire  de  Harlay  n'en  se- 
rait pas  moins  mérité.  En  effet,  nous  leur  demandons  compte 
des  choses  qu'ils  ont  retranchées,  et  non  de  celles  qui  man- 
quaient déjà  dans  le  Bréviaire  Romain-Parisien  de  Jean- 
François  de  Gondy ,  quand  il  fut  soumis  à  leur  correction. 
Que  s'il  leur  eût  semblé  utile  d'épurer  par  l'emploi  d'une 
saine  critique  plusieurs  des  légendes,  ils  le  pouvaient  faire 
avec  modération;  mais  supprimer  en  masse  la  partie  la  plus 
populaire  dans  un  si  grand  nombre  d'Offices,  était  une  dé- 
marche digne  de  censure  et  qui  rappelait  les  condamnations 
portées  au  seizième  siècle  par  la  Sorbonne  de  ce  temps-là , 
contre  les  Bréviaires  de  Soissons  et  d'Orléans  (1). 

Mais  on  ne  se  borna  pas  à  retrancher  ainsi  une  partie  con- 
sidérable des  légendes;  les  traditions  catholiques  les  plus 
vénérables  furent  insultées.  Pour  commencer  par  l'Eglise 
même  de  Paris,  les  correcteurs  du  Bréviaire  la  déshéritèrent 
de  sa  vieille  gloire  d'être  fille  de  saint  Denys  l'Aréopagite  ; 
ils  portèrent  leur  main  audacieuse  sur  le  fameux  prodige 
qui  suivit  la  décollation  du  saint  fondateur  de  leur  propre 
Eglise.  Ils  distinguèrent  sainte  Marie-Madeleine  de  Marie 
sœur  de  Marthe  :  ils  ôtèrent  à  celte  dernière  la  qualité  de 
Vierge,  et  à  saint  Lazare  celle  d'Evêque.  Ils  effacèrent  l'his- 
toire si  célèbre  de  sainte  Catherine  d'Alexandrie  ;  enfin,  ces 
Docteurs  de  Paris,  marchant  sur  les  traces  honteuses  de 
Le  Fèvre  d'Estaples  et  d'Erasme  ,  flétris  pourtant  par  l'an- 
cienne Sorbonne ,  pour  avoir  osé  attaquer  les  traditions 
sur  saint  Denys  et  sur  sainte  Marie  -  Madeleine ,  enché- 


(1)  Voyez  ci-dessus,  tome  Ief,  page  458. 


LITURGIQUES.  85 

rirent,  comme  Ton  voit,  sur  ces  frondeurs  de  la  tradition. 

Veut-on  savoir  la  vaine  excuse  qu'ils  apportèrent  lorsqu'on 
leur  demanda  compte  de  tant  de  témérités?  Eux  qui  avaient 
biffé  un  si  grand  nombre  de  récits  miraculeux  et  d'actions 
extraordinaires  des  Saints ,  sans  doute  pour  la  plus  grande 
gloire  de  ces  amis  de  Dieu  ,  on  les  entendit  se  faire  un  mé- 
rite de  ces  retranchements,  parce  qu'ils  avaient,  disaient-ils, 
substitué  à  des  récits  purement  historiques  et  contestables , 
des  passages  des  saints  Pères  par  lesquels  les  dogmes  atta- 
qués  par  les  hérétiques,  et  particulièrement  le  culte  et  l'inter- 
cession des  Saints  étaient  confirmés  (1) .  Etrange  préoccupation 
et  qui  dure  encore  dans  l'Eglise  de  France,  de  considérer  le 
Bréviaire  et  les  autres  livres  liturgiques ,  non  plus  comme  un 
dépôt  des  traditions  de  la  piété ,  comme  un  livre  pratique 
qui  renferme  les  monuments  de  la  foi  des  fidèles,  mais  comme 
un  arsenal  de  controverse ,  un  supplément  aux  Traités  qu'on 
étudie  dans  l'Ecole  ! 

Ce  fut  sans  doute  cette  même  préoccupation  qui  porta  les 
Commissaires  à  statuer  dans  les  Rubriques  générales  que  , 
désormais,  le  Clerc  récitant  l'Office  divin  en  particulier,  ne 
saluerait  plus  l'assemblée  des  fidèles,  par  ces  mots  :  Dominus 
vobiscum  ;  mais  qu'il  dirait ,  comme  pour  lui  seul  :  Domine, 
exaudi  orationem  rneam.  Il  est  triste  d'avoir  à  ajouter  que 
tous  nos  Bréviaires  nouveaux  ont  embrassé  cette  pratique , 
non  seulement  réprouvée  expressément  par  l'Eglise  Romaine, 
mais  contraire  à  l'essence  même  de  toute  prière  ecclésias- 
tique. Pourquoi  ne  supprime-t-on  pas  de  même,  au  Canon 
de  la  Messe ,  toutes  les  formules  qui  font  allusion  à  l'assem- 
blée des  fidèles,  quand  on  célèbre  à  quelque  autel  isolé? 
Luther  n'est-il  pas  parti  du  même  principe ,  quand  il  a  ana- 

(i)  Réponse  aux  Remarques,  etc„  pag.  7— J§« 


86  INSTITUTIONS 

thémalisé  les  Messes  privées,  parce  que,  disait-il,  elles  étaient 
pleines  de  mensonge  en  ce  que  les  paroles  supposent  la  pré- 
sence du  peuple? Les  Jansénistes  n'ont-ils  pas  tiré  des  consé- 
quences analogues,  ainsi  que  nous  le  raconterons?  Mais, 
poursuivons. 

2°  Si  nous  considérons  maintenant  la  manière  dont  le  culle 
de  la  Sainte  Vierge  avait  été  traité  dans  le  Bréviaire  de  Har- 
lay,  nous  voyons  qu'il  y  avait  été  grandement  diminué.  D'a- 
bord, on  avait  supprimé  les  Bénédictions  de  l'Office  (fe  Beata, 
qui  étaient  propres  à  l'Eglise  de  Paris,  en  tout  temps  si  dé- 
vote à  sa  glorieuse  Patrone.  Les  Capitules  du  même  OiFice, 
dans  lesquels  l'Eglise  Romaine  applique  à  Marie  plusieurs 
passages  des  Livres  Sapienliaux  qui  ont  rapport  à  la  Divine 
Sagesse,  traditions!  ancienne  et  si  chère  à  la  piété,  avaient 
été  sacrifiés,  sans  doute  pour  faire  droit  aux  déclamations 
furibondes  des  hérétiques  du  seizième  siècle,  que  l'Eglise 
Romaine  et  toutes  celles  qui  la  suivent  dans  les  Offices  divins 
bravent  encore  aujourd'hui. 

Désormais,  l'Office  delà  Vierge,  au  Bréviaire  de  Paris,  ne 
contenait  plus  cette  Antienne  formidable  à  tous  les  sectaires  : 
Gaude ,  Maria  Virgo,  cunctas  hœreses  sola  interemisti  in  uni- 
verso  mundo  ;  ni  celte  autre  non  moins  vénérable ,  par  la- 
quelle l'Eglise  implore  le  secours  de  Marie  pour  déjouer  les 
complots  de  l'erreur  contre  la  gloire  de  cette  Reine  du  ciel  : 
Dignare  me  laudare  te,  Virgo  sacrât  a  ;  da  mihi  virtutem 
contra  hostes  tuos. 

Mais  on  ne  s'était  pas  arrêté  là.  Le  Bréviaire  de  Paris,  le 
Bréviaire  de  Notre-Dame  ,  fournira  désormais  des  armes 
contre  la  vérité  de  la  glorieuse  Assomption  de  Marie.  Car, 
pourquoi  avoir  retranché  ces  belles  paroles  de  saint  Jean 
Damascène ,  dans  la  sixième  Leçon  de  la  fête  de  ce  grand 
Mystère  :  Jïanc  autçm  vere  beatam  quœ  Dei  Verho  aurcs 


LITURGIQUES.  87 

prœstitit,  et  Spiritus  Sancti  operatione  repleta  est,  atque  ad 
Archangeli  spiritalem  salutationem ,  sine  voluptate  et  virili 
consortio ,  Dei  Filium  concepit  et  sine  dolore  aliquo  peperit , 
ac  totam  se  Deo  consecravit,  quonam  modo  mors  devoraret  ? 
Quomodo  inferi  susciperent?  Quomodo  corruptio  invaderet 
corpus  illudj  in  quo  vita  suscepta  est  ?  Pourquoi,  le  quatrième 
jour  dans  POctave,  avoir  retranché  les  trois  Leçons  dans 
lesquelles  le  même  saint  Jean  Damascène  raconte  la  grande 
scène  de  la  Mort  et  de  l'Assomption  corporelle  de  la  Mère 
du  Sauveur  ? 

Non  content  d'avoir  supprimé  en  masse  le  bel  Office  de  la 
Visitation  de  la  Sainte  Vierge ,  qui  était  commun  à  l'Eglise 
de  Paris  et  à  plusieurs  autres  des  plus  illustres  du  Royaume , 
le  Bréviaire  de  Harlay  portait  ses  coups  sur  une  des  plus 
grandes  gloires  de  la  Reine  du  ciel.  Dans  la  plupart  des 
Eglises  de  l'Occident  comme  de  l'Orient ,  la  solennité  du 
25  mars,  fondement  de  l'année  liturgique,  était  appelée 
Y  Annonciation  de  la  Sainte  Vierge  ;  par  quoi  l'Eglise  voulait 
témoigner  de  sa  foi  et  deson  amour  envers  Celle  qui  prêta  son 
consentement  pour  le  grand  mystère  de  l'Incarnation  du 
Verbe.  La  Commission  osa  s'opposer  à  cette  manifestation 
de  la  foi  et  de  la  reconnaissance.  Elle  craignit  sans  doute  les 
dévots  indiscrets,  et  décréta  que  cette  fête  serait  désormais 
exclusivement  une  fête  de  Notre-Seigneur,  sous  ce  titre  : 
Annuntiatio  Dominica.  Nous  verrons  bientôt  le  progrès  de 
cette  entreprise  :  en  attendant ,  que  ceux-là  se  glorifient  qui 
ont  fait  perdre  à  l'Eglise  de  France  presque  toute  entière 
une  des  principales  solennités  de  la  Mère  de  Dieu! 

3°  Nous  passons  maintenant  à  ce  qui  regarde  l'autorité  du 
Pontife  Romain.  D'abord,  François  de  Harlay  décréta  que 
la  fête  de  saint  Pierre  serait  descendue  au  rang,  des  fêtes 
solennelles  mineures;  en  quoi  il  ne  tarda  pas  à  être  imité  dans 


88  INSTITUTIONS 

plus  de  soixante  Diocèses.  Les  légendes  qui  racontaient  les 
actes  d'autorité  des  Pontifes  Romains  dans  l'antiquité  furent 
modifiées  d'une  manière  captieuse ,  sous  couleur  de  con- 
server les  paroles  même  des  Pères.  Nous  n'en  citerons  qu'un 
exemple  entre  vingt;  c'est  dans  l'Office  de  saint  Basile.  Il  y 
est  dit  de  ce  Saint  :  Egit  apud  sanctum  Athanasium  et  alios 
Orientis  Episcopos  ut  auxilium  ipsi  ab  Occident alïbus  Epis- 
copis  postularent.  Les  rédacteurs  de  cette  légende  savaient 
bien  que  par  les  Evêques  d'Occident,  il  faut  entendre  le  Siège 
Apostolique,  sans  lequel  l'Occident  n'aurait  point  eu  ainsi 
le  droit  de  recevoir  l'appel  des  Evèques  de  l'Orient,  berceau 
du  Christianisme.  On  aime  mieux  profiter  d'une  expression 
vague  qui  n'exprime  point  clairement  le  dogme,  que  de  la 
traduire  dans  le  style  précis,  mais  surtout  catholique,  d'une 
légende.  Le  lecteur  peut  voir  encore  celles  de  saint  Atha- 
nase,  de  saint  Etienne ,  Pape  et  Martyr,  etc. 

L'esprit  qui  animait  l'Archevêque  de  Harlay  parut  sur- 
tout dans  la  suppression  de  deux  pièces  anciennes  et  vé- 
nérables, mais  qui  offensaient  ajuste  titre  sa  susceptibilité 
Gallicane.  La  première  est  le  fameux  Répons  de  saint  Pierre  : 
Tu  es  pastor  ovium,  princeps  Apostolorum ;  tibi  tradidit  Deus 
omnia  régna  mundi  :  *  Et  ideo  tibi  traditœ  sunt  claves  regni 
cœlorum. 

Néanmoins  ce  Répons  se  trouve  déjà  dans  les  plus  anciens 
manuscrits  du  Responsorial  de  saint  Grégoire,  publiés  soit 
par  D.  Denys  de  Sainte-Marthe ,  soit  parle  B.  Tommasi.  Mais 
le  favori  de  Louis  XIV,  celui  qui  était  à  la  veille  de  proclamer, 
dans  une  solennelle  Déclaration ,  la  complète  indépendance 
de  la  puissance  temporelle  à  l'égard  de  la  puissance  spiri- 
tuelle, pouvait-il  (  quelle  que  soit  d'ailleurs  la  portée  des  pa- 
roles du  Répons)  souffrir  que  Ton  continuât  à  chanter  dans 
les  Eglises  de  la  capitale  du  grand  Roi ,  que  Dieu  a  livré  à 


LITURGIQUES.  89 

saint  Pierre  tous  les  Royaumes  du  monde ,  en  vertu  du  pou- 
voir des  clefs?  En  pareil  cas,  un  sujet  fidèle  doit  tout 
sacrifier,  jusqu'à  l'antiquité  qu'il  prônera  en  toute  autre 
occasion. 

La  seconde  pièce  est  une  Antienne  que  l'Eglise  chante  aux 
secondes  Vêpres  de  l'Office  des  Saints  Papes.  On  les  loue  de 
n'avoir  pas  craint  les  puissances  de  la  terre ,  pendant  qu'ils 
exerçaient  leur  Souverain  Pontificat,  en  sorte  qu'ils  sont 
montés,  pleins  de  gloire,  au  Royaume  céleste.  Dum  esset 
summus  Pontifex ,  terrena  non  metuit,  sed  ad  cœlestia  régna 
gloriosus  migravit.  Jamais  plus  beau  résumé  ne  pouvait  être 
fait  de  la  vie  de  ces  grands  Pontifes  qui,  à  l'exemple  de  saint 
Pierre,  n'ont  point  humilié  devant  César  la  Royauté  sacer- 
dotale ,  et  en  ont  été  loués  et  récompensés  du  divin  Pasteur 
qui  expose  et  donne  sa  vie  pour  ses  brebis.  Mais  ponr  Fran- 
çois de  Harlay,  tel  que  Fénélon  et ,  mieux  encore ,  l'histoire 
nous  le  font  connaître,  c'était  là  une  maxime  importune, 
et  quelque  peu  séditieuse. 

Au  reste,  à  cette  même  époque ,  la  Chaire  de  saint  Pierre 
était  occupée  par  un  Pape  plein  du  sentiment  de  la  liberté 
ecclésiastique,  et  qui  se  préparait  à  faire  voir  à  son  tour  qu'il 
ne  craignait  pas  les  puissances  terrestres.  Encoredeuxans,  et 
Innocent  XI  écrira  à  François  de  Harlay  et  à  ses  trente-quatre 
collègues  de  l'Assemblée  de  1682  :  «  Vous  avez  craint  là  où, 

>  il  n'y  avait  pas  sujet  de  craindre.  Une  seule  chose  était  à 
i  craindre  pour  vous  ;  c'était  qu'on  pût  avec  raison  vous  ac- 
»  cuser  devant  Dieu  et  devant  les  hommes,  d'avoir  manqué  à 

>  votre  rang ,  à  votre  honneur,  à  la  dette  de  votre  devoir  pas- 
toral. Il  fallait  avoir  en  mémoire  les  exemples  de  constance 
»  et  de  force  épiscopales  que  ces  anciens  et  très  saints  Evêques, 
»  imités  par  beaucoup  (fautres,  en  chaque  siècle,  ont,  en 

>  semblable  circonstance,  donnés  pour  votre  instruction  ##.*., 


00  INSTITUTIONS 

» Qui  d'entre  vous  a  osé  plaider  devant  le  Roi  une  cause 

»  si  grave ,  si  j  uste  et  si  sacrée  ?  Cependant  vos  prédécesseurs, 
>dans  un  péril  semblable,  la  défendirent  plus  d'une  fois, 
»  cette  cause,  avec  liberté,  auprès  des  anciens  Rois  de  France, 
»et  même  auprès  de  celui-ci,  et  ils  se  retirèrent  victorieux 
»  de  la  présence  du  Roi ,  rapportant  de  la  part  de  ce  Roi  très 
>  équitable  la  récompense  du  devoir  pastoral  vigoureusement 
t  accompli.  Qui  d'entre  vous  est  descendu  dans  l'arène  pour 
i s'opposer  comme  un  mur  en  faveur  de  la  Maison  d'Israël? 
»Qui  a  seulement  prononcé  un  mot  qui  rappelât  le  souvenir 
»  de  l'antique  liberté?  Cependant,  ils  ont  crié,  eux ,  les  gens 
»du  Roi,  et  dans  une  mauvaise  cause,  pour  le  droit  royal; 
> tandis  que  vous,  quand  il  s'est  agi  de  la  meilleure  des 
»  causes,  de  l'honneur  du  Christ,  vous  avez  gardé  le  si- 
lence (1)  !  » 
L'Antienne  dont  nous  parlons  devait  donc  être  sacrifiée 


(1) Timuistis  ergo  ubi  non  erat  timor.  Id  uiium  liraendum 

vobis  erat,  ne  apud  Deum,  bominesque  redargui  jure  possetis ,  loco 
atque  bonori  vestro,  el  pastoralis  offieii  debito  defuisse.  Menioria  vo- 
bis repetenda  erant  quœ  antiqui  illi  sanctissimi  Praesules,  quos  quam 
plurimi  postca  qnalibet  anale  sunt  imitati,  episcopalis  constantiaï  et 
iortitudinis  exempta,  in  hujusmodi  ca^ibus,ad  vestram  eruditionem 

edklerunt Ecquis  vestrum  tam  gravem, 

tam  justam  cauam,  tam  sacrosanctam  oravit  apud  Regem?  Cum  ta- 
men  praedecessores  vestri  eam  ia  simili  periculo  constitutam  non  semel 
apud  superiores  GJliae  Reges,  imo  apud  hune  ipsum  libéra  voce  de- 
fenderint,  victoresqise  a  Regio  conspeciu  discesserint,  relatis  etiam  ab 
requissimo  Rege  premiis  poSloralis  ofticii  strenue  impleti  ?  Quis  ves- 
trum in  arriiam  descendit,  ut  opponeret  murum  pro  domo  Israël? 
Quis  vel  unam  vocem  emi-it  memorem  pristiorc  libertatis?  Clamave- 
runt  intérim  sicut  scribitis,  et  quidem  in  mala  causa ,  pro  regio  jure, 
clamaveruut  Régis  administri  ;  cum  vos  in  optima  pro  Christi  honore 
sileretis.  Brev.  Innocenta  XI.  11  Jpril.  1682.  Ad  4rchiepiscopos,  Epts- 
copos  et  alios  Ecclesiasticos  viros  in  Comitiis  generalibus  Cleri  Gallicani 
Parisiis  congregatos. 


LITURGIQUES.  91 

par  un  Prélat  capable  de  mériter  d'aussi  sanglants  reproches 
et  que  Dieu  frappa  de  mort  subite ,  sans  qu'il  ait  pu  offrir 
satisfaction  convenable  au  Siège  Apostolique. 

Le  Bréviaire  de  Harlay  renferme  encore  un  grand  nombre 
de  choses  étranges  ;  mais  nous  avons  hâte  d'en  finir.  Nous  ne 
pouvons  toutefois  nous  dispenser  de  mentionner  ici  deux 
changements  graves  dont  les  motifs  nous  paraissent  au 
moins  inexplicables.  Dans  le  temps  où  ils  eurent  lieu ,  la  sa- 
tire s'en  occupa.  Nous  ne  ferons  pas  de  réflexions. 

Le  public  se  demanda  donc  par  quel  motif  François  de 
Harlay  avait  retranché,  dans  l'Hymne  du  Dimanche  à  Ma- 
tines, qui  est  de  saint  Ambroise  et  commence  par  ce  vers  : 
Primo dierum  omnium,  les  strophes  suivantes ,  qui  sont  pour- 
tant le  centre  de  cette  prière  ;  le  reste  de  l'Hymne  n'étant 
que  le  prélude  : 

Jam  nunCj  Patema  claritas  t 
Te  postulamus  astatim, 
Absint  faces  libidinis , 
Et  omnis  actus  noxius. 

Ne  fœda  sit ,  vel  lubrica 
Compago  nostri  corporis , 
Ob  cujus  ignés  ignibus 
Avemus  urat  acrius. 

Mundi  Redemptor,  quœsumus, 
Tu  probra  nostra  diluas , 
Nobisque  largus  commoda 
Vitœ  perennis  conféras. 

Enfin ,  on  se  demanda  pourquoi  on  avait  ôté  de  la  légende 
de  saint  Louis,  les  belles  paroles  de  la  Reine  Blanche,  sa 
mère  :  Fili,  mallem  te  vita  et  regno  privatum  quam  lethalis 


$2  INSTITUTIONS 

peccati  reum  agnoscere.  Le  Cardinal  de  Noailles,  dans  les  di- 
verses éditions  qu'il  donna  du  Bréviaire  de  Harlay,  s'em- 
pressa de  réparer  cette  omission,  en  restituant  la  mémoire 
de  cette  parole  si  célèbre  et  si  populaire,  que  la  Reine  Blanche 
proféra  dans  une  occasion  d'ailleurs  fort  délicate. 

Nous  venons  de  donner  au  lecteur  une  idée  des  choses 
superstitieuses ,  fausses,  incertaines ,  superflues,  contraires 
à  la  dignité  de  l'Eglise,  ou  aux  règles  établies  par  elle,  que 
François  de  Harlay,  dans  sa  lettre  pastorale,  se  proposait  de 
faire  disparaître  du  Bréviaire.  Ce  début,  dans  la  réforme  li- 
turgique, promettait  beaucoup,  comme  l'on  voit,  et  bientôt 
il  ne  serait  plus  au  pouvoir  des  Archevêques  de  Paris  de 
sauver  les  débris  des  livres  Grégoriens,  menacés  dans  leur 
intégrité  par  l'audace  de  la  secte. 

En  attendant ,  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris  portait  en 
tête  l'injonction  expresse  et  jusqu'alors  inouïe,  àtoutesles 
Eglises,  Monastères ,  Collèges,  Communautés ,  Ordres  ;  à  tous 
les  Clercs  tenus  à  la  récitation  de  l'Office  divin ,  de  se  servir 
de  ce  Bréviaire ,  avec  défense  expresse  et  solennelle  d'en  ré- 
citer un  autre,  quel  qu'il  soit,  tant  en  public  qu'en  parti- 
culier. Cette  défense  était,  comme  l'on  voit,  bien  nouvelle 
à  Paris,  lorsqu'on  se  rappelle  les  termes  des  lettres  pasto- 
rales des  prédécesseurs  de  François  de  Harlay,  qui  laissaient 
l'option  entre  le  Bréviaire  Romain  et  celui  de  Paris.  C'était 
aussi  la  première  fois  qu'on  ne  faisait  pas  de  réserve  en  fa- 
veur des  Corps  Religieux  approuvés,  dont  aucun  n'a  le  droit 
de  réciter  un  Bréviaire  diocésain.  On  n'avait  point  intention, 
pourtant,  de  déroger  au  privilège  des  Réguliers,  et  la  bro- 
chure que  nous  avons  citée  plus  haut,  qui  fut  publiée  sous 
les  inspirations  de  l'Archevêché  (1)  ,  le  dit  expressément; 

(1)  On  l'attribue  à  l'Abbé  Chastelain ,  l'un  des  Commissaires  du  Bré« 
viaire. 


LITURGIQUES.  93 

mais  on  avait  pensé  que  l'absence  de  toute  restriction  dans 
la  formule  de  promulgation  du  nouveau  Bréviaire  rendrait 
cette  formule  bien  autrement  solennelle.  Elle  devait  frap- 
per d'autant  plus  les  esprits,  et  éblouir  ou  effrayer  ceux 
qui  auraient  pu  être  tentés  de  résister.  Il  paraît  cependant, 
comme  nous  le  verrons  ailleurs,  qu'un  grand  nombre  d'ec- 
clésiastiques continuèrent,  malgré  tout ,  l'usage  du  Bréviaire 
Romain;  mais  les  Chapitres,  les  Paroisses,  les  Communau- 
tés séculières,  comme  Saint-Suîpice,  durent  subir  la  loi. 
Les  Prêtres  de  la  Mission  ,  quoiqu'ils  ne  fussent  pas  un 
Ordre  Régulier  proprement  dit,  gardèrent  le  Bréviaire  Ro- 
main; mais  déjà  ce  corps  s'était  étendu  bien  au-delà  des 
limites  du  Diocèse  de  Paris ,  et  même  des  frontières  du 
Royaume. 

Après  avoir  publié  son  Bréviaire ,  en  1680  ,  François  de 
Harlay  eut  occasion  de  développer  ses  sentiments  sur  la  li- 
berté ecclésiastique  et  sur  l'autorité  du  Pontife  Romain,  dans 
l'Assemblée  du  Clergé  de  1681  à  1682.  Sa  conduite  dans 
cette  circonstance  à  jamais  déplorable  pour  l'Eglise  Gal- 
licane ,  ne  contribua  pas  à  attirer  les  lumières  de  l'Esprit 
Saint  sur  son  administration.  Aussitôt  après  l'Assemblée,  il 
se  mit  en  devoir  d'exécuter  sur  le  Missel  le  même  travail  de 
réforme  qu'il  avait  entrepris  sur  le  Bréviaire.  La  Commission 
dont  nous  avons  parlé  continua  ses  travaux,  et  dès  le  mois 
de  novembre  1684,  l'Archevêque  fut  en  mesure  d'annoncer 
à  son  Diocèse ,  par  une  lettre  pastorale,  le  don  qu'il  lui  fai- 
sait d'un  nouveau  Missel  digne  de  l'Eglise  de  Paris  (1). 

Nous  répéterons  d'abord  ici ,  en  peu  de  mots ,  ce  que  nous 
avons  dit  au  sujet  de  la  réforme  du  Bréviaire.  Nous  con- 
viendrons donc,  avec  franchise,  que  l'Archevêque  de  Paris 


(1)  Yid.  la  note  D. 


94  INSTITUTIONS 

avait  le  droit  de  faire  les  réformes  convenables  aux  livres 
de  son  Diocèse,  pourvu  qu'il  les  fil  dans  l'esprit  de  la  tradi- 
tion qui  est  l'élément  principal  de  la  Liturgie;  pourvu  que 
dans  ses  améliorations  la  partie  Romaine  de  ces  livres  fut 
respectée ,  et  que  les  réformes  fussent  autant  d'applications 
des  principes  suivis  dans  toute  l'antiquité  en  matière  de 
Liturgie. 

Nous  n'attaquerons  même  pas  François  de  Harlay  dans  les 
changements  qu'il  fit  aux  rubriques,  pour  les  rendre  plus 
conformes  aux  anciens  usages  Parisiens,  bien  que  ces  chan- 
gements ne  pussent  avoir  lieu  qu'aux  dépens  des  Rubriques 
Romaines  que  ses  derniers  prédécesseurs  avaient  fait  presque 
exclusivement  prévaloir.  Il  y  avait  là  du  moins  une  posses- 
sion ,  bien  qu'interrompue  durant  quelque  temps  ,  et  les 
prédécesseurs  de  Harlay ,  malgré  le  désir  qu'ils  en  avaient 
nourri,  n'avaient  pu  parvenir  à  inaugurer,  sans  retour,  les 
livres  purement  Romains  dans  leur  Eglise. 

Mais  nous  ne  saurions  nous  empêcher  de  protester  énergi- 
quement  contre  la  maxime  protestante  qu'on  n'avait  pas  osé 
avouer  toute  entière  dans  la  préface  du  Bréviaire,  et  qui  se 
Irouvaitenfinénoneée  dans  celle  du  Missel.  F.ançois  de  Harlay 
disait  :  c  Les  choses  qui  doivent  être  ehanlées,  nous  les  avons 
Mirées  des  seules  Ecritures  Saintes,  persuadés  que  rien  ne 
»  saurait  être  ou  plus  convenable  ,  ou  plus  ea  rapport  avec  la 
t majesté  d'un  si  auguste  sacrement,  que  de  traiter  l'acte 

>  divin  dans  lequel  le  Verbe  de  Dieu  est  à  la  fois  Prêtre  et 
j>  Hostie ,  au  moyen  de  la  parole  à  l'aide  de  laquelle  il  s'est 

>  lui-même  exprimé  dans  les  Saintes  Ecritures.  » 

C'était  aussi  le  principe  de  Luther  clans  sa  réforme,  litur- 
gique, quand  il  disait  :  «  Nous  ne  blâmons  pas  ceux  qui 
Moudront  retenir  les  Introïls  des  Apôtres,  de  la  Vierge  et 
»des  autres  Saints,  lorsque  ces  trois  Jntrotts  sont  tirés  des 


LITURGIQUES.  95 

»  Psaumes  et  d'autres  endroits  de  l'Ecriture  (1).  »  Depuis 
Luther,  tous  les  sectaires  Français  et  Flamands  avaient  ré- 
pété à  satiété  leurs  banalités  sur  l'usage  de  l'Ecriture  Sainte 
qui  devait  suffire  partout,  suivant  eux,  et  il  fallait,  certes, 
être  bien  aveugle,  sinon  sourdement  complice,  pour  croire 
avoir  tout  fait  en  signant  le  Formulaire  contre  les  cinq  Pro- 
positions, quand  on  ouvrait  en  même  temps,  sur  l'Eglise  et 
sa  doctrine ,  cette  porte  par  laquelle  tous  les  hérétiques  de 
tous  les  temps  sont  entrés. 

Quoi  qu'il  en  soit,  François  de  Harlay  entreprit  cette 
œuvre  et  la  consomma  ;  il  expulsa  de  l'Antiphonaire  Grégo- 
rien, qui  forme,  comme  on  sait,  la  partie  chantée  du  Mis- 
sel, il  en  expulsa,  disons-nous,  toutes  ces  formules  solen- 
nelles, touchantes,  poétiques,  mystérieuses,  dogmatiques, 
dans  lesquelles  l'Eglise  prête  sa  voix  traditionnelle  aux  fidèles, 
pour  exalter  la  majesté  de  Dieu  et  la  sainteté  de  ses  mys- 
tères. Ainsi  tombèrent  d'abord  ces  ïntroïts  qui  avaient,  il 
est  vrai,  déjà  été  interdits  par  Martin  Luther,  tels  que  celui 
de  la  Sainte  Vierge  :  Salve,  sancta  Parens,  enixa  puerpera 
Regem,  etc.  ;  et  cet  autre  qui  retentit  avec  tant  d'éclat  et  de 
majesté  dans  les  solennités  de  l'Assomption ,  de  la  Tous- 
saint, etc.  :  Gaudeamus  omnes  in  Domino,  diem  festum  cé- 
lébrantes, etc.  Ainsi,  le  Verset  allcluiatique  des  fêtes  de  la 
Sainte-Croix  :  Duke  lignum,  dulces  clavos,  etc.;  celui  de 
saint  Laurent  :  Levita  Laurentius  ;  ceux  de  saint  Michel  : 
Sancte  Michael  Archangele,  etc. ,  et  Concussum  est  mare  et 
contremuit  terra,  ubi  Archangelus  Michael,  etc.;  celui  de 
saint  François  :  Franciscus ,  pauper  et  humilis ,  cœlum  dives 
ingreditur,  etc.  ;  de  saint  Martin  :  Beatus  vir  sanctus  Mar- 
tinus,  urbis  Turonis  Episcopus  requievit ,  etc. ,  etc. 


(1)  Vid.  ci-dessus.  Tome  I.  chap.  XIV.  psg.  115. 


%  INSTITUTIONS 

Dans  les  Messes  de  la  Sainte  Vierge ,  tant  celles  du  Samedi 
que  celles  des  solennités  proprement  dites,  le  Missel  de  1684 
sacrifiait  impitoyablement  le  beau  et  mélodieux  Graduel  : 
Benedicta  et  venerabilis  es,  Virgo  Maria,  etc.  ;  les  Versets  al- 
léluiatiques  :  Virgo  Jesse  floruit,  etc  ;  Félix  es  ,  sacra  Virgo 
Maria ,  etc.  ;  Sencx  puerum  portabat ,  etc.  ;  Assumpta  est 
Maria  in  cœlum  ;  le  Trait  :  Gaude ,  Maria  Virgo  ;  l'Offer- 
toire :  Beata  es,  Virgo  Maria;  la  Communion  :  Beataviscera 
Mariœ  Virginis.  Croirait-on  que  le  zèle  de  l'Ecriture  Sainte 
animait  François  de  Harlay  jusqu'au  point  de  lui  faire  sacri- 
fier la  belle  Communion  de  saint  Ignace  d'Anlioche,  com- 
posée de  ces  immortelles  paroles  :  Frumentum  Christi  sum  ; 
dentibus  bestiarum  molar,  ut  panis  mundus  inveniar.  Il  est 
vrai  qu'il  avait  poussé  la  haine  des  prières  traditionnelles 
jusqu'à  détruire  même  les  Messes  propres  des  Saints  de 
Paris,  entre  lesquelles  on  doit  surtout  regretter  celle  si  gra- 
cieuse que  la  capitale  du  noble  royaume  de  France  avait 
composée,  dans  les  âges  de  foi  et  de  chevalerie,  à  la  louange 
de  sa  benoîte  et  douce  Patronne. 

Le  Missel  de  Harlay,  aussi  bien  que  le  Bréviaire,  attaquait 
les  traditions  de  l'Eglise  de  Paris  sur  saint  Denys;  on  peut 
môme  dire  qu'il  les  renversait  pour  jamais,  en  déshonorant 
par  des  changements  et  des  interpolations  la  populaire  et 
harmonieuse  Séquence  qu'Adam  de  Saint-Victor,  au  dou- 
zième siècle ,  avait  consacrée  à  la  mémoire  du  glorieux 
Apôtre  de  Lutèce. 

\ous  ne  nous  imposerons ,  certes ,  pas  l'ennuyeuse  tache 
de  signaler  en  détail  toutes  les  mutilations  auxquelles  cette 
pièce  admirable  fut  en  proie  sous  les  coups  de  la  Commis- 
sion du  Missel.  Nous  nous  bornerons  à  faire  remarquer  la 
barbarie  avec  laquelle  fut  sacrifié  le  début  de  cette  Sé- 
quence et  la  maladresse  qui  suppléa  l'omission.  Adam  de 


LITURGIQUES.  g7 

Saint-Victor  avait  dit ,  et  toutes  les  Eglises  de  France  ré- 
pétèrent : 

Gaude  proie,  Grœcia, 
Glorietur  Gallia 
Pâtre  Dionysio. 

Ainsi  la  gloire  d'Athènes,  qui  députe  vers  nos  contrées 
son  immortel  Aréopagite,  et  la  gloire  des  Gaules  qui  l'ac- 
cueillent avec  tant  d'amour,  sont  confondues  dans  un  même 
chant  de  triomphe.  Mais  maintenant  que  François  de  Harlay 
ne  veut  plus  que  la  Grèce  ait  donné  le  jour  à  son  saint  Pré- 
décesseur, où  a-t-il  pris  le  droit  de  dire  : 

Exultet  Ecclesia, 
Dum  triumphat  Gallia 
Pâtre  Dionysio  ? 

Sans  doute  la  France,  et  la  ville  de  Paris  en  particulier, 
sont  quelque  chose  de  très  grand  dans  le  monde;  mais  n'y 
a-t-il  pas  quelque  prétention,  quand  on  a,  d'un  trait  de 
plume ,  refusé  à  la  Grèce  le  droit  de  prendre  une  part  spé- 
ciale à  la  fête  de  saint  Denys  qu'elle  honore  pourtant  encore 
aujourd'hui ,  comme  Evêque  d'Athènes  et  de  Paris  ;  de  s'en 
aller  substituer,  disons-nous,  à  la  Grèce,  d'un  trait  de 
plume  aussi,  l'Eglise  universelle,  comme  obligée  de  venir 
s'associer  expressément  aux  gloires  de  notre  patrie?  Exultet 
Ecclesia,  dum  triumphat  Gallia.  Que  si  l'on  disait  que  la 
gloire  de  tous  les  Saints  appartient  à  l'Eglise  entière  qui 
triomphe  en  chacun  d'eux,  nous  n'aurions  garde  de  le  con- 
tester ;  mais  nous  demanderions  si  l'on  est  bien  sûr  de  l'as- 
sentiment de  l'Eglise  universelle  à  tous  ces  changemens , 
quand  on  sait  que  non  seulement  le  Bréviaire  Romain,  mais 
même  les  livres  d'Office  de  l'Eglise  Grecque,  protestent  chaque 
année  en  faveur  de  la  qualité  d? Aréopagite  donnée  à  saint 

T,  II.  7 


98  INSTITUTIONS 

Denys  de  Paris.  Voilà  bien  des  millions  de  témoignages  en 
faveur  d'une  prescription  auguste,  et  l'Eglise  de  Paris  qui 
met  tant  de  zèle  ,  depuis  François  de  Harlay,  à  faire  préva- 
loir les  droits  de  la  critique  aux  dépens  de  sa  propre  gloire , 
fait  ici  un  triste  personnage.  Il  ne  manque  plus  qu'une  chose  : 
c'est  qu'il  se  rencontre  quelque  protestant  qui  vienne  encore, 
de  parla  vraie  science  historique,  nous  faire  la  leçon,  à  nous 
autres  Gallicans ,  ainsi  qu'il  nous  est  déjà  arrive  au  sujet 
du  grand  saint  Grégoire  VII  que  nous  avons  chassé  du 
Bréviaire ,  comme  il  sera  raconté  en  son  lieu.  On  dit  que  cer- 
tains écrivains  Catholiques  voudraient  pourtant ,  sur  saint 
Denys ,  disputer  l'initiative  à  ces  huguenots. 

Encore  un  trait  sur  la  fameuse  Séquence  :  ce  sera  le  der- 
nier. On  y  retrancha  ce  verset  fameux  : 

Se  cadaver  mox  erexit , 
Truncus  truncum  caput  vexit , 
Quo  ferentem  hac  ditexit 
Angelorum  legio. 


On  conçoit  encore  une  controverse  sur  une  question  chro- 
nologique. Le  sentiment  des  anli-Aréopagites  s'appuie  du 
moins  sur  des  données  historiques  plus  ou  moins  plau- 
sibles :  mais  si  quelqu'un  s'avise  de  contester  le  miracle 
du  saint  martyr  portant  sa  tete  dans  ses  mains ,  où  pren- 
dra-t-il  ses  moyens  d'attaque?  où  est  l'impossibilité  de  ce; 
miracle?  où  sont  les  monuments  qui  le  nient,  ou  l'infirment 
en  quoi  que  ce  soit?  C'était  donc  tout  simplement  un  sa- 
crifice fait  à  l'esprit  frondeur  que  certains  écrivains  ecclé- 
siastiques avaient  fait  prévaloir  dans  la  classe  lettrée  des 
fidèles.  Etait-il ,  pourtant ,  si  nécessaire  d'avertir  le  peuple 
que  le  moment  était  venu  de  suspendre  son  respect  pour  les 
anciennes  croyances? 


LITURGIQUES.  99 

On  avait  trouvé  aussi  le  moyen  d'en  finir  avec  les  traditions 
de  l'Eglise  sur  l'identité  de  sainte  Marie-Magdeleine  avec  la 
pécheresse  de  l'Evangile  (  tradition  déjà  ébranlée  dans  le 
Bréviaire ,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  ) ,  en  changeant  totale- 
ment la  Messe  Romaine ,  dont  l'Introït  :  Me  expectaverunt , 
l'Evangile  Rogabat  Jesum  quidam  de  Pharisœis ,  et  la  Com- 
munion Feci  judicium,  étaient  si  gravement  significatifs. 
Le  croirait-on,  si  on  n'en  voyait  encore  aujourd'hui  les  effets? 
on  avait  poursuivi  cette  tradition  jusque  dans  la  prose  de  la 
Messe  des  morts  ;  on  y  avait  changé  ces  mots  :  Qui  Mariam 
absolvisti,  en  ceux-ci  :  Peccatricem  absolvisti. 

Puisque  nous  parlons  de  la  Messe  des  Morts,  nous  dirons 
aussi  que  François  de  Harlay,  tout  en  laissant  subsister  en- 
core l'Introït  Requiem  œternam ,  l'Offertoire  Domine  Jesu- 
Christe,  et  la  Communion  Lux  œterna,  qui  sont  au  nombre 
des  plus  magnifiques  pièces  de  PAntiphonaire  Grégorien,  avait 
donné  une  Messe  toute  nouvelle  pour  la  Commémoration  gé- 
nérale des  Défunts,  au  second  jour  de  Novembre ,  et  que  s'il 
consentait  à  garder  l'antique  Messe  pour  les  Funérailles  et  An- 
niversaires des  fidèles ,  c'était  après  avoir  arbitrairement  ef- 
facé le  Graduel  et  le  Trait  Grégoriens,  et  supprimé,  dans  la 
Communion,  un  Verset  et  une  Réclame  qui  formaient  l'unique 
débris  des  usages  de  l'antiquité  sur  l'Antienne  de  la  Com- 
munion. 

Nous  ne  devons  pas  omettre  non  plus  de  signaler  l'insigne 
audace  qui  avait  porté  les  correcteurs  du  Missel  de  Harlay 
à  supprimer  toutes  les  Epîtres  que  l'Eglise  Romaine  a  em- 
pruntées des  Livres  Sapientiaux,pour  les  Messes  de  la  sainte 
Vierge ,  tant  celles  des  fêtes  proprement  dites  que  celles  de 
l'Office  Votif.  Déjà  un  pareil  scandale  avait  eu  lieu  pour  le  Bré- 
viaire; mais  il  devenait  bien  plus  éclatant  dans  le  Missel.  Par 
là ,  nous  le  répétons ,  tous  les  blasphèmes  des  Protestants 


dOO  INSTITUTIONS 

étaient  autorisés ,  et  en  même  temps  une  des  sources  de 
l'intelligence  mystique  des  Ecritures  fermée  pour  long- 
temps. Ceux  de  nos  lecteurs  qui  ne  sentiraient  pas  L'im- 
portance de  notre  remarque  seront  plus  à  même  de  l'appré- 
cier quand  nous  en  serons  venu  à  expliquer  en  détail  les 
Messes  du  Missel  Romain  et  les  traditions  qui  les  accom- 
pagnent ;  toutes  choses  devenues  étrangères  au  grand 
nombre,  depuis  l'innovation  Gallicane. 

Dans  celte  revue  générale  du  Missel  de  Harlay ,  nous 
sommes  loin  d'avoir  signalé  toutes  les  témérités  qui  parais- 
saient dans  cette  œuvre.  Elle  renfermait,  en  outre,  les  plus  sin- 
gulières contradictions.  Suivant  le  plan  de  réforme  tracé  dans 
la  Lettre  Pastorale,  toutes  les  parues  chantées  du  Missel 
devaient  être  tirées  de  l'Ecriture  Sainte;  cependant  les 
Proses  ou  Séquences  qui  sont  bien  des  parties  destinées  à  être 
chantéts  avaient  été  conservées.  Bien  plus  ,  on  en  avait  com- 
posé de  nouvelles,  entre  antres  celle  de  l'Ascension ,  Solcm- 
nis  hœc  festivitas ,  celle  de  l'Annonciation,  llumani  generis , 
celle  de  la  Toussaint,  Sponsa  Christi,  qui  est  de  J.-B.  de 
Contes,  Doyen  de  l'Eglise  de  Paris.  On  ne  craignait  donc  pas 
tant  la  parole  de  l'homme ,  pourvu  qu'on  en  fût  le  maître.  | 
Etrange  nécessité  que  subira  la  révolte  jusqu'à  la  tin  ,  de  se  I 
contredire  d'autant  plus  grossièrement  qu'elle  se  donne  pour 
être  plus  conséquente  à  elle-même  ! 

Quoiqu'il  en  soit  de  ces  honteuses  et  criminelles  mutila-  I 
tions  que  subit  la  Liturgie  Romaine  dans  les  livres  de  Paris, 
comme  il  est  certain  que  ces  mutilations  n'atteignaient  pas  la  ? 
vingtième  partie  de  l'Antiphonaire  Grégorien,  on  put  dire  en- 
core ,  sous  l'épiscopat  de  François  de  Harlay ,  et  sous  celui 
du  Cardinal  de  Noailles  ,  que  la  Liturgie  de  Paris  était  et  de- 
meurait la  Liturgie  Romaine  ;  que  l'unité  établie  par  le  Con- 
cile de  Trente  et  suint  Pie  V,  si  elle  avait  souffert,  n'avait  pas 


LITURGIQUES.  401 

encore  péri.  Aussi  voyons-nous  le  Docteur  Grancolas  dans 
son  Commentaire  sur  le  Bréviaire  Romain ,  publié  en  4727  , 
consacrer  un  chapitre  entier  à  démontrer  en  détail  l'identité 
générale  du  Bréviaire  de  Paris  avec  le  Romain  (1). 

Mais  les  atteintes  portées  à  l'intégrité  de  la  Liturgie  par 
François  de  Harlay ,  les  damnabîes  principes  qui  avaient 
prévalu  dans  sa  réforme ,  tout  cela  devait  être  fécond  pour 
un  avenir  prochain.  On  ne  s'arrête  pas  dans  une  pareille 
voie  :  il  faut  avancer  ou  reculer.  L'esprit  d'innovation  com- 
primé dans  le  Bréviaire  de  Paris  par  la  nécessité  de  conser- 
ver la  physionomie  générale  de  la  Liturgie  Romaine ,  se  jeta 
d'un  autre  côté ,  et  alla  essayer  sur  un  théâtre  plus  restreint 
l'application  de  ses  théories ,  bien  persuadé  que  la  curiosité 
et  la  manie  du  changement  si  naturelles  aux  Français  en  pro- 
cureraient, en  temps  convenable,  l'avancement  et  le  triomphe. 
L'Abbaye  de  Gluny  et  la  petite  Congrégation  qui  en  dépen- 
dait alors  sous  le  nom  d'Ordre  de  Cluny ,  furent  choisis 
par  les  novateurs  pour  y  faire  l'essai  d'une  réforme  litur- 
gique complète  et  digne  de  la  France. 

On  se  rappelle  ce  que  nous  avons  dit  du  Bréviaire  Monas- 
tique en  général  et  de  celui  de  Paul  V  en  particulier.  L'ordre 
de  Cluny  avait  alors  pour  Abbé  Général  le  Cardinal  de 
Bouillon.  Ce  Prélat  si  malheureusement  célèbre  par  le  re- 
lâchement de  ses  mœurs  et  par  sa  colossale  vanité,  ajouta 
à  ses  autres  responsabilités  devant  l'Eglise,  celle  d'avoir,  le 
le  premier,  anéanti  en  France  la  Liturgie  Romaine,  et  d'a- 
voir choisi  pour  inaugurer  un  corps  d'Offices  totalement 
étranger  aux  livres  Grégoriens ,  la  sainte  et  vénérable  Basi- 
lique de  Cluny.  Il  possédait  cette  Abbaye,  non  en  Commende, 
mais  par  l'élection  du  Chapitre  qui  fut  maintenu  jusqu'à  la 

(1  )  Tome  1 ,  pag.  35S  et  suivantes, 


102  INSTITUTIONS 

suppression  des  Ordres  Monastiques,  dans  la  possession  de 
choisir  PAbbé  de  Cluny ,  pourvu  que  l'élu  ne  fût  pas  un 
Moine  (1).  En  vertu  de  sa  qualité  d'Abbé  Régulier,  son  droit 
et  son  devoir  étaient  de  veiller  à  tout  ce  qui  concernait  le  ser- 
vice divin  ,  et  il  était,  déplus,  susceptible  de  recevoir  et 
d'exécuter  à  ce  sujet  toutes  les  commissions  du  Chapitre 
Général. 

L'Ordre  de  Cluny  s'était  toujours  maintenu  dans  la  pos- 
session de  ses  antiques  usages  liturgiques.  Le  Bréviaire  de 
Paul  V  qui ,  comme  on  se  le  rappelle  ,  n'était  point  stricte- 
ment obligatoire  pour  tous  les  Monastères ,  n'avait  point  été 
formellement  accepté  par  cette  Congrégation.  Nous  laisse- 
rons donc  de  côté  la  question  de  droit,  tout  en  faisant  ob- 
server que  si  rien  ne  s'opposait  à  la  réforme  des  livres  mo- 
nastiques de  l'Ordre  de  Cluny;  la  destruction  complète  et 
violente  de  tout  le  corps  des  Offices  Grégoriens  ne  pouvait 
être  considérée  comme  une  réforme ,  et  n'en  pouvait  reven- 
diquer le  caractère  et  les  droits. 

Ce  fut,  ainsi  que  nous  l'apprenons  de  la  Lettre  Pastorale 
de  l'Eminentissime  Abbé  de  Cluny,  ce  fut  dans  le  Chapitre 
de  l'Ordre  tenu  en  1676,  que  l'on  résolut  la  Réforme  du  Bré- 
viaire Monastique  de  Cluny.  On  donna  ce  soin  à  D.  Paul 
Rabusson ,  Sous-Chambrier  de  l'Abbaye  ,  et  à  D.  Claude  de 
Vert ,  Trésorier.  C'était  précisément  l'époque  où  François 
de  Harlay  faisait  exécuter,  en  la  façon  que  nous  avons  dit , 
la  réforme  du  Bréviaire  Parisien ,  et  comme  cette  réforme 

(1)  Cette  servitude ,  si  honteuse  et  dégradante  qu'elle  fût,  plaçait 
néanmoins  l'Abbaye  de  Cluny  dans  uue  situation  supérieure  à  celles  do 
la  Congrégation  de  Saint-Maur,  qui ,  étant  toutes  soumises  à  la  Com- 
mende  ,  demeuraient  totalement  étrangères  a  la  désignation  des 
Abbés  qu'il  plaisait  a  la  Cour  de  leur  nommer.  Il  est  vrai  que  ces  Abbés 
simplement  Commendataires  n'avaient  aucune  jurisdiction  spirituelle 
sur  les  Monastères. 


LITURGIQUES.  105 

fut  l'expression  des  principes  qui  s'agitaient  alors  dans 
l'Eglise  de  France ,  il  était  naturel  de  penser  qu'on  en  re- 
trouverait quelques  applications  dans  le  nouveau  Bréviaire 
de  Cluny.  A  part  la  connaissance  que  nous  avons  d'ailleurs 
de  D.  Claude  de  Vert  et  de  ses  principes  liturgiques ,  la  coo- 
pération de  certains  membres  du  clergé  séculier  qui  avaient 
fait  leurs  preuves  devrait  nous  éclairer  suffisamment.  Cette 
coopération  est  indiquée  expressément  dans  la  Lettre  Pasto- 
rale (1) ,  et  l'on  sait  par  un  auteur  contemporain  que  les 
deux  Moines  de  Cluny  eurent  de  grandes  liaisons,  pendant 
la  durée  de  leur  opération ,  avec  les  commissaires  du  nou- 
veau Bréviaire  de  Paris ,  et  qu'ils  prirent  dans  ce  dernier 
beaucoup  de  choses  dont  ils  se  firent  honneur  dans  leur  Bré- 
viaire (2). 

Mais  de  même  qu'entre  tous  les  commissaires  du  Bréviaire 
de  Harlay,  il  n'y  en  eut  aucun  plus  suspect  de  vues  hétéro- 
doxes, ni  plus  hardi ,  sous  ses  dehors  de  sainteté ,  que  Nico- 
las Le  Tourneux  ;  de  même  aussi  nul  autre  ne  peut  être 
égalé  à  ce  personnage  pour  son  zèle  d'innovation,  et  pour 
l'importance  des  travaux  qu'on  lui  laissa  exécuter.  «  La 
«confiance  que  D.  Claude  de  Vert  et  D.  Paul  Rabusson 
>avaient  en  lui,  le  rendit  maître  du  terrain.  Il  forma  son 
»plan  et  l'exécuta  à  son  aise  (5).  »  Nous  devons  donc 

(1)  Quihanc  in  se  provinciam  receperunt,  non  suam  tantum  adhi- 
buerunt  diligentiam  quam  maximam ,  sed  et ,  ubicumque  opus  fuit , 
aliéna  usi  sunt  industria.  Poitô  alienam  cum  dicimus  industriam, 
eorum  dicimus  quos  noverant  in  Scripturis  sacris,  in  patrum  doctrina, 
insaeculorum  traditione,  in  Ecclesiie  disciplina?  veteri,  in  ritibus  mo- 
nasticis  ver^atiisimos. 

(2)  Thiers.  Observations  fur  le  nouveau  Bréviaire  de  Cluny,  pag.  94. 

(3)  Mesenguy.  Lettres  sur  les  nouveaux  Bréviaires  (1735),  cité  par 
l'Abbé  Goujet ,  dans  sa  continuation  de  la  Bibliothèque  d'Ellies.  Pupio* 
Tome  IH ,  page  9%. 


104  INSTITUTIONS 

désormais  nous  tenir  pour  avertis ,  et  nous  attendre  à  trou- 
ver dans  le  Bréviaire  de  Cluny  l'œuvre  de  Nicolas  Le  Tour- 
neux.  Les  plus  grands  applaudissements  du  public  de  ce 
temps-là,  prépaie  à  tout  par  le  Bréviaire  de  Harlay,  accueil- 
lirent le  nouveau  chef-d'œuvre  à  son  apparition ,  qui  eut  lieu 
en  1686.  Il  y  eut  cependant  quelques  réclamations  fondées  sur 
Yétrangeté  de  plusieurs  particularités  qu'on  remarquait  dans 
cette  production.  Mais  ce  qui  surprit  tout  le  monde ,  ce  fut 
de  voir  se  lever  au  nombre  des  adversaires  du  Bréviaire  de 
Cluny,  le  trop  fameux,  mais  docte  Jean -Baptiste  Thiers 
qui  publia  deux  petits  volumes  intitulés  :  Observations  sur  le 
nouveau  Bréviaire  de  Cluny,  Sa  critique  violente ,  quelque 
fois  même  injuste,  mais  le  plus  souvent  victorieuse,  aurait 
grandement  nui ,  en  d'antres  temps  ,  à  une  œuvre  aussi  dif- 
ficile à  défendre  que  celle  de  D.  Paul  Rabusson  et  de  D.  de 
Vert;  mais  tel  était  l'engouement  des  nouveautés  liturgiques, 
que  le  factum  de  Thiers  qui  n'avait  pu  trouver  d'imprimeur 
qu'à  Bruxelles,  n'arrêta  en  rien  la  marche  de  l'innovation. 
On  fut  même  presque  scandalisé  de  voir  J.-B.  Thiers  ,  un  si 
bon  esprit  t  ne  pas  s'extasier  devant  une  merveille  comme 
le  Bréviaire  de  Cluny.  Son  livre  qui  parut  en  1707,  appelait 
néanmoins  une  réfutation  ,  et  D.  Claude  de  Vert  s'était  mis 
en  devoir  de  la  préparer,  lorsque   Thiers  vint  à  mourir. 
D.  Claude  de  Vert  ne  jugea  pas  à  propos  de  le  poursuivre 
au-delà  du  tombeau  ;  peut-être  aussi  trouva-t-il  son  compte 
à  cette  suspension  d'armes  :  car,  assurément ,  le  Curé  de 
Vibraye  n'était  pas  homme  à  laisser  le  dernier  mot  à  autrui , 
dans  la  dispute. 

En  attendant  que  nous  fassions  connaître  un  autre  associé 
de  D.  Claude  de  Vert  dans  la  fabrication  du  Bréviaire  de 
Cluny ,  nous  allons  révéler  au  lecteur  les  progrès  Jiturgiques 
qui  signalaient  cette  œuvre. 


LITURGIQUES.  105 

D'abord ,  le  principe  émis  dans  le  Bréviaire  de  Harlay, 
mais  qui  n'avait  pas  reçu  alors  toute  son  application,  ce 
principe  si  cher  aux  anti-liturgistes ,  de  n'employer  plus  que 
l'Ecriture  Sainte  dans  l'Office  divin ,  était  proclamé  dans  la 
Lettre  Pastorale  et  appliqué,  dans  toute  son  étendue,  à  tous 
les  Offices  tant  du  Propre  du  Temps  que  du  Propre  des 
Saints  et  des  Communs.  Ainsi  croulait  déjà  une  partie  no- 
table du  livre  Responsorial  de  saint  Grégoire;  mais  afin  que 
la  destruction  fût  plus  complète  encore  ,  les  novateurs  qui 
cherchaient  si  ardemment  à  faire  prévaloir  l'Ecriture  Sainte 
sur  la  tradition,  en  vinrent  jusqu'à  sacrifier,  sans  égard 
pour  l'antiquité ,  au  risque  de  découvrir  à  tous  les  yeux  le 
désir  de  bouleversement  qui  les  travaillait,  en  vinrent,  di- 
sons-nous ,  jusqu'à  sacrifier  presque  en  totalité  les  innom- 
brables Antiennes  et  Répons  que  les  livres  Grégoriens  ont 
empruntés  de  l'Ecriture  Sainte  elle-même,  et  cela,  pour  les 
remplacer  par  des  Versets  choisis  par  eux ,  et  destinés  à  for- 
mer une  sorte  de  Mosaïque  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Tes- 
tament dont  ils  avaient  trouvé  le  plan  dans  leurs  cerveaux. 
Et  ces  hommes  osèrent  encore  parler  de  l'antiquité ,  quand 
ils  mentaient  à  leurs  propres  paroles. 

Après  avoir  donné  la  chasse  aux  traditions  dans  les  An- 
tiennes et  les  Répons,  les  commissaires  du  Bréviaire  de 
Cluny ,  marchant  toujours  sur  les  traces  de  François  de 
Harlay,  mais  de  manière  à  le  laisser  bien  loin  derrière  eux, 
trouvèrent  pareillement  le  moyen  d'en  finir  avec  les  légendes 
des  Saints.  Pas  une  seule  ne  fut  épargnée;  on  mit  en  leur  lieu 
des  passages  des  saints  Pères  d'une  couleur  plus  ou  moins  his- 
torique ,  et  si  grande  fut  cette  hardiesse  que  ,  malgré  le  bon 
vouloir  de  plus  d'un  liturgiste  du  dix-huitième  siècle  ,  il  fut 
reconnu  impossible  d'imiter,  en  cela ,  le  Bréviaire  de  Cluny 
qui  devait  servir  de  modèle  sous  tant  d'autres  points. 


106  INSTITUTIONS 

Ce  fut  dans  un  but  analogue  que ,  après  avoir  supprimé 
la  plupart  des  fêtes  à  douze  leçons  pour  les  réduire  a 
trois,  on  décréta  que  le  dimanche  n'admettrait  plus  celles 
qui  tombent  en  ce  jour,  si  ce  n'est  les  Solennités  les  plus  con- 
sidérables, et  que,  sauf  l'Annonciation  et  la  fête  de  saint 
Benoît,  toutes  celles  qui  arrivent  durant  le  Carême  seraient 
ou  éteintes,  ou  transférées.  Quignonez  lui-même  déclare 
dans  la  Préface  de  son  Bréviaire ,  qu'il  n'a  pas  osé  aller 
jusque-là.  Par  suite  de  ces  bouleversements  bizarres ,  cer- 
taines fêtes  se  trouvaient  dépopularisées  par  les  translations 
les  plus  inattendues  ;  car,  qui  se  serait  imaginé,  par  exemple, 
d'aller  chercher  saint  Grégoire  le  Grand  au  3  de  janvier, 
saint  Sylvestre  au  3  de  février,  saint  Joseph  un  des  jeudis  de 
l'Avent  ? 

Mais  non  contents  de  remanier  ainsi  le  Calendrier  pour  les 
fêtes  des  Saints,  les  commissaires  du  Bréviaire  de  Cluny 
avaient  porté  leur  main  audacieuse  jusque  sur  les  grandes 
lignes  de  l'année  chrétienne.  Toujours  fidèles  au  système 
qu'ils  avaient  inventé  a  priori,  et  auquel  il  fallait  que  soit 
l'antiquité ,  soit  les  usages  modernes  de  l'Eglise  cédassent  en 
tous  les  cas,  ils  imaginèrent  pour  abaisser  les  fêtes  de  la  Sainte 
Vierge  ,  de  créer  un  quintenaire  de  fêtes  de  Notre-Seigneur, 
qui  dussent  être  placées,  pour  l'importance,  à  la  tête  du  ca- 
lendrier. S'ils  se  fussent  bornés  au  ternaire  antique  de 
Pâques,  la  Pentecôte  et  Noël,  ils  se  seraient  tenus  dans  les 
borues  des  traditions  ecclésiastiques  ;  mais  en  voulant  égaler 
l'Epiphanie  et  l'Ascension  aux  trois  premières ,  et  tenir  ces 
cinq  solennités  dans  une  classe  où  nulle  autre ,  pas  même  la 
fête  du  Saint-Sacrement,  ne  peut  trouver  place,  ils  mirent 
au  jour  leur  manie  d'innovation  et  en  même  temps  les  plus 
énormes  contradictions  avec  leurs  solennelles  prétentions  à 
la  connaissance  de  l'antiquité. 


LITURGIQUES.  407 

Le  culte  de  la  Sainte  Vierge  fut  réduit  dans  le  Bréviaire 
de  Cluny.  La  fête  de  son  Assomption  descendit  au  degré 
appelé  par  les  commissaires  Feslivité  majeure*  L'Octave  de 
la  Conception  fut  supprimée;  l'Annonciation  fut  nommée, 
à  l'instar  du  Bréviaire  de  Harlay,  Annuntiatio  et  lncarnatio 
Domini.  Mais  on  alla  plus  loin  :  François  de  Harlay  avait 
du  moins  laissé  à  la  Sainte  Vierge  la  fête  de  la  Purification  ; 
les  commissaires  de  Cluny ,  toujours  inquiets  pour  la  gloire 
du  Sauveur  dans  les  hommages  qu'on  rend  à  sa  sainte 
Mère ,  comme  si  l'unique  fondement  des  honneurs  déférés 
à  Marie  ne  se  trouvait  pas  dans  la  Maternité  divine,  ré- 
solurent de  nommer  cette  fête  :  Prœsentatio  Domini  et  Pu- 
rificatio  B.  Mariœ  Virginis.  Parlerons-nous  des  Hymnes , 
des  Antiennes ,  des  Répons  si  remplis  de  piété  et  de  poé- 
sie par  lesquels  l'Eglise,  dès  le  temps  de  saint  Grégoire, 
s'était  plue  à  exalter  les  grandeurs  de  Marie  ?  Toutes 
celles  de  ces  formules  antiques   et   sacrées  qui  avaient 
échappé  aux  coups  de  François  de  Harlay,  avaient  impitoya- 
blement été  sacrifiées  par  Le  Toumeux,  pour  faire  place  à 
de  muets  centons  de  la  Bible.  Certes ,  on  peut  dire  qu'en 
cela  était  porté  un  coup  bien  sensible  à  l'Ordre  de  saint 
Benoît ,  si  célèbre  en  tous  les  temps  pour  sa  dévotion  à  la 
Mère  de  Dieu  ;  et  les  commissaires ,  pour  agir  avec  cette 
scandaleuse  liberté ,  non  seulement  avaient  à  combattre 
FAntiphonaire  et  le  Responsorial  de  saint  Grégoire ,  mais  il 
fallait  qu'ils  étouffassent  aussi  la  voix  séculaire  de  la  sainte 
Eglise  de  Cluny,  comme  on  parlait  autrefois  ;  car  elle  dépo- 
sait hautement  de  son  amour  pour  la  glorieuse  Vierge  et  de 
son  zèle  à  lui  rendre  ses  plus  doux  hommages. 

L'autorité  du  Siège  Apostolique  qui  a  de  si  intimes  rap- 
ports avec  la  confiance  et  le  culte  envers  la  Mère  de  Dieu 
avait  souffert  de  nombreuses  atteintes  dans  le  nouveau  Bré* 


108  INSTITUTIONS 

viaire  de  Cluny.  Sans  parler  de  la  suppression  des  fêtes  de  la 
plupart  des  saints  Papes,  ainsi  que  du  retranchement  des 
Répons  et  Antiennes  sacrifiés  déjà  par  le  zèle  de  François 
de  Harlay,  on  avait,  à  l'imitation  de  cet  Archevêque,  humi- 
lié la  fête  du  Prince  des  Apôtres  jusqu'au  degré  de  solennité 
mineure;  on  avait  supprimé  une  des  fêtes  de  la  Chaire  de 
saint  Pierre ,  et  cela  dans  la  Basilique  de  saint  Pierre  de 
Cluny,  dans  le  sanctuaire  même  où  avaient  si  long-temps 
prié  pour  l'exaltation  du  Siège  Apostolique,  le  Prieur  Hilde- 
brand  ,  depuis  saint  Grégoire  VII;  le  Moine  Othon  de  Châ- 
tillon,  depuis  Urbain  II;  le  Moine  Raynier,  depuis  Paschal  II  ; 
le  Moine  Guy,  depuis  Callixte  II  ! 

Qu'on  ne  nous  demande  donc  plus  pourquoi  il  n'est  pas 
resté  pierre  sur  pierre  de  cette  antique  et  vénérable  Eglise , 
centre  de  la  réforme  monastique,  et,  par  celle-ci,  de  la  civili- 
sation du  monde ,  durant  les  onzième  et  douzième  siècles  ; 
pourquoi  les  lieux  qui  formaient  son  enceinte  colossale  sont 
aujourd'hui  coupés  par  des  routes  que  traversent  avec  l'in- 
souciance de  l'oubli  les  hommes  de  ce  siècle  ;  pourquoi  les 
pas  des  chevaux  d'un  haras  retentissent  près  de  l'endroit 
où  fut  l'autel  majeur  de  la  Basilique  et  le  sépulcre  de  saint 
Hugues  qui  l'édifia.  Saint  Pierre  de  Cluny  avait  été  destiné  à 
donner  abri,  comme  une  arche  de  salut,  dans  le  cataclysme  de 
la  barbarie,  à  ceux  qui  n'avaient  pas  désespéré  des  promesses 
du  Christ.  De  ses  murs  devait  sortir  l'espoir  de  la  liberté  de 
l'Eglise,  et  bientôt  la  réalité  de  cet  espoir.  Or,  la  liberté  de 
l'Eglise  ,  c'est  l'affranchissement  du  Siège  Apostolique.  Mais 
lorsque  oes  murs  virent  déprimer  dans  leur  enceinte  cette 
autorité  sacrée  qu'ils  avaient  été  appelés  à  recueillir,  ils 
avaient  assez  duré.  Ils  croulèrent  donc,  et  afin  que  les 
hommes  n'en  vinssent  pas  à  confondre  cette  terrible  destruc- 
tion avec  ces  démolitions  innombrables  que  l'anarchie  opéra 


LITURGIQUES.  109 

à  une  époque  de  confusion  ,  la  Providence ,  avant  de  per- 
mettre que  les  ruines  de  Ckiny  couvrissent  au  loin  la  terre, 
voulut  attendre  le  moment  où  la  paix  serait  rétablie,  les 
autels  relevés;  où  rien  ne  presserait  plus  le  marteau  dé- 
molisseur ;  où  les  cris  de  la  fureur  n'accompagneraient  plus 
la  chute  de  chaque  pierre.  C'en  fut  assez  de  la  brutale  igno- 
rance, des  mesquins  et  stupides  ressentiments  d'une  petite 
ville  pour  renverser  ce  qui  ne  pesait  plus  que  sur  la  terre. 
A  la  vue  de  cette  inénarrable  désolation,  quel  Jérémie  ose- 
rait espérer  d'égaler  les  lamentations  a  la  douleur  !  que  le 
Moine  se  recueille  et  prie  :  ponet  in  pulvere  os  suum  ,  si 
forte  sit  spes  (1)  ! 

Le  Bréviaire  de  Cluny,  outre  les  graves  innovations  dont 
nous  venons  de  parler ,  présentait  encore  de  nombreuses 
singularités  capables  d'offenser  le  peuple  Catholique.  Nous 
avons  dit ,  au  chapitre  VIÏI ,  à  propos  de  la  Liturgie  Monas- 
tique, que  l'Ordre  de  saint  Benoît  avait  de  très  bonne  heure 
adopté  le  Responsorial  Grégorien.  Le  Bréviaire  Monastique 
de  Paul  V,  qui  était  conforme  en  beaucoup  de  choses  à  celui 
de  saint  Pie  V ,  avait  sanctionné  de  nouveau  cette  œuvre 
du  génie  Bénédictin  qui  a  semblé  toujours  porté  vers  les 
habitudes  romaines.  Il  a  dû  résulter  de  là  que  plusieurs 
usages  statues  dans  la  Règle  de  saint  Benoit ,  pour  les  Offices 
divins,  ont  fait  place  à  d'autres  usages  plus  en  rapport  avec 
les  mœurs  des  diverses  Eglises  d'Occident.  Ce  n'était  pas  un 
mal  que  ces  rares  dérogations  à  un  ordre  d'Office  qui ,  dans 
tous  les  autres  cas,  demeurait  toujours  dans  sa  couleur 
propre  ,  et  les  effacer  n'était  pas  un  progrès ,  puisqu'on 
ne  le  pouvait  faire  qu'en  se  séparant  de  l'Eglise  Romaine 
d'une  part ,  et  de  l'autre  en  scandalisant  les  simples.  C'est 

(1)  Thren.  111,29. 


110  INSTITUTIONS 

néanmoins  ce  que  firent  les  commissaires  en  supprimant 
les  prières  de  préparation  à  l'Office,  Pater  ;  Ave ,  Maria; 
Credo  ;  en  abolissant  les  Suffrages  de  la  sainte  Vierge  et  des 
Saints,  la  récitation  du  Symbole  de  saint  Athanase,les  Prières 
qui  se  disent  à  certains  jours  après  la  Litanie ,  les  Absolu- 
tions et  les  Bénédictions  pour  les  Leçons  de  Matines,  etc. 
Sans  doute  saint  Benoît  n'a  point  parlé  de  tous  ces  rites  que 
l'Eglise  n'a  établis  que  dans  des  siècles  postérieurs  à  celui 
auquel  il  a  vécu  ;  mais  les  Rédacteurs  du  Bréviaire  de  Cluny 
pensaient-ils  donc  que  ce  saint  Patriarche  revenant  au  monde, 
après  mille  ans,  eût  voulu,  sous  le  prétexte  de  rendre  l'Office 
de  ses  Moines  plus  conforme  à  celui  du  sixième  siècle ,  briser 
tous  les  liens  que  cet  Office  avait ,  par  le  laps  de  temps , 
contractés  avec  celui  de  l'Eglise  universelle  ? 

Mais  voici  quelque  chose  de  bien  plus  étrange.  Depuis  le 
neuvième  siècle,  la  tradition  de  l'Ordre  de  saint  Benoît  porte 
que  durant  les  trois  derniers  jours  de  la  Semaine  Sainte, 
l'Office  divin  ,  dans  les  Monastères ,  sera  célébré  suivant  la 
forme  gardée  par  l'Eglise  Romaine,  afin  qu'il  paraisse  à  tous 
les  yeux  que  les  fils  de  la  solitude  s'associent  en  ces  jours 
solennels  à  la  tristesse  de  tout  le  peuple  fidèle.  La  même 
coutume  est  inviolablement  observée  dans  les  autres  Ordres 
qui  ont  un  Bréviaire  particulier.  N'eut -on  donc  pas  droit 
de  crier  au  scandale  quand  on  vit  le  Bréviaire  de  Cluny 
prescrire ,  à  l'Office  de  la  Nuit  des  Jeudi ,  Vendredi  et 
Samedi  Saints,  les  Versets  Deus ,  in  adjutorium ;  Domine, 
labia  mea  aperies  ;  un  Invitatoire,  un  Hymne,  douze  Psaumes, 
trois  Cantiques  ,  douze  Leçons  ,  douze  Répons  ;  l'usage  du 
Gloria  Patri,  non  seulement  dans  ces  Répons ,  mais  à  la  fin 
de  chaque  Psaume;  à  Laudes,  aux  Petites-Heures  t  à  Vêpres 
elàComplies,  toutes  les  particularités  liturgiques  employées 
par  les  Usages  Bénédictins,  dans  le  reste  de  l'année.  En  vain 


LITURGIQUES.  111 

D.  Claude  de  Vert,  pour  soutenir  son  œuvre ,  a-t-il  pris  la 
peine  de  composer  un  Dialogue  fort  pesant  entre  un  certain 
Dom  Claude  et  un  certain  Dom  Pierre  ;  il  n'est  parvenu  à 
démontrer  qu'une  seule  chose ,  que  personne  d'ailleurs  ne 
conteste ,  savoir,  que  saint  Benoît,  en  établissant  la  forme  de 
l'Office  pour  ses  Moines,  n'a  point  dérogé,  dans  sa  Règle,  à 
cette  forme  pour  les  trois  derniers  jours  de  la  Semaine  Sainte, 
et  qu'on  ne  peut  être  contraint  à  embrasser  les  Usages  Ro- 
mains, en  ces  trois  jours,  en  vertu  d'une  déduction  logique. 
Tout  cela  est  très  vrai  ;  mais ,  quoiqu'en  dise  D.  de  Vert ,  la 
coutume  suffit  bien  pour  suspendre  l'effet  d'une  loi ,  et  d'ail- 
leurs, les  rares  exemples  d'une  pratique  contraire  qu'il  vou- 
drait produire  ne  détruisent  point  ceux,  beaucoup  plus  nom- 
breux, qu'on  peut  alléguer  en  faveur  de  la  coutume  actuelle. 
Parlerons-nous  de  la  singulière  idée  qui  porta  les  Commis- 
saires du  Bréviaire  de  Cluny  à  inventer,  pour  le  2  novembre, 
un  Office  propre  de  la  Commémoration  des  Défunts,  avec 
des  Hymnes,  douze  Psaumes,  trois  Cantiques,  des  Capi- 
tules, des  Répons  Brefs,  etc.,  en  un  mot  toutes  les  parties 
qui  composent  les  Offices  réguliers  du  cours  de  l'année. 
Ce  n'est  sans  doute  là  qu'une  bizarrerie  et  une  hardiesse  de 
plus.  Mais  voici  une  remarque  d'un  autre  genre.  Nos  doctes 
travailleurs  se  piquaient  d'érudition ,  et  comme  la  connais- 
sance de  la  langue  grecque  était  alors  une  sorte  de  luxe 
dans  l'éducation ,  ils  trouvèrent  fort  convenable  d'afficher 
dans  leur  Bréviaire  quelqu'une   des   découvertes  philolo- 
giques qu'ils  avaient  pu  faire.  Aujourd'hui  leur  petite  vanité 
nous  paraîtra  ,  sans  doute  ,  quelque  peu  risible  :  alors  il  en 
était  autrement.  11  y  avait  long-temps  que  leurs  savantes 
oreilles  étaient  choquées  d'entendre  prononcer  dans  l'Eglise 
Romaine  les  deux  mots  Kyrie,  eleison,  sans  qu'on  parût 
faire  la  moindre  attention  ,  pensaient-ils ,  à  la  valeur  de  la 


112  INSTITUTIONS 

lettre  êta.  Ils  voulurent  donc  y  remédier,  et  faire  ainsi  la 
leçon ,  non  seulement  à  toute  l'Eglise  Latine ,  mais  encore 
à  l'Eglise  Grecque  elle-même.  Ils  imprimèrent  donc ,  dans 
tous  les  endroits  où  se  trouva  la  Litanie  ,  Kyrie ,  eleéson.  La 
science  a  fait  un  pas ,  ou  plutôt ,  on  s'est  mis  tout  simple- 
ment en  devoir  de  demander  la  prononciation  du  grec  aux 
Grecs ,  et  aux  monuments  philologiques  des  anciens  ;  et 
Kyrie ,  eleéson  est  devenu  simplement  ridicule.  Il  faut  con- 
venir ,  cependant ,  que  si  les  nombreux  Bréviaires  du  dix- 
huitième  siècle  firent  de  riches  emprunts  au  Bréviaire  de 
Cluny,  tous,  à  l'exception  de  ceux  des  Congrégations  de 
saint  Vannes  et  de  saint  Maur,  laissèrent  à  Dom  de  Vert  son 
Eleéson.  Mais  Erasme  imposait  si  fortement  à  ce  novateur, 
que  non  content  d'en  adopter,  après  François  de  Harlay, 
les  sentiments  audacieux  sur  saint  Denys  l'Aréopagite  et 
sur  sainte  Marie-Madeleine ,  il  se  fit  l'écho  de  ce  docteur 
ambigu,  jusque  dans  ses  absurdes  théories  sur  la  pronon- 
ciation grecque.  Son  zèle  ne  s'arrêta  donc  pas  à  la  création 
de  Y  Eleéson  :  il  démentit  la  tradition  que  François  de  Harlay 
avait  respectée  sur  le  mot  Paraclitus ,  et  alla  jusqu'à  chan- 
ter et  osa  écrire  en  toutes  lettres,  Paracletus ,  en  dépit  de  la 
quantité.  Au  reste,  et  ceci  prouvera  combien  les  instincts 
liturgiques  s'étendent  loin  :  dans  la  même  censure  où  la  Sor- 
bonne,  en  1526,  vengeait  les  traditions  catholiques  contre 
Erasme,  elle  notait  aussi,  comme  nouveauté  intolérable, 
l'affectation  pédantesque  du  Paracletus  que,  cependant,  tous 
nos  Bréviaires  Français  ont  emprunté  à  D.  de  Vert.  Il  est 
curieux  qu'aujourd'hui,  après  avoir  parcouru  un  long  cercle, 
la  science  vienne  à  se  retrouver  au  point  où  était  déjà  rendue 
la  Sorbonne  au  seizième  siècle ,  par  la  seule  fidélité  aux  tra- 
ditions. Dieu  veuille  nous  délivrer,  pour  l'avenir,  des  hommes 
à  système  et  à  idées  toutes  faites! 


LITURGIQUES.  115 

Concluons  tout  ceci  par  une  appréciation  générale  du 
Bréviaire  de  Cluny,  et  disons  que  si  cette  œuvre,  que 
nous  croyons  avoir  démontrée  intrinsèquement  mauvaise , 
ne  paraissait  pas  d'abord  destinée  à  exercer  une  influence 
funeste ,  parce  que  ce  corps  d'Offices  ne  devait ,  après  tout, 
s'exercer  que  dans  un  petit  nombre  d'Eglises  Conventuelles 
dans  lesquelles  le  public  était  accoutumé  à  voir  pratiquer  la 
Liturgie  Bénédictine ,  qui  diffère  déjà  de  la  Romaine  en  beau- 
coup de  points,  elle  n'en  devait  pas  moins  produire  les  plus 
désastreux  effets  dans  l'Eglise  de  France.  Déjà  la  Réforme 
Parisienne  avait  retenti  au  loin  et  éveillé  le  goût  de  la  nou- 
veauté ;  mais  elle  était  insuffisante,  du  moment  qu'on  se  dispo- 
sait à  franchir  les  limites  posées  par  la  tradition.  ïl  fallait  un 
type  à  tous  les  créateurs  en  Liturgie  que  le  pays  se  préparait  à 
enfanter.  11  fallait  un  drapeau  à  ces  champions  du  perfection- 
nement. Le  Bréviaire  de  Cluny  était  tout  ce  qu'on  pouvait 
désirer  :  tout  y  était  nouveau.  Les  théories  qui  ne  faisaient 
que  poindre  dans  l'œuvre  de  François  de  Harlay  rayonnaient 
accomplies  dans  celles  de  D.  Paul  Rabusson ,  de  D.  Claude 
de  Vert  et  de  Nicolas  Le  Tourneux.  Aussi  dirons-nous  en  fi* 
nissant,  pour  la  gloire  du  Bréviaire  de  Cluny,  si  tant  est  que 
ce  soit  là  une  gloire ,  que  la  plus  grande  partie  de  ce  que 
renferment  de  meilleur  (  dans  leur  système  )  les  nouveaux 
Bréviaires,  appartient  à  celui  dont  nous  faisons  l'histoire. 
Nous  ne  refuserons  donc  pas  aux  Commissaires  du  Chapitre 
de  Cluny  de  1676,  mais  surtout  à  Le  Tourneux,  une  grande 
connaissance  des  Saintes  Ecritures ,  tout  en  détestant  l'em- 
ploi condamnable  qu'ils  ont  fait  de  cette  connaissance ,  en 
substituant  des  phrases  de  la  Bible  choisies  par  eux ,  dans 
leur  lumière  individuelle,  et  dès-lors  isolées  de  toute  auto- 
rité ,  à  la  voix  sûre,  infaillible  de  la  tradition ,  ou  encore  aux 
passages  de  l'Ecriture  que  l'Eglise  elle-même  avait  choisis  * 

T.   II.  8 


114  INSTITUTIONS 

dans  le  Saint-Esprit,  in  Spiritu  sancto,  pour  rendre  des 
sentiments ,  exprimer  des  mystères  dont  elle  seule  a  la  clef, 
parce  qu'elle  seule  est  dans  la  lumière ,  tandis  que  les  héré- 
tiques et  leurs  fauteurs  se  meuvent  dans  les  ténèbres. 

Nous  n'aurions  pas  dit  tout  ce  qui  est  essentiel  sur  le 
Bréviaire  de  Cluny,  si  nous  ne  faisions  pas  connaître  son 
hymnographe.  Déjà ,  nous  aurions  dû  nommer  Jean-Baptiste 
Santeul,  Chanoine  Régulier  de  Saint-Victor,  à  propos  du 
Bréviaire  de  Harlaj  pour  lequel  il  fournit  plusieurs  Hymnes; 
mais  comme  il  en  composa  un  bien  plus  grand  nombre  pour 
le  Bréviaire  de  Cluny  qui  semble  être  le  principal  monument 
de  sa  renommée,  nous  avons  différé  d'en  parler  jusqu'à  ce 
moment.  Cet  homme  dont  la  gloire  n'a  fait  que  s'accroître 
dans  l'esprit  des  admirateurs  de  l'innovation  liturgique ,  est 
véritablement  un  type  :  nous  avons  donc  besoin  de  le  con- 
sidérer un  peu  à  loisir  et  de  caractériser  son  personnage  et 
son  action. 

Nous  dirons  d'abord  que  nous  avons  toujours  éprouvé  une 
peine  profonde  en  voyant  sortir  de  la  sainte  et  illustre  Abbaye 
de  Saint-Victor,  un  des  hommes  qui  ont  le  plus  contribué  à 
cette  lamentable  révolution  qui  a  changé,  en  France  ,  toute 
la  face  des  Offices  divins ,  et  déshérité  le  sanctuaire  de  ses 
plus  vénérables  traditions.  Il  fallait,  certes,  qu'à  la  fin  du  dix- 
septième  siècle,  le  génie  Catholique  eût  bien  faibli,  en  France, 
pour  qu'on  n'aperçût  pas  la  contradiction  flagrante  qu'of- 
fraient les  allures  et  la  personne  toute  entière  de  Santeul ,  hous 
ne  disons  pas  seulement  avec  les  Hugues  et  les  Richard,  que 
le  cloître  mystique  de  Saint-Victor  avait  si  saintement  abrités 
au  douzième  siècle ,  ni  avec  ce  saint  Réformateur  de  l'Ordre 
Canonial,  le  Père  Faure  dont  la  mémoire  était  encore  toute 
fraîche,  ni  avec  le  pieux  et  orthodoxe  Simon  Gourdan  qui 
vivait  sous  le  même  toit  et  sous  le  même  habit  que  l'hymno- 


LITURGIQUES.  H$ 

graphe  de  Cluny,  mais  avec  l'illustre  Adam  de  Saint- Victor, 
dont  les  admirables  Séquences  furent  long-temps  la  gloire  de 
FEglise  de  Paris,  et  seront  toujours  de  véritables  trésors  de 
poésie  catholique. 

Nous  avons  cité,  au  chapitre  XI  de  cette  histoire  litur- 
gique ,  la  fameuse  lettre  de  saint  Bernard  à  Guy ,  Abbé  de 
Montier-Ramey ,  dans  laquelle  le  saint  Docteur  détaille  les 
qualités  que  doivent  réunir  et  le  compositeur  d'une  œuvre 
liturgique  et  son  œuvre  elle-même. 

Or,  voici  les  paroles  de  l'illustre  Abbé  de  Clairvaux  :  «  Dans 
»les  solennités  de  l'Eglise,  il  ne  convient  pas  de  faire  en- 
tendre des  choses  nouvelles,  ou  légères  d'autorité;  il  faut 
»  des  paroles  authentiques  ,  anciennes ,  propres  à  édifier  l'E- 
»  glise  et  remplies  de  la  gravité  ecclésiastique.  »  Malheur  donc 
à  ceux  qui  ont  expulsé  de  la  Liturgie  les  Hymnes  séculaires 
composées  par  des  hommes  d'autorité,  comme  saint  Am- 
broise,  saint  Grégoire,  Prudence,  etc.,  pour  mettre  à  la 
place  de  ces  paroles  authentiques,  des  paroles  légères  d'auto- 
rité;k\à  place  de  ces  paroles  anciennes,  des  paroles  nou- 
velles ;  à  la  place  de  ces  paroles  remplies  de  la  gravité  ecclé- 
siastique t  des  réminiscences  de  la  Muse  profane  !  Il  faut , 
certes,  que  la  préoccupation  égare  étrangement  les  esprits 
pour  avoir  pu  rendre  non  seulement  supportable  une  pa- 
reille révolution ,  mais  pour  en  avoir  fait  l'objet  du  plus  vif 
enthousiasme  à  l'époque  où  elle  s'accomplit ,  enthousiasme 
qui  jette  encore  aujourd'hui  dans  plus  d'une  tête  ses  der- 
nières étincelles. 

Mais  voici  encore  où  se  montre ,  dans  tout  son  triste  éclat, 
la  contradiction  qui  poursuivra  toujours  quiconque ,  dans 
l'Eglise ,  voudra  s'écarter  de  la  voie  tracée  par  l'autorité. 
Les  auteurs  du  Bréviaire  de  Cluny  (  et  nous  pouvons  ajouter 
de  tous  ceux  qui  l'ont  suivi  )  ont  proclamé,  comme  la  maxime 


116  INSTITUTIONS 

fondamentale  de  leur  réforme  liturgique,  la  nécessité  d'ex- 
pulser des  livres  ecclésiastiques  tout  ce  qui  s'y  est  introduit 
de  parole  humaine ,  pour  le  remplacer  par  des  textes  tirés 
de  l'Ecriture  Sainte.  On  eût  été  tenté  de  croire  que  le  re- 
tranchement des  Hymnes  vénérables  que  l'Eglise  d'Occident 
chante  depuis  tant  de  siècles  n'était  qu'une  consciencieuse 
application  de  ce  rigoureux  principe  :  mais,  en  croyant  cela, 
on  se  fût  trompé.  La  parole  humaine  des  Saints  Pères  est 
remplacée  par  la  parole  très  humaine  de  Jean-Baptiste  San- 
teul,  et  le  public  docile,  ou  distrait,  ne  remarque  pas,  après 
cela ,  combien  est  contradictoire  l'assertion  mise  en  tête  de 
tous  les  Bréviaires,  depuis  celui  de  Cluny  :  qu'on  n'y  arien 
laissé  qui  manquât  d'autorité ,  rien  qui  ne  fut  puisé  aux  pures 
sources  des  Livres  saints. 

Encore ,  sommes-nous  bien  assurés  de  n'avoir,  dans  les 
Hymnes  de  Santeul ,  que  la  parole  humaine  du  Chanoine  de 
Saint- Victor?  Si  nous  en  croyons  l'Abbé  Goujet  et  le  trop 
fameux  Mesenguy,  fort  instruit  de  tout  ce  qui  regarde  l'his- 
toire de  la  fabrication  des  nouvelles  Liturgies ,  Nicolas  Le 
Tourneux  donnait  la  matière  et  Santeul  faisait  les  vers  (1). 
Ainsi ,  deux  hommes  ,  l'un ,  notoirement  fauteur  d'héré- 
tiques, et  auteur  d'un  ouvrage  censuré  par  l'Eglise,  et 
l'autre  qui  se  faisait  l'écho  du  premier  ;  voilà  ce  que  le  Bré- 
viaire de  Cluny  mettait  à  la  place  de  la  tradition  catholique 
de  la  Liturgie;  et  aujourd'hui,  soixante  Eglises  de  France 
qui  ont  expulsé  de  leurs  Bréviaires  les  vieilles  prières  de 
l'âge  Grégorien,  répètent,  dans  la  plupart  des  solennités, 
les  communs  accents  de  Le  Tourneux  et  de  Santeul  !  Un 
jour  viendra,  sans  doute,  où  cette  contradiction  inexplicable 


(1)  Goujet.   Bibliothèque   Ecclésiastique    du   dix  -  huitième    siècle. 
Tome,  ///,  page.  474.  Mesenguy,  LeKm  sur  les  nouveaux  Bréviaires. 


LITURGIQUES.  117 

frappera  les  hommes ,  et  ,\ce  jour-là,  c'en  sera  fait  de  l'œuvre 
liturgique  du  dix-huitième  siècle. 

Mais,  écoutons  encore  saint  Bernard  sur  les  qualités  du 
poète  liturgiste ,  et  voyons  jusqu'à  quel  point  ces  qualités 
conviennent  à  Santeul  :  «  Un  si  haut  sujet  exige  un  homme 
»  docte  et  digne  d'une  pareille  mission,  dont  l'autorité  soit 
*  compétente ,  le  style  nourri ,  en  sorte  que  l'œuvre  soit  à  la 

ïfois  noble  et  sainte Que  la  phrase  donc  resplendissante 

»  de  vérité,  fasse  retentir  la  justice,  persuade  l'humilité, 
»  enseigne  l'équité  ;  qu'elle  enfante  la  lumière  de  vérité  dans 
»  les  cœurs ,  qu'elle  réforme  les  mœurs ,  crucifie  les  vices , 
»  enflamme  l'amour,  règle  les  sens  (1).  » 

Mais  peut-on  dire  de  Santeul  que  son  autorité  soit  compé- 
tente, que  sa  phrase  soit  resplendissante  de  vérité,  quelle 
enfante  la  lumière  de  vérité  dans  les  cœurs ,  quand  on  sait , 
par  l'histoire ,  que  la  soumission  de  ce  personnage  aux  dé- 
cisions de  l'Eglise  fut,  toute  sa  vie,  un  problême?  Qui  ignore 
les  liaisons  du  Chanoine  de  Saint-Victor,  non  seulement  avec 
Le  Tourneux ,  mais  plus  étroitement  encore  avec  Arnauld? 
Non  content  d'avoir  fourni  pour  le  portrait  de  ce  coryphée 
du  Jansénisme  des  vers  où  sa  doctrine  est  louée  avec  em  J 
phase ,  il  osa  composer  cette  inscription  pour  le  monument 
destiné  par  les  Religieuses  de  Port-Royal  à  recevoir  le  cœur 
de  leur  Athanase  : 

Ad  sanctas  rediit  sedes  ejectus  et  exul  : 
Hoste  triumphato  ,  tôt  tempestatibus  actus , 
Hoc  portu  in  placido,  hac  sacra  tellure  quiescit , 
Arnaldus  veri  defensor  et  arbiter  ^qui  ,  etc. 

Quel  Catholique  aurait  jamais  appelé  Arnauld  le  défenseur 
de  la  vérité,  l'arbitre  de  l'équité?  Quel  est  ce  triomphe  dont 

(1)  Vid.  ci- dessus.  Tome  1.  page  320. 


118  INSTITUTIONS 

parle  le  poète?  Cet  ennemi  terrassé,  serait-ce  le  Siège  Apos- 
tolique qui  tant  de  fois  a  fulminé  contre  ses  écrits  incen- 
diaires? Cette  sainte  demeure ,  ce  port  tranquille  ,  cette  terre 
sacrée,  c'est  Port-Royal,  c'est  la  demeure  de  ces  filles  re- 
belles à  l'Eglise,  plus  orgueilleuses,  peut-être,  que  lesj)At- 
losophes  Chrétiens  qui  se  sont  donné  rendez- vous  à  l'ombre 
des  murs  de  leur  monastère.  En  faut-il  davantage  aux  yeux 
d'une  foi  vraiment  catholique,  pour  signaler  Santcul  comme 
fauteur  des  hérétiques?  Qu'importe  l'excuse  qu'on  voudra 
tirer  de  sa  légèreté  naturelle  ?  l'homme  léger  jusque  dans 
les  choses  de  l'orthodoxie  n'a  point  l'autorité  compétente 
qu'exige  saint  Bernard  dans  l'hymnographe  catholique  ;  la  lu- 
mière et  la  vérité  ne  resplendissent  point  dans  ses  vers.  En 
effet,  y  trouve-t-on  un  seul  mot  contre  les  erreurs  de  son 
temps;  une  seule  improbation  des  dogmes  impies  de  Jansénius 
sur  la  Grâce?  Il  avait  pourtant  mille  occasions  de  s'expliquer, 
et  si  le  zèle  de  Pcrthodoxie  l'eût  animé,  il  eût  su  profiter  de 
la  popularité  qu'il  pouvait  prévoir  pour  ses  Hymnes  ;  il  en 
eût  profité,  disons-nous,  pour  y  déposer  l'expression  éner- 
gique de  la  foi ,  la  protestation  du  fidèle  enfant  de  l'Eglise 
eontre  les  théories  damnablesdes  hérétiques.  A  tous  les  âges 
de  l'Eglise,  en  présence  de  chaque  erreur,  les  saints  Docteurs 
n'ont  jamais  manqué  d'en  user  ainsi ,  et  nous  verrons  dans 
cet  ouvrage  qu'il  ne  s'est  pas  élevé  dans  l'Eglise  une  seute 
hérésie  à  laquelle  ne  corresponde  une  protestation  spéciale 
dans  la  Liturgie. 

Suivant  le  génie  du  parti  qui  avait  ses  plus  chères  sym- 
pathies, Santeul,  en  même  temps  qu'il  ne  manquait  aucune 
occasion  dans  ses  vers  d'appuyer  les  points  du  dogme  aux- 
quels les  disciples  de  l'Evêque  d'Ypres  prétendaient  ratta- 
cher tout  leur  système ,  usa  d'une  grande  précaution  pour 
ne  pas  compromettre,  par  une  expression  trop  crue,  les 


LITURGIQUES.  419 

doctrines  chères  à  la  secte.  C'était  beaucoup  pour  elle  de 
fournir  aux  Eglises  de  France  un  de  ses  fauteurs  pour  hym- 
nographe  :  une  syllabe  de  trop  eût  compromis  cette  victoire. 
On  peut  honorer  du  même  éloge  la  discrétion  de  Nicolas  Le 
Tourneux  dans  la  rédaction  du  Bréviaire  de  Cluny.  Toute- 
fois, quelques  Catholiques  se  plaignirent  de  certaines  strophes 
de  Santeul,  mais  surtout  de  la  suivante  qu'il  est  impossible 
de  justifier,  si  on  prend  les  termes  dans  leur  rigueur;  elle  se 
trouve  dans  une  Hymne  de  l'Office  des  Evangélistes  : 

Insculpta  saxo  lex  vêtus 

Prœcepta,  non  vires  dabat , 

Jnscripta  cordi  lex  nova 

Quidquid  jubet  dat  exequi. 
Ainsi ,  la  loi  nouvelle  diffère  de  l'ancienne  en  ce  qu'elle 
donne  d'exécuter  ce  qu'elle  commande,  tandis  que  l'ancienne 
imposait  le  précepte ,  mais  laissait  l'homme  sans  moyen  de 
l'accomplir.  Cette  strophe  fut  toujours  très  chère  au  parti  ; 
nous  verrons  plus  loin  avec  quelle  sollicitude  il  veilla  pour 
la  maintenir  dans  son  intégrité.  Dieu  seul  sait  combien  de 
temps  elle  doit  retentir  encore  dans  nos  Eglises  :  mais  qu'il 
nous  soit  donné  de  protester  ici  contre  une  tolérance  qui 
dure  malheureusement  depuis  plus  d'un  siècle  ,  et  de  dire, 
en  passant,  un  solennel  ana thème  à  trois  Propositions  de 
Quesnel  que  Clément  XI ,  et  avec  lui  toute  l'Eglise ,  a  pros- 
crites; heureux  que  nous  sommes  de  n'avoir  point  à  répéter 
dans  nos  Offices  divins  les  quatre  vers  qui  les  rendent  avec 
tant  d'énergie  : 

Propositio  vi.  Discrimen  inter  fœdus  Judaïcum  et  Chris-' 
tianum  est  quod  in  illo  Deus  exigit  fugam  peccati  et  impie-' 
mentum  legis  a  peccatore ,  relinquendo  illum  in  sua  impo- 
tentia  :  in  isto  vero  Deus  peccatori  dat  quod  jubet ,  illum  sua 
gratia  purificando. 


120  INSTITUTIONS 

Propositio  vu.  Quœ  utilitas  pro  homine  in  veteri  fœdere , 
in  quo  Deus  illum  relîquit  ejus  propriœ  infirmitati,  imponendo 
ipsi  suam  legem  ?  Quœ  vero  félicitas  non  est  admitti  ad  fœdus, 
in  quo  Deus  nobis  donat  quod  petit  a  nobis  ! 

Propositio  viii.  Nos  non  pcrtinemus  ad  novum  fœdus, 
nisi  in  quantum  participes  sumus  ipsius  novœ  gratiœ  quœ 
opérât  ur  in  nobis  id  quod  Deus  nobis  prœcipit. 

Le  désir  d'avoir  des  Hymnes  d'une  irréprochable  latinité  a 
fait  passer ,  comme  on  le  voit ,  sur  bien  des  choses;  mais  U 
nous  restera  toujours  un  problème  insoluble  à  résoudre  : 
c'est  de  savoir  comment  quelqu'un  peut  être  obligé,  sous 
peine  de  péché,  à  réciter  une  Hymne  qui  contient  matériel- 
lement une  doctrine  qu'on  ne  pourrait  soutenir  sans  encourir 
l'excommunication.  A  notre  avis,  trois  causes  seulement 
peuvent  excuser  de  mal  l'usage  de  l'Hymne  en  question  : 
une  heureuse  distinction  dans  laquelle  l'esprit  proteste  contre 
ce  que  répètent  les  lèvres;  une  innocence  complète  en  ma- 
tière d'orthodoxie  ;  enfin ,  une  de  ces  distractions  involon- 
taires qui  s'emparent  de  l'esprit  durant  la  prière. 

Mais  c'est  assez  sur  l'Hymnographe  Victorin  considéré 
sous  le  point  de  vue  de  l'orthodoxie;  nous  l'envisagerons 
maintenant  sous  le  rapport  de  la  gravité  des  mœurs  si  né- 
cessaire, d'après  saint  Bernard,  pour  un  si  noble  ministère. 
Or,  voici  le  portrait  que  trace  de  Santeul  un  de  ses  admira- 
teurs contemporains ,  La  Bruyère  :  «  Concevez  un  homme 
»  facile,  doux,  complaisant ,  traitable;  et  tout  d'un  coup 
»  violent ,  colère ,  fougueux  ,  capricieux.  Imaginez-vous  un 
»  homme  simple  ,  ingénu ,  crédule ,  badin ,  volage ,  un  enfant 
>  en  cheveux  gris  ;  mais  permettez-lui  de  se  recueillir,  ou 
> plutôt  de»se  livrer  à  un  génie  qui  agit  en  lui,  j'ose  dire 
»sans  qu'il  y  ait  part,  et  comme  a  son  insu;  quelle  verve  ! 
»  quelle  élévation  !  quelles  images ,  quelle  latinité  !  Parlez- 


\ 


LITURGIQUES.  121 

p  vous  d'une  même  personne  ?  me  direz-vous.  Oui,  du  même, 
»de  Théodas  ,  et  de  lui  seul.  Il  crie,  il  s'agite  ,  il  se  roule  à 
»  terre,  il  se  relève;  il  tourne,  il  éclate;  et  du  milieu  de 
»  cette  tempête,  il  sort  une  lumière  qui  brille  et  qui  réjouit. 
»  Disons-le  sans  figure ,  il  parle  comme  un  fou ,  et  pense 
»  comme  un  homme  sage.  Il  dit  ridiculement  des  choses 
»  vraies ,  et  follement  des  choses  sensées  et  raisonnables.  On 
»  est  surpris  de  voir  éclore  le  bon  sens  du  sein  de  la  bouffon- 
»  nerie,  parmi  les  grimaces  et  les  contorsions.  Qu'ajouterai-je 
»  davantage?  Il  dit ,  et  il  fait  mieux  qu'il  ne  sait.  Ce  sont  en 
»lui  comme  deux  âmes  qui  ne  se  connaissent  point,  qui  ne 
> dépendent  point  Tune  de  l'autre,  qui  ont  chacune  leur 
»  tour ,  ou  leurs  fonctions  toutes  séparées.  Il  manquerait  un 
»  trait  à  cette  peinture  si  surprenante ,  si  j'oubliais  de  dire 
>  qu'il  est  tout  à  la  fois  avide  et  insatiable  de  louange,  prêt 
»  à  se  jeter  aux  yeux  de  ses  critiques,  et  dans  le  fond  assez 
»  docile  pour  profiter  de  leurs  censures.  Je  commence  à  me 
»  persuader  moi-même  que  j'ai  fait  le  portrait  de  deux  per- 
»  sonnages  tout  différents  ;  il  ne  serait  pas  même  impossible 
»  d'en  trouver  un  troisième  dans  Théodas,  car  il  est  bon- 
»  homme.  » 

Ce  n'est  pas  tout  à  fait  ainsi  que  l'histoire  nous  dépeint  les 
Hymnographes  de  l'Eglise  Latine,  saint  Ambroise,  saint  Gré- 
goire, etc. ,  ou  de  l'Eglise  Grecque ,  saint  André  de  Crète , 
saint  Jean  Damascène,  saint  Joseph,  etc.  L'Esprit  qui  s'était 
reposé  sur  ces  hommes  divins  leur  avait  ôté  toute  ressem- 
blance avec  ces  poètes  humains  qu'un  délire  profane  ins- 
pire. Un  ineffable  gémissement  s'échappait  de  leur  poitrine , 
mais  si  tendre ,  si  humble  et  si  doux ,  que  l'Eglise  qui  est  la 
tourterelle  de  la  montagne,  l'a  choisi  pour  le  thème  des 
chants  qui  consolent  son  veuvage.  Nous  nous  délecterons, 
nous  aussi ,  dans  la  mélodie  de  ces  sacrés  cantiques  tout 


422  INSTITUTIONS 

resplendissants  du  plus  pur  éclat  de  la  foi ,  propres  à  enflam- 
mer l'amour  et  à  régler  les  sens,  comme  le  dit  si  admirable- 
ment le  grand  Abbé  de  Clairvaux  :  nous  en  révélerons  à  nos 
lecteurs  l'intarissable  beauté,  et  ils  sentiront  alors  que  les 
compositeurs  des  nouveaux  Bréviaires  ont  eu  grandement 
raison  d'élaguer  de  ces  livres ,  autant  qu'ils  ont  pu  ,  ces 
chants  d'un  mode  si  différent;  car  ,  franchement,  les  nou- 
veaux n'auraient  pas  gagné  au  voisinage. 

Saint  Bernard  veut  que  l'œuvre  du  poète  chrétien ,  rem- 
plie iïonclion,  persuade  l'humilité,  par  cela  même  qu'elle  est 
produite  de  la  plénitude  d'un  cœur  humble.  Or,  voyez  San- 
teul  courant  les  Eglises  de  Paris  pour  entendre  chanter  ses 
Hymnes,  jouissant  de  sa  gloire ,  sous  les  voûtes  de  Notre- 
Dame  ,  en  les  entendant  redire  ses  vers  à  lui,  homme  sans 
autorité ,  de  foi  suspecte,  comme  si  le  sanctuaire  d'une  reli- 
gion de  dix-sept  siècles  fut  devenu  le  théâtre  d'une  ovation 
académique.  Voyez-le  ,  dans  sa  fureur  bizarre,  dépeinte  non 
seulement  par  Boileau  lesatyrique,  mais  racontée  par  les 
contemporains,  déclamant  jusque  dans  les  carrefours  de  la 
capitale  ses  Hymnes  sacrées ,  au  milieu  des  gestes  et  des  con- 
torsions les  plus  étranges ,  et  dites-nous  s'il  y  a  rien  de  pareil 
dans  les  fastes  de  la  Liturgie.  Franchement ,  il  était  trop 
tard  pour  changer  les  habitudes  de  l'Eglise,  et  nous  savons 
qu'elle  a  ,  dans  tous  les  âges,  laissé  aux  théâtres  mondains 
les  écarts  d'une  poésie  délirante,  et  accueilU  seulement  les 
chantres  célestes  qui  ne  troublent  point  du  bruit  de  leur 
vanité  la  majestueuse  harmonie  de  sa  demeure. 

Nous  n'entendons  pourtant  pas  faire  ici ,  ni  la  biographie, 
ni  la  satire  de  Santeul.  Nous  dirons  même  que,  de  l'avis  de 
tous  ses  contemporains ,  il  avait  de  bonnes  qualités  et  même 
une  sorte  de  piété,  à  sa  manière;  mais  c'est  la  valeur  litur- 
gique du  personnage  qu'il  nous  faut  apprécier ,  et  les  traits 


LITURGIQUES.  123 

que  bous  ivons  recueillis  mettront  le  lecteur  en  état  de 
prononcer  sur  la  question  de  savoir  si  l'Hymnographe  Gal- 
lican avait,  ou  n'avait  pas  les  qualités  exigées  par  saint 
Bernard ,  pour  le  compositeur  liturgique. 

La  mort  de  Santeul,  ou  plutôt  la  cause  de  cette  mort  n'est 
pas  propre  à  donner  une  plus  inviolable  consécration  à  ses 
œuvres  et  à  sa  mémoire.  On  sait  par  le  duc  de  Saint-Simon , 
qu'»7  était  de  la  plus  excellente  compagnie  ,  bon  convive  sur» 
tout,  aimant  le  vin  et  la  bonne  chère,  mais  sans  débauche»  Ce 
fut  dans  un  repas  qu'une  mauvaise  plaisanterie,  à  laquelle  on 
se  trouva  enhardi  par  son  humeur  joviale,  décida  de  sa  vie. 
Les  détails  ne  sont  point  de  la  dignité  de  notre  sujet.  Le 
poète  de  l'Eglise  Gallicane  expira  peu  d'heures  après ,  et , 
dit-on,  dans  de  grands  sentiments  de  piété.  Dieu  l'aura  jugé 
sur  sa  foi  et  sur  ses  œuvres  ;  à  lui  seul  le  secret  de  sa  sentence» 
En  attendant  le  grand  jour  de  la  manifestation ,  où  chacun 
apparaîtra  tel  qu'il  fut ,  nous  n'avons,  pour  juger  Santeul, 
que  des  actions  extérieures  :  mais,  encore  une  fois,  il  nous 
paraît  que  ni  la  gravité  de  ses  mœurs ,  ni  sa  foi  ne  le  ren- 
draient digne  de  l'honneur  qu'on  lui  a  fait. 

Maintenant ,  le  méritait-il  cet  honneur,  même  sous  le  rap- 
port simplement  littéraire  ?  C'est  là  une  grave  question ,  et 
qui  trouvera  sa  solution  dans  la  partie  de  cet  ouvrage  où 
nous  avons  annoncé  devoir  traiter  des  formes  du  style  litur- 
gique. En  attendant ,  voici  encore  ce  que  dit  saint  Bernard  : 
«Que  la  phrase  réforme  les  mœurs,  crucifie  les  vices,  en- 
>  flamme  l'amour ,  règle  les  sens.  »  Est-ce  à  dire  pour  cela 
que  l'hymnographe  chrétien  doit  aller  emprunter,  non  seule- 
ment le  mètre  de  ses  Cantiques ,  mais  le  style ,  le  tour,  les 
expressions  à  ces  lyriques  anciens  qui  ne  reçurent  d'autres 
inspirations  que  celles  d'une  muse  profane  ou  lascive?  On 
nous  vante  le  beau  latin ,  le  génie  antique  de  Santeul  ;  il  est 


424  INSTITUTIONS 

vrai  qu'en  même  temps  on  s'appitoye  sur  le  style  dégénéré 
des  Pères  de  l'Eglise ,  sur  le  langage  barbare  des  mystiques 
et  des  légendaires  du  moyen  âge  ;  que  prouve  tout  cela,  sinon 
que  l'absurde  controverse  sur  la  supériorité  des  anciens  et  des 
modernes  n'est  pas  encore  jugée,  aux  yeux  de  plusieurs  per- 
sonnes? Quant  à  nous ,  nous  pensons  ,  avec  bien  d'autres, 
que  le  latin  de  saint  Ambroise  ,  de  saint  Augustin ,  de  Pru- 
dence ,  de  saint  Léon,  de  saint  Gélase  ,  de  saint  Grégoire , 
de  saint  Bernard,  etc.,  n'est  pas  la  même  langue  que  le  latin 
d'Horace  ,  de  Cicéron ,  de  Tacite ,  de  Pline  ou  de  Sénèque  , 
et  que  vouloir  faire  rétrograder  la  langue  de  l'Eglise  jus- 
qu'aux formes  payennes  de  celle  du  siècle  d'Auguste,  c'est 
une  sottise,  si  ce  n'est  pas  une  barbarie  mêlée  d'inconve- 
nance. Les  Hymnes  de  Santeul  et  celles  qui  leur  ressemblent , 
spnt  tout  simplement  un  des  mille  faits  qu'on  aura  à  citer 
quand  on  voudra  raconter  la  déplorable  histoire  de  la  re- 
naissance du  paganisme  dans  les  mœurs  et  la  littérature  des 
sociétés  chrétiennes  d'Occident. 

Comment  se  fait-il  que  le  sentiment  de  l'esthétique  chré- 
tienne se  soit  éteint  chez  nous,  au  point  qu'il  ne  soit  pas  rare 
de  rencontrer  des  Ecclésiastiques  qui  conviennent,  et,  au 
besoin,  démontrent  comment  la  pastiche  du  Parthénon  bâtie 
à  Paris  pour  porter  le  nom  d'Eglise  de  la  Madeleine,  constitue 
une  des  plus  énormes  insultes  dont  le  culte  chrétien  puisse 
être  l'objet  chez  un  peuple  civilisé,  et  qui  ne  sentent  pas  l'in- 
convenance bien  autrement  grande  de  parler  au  vrai  Dieu 
et  à  ses  Saints,  la  langue  profane  et  souillée  d'Horace?  Ce- 
pendant, celui  qui  jette  le  bronze  dans  le  moule  d'une  statue 
payenne ,  aura  beau  appeler  du  nom  le  plus  chrétien  le  per- 
sonnage qui  en  sortira ,  les  formes  accuseront  toujours  l'idée 
première  et  trahiront  malgré  lui  le  sensualisme  qui  inspira 
l'artiste.  Placez  tant  que  vous  voudrez  ,  dans  les  Eglises,  en 


LITURGIQUES.  125 

trophée,  les  dépouilles  des  temples  payens;  faites  que  les 
idoles  rendent  témoignage  de  leur  défaite  ;  mais  voulez-vous 
accroître  le  répertoire  des  chants  sacrés  de  cette  religion 
qui  terrassa  le  Paganisme?  n'allez  pas,  par  une  substitution 
sans  exemple ,  expulser  la  parole  et  la  langue  des  Saints , 
pour  inaugurer  en  triomphe ,  à  leur  place ,  la  parole  et  la 
langue  du  chantre  de  toutes  les  passions. 

Comment  ne  voit-on  pas  que  les  Hymnes  de  Santeul  sont , 
tout  simplement ,  le  produit ,  ou  même ,  si  Ton  veut,  le  chef- 
d'œuvre  d'une  école  littéraire,  cette  école  qui  ne  voyait  le 
beau  que  dans  la  seule  imitation  des  classiques  anciens?  Faut- 
il  donc  que  l'Eglise  aille  prendre  parti  dans  cette  querelle , 
et  décider,  jusque  dans  ses  Offices,  pour  le  Parnasse  de  Boi- 
leau  ?  Voilà  pourtant  ce  qu'on  a  fait  ;  mais ,  comme  il  arrive 
toujours ,  le  monde  littéraire  a  fait  un  pas  :  la  notion  du 
véritable  chef-d'œuvre  a  été  (ant  soit  peu  déplacée.  Que 
fera  désormais  la  France  de  son  Santeul ,  quand  elle  s'a- 
percevra enfin  qu'il  a  vieilli  comme  Y  Art  poétique  de  Des- 
préaux ?  Une  telle  situation  littéraire  sera  pourtant  réelle 
quelque  jour,  et  les  Français  expieront  alors  la  grande  faute 
d'avoir  sacrifié  à  la  mode,  jusque  dans  les  prières  de  la  Li- 
turgie. Certes,  jamais  ces  écarts  n'arriveraient  si  une  Litur- 
gie universelle  fondait  ensemble  toutes  les  nationalités  :  le 
génie  individuel  produirait  ses  fruits  plus  ou  moins  beaux; 
mais  la  voix  de  l'Eglise  ne  répéterait  que  ce  qui  convient  à 
'humanité  toute  entière.  Voyez  ces  Hymnes  séculaires  que 
,ous  les  Bréviaires  français  ont  conservées  :  Audi,  bénigne 
jonditor  ;  Vexitla  régis  ;  les  deux  Pange,  lingua;  Veni,  Crea- 
tor ;  Ave  y  Maris  stella,  etc.  Pourquoi  ces  Hymnes  ont-elles 
rouvé  grâce?  Ne  forment-elles  pas  un  contre-sens  avec  celles 
lu  répertoire  de  Santeul  ?  Est-ce  la  même  langue ,  la  même 
mammaire  ?  Non,  sans  doute  ;  elles  sont  aussi  exclusivement 


126  INSTITUTIONS 

chrétiennes  que  celles  du  poète  Victorin  sont  classiques. 
Quel  aveuglement  donc  que  d'avoir  sacriûé ,  de  gaieté  de 
cœur,  tant  d'autres  pièces  analogues  pour  le  style  et  l'onc- 
tion, et  d'oser  encore  recueillir  dans  un  même  Bréviaire  ces 
chefs-d'œuvre  de  poésie  catholique  avec  les  fantaisies  ly- 
riques de  Santeul  !  Vous  convenez  donc  qu'il  y  a  un  style 
chrétien ,  une  littérature  chrétienne  :  d'autre  part ,  vous 
voyez  que  ce  que  vous  lui  avez  préféré  n'est  pas  chrétien , 
puisqu'il  diffère  en  toutes  choses  :  jugez  vous-même  l'objet 
de  vos  prédilections. 

D'ailleurs,  à  le  considérer  simplement  comme  latiniste, 
Santeul  est-il  sans  reproches?  Ses  Hymnes  sont-elles  aussi 
pures  qu'on  le  répète  tous  les  jours?  C'est  un  procès  que 
nous  ne  jugerons  pas  par  nous-mcme ,  et  qui  nous  entraîne- 
rait dans  des  détails  par  trop  étrangers  à  cette  rapide  his- 
toire de  la  Liturgie.  Néanmoins,  pour  faire  plaisir  à  ceux  de 
nos  lecteurs  qui  aiment  la  poésie  latine ,  nous  placerons  à  la 
fin  de  ce  volume  une  pièce  curieuse  que  nous  tirons  d'un 
ouvrage  fort  rare ,  YHymnodia  Hispanica  du  P.  Faustin 
Arevalo.  C'est  une  critique  détaillée  des  Hymnes  du  célèbre 
Victorin,  extraite  du  Menagiana,  dans  lequel  La  Monnoie, 
qui  en  est  l'auteur,  l'a  déposée  ;  le  savant  Jésuite  y  a  joint 
ses  propres  remarques ,  et  le  tout  forme  un  ensemble  fort 
piquant. 

Mais  c'est  assez  parler  de  Santeul  et  de  son  latin  ;  nous 
devons  dire  maintenant  quelques  mots  de  la  composition  des 
chants  qu'on  plaça,  tant  sur  ces  hymnes  d'un  mètre  jus- 
qu'alors inconnu  dans  l'Eglise,  que  sur  ces  nombreux  Répons 
et  Antiennes  qui  avaient  été  fabriqués  avec  des  passages  de  la 
Sainte  Ecriture.  Il  nous  reste  aujourd'hui  peu  de  renseigne- 
ments sur  les  auteurs  de  ces  différentes  pièces  ;  mais  elles 
sont  là  pour  attester  que  l'art  de  la  composition  Grégorienne 


LITURGIQUES.  127 

était  à  peu  près  perdu  vers  la  fin  du  dix-septième  siècle.  Les 
Antiennes,  les  Répons,  les  Hymnes  nouvelles  du  Bréviaire 
de  Harlay  sont  de  la  composition  de  Claude  Chastelain ,  que 
nous  avons  déjà  nommé  parmi  les  membres  de  la  commission 
formée  pour  la  rédaction  de  ce  Bréviaire.  Malgré  la  séche- 
resse et  parfois  la  légèreté  de  sa  composition  (I) ,  comme  il 
était  rare  qu'on  eût  alors  du  plain-chant  à  composer,  grâce 
à  l'immobilité  des  usages  Romains,  ce  travail t  tel  quel,  mit 
Chastelain  en  réputation.  Plusieurs  Evêques  qui  l'avaient 
chargé  d'exécuter  des  réformes  dans  leurs  Bréviaires,  à 
l'instar  de  celles  de  François  de  Harlay,  lui  demandèrent 
de  se  charger  de  la  composition  des  pièces  de  chant.  Une 
petite  partie  du  travail  de  Chastelain  est  restée  dans  la  Li- 
turgie actuelle  de  Paris;  elle  se  compose  des  pièces  intro- 
duites dans  le  Bréviaire,  ou  dans  le  Missel  de  Harlay,  et  qui 
n'ont  pas  été  remplacées  dans  les  livres  de  Vintimille ,  et 
nous  serons  assez  juste  pour  reconnaître  dans  quelques-unes 
le  caractère  véritable  du  chant  Grégorien  ;  tels  sont  le  Répons 
Christus  novi  Testamenti  du  Samedi  Saint ,  Y  Introït  de  l'As- 
somption, Astitit Regina ;  celui  de  la  Toussaint,  Accessistis, 
qui  est  imité  avec  bonheur  du  Gaudeamus  Romain ,  etc.  Le 
chant  de  l'Hymne  Stupete ,  gentes  ,  qui  est  bien  le  plus  beau , 
et  presque  le  seul  beau  qu'on  ait  composé  sur  les  Hymnes 
d'un  mètre  inconnu  à  l'antiquité  liturgique  (2) ,  appartient  sans 

(1)  C'est  le  jugement  de  l'Abbé  L3  Beuf ,  dans  soû  Traité  historique 
sur  le  Chant  Ecclésiastique ,  page  50. 

(2)  C'est  à  tort  que  certaines  personnes  voudraient  faire  honneur 
au  dix-septième  et  au  dix-huitième  siècles,  de  la  composition  du  chant 
admirable  sur  lequel  en  a  mis  l'Hymne  :  O  vos  œtherœî ,  du  jour  de 
l'Assomption.  L'Ordre  de  Gitcaux  était  en  possession  de  ce  chant ,  plu- 
sieurs siècles  avant  la  naissance  de  Santeui.  II  fut  composé  au  moyen- 
âge  pour  la  belle  Hymne  de  saiut  Pierre  Damien  :  O  quant  glorifica 
luce  coruscas  ! 


128  INSTITUTIONS 

doute  à  Chastclain,  car  nous  croyons  qu'il  a  été  composé  dans 
l'Eglise  de  Paris ,  à  l'époque  même  où  ce  compositeur  y  tra- 
vaillait. Au  reste,  on  voit  aisément  qu'il  s'est  inspiré  d'un 
Salve  Rcgina  du  cinquième  ton,  qui  se  chante  depuis  plusieurs 
siècles  en  France  et  en  Italie  ,  et  qui  doit  avoir  été  composé 
du  treizième  au  seizième  siècles. 

Nous  ne  devons  pas  non  plus  oublier,  à  l'époque  qui  nous 
occupe ,  un  habile  compositeur  de  plain-chant  dont  l'œuvre 
a  acquis  en  France  une  juste  célébrité.  Henri  Dumont ,  né  à 
Liège  en  1010,  organiste  de  Saint-Paul,  à  Paris,  et  l'un  des 
maîtres  delà  musique  de  la  Chapelle  du  Roi,  se  montra  fi- 
dèle gardien  des  traditions  ecclésiastiques  sur  la  musique. 
(Je  fut  lui  qui  eut  le  courage  d'objecter  à  Louis  XIV  les  dé- 
crets du  Concile  de  Trente,  lorsque  ce  prince  lui  ordonna 
de  joindre  désormais  aux  motels  des  accompagnements 
d'orchestre.  L'Archevêque  de  Paris,  François  de  Harlay, 
leva  bientôt  les  scrupules  que  la  résistance  de  Dumont  avait 
fait  concevoir  au  Roi;  mais,  peu  de  temps  après,  Dumont 
demanda  et  obtint  sa  retraite  (1).  Il  mourut  en  1084,  et  laissa 
plusieurs  Messes  en  plain-chant,  dont  l'une,  celle  du  pre- 
mier ton,  se  chante  dans  toutes  les  Eglises  de  France,  dans 
les  jours  de  solennités.  Il  est  difficile,  à  notre  avis,  de  pro- 
duire de  plus  grands  effets,  et  de  tirer  un  plus  brillant  parti 
des  ressources  du  chant  Grégorien,  que  Dumont  ne  l'a  fait] 
dans  cette  magnifique  composition  qu'une  popularité  de  cent! 
cinquante  années  n'a  point  usée  jusqu'ici. 

Nous  nous  bornerons  à  ces  quelques  lignes  sur  le  chant 
ecclésiastique  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième  siècle ,1 
en  ajoutant  toutefois  qu'en  dehors  du  plain-chant  dont  nous^ 


(1)  Fétis.  Biographie  des  Musiciens.  Tom.  III.  pay.  235.  Voyez  aussi 
le  Dictionnaire  des  Musiciens  de  Choron  et  Fayolle. 


LITURGIQUES.  {%$ 

nous  occupons  principalement ,  on  fabriqua  à  cette  époque 
un  grand  nombre  de  pièces  du  genre  qu'on  appelait  chant 
figuré,  ou  plain-chant  musical,  genre  bâtard  que  nous  au- 
rons encore  occasion  de  mentionner,  et  qui  forme  la  plus 
déplorable  musique  à  laquelle  une  oreille  humaine  puisse 
kre  condamnée.  Le  musicien  Nivers ,  entre  autres ,  prit  la 
3eine  de  réduire  à  cette  forme  le  Graduel  et  l'Antiphonaire 
Romains,  pour  1  usage  des  religieuses  Bénédictines,  et  cet 
issai  servit  de  modèle  à  une  foule  d'autres  compositions  du 
ncme  genre. 

Si  de  la  science  du  chant  ecclésiastique  nous  passons  à 
'architecture  religieuse,  nous  remarquons  la  même  dévia- 
ion  que  nous  avons  signalée  dans  la  Liturgie.  A  l'époque 
le  l'unité  liturgique,  sous  les  règnes  de  Henri  IV  et  de 
jouis  XIII ,  la  Renaissance  prolongeait  encore  son  dernier 
répuscule  ;  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième  siècle , 
jout  devient  dur  et  froid  ;  si  l'on  excepte  la  coupole  des  Inva- 
des  qui  appartient  tout  à  fait  à  l'Italie ,  on  sent  la  pierre 
ans  toute  cette  architecture  nue  et  morne.  On  bâtit  des 
Iglises  qui  n'ont  plus  de  nombres  sacrés,  ni  de  mystères  à 
arder  dans  les  particularités  de  leur  construction.  On  mo- 
ernise  sans  pitié  les  vieilles  cathédrales  ;  on  défonce  leurs 
itraux  séculaires,  en  même  temps  qu'on  répudie  les  saintes 
t  gracieuses  légendes  dont  ils  étaient  dépositaires;  d'ail- 
mrs ,  comme  l'observe  le  noble  champion  de  l'art  catho- 
que,  M.  le  comte  de  Montalembert ,  il  fallait  bien  y  voir 
lair  pour  lire  dans  tous  ces  nouveaux  Bréviaires  remplis  de 
hoses  inconnues  aux  siècles  précédents. 
Qui  eût  osé  élever  la  voix  en  faveur  de  nos  antiques  Eglises 
;  défendre  leur  solennel  caractère  ,  les  proclamer  Catho- 
ques  dans  leur  style  incompris  ?  Les  hommes  croyants  de 
temps-là  étaient  parvenus  à  se  créer  une  nature  contre 
t.  h.  9 


150  INSTITUTIONS 

nature ,  à  force  de  rechercher  le  Beau  là  où  il  n'est  pas.  Ces 
mêmes  édifices  sacrés  du  moyen-Age  qui  forcent  aujourd'hui 
l'admiration  des  hommes  les  plus  éloignés  de  nos  croyances,  le 
dix-septième  siècle  les  dédaigna  comme  barbares  et  vides  de 
toute  espèce  de  beauté.  Et  non  seulement,  les  hommes  de 
cette  époque  sentaient  ainsi ,  mais  il  se  trouvait  des  écrivains 
pour  le  dire  et  l'écrire  tout  simplement  ;  témoin  Fleury,  dans 
son  cinquième  Discours  sur  l'Histoire  Ecclésiastique,  qu'il 
emploie  tout  entier  à  dénigrer  les  Ecoles  du  moyen-age ,  avec 
un  zèle  et  une  amertume  dignes  de  faire  envie  à  Calvin.  Il  dit 
donc,  le  sage  et  judicieux  écrivain,  en  parlant  d'Albert-le-  • 
Grand,  de  Scot  et  des  autres  Docteurs  des  douzième  et  I 
treizième  siècles,  sans  doute  pour  excuser  leur  barbarie  : 
t  Souvenons-nous  que  ces  théologiens  vivaient  dans  un  temps 
idont  tous  les  autres  monuments  ne  nous  paraissent  point 

>  estimables ,  du  moins  par  rapport  à  la  bonne  antiquité;  du 
»  temps  de  ces  vieux  romans  dont  nous  voyons  des  extraits 
»  dans  Franchet  ;  du  temps  de  ces  bâtiments  gothiques  si  chargés 
y  de  petits  ornements,  et  si  peu  agréables  en  effet  qu  aucun 
»  architecte  ne  voudrait  les  imiter.  Or,  c'est  une  observation 
y  véritable  qu'il  règne  en  chaque  siècle  un  certain  goût  qui 

>  se  répand  sur  toutes  sortes  de  choses.  Tout  ce  qui  nous  reste 
»  de  l'ancienne  Grèce  est  solide,  agréable  et  d'un  goût  exquis  : 

>  les  restes  de  leurs  bâtiments,  les  statues,  les  médailles,  sont 
>du  même  caractère  en  leur  genre  que  les  écrits  d'Homère, 
>de  Sophocle,  de  Démosthène  et  de  Platon  :  partout  régnent 
»  le  bon  sens  et  l'imitation  de  la  plus  belle  nature.  On  ne  voit 

>  rien  de  semblable  dans  tout  ce  qui  nous  reste  depuis  la  chute 
i  de  l'Empire  Romain,  jusques  au  milieu  du  quinzième  siècle, 
>où  les  sciences  et  les  beaux-arts  ont  commencé  à  se  relever, 
»  et  où  se  sont  dissipées  les  ténèbres  que  les  peuples  du  Nord 
*  avaient  répandues  dans  toute  l'Europe.  » 


V 

\ 

LITURGIQUES.  131 

Voilà,  sans  doute,  quelque  chose  d'assez  clair,  et  on  ne 
dira  plus  maintenant  que  nous  exagérons  quand  nous  faisons 
certains  hommes  et  certaines  doctrines  responsables  de  la  dé- 
viation lamentable  dont  nous  écrivons  l'histoire.  Ces  hommes 
savaient  ce  qu'ils  faisaient,  et  c'était  après  y  avoir  bien  réfléchi 
qu'ils  proclamaient  leur  propre  religion  complètement  nulle 
en  esthétique  durant  quinze  siècles ,  après  lesquels  cette 
même  religion,  s'éclairant  enfin  sur  sa  propre  nudité ,  s'était 
avisée  d'aller  demander  à  l'art  grec  qu'il  voulût  bien  la  voi- 
ler de  ses  formes.  Oui,  ceci  fut  résumé  ainsi,  écrit  ainsi, 
à  la  fin  du  dix-septième  siècle,  au  moment  où  l'on  comment 
çait  émettre  en  lambeaux  la  Liturgie,  celte  divine  esthétique 
de  notre  foi,  à  la  veille  de  ce  dix-huitième  siècle  qui  jugea 
qu'il  fallait  en  finir  avec  l'œuvre  envieillie  de  saint  Gré- 
goire qu'avait  implantée  chez  nous  cet  Empereur  barbare 
dont  le  nom  était  Gharlemagne. 

La  peinture  catholique  expira  en  France  avec  l'unité  li- 
turgique. Le  Sueur  terminait,  en  1648,  les  fresques  immor- 
telles du  cloître  des  Chartreux  ;  il  ne  survécut  que  trois  ans 
à  l'achèvement  de  cette  œuvre  bien  autrement  liturgique  que 
les  Sacrements  de  Poussin ,  qui  donnent  si  peu  ce  qu'ils  pro- 
mettent. Quant  à  la  statuaire,  elle  déclina  aussi  avec  l'an- 
tique poésie  du  culte.  Les  traditions  perdaient  du  terrain,  à 
la  fois ,  sous  tous  les  points.  Le  dix-septième  siècle ,  en  finis- 
sant, inaugura  tardivement ,  à  Notre-Dame ,  le  fameux  Vœu 
ie  Louis  XIII  de  Nicolas  Coustou ,  et  ce  fut  pour  proclamer 
e  plus  énorme  contre-sens  qu'il  fût  possible  de  commettre 
n  pareille  matière.  Nous  ne  parlons  pas  de  l'ignoble 
naçonnerie  dont  on  plaqua  si  indignement  les  colonnes  du 
Sanctuaire  ;  mais  est-il  une  idée  plus  inintelligente  que  celle 
l'avoir  établi  en  permanence ,  comme  le  centre  des  vœux 
it  des  hommages  des  fidèles ,  dans  la  Basilique  de  Marié 


d52  INSTITUTIONS 

triomphante ,  la  scène  du  Calvaire  qui  nous  montre  la 
Vierge  éplorée  ,  adossée  à  la  Croix,  soutenant  sur  ses  ge- 
noux le  corps  glacé  du  Christ  ;  en  sorte  qu'au  jour  même 
de  Pâques,  il  faut  que  le  Pontife  célébrant  les  saints  Mys- 
tères de  la  Résurrection,  pendant  que  Y  Alléluia  retentit 
de  toutes  parts,  ait  encore  sous  les  yeux,  comme  une  pro- 
testation, la  scène  lugubre  du  Vendredi-Saint;  et  que  le 
jour  de  l'Assomption ,  tout  en  exaltant  la  magnifique  entrée 
de  la  Mère  de  Dieu  dans  le  Royaume  de  son  Fils,  il  la  retrouve 
encore  immobile  et  abîmée  dans  cette  douleur  à  laquelle  nulle 
autre  ne  peut  être  comparée?  Certes,  les  siècles  précé- 
dents, illuminés  de  pures  traditions  liturgiques,  auraient 
compris  autrement  le  Vœu  de  Louis  XIII  ;  c'est  aux  pieds 
de  Marie,  Reine  de  l'univers,  le  front  ceint  du  diadème,  ou 
encore  aux  pieds  de  Marie  ,  Mère  du  Sauveur  des  hommes, 
et  tenant  l'Enfant-Dieu  entre  ses  bras,  qu'ils  auraient  placé 
l'effigie  des  deux  rois  qui  représentent  la  nation  française 
offrant  son  hommage  à  sa  glorieuse  souveraine.  Nous  ne  cite- 
rons que  ce  seul  trait;  mais  de  pareils  se  produisirent  en 
touslieux,  à  l'époque  de  décadence  que  nous  avons  carac- 
térisée dans  ce  chapitre. 

Si,  après  la  France,  nous  considérons  maintenant  les  autres 
Eglises  de  l'Oceident ,  nous  voyons  qu'elles  continuèrent  de 
garder  les  traditions  antiques  sur  la  Liturgie,  par  cela  seul 
qu'elles  s'en  tinrent  fidèlement  aux  livres  Romains  de  saint 
Pie  V.  Les  Papes  accomplirent  durant  cette  période  les  diffé- 
rents travaux  de  correction,  d'augmentation  et  de  complément 
qu'ils  jugèrent  nécessaires.  Pour  le  Rréviaire  et  le  Missel,  ils, 
se  bornèrent  à  insérer  plusieurs  Offices  de  Saints  et  de  Mys- 
tères sur  lesquels  ils  jugeaient  devoir  porter  l'attention  des 
fidèles.  Il  est  bien  entendu  que  les  Eglises  de  France  qui 
avaient  accompli  les  innovations  dont  nous  avons  fait  Plus- 


\ 


LITURGIQUES.  135 

toire,  ne  tinrent  aucun  compte  de  l'injonction  du  Pontife 
Romain  et  s'isolèrent ,  de  plus  en  plus,  par  ce  moyen ,  du 
reste  de  la  catholicité  :  mais  elles  étaient  encore  en  petit 
nombre. 

Le  premier  Pape  que  nous  rencontrons  à  l'époque  qui 
fait  l'objet  de  notre  récit ,  est  Innocent  X  ,  successeur 
d'Urbain  VIII.  Voici  les  Offices  des  Saints  qu'il  ajouta  au 
Calendrier  :  sainte  Françoise ,  Dame  Romaine ,  du  rite  double, 
et  saint  Ignace  de  Loyola  ,  du  rite  semi-double.  La  fête  de 
sainte  Claire  fut  établie  semi-double  ad  libitum ,  et  celles  de 
sainte  Thérèse  et  de  saint  Charles  Rorromée,  déclarées  semi- 
doubles ,  non  plus  aâ  libitum,  mais  d'obligation. 

Alexandre  VII  éleva  saint  Charles  Rorromée  au  rang  des 
ioubles,  et  saint  Philippe  de  Néri  au  rang  des  semi-doubles , 
ît  introduisit  au  Calendrier  saint  François  de  Sales,  dont 
1  composa  lui-même  la  belle  Collecte ,  saint  Pierre  de  No- 
asque ,  et  saint  Rernardin  de  Sienne ,  comme  semi-doubles 
l'obligation  ;  saint  André  Corsini ,  et  saint  Thomas  de  Ville- 
îeuve ,  du  même  rite ,  mais  seulement  ad  libitum. 

Clément  IX  établit  l'Office  double  de  saint  Philippe  de  Néri, 
le  saint  Nicolas  de  Tolentino  ,  et  de  sainte  Thérèse.  Il  inau- 
gura dans  le  Rréviaire ,  avec  le  degré  de  semi-double ,  sainte 
Ionique  et  saint  Pierre  Célestin ,  Pape ,  et  déclara  d'obliga- 
ion  les  Offices ,  jusqu'alors  semi-doubles  ad  libitum ,  de  saint 
ean  Gualbert ,  de  saint  Henri  II ,  et  des  Stigmates  de  saint 
rançois,  ayant,  en  outre,  établi,  du  même  rite,  mais  ad 
bitum ,  les  fêtes  de  saint  Vincent  Ferrier,  de  saint  Raymond 
onnat ,  et  de  saint  Remy. 

Clément  X,  celui  de  tous  les  Papes  de  cette  époque  qui 
onna  le  plus  grand  nombre  de  nouveaux  Offices  ,  éleva  au 
egré  des  doubles  de  seconde  classe  la  fête  de  saint  Joseph , 
t  introduisit  comme  doublé  mineure  celle  de  sainte  Elisabeth 


154  INSTITUTIONS 

de  Hongrie.  De  plus,  il  fit  doubles,  de  semi-doubhi  qu'elles 
étaient ,  les  fêtes  de  saint  François-Xavier,  de  saint  Nicolas , 
Evêque  de  Myre,  de  saint  Pierre  de  Nolasque,  de  saint 
Pierre,  Martyr,  de  sainte  Catherine  de  Sienne,  de  saint 
Norbert,  de  saint  Antoine  de  Padoue,  de  sainte  Claire,  de 
saint  Eustache  et  ses  Compagnons ,  Martyre ,  des  saints  Anges 
Gardiens  et  de  saint  Bruno.  Les  Offices  de  saint  Raymond  de 
Pennafort,  de  saint  Venant,  Martyr,  de  sainte  Marie-Magde- 
leine  de  Pazzi ,  de  saint  Gaétan  de  Thienne ,  de  saint  Pierre 
d'Alcantara,  et  de  saint  Didace  ou  Diego,  furent  introduits 
comme  semi-doubles.  Clément  X  établit  du  même  degré, 
mais  simplement  ad  libitum,  les  fêtes  de  saint  Canut ,  Roi  de 
Danemark  et  Martyr,  et  de  saint  Wenceslas,  Duc  de  Bohême, 
aussi  Martyr.  Par  ces  nombreuses  additions  au  Calendrier, 
Clément  X  peut  être  considéré  comme  Fauteur  d'une  véri- 
table révolution  liturgique.  Jusqu'à  lui,  on  n'avait  admis  de 
nouveaux  doubles  qu'avec  modération ,  afin  de  sauver  la 
prérogative  du  dimanche,  et  les  semi-doubles  même  n'avaient 
été  créés  qu'en  petit  nombre  ;  ce  Pape  dérogea  à  cette  règle 
d'une  manière  si  solennelle,  qu'après  lui  la  plupart  des  Offices 
qu'on  a  établis  l'ont  été  du  rite  double;  ce  qui  a  changé  défi- 
nitivement la  face  du  Calendrier  Romain. 

Innocent  XI  institua  la  fête  du  Saint  Nom  de  Marie,  double 
majeur,  et  éleva  au  degré  double  les  fêtes  jusqu'alors  semi- 
doubles  de  saint  Pierre  Célestin,  saint  Jean  Gualbert,  saint 
Gaétan  de  Thienne ,  saint  Raymond  Nonnat,  et  saint  Janvier. 
Il  décréta,  du  rite  semi-double,  les  fêtes  de  saint  Etienne,  Roi 
de  Hongrie  ,  et  de  saint  Edouard  le  Confesseur,  roi  d'Angle- 
terre. 

Alexandre  VIII,  dans  son  court  pontificat,  établit  semi- 
double  l'Office  de  saint  François  de  Borgia  ,  et ,  seulement 
ad  libitum  y  du  même  degré,  celui  de  saint  Laurent  Justinien? 


LITURGIQUES.  455 

Innocent  XII  institua  l'Octave  de  la  Conception  de  la 
Sainte  Vierge  et  la  fête  de  Notre-Dame  de  la  Mercy,  du  rite 
double  majeur.  Il  éleva  au  degré  double  mineur  les  Offices 
de  saint  François  de  Sales  et  celui  de  saint  Félix  de  Valois, 
et  inscrivit  au  Calendrier,  comme  du  même  rite ,  les  fêtes 
de  saint  Jean  de  Matha  et  de  saint  Philippe  Benizzi.  Enfin,  il 
rendit  semi-doubles  d'obligation  les  Offices  de  saint  André 
Corsini ,  de  saint  Alexis  et  de  saint  Thomas  de  Villeneuve. 

Le  Calendrier  Romain  reçut,  comme  Ton  voit ,  de  grandes 
augmentations  à  l'époque  qui  nous  occupe  ;  mais  toutes  ces 
additions  n'atteignaient  en  rien  le  corps  même  du  Bréviaire 
et  du  Missel.  Ces  Offices  nouveaux  étaient  une  richesse  pour 
l'Eglise ,  et  comme  un  surcroît  de  splendeur  à  la  couronne 
de  l'Année  Chrétienne.  En  cela  même,  se  manifestait  énergi- 
quement  la  différence  des  principes  catholiques  sur  la  Li- 
turgie d'avec  les  théories  humaines  des  liturgistes  français. 
Ainsi,  à  Rome,  le  culte  des  Saints  prenait  de  nouveaux  dé- 
veloppements ,  en  proportion  des  restrictions  dont  il  était 
l'objet  en  France. 

Durant  la  seconde  moitié  du  dix-septième  siècle ,  les  Pon- 
tifes Romains  n'exécutèrent  aucun  travail  sur  le  Pontifical, 
ni  sur  le  Rituel.  Le  Cérémonial  des  Evêques  fut  seul  l'objet 
d'une  réforme ,  qui  eut  lieu  par  les  soins  d'Innocent  X ,  et 
qui  fut  promulguée  dans  un  Bref  du  30  juillet  1650,  qui 
commence  par  ces  mots  :  Etsi  alias.  Clément  X,  en  1672, 
donna  une  nouvelle  édition  du  Martyrologe ,  dans  laquelle 
il  plaça  en  leurs  jours,  avec  un  éloge  convenable,  les  noms 
des  Saints  canonisés  par  lui-même  et  par  ses  prédécesseurs 
immédiats. 

Venons  maintenant  à  l'imposante  liste  des  liturgistes  que 
produisit  notre  époque  :  on  peut  dire  qu'aucune  autre  ne 
s'est  montrée  plus  féconde,  En  tête,  nous  placerons  G uil- 


156  INSTITUTIONS 

laume  Dupeyrat ,  Trésorier  de  la  Sainte -Chapelle  de  Vin- 
cennes,  qui  mourut,  il  est  vrai,  en  1643,  mais  laissa  un 
ouvrage  qui  fut  imprimé  après  sa  mort,  sous  ce  titre  :  His- 
toire Ecclésiastique  de  la  Cour,  ou  les  Antiquités  et  Recherches 
de  la  Chapelle  et  Oratoire  du  Roide  France,  depuis  Clovis  1er. 
(  Paris,  in-folio.) 

(1650).  Jean-Baptiste  Casali,  savant  antiquaire  Romain, 
a  donné  plusieurs  ouvrages  très  estimés  au  point  de  vue  li- 
turgique. Nous  citerons  son  livre  intitulé  :  De  Veteribus  sacris 
Christianorum  ritibus,  sive  apud  Occidentales,  sive  Orienta- 
les, Catholica  in  Ecclesia  probatis.  (Rome  1647,  in-folio.)  Les 
autres  ont  pour  but  de  recueillir  les  différents  rites  payens , 
tant  des  Egyptiens  que  des  Romains,  et  ont  été  réunis  dans 
une  môme  publication  faite  à  Francfort,  en  1681  et  1684. 

(1651).  Théophile  Raynaud,  Jésuite,  célèbre  parle  nombre 
de  ses  écrits,  qui  sont  remarquables  par  une  érudition  aussi 
bizarre  qu'étendue,  est  auteur  de  plusieurs  ouvrages  sur 
des  matières  liturgiques.  On  trouve ,  dans  la  grande  et  pré- 
cieuse collection  de  ses  ouvrages ,  publiée  à  Lyon,  en  vingt 
volumes  in-folio,  de  1665  à  1669,  les  traités  suivants  : 
1°  Christianorum  sacrum  Acathistum  ;  judicium  de  novo 
vsu  ingerendi  Cathedras  assistentibus  Christiano  Sacrificio  ; 
2°  De  prima  Missa,  et  prœrogativis  Christianœ  Pente- 
costes  ; 

3°  0  Parascevasticum  septiduanis  Antiphonis  majoribus 
Natale  Christi  antecurrentibus  prœfixum  ; 

k°  Agnus  cereus  Pontificia  benedictione  consecratus  ; 
5°  Rosa  Mediana  Romani  Pontificis  benedictione  conse- 
crata  :  Ritus  sacer  Dominicœ  quartœ  Quadragesimœ  enuclea- 
tus  ; 

6°  Natale  Domini  Pontificia  gladii  et  pilei  initiations  sa- 
Umne]; 


LITURGIQUES.  137 

7°  Tractatus  de  Pileo ,  cœterisque  capitis  tegminibus  tam 
sacris ,  quam  profanis. 

(1651).  Jean  Morin,  Prêtre  de  l'Oratoire  de  France,  tra- 
vailla durant  trente  années  à  l'ouvrage  intitulé  :  Commenta- 
rius  historiens  de  disciplina  in  administratione  Sacramenti 
Pœnitentiœ ,  tredecim  primis  sœculis  in  Ecclesia  Occidentali 
et  hue  usque  in  Orientait  observata,  (  Paris ,  1651 .  )  Il  le  fit 
suivre,  quatre  ans  après,  d'un  autre  livre  non  moins  sa- 
vant et  tout  aussi  hardi  que  le  précédent,  sous  ce  titre  : 
Commentarius  de  sacris  Ecclesiœ  Ordinationibus ,  secundum 
antiquos  et  recentiores  Latinos ,  Grœcos ,  Syros,  et  Baby- 
lonicos,  in  quo  demonstratur  Orientalium  Ordinationes  Con- 
ciliis  generalibus  et  summis  Pontificibus ,  ab  initio  schismatis 
in  hune  usque  diem  fuisse probatas,  (Paris  1655,  in-folio.) 
Le  Père  Morin  avait  composé  un  grand  traité  de  Sacramento 
Matrimonii  qui  est  resté  manuscrit ,  et  dans  lequel  l'érudi- 
tion était  répandue  avec  profusion  comme  dans  les  précé- 
dents ;  mais  on  y  remarquait  le  même  penchant  pour  les 
opinions  suspectes.  On  imprima  après  sa  mort  l'ouvrage  sui- 
vant :  /.  Morini  opéra  posthuma  de  catechumenorum  expia- 
tione,  de  Sacramento  Confirmationis ,  etc.  (Paris  1703,  in-4°.) 
De  savants  opuscules  du  P.  Morin  sur  les  matières  litur- 
giques ont  été  publiés  à  diverses  reprises  ,  et  notamment, 
dans  le  premier  tome  des  Mémoires  de  Littérature  du  P.  Des- 
molets,  les  lettres  latines  du  savant  Oratorien  à  Allatius 
sur  les  Basiliques  chrétiennes.  Richard  Simon  fit  imprimer  à 
Londres,  en  1682,  sous  le  titre  de  Antiquitates  Ecclesiœ 
Orientalis,  la  correspondance  du  P.  Morin  avec  divers  sa- 
vants ,  sur  plusieurs  points  importants  d'antiquité  ecclésias- 
tique. 

(1651).  Jacques  Sirmond ,  l'un  des  plus  savants  hommes 
dont  puissent  s'honorer  la  France  et  la  Société  des  Jésuites,  a 


158  INSTITUTIONS 

/ 

laissé  une  histoire  de  la  Pénitence  publique ,  imprimée  à 
Paris  en  1651,  in-8%  et  reproduite  dans  ses  œuvres  complètes 
qui  ont  été  recueillies  en  cinq  volumes  in-folio.  (Paris  1696.) 
(1651).  François  de  Harlay,  Archevêque  de  Rouen,  oncle 
de  l'Archevêque  de  Paris  de  même  nom,  mort  en  1653,  a 
laissé  un  volume  in-8°  intitulé  :  La  manière  de  bien  entendre 
la  Messe  de  Paroisse.  Ce  livre,  rempli  d'édification ,  fut  réim- 
primé par  ordre  de  l'Archevêque  de  Paris ,  en  1685 ,  avec 
une  Instruction  Pastorale  pour  exhorter  les  fidèles  à  y  puiser 
leurs  lectures. 

(1651).  Paul  Aringhi,  Prêtre  de  l'Oratoire  de  Rome,  est 
principalement  connu  par  son  ouvrage  non  moins  précieux 
pour  la  science  liturgique  que  pour  l'étude  des  origines 
chrétiennes ,  et  intitulé  :  Roma  subterranea  novissima ,  in 
qua  post  Antonium  Bosium,  Johannem  Severanum  et  alios 
antiqua  Christianorum  et  prœcipue  Martyrum  Cœmeteria  il- 
lustrantur.  (  Rome  1651,  2  vol.  in-folio.)  Nous  avons  attendu 
l'article  d'Aringhi  pour  parler  d'Antoine  Bosio ,  Procureur 
de  l'Ordre  de  Malte  en  Cour  de  Rome ,  à  qui  appartient  la 
gloire  d'avoir  fondé  la  science  des  origines  souterraines  du 
Christianisme  à  Rome,  par  son  ouvrage,  en  langue  italienne, 
intitulé  :  Roma  sotterranea,  qui  fut  publié  après  la  mort  de 
Bosio,  avec  des  additions  du  P.  Jean  Severano  de  l'Oratoire 
de  Rome  ,  à  qui  nous  devons  aussi  un  ouvrage  curieux  et 
devenu  rare  qui  porte  ce  titre  :  Memorie  sacre  délie  sette 
chiese  di  Roma.  (A  Rome,  1630 ,  in-8°.  ) 

(1652).  Jean  Fronteau,  Chanoine  régulier  de  Sainte-Gene- 
viève, mérite  une  place  parmi  les  écrivains  liturgistes  ,  par 
deux  excellentes  dissertations,  l'une  de  Diebus  festivis  cum 
Nativitatis,  tum  mortis  Gentilium,  hœbreorum ,  Christiano- 
rum, deque  ritibus  eorum  ;  et  l'autre,  de  Cultu  sanctorumt 
et  Imaginufn  et  Reliquiarum,  et  de  Adoratione  veterum,  d* 


LITURGIQUES.  159 

que  ritibus  et  speciebus  ejus.  Elles  sont  placées  à  la  fia  du 
fameux  Kalendarium  Romanum  nongentis  annis  antiquius, 
qu'il  publia  sur  un  manuscrit  de  l'Abbaye  de  Sainte-Gene- 
viève ,  en  1652.  (  Paris ,  in-8°.  ) 

(1654).  Barthélemi  Corsetti  ,  Cérémoniaire  Italien,  a 
donné  un  ouvrage  sous  ce  titre  :  Novissima  ac  compendiosa 
praxis  sacrorum  Rituum  ac  Cœremoniarum  quœ  in  Missis 
solemnibus ,  aliisque  Ecclesiasticis  functionibus  servari  so- 
ient,  ad  instar  Cœremonialis  Episcoporum.  (Venise  1654, 
in-12.  ) 

(1655).  Paul -Marie  Quarti,  Clerc  Régulier  Théatin,  a 
laissé  sur  la  Liturgie  les  ouvrages  suivants  :  1°  Rubricœ 
Missalis  Romani  commentants  illustratœ.  (  Rome  1655  ,  in- 
folio.) 2°  De  Sanctis  Benedictionibus .  (  Naples  1655,  în-folio.) 
5°  Riga  Mtherea,  hoc  est  tractatus  duplex  de  Processionibus 
Ecclesiasticis,  etLitaniis  Sanctorum.  (Venise  1655,  in-folio.) 

(1655).  Thomas  Hurtado  de  Mendoza  ,  célèbre  théologien 
de  Tolède ,  est  auteur  d'un  écrit  intitulé  :  De  coronis  et  ton- 
suris  Gentilitatis,  Synagogœ,  et  Christianismi ,  qui  se  trouve 
parmi  ses  œuvres  imprimées  de  son  vivant,  à  Cologne ,  en 
1655,  in-folio. 

(1656).  Joseph-Marie  Suarès ,  Evêque  de  Vaison,  Prélat 
rempli  d'érudition,  publia  à  Rome,  en  1656,  un  travail  li- 
turgique sous  ce  titre  :  Corollaria  ad  Panvinium  de  Raptis- 
mate  Paschali ,  origine  et  ritu  consecrandi  AgnosDei.  (In-8°.  ) 
Il  a  donné  aussi  une  dissertation  de  Crocea  veste  Cardinalium 
in  Conclavi.  (  Rome  1670,  in-4°.  )  Zaccaria  mentionne  plu- 
sieurs autres  ouvrages ,  comme  de  Psalterio  Rasilicœ  sancti 
Pétri  ;  de  Ritu  annuœ  ablutionis  Arœ  Majoris  Rasilicœ  sancti 
Pétri,  etc. 

(1656).  Jean- Jacques  Olier ,  fondateur  et  premier  supé- 
rieur de  la  Communauté  des  Prêtres,  et  du  Séminaire  de 


440  INSTITUTIONS 

Saint-Sulpice ,  à  Paris ,  mérite  une  place  distinguée  dans  la 
bibliographie  liturgique  de  l'époque  que  nous  traitons ,  par 
son  admirable  Traité  des  saints  Ordres  (  Paris  1676,  in-12  ) , 
et  par  son  Explication  des  Cérémonies  de  la  Grand' Messe  de 
Paroisse  (  1656,  in-12).  Ce  saint  Prêtre,  l'un  des  derniers 
écrivains  mystiques  de  la  France ,  avait  reçu  d'en  haut  l'in- 
telligence des  mystères  de  la  Liturgie,  à  un  degré  rare  avant 
lui ,  nous  dirions  presque  inconnu  depuis.  Il  fut  en  cela  le 
digne  contemporain  du  Cardinal  Bona  ;  mais  Olier  était  déjà 
mort  en  1657. 

(1656).  Thomas  Tamburini,  Jésuite  Sicilien,  a  laissé,  entre 
autres  ouvrages,  le  suivant  :  De  Sacrificio  Missœ  expedite 
celebrando  libri  très,  (  1656  ,  in-18.  ) 

(1657).  Charles  Guyet ,  savant  Jésuite  Français,  est  un 
des  hommes  qui  ont  le  mieux  mérité  delà  science  liturgique, 
par  l'admirable  traité  qu'il  a  donné  sous  ce  titre  :  Heortolo- 
gia,  sive  de  festis  Propriis  locorum  et  Ecclesiarum.  (Lyon 
1657,  in-folio  ,  réimprimé  à  Urbin  en  1728.  )  Guyet,  à  la  fin 
de  son  livre ,  a  inséré  un  grand  nombre  d'Hymnes  dont  les 
unes  sont  de  sa  composition  et  les  autres  simplement  retou- 
chées par  lui ,  à  l'usage  de  plusieurs  Eglises  de  France. 
Quelques-unes  de  ces  Hymnes  ont  été  admises  dans  les  nou- 
veaux Bréviaires ,  où  elles  contrastent  grandement  avec 
celles  de  Santeul,  pour  le  style  et  le  genre  d'inspiration.  Le 
P.  Guyet  avait  composé  aussi  un  Ordo  perpetuus  divini  Of- 
ficii.  (Paris  l622,in-8°.) 

(1657).  Simon  Wagnereck,  Jésuite  Bavarois,  a  extrait 
des  livres  d'Offices  des  Grecs ,  un  choix  d'Hymnes  et  autres 
prières  en  l'honneur  de  la  Sainte  Vierge  ,  et  l'a  publié  sous 
ce  titre  :  Pietas  Mariana  Grœcorum,  ex  XII  tomis  Menœo- 
rum,  et  VII  reliquis  Grœcœ  Ecclesiœ  voluminibus  deprompta, 

(1658).  Jean^Baptiste  Mari,  Chanoine  d'une  Collégiale  de 


LITURGIQUES.  141 

Rome,  a  composé  l'ouvrage  suivant  :  Diatriba  de  Mystica 
rerum  significatione  quœ  in  sanctorum  Canonizatione  ad 
Missarum  solemnia  summo  Pontifici  offerri  soient,  (  Rome 
1658 ,  in-8°.  ) 

(1662).  Jean  du  Tour  ne  nous  est  connu  que  par  Zaccaria 
qui  lui  attribue  un  traité  de  Amictu ,  veste  sacerdotali ,  de 
origine,  antiquitate,  et  sanctitate  vestium  sacerdotalium  legis 
naturœ,  mosaicœ ,  et  Evangelicœ ,  et  de  prœcepto  hominibus 
dato  orandi  in  Ecclesia  nudo  capite.  (  Parisiis  1662  ,  în-4°.  ) 

(1664).  François  Vander  Veken,  théologien  de  la  Péni- 
tencerie  Romaine ,  mort  en  1664 ,  avait  publié  l'ouvrage 
suivant  qui  a  été  depuis  traduit  en  italien  :  In  Canonem  sa- 
crifiai expositio  brevis.  (Cologne  1644,  in-12.) 

(1664).  Dom  Hugues  Vaillant,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation de  Saint-Maur,  nous  semble  le  premier  homme  de 
son  siècle  pour  la  composition  liturgique.  Nous  citerons,  en 
preuve  de  notre  assertion ,  l'admirable  Office  de  sainte  Ger- 
trude ,  qui  a  été  adopté  successivement  par  l'Ordre  de  saint 
Benoît  tout  entier.  Il  a  composé  pareillement  l'Office  de 
saint  Maur,  qui  est  aussi  d'une  grande  beauté,  mais  en 
usage  seulement  chez  les  Bénédictins  Français.  Dom  Vail- 
lant était  tellement  célèbre  par  le  rare  talent  que  Dieu  avait 
mis  en  lui,  qu'ayant  composé,  en  1666,  un  Office  de  saint 
François  de  Sales ,  non  seulement  l'Evêque  d'Auxerre  l'a- 
dopta pour  son  Diocèse,  mais  l'Archevêque  de  Narbonne 
lui-môme  l'établit  dans  les  onze  Evêchés  de  sa  province. 

(1666).  Gilbert  Grimaud,  Chanoine  de  la  Métropole  de 
Bordeaux,  est  auteur  d'un  ouvrage  excellent,  sous  ce  titre  : 
La  Liturgie  sacrée ,  où  l'Antiquité ,  les  Mystères  et  les  Céré- 
monies de  la  sainte  Messe  sont  expliquées.  Ensemble,  diverses 
résolutions  au  sujet  de  la  mémoire  des  trépassés,  avec  un 
traité  de  l'Eau  bénite,  du  Pain  béni,  des  Processions  et  des 


142  INSTITUTIONS 

Cloches.  (Lyon  1666,  in-4°,  et  Paris  1678,  3  volumes  in-18.) 

(1667).  Du  Molin,  Primicier  de  l'Eglise  Métropolitaine 
d'Arles,  est  auteur  d'un  ouvrage  de  Liturgie  pratique, 
presque  oublié  aujourd'hui ,  mais  fort  remarquable  en  son 
genre.  Il  est  intitulé  :  Pratique  des  Cérémonies  de  l'Eglise, 
selon  l'usage  Romain ,  dressée  par  ordre  de  l'Assemblée  géné- 
rale du  Clergé  de  France.  Nous  n'avons  entre  les  mains  que 
la  seconde  édition  qui  est  de  Paris,  1667,  in-4°. 

(1667).  Arnaud  de  Peyronnet,  Théologal  de  la  Cathédrale 
de  Montauban ,  a  composé  un  excellent  livre  intitulé  :  Ma- 
nuel du  Bréviaire  Romain ,  où  sont  exposées  clairement  et 
méthodiquement  les  raisons  historiques  et  mystiques  des 
Heures  canoniales.  (Toulouse  1667,  4  vol.  in-8°.  ) 

(1668).  François  Macédo  de  Saint-Augustin  ,  Franciscain 
Portugais ,  a  laissé  :  1°  Concentus  euchologicus  sanctœ  Ma- 
tris  Ecclesiœ  in  Breviaria ,  et  sancti  Augustini  in  libris. 
(Venise  1668,  in-folio.)  2°  Azymus  Eucharisticus  siveJoan- 
nis  Bona  doctrina  de  usu  fermentati  in  sacrificio  Missœ  per 
mille  et  amplius  annos  a  Latina  Ecclesia  observato ,  exami- 
nata,  expensa,  refutata.  (Vérone  1673,  in-8°.)  3°  De  Diis 
Tutelaribus  Orbis  Christiani.  (Lisbonne  1687,  in-folio.)  Cet 
auteur  bizarre  aurait  eu  besoin  d'une  érudition  plus  nourrie 
et  d'un  jugement  plus  sain. 

(1668).  Jean-Baptiste  Thiers,  Curé  de  Vibraye  au  Diocèse 
du  Mans,  homme  hardi  dans  ses  jugements  et  célèbre  par 
l'originalité  de  ses  productions,  s'exerça  principalement  sur 
les  matières  liturgiques.  Nous  citerons  de  lui  :  1°  De  Festo- 
rum  dierum  immunitione  liber  pro  defensione  Constitutionum 
Urbani  VIII,  et  Gallicanœ  Ecclesiœ  Pontificum.  (Lyon  1668, 
in-12.) 

2°  Dissertatio  de  retinenda  in  Ecclesiasticis  libris  voce  Pa- 
raclitus.  (Lyon  1669,  in-12.  ) 


LITURGIQUES.  145 

5°  De  stola  in  Archidiaconorum  visitationibus  gestanda  a 
Parochis.  (Paris  1674-,  in-12.  ) 

4°  Traité  de  l'Exposition  du  saint  Sacrement  de  l'Autel. 
(Paris  1679,  2  vol.  in-12.) 

5°  Dissertation  sur  les  porches  des  Eglises.  (Orléans  1679, 
in-12.  ) 

6°  Traité  des  Superstitions.  (Paris  1704.  4  vol.  in-12.) 
7°  Dissertations  Ecclésiastiques  sur  les  principaux  Autels, 
la  clôture  du  Chœur,  et  les  Jubés  des  Eglises.  (  Paris  1688 , 
in-12. ) 

8°  Histoire  des  Perruques.  (  Paris  1690 ,  in-12.  ) 
9°  Observations  sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Cluny.  (  Bru- 
xelles 1702,  2  vol.  in-12.) 

10°  Traité  des  Cloches,  et  de  la  sainteté  de  l'offrande  du 
pain  et  du  vin,  aux  Messes  des  morts.  (  Paris  1721,  in-12.  ) 

Parmi  ces  divers  écrits  que  nous  venons  de  citer,  deux 
ont  été  misa  Y  Index,  h  Rome,  savoir  celui  sur  la  diminution 
des  Fêtes,  et  le  Traité  des  Superstitions.  Les  Observations 
sur  le  nouveau  Bréviaire  de  Cluny  sont  devenues  rares  :  l'ou- 
vrage ayant  été  supprimé  en  France  ,  par  le  crédit  du  Car- 
dinal de  Bouillon  qui  avait  publié  ce  Bréviaire,  en  qualité 
d'Abbé  de  Cluny. 

(1669).  François-Joseph  Taverna,  Capucin,  a  publié  un 
livre  intitulé  :  Copiosa  raccolta  di  vaghi  et  varj  fiori  nell'a- 
meno  campo  dé*  sagri  Riti.  (  Palerme  1669,  in-4°.  ) 

(1669).  Dominique  Macri  ou  Magri,  Chanoine  Théologal 
de  l'Eglise  de  Viterbe ,  est  un  des  principaux  liturgistes  de 
son  époque.  Il  a  mérité  ce  titre  par  l'ouvrage  suivant  :  Noti- 
zia  de'  vocaboli  Ecclesiastici,  con  la  dichiarazione  délie  céré- 
monie, dell'origine  dei  Ritisacri,  voci  barbare  e  frazi  usate 
da'  Santi  Patri,  concilj  e  scriptori  Ecclesiastici.  (Messine 
1G44,  in-4°.  Rome  1650-1669,  etc.)  Cet  ouvrage  important 


144  INSTITUTIONS 

fut  traduit  en  latin  et  imprimé  deux  fois  en  Allemagne  ;  mais 
Charles  Macri,  ou  Magri,  frère  de  Dominique,  peu  satisfait 
de  cette  traduction  ,  en  fit  une  nouvelle  et  la  publia  sous  ce 
titre  :  Hierolexicon ,  sive  sacrum  dictionarium ,  in  quo  Ec- 
clesiasticœ  voces ,  earumque  etymologiœ ,  origines,  symbola , 
cœremoniœ ,  dubia,  barbara  vocabula ,  atque  Sacrœ  Scrip- 
turœ  et  sanctorum  Patrum  phrases  obscurœ ,  elucidantur. 
(Rome  1677,  in-folio.)  L'ouvrage  réimprimé  à  Venise  en 
1765  (deux  volumes  in-4°  ),  a  été  considérablement  aug- 
menté. 

(1670).  Jean  de  Launoy,  Docteur  de  Sorbonne,  l'un  des 
plus  audacieux  critiques  de  son  temps ,  soupçonné  même 
de  socinianisme  ,  influa  grandement  sur  les  destinées  de  la 
Liturgie  en  France ,  par  ses  écrits  contre  l'Assomption  de  la 
Sainte  Vierge  et  contre  les  traditions  relatives  à  saint  Denys 
l'Aréopagite,  sainte  Marie-Madeleine,  saint  Lazare  et  les 
divers  Apôtres  de  nos  Eglises.  Il  appartient  à  notre  Biblio- 
thèque par  les  ouvrages  suivants,  que  nous  trouvons  réunis 
dans  la  collection  de  ses  œuvres  publiées  à  Genève  (  1631  ) , 
en  dix  volumes  in-folio  :  Dissertatio  de  veteri  more  baptizandi 
Judœos  et  infidèles.  —  Dissertatio  de  priscis  et  solemnibus 
baptismi  temporibus.  Nous  devons  mentionner  aussi  son  livre 
de  Sacramento  Unctionis  infirmorum.  (Paris  1673,  in-8°.) 

(1670).  Chrétien  Wolf,  savant  Augustin  ,plus  connu  sous  le 
nom  de  Lupus,  appartient  aussi  à  la  liste  des  liturgistes  du  dix- 
septième  siècle  par  les  ouvrages  suivants,  qui  ont  été  recueil- 
lis dans  ses  œuvres  complètes,  publiées  à  Venise  (1724-1729, 
douze  tomes  in-f°.  )  1°  Dissertatio  de  sanctissimi  Sacramenti 
publica  expositione  et  de  sacris  processionibus,  2°  De  Consecra- 
tione  Episcoporum  per  Romanum  Pontificem.  5°  De  veteri  disci- 
plina mUitiœ  Christianœ.  A*  De  Sacerdotalisbenedictionis  an* 


*  LITURGIQUES.  445 

tiquitate,  forma  et  fructu,  et  demaledictione.  On  peut  encore 
trouver  des  choses  très  importantes  pour  la  science  litur- 
gique dans  le  grand  et  orthodoxe  ouvrage  de  Lupus  sur  les 
Conciles,  qui  porte  ce  titre  :  Synodorum  Generalium  et  Pro- 
vincialium  statuta  et  canones ,  cum  notis  et  historicis  disser- 
tationïbus.  (Louvain  et  Bruxelles  1665-1673,  cinq  volumes 
in-4°.  ) 

(1670).  Jean  Bona ,  Abbé  général  des  Feuillans  et  Cardi- 
nal ,  peut  être  considéré  non  seulement  comme  l'un  des  plus 
saints  et  des  plus  savants  hommes  qui  aient  été  revêtus  de  la 
pourpre  romaine,  mais  aussi  comme  l'un  des  plus  illustres 
liturgistes  de  l'Eglise  Catholique.  Ses  ouvrages  peu  nom- 
breux ,  il  est  vrai,  sont  et  demeureront  à  jamais  autant  de 
chefs-d'œuvre.  Nous  entendons  parler  des  deux  principaux 
qui  sont  :  1°  Rerum  Liturgicarum  libri  duo.  (Rome  1671, 
in-4\  )  2°  Psallentis  Ecclesiœ  harmonia.  (Rome  1655,  in-4°.) 
Ce  dernier  ouvrage  est  intitulé  :  De  divina  Psalmodia,  dans 
l'édition  de  Paris,  1663.  Les  œuvres  de  Jean  Bona  ont  été 
recueillies  plusieurs  fois  et  sont  assez  faciles  à  rencontrer. 
Les  lettres  de  ce  savant  Cardinal ,  dans  lesquelles  il  traite 
tantôt  à  fond ,  tantôt  par  occasion,  de  nombreuses  questions 
liturgiques ,  n'ont  paru  que  dans  l'édition  de  Robert  Sala , 
à  Turin,  1747.  Le  Cardinal  Bona  a  donné  des  preuves  de  son 
talent  pour  la  composition  liturgique ,  dans  les  excellentes 
Leçons  et  la  gracieuse  Oraison  qu'il  a  rédigées  pour  la  fête 
de  sainte  Rose  de  Lima ,  au  Bréviaire  Romain. 

(1670).  Robbes,  Docteur  de  Sorbonne ,  personnage  que 
nous  ne  connaissons  que  par  son  livre,  est  auteur  d'une 
Dissertation  sur  la  manière  dont  on  doit  prononcer  le  Canon 
et  quelques  autres  parties  de  la  Messe.  (Neufchâteau  1670, 
in-12.  ) 

(1671).  En  cette  année,  fut  publié  à  Rome ,  à  l'imprimerie 

T.   H.  10 


146  INSTITUTIONS 

de  la  Propagande ,  l'Opuscule  suivant ,  in-4°  :  Instructic 
super  aliquibus  Ritibus  Grœcorum  ad  Episcopos  Latinos  ,  in 
quorum  diœcesibus  Grœci ,  vel  Albanenses  degunt. 

(1672).  Charles  Settala  ,  Evêque  de  Derthon  ,  est  auteu 
d'un  ouvrage  qui  a  pour  titre,  Mister j  ,  e  sensi  mistici  dell 
Messa.  (Derton  1672  ,  in-4°.  ) 

(1672).  François-Marie  Brancacci ,  Cardinal ,  a  publié  hui 
Dissertations  à  Rome,  1672,  in-folio.  Parmi  ces  dissertation 
plusieurs  traitent  des  matières  liturgiques ,  telles  sont  celle 
De  privilegiis  quibus  gaudent  Cardinales  in  propriis  capellis 
—  De  sacro  Viatico  in  extremo  vitœ  periculo  certantibus  exh 
bendo,  —  De  benedictione  diaconali,  —  De  altarium  consecra 
tione. 

(1673).  Martin  Claire,  Jésuite,  entreprit  une  correctio 
des  Hymnes  du  Bréviaire  Romain,  qui  n'a  jamais  été  adopte 
dans  aucune  Eglise ,  mais  dont  il  fit  jouir  le  public  sous  ( 
titre  :  Hymni  Ecclesiastici  novo  cultu  adornati.  (Paris  1672 
in-4°.)  Il  s'en  est  fait  depuis  plusieurs  éditions.  Le  travail  d 
Père  Claire  est  précédé  d'une  Dissertation  De  vera  et  propr 
Hymnorum  Ecclesiasticorum  ratione ,  et  suivi  de  plusieu 
Hymnes  très  bonnes  en  l'honneur  des  Saints  de  sa  Comp 
gnie. 

(1673).  Dom  Benoît  de  Jumilhac,  Bénédictin  de  la  Co 
grégation  de  saint  Maur ,  a  composé  sur  le  chant  ecclésia 
tique  un  ouvrage  qui  peut  être  considéré  comme  un  ch 
d'œuvre  d'érudition  et  de  science  musicale.  Il  est  intitul 
La  science  et  la  pratique  du  Plain-chant ,  où  tout  ce  qui  q 
partient  à  la  pratique  est  établi  par  les  principes  de  la  scienc 
et  confirmé  par  le  témoignage  des  anciens  philosophes,  .  * 
Pères  de  l'Eglise,  et  des  plus  illustres  musiciens,  entre  aut 
de  Gui  Arétin  et  de  Jean  des  Murs.  (  Paris  1673 ,  in-4°.  ) 

(1676),  Nous  plaçons  sous  cette  date  les  Cçnfmnces  1 


LITURGIQUES.  147 

clésiastiques  du  Diocèse  de  La  Rochelle ,  ouvrage  fort  remar- 
quable qui  a  même  été  traduit  en  langue  italienne ,  et  dans 
lequel  un  grand  nombre  de  questions  relatives  à  la  Liturgie 
sont  traitées  avec  érudition  et  sagacité.  Notre  exemplaire 
est  de  la  seconde  édition,  1676 ,  à  La  Rochelle ,  in-12. 

(1677).  Raymond  Capisucchi,  Dominicain,  Maître  du  Sa- 
cré Palais ,  puis  Cardinal ,  a  donné  sous  ce  titre  :  Controver- 
siœ  theologicœ  selectœ  (Rome  1677,  in-folio),  une  suite  de 
dissertations  parmi  lesquelles  plusieurs  ont  trait  à  la  Litur- 
gie ;  telles  sont  celles  où  il  parle  du  mélange  de  l'eau  et  du 
vin  dans  le  calice,  de  la  bénédiction  de  l'Eucharistie  ,  de  la 
forme  de  la  consécration,  de  la  communion  pour  les  morts, 
du  sens  de  ces  paroles  de  l'Offertoire ,  dans  la  Messe  des 
morts  :  Domine  Jesu-Christe,  rex  gloriœ,  libéra  animas  om- 
nium fidelium  defunctorum  depœnis  inferni,  etc.;  du  culte 
des  Images ,  etc. 

(1677).  Etienne  Baluze,  l'un  des  plus  doctes  personnages 
de  son  temps ,  a  droit  d'être  compté  parmi  les  savants  qui 
ont  bien  mérité  de  la  Liturgie ,  par  son  édition  du  Cornes , 
dit  de  saint  Jérôme,  qu'il  publia  sur  un  manuscrit  de  Beau- 
vais  et  qu'il  plaça  dans  l'Appendice  du  deuxième  tome  de  ses 
Capitularia  Regum  Francorum. 

(1677).  Jean  de  Sainte-Beuve,  célèbre  casuiste,  a  laissé 
aussi  un  traité  intitulé  :  Tradition  de  VEglise  sur  les  Séné' 
dictions.  (Toulouse  1679. ) 

(1679).  Pierre  Floriot,  Confesseur  des  Religieuses  de 
Port-Royal ,  donna  en  1679,  in-8°,  à  Paris,  un  livre  assez  re- 
marquable, sous  ce  titre  :  Traité  de  la  Messe  de  Paroisse,  où 
l'on  découvre  les  grands  mystères  cachés  sous  le  voile  de  la 
Messe  publique  et  solennelle. 

(1680).  Jean  Garnier,  Jésuite  Français,  publia  à  Paris,  eu 
1080 ,  iû-4%  le  fcmeux  Liber  diurms  Rommortm  Pontifia 


448  INSTITUTIONS 

cum,  dont  nous  avons  parlé  ailleurs,  et  qui  est,  sous  plu- 
sieurs rapports,  ainsi  que  nous  l'avons  dit ,  une  des  sources 
de  la  science  liturgique. 

(1680).  Le  bienheureux  Joseph-Marie  Tommasi,  Théatin, 
pui.s  Cardinal,  béatifié  par  Pie  VIÏ,  est  un  des  hommes  qui 
ont  le  plus  puissamment  contribué  à  l'avancement  de  la 
science  liturgique,  par  les  monuments  qu'il  a  publiés  et  an 
notés,  et  dont  la  connaissance  suffirait  à  elle  seule  poui 
donner  à  un  homme  l'intelligence  la  plus  complète  des  Litur 
gies  occidentales. 

1°  Il  a  publié  :  Codices  sacramentorum  nongentis  anni 
vetustiores.  (Rome  1680,  in-4°.) 

2°  Psalterium  juccta  editionem  Romanam  et  Gallicam,  cm 
Canticis ,  Exjmnario  et  Orationali.  (  Rome  1683.  ) 

3°  Responsorialia  et  Antiphonaria  Romance  Ecclesiœ 
S.  Gregorio  magno,  disposita  cum  appendice  monumentoru 
veterum  et  scholiis.  [  Rome  1686.  ) 

4°  Antiqui  libri  Missarum  Romance  Ecclesiœ,  idest  Ant 
phonarium  S.  Gregorii.  (Rome  1691.  ) 

5°  Officium  Dominicœ  Passionis  feria  VI  Parasceve ,  M I 

joris  Hebdomadce,  secundum  ritum  Grœcorum.  (Rome  169. 

6°  Psalterium  cum  canticis  et  versibus  primo  more  distin 

tum,  argumentis  et  orationibus  vetustis ,  novaque  litter 

explicatione  brevissima  dilucidatum. 

Joseph  Bianchini,  de  l'Oratoire  de  Rome,  ayant  rés< 
de  donner  une  édition  des  œuvres  du  B.  Tommasi ,  il 
publia  le  premier  volume,  in-folio,  à  Rome,  en  1741  ;  n 
cette  édition  n'eut  pas  de  suite.  En  1748,  le  Père  Antc 
François  Vezzozi ,  Théatin ,  en  entreprit  une  autre  en  s 
volumes  in-4%  qui  fut  achevée  à  Rome,  en  1754.  Il  e 
regretter  qu'il  n'y  ait  pas  fait  entrer  plusieurs  choses 
portantes  que  comprenait  déjà  le  travail  de  Bianchini.  C 


te 


LITURGIQUES.  149 

édition  n'en  est  pas  moins  le  plus  précieux  répertoire  pour 
les  amateurs  des  antiquités  liturgiques.  Les  six  premiers 
volumes  contiennent  les  ouvrages  que  nous  venons  d'énu- 
mérer  (1).  Le  septième  est  rempli  par  un  grand  nombre 
d'opuscules  dont  nous  citerons  seulement  ceux  qui  ont  rap- 
port à  notre  objet. 

1°  Breviculus  aliquot  monumentorum  veteris  moris  quo 
Christiani  (  a  sœculo  tertio  )  ad  sœculum  usque  decimum  ute- 
bantur  in  celebratione  Missarum ,  sive  pro  se ,  sive  pro  aliis 
vivis,  vel  defunctis  et  in  ejusdem  rei  oneribus. 

2°  Missa  ad  postulandam  bonam  mortem ,  jussu  Clemen- 
tis  XI,  circa  annum  1706,  composita. 

3°  Orationes  et  Antiphonœ ,  petendœ  a  repentina  morte  li- 
ber ationi  accommodât  œ.  Eodem  anno,  jussu  ejusdem  Ponti- 
fias. Le  Siège  Apostolique  a,  depuis,  accordé  des  Indulgences 
à  la  récitation  de  ces  prières  et  antiennes. 

4°  Annotationes  miscellaneœ  ad  Missale  Romanum, 

5°  Notulœ  in  dubia  proponenda  Congregationi  sacrorum 
Rituum  pro  nova  impressione  Missalis, 

6°  Prisci  fer  menti  nova  expositio. 

7°  De  fermento  quod  datur  sabbato  ante  Palmas ,  in  Con- 
sistorio  Lateranensù 

8°  De  privato  ecclesiasticorum  officiorum  Breviario  extra 
chorum. 

9°  Ordo  temporis  servandus  in  recitatione  Officii  Eccle- 
siasticL 

10°  Trois  dubia  sur  la  consécration  d'une  Eglise.  Un 
votum  sur  la  demande  faite  par  les  Napolitains  d'ajouter  les 

(1)  Il  faut  excepter  pourtant  l'Office  du  Vendredi-Saint  suivant  le 
rite  Grec,  queVezzozi  a  rejeté  au  septième  volume,  parmi  les  opus- 
'  culesduB,  Tommasi, 


150  INSTITUTIONS 

mots  Patris  nostri  au  nom  de  saint  Janvier.  Une  note  sur 
une  supplique  pour  une  Fête  du  Père  Eternel. 

11°  De  iranslatione  festi  et  ratione  illud  servandi,  quando 
incidit  in  Major em  Eebdomadam. 

42°  Riflessioni  intorno  ad  una  nuova  accademia  di  Liturgia. 

13°  Scrittura  nella  anale  si  prova  che  l'istituzione  délia  Fe- 
ria  Quarta  in  capite  jejunii  e  stata  prima  di  S.  Gregorio 
Magno ,  contro  l'opinione  del  Menardo. 

14°  Brève  istruzione  del  modo  d'assistere  fruttuosamente 
al  S.  Sacrifizio  délia  Messa  secondo  lo  spirito ,  ed  intenzione 
délia  chiesa. 

(1680).  François-Marie  Florentini ,  de  Lucques,  publia 
en  cette  ville ,  en  1668 ,  des  notes  précieuses  sur  le  Martyro- 
loge dit  de  saint  Jérôme.  Il  fit  paraître,  quelques  années 
après,  un  livre  intitulé  :  Tumultuaria  disquisitio  de  antiquo 
usu  fermenti  panis  et  azimi.  (Lucques  1680  ,  in-4°.  ) 

(1680).  Louis  Thomassin,  Prêtre  de  l'Oratoire  de  France 
a  porté  dans  l'étude  de  la  Liturgie  cette  érudition  intelligente 
qui  caractérise  tous  ses  écrits.  Nous  avons  de  lui  sur  cette 
matière  :  1°  Traité  des  Jeûnes  de  l'Eglise.  (Paris  1680,  in-8°. 
2°  Traité  des  Fêtes  de  l'Eglise.  (  Paris  1683 ,  in-8°.  )  3°  Trait 
de  l'Office  divin.  (  Paris  1686.  ) 

(1680).  Guillaume  de  la  Brunetière ,  Evêque  de  Saintes 
est  célèbre  par  les  belles  Hymnes  dont  il  a  enrichi  le  Bréviair 
de  Paris.  Ces  compositions,  d'une  latinité  pure  et  d'un 
versification  correcte,  contrastent,  comme  celles  du  P.Guye 
avec  les  odes  et  épodes  de  Jean-Baptiste  Santeul.  Nous  c 
terons  entre  autres  les  belles  Hymnes  du  Commun  d'un  Coi 
fesseur  Pontife  :  Christe ,  pastorum  caput ,  atque  princeps 
et  Jesu,  sacerdotum  decus. 

(1680).  Claude  Santeul,  du  Séminaire  de  Saint-Magloir* 
d'où  lui  vient  le  surnom  de  Maglorianus,  est  pareilleme 


LITURGIQUES.  151 

auteur  de  plusieurs  Hymnes  du  Bréviaire  de  Paris  qui  rem- 
portent sur  celles  de  son  frère  le  Victorin,  par  l'onction  et 
la  simplicité.  Il  est  inutile  de  les  indiquer  ici.  Il  paraît  que 
Thymnographie  était  innée  dans  cette  famille ,  car  on  trouve 
encore  un  Claude  Santeul,  parent  des  deux  premiers,  mar- 
chand et  échevin  de  Paris ,  qui  a  publié  aussi  un  recueil 
d'Hymnes.  (Paris,  1723,  in-8°. ) 

(1680).  Michel  Nau,  savant  Jésuite ,  Missionnaire  dans  le 
Levant,  est  auteur  d'un  livre  intitulé  :  Ecclesiœ  Romanœ 
Grœcœque  vera  effigies.  (  Paris,  1680 ,  in-4°.  )  Ce  livre  ren- 
ferme beaucoup  de  choses  sur  la  Liturgie  des  deux  Eglises, 

(1681).  Charles  Cartari ,  Prélat  Romain  ,  a  publié  un  livre 
curieux  sous  ce  titre  :  LaRosad'oroPontificia.  (Rome,  1681, 
in-4°.  ) 

(1682).  Charles-Barthélémy  Piazza,  de  la  Congrégation 
des  Oblats  de  Milan,  a  donné  plusieurs  ouvrages  curieux 
sur  les  matières  liturgiques.  Il  est  auteur  des  ouvrages  sui- 
vants :  lride  sacra,  ovvero  de'colori ecclesiastici.  (Rome  1682, 
in-8°.  )  — Eorterologio ,  ovvero  stazioni  sacre  Romane ,  efeste 
mobili,  loro  origine,  sito  e  venerazio-ne  nella  Chiesa  Romans,, 
colle  preci  cotidiane.  (Rome,  1702,  in-8°.  )  —  Necrologj ,  o 
discorsi  dell'uso,  mislero  ed  antichità  appresso  diverse  nazioni 
de'riti  e  cerimonie  nell'Esequie,  e  funerali,  passati  a'secoli 
nostri  Cristiani.  (Rome,  1711,  in-4°.  ) 

(1682).  Claude  Fleury,  suffisamment  connu  par  son  His- 
toire Ecclésiastique  et  ses  autres  productions  dans  le  même 
esprit,  appartient  à  notre  Bibliothèque  liturgique  par  ses 
Mœurs  des  Chrétiens,  ouvrage  remarquable  et  bien  connu 
qui  parut  pour  la  première  fois  à  Paris,  en  1782,  in-12. 

(1682).  Jacques-Bénigne  Bossuet,  Evêquede  Meaux,  dont 
les  savants  et  éloquents  écrits  embrassent  tant  de  sujets , 
doit  aussi  être  compté  parmi  les  liturgistes  de  son  temps, 


152  INSTITUTIONS 

pour  les  deux  ouvrages  suivants  :  1°  Traité  de  la  Communion 
sous  les  deux  espèces.  (Paris  1682,  in-12.)  2°  Explication 
de  quelques  difficultés  sur  les  Prières  de  la  Messe.  (Paris  1689, 
in-12.) 

(1682).  Jean-Gaspar  Scheitzer,  plus  connu  sous  son  nom 
latinisé  de  Suicerus,  ministre  Calviniste  et  professeur  de 
langues  à  Zurich ,  a  droit  de  trouver  place  ici  pour  son  bel 
ouvrage  intitulé  :  Thésaurus  Ecclesiasticus  de  Patribus  Grœ- 
cis,  ordine  alphabetico  exhibens  quœcumque  phrases ,  ritus , 
dogmata ,  hœreses  et  hujusmodi  alia  spectant.  (  Amsterdam 
1682,  deux  volumes  in-folio.)  La  seconde  édition,  qui  est 
aussi  d'Amsterdam,  1728,  est  corrigée  et  augmentée  d'un 
supplément  par  les  soins  de  Jean-Henri  Suicerus ,  fils  du 
précédent. 

(1685).  Nivers ,  organiste  de  la  Chapelle  du  Roi ,  et  maître 
de  la  musique  de  la  Reine,  est  auteur  d'une  Dissertation  sur 
léchant  Grégorien.  (Paris  1683,  in-8°.  )  Ce  livre ,  assez  mal 
rédigé  ,  est  savant  et  annonce  un  amateur  éclairé  du  chant 
ecclésiastique.  Nous  avons  parlé  ci-dessus  des  essais  malheu- 
reux de  Nivers  sur  l'Antiphonaire  et  le  Graduel  Romains,  à 
l'usage  des  Religieuses  ;  il  a  en  quelque  façon  réparé  ses 
torts  en  publiant  une  fort  bonne  édition  de  l'Antiphonaire 
Romain  pur,  Paris  in-8°,  1701. 

(1685).  Daniel  Papebrok,  Jésuite,  le  plus  illustre  des  suc- 
cesseurs de  Bollandus,  a  inséré  dans  son  Propylœum  ad  Acta 
sanctorum  Maii  (Anvers  1685,  in-folio),  plusieurs  disser- 
tations sur  des  matières  liturgiques.  Nous  citerons ,  entre 
autres ,  la  trentième ,  de  lingua  Slavonica  in  sacris  apud 
Bulgaros ,  Moravosque  recepta ,  et  Apostolicœ  Sedis  ea  de  re 
judicio  ;  la  trente-cinquième  ,  de  solemnium  Canonizationum 
initiis ,  atque  progressons  ;  la  quarantième ,  de  forma  Pallii, 
aliorumque  Pontificalium  indumentorum  medio  œvo  mutata; 


LITURGIQUES.  4S5 

la  quarante-troisième ,  de  Officio  pro  festo  Corporis  Christi, 
Urbani  IV jussu  per  sanctum  Thomam  composito,  etc. 

(1685).  Emmanuel  de  Schelstrate,  gardien  delà  Biblio- 
thèque du  Vatican,  non  moins  distingué  par  son  attachement 
inviolable  au  Saint  Siège ,  que  par  sa  profonde  érudition ,  a 
publié  un  ouvrage  important  sur  le  secret  des  Mystères,  avec 
ce  titre  :  De  Disciplina  arcani  dissertatio  apologetica.  (Rome 
1685,in-4°.) 

(1685).  Jean  Cabassut ,  Prêtre  de  l'Oratoire  de  France  , 
dans  sa  Notitia  Ecclesiastica  historiarum  et  conciliorum  (Lyon 
1670,  in-folio),  a  inséré  un  grand  nombre  de  dissertations 
dont  plusieurs  ont  pour  objet  les  matières  liturgiques. 

(1685).  Dom  Jean  Mabillon,  Bénédictin,  l'éternel  hon- 
neur de  la  Congrégation  de  Saint-Maur,  débuta  dans  sa  car- 
rière littéraire  par  une  œuvre  liturgique.  Pendant  son  sé- 
jour à  Corbie ,  il  composa  des  Hymnes  en  l'honneur  de  saint 
Adalhard  et  de  sainte  Bathilde,  et  travailla  aux  Offices  propres 
de  cette  Abbaye.  Le  recueil  de  ces  différentes  pièces  porte 
ce  titre  :  Hymni  inJaudem  sancti  Adalhardi  et  sanctœ  Ba- 
thildis  reginœ.  Officia  Ecclesiœ  Corbeiensi  propria  vel  nova 
édita,  vel  vetera  emendata  ;  quœ  omnia  in  unum  collecta  typis 
vulgata  sunt  ad  ejusdem  Ecclesiœ  usum.  (  Paris  1677,  in-4°.) 
Dom  Mabillon ,  en  publiant  avec  Dom  Luc  d'Achery  les  Act a 
sanctorum  Ordinis  sancti  Benedicti,  enrichit  chacun  des 
neuf  volumes  de  cette  précieuse  collection  d'une  savante 
préface  dans  laquelle  il  traite  avec  profondeur  un  grand 
nombre  de  questions  liturgiques.  Ces  préfaces  ont  même  été 
recueillies  à  part  dans  un  volume  in-4%  publié  à  Rouen  en 
1752.  En  1674,  Dom  Mabillon  donna  sa  Dissertatio  de  pane 
Eucharistico  azimo  et  fermentato  (Paris,  in -8°  );  mais 
jusqu'alors  il  n'avait  rien  publié  d'aussi  important  sur 
ces  matières  que  son  ouvrage  sur  te  Liturgie  Gallicane, 


454.  INSTITUTIONS 

Il  porte  ce  titre  :  De  Liturgia  Gallicana  libri  III,  in  quibus 
veteris  Missœ ,  quœ  ante  annos  mille  apud  Gallos  in  usu  erat 
forma  ritusque  eruuntur  ex  antiquis  wonumentis ,  Lectiona- 
rio  Gallicano  hactenus  inedito ,  cum  tribus  Missallbus  Tho- 
masianis,  quœ  intégra  rcferuntur;  Accedit  disquisitio  de  Cursu 
Gallicano,  seu  de  Divinorum  Ofliciorum  origine  et  progressu 
in  Ecclesiis  Gallicanis.  (Paris  1685,  in-4°.  ) 

La  Liturgie  Gallicane  fut  bientôt  suivie  du  Musœum  Ita- 
Ucum,  dont  le  second  volume  est  d'une  importance  inappré- 
ciable pour  la  science  liturgique,  à  raison  du  texte  des  quinze 
Ordres  Romains  que  Dom  Mabillon  y  a  recueillis,  et  du  sa- 
vant commentaire  dont  il  les  a  enrichis.  Le  Musœum  lta- 
îicum  parut  en  deux  fois,  savoir  le  premier  volume,  à  Paris, 
1087,  et  le  second,  1689,  in-4°.  En  1689,  Dom  Mabillon 
donna  un  Traité  où  l'on  réfute  la  nouvelle  explication  que 
quelques  auteurs  donnent  aux  mots  de  Messe  et  de  Commu- 
nion qui  se  trouvent  dans  la  Règle  de  saint  Benoît.  (  Paris 
1689,  in-lc2.  )  Nous  devons  mentionner  aussi  sa  lettre  sur  le 
culte  des  Saints  Inconnus  qui  fit  tant  de  bruit  et  qu'il  modi- 
fia de  manière  à  satisfaire  le  Siège  Apostolique.  Elle  porte 
ce  titre  :  Eusebii  Romani  ad  Theophilum  Gallum  Epistola 
de  cultu  sanctorum  ignotoium.  (  Paris  1698,  in-4.°.  ) 

(1685).  Jacques  de  Saint-Dominique,  Dominicain,  est 
auteur  d'une  Dissertation  historique  touchant  la  façon  pres- 
crite parles  Rituels  ecclésiastiques,  pour  administrer  sam 
péril  la  très  sainte  Communion,  L'ouvrage  est  sans  indicatior 
du  lieu  d'impression. 

(1686).  Pompée  Sarnelli  de  Bisceglia ,  homme  d'une  rar< 
érudition,  doit  être  mentionné  ici  pour  son  savant  livr< 
intitulé  :  Antica  Basilicografia.  (  Napîes  1686.  )  Il  est  pareil 
lement  auteur  des  ouvrages  suivants  :  Commentarj  intorn 
al  rito  délia  Mes  sa  per  que 'sacerdoti  che  privât  amente  la  cel 


LITtmCîQUES.  18$ 

brano.  (Naples  1686,  in-12.  )—  Il  Clero  secolare  ml  suo 
splendore.  —  Lettere  Ecclesiastiche.  (  Naples  1686.  )  Cette 
collection,  publiée  de  nouveau  à  Venise,  en  1718  (9  vol.in-4°), 
renferme  de  curieuses  dissertations.  Sarnelli  y  traite ,  entre 
autres  matières,  délia  Canoniea  chericale  corona;  délia  Ca- 
nonica  tonsura  o  rasura  délia  barba  chericale  ;  délia  berretta 
chericale  ;  dell'abuso  délie  berrettino presso  i  Cherici;  dell'abito 
chericale;  dell'uso  dell'annelloper  lepersone  ecclesiastiche. — 
Sacra  lavanda  di  piedi  detredici  poveri,  che  si  célébra  nel 
Giovedi  Santo.  (Venise  1711.)  —  Lume  a'principianti  nello 
studio  délie  materie  ecclesiastiche  e  scritturali,  aggiuntivi  i 
commentarj  sul  rito  délia  santa  Messa ,  e  una  istruzione  per 
i  Cappellani,  che  servono  al  Vescovo,  quando  célébra  privata- 
mente.  (  Venise  1635.  ) 

(1686).  Dom  Bernard  Bissi,  Bénédictin  de  la  Congréga- 
tion du  Mont-Cassin,  a  laissé  un  grand  ouvrage  pratique 
sur  la  Liturgie,  qui  jouit  d'une  réputation  méritée.  Il  porte 
ce  titre  :  Hierurgia,  sive  rei  divinœ  peractio.  Opus  absolutis- 
simum,  saerorum  rituum  et  Ecclesiasticarum  cœremoniarum 
ea  omnia  complectens  ac  exactissime  tradens  quœ  alibi  sparsa 
reperiuntur,  tam  ea  quœ  ad  sacrosanctum  Missœ  Sacrificium 
privatum  ac  solemne  celebmndum ,  quam  ad  divinum  Ofli- 
cium  rite  et  recte,  publîce  ac  private  persolvendum  ;  Ponti- 
ficalia  exercenda  ;  Sacramenta  administranda  et  ad  cœteras 
omnes  ecclesiasticas  Functiones,  ut  decet  complendas  pertinent. 
(Gênes,  1686,  deux  volumes  in-folio.) 

(1688).  Antoine  Arnauld,  Docteur  de  Paris,  digne  cory- 
phée de  la  secte  Janséniste,  peut  revendiquer  une  large 
part ,  soit  comme  agent ,  soit  comme  patron ,  dans  toutes 
les  innovations  liturgiques  du  dix-septième  siècle  et  des  sui- 
vants. Il  a  été  le  promoteur  ardent  des  théories  sur  l'emploi 
exclusif  de  l'Ecriture  Sainte  ;  la  traduction  du  Missel  de 


156  INSTITUTIONS 

l'Abbé  de  Voisin  le  reconnaît  pour  un  de  ses  auteurs  ;  nul 
Docteur  plus  que  lui  n'enhardit  la  conscience  du  Clergé  sur 
le  chapitre  de  la  résistance  et  de  l'isolement  à  l'égard  du 
Saint  Siège  ;  Nicolas  Le  Tourneux ,  Santcul  et  les  autres , 
furent  ses  adeptes  passionnés.  Il  le  leur  rendit  bien,  lorsqu'il 
publia ,  à  l'époque  de  la  condamnation  du  Bréviaire  Romain 
traduit  par  Le  Tourneux,  l'ouvrage  suivant:  Défense  des 
versions  de  l'Ecriture,  des  Offices  de  V Eglise  et  des  ouvrages  des 
Pères,  et  en  particulier  de  la  nouvelle  traduction  du  Bréviaire, 
contre  la  sentence  de  i Officiai  de  Paris ,  du  10  avril  1088. 
(Cologne  1088,  in-12.) 

(1088).  En  cette  année,  on  publia  à  Rome  l'ouvrage  sui- 
vant, de  Pompée  Ugonius,  professeur  Romain,  mort  en 
1614  :  Istoria  délie  Stazioni  di  Roma,  che  ci  celebrano  la 
Quaresima,  in-8°. 

(1G88).  Jean-Justin  Ciampini,  illustre  Prélat  Romain,  fut 
trop  versé  dans  la  connaissance  de  l'archéologie  chrétienne , 
pour  n'avoir  pas  cultivé  la  science  liturgique.  Nous  citerons 
de  lui,  sous  ce  point  de  vue  :  1°  Conjecturœ  de  perpetuo  azy- 
morum  usu  in  Ecclesia  Latina,  vel  saltem  Romana.  (Rome 
1688,  in-K) 

2°  Dissertatio  historica  an  Romanus  Pontifex  baculo  pas- 
toraliutatur.  (Rome  1690,  in-4°.  ) 

3°  Vetera  monimenta  in  quibus  prœcipue  musiva  opéra , 
sacrarum,  profanarumque  œdium  structura,  ac  nonnulli 
antiqui  ritus  ,  dissertationibus  ,  iconibusque  illustrantur . 
(Rome  1690  et  1699,  2  vol.  in-folio.)  Ils  forment  les  deux 
premières  parties  de  cet  important  ouvrage  :  les  deux  der- 
nières n'ont  jamais  été  publiées. 

4°  De  sacris  œdificiis  a  Constantino  Magno  constructis, 
(Rome  1693,  in-folio.) 


LITURGIQUES.  157 

5°  De  Cruce  stationali,  investigatio  historica.  (Rome  1694, 
in-4°.) 

6°  Explicatio  duorum  sarcophagorum ,  sacrum  Baptis- 
matis  ritum  indicantium.  (  Rome  1696 ,  in-4°.  ) 

(1690).  Dom  Thierry  Ruinart,  illustre  Bénédictin  de  la 
Congrégation  de  Saint-Maur,  appartient  à  notre  Bibliothèque 
par  son  ouvrage  intitulé  :  Disquisitio  historica  de  Pallio  Ar- 
chiépiscopale, qui  a  été  inséré  dans  le  troisième  tome  des 
œuvres  posthumes  de  Dom  Mabillon.  (  Paris  1724,  in-4°.  ) 

(1690).  Dom  Edmond  Martène ,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation de  Saint-Maur ,  s'est  acquis  une  gloire  immortelle 
dans  la  science  liturgique.  Il  se  fit  d'abord  connaître  dans 
cette  partie  par  ses  cinq  livres  :  De  antiquis  Monachorum 
Ritibus,  dont  il  avait  entrepris  la  publication  d'après  le  con- 
seil de  Dom  Mabillon ,  et  qui  parurent  à  Lyon  en  1690 ,  deux 
volumes  in-4°.  Ce  premier  ouvrage,  d'une  érudition  aussi 
intelligente  que  variée ,  fut  bientôt  suivi  d'un  autre  dans  le 
même  genre ,  sous  ce  titre  :  De  antiquis  Eccîesîœ  Ritibus , 
publié  à  Rouen,  1700-1702,  3  vol.  in-4°.  On  doit  regarder 
comme  la  suite  et  le  complément  de  ce  traité,  celui  que 
Dom  Martène  donna  bientôt  après  sous  ce  titre  :  Tractatus 
de  antiqua  Ecclesiœ  disciplina  in  Divinis  celebrandis  Officiis. 
(Lyon  1706,  in-4°.)  Vers  la  fin  de  sa  vie  laborieuse,  Dom 
Martène  prépara  une  nouvelle  édition  de  ces  trois  ouvrages 
en  une  seule  collection,  et  augmenta  ce  grand  ensemble 
de  plus  d'un  tiers.  L'édition,  sous  le  titre  de  Antiquis  Ec- 
clesiœ Ritibus,  parut  à  Anvers  en  1736,  3  vol.  in-folio.  Le 
quatrième  ne  fut  publié  qu'en  1738,  à  Milan,  et  non  pas  à 
Anvers ,  comme  le  porte  le  frontispice. 

(1691).  P.  R.  Hérisson,  Prêtre  Français ,  a  donné  un  livre 
intitulé  :  Manuductio  sacerdotis  ad  primum  ejus  ac  prœci- 
puum  officium,  sive  explmatio  sacrosancti  Missœ  saerificii 


4#£  INSTITUTIONS 

juxta  Missalis  Romani  prœscriptum.  (  Lyon  1691 ,  in-4°.  ) 

(1692).  C'est  Tannée  en  laquelle  commença  de  se  faire 
connaître  dans  le  monde  liturgique  Jean  Grancolas,  Docteur 
de  Sorbonne,  à  qui  il  n'a  manqué  qu'une  intelligence  plus 
complète  du  véritable  génie  catholique,  pour  être  unliturgiste 
accompli,  La  hardiesse  des  sentiments  et  le  mépris  pour 
tout  ce  qui  ne  tenait  pas  immédiatement  aux  usages  de  l'E- 
glise primitive,  était  une  maladie  trop  commune  dans  les 
hommes  de  son  temps,  pour  que  Grancolas ,  qui  appartient 
également  au  dix-septième  et  au  dix-huitième  siècles,  eût  pu 
entièrement  lui  échapper.  Après  avoir  fait  ainsi  nos  réserves 
sur  l'esprit  frondeur  du  personnage,  nous  donnerons  ici 
la  liste  de  ses  remarquables  productions. 

1°  Traité  de  l'antiquité  des  Cérémonies  des  Sacrements. 
(Paris  1692,  in-12.) 

2°  De  l'Intinction,  ou  de  la  Coutume  de  tremper  le  pain 
consacré  dans  le  vin.  (  Paris  1693,  in-12.) 

3°  Histoire  de  la  Communion  sous  une  seule  espèce.  (  Paris 
4696,  in-12.) 

4°  Les  anciennes  Liturgies,  ou  la  manière  dont  on  a  dit  la 
sainte  Messe  dans  chaque  siècle,  dans  les  Eglises  d'Orient  et 
dans  celles  d'Occident.  (  Paris  1697,  in-8°.  ) 

5*  L'ancien  Sacramentaire  de  l'Eglise,  où  sont  toutes  les 
pratiques  qui  s'observaient  dans  l'administration  des  Sacre- 
ments chez  les  Grecs  et  chez  les  Latins.  (Paris  1698-1699, 
2  volumes  in-8°.  ) 

6°  Traité  de  la  Messe  et  de  l'Ofjîce  divin.  (Paris  1713,  in-12.) 

7°  Dissertations  sur  les  Messes  quotidiennes  et  sur  la  Cou- 
fession.  (Paris  1715.) 

8°  Commentaire  historique  sur  le  Bréviaire  Romain.  (Paris 
1727,  deux  volumes  in-12.  )  Cet  important  ouvrage  a  été 
traduit  en  !atin  et  publié  à  Venise  en  1734,  in-4\ 


LITURGIQUES.  459 

(1694).  Dom  Claude  de  Vert,  Trésorier  de  Gluny,  dont 
nous  avons  parlé  pour  ses  travaux  sur  le  Bréviaire  de  cet 
Ordre ,  et  dont  nous  parlerons  encore  au  chapitre  suivant , 
fut  un  homme  grandement  érudit ,  mais  audacieux  et  ami 
des  nouveautés,  sous  prétexte  de  zèle  pour  l'antiquité.  Il  a 
donné  :  1°  Eclaircissements  sur  la  ré  formation  du  Bréviaire 
de  Cluny.  (Paris  1690.)  Cet  opuscule,  mal  écrit  et  peu  con- 
cluant, devait  être  suivi  de  plusieurs  autres  dans  le  même 
but ,  qui  ne  parurent  pas.  2°  Dissertation  sur  les  mots  de 
Messe  et  Communion  ,  avec  quelques  digressions  sur  les 
agapes  ,  les  eulogies ,  le  pain  bénit  t  l'ablution,  etc.  (  Paris 
1694,  in-12.)  Dom  de  Vert  prétend,  dans  ce  livre,  réfuter 
Mabillon,  dont  nous  avons  annoncé  ci-dessus  un  opuscule 
sur  le  même  sujet.  3°  Enfin  le  fameux  et  scandaleux  ouvrage 
intitulé  :  Explication  simple ,  littérale  et  historique  des  Céré- 
monies de  l'Eglise.  [  Paris.  )  Les  deux  premiers  volumes , 
publiés  en  1706  et  1707,  furent  réimprimés  en  1709,  avec 
des  corrections  et  additions  ;  les  deux  autres  ne  parurent 
qu'en  1713. 

(1700).  J.  Le  Lorrain  est,  d'après  Barbier,  dans  son  Dic- 
tionnaire des  Anonymes ,  l'auteur  de  l'ouvrage  érudit  et 
frondeur  intitulé  :  De  l'ancienne  Coutume  de  prier  et  d'adorer 
debout,  le  jour  du  Dimanche  et  des  fêtes,  et  durant  le  temps  de 
Pâques  ;  ou  Abrégé  historique  des  Cérémonies  anciennes  et 
modernes,  (Liège  1700,  2  vol.  in-12.  ) 

(1700).  Joseph  Solimeno,  Protonotaire  Apostolique,  est 
auteur  du  grand  et  savant  ouvrage  intitulé  :  Il  Corteggio  Eu- 
charistico,  cioe  trattato  istorico  theologico  mistico  sopra  le 
regole  stabilité  dalla  S.  di  N.  S,  Papa  Innocenzo  XII,  per  la 
maggiore  venerazione  che  dove  prestarsi  al  Santissimo  5a- 
gramento  in  portani ,  ministrarsi  $  rmversi,  (Rome  1700, 
in-folio.  ) 


160  INSTITUTIONS 

Nous  terminerons  cet  important  chapitre  par  les  graves 
considérations  qui  suivent  : 

Durant  la  seconde  moitié  du  dix-septième  siècle,  on  vit 
prévaloir  en  France  sur  la  Liturgie  des  principes  entièrement 
opposés  à  ceux  qui  avaient  été  professés  et  ont  continué  de 
Têtre  dans  les  autres  provinces  de  l'Eglise  Catholique. 

Ces  principes ,  émis  sous  le  prétexte  de  perfectionnement, 
se  trouvent  être  identiques  à  plusieurs  de  ceux  que  nous 
avons  signalés  ci-dessus  comme  formant  le  système  Anti-li- 
turgiste  ;  et  pour  entrer  dans  le  détail  nous  ferons  remarquer 
que  : 

1°  Vèloignement  pour  la  tradition  dans  les  formes  du  culte 
divin  parut  dans  l'affectation  avec  laquelle  on  expulsa  du 
Bréviaire  et  du  Missel  de  François  de  Harlay,  et  des  livres  de 
Cluny,  les  anciennes  pièces  Grégoriennes,  l'ancien  Calendrier 
des  Fêtes  et  des  Saints ,  etc. ,  sans  égard  pour  l'antiquité. 

2°  L'intention  de  remplacer  les  formules  de  style  ecclésias- 
tique par  des  lectures  de  l'Ecriture  Sainte  se  manifesta  pareil 
lement  chez  nous  dans  le  système  suivi  par  les  rédacteurs  des 
livres  liturgiques  dont  nous  parlons,  qui  tendirent  à  refondre 
entièrement  l'Office  divin  et  à  le  composer  exclusivement  d( 
centons  bibliques. 

5°  Les  correcteurs  des  nouveaux  Bréviaires  ne  craigniren 
cependant  pas  de  fabriquer  et  d'introduire  des  pièces  nou 
velles  de  leur  composition ,  Hymnes,  Oraisons,  etc.  ;  par  quo 

4°  Ils  tombèrent  en  contradiction  avec  leurs  propres  prin 
çipes  ;  parlant  d'antiquité ,  en  faisant  des  choses  modernes 
de  parole  de  Dieu,  en  donnant  des  paroles  humaines. 

5°  Le  caractère  de  cette  innovation  fut ,  pour  les  livre 
liturgiques  qui  eniurent  le  théâtre,  une  affligeante  diminu 
tion  de  cet  esprit  de  prière  qu'on  appelle,  onction,  dans 


LITURGIQUES.  461 

Catholicisme;  ainsi  qu'on  en  peut  juger  par  le  simple  aspect 
du  Bréviaire  de  Cluny  et  des  Hymnes  de  Santeul. 

6°  L'affaiblissement  du  culte  de  la  Sainte  Vierge  et  des 
Saints  est  pour  ainsi  dire  le  caractère  principal  et  comme  le 
but  avoué  de  la  réforme  liturgique  du  dix-septième  siècle. 

7°  A  la  même  époque,  on  remarque  un  mouvement  mar- 
qué vers  les  traductions  de  l'Ecriture  Sainte  et  de  la  Liturgie 
en  langue  vulgaire, 

8°  Les  changements  introduits  dans  la  Liturgie,  loin  d'être 
favorables  à  l'autorité  du  Pontife  Romain,  attestent  haute- 
ment l'intention  de  déprimer  cette  autorité  sacrée,  et  pa- 
raissent le  résultat  évident  des  doctrines  proclamées ,  mais 
non  inventées,  en  1682. 

9°  Le  Bréviaire  de  François  de  Harlay  ne  se  montre  point 
exempt  du  désir  de  flatter  par  certains  retranchements  et 
substitutions  la  puissance  séculière. 

Enfin ,  et  ce  qui  est  le  plus  effrayant ,  le  nouveau  Bréviaire 
de  Paris  et  celui  de  Cluny  vont  devenir  la  source  principale 
des  innovations  que  la  France  verra  bientôt  introduire  dans 
la  Liturgie. 

Ajoutons  pour  complément  et  pour  explication ,  que  des 
Jansénistes  (  des  hérétiques  par  conséquent  ) ,  ont  trouvé 
accès  dans  le  sanctuaire ,  et  ont  eu  l'audace  de  souiller  un 
Rituel  de  leur  venin  ;  que  plusieurs  Evêques  se  sont  déclarés 
pour  cette  œuvre,  malgré  la  condamnation  du  Saint  Siège; 
que  des  Jansénistes  notoires  et  des  fauteurs  des  Jansénistes 
font  partie  des  commissions  pour  la  rédaction  des  Bréviaires 
de  Paris  et  de  Cluny.  Nous  rappellerons  donc  en  finissant 
ces  paroles  du  Sauveur  :  Attendite  a  falsis  prophetis,  et  le 
reste. 

Quant  à  Funité  liturgique,  œuvre  des  Pontifes  Romains 
Etienne  II  et  Adrien  Ier  ;  des  Rois  Pépin  et  Charlemagne  ;  de 

T.  II.  H 


162  INSTITUTIONS 

saint  Pie  V  et  des  Conciles  provinciaux  de  France  ;  reconnue 
encore  de  fait  et  de  droit  par  l'Assemblée  du  Clergé  de  1605 
et  1606;  le  dix-septième  siècle,  en  finissant,  la  voit  ébranlée 
et  chancelante ,  et  avec  elle  les  antiques  mœurs  catholiques, 
les  arts ,  la  poésie  :  toutes  choses  que  le  dix-huitième  siècle 
ne  relèvera  pas. 

A  Rome,  les  Souverains  Pontifes  maintenaient  fidèlement 
les  livres  réformés  par  saint  Pie  V,  et  la  chrétienté  se  mon- 
trait attentive  aux  décrets  qu'ils  rendaient  pour  ajouter  de 
nouveaux  Offices  au  Calendrier. 

Ces  nouveaux  Offices ,  dont  l'adjonction  dérogeait  à  des 
règles  antérieurement  établies,  avaient  pour  but  de  mettre 
dans  tout  son  jour  la  solennelle  confiance  de  l'Eglise  dans 
l'intercession  des  Saints,  dont  le  culte  allait  souffrir,  en 
France ,  de  si  rudes  atteintes  dans  les  Bréviaires  modernisés. 


LITURGIQUES.  165 


NOTES  DU  CHAPITRE  XVÎI. 

NOTE  A. 

ALEXANDER  PAPA  VII , 

AD  FUTURAM  REI  MEMORIAM. 

Ad  aures  nostras  ingenti  cum  animi  mœrore  pervenit ,  quod  in  Regno 
Gallice  quidam  perdilionis  filii,  in  perniniem  animarum  novitalibus  stu- 
dentes  et  Ecclesiasticas  sanctioues  ac  praxim  contemnentes  ,  ad  eam 
nuper  vesaniam  pervenerint,  ut  Missale  Romanum  Latino  idiomate 
longo  tôt  saeculorum  usu  in  Ecclesia  probato  conscrîptum ,  ad  Gallicam 
vulgarem  linguam  convertere,  sicque  conversumtypis  evulgare,  et  ad 
cujusvis  ordinis  et  sexus  personas  transmittere  ausi  fuerint,  et  ita 
sacrosancti  ritus  majestatem  latinis  vocibns  comprehensam  dejicere  et 
proterere,  ac  sacrorum  mysteriorum  dignitatem  vulgo  exponere,  te- 
merario  conatu  tentaverint.  Nos  quibus  Hcet  immeritis,  vineae  Domini 
Sabaoth  a  Christ o  Salvatore  nostro  plantatœ,  ejusque  pretioso  sanguine 
irrigatae,  cura  demandata  est,  ut  spinarum  ejucmodi,  quibus  illa  obrue- 
retur  obviemus  incremento,  earumque,  quantum  in  Deo  possumus, 
radiées  succidamus,  quemadmodom  novitatem  istam  perpetui  Eccle- 
sia3  decoris  deformatricem ,  inobedientiae ,  temeritatis,  audaciae,  sedi- 
tionis,  schismatis  aliorumque  plurium  malorum  facile  productricem 
abhorremus  et  detestamur,  ita  Missale  praefatum  Gallico  idiomate  a 
quocumque  conscrîptum ,  vel  in  posterum  alias  quomodolibet  conscri- 
bendum  et  evulgandum,  motu  proprio,  et  ex  certa  scientia  ac  matura 
deliberatione  nostris ,  perpetuo  damnamus,  reprobamus,  et  interdici- 
mus,  ac  pro  damnato,  reprobaio  et  interdicto  haberi  volumus,  ejus- 
que impressionem ,  lectionem  et  retentionem  universis  et  singulis 
utriusque  sexus  Christifidelibus  cujuscumque  gradus,  ordinis,  con* 
ditionis,  dignitatis,  honoris  et  prééminent  iae ,  licet  de  illis  specialis  et 
individua  mentio  habenda  foret ,  existant ,  sub  pœna  excommunicatio- 
ns latae  sententise  ipso  jure  inc  irrendae ,  perpetuo  prohibemus  :  man- 
dantes quod  statim  quicumque  illud  habuerint,  vel  in  futurum  quo- 
modocumque  habebunt,  realiter  et  cum  efFectu  exhibeant,  et  tradant 
locorum  Ordinariis ,  vel  Inquisitoribus ,  qui ,  nulla  interposita  mora , 
exemplaria  igné  comburant ,  et  comburifa.ciant,  in  contrarium  facien- 


164  INSTITUTIONS 

tibus  non  obstantibus  quibuscumque.  Datum  Roraœ  apud  S.  Mariam 
Majorem  sub  annulo  Piscatoris  die  12  Januarii  1661 ,  Pontiticatus 
nos  tri  an.  6. 

NOTE  B. 

CLEMENS  PAPA  IX , 
AD  FUTURAM  REI  MEMORIAM. 

Crédit»  nobis  divinitus  omnium  Ecclesiarum  sollicitudinis  ratio  exi- 
git  ut  Ecclesiasticae  disciplina,  cujus  custodes  a  Domino  constituti 
sumus,  ubique  conservandae  jugiter  incumbentes,  omni  cura  atque  vi- 
gilantia  praecavere  studeamus,  ne  quid  in  eam  irrepat,quo  quomodo- 
libet  turbari,  auta  prœscripiis  ritibus  aberrare,  et  via  erroribus  ape- 
riri  possit.  Cum  itaque  (  sicut  nobis  innotuit)  anno  proxime  elapso 
typis  impressus ,  ac  in  lncem  Parisiis  editus  fuerit  Gallico  idiomate 
liber ,  cui  titulus  est  :  Rituel  Romain  du  Pape  Paul  F,  à  l'usage  du 
Diocèse  d'  4lelh,  avec  les  Instructions  et  les  Rubriques  en  françois  ;  in 
quo  non  solum  continentur  nonnulla  ab  ipso  Rhu^li  Romano,  jussu  fe- 
licis  recordationis  Pauli  Papa?  V,  Praedecessoris  nostri  edito,  aliéna,  sed 
etiam  doctrine  quaedam  et  propositiones  falsae,  singulares,  in  praxi 
periculosae,  erroneae,  et  consuetudini  in  Ecclena  communiler  receptœ, 
atque  Ecclesiasticis  Constitutionibus  oppositae  et  répugnantes ,  quarum 
usu  et  lectione  Christilideles  in  jam  damnatos  errores  sensim  induci, 
ac  pravis  opinionibus  infici  possent. 

INos  opportunum  huic  malo  remedium  adhibere  volentes ,  motu  pro- 
pria, et  ex  certa  scientia,  ac  matura  deliberatione  nostris,  librum  sub 
titulo  Ritualis  Gallico  idiomate  editum  praefatum,  auctoritate  Apos- 
tolica  tenore  praesentium  omnino  damnamus,  reprobamus  et  interdi- 
cimus,  ac  pro  damnato,  ac  reprobato,  et  interdicto  haberi  volumus, 
ejusque  impressionem ,  lectionem ,  retentionem ,  et  usum  universis  et 
singulis  utriusque  sexus  Christihdelibus  praesertim  civitatis  et  Diœ- 
cesis  Aletensis,  cujuscumque  gradus,  conditionis,  dignitatis,  et  praee- 
minentiae  existant,  licet  de  illis  specialis  et  individua  mentio  habenda 
foret ,  sub  pœna  excommunications  latae  sententiae  ipso  facto  incur- 
rendae,  perpetuo  prohibemus.  Mandantes  ut  statim  quicumque  illum  ha- 
buerint ,  vel  in  futurum  quandocumque  habebunt,  locorum  Ordinariis, 
vel  Inquisitoribus ,  qui  vero  venerabili  Fratri  Episcopo  Aletensi  sub 
sunt,  Metropolitano ,  aut  uni  ex  vicinioribusEpiscopis,  realiter  et  eu 
effectu  exhibeant,  tradant  et  consignent;  qui  nulla  interposita  mor 
exemplaria  sibi  tradita ,  et  alia  quaecumque  habuerint  igné  combu 
rant ,  et  comburi  faciant  ;  in  contrarium,  facientibus  non  obstantibu 


LITURGIQUES.  165 

quibuscumque.  Ut  autem  présentes  Litterse  ad  omnium  notitiam  fa- 
cilius  deveniant ,  volumuset  auctoritate  praedicta  decernimus  ,  illas  ad 
valvas  Basilicae  Principis  Apostobrum  ,  et  Cancellariœ  Apostolicœ,  ac 
ia  Acie  campi  Flora  de  Urbe  per  aliquem  ex  cursoribus  nostris  publi- 
cari,  ac  illarum  exempla  ibidem  affixa  reliaqui,  illasque  sic  publicatas 
omnes  et  singulos,  quos  concernunt,  proinde  affieere  et  arctare,  ac  si 
illorum  unicuique  personaliter  notificatse  et  intima  tas  fuissent.  Ipsarum 
vero  praesentium  Litterarum  transumptis,  seu  exemplis,  etiam  im- 
pressis,  manu  alicujus  Notarii  publici  subscriptis,  et  sigillo  personaa  in 
Ecclesiastica  dignitate  constitutœ  munitis,  eamdem  fidem  in  judicio, 
et  extra  illud  haberi ,  quœ  eisdem  praesentibus  haberetur,  si  forent 
exhibitae,  vel  ostensae.  Datum  Romasapud  S.  Petrum  sub  annulo  Pis- 
catoris  die  9  Aprilis  1668,  Pontificatus  nostri  anno  primo. 


IVOTE  G. 


FRANCISCUS  MISERATIONE  DIVINA  ET  SANCTJE  SEDIS  APOSTOLICA3 
GRATIA  PAR1SIENSIS  ARCH1EPISCOPUS,  DUX  ET  PAR  FRANCIS, 
REGIORUM  ORDINUM  COMMENDATOR, 

CLERO  PARiSIENSI  SALUTEM  IN  EO  QUI  EST  OMNIUM  VERA  SALUS. 

Etsi  nulla  pars  vitae  hominum  a  religioso  vacare  deberet  orationis 
obsequio ,  intiroaitati  tamen  hurnanae  Ecclesia  prospiciens,  certas  dum- 
taxat  horas,  discretas  ab  invicem  ,  easque  tum  nocturnastum  diurnas 
indxit,  quibus  Christiani,  ac  prœsertim  Clerici,  divinis  laudibusope- 
ram  darent,  ut  nempe  septies  saltem  in  die  laudern  dicerent  Domino. 

Et  sane  ante  H.eronymi  tempora  idem  ille ,  qui  postmodum  inva- 
luit,  Deo  per  diversas  horas  supplicandi  ritus  jam  usurpabatur;  nam 
et  ad  Laetana  scribens,  autor  est  ut  ejus  filia  vel  a  teneris  annis  assues- 
cal  ad  Orationes  et  Psalmos  nocte  consurgere,  mane  ffymnos  canere, 
Tertia ,  Sexta,  Nona  hora  stare  in  acie  quasi  bellatrix  Christi,  et  ac- 
cerna  tucerna  reddere  Sacrificium  Vespertinum. 

Sic  nempe  sejunctarum  ad  fundendas  preces  levé  nobis  Horarum 
onus  injungit  Ecclesia  ;  ut,  si  forte  aliquo  fuerimus  opère  detenti , 
ipsum  nos  ad  Officium  tempus  adnaoneat ,  ut  et  anima  quae  terrenis 
adhuc  desideriis  implicetur,  ex  intervallo  saltem,  ad  divina  respiret. 
Sic  cum  Psalmista  benedicimus  Dominum  in  omni  tempore;  sic  semper 
laus  ejus  in  ore  nostro;  sic  et  obtemperaraus  Aposto'o  praecipienti  ut 
sine  intermissione  oretur;  sic  denique  illud  Christi  Domini  effatum  : 
Oportet  semper  orare  et  non  deficere,*  nonnullis  perperam  intellectum, 


166  INSTITUTIONS 

sanissime,  Augustino  teste,  accipitur,  cum  nuîlo  die  orandi  tempora 
ïntermittuntur. 

Atque  illum  quidem  statutishoris  Deosnpplicandi  ritum  Parisiensis 
Ecclesia  sacrarum  institutionum  fidissima  custos  ea  relitdone  hucus- 
que  tenuit,  ut  ex  pra?cipnis  orbis  ChristianiErclesiis,  primaevum  illum 
média  de  nocte  surgendi  morem  ad  canendum  Deo,  constantissime  sola 
servaverit ,  quo  cum  Psalmista  dicere.  Deo  veraciter  possit  :  Media  nocte 
surgebam  ad  confitmdum  tibi  super  judiàa  justifient ionis  tuœ. 

At  vero,  cum  vel  hominum  int.uria,  vel  injuria  temporum,  quacre- 
rum  est  huimnarum  conditio,  nonnihil  castigatione  dignum  etiara  in 
preces  publicas  irrepere  quandoque  soleat  ;  sapientissime  sancivit  Ec- 
clesia, ut  omni  cura  ac  soilicitudine  in  Librorum  Pcclesiasticorum  re- 
formationem  identidem  incumbere  velint  Episcopi  :  qui  et  ex  Conei- 
liorum  ,  etiam  quae  Pari^ii>  habita  sunt ,  praescripto  tenentur,  Missalia, 
Breviaria,  aliosque  id  genus  libros ,  diligenler  expendere  ;  quae  in  illis 
superflua,  aut  non  salis  pro  Ecclesiae  dignitate  convenientia  judicave- 
rint,  continuo  tollere  et  resecare;  qna?  necessaria  vidèrent,  adjicere  : 
ut,  amputatis  quaesuper>titiosius  fuerintinvecta,  ea  solum  quae  Eccle- 
siae dignitati  et  priscis  institutis  consentante  eensuerint,  relinquantur. 
Quibus  Ecclesiae  decretis  Illustrissimus  PereGxius  Praedecessor  nos- 
ter,  qua  erat  religione,  obsecutus;  pro  sna  pastorali  vigilantia,  paulo 
ante  obitum,  ad  reformat ionem  Breviarii  Parisiensis  animum  adjecit 
virosque  pietate  et  erudiiione  insignes,  quorum  nonnulli  a  venerabil 
Ecclesiae  nos  tree  Capitulo  norainati  suut,  adliibuit;  qui  diu  expetiturr 
hujusce  reformations  opus,  ipso  adhuc  ia  vivisdegente,  aggressi  suut 
?ios  vero,  ubi  primum,  divina  permittente  Providentia,  ad  banc  se 
dem  ev.cti  sumus,  inler  praccipuas  pastoralis  officii  curas,  ad  Librorunl 
Ecclesiasticorum  reforniatiouem,  ut  par  est,  intenti;  eorumdem  péri 
tissimorum  virorum,  alior unique,  qui  eorum  nonnullis,  ubi  ac  prou 
necesse  fuit ,  sufFecti  sunt ,  usi  sumus  opéra  ;  qui  quidem,  habitis  inl€ 
se  plurimis,  idque  etiam  coram  nobis  ipsis  saepissime,  sessionibus 
variisque  collationibus,  opus  illud  arduum  ad  felicem  tandem  exitu; 
perduxerunt. 

Cum  itaque  in  Breviarium  Parisiense  postremis  temporibus  nonnul 
irrepsissent ,  et  ea  quidem  regulis  ab  Ecclesia  constituas  non  bei 
convenientia;  omni  cura  et  qua  oportuit  prudentia  efFectum  est , 
quaB  forent  Ecclesiae  splendori  aut  dignitati  religionis  minus  conson 
quœ  in  Homiliis  Patrum  spuria  vel  supposititia  ;  quae  in  Actis  Sanctor«| 
falsa  aut  incerta  ;  in  omnibus  démuni  quae  pietati  minus  essent  ci 
seutanea ,  ad  legem  et  regularn  componerentur  :  atque  adeo  necei)i 
visum  est,  quaedam  omnino  expungere,  nonnulla  pridem  omissai 


LITURGIQUES.  167 

jicere ,  ordine  convenientiori  multa  disponere ,  Hymnos  meliori  stylo 
élabora tos  in  rudîorum  locum  substituere,  pleraque  obsoleta  nec  ao 
curata  satis  instaurare. 

Quae  vero  addiia  sunt,  ea  prorsus  fuere  deprompta,  aut  ex  scripto- 
ribus  melioris  nota),  atque  iis  plerumque  vel  coaetaneis  vel  saltem  sup- 
paribus  rerum  quse  referuntur  historicis;  aut  ex  purissimis  priscse 
traditionis  fontibus,  genuinis  nimirum  atque  indubitatis  sanctorum 
Patrum,  quin  et  antiquissimorum ,  op<ribus;  aut  denique,  illudque 
maxime,  ex  sanctioribusScripturaB  sacraB  oraculis ,  cujus  Libri  omnes, 
quautum  fieri  potuit,  in  totam  anni  seriem  dis»  ributi  sunt ,  restitutis 
quorum  lectio  in  novissimis  editionibus  praeiermissa  fuerat.  Orania 
vero  diligenter  Yecognovimus,  retenta  Parisiensis  Breviarii  forma,  et 
servato  veteri  Ecclesise  nostraB  r  tu. 

Quocirca,  de  venerabilium  Fratrum  nostrorum  EcclesiaB  nostraB 
Canonicorum  consilio ,  omnibus  nostraB  DiaBceseos  Ecclesiis,  Monasté- 
riis,  Collegiis,  Communitatibus ,  Ordinibus,  necnon  omnibus  Clericis, 
qui  ad  illud  tenentur,  mandamus  et  praecipimus  ut  hocce  Breviario 
nostro  a  nobis,  ut  sequitur,  digesto  et  concinnato,  nec  alioquolibet, 
in  posterum  utantur  ;  districte  videlicet  omnibus  typographis  et  biblio- 
polis ,  aliisve  quicumque  sint ,  inhibentes ,  ne  vêtus  Breviarium  recu- 
dere  ;  omnibus  vero  qui  ad  divinum  Qfficium  tenentur,  ne  aliud  quam 
nostrum  hoc  recognitum  et  emendatum,  sive  privatim,  sive  publiée, 
recitare  présumant. 

Meminerint  porro,  quoties  debitum  precationis  exolvunt,  suo  sic 
debere  se  fungi  officio,  ut  cogitât  io  ouinis  carnalis  et  saBcularis  absce- 
dat  :  nec  quicquam  tune  animus  quam  id  solum  quod  precatur  cogitet  : 
ut  sic  orantibus  swmo  et  precatio  cum  disciplina,  quietem  continens 
etpudorem:  ut  denique  mente  et  spiritu  psallentes,  quod  ore  profe- 
runt,  corde  credaot;  et  quod  corde  credunt,  moribus  exequantur. 
Datum  Parisiis  in  Palatio  nostro  Archiepiscopali ,  Calendis  Junit,  anno 
Domini,  M.  DC.  LXXX. 

NOTE  D. 

FRANCISCUS  MISERATIONE  DIVINA  ET  SANCTiE  SEDIS  APOSTOLKLE 
GRATIA  ARCHIEPISGOPUS ,  PARISIENSIS  DUX  ET  PAR  FRANCIS, 

'     REGIORUM   ORDINUM   COMMEiNDATOR ,  SORBON-&   ET  NAVARRE 
PROYISOR  : 
CLERO  PARISIENSI  SALUTEM  IN  EO  QUI  EST  OMNIUM  VERA  SALUS. 

Sacrorum  Antistites,  ex  divina  di  positione,  ex  EcclesiaB  cou^tiiu- 
tione,  ex  Sacrificii  lege ,  ex  ministerii  conditioue ,  Sacr  ificiorum  ritibus 


168  INSTITUTIONS 

ordinandis  invigilare  oportere  nerno  est  qui  non  faleatur,  si  modo 
Scripturarum  oracula,  si  Conciliorum  statuta,  si  Sacriticii  d.'gnita- 
tem  atque  pra?stantiam,  si  Pontificii  muneris  amplitudinem  quadan- 
tenus  noverit.  Cum  enim  nihil  hab/at  neque  vera  luligio  augustius, 
neque  Christi  Ecclesia  saeratius,  tremendo  ac  veneraado  altaris  Sa- 
cramento  :  quin  t^nti  mysterii  majestati  tuendœ,  atque  adco  libris  qui 
ei  rite  celebrando  inserviuntexpendendis  atqae  recensondis,  debeant 
maxime  Episcopi  incumbere,  nemini  dubium  esse  potest.  Hinc  ut 
nuper  recognilo  per  Nos  Parisien >i  Breviario  Missale  re^ponderet ,  et 
ad  convenientiorern  normam  restitueretur,  animum  adjecimus  :  cui 
instaurando  ac  recognoscendo  Nos  ipti  invigilantes  una  cum  virisquos 
selegimus  sacrarum  Scripturarum  ,  doctrinœ  Patrum ,  et  rerum  Eccle- 
siae  periios,  collatis  vetustissimis  codicibus  ,  necnon  antiquis  Missaiium 
exemplaribus  quibus  Parisiensis  usa  est  Ecclesia ,  quœdam  ex  usu  ve- 
teri  repetenda  ,  quœdam  vero  ad  mcliorem  formam  revocanda ,  judi- 
cavimus. 

Quatuor  porro  maxime  in  augustissimi  Mysterii  ritu  jam  ab  initio 
nascentis  Ecclesia?,  ex  Apostolo  ad  Timotheum  scribente,  adhibita 
fuerunt;  Obsecrationes,  Orationes,  Postulationes,  Gratiarum  Actio- 
nes.  Quœ  quidem  ita  tieri  pra?cepit  Apcstolus,  imope-r  Apostolum  Do- 
minus  qui  loquebatur  in  Apostolo  :  et  hanc  legem  supplieatienis  ita 
omnium  Sacerdotum  et  omnium  Fideliura  devotio  concorditer  tetiet, 
ut  nulla  pars  mundi  sit  in  qna  hujusmodi  orationes  non  ceiebreniur  a 
populis  Christianis.  Et  quidem  Precationes  accipimus  dictas  quas  fa- 
cimus  in  célébrai ione  Sacramentorum ,  anteqnam  illud  quod  est  in 
Domini  mensa  incipiat  benedici;  Orationes,  cum  benedicitur  et  sanc- 
tificatur,  et  ad  distribuendum  comminuttur,  quam  totam  petitionem 
fere  omnis  Ecclesia  Dominica  Oiatione  conclndit.  Postulationes  autera 
fiunt  cum  populus  benedicitur  ;  tune  enim  Antistites  velut  advocati 
susceptos  suos  per  manus  impositionem ,  mise  ricordissimaî  offerunl 
Potestati.  Quibus  peractis,  et  participato  tanto  Sacramento,  Gratia 
rum  actio  cuncta  concludit ,  quam  in  his  etiam  verbis  ultimam  com- 
mendavit  Apostolus. 

Nos  itaque ,  juxta  rerum  hanc ,  quae  in  sanctissimo  Altaris  Mysteric 
jam  a  primis  temporibus  servabantur,  distinctionem  ;  quaecumque  ii 
ipsa  Sacramenti  sanctilicatione  ubique  terrarum  uniformi  ratione  per 
aguntur,  quaeque  cum  ceteris  omnibus  orbis  Chrktiani  partibus  jan 
a  prima  sui  institutione  Parisiensis  tenet  Ecclesia,  inviolabili,  ut  pa 
est,  religione,  intacta  reliquimus  :  quae  vero  pro  diversitate  locorun 
pati  possunt  aliquam  in  ritu  varietatem,  ex  collatis  inter  se  antiqui. 
codicibus  etvariisEcclesiarum  Liturgiis ,  aut  restituimus,  autemen 


LITURGIQUES.  169 

davimus,  aut  perfecimus.  Sic  veterem  illum  usum,  qui  et  in  Ecclesîa 
Parisiens!  et  in  aliis  quamplurimis  per  plura  saecula  obtinuit ,  ut  Feriis 
quarta  et  sexta,  qui  dies  Synaxeos  eraut,  alia  cura  Epistolis  haberen- 
tur  Evangelia  ab  iis  quœ  diebas  Dorainicis  leguntur,  restituimus;  et 
habito  singulari  delectu,  ut  cura  Dominicarum  Evangeliis  pleraque 
convenirent ,  effecimus  ;  et  Missis  etiam  quae  aut  in  Mysteriorum ,  aut 
in  Sanctorum  memoriis  Deo  offeruntur,  Lectiones  quoad  potuimus  va- 
rias et  congruentes  assignavimus  :  arque  ita  contigit  ut  totuni  fere 
Novum  Testamentuin  in  Missale  nostrum  induceretur.  Quin  et  ea  quœ 
cantum  attinent,  ex  solo  Scripturarum  sacrarum  canone  desumpsi- 
mus  ;  rali  nihil  quidquam  aut  convenientius ,  aut  ad  commendandam 
augustissimi  Sacramenti  majestatem  appositum  magis,  quam  si  divina 
res,  in  qua  Dei  Verbum  secundum  formam  servi  quam  accepit,  Sacer- 
dos  simul  est  et  oblatio,  ipso  verbo  quo  sese  in  sacris  Scripturis  expres- 
sit,  tractaretur.  Preces  vero,quae  Collectae,  Sécréta?,  et  Postcom- 
municnes  dicuntur  ;  aut  ex  vetustissimis  Sacramentariorum  libris 
selegimus,  aut  si  quas  de  novo  daré  oportuit,  ex  eodem  quo  priores 
exaratœ  sunt,  quantum  Deus  dédit,  spiritu  hausimus. 

Quocirca  omnibus  nostrse  Diœceseos  Ecclesiis , 

earumque  Decanis,  et  Rectoribus,  Ordinibus,  CohVgiis,  Monasteriis, 
Communitatibus,  necnon  omnibus  quicumque  sint  Presbyteris,  qui 
de  jure  vel  consuetudine  Parisiense  Officiura  celebrare  aut  recitare 
tenentur,  de  venerabilium  Fratrum  nostrorum  Ecclesiae  nostrae  Cano- 
nicorum  consilio,  in  Domino  mandamus,  ac  praecipimus,  ut  hocce 
nostro  Missali  a  nobis  digesto  et  recognito,  nec  alio  quolibet  imposte- 
rumutentur:  districte  videlicet  omnibus  typographis  et  bibliopolis, 
aliisve  cujuscumque  conditionis  existant,  inhibentes  ne  ullum  ex  ve- 
teribus  Missale  recudere  ;  neve  deinceps  Presbyteri  ullo  quolibet  alio 
quam  nostro  hoc  recognito,  sive  in  solemnibus,  sive  in  aliis  Missis  uti 
présumant.  Datum  Parisiis  in  Palatio  nostro  Archiepiscopali ,  Idibus 
Novembris,  anno  Domini  M.  DG.  LXXXIV. 


170  INSTITUTIONS 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVIIIe  SIÈCLE. 
AUDACE  DE  L'HÉRÉSIE  JANSÉNISTE.  SON  CARACTÈRE  ANTI- 
LITURGISTE  PRONONCÉ  DE  PLUS  EN  PLUS.  —  QUESNEL.  — 
SILENCE  DU  CANON  DE  LA  MESSE  ATTAQUÉ.  —  MISSEL  DE 
MEAUX.  —  MISSEL  DE  TROYES.  —  LANGUET.  SA  DOCTRINE 
ORTHODOXE.  —  DOM  CLAUDE  DE  VERT.  NATURALISME  DANS 
LES  CÉRÉMONIES.  —  LANGUET.  —  LITURGIE  EN  LANGUE  VUL- 
GAIRE. —  JUBÉ,  CURÉ  d'ASNIÈRES, 

Les  atteintes  portées  à  la  Liturgie,  durant  la  seconde  moi 
tié  du  dix-septième  siècle ,  doivent  faire  pressentir  au  lecteur 
les  scandales  qui  l'attendent  dans  le  cours  de  la  période  que 
nous  venons  d'ouvrir.  La  scène  se  passera  exclusivement  er 
France  ;  c'est  le  seul  pays  où  l'on  ait  cru  devoir  proteste! 
contre  l'unité  liturgique  du  seizième  siècle.  Toutes  les  autre* 
Eglises  d'Occident  sont  demeurées  fidèles  aux  traditions  di 
culte  divin ,  et  leur  voix ,  unanime  avec  celle  de  Rome ,  leu 
Mère  et  Maîtresse,  continue  de  faire  retentir  les  nobles  e 
mélodieux  chants  de  l'Antiphonaire  et  du  Responsorial  Gré 
goriens. 

A  l'entrée  du  dix-huitième  siècle ,  nous  apercevons ,  vie 
torieux  et  de  plus  en  plus  menaçant,  le  Jansénisme  que  se 
triomphes  passés  ont  rendu  comme  invincible.  On  a  content 
exilé  même  ses  principaux  chefs  ;  mais  il  est  partout ,  et  c'es 
pour  cela  qu'on  a  du  ménager  les  innombrables  membres  d 
parti.  Ils  ont  la  science  de  l'antiquité  ecclésiastique,  la  gravi 
des  mœurs  (  sauf  certaines  exceptions  )  ;  en  un  mot,  ils  s« 


LITURGIQUES.  171 

duîraient  les  justes,  si  les  justes,  comme  dit  le  Sauveur, 
pouvaient  être  séduits  (1) .  Tous  les  remèdes  employés  contre 
un  si  grand  mal  sont  rendus  inutiles  par  les  doctrines  qu'on 
laisse  circuler,  ou  plutôt  qu'on  oblige  d'enseigner  dans  les 
écoles.  Ecoutez  le  cri  du  Siège  Apostolique ,  dans  ces  fortes 
paroles  de  Clément  XI  aux  Evêques  de  l'Assemblée  de  1705  : 
«Nous  voyons,  vénérables  Frères,  et  nous  ne  pouvons  le 
i  dire  sans  une  intime  douleur  de  notre  cœur  paternel ,  que , 
»  chaque  jour,  des  gens  qui  se  professent  Catholiques  publient 
»  des  écrits  tendant  à  diminuer  et  à  renverser  les  droits  du 
3 Saint  Siège,  et,  certes,  pour  ne  rien  dire  de  plus,  avec 
»  une  telle  liberté  et  une  telle  licence  que  ce  ne  peut  être 
»  qu'un  sujet  de  joie  aux  hétérodoxes  ennemis  de  l'Eglise,  de 
>  scandale  et  de  deuil  pour  les  orthodoxes  et  les  âmes  pieuses, 
•  sans  nul  avantage,  ni  utilité  pour  personne  (2).  » 

En  effet,  les  constitutions  d'Innocent  X,  d'Alexandre  VII , 
de  Clément  IX,  de  Clément  XI  lui-même,  n'ont  rien  guéri  : 
les  sectaires  leur  appliquent  à  toutes  une  fin  de  non  recevoir 
dans  ce  qu'ils  appellent  les  Maximes  de  l'Eglise  de  France, 
Et  comment  les  Evêques  pourront-ils  contraindre  les  fidèles 
à  une  adhésion  intérieure  d'esprit  et  de  cœur  aux  juge- 
ments du  Siège  Apostolique,  quand  ils  enseignent  eux- 
mêmes  que  les  jugements  du  Pontife  Romain  ne  sont  point 
irréformables  par  là  même  qu'il  les  a  prononcés  ;  quand  ils 

(1)  Matth. 

(2)  Yidemus  enim ,  venerabiles  Fratres  (  quod  non  sine  intimo  pa- 
terni  cordis  nostri  mœrore  loqui  compellimur  ) ,  piurimo  in  dies  ab  iis 
qui  se  Catholicos  profitentur,  palam  scribi  minuendis,  convellendisque 
hujus  Sanctœ  Sedis,  ea  profecto,  ut  minimum  dicamus,  libertate  ac 
licentia  quae  nonnisi  heterodoxis  Ecclebiae  hostibus  gaudio,  orthodoxis 
vero  piisque  scandalo  ac  luctui ,  nemini  certe  fructui  ac  uiilitati  esse 
possint.  (Ephtola  Clementis  XI ,  Jrchiepiscopis ,  Epncopis  et  aliis 
EcctesiaUici$  viris  Conventus  anni  1705.  ) 


172  INSTITUTIONS 

jugent  eux-mêmes  après  le  Siège  Apostolique?  Que  si  Ton 
dit  que  le  consentement  des  Pasteurs  unis  à  leur  chef  forme 
une  définition  irréfragable ,  ceci  suffira  sans  doute  pour  le 
Catholique  fidèle  ;  mais  comment  saisir ,  dans  ses  inextri- 
cables détours,  l'hérésie  qui  fuira  toujours,  tant  qu'on  ne 
lui  opposera  pas  une  répression  efficace?  Aujourd'hui,  le 
Jansénisme  est  mort  ;  mais  il  faut  convenir  qu'on  l'a  laissé 
vivre  tout  ce  qu'il  avait  de  vie,  et  ses  influences  dans  la 
longue  durée  de  son  règne  ont  été  assez  grandes  et  assez 
profondes  pour  laisser  encore  dans  l'esprit  et  les  mœurs  des 
Catholiques  Français  des  traces  qui  ne  s'effaceront  entière- 
ment qu'après  bien  des  années. 

A  l'époque  de  l'Assemblée  du  Clergé  de  170o,  Fénélon 
développait  ainsi  l'état  de  la  France  sous  le  rapport  du  Jan- 
sénisme, dans  un  Mémoire  confidentiel  adressé  à  Clément  XI  : 
c  Je  n'encourrai  pas  sans  doute  le  soupçon  de  ressentiment , 
>si  je  découvre  au  seul  Saint  Père,  avec  franchise,  en  pré- 
sence de  Dieu  et  dans  l'extrême  péril  de  la  religion,  des 

>  choses  qui  sont  publiques  dans  les  rues  et  dans  les  carre- 
»  fours.  M.  le  Cardinal  de  Nouilles,  Archevêque  de  Paris,  se 

>  trouve  tellement  envahi  par  certains  chefs  de  la  faction , 
>sous  couleur  de  piété  et  de  discipline  plus  stricte,  que,  de- 
>puis  dix  ans,  il  est  devenu  impossible  de  le  tirer  des  filets 
>des  Jansénistes.  Il  n'écoute  rien,  ne  voit  rien,  n'approuve 
»  rien  que  ce  que  lui  suggèrent  M.  Boileau ,  M.  Duguet ,  le 
>P.  de  La  Tour,  Général  de  l'Oratoire,  M.  Le  Noir,  l'Abbé 
•  Renaudot,  et  plusieurs  autres  que  tout  le  monde  connaît 
i  pour  être  imbus  du  Jansénisme.  Bien  plus ,  on  sait  généra- 
lement que  les  principaux  d'entre  les  quarante  Docteurs 
»  (  signataires  du  fameux  cas  de  conscience  )  lui  ont  reproché 

>  publiquement  de  les  avoir  contraints  à  donner  leur  adhé 
»  sion.  On  le  croira  facilement,  pour  peu  qu'on  lise  le  Mande 


LITURGIQUES.  173 

»  ment  dans  lequel  l'Evêque  de  Châlons,  après  s'être  entendu 
»  avec  son  frère  le  Cardinal ,  enseigne  qu'on  satisfait  aux 
«Constitutions  par  le  silence  respectueux.  En  outre,  le  Car- 
»  dinal  Archevêque  se  déclare  l'adversaire  déclaré  de  tous  les 
»  théologiens  opposés  au  Jansénisme,  et  les  poursuit  avec 
>  rigueur. 

«M.  le  Cardinal  de  Coislin,  Grand-Aumônier  de  France  , 
« homme  bienfaisant,  pieux,  digne  d'être  aimé  de  tout  le 
»  monde ,  se  conduit  avec  plus  de  douceur  et  de  précaution  ; 
«  mais ,  manquant  lui-même  de  science ,  il  a ,  jusqu'ici,  laissé 
«toute  l'administration  du  Diocèse  aux  seuls  Docteurs  Jan- 
»  sénistes ,  lesquels  font  l'objet  de  son  admiration. 

»  Quoique  M.  le  Cardinal  Le  Camus  ait  écrit ,  dans  une 
«lettre  familière  à  un  ami,  certaines  choses  qui  diriment 
«  expressément  la  question  du  fait ,  néanmoins ,  il  conste  de 
»  beaucoup  d'autres  arguments  que  la  doctrine  et  la  faction 
«  Janséniste  lui  ont  toujours  souri.  Les  Archevêques  de  Rheims 
»  et  de  Rouen  ne  sont  pas  moins  déclarés  pour  l'une  et  pour 
»  l'autre.  L'un,  Proviseur  de  Sorbonne,  l'autre,  Collateurd'un 
»  grand  nombre  de  Cures  dans  la  ville  de  Paris  ;  tous  deux 
»  riches  en  biens  tant  d'Eglise  que  de  famille,  préposés  à  de 
«  vastes  Diocèses  et  à  des  provinces  considérables. 

«  A  ces  chefs  se  joignent  un  grand  nombre  d'Evêques;  par 
«exemple,  en  Languedoc,  ceux  de  Rieux  et  de  Saint-Pons; 
«celui  de  Montpellier,  frère  de  M.  de  Torcy  ;  celui  de  Mire- 
«poix;  dans  la  province  de  Lyon,  celui  de  Châlons;  dans 
«celle  de  Sens ,  celui  d'Auxerre  ;  dans  celle  de  Rheims ,  celui 
»  de  Châlons-sur-Marne  ;  dans  celle  de  Rouen,  celui  de  Séez  ; 
«dans  celle  de  Tours,  ceux  de  Nantes  et  de  Rennes;  dans 
«notre  province  [de  Cambrai),  celui  de  Tournay  qui  a  donné 
«sa  démission,  et  auquel  je  vois  avec  joie  qu'on  a  donné  un 
»  successeur  excellent.  Dans  notre  province  encore,  l'Evêque 


17-4  INSTITUTIONS 

»d'Arras  est  pieux,  à  la  vérité,  et  sincèrement  attaché  au 
»  Siège  Apostolique,  mais  par  le  conseil  et  l'habileté  des 

>  Docteurs  auxquels  il  a  livré  en  entier  et  sa  personne  et  ses 

>  affaires ,  il  s'est  laissé  entraîner  dans  le  parti ,  séduit  qu'il 
»  est  par  le  rigorisme. 

»  La  plupart  des  autres,  incertains,  flottants,  se  précipitent 
»  aveuglément  du  côté  vers  lequel  incline  le  Roi  ;  et  cela  n'a 
>rien  d'étonnant.  Ils  ne  connaissent  que  le  Roi,  aux  bontés 
i  duquel  ils  doivent  leur  dignité,  leur  autorité  et  leur  fortune. 
>Dans  l'état  présent  des  choses,  ils  n'ont  rien  à  craindre  ni 
*  à  espérer  du  Siège  Apostolique  :  ils  voient  toute  la  disci- 
>pline  entre  les  mains  du  Roi,  et  ils  répètent  qu'on  ne  peut 

>  ni  établir,  ni  condamner  les  doctrines  que  d'après  les  in- 
»  fluences  de  la  cour.  » 

>I1  est  cependant  de  pieux  Evêques  qui  suffiraient  à  con- 
firmer le  plus  grand  nombre  dans  la  voie  droite ,  si  la  mul- 
»  lilude  ne  se  trouvait  entraînée  dans  le  mauvais  parti  par  ses 
»  chefs  mal  disposés  (1).  * 

Telle  fut  l'influence  de  cet  état  de  choses  que  l'opinion  des 
Catholiques  dut  nécessairement  se  modifier,  se  fausser  même, 
en  présence  des  contradictions  sans  nombre  qui  se  montraient 
en  tous  lieux.  Nous  ne  parlons  pas  ici  des  Diocèses  gouver- 
nés par  des  Prélats  qui  affichaient  le  Jansénisme  :  les  Catho- 
liques devaient  y  être  dans  l'oppression  ;  mais  n'est-il  pa* 
vrai  que  dans  les  Diocèses  dont  les  Evêques  avaient  accepte 
les  Bulles  et  faisaient  signer  le  Formulaire ,  n'est-il  pas  vra 
que  les  opposants  aux  Constitutions  Apostoliques  étaien 
admis  à  célébrer  la  Messe  dans  les  Eglises,  bien  qu'on  ne  leu 
permît  pas  d'entendre  les  confessions  ?  iN'est-il  pas  vrai  qu 


(1)  Yid.  la  note  A, 


LITURGIQUES,  475 

les  ouvrages  du  parti  censurés  à  Rome  (1)  circulaient  libre- 
ment entre  les  mains  du  clergé  et  des  fidèles?  N'est-il  pas 
vrai  que  les  fauteurs  des  doctrines  condamnées,  s'ils  avaient 
du  talent,  ou  s'ils  pouvaient  être  utiles,  étaient  favorisés, 
employés,  considérés  ;  que  leur  influence  était  subie  et  qu'on 
acceptait  même  quelquefois  les  services  qu'ils  pouvaient 
rendre  en  leur  qualité  d'hommes  de  parti  ?  Voici  ce  qu'é- 
crivait Bossuet  à  son  neveu,  dans  l'affaire  du  Quiétisme , 
au  sujet  d'un  des  examinateurs  de  la  doctrine  de  Fénélon  : 
«  J'ai  appris  qu'il  y  a  deux  nouveaux  consulteurs,  dont  l'un 
»  est  M.  l'Archevêque  de  Chieti ,  et  l'autre  le  Sacriste  de  Sa 
»  Sainteté.  On  dit  que  ce  dernier  est  habile  homme  et  fort  porté 
iau  Jansénisme  (2).  »  Il  y  a  vingt  traits  semblables  dans  la 
correspondance  de  Bossuet.  Au  reste,  il  suffit  de  connaître 
la  biographie  des  principaux  personnages  ou  fauteurs  de  la 
secte  (si  Ton  en  excepte  toujours  les  coryphées  proprement 
dits  comme  Arnaud,  Quesnel,  Gourlin,  etc.),  pour  voir 
comment  ils  ont  été  l'objet  presque  continuel  des  faveurs  et 
de  la  considération.  Nous  avons  déjà  montré,  au  chapitre 
précédent,  la  haute  distinction  qu'avait  accordée  François 
de  Harlay  à  Sainte-Beuve ,  Chastelain ,  Le  Tourneux ,  San- 
teul,  etc.,  dans  la  correction  de  la  Liturgie  parisienne.  Nous 
verrons  la  suite  de  ce  scandale  au  dix-huitième  siècle,  et 
nous  nous  rappellerons  alors  la  parole  du  Christ  :  A  fructibus 
eorum  cognoscetis  eos.  Mais  il  est  temps  d'ouvrir  notre  récit. 
Nous  trouvons  d'abord  ce  grand  fait  dont  retentit  le  dix- 
huitième  siècle  tout  entier  :  la  publication  des  Réflexions 
morales  sur  le  Nouveau  Testament,  par  le  P.  Pasquier  Ques- 

(1)  Outre  le  Missel  de  Voisin,  le  Nouveau  Testament  de  Mons,  le  Rituel 
d'Aleth ,  on  pourrait  citer  plus  de  trente  autres  ouvrages  du  parti  con- 
damnés par  Brefs  Apostoliques,  Décrets  du  Saint-Office ,  ou  de  YlnUex. 

(2)  Œuvres  de  Bossuet,  Tom,  XLI.  page  24. 


476  INSTITUTIONS 

nel ,  de  l'Oratoire.  Il  était  impossible  que  ce  manifeste  de  la 
secte  ne  renfermât  pas  des  principes  dont  l'application  dût 
rejaillir  sur  la  Liturgie.  On  y  retrouvait  en  effet  les  doctrines 
d'Antoine  Arnaud  sur  la  lecture  de  l'Ecriture  Sainte,  doc- 
trines qui  avaient  déjà  produit  directement  la  traduction  du 
Nouveau  Testament  dit  de  Mons ,  et  celles  du  Missel  par  de 
Voisin,  et  du  Bréviaire  par  Le  Tourneux  ;  et  indirectement 
le  projet  audacieux  de  remplacer  dans  la  Liturgie ,  par  des 
passages  de  la  Bible,  toutes  les  formules  traditionnelles  des- 
tinées à  être  chantées.  Voici  les  propositions  condamnées  dans 
la  Bulle  Unigenitus  : 

Propositio  79.  Utile  et  necessarium  est  omni  tempore , 
omni  loco  et  omni  personarum  generi,  studere  et  cognoscere 
spiritum ,  pietatem  et  mysteria  sacrœ  Scripturœ. 

Propositio  80.  Lectio  sacrœ  Scripturœ  est  pro  omnibus. 
Propositio  81.  Obscuritas  sancti  Verbi  Dei  non  est  laïcis 
ratio  dispensandi  seipsos  ab  ejus  lectionc. 

Propositio  82.  Dies  Dominicus  a  Christianis  débet  sanc- 
ti ficari  lectionibus  pietatis  et  super  omnia  sanctarum  Scriptu- 
rarum.  Damnosum  est  velle  Christianum  ab  hac  lectione 
retrahere. 

Propositio  83.  Est  illusio  sibi  persuadere  quod  notitio 
mysteriorum  Religionis  non  debeat  communicari  feminis  lec- 
tione sacrorum  librorum.  Non  ex  feminarum  simplicitate 
sed  ex  superba  virorum  scientia  ortus  est  Scripturarum  abu 
sus  et  natœ  sunt  hœreses. 

Propositio  84.  Abripere  e  Christianorum  manibus  No 
vum  Testamentum  ,  seu  eis  illud  clausum  tenere,  aufe 
rendo  eis  modum  illud  intelligendi ,  est  illis  Christi  os  obtu 
rare. 

Propositio  85.  Interdicere  Christianis  Lectionem  sacr 
Scripturœ ,  prœsertim  Evangelii ,  est;  interdicere.  usum  faw 


LITURGIQUES.  177 

nis  filiis  lucis ,  et  facere  ut  patiantur  speciem  quamdam  ex- 
communicationis. 

Il  suit  de  ces  propositions  si  chères  à  la  secte ,  que  l'Ecri- 
ture Sainte  étant  pour  tous,  et  son  obscurité  ne  devant  point 
dispenser  les  laïques  de  la  lire ,  on  ne  saurait  trop  encourager 
les  traductions  de  la  Bible  en  langue  vulgaire;  que  la  Litur- 
gie étant  aussi  un  enseignement  dogmatique,  on  doit  la 
mettre,  par  une  version,  à  la  portée  du  peuple;  inductions 
justifiées  par  la  publication  du  Nouveau  Testament  de  Mons, 
et  la  traduction  du  Missel  et  du  Bréviaire  Romains,  condam- 
nées l'une  et  l'autre  par  le  Saint  Siège. 

Il  suit  encore  de  ces  propositions  que,  puisque  le  Dimanche 
doit  être  sanctifié  par  les  Chrétiens ,  au  moyen  de  la  lecture 
des  saintes  Ecritures ,  et  que  interdire,  même  aux  simples 
femmes ,  l'usage  de  cette  lecture,  c'est  faire  souffrir  aux  en- 
fants de  lumière  une  sorte  d'excommunication ,  il  est  à  pro- 
pos de  retrancher  du  corps  des  Oifices  divins,  qui  sont  la 
principale  lecture  des  fidèles,  les  jours  de  Dimanches  et  de 
fêtes,  d'en  retrancher  toutes  ces  formules  composées  d'une 
parole  humaine  qu'on  appelle  Tradition,  et  de  les  remplacer 
par  des  passages  de  l'Ecriture  choisis  avec  intention  et  dont 
les  fidèles  auront  l'intelligence  au  moyen  de  traductions 
qu'on  fera  à  leur  usage. 

Mais  comme  ces  traductions  n'obtiendraient  qu'imparfai- 
tement leur  but,  et  que  le  texte  latin  des  Offices  divins  est 
le  seul  qui  puisse  jusqu'ici  retentir  chanté  dans  les  Eglises, 
Quesnel  émet  la  proposition  suivante  : 

Propositio  86.  Eripere  slmplici  populo  hoc  solatium  jun- 
gendi  vocem  suam  voci  lotius  Eccledœ ,  esl  usus  contrarius 
praxi  Apostolicœ  et  intentioni  Dei. 

Peut-être  jusqu'ici  le  lecteur  avad-il  peine  à  saisir  la  liai- 
son des  sept  propositions  que  nous  venons  de  citer  avec  la 
t.  h.  12 


178  INSTITUTIONS 

Liturgie  ;  peut-être  trouvait-il  nos  conclusions  un  peu  forcées, 
et  blamait-il  la  sévérité  par  laquelle  nous  semblions  vouloir,  à 
tout  prix ,  trouver  un  coupable.  Nous  aurions  pu ,  pour  le 
rassurer,  faire  appel  à  l'histoire  et  aux  faits  qui  nous  mon- 
trent le  Jansénisme  en  action  dans  toute  l'innovation  litur- 
gique du  dix-huitième  siècle;  le  P.  Quesnel  nous  épargne 
lui-môme  la  peine  d'anticiper  ainsi  sur  les  événements.  Voilà 
le  but  avoué  de  ses  insinuations  au  sujet  de  l'Ecriture  Sainte. 
Il  veut  demander  compte  à  l'Eglise  des  motifs  qui  la  portent 
à  exclure  la  langue  vulgaire  de  ses  Offices  ;  il  se  plaint  qu'on- 
arrache  au  peuple  la  consolation  de  joindre  sa  voix  à  celle  de 
toute  l'Eglise,  et  cela  contrairement  à  la  pratique  apostolique 
et  à  l'intention  de  Dieu  même. 

C'est  là,  sans  doute,  un  des  points  nombreux  sur  lesquels 
le  Jansénisme  s'accorde  avec  son  père  le  Calvinisme  ;  mais 
toutes  les  assertions  de  la  secte  n'ont  pas  d'autre  issue.  Seu- 
lement, comme  celte  hérésie  est  destinée  à  agir  dans  l'inté- 
rieur de  l'Eglise ,  elle  a  différents  degrés  d'initiation ,  ainsi 
que  nous  l'avons  dit,  au  chapitre  précédent.  Les  uns  savent 
où  ils  vont  :  elle  amuse  les  autres  en  flattant,  soit  leur  amour 
propre  national ,  soit  leur  faible  pour  les  nouveautés,  et  les 
destine  à  former,  dans  leur  innocente  docilité,  les  degrés  oi 
elle  établira  bientôt  son  trône.  Plusieurs  des  Evêques  qui  pu 
blièrent  les  nouveaux  Bréviaires  et  Missels  du  dix-huitième 
siècle  avaient  condamné  l'appel  de  la  Bulle  Unigenitus  ;  mai 
les  faiseurs  de  ces  Missels  et  de  ces  Bréviaires ,  hommes  à  I; 
fois  prudents  et  passionnés ,  regardaient  les  Réflexions  Mo 
raies  de  Quesnel  comme  un  livre  d'or ,  adhéraient  à  sa  doc 
trine,  et  dans  le  fond  de  leur  cœur,  et  dans  leur  conduite 
Naturellement ,  tout  leur  soin  devait  être  de  faire  pénétre 
dans  leurs  compositions  tout  ce  qu'ils  y  pourraient  glisse 
du  venin  de  la  secte.  Nous  verrons  comment  ils  s'y  piirenl 


LITURGIQUES.  179 

En  attendant,  la  secte  anti-liturgiste  avait  imaginé  un 
moyen  assez  efficace ,  si  l'autorité  des  Evêques  orthodoxes 
n'en  eût  arrêté  l'usage  ;  un  moyen  assez  efficace  ,  disons- 
nous  ,  de  porter  les  peuples  à  désirer  l'emploi  de  la  langue 
vulgaire  dans  les  Offices  divins  ;  ce  moyen  était  de  ne  plus 
observer  le  secret  des  mystères ,  mais  d'introduire  la  réci- 
tation du  Canon  à  haute  voix.  Ce  fait ,  peu  grave  aux  yeux 
des  gens  légers  et  non  accoutumés  à  voir  l'importance  de  la 
Liturgie,  renfermait  le  germe  d'une  révolution  toute  en- 
tière. Si  on  lisait  le  Canon  à  haute  voix,  le  peuple  deman- 
derait qu'on  le  lût  en  français  ;  si  la  Liturgie  et  l'Ecriture 
Sainte  se  lisaient  en  langue  vulgaire ,  le  peuple  deviendrait 
juge  de  l'enseignement  et  de  la  foi  sur  les  matières  contro- 
versées; si  le  peuple  avait  à  prononcer  entre  Rome  et  Jan- 
sénius,  les  disciples  de  l'Evoque  d'Ypres  comptaient  bien 
agir  en  faveur  de  sa  doctrine  par  leur  influence ,  leurs  pré- 
dications, leurs  sophismes.  Luther,  Calvin,  et  leurs  pre- 
miers disciples ,  n'avaient  pas  suivi  une  autre  tactique ,  et 
l'on  voit  qu'elle  leur  avait  grandement  réussi  sur  les  masses. 
Aussi  le  Concile  de  Trente  avait-il  jugé  à  propos  de  prému- 
nir les  fidèles  contre  la  séduction ,  par  un  double  anathême 
lancé  à  la  fois  contre  les  partisans  de  la  langue  vulgaire  dans 
les  Offices  divins,  et  contre  ceux  de  la  récitation  du  Canon  à 
haute  voix  (1). 

A  l'époque  de  la  Réforme  du  seizième  siècle ,  il  se  trouva 
des  Docteurs  qui,  partie  par  amour  des  nouveautés,  partie 
par  cette  espérance  aveugle  et  trop  commune  de  ramener 
les  hérétiques  en  amoindrissant  la  doctrine  ou  les  usages 

(1)  Si  quis  dixerit  Ecclesiae  Romanse  ritum  quo  submissa  voce  pars 
Canonis  et  verba  consecrationis  proferuntur,  damnandum  esse;^aut 
lingua  tantum  vulgari  Missam  celebrari  debere ,  anathema  sit.  Conc. 
J'rki,  $Wi  Xï//,  C'wu  V. 


180  INSTITUTIONS 

catholiques,  crurent  arrêter  les  effets  de  l'audace  des  réfor- 
mateurs, en  blâmant  la  coutume  vénérable  de  réciter  en 
secret  le  Canon  de  la  Messe.  Ce  furent  Gérard  Lorichius  et 
George  Cassander  :  le  premier,  dans  son  traité  intitulé  de 
Missa publica proroganda ,  publié  en  1536;  le  second,  dans 
son  livre  que  nous  avons  cité  ailleurs  sous  ce  titre  :  Liturgica 
de  ritu  et  ordine  Dominicœ  Cœnœ  (  Cologne,  1561).  Ce  que 
ces  deux  Docteurs  avaient  imaginé  dans  un  but  louable,  sans 
doute,  mais  peu  éclairé,  fut  exhumé  au  dix-huitième  siècle 
et  choisi  parla  secte  Janséniste  pour  servir  à  la  fois  de  moyen 
d'attaque  extérieure  contre  l'autorité  de  la  Liturgie,  et  de 
signe  de  ralliement  entre  les  adeptes. 

Dans  le  courant  du  dix-huitièâiie  siècle,  plusieurs  savants, 
traitant  du  Sacrifice  de  la  Messe,  avaient  eu  occasion,  sans 
blâmer  la  pratique  de  l'Eglise,  de  faire  la  remarque  qu'à  leur 
avis,  l'usage  de  réciter  le  (Union  à  voix  inintelligible  n'était  pas 
de  la  première  antiquité  et  ne  s'était  pas  introduit  dans  l'Eglise 
avant  l'an  mille.  Le  Cardinal  Bona  affirme  ce  sentiment  (1), 
et  Bossuet  l'insinue  à  propos  du  mot  sécréta  qu'il  cherche  à 
expliquer  dans  le  sens  de  séparation  plutôt  que  dans  celui 
d'Oraison  secrète  (2).  Nous  avons  dit  plus  haut  que  tel  avait 
été  aussi  le  sentiment  de  Nicolas.  Le  Tourncux.  Nous  ne 
voyons  pas  que,  dans  le  cours  du  dix-septième  siècle,  les  Jan- 
sénistes aient  fait  déjà  de  grandes  démonstrations  sur  cet  ar- 
ticle; cependant  il  semblerait  que  la  question  pratique  aurai 
été  dès-lors  débattue  dans  un  certain  degré,  puisque  nous 
trouvons,  sous  la  date  du  1(3  mai  4698,  un  Mandement  de 
Malhuiin  Savary,  Evèque  de  Séez,  qui  défend ,  sous  peine  de 
suspense,  de  prononcer  le  Canon  delà  Messe  autrement  qu'i 

(1)  Rerum  Liturgicarum.  Lib,  II.  Cap.  XIII.  §  \. 

(*2)  Explication  de  qoelqnes  difficultés  sur  la  Messe,  page  503. 


LITURGIQUES.  181 

voix  basse.  Nous  avons  cilé  plus  haut ,  dans  la  Bibliothèque 
liturgique  du  dix-septième  siècle  ,  un  ouvrage  rempli  d'une 
certaine  couleur  polémique,  et  composé  par  le  Docteur 
Robbes,  sous  ce  titre  :  Dissertation  sur  la  manière  dont  on 
doit  prononcer  le  Canon  et  quelques  autres  parties  de  la  Messe, 
(Neufchâteau,  1670.)  L'auteur  se  prononce  pour  la  pra- 
tique des  Missels. 

Dès  les  premières  années  du  dix-huitième  siècle ,  la  ques- 
tion revint  sur  le  tapis  et  se  formula  promptement  en  ques- 
tion de  parti.  Nous  retrouvons  encore  ici  Dom  Claude  de 
Vert,  le  grand  promoteur  du  trop  fameux  Bréviaire  deCluny. 
Dans  son  livre  intitulé  :  Explication  simple,  littérale  et  his- 
torique des  cérémonies  de  l'Église ,  il  se  prononce  en  faveur 
de  la  récitation  du  Canon  à  haute  voix,  comme  plus  con- 
forme à  l'antiquité;  mais  cependant ,  nous  devons  le  dire,  il 
reconnaît,  quant  à  la  pratique,  que  la  Rubrique  des  Missels 
est  trop  claire  pour  qu'on  puisse  s'y  méprendre ,  et  trop  ex- 
presse pour  qu'on  puisse  licitement  s'en  écarter. 

Un  grand  scandale  ne  tarda  pas  à  éclater,  sur  ce  sujet , 
dans  l'Eglise  de  Meaux*  François  Ledieu,  Chanoine  de  la 
Cathédrale  et  autrefois  Secrétaire  intime  de  Bossuet,  sur 
lequeiil  a  laissé  des  Mémoires  d'un  grand  intérêt,  ayant  été 
chargé  de  diriger  l'impression  du  nouveau  Missel  de  Meaux, 
qui  parut  en  1709,  osa,  de  son  autorité  privée ,  trancher  la 
question  par  la  plus  criante  des  innovations.  Au  mépris 
de  l'intégrité  de  la  Liturgie,  il  introduisit  des  Amen  précédés 
d'un  r)  rouge  à  la  suite  des  formules  de  la  Consécration  et  de 
la  Communion,  et  plaça  le  même  signe  avant  chacun  des 
Amen  qui  se  trouvaient  déjà  dans  le  Canon  de  là  Messe.  Son 
but,  comme  il  est  aisé  de  le  voir,  était  de  contraindre  le  Prêtre 
à  réciter  le  Canon  à  voix  haute,  pour  que  le  peuple,  ou  du 
moins  les  Clercs ,  pussent  répondre  Avnen  dans  les  endroits 


182  INSTITUTIONS 

désignés  par  ce  fy  On  reconnaît  à  ces  moyens  subtils  et  ingé- 
nieux l'astuce  du  parti  dont  François  Ledieu  était  alors  l'or- 
gane plus  ou  moins  intelligent.  Il  fit  en  même  temps  paraître 
une  Lettre  sur  les  Amen  du  nouveau  Bréviaire  de  Meaux. 

Cependant,  ces  Amen  firent  un  bruit  terrible  dans  toute 
l'Eglise  de  France  ;  mais  Dieu  avait  placé  sur  le  siège  de 
Meaux  un  Pasteur  orthodoxe  qui  ne  tarda  pas  à  désavouer 
avec  éclat  l'œuvre  audacieuse  à  laquelle  on  avait  voulu  as- 
socier son  nom.  Henri  de  Thyard  de  Bissy,  successeur  im- 
médiat de  Bossuet,  et  qui  se  montra  toujours  ferme  dans  la 
lutte  contre  le  Jansénisme,  rendit,  en  date  du  22  janvier 
1710,  un  Mandement  vigoureux  dans  lequel  il  interdisait, 
sous  peine  de  suspense,  l'usage  du  nouveau  Missel  publié 
sous  son  nom,  jusqu'à  ce  que  des  corrections  par  lui  in- 
diquées eussent  fait  disparaître  les  dernières  traces  des 
scandaleuses  innovations  dont  ce  livre  avait  été  souillé.  Il 
signalait  ces  innovations  comme  contraires  à  l'usage  immé- 
morial, non  seulement  du  Diocèse  de  Meaux  et  de  tous  ceux 
de  la  Métropole  (de  Paris) ,  mais  encore  de  toute  l'Eglise,  et 
comme  tendantes  à  favoriser  la  pratique  de  dire  le  Canon  de 
la  sainte  Messe  à  voix  haute  et  intelligible  aux  assistants  ;  et 
finissait  par  défendre  la  lecture  de  la  Lettre  de  l'Abbé  Ledieu. 

De  son  côté,  le  Chapitre  de  la  Cathédrale  de  Meaux 
s'assembla  exlraordinairement ,  et  rédigea  la  Déclaratior 
suivante  qui  fut  imprimée  à  la  suite  du  Mandement  de  l'E 
vêque  de  Meaux  :  c  Messieurs  assemblés  extraordinaire- 

>ment déclarent  par  la  présente  que,  dans  le 

»  principaux  changements  rapportés  et  approuvés  en  terme 
»  généraux  par  ladite  conclusion,  il  n'a  été  question  que  d< 
»  quelques  rites  et  cérémonies  particulières  à  l'Eglise  d 
»  Meaux,  et  non  point  du  mot  Amen,  précédé  d'un  $.  roug 
»  aux  paroles  de  la  Consécration  et  de  la  Communion  d* 


LITURGIQUES.  185 

>  Prêtre ,  ni  d'un  autre  ^.  rouge  avant  tous  les  Amen  qui  sont 
»  à  la  fin  des  Oraisons  de  l'Ordre  de  la  Messe  et  du  Canon  ; 
»non  plus  que  des  paroles  submissa  voce  expliquées  par 
»  celles-ci  :  Id  est  sine  cantu,  dans  les  Rubriques  qui  traitent 
»  de  la  Messe  haute  ;  ledit  sieur  Ledieu  n'en  ayant  jamais 
»  parlé  au  Chapitre,  dont  Messieurs  ont  marqué  leur  sur- 
»  prise  à  Monseigneur  l'Evêque  et  à  leurs  Députés  ,  aussitôt 
»  qu'ils  ont  eu  connaissance  de  ces  changements  et  additions 
»par  l'impression  du  nouveau  Missel  de  Meaux  (1).  » 

Telle  fut  la  fin  de  cette  triste  affaire  dans  le  Diocèse  de 
Meaux.  On  dit  que  François  Ledieu  fut  tellement  affecté  du 
déplaisir  que  lui  causa  l'humiliante  issue  de  son  entreprise, 
qu'il  en  mourut  de  chagrin  (2). 

Mais  ni  la  mort  de  François  Ledieu,  ni  l'énergique  conduite 
de  l'Evêque  de  Meaux,  ne  ralentirent  l'ardeur  de  la  secte  à 
demander  la  récitation  du  Canon  à  haute  voix.  Une  polé- 
mique très  vive  s'engagea  entre  les  deux  camps  qui  parta- 
geaient alors  le  Clergé  en  France.  Les  droits  de  l'orthodoxie 
furent  d'abord  soutenus  par  Pierre  Le  Lorrain  ,  plus  connu 
sous  le  nom  de  l'Abbé  de  Vallemont.  Dans  un  ouvrage  assez 
mal  rédigé,  mais  toutefois  remarquable  par  la  science  in- 
contestable dont  l'auteur  y  faisait  preuve,  il  démontra  jus- 
qu'à l'évidence  la  témérité  des  novateurs  qui  voulaient  faire 
prévaloir  leur  système  contre  une  des  règles  les  plus  antiques 
et  les  plus  vénérables  de  l'Eglise.  Son  livre ,  qui  est  intitulé  : 
Du  secret  des  Mystères ,  ou  l'Apologie  de  la  Rubrique  des  Mis- 
sels  (3) ,  fut  vivement  combattu  par  un  Chanoine  de  Laval , 

(1)  Le  P.  Le  Brun.  Dissertation  sur  l'usage  de  réciter  en  silence  une 
partie  dos  prières  de  la  Messe  dans  toutes  les  Eglises  et  dans  tous  les 
siècles.  Dans  l'Avertissement,  page  h\  et  suivantes. 

(2)  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  pendant  le  xviiï6 
siècle.  Tome  IV,  page  56. 

(5)  Trévoux  1710.  Trois  vol.  in-12. 


184  INSTITUTIONS 

nommé  Baudouin,  qui  publia  des  Remarques  critiques  sur 
le  livre  de  l'Abbé  de  Vallemont ,  ou  Apologie  de  D.  Claude  de 
Yert{\). 

Le  trop  fameux  Ellies  Dupin  n'avait  pas  non  plus  fait  défaut 
dans  cette  grave  circonstance.  Il  avait  donné  une  Lettre  sur 
l'ancienne  discipline  de  l'Eglise  touchant  la  célébration  de  la 
Messe  (2) ,  dans  laquelle  il  se  prononçait  avec  son  audace 
ordinaire  poor  la  prétendue  antiquité,  contre  la  Rubrique 
des  MisseU.  Nous  trouvons,  plusieurs  années  après,  une 
brochure  intitulée  :  L'Esprit  de  l'Eglise  dans  la  célébration 
de  ses  Mtjstères ,  où  l'on  traite  cette  question  :  Doit-on  lire  le 
Canon  Submissa  voce  (5)  ? 

Tous  ces  écrits  appelaient  une  réfutation  complète,  et  Ton 
convenait  que  le  livre  de  l'Abbé  de  Vallemont  était  insuffisant  I 
pour  terminer  la  controverse.  Il  est  vrai  qu'aux  yeux  des  | 
fidèles  enfants  de  l'Eglise  elle  était  terminée,  il  y  avait  déjà 
long-temps,  et  par  le  Canon  du  Concile  de  Trente,  et  par  la 
Rubrique  si  expresse  du  Missel  Romain  ;  toutefois ,  il  était  à 
propos  qu'un  bon  livre  fut  composé  sur  une  matière  aussi 
importante.  Déjà,  on  connaissait  le  sentiment  des  deux  plus 
illustres  liturgistesRénédiclins  de  l'époque,  Dom  Mabillon  et 
Dom  Marlcne  ;  un  savait  xju'ils  flétrissaient  le  nouveau  sys- 
tème de  toute  l'autorité  de  leur  érudition  si  vaste  sur  la  ma- 
tière des  rites  sacrés.  Le  P.  Le  Brun,  de  l'Oratoire  de  France, 
personnage  connu  déjà  par  sa  science  liturgique  et  son  irré- 
prochable orthodoxie,  entra  dans  la  lice,  et  publia,  en  1725, 
à  la  suite  de  son  bel  ouvrage  sur  la  Messe,  une  dissertation 
de  trois  cents  pages  sur  l'usage  de  réciter  en  silence  une  partie 


(1)  Bruxelles  1712.  In-12. 

(2)  Paris  1710.  In-12. 

(3)  1724.  In-4°. 


LITURGIQUES.  185 

des  'prières  de  la  Messe  dans  toutes  les  Eglises  et  dans  tous  les 
siècles  '({),  Le  docte  Oratorien  traita  la  question  sous  toutes 
ses  faces,  examina  dans  le  plus  grand  détail,  et  discuta  de 
la  manière  la  plus  victorieuse  les  faits  tirés  de  l'antiquité  , 
sur  lesquels  on  croyait  pouvoir  appuyer  l'accusation  de 
nouveauté  intentée  aux  Missels.  Nous  n'entrerons  point  ici 
dans  le  détail  des  arguments  proposés  de  part  et  d'autre , 
puisque  la  question,  vue  dans  ce  détail ,  n'appartient  point 
à  l'histoire  générale ,  mais  bien  à  l'histoire  spéciale  de  la 
Liturgie  ;  il  nous  suffira  de  dire  pour  le  présent  que  l'ouvrage 
du  P.  Le  Brun  obtint  non  seulement  le  suffrage  des  savants, 
mais  encore  l'approbation  de  tout  ce  que  l'Eglise  de  France 
renfermait  alors  de  prêtres  orthodoxes;  cependant,  ni  ce 
livre ,  ni  le  zèle  de  plusieurs  Prélats  qui  se  joignirent  aux 
Evoques  de  Séez  et  de  Meaux,  pour  interdire  la  récitation 
du  Canon  de  la  Messe  à  haute  voix ,  n'arrêtèrent  l'audace 
des  novateurs. 

Parlons  maintenant  d'un  fait  capital  qui  se  passa  peu 
d'années  après  la  publication  du  Missel  de  Meaux,  et  qui, 
s'il  dut  servir  d'encouragement  à  l'audace  des  sectaires , 
dut  aussi  dévoiler  aux  yeux  des  moins  prévenus  la  liaison 
intime  qui  réunissait  dans  l'esprit  des  Jansénistes  la  réci- 
tation du  Canon  à  haute  voix  avec  les  doctrines  chères  au 
parti.  iNous  venons  de  constater  tout  à  l'heure  les  effets  du 
zèle  de  l'ancien  Secrétaire  et  commensal  de  Bossuet  ;  main- 
tenant, c'est  le  neveu  du  grand  homme  que  nous  allons 
considérer  à  l'œuvre.  En  devra-t-on  conclure  la  complicité 
de  l'illustre  Evêque  de  Meaux?  Le  lecteur  sévère  et  im- 
partial considérera  peut-être  avec  quelque  attention  un  fait 
aussi  étrange  ;  s'il  a  lu  la  correspondance  de  Bossuet  avec 

(1)  Paris  1725.  In-8*. 


186  INSTITUTIONS 

son  neveu ,  s'il  y  a  observé  les  ménagements  gardés  en- 
vers les  Jansénistes  comme  Jansénistes,  il  plaindra  le  grand 
homme  qui  a  eu  le  malheur  d'attacher  son  nom  aux  opé- 
rations des  Assemblées  de  1682  et  de  1700.  11  se  rappellera , 
peut-être,  ces  paroles  de  Benoît  XIV  :  «  Si  Ton  s'est  abs- 
•  tenu  de  proscrire  la  Défense  de  la  Déclaration  du  Clergé  de 
»  France,  ce  n'a  point  été  par  égard  pour  la  mémoire  de  l'au- 
teur qui,  sur  tant  d'autres  chefs,  a  bien  mérité  de  la  reli- 
igion,  mais  par  la  juste  crainte  d'exciter  de  nouvelles  dis- 
»sensions  (1).  > 

Si,  au  contraire,  le  lecteur  est  un  de  ceux  qui  persistent  à 
voir  dans  Bossuet  un  Père  de  l'Eglise ,  il  aura  la  ressource 
de  dire  que  ce  n'est  pas  la  première  fois  que  les  sectaires  ont 
cherché  à  cacher  la  malice  de  leurs  innovations  sous  le  man- 
teau révéré  des  Docteurs  les  plus  orthodoxes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Jacques-Bénigne  Bossuet,  Evêque  de 
Troyes ,  ayant  annoncé  à  son  clergé  et  aux  fidèles  de  son 
Diocèse,  la  publication  d'un  nouveau  Missel,  par  un  Man- 
dement du  20  septembre  1736,  le  Chapitre  de  la  Cathédrale 
assemblé,  lo  10  octobre  suivant,  résolut,  à  la  majorité  de 
dix-sept  voix  contre  cinq,  d'interjeter  appel  comme  d'abus 
à  l'Archevêque  de  Sens,  Métropolitain.  Le  siège  de  l'illustre 
Eglise  de  Sens  était  alors  occupé  par  Jean-Joseph  Languet 
de  Gergy,  Prélat  zélé,  qui  s'opposa  comme  un  mur  pour  la 
maison  d'Israël ,  et  dont  le  nom  fera  à  jamais  la  consolation 
de  l'Eglise,  en  dépit  des  calomnies  et  des  malédictions  dont 
les  Jansénistes  l'ont  couvert.  Déjà  il  avait  eu  occasion  de  pa- 
raître dans  la  lutte  pour  défendre  les  vrais  principes  de  la 

(I)  Tandem  conclusum  fait  ut  a  proseriptione  abstineretur ,  nedum 
ob  memoriam  auctoris,  ex  tôt  aliis  capitibus  de  Religione  bene  meriti , 
sed  ob  justum  novorum  dissidiorum  timorem.  Bened.  XIV.  Epist.  ai 
supremum  Hispaniœ  Inquisitorem.  Opp.  Tome  XV.  page  117. 


LITURGIQUES.  487 

Liturgie  contre  les  novateurs,  dans  l'affaire  de  la  récitation 
du  Canon.  Un  ouvrage  contre  Dom  Claude  de  Vert,  publié 
en  1715,  et  dont  nous  parlerons  bientôt,  avait  témoigné 
de  la  pureté  des  sentiments  de  Languet  sur  cet  article. 
Le  scandale  du  Missel  de  Troyes  anima  donc  au  plus  haut 
degré  le  zèle  du  Prélat,  et,  en  effet,  il  était  difficile  qu'un 
Evêque  aussi  orthodoxe  ne  fût  pas  révolté  de  l'audace  des 
novateurs  qui  avaient  rédigé  ce  livre. 

Le  Missel  de  Troyes  de  1736  portait,  entre  autres  Ru- 
briques, que  le  Canon  de  la  Messe  devait  être  récité,  non 
secrètement,  secreto,  submissa  voce,  suivant  les  Missels  anté- 
rieurs ,  mais  simplement  submissiori  voce,  à  voix  plus  basse 
que  les  autres  parties  de  la  Messe.  On  n'avait  pas  osé  placer 
les  %  qui  avaient  si  mal  réussi  à  Meaux  ;  d'autre  part ,  il  eût 
été  trop  hardi  de  formuler  une  Rubrique  entièrement  franche. 
Le  parti  avait  choisi  les  mots  submissiori  voce ,  pour  sub- 
missa voce ,  et  la  pratique  donnait  l'interprétation  à  ceux 
qui  n'auraient  pas  eu  une  connaissance  suffisante  de  la  gram- 
maire pour  démêler  le  sens  de  la  Rubrique. 

On  avait  supprimé,  dans  l'administration  de  la  Commu- 
nion aux  fidèles,  l'usage  déjà  si  ancien  de  réciter  le  Confi- 
teorj  les  prières  Misereatur  et  Indulgentiam ,  et  même  ces 
paroles  du  Prêtre  :  Ecce  Agnus  Dei ,  et  Domine ,  non  sum 
dignus. 

Contre  l'usage  actuel  de  l'Eglise,  observé  même  dans  la 
Messe  Pontificale ,  le  Missel  de  Troyes  abrogeait  la  Rubrique 
qui  prescrit  au  Prêtre  qui  célèbre  une  Messe  solennelle ,  de 
réciter  en  particulier  les  prières  et  les  lectures  qui  se  font  au 
chœur. 

Une  autre  Rubrique  du  Missel  de  Troyes,  plus  scandaleuse 
que  celles  que  nous  venons  de  citer,  témoignait  le  désir  de 
voir  abolir  dans  les  Eglises  du  Diocèse  l'usage  de  placer  une 


188  INSTITUTIONS 

croix  et  des  chandeliers  sur  Fautel ;  on  devait  se  borner  à  y 
mettre  ce  qui  est  requis  pour  le  Sacrifice,  c'est-à-dire  le 
calice ,  la  patène  et  l'hostie. 

Enfin,  à  l'exemple  du  Missel  de  Harlay,  le  Missel  de  Bos- 
suet,  Evêque  de  Troyes,  supprimait  toutes  les  pièces  chan- 
tées qui  n'étaient  pas  tirées  de  l'Ecriture  Sainte,  et,  ce  qui 
lui  appartient  en  propre,  les  remplaçait  par  des  textes  choisis 
dans  un  but  évidemment  Janséniste.  D'autre  part,  ses  inno- 
vations étaient  dirigées  dans  l'intention  évidente  de  diminuer 
le  culte  de  la  Sainte  Vierge  et  la  vénération  due  à  saint  Pierre 
et  au  Siège  Apostolique. 

Tel  était  le  Missel  de  Troyes ,  bien  digne ,  comme  l'on  voit, 
d'enflammer  le  zèle  d'un  aussi  intègre  gardien  dî  l'ortho- 
doxie que  le  parut  toujours  l'Archevêque  Languet.  Il  reçut 
avec  joie  rappel  du  Chapitre  de  Troyes ,  et  lui  adressa  un 
Mandement  plein  de  science  et  de  vigueur  qui  fut  bientôt 
suivi  de  deux  autres  adressés  en  général  au  Clergé  soumis 
à  la  juridiction  de  l'Archevêque  de  Sens.  Ces  trois  pièces, 
pour  la  rédaction  desquelles  le  Prélat  emprunta  l'aide  du 
P.  de  Tourneminc,  savant  Jésuite,  avec  lequel  il  était  dans 
une  étroite  liaison,  sont  trop  importantes  et  résument  d'une 
manière  trop  précise  les  divers  points  de  la  controverse  ca- 
tholique contre  les  Antï-liturgistes,  pour  que  nous  puissions 
nous  dispenser  d'en  placer  une  analyse  dans  cette  histoire  de 
la  Liturgie.  On  verra  que  si  nous  mettons  une  grande  im- 
portance à  certaines  choses,  nous  n'exagérons  rien,  et  que 
nous  avons  pour  nous,  dans  notre  lutte  contre  les  innovations 
qui  ont  désolé  nos  sanctuaires,  non  seulement  l'autorité  des 
Pontifes  Romains,  mais  encore  celle  d'un  des  plus  grands 
Prélats  que  l'Eglise  Gallicane  ait  possédé  dans  les  temps  mo- 
dernes. Les  Mandements  originaux  de  l'Archevêque  Languet 
sont  devenus  fort  difficiles  à  trouver  aujourd'hui':  heureuse- 


LITURGIQUES.  189 

ment  qu'il  eut  l'idée  de  pourvoir  à  cet  inconvénient  en  les 
faisant  traduire  en  latin  et  les  publiant,  en  2  volumes  in-folio, 
sous  ce  titre  :  J.  J.  Languet ,  Archiepiscopi  Scnonensi* ,  an- 
tea  Episcopi  Suessionensis ,  opéra  omnia  pro  defensione  Cons- 
tihitionis  Unigenitus  et  adversus  ah  ea  appellantes  successive 
édita,  in  latinam  linguam  conversa  a  variis  Doctoribus  Pa- 
risiensibus,  et  ab  auctore  recognita  et  emendata  (1).  C'est 
dans  cette  collection  qui  jouit  d'une  si  grande  estime  que 
nous  puiserons  les  paroles  de  l'Archevêque  de  Sens  ;  nous 
placerons  dans  les  notes  le  texte  latin  des  morceaux  que  nous 
aurons  traduits. 

Le  Prélat  commence  par  signaler  avec  sagacité  la  double 
tendance  des  novateurs  en  matière  de  Liturgie  :  «  Il  y  en  a, 
»  dit-il,  et  c'est  une  chose  déplorable,  qui  osent  introduire 
»des  changements  dans  les  rites  sacrés,  tantôt  pour  faire 
»  revivre,  disent-ils,  les  usages  de  l'antiquité,  tantôt  pour 
»  donner  une  plus  grande  perfection  à  des  usages  nou- 
veaux (2).  »  En  effet,  toute  l'innovation  liturgique  des  dix- 
septième  et  dix-huitième  siècles  repose  sur  cette  double  et 
contradictoire  prétention,  et  c'est  déjà  l'avoir  réfutée  que 
de  l'avoir  signalée. 

Languet  reproche  ensuite  à  l'auteur  du  Missel  d'avoir 
introduit  de  nouveaux  rites  sans  le  consentement  de  l'Eglise 
Métropolitaine,  à  laquelle ,  dit -il,  d'après  les  Conciles^ 
toutes  celles  de  la  province  doivent  se  conformer  dans  les 
divins  Offices  (3).  Le  lecteur  trouvera  sans  doute  que  le 

(1)  Sens,  1732. 

(2)  Suât  tameii  icLuiUdam  (  :t  aoc  djienclam  )  qui  nos  sacras  rilus 
immutare  audent;  modo  ut  antiquiiatis  usas,  ut  aiunt,  reviviscant ; 
modo  ut  no/elli  ad  majorent  periV.ctionem  addueantur.  /. /.  Languet 
opéra.  Torn.  IL  Mandat  uni  et  Pastoralis  institut  io  de  novo  Missali 
Trecensi.  Pag.  1218. 

(3)  Pag.  1219etseq, 


190  INSTITUTIONS 

centre  d'unité  auquel  l'Archevêque  rappelle  son  suffragant , 
est  d'une  autorité  bien  minime ,  surtout  quand  on  se  souvient 
que  toutes  les  Eglises  d'Occident  ont  joui  des  bienfaits  de  l'u- 
nité Romaine  dans  la  Liturgie;  mais,  plût  à  Dieu  que  nos 
Diocèses  de  France,  partagés  comme  ils  le  sont  entre  tant  de 
Liturgies  diverses,  s'accordassent  du  moins  dans  celle  qu'ils 
ont  choisie ,  avec  leur  Eglise  Métropolitaine  !  Mais  on  ne 
s'arrête  pas  où  l'on  veut. 

Venant  ensuite  à  la  Rubrique  du  Missel  de  Troyes  qui  fa- 
vorise la  récitation  du  Canon  à  haute  voix ,  l'Archevêque  d( 
Sens  s'exprime  ainsi  :  «  On  ne  peut  mettre  en  doute  qm 
»  l'auteur  du  Missel  n'ait  eu  l'intention  d'introduire  la  récita 
»tion  à  haute  voix  du  Canon  et  des  Oraisons  appelées  Se 
»  crêtes.  S'il  ne  l'a  pas  proféré  ouvertement ,  il  s'est  effbrc» 
»  d'insinuer  subtilement  et  avec  adresse  cette  pratique  qui 

>  depuis  environ  quarante  ans,  semble  avoir  été  introduit 
»  dans  nos  Eglises  par  certains  Prêtres  sans  mission  et  san 
»  autorité,  et  qu'affectent  spécialement  ceux-là  même  qui  s 

>  sont  montrés  indociles  et  désobéissants  aux  Constitution 

>  Apostoliques  (1).  »  Le  Prélat,  après  avoir  fait  ressortir  I 
mauvaise  tendance  de  ces  mots  submissiori  voce,  et  dénonc 
le  fait  d'un  grand  nombre  de  Prêtres  du  Diocèse  deTroyc 
qui  prenaient  occasion  de  cette  Rubrique  pour  réciter 
Canon  à  haute  voix ,  combat  avec  vigueur  les  principes  d 
Jansénistes  sur  celte  matière  (2)  :  mais  nous  ne  devons  p; 
nous  y  arrêter  ici. 

(1)  In  dubium  revocari  non  poiest  quin  autor  Missalis  recitationc 
Ganouis  et  Oràtiones  quae,  Secretœ  vocantur,  alta  et  intelligibili  vo 
inducere  tentaverit.  Si  id  apertenon  pionuutiat,  subtiliter  et  calli 
instillare  conatus  est  praxim  banc  quie  a  quadraginta  circiter  annis 
nostras  Ecclesias  introducta  videtur  a  nonnulIisSacerdotibus  siue  m 
sione  et  autoritate ,  et  speciatim  ab  iis  affectatur  qui  Constitution^  i 
Apostolicis  indociles  se  et  inobedientes  preebuerunt.  Pag,  1229. 

(2)  Page*  122H2U;  1Ô0U317. 


LITURGIQUES.  491 

Il  signale  aussi  avec  zèle  l'audace  du  Missel  de  Troyes  dans 
la  suppression  des  prières  qui  accompagnent  l'administration 
delà  Communion  aux  fidèles,  et  la  défense  qui  y  est  faite  de 
donner  la  Communion  hors  le  temps  de  la  Messe.  «  Ainsi, 
»  dit-il ,  le  peuple  récitera  désormais  la  Messe  avec  le  Prêtre  ; 
»  il  participera  avec  lui,  et  de  la  même  manière,  au  sacrifice  ; 
i  il  recevra  la  Communion ,  comme  les  Calvinistes  prennent 
>la  Cène  dans  leurs  assemblées  (1)  !  »  L'Archevêque  de  Sens 
allègue  ensuite  tous  les  Missels  en  usage  aujourd'hui  dans 
l'Eglise  Latine,  et  le  Pontifical  Romain  lui-même  qui  prescrit 
la  récitation  du  Confiteor  dans  l'administration  de  la  Commu- 
nion à  tous  les  ordinands ,  sauf  les  Prêtres  qui  viennent  de 
concélébrer  avec  PEvêque.  Il  montre  que  cet  usage  de  con- 
fesser ses  péchés  par  une  formule  liturgique,  avant  de  rece- 
voir la  Communion,  bien  qu'il  ne  soit  pas  de  la  première 
antiquité ,  a  été  suggéré,  du  moins  quant  à  l'esprit,  par  Ori- 
gènes  et  saint  Jean-Chrysostôme ,  et  que,  dans  tous  les  cas, 
dès  qu'un  usage  est  établi  et  gardé  universellement  dans  l'E- 
glise, un  Catholique  ne  saurait  se  dispenser  de  le  considérer 
comme  institué  dans  le  Saint-Esprit  (2).  S'il  fallait  suppri- 
mer les  choses  de  la  Liturgie  qui  ne  sont  pas  de  la  première 
antiquité,  on  devrait  donc  abolir  la  récitation  du  Gloria  in 
excelsis,  qui,  au  temps  de  saint  Grégoire,  n'était  récité  que 
par  l'Evêque  seul  ;  supprimer  l'usage  du  Symbole  de  Cons- 
tantinople  qui  n'a  été  introduit  dans  l'Eglise  Romaine  que 
sous  le  Pape  Renoît  VIII;  célébrer  la  Messe  à  l'heure  du 
souper,  comme  au  temps  des  Apôtres  ;  ramener  la  Messe  au 
rite  que  décrit  saint  Justin  dans  sa  seconde  Apologie,  etc.  (3)  ? 

(1)  Plebs  inQma  Missam  cum  Sacerdote  recitabit;  et  cum  eô,  et  eo- 
cîem  modo  sacrilicio  partie? pabit,  communionem  accipitt  sicut  co?na 
porrigitur  in  Calvinianorum  cœtus.  Pag.  1222. 

(2)  Page  122G. 

(3)  Page  1227. 


192  INSTITUTIONS 

Languet  passe  a  cette  autre  Rubrique  du  Missel  de  Troyes 
qui  supprime  l'usage  déjà  ancien  dans  l'Eglise  Latine  ,  par 
lequel  le  célébrant  de  la  Messe  solennelle  est  obligé  de 
lire  à  l'autel,  en  son  particulier,  les  prières  et  lectures 
qui  se  font  au  chœur.  Il  se  plaint  de  l'esprit  d'innovation 
audacieuse  qui  a  produit  cette  nouvelle  dérogation  aux 
usages  reçus  ,  et  après  avoir  montré  combien  est  futile 
cette  prétention  à  retracer  les  usages  de  l'antiquité,  quand 
on  est  si  éloigné  soi-même  de  l'esprit  des  temps  primitifs 
du  Christianisme ,  il  conclut  ainsi  :  «  C'est  faire  illusion  à  un 
> peuple  simple  par  ce  nom  d'antiquité,  que  de  se  borner 
»  à  l'invoquer  pour  autoriser  le  Prêtre  à  s'abstenir  de  lire 
»  les  choses  qni  sont  chantées;  pour  supprimer  des  prières 
»  qui  ont  été  prescrites  par  un  motif  d'édification  dans  l'ad- 
i  ministralion  de  la  Communion  ;  pour  faire  réciter,  dans  la 
»  Messe,  à  voix  haute,  des  prières  que  l'Eglise  ordonne  de 
»  réciter  secrètement  (1).  » 

Venant  ensuite  à  la  coupable  entreprise  du  Missel  de 
Troyes  tendante  à  supprimer  l'usage  de  la  croix  et  des  chan- 
deliers sur  l'autel  pendant  la  Messe  ,  Languet  dénonce  les 
instincts  calvinistes  qui  se  traduisent  si  maladroitement  dam 
cette  Rubrique.  «  Déjà,  dit -il,  plusieurs  Eglises  se  son 
>  réduites  à  cette  rustique  nudité  que  cherche  à  inspire] 
»  l'auteur  de  l'innovation.  Ce  sont  celles  qui  ont  pour  Pas 
>teurs  quelques-uns  de  ces  Prêtres  qui  sont  aujourd'hui  ei 
»  lutte  avec  le  Souverain  Pontife  pour  la  Constitution  Apos 

(1)  Sub  nomine  antiquitatis  populo  simplid  iliudltur,  eu  m  tam  vent 
rmdum  nomen  ad  nîbil  aliud  adhibetur,  ni  i  ut  Sacerdos  a  i-gend 
ea  quae  cantantur,  abstineat  ;  ut  preces  quee  iu  commuirone  ad  aeditica 
tionem  prœscriptae  sunt,  tollantur;  ut  c!ara  voce  ia  Missa  reciteiitu 
quae  secreto  recitanda  Ecclesia  prœcipit.  Haec  enim  sub  antiquitati 
nomine  tentare,  est  ipsi  venerandœ  antiquitati  derogare,  et  illam  cor 
temptui  exponere.  Pag.  12i7. 


LITURGIQUES.  195 

italique,  et  qui,  en  même  temps  qu'ils  affectent  une  doc- 
»  trine  singulière ,  ont  entrepris  de  se  donner  un  culte  sin- 
gulier; c'est  là  le  scandale  dont  nous  gémissons,  le  péril 
j  qui  nous  fait  craindre.  Le  schisme  qui  doit  son  origine  à 
*  une  désobéissance  aux  Décrets  Apostoliques ,  se  consom- 
mera par  les  variations  du  culte  extérieur  (1).  » 

L'infatigable  Prélat  attaque  ensuite  les  changements  faits 
par  l'Evêque  de  Troyes  au  Missel  Romain ,  la  suppression 
des  formules  Grégoriennes,  et  la  substitution  arbitraire  ou 
malveillante  de  certains  passages  de  l'Ecriture  Sainte  aux 
Antiennes  formées  des  paroles  de  la  tradition,  ou  même  em- 
pruntées, dès  la  plus  haute  antiquité,  à  l'Ecriture  elle- 
même.  C'est  ici  que  nous  n'avons  plus  à  combattre ,  nous 
seul,  contre  les  audacieuses  réformes  de  François  de  Harlay, 
de  Nicolas  Le  Tourneux  et  de  Dom  Claude  de  Vert.  L'il- 
lustre Archevêque  descend  avec  nous  dans  la  lice ,  et  dé- 
masque l'esprit  novateur  qui  a  déjà  produit  en  plusieurs 
lieux  le  scandaleux  abandon  des  saints  Cantiques  Grégo- 
riens,  et  qui  se  prépare  à  inonder  la  France  de  Bréviaires 
et  de  Missels  dressés  sur  le  même  plan.  Ce  ne  sera  plus  seu-f 
lement  un  Pape ,  saint  Pie  V,  qui  protestera  contre  ces  Li- 
turgies particulières,  fabriquées  sans  autorité,  et  qui  dé- 

chirent  la  communion  des  prières  catholiques  ,  discerpere 

(i)  Jam  quasdam  Ecclesias  reperies  quse  ad  illam  rusticam  nuditatem 
quam  innovator  inspirât,  rediguntur.  Sunt  autem  illse  quibus  président 
Sacerdotes  qui  hodie  cum  summo  Pontifice  de  Constitutione  pugnant, 
sibique  suam  iidem  fingunt ,  et  similiter  suum  peculiarem  cultum  sibï 
quoque  fingere  aggrediuntur,  singularitatem  in  cultu  sicut  in  doctrina 
affectantes.  Hoc  dolemus  propter  scandalum,  hoc  timemus  proptef 
periculum.  Schisma  quod  per  inobedientiam  circa  decretum  Aposto- 
licumoriricœpit,  percultus  exçerioris  diversUatem,  consumraabitur, 
Pag,  1249. 

t.  n.  13 


494  INSTITUTIONS 

c  ommunioncm  (1)  ;  c'est  un  des  plus  grands  Prélats  de  l'Eglise 
de  France  dont  nous  ne  ferons  plus,  pour  ainsi  dire ,  que 
répéter  la  doctrine  et  proclamer  le  jugement. 

a  Cette  vénérable  antiquité,  dit-il,  que  l'auteur  du  nou- 
»  veau  Missel  se  glorifie  d'imiter,  il  la  foule  aux  pieds  dans  la 
»  composition  des  nouvelles  Messes  qu'il  substitue  aux  an- 
ciennes :  ce  qui  prouve  que  cet  auteur,  dans  les  nouveautés 
»  qu'il  a  voulu  introduire ,  a  choisi  l'antiquité  pour  prétexte 
>et  non  pour  règle.  En  effet,  leslntroïts,  Graduels,  Offer- 

>  toires ,  etc. ,  que  l'on  chante ,  depuis  tant  de  siècles ,  dans 
»  l'Eglise  Romaine ,  sont  tellement  changés  dans  le  nouveai 
»  Missel,  qu'à  peine  en  trouve-t-on  un  très  petit  nombre  qu 
*  appartiennent  aux  livres  liturgiques  de  saint  Grégoire,  d'oi 
> ils  ont  passé,  comme  d'une  source  pure,  dans  le  Misse 
»  Romain,  et  ont  été  employés  par  presque  toutes  les  Eglise 

>  particulières.  Notre  nouveau  faiseur  (fabricator  novus)  n' 

>  pas  épargné  davantage  les  Oraisons  et  les  Collectes  qu' 
»  n'avait  fait  les  Introïts  et  les  Graduels.  Confiant  à  l'exc< 

>  dans  son  génie ,  se  jugeant  plus  docte  et  plus  prudent  qi 
f  l'Eglise  entière ,  il  a  supprimé  des  choses  qui  étaient  coi 
»  sacrées  par  une  si  grande  antiquité  et  universalité,  poi 
»leur  substituer  ses  inventions  et  ses  idées,  sous  le  seul 
»  frivole  prétexte  qu'il  n'employait  que  le  pur  texte  de  P! 
»  criture.  Je  dis  avec  assurance  que  les  innovations  du  Mise 
»  n'ont  point  d'autre  source  que  les  idées  et  les  invent ioi 
»  propres  de  leur  auteur;  car  c'est  lui-même  qui,  dans|i 
> composition  de  la  nouvelle  Liturgie,  employant  certa 
»  textes  de  l'Ecriture ,  les  a  adaptés  aux  dimanches  et  ait 

>  diverses  fêtes ,  suivant  son  gré  et  sa  volonté ,  et  quelque!  6 
>même  contre  le  sens  véritable  et  original  des  livres  sain 

(i)  Yid,  tome  I,  page  502, 


LITURGIQUES.  195 

> Cette  composition,  imaginée  par  un  simple  particulier,  a- 
»  t-elle  donc  dû  être  préférée  et  subrogée  à  des  formules  que 
i  l'Eglise  universelle  a  approuvées  par  son  usage  durant  tant 
»de  siècles?  Il  n'a  pas  même  fait  grâce  aux  fêtes  les  plus  so- 
lennelles, ni  à  ces  jours,  du  Carême  par  exemple,  dans 
»  lesquels  l'Office  public  est  plus  assiduement  fréquenté  par 
»les  fidèles.  Il  a  changé  presque  en  totalité  les  Messes  de 
»  Pâques,  de  Noël,  de  l'Avent,  ou  du  Carême. 

»  Il  n'a  pas  compris ,  cet  auteur,  quelle  confirmation  la  foi 
»  orthodoxe  retire  de  l'antiquité  et  de  l'universalité  de  nos 
»  Liturgies  sacrées.  Cependant,  les  Liturgies  qui  dèslespre- 
»  miers  siècles  de  l'Eglise ,  même  long-temps  avant  saint  Jé- 
»  rôme,  se  lisent  dans  toute  l'Eglise,  sont  autant  de  monuments 
»  précieux  de  la  tradition  qui  étayent  et  confirment  notre 
»  croyance.  C'est  leur  témoignage  que  la  foi  catholique  em- 
»  ploie  comme  une  arme  contre  les  novateurs  ;  cette  foi  qui 
»est  une,  perpétuelle  et  universelle.  Si  donc  une  Eglise  par- 
ticulière supprime  ces  monuments  sacrés,  elle  dépose  les 
»  armes  qui  lui  servaient  à  combattre  les  novateurs,  elle  les 
»  enlève  des  mains  des  fidèles.  Que  notre  faiseur  orne,  tant 
i  qu'il  voudra ,  ses  Liturgies  nouvelles  de  Cantiques  élégam- 
ment composés,  de  textes  de  l'Ecriture  Sainte  ingénieuse- 
i  ment  trouvés,  habilement  adaptés  aux  fêtes  et  aux  solennités; 
»que  sont  toutes  ces  choses  ingénieuses  et  élégantes,  quelle 
»  est  leur  autorité ,  si  on  les  compare  aux  formules  qui ,  em- 
ployées et  chantées  par  tout  l'univers ,  depuis  quinze  siècles 
>  au  moins ,  sont  pour  les  fidèles  un  enseignement  de  la  même 
»  foi  ?  Le  dernier  laïque ,  en  quelque  lieu  du  monde  que 
*  ce  soit ,  prêtant  l'oreille  aux  chants  qui  se  font  entendre 
>dans  l'Eglise  qu'il  fréquente,  connaît,  sans  aucun  effort, 
»  qu'en  tous  lieux  et  toujours ,  les  mêmes  mystères  et  les 
»  mêmes  jours  de  fête  out  été  et  sont  encore  célébrés,  que 


496  INSTITUTIONS 

>le  monde  entier  professe  unanimement,  et  a  constamment 
»  professé  par  la  tradition  la  plus  ancienne,  cette  môme  foi, 

>  ces  vérités  capitales  qui  sont  exprimées  dans  les  Liturgies. 

>  Ce  qu'on  voudrait  introduire  de  nouveau ,  dans  une  Eglise 

*  particulière,  au  mépris  de  l'antiquité  et  de  l'universalité, 
>ne  peut  avoir  d'autre  autorité  que  celle  d'un  Prélat  parti- 
»  culier,  homme  sujet  à  erreur,  et  d'autant  plus  sujet  à  er- 
reur qu'il  est  seul,  qu'il  introduit  des  choses  nouvelles, 
»  qu'il  méprise  l'antiquité  et  l'universalité.  Or,  une  chose 
»  consacrée  par  l'usage  antique  et  universel,  est  gardée  ti'er- 

>  reur  par  les  promesses  môme  de  Jésus-Christ ,  est  fondée 

*  sur  l'autorité  même  de  Jésus-Christ  qui  assiste  toujours 
>son  épouse  et  lui  garantit  la  foi  par  sa  propre  vérité,  et  la 

>  sagesse  du  gouvernement  par  sa  propre  prudence.  > 

<  Mais  voici  quelque  chose  qui  n'est  pas  moins  grave.  Celui 
»  qui  a  introduit  tant  d'innovations  dans  sa  Liturgie,  changeant 

>  et  effaçant  des  choses  qui  avaient  été  imitées  et  empruntées 
»  de  la  Liturgie  de  l'Eglise  Romaine,  paraît  n'avoir  pas  du  tout 

>  compris  l'intention  qu'eurent  nos  pères  dans  cette  imitation 

>  de  la  Liturgie  Romaine.  Par  honneur  pour  le  premier  Siège, 

>  et  pour  resserrer  l'union  sainte  avec  lui,  ils  crurent  en  devoir 
»  adopter  les  rites,  après  avoir  renoncé  à  l'antique  Liturgie 
»  nationale.  Il  est  advenu  de  là  que  l'ancien  rite  de  l'Eglise 

>  Gallicane,  le  Mozarabique  en  Espagne,  l'Ambrosien  en  Ita- 
lie, ont  presque  entièrement  péri.  Nos  pères  savaient  que 

*  l'unité  dans  la  vraie  foi  dépend  totalement  de  l'union  avec 

>  le  Saint  Siège  et  avec  le  Vicaire  de  Jésus-Christ  et  que  les 

>  Eglises  qui  sont  d'accord  avec  l'Eglise  Romaine ,  Mère  et 
»  Maîtresse  de  toutes  les  Eglises  et  centre  commun ,  sont  ga- 
ranties de  toute  séduction  d'erreur  et  de  schisme.  Or,  cette 
»  union  se  forme  et  se  conserve  par  l'usage  d'une  même  Li 
»turgie,  et  le  lien  entre  tant  de  nations  isolées  les  unes  des 


LITURGIQUES,  197 

i  autres ,  et  souvent  même  en  guerre  entre  elles ,  paraît  tou- 
jours dans  l'unité  des  prières ,  des  fêtes  et  du  culte  pu- 
»blic  (1).  » 

Languet  rappelle  la  sollicitude  de  Pépin  et  de  Charle- 
magne  pour  établir  la  Liturgie  Romaine  en  France  ,  et 
le  zèle  de  saint  Grégoire  VII  pour  la  faire  prévaloir  en  Es- 
pagne; après  quoi  il  ajoute  :  «  Alors,  on  mettait  du  prix  à 

>  garder  l'unité  avec  l'Eglise  Romaine,  et  chacun  concourait 
j>  avec  joie  aux  moyens  de  la  corroborer  en  toutes  manières  ; 
»  car  tous  sentaient  Futilité  et  la  nécessité  de  cette  union.  On 
»  ne  portait  point  envie  à  la  supériorité  de  cette  Eglise  Mère  ; 
»  on  n'avait  pas  honte  de  lui  être  soumis  et  de  lui  obéir;  que 
d  dis-je  ?  on  s'en  faisait  gloire  et  on  sentait  que  celte^  obéis- 
i  sance  était  le  moyen  de  maintenir  et  de  fortifier  l'unité.  On 
»  jugeait  nécessaire  de  réunir  le  rameau  au  tronc,  de  rame- 
»ner  le  ruisseau  à  la  source,  et  comme  la  gloire  et  la  solidité 
»  de  l'Eglise  consistent  dans  son  unité,  on  pensait  que  cette 
»  unité  devait  être  produite  et  confirmée  par  une  légitime 
»  subordination.  Ainsi  pensèrent  nos  pères,  ceux-là  même 
»par  lesquels  la  foi  est  venue  jusqu'à  nous.  Ils  ont  bien 
»  d'autres  idées ,  ceux  qui  aujourd'hui  n'ont  pas  de  honte 
»  d'appeler  l'Eglise  Romaine  une  Eglise  étrangère ,  et  d'affîr- 
»  mer  que  l'usage  des  livres  liturgiques  de  cette  Eglise  n'a 
»  été  introduit  que  par  tolérance  dans  le  Diocèse  de  Troyes. 

»  Ainsi,  sous  le  voile  d'une  Liturgie  plus  élégante,  on  cache 
»  le  mépris  de  la  Liturgie  Romaine  ;  ainsi  on  affaiblit  la  sainte 
»  et  précieuse  unité  ;  ainsi  les  liens  qui  nous  unissaient  à  la 
»  Mère  Eglise  se  brisent  peu  à  peu  ;  ainsi  on  prépare  de  loin 

>  les  peuples  à  la  séparation.  De  la  différence  des  rites  naîtra 
»  peut-être  le  mépris ,  et  même  la  haine  qui  finit  souvent  par 

(1)  Vid.  la  note  B. 


198  INSTITUTIONS 

île  schisme.  Qui  ne  serait  saisi  de  crainte  en  considérant  le 
*  schisme  des  Grecs,  et  en  se  rappelant  qu'un  des  motifs  de 
»  cette  funeste  séparation  fut  que  l'Eglise  Romaine  ne  chan- 
»  tait  pas  alléluia  durant  le  Carême  :  ce  que  les  Grecs  repro- 
»  chaient  comme  un  grand  crime  au  Pontife  Romain  et  aux 
»  Evêques  d'Occident  (1).  » 

L'Archevêque  de  Sens  mentionne  ensuite  la  condamnation 
du  Bréviaire  du  Cardinal  Quignonez ,  et  de  ceux  de  Soissons 
et  d'Orléans ,  par  la  Sorbonne ,  au  seizième  siècle ,  condam- 
nation motivée,  ainsi  que  nous  l'avons  raconté  en  son  lieu  (2), 
sur  la  nouveauté  et  la  témérité  qui  paraissaient  dans  ces 
Bréviaires,  sur  le  scandale  que  le  peuple  ne  manquerait  pas 
d'y  prendre,  sur  le  schisme  que  pouvaient  amener  de  sem- 
blables innovations  ;  puis  il  continue  en  ces  termes  :  «  Tel 
»  était  le  jugement  qu'on  portait  autrefois  sur  les  innovations 
»  dans  la  Liturgie,  même  quand  elles  n'avaient  lieu  que  dans 
»  cette  partie  des  Offices  qui,  étant  plus  spécialement  entre 

>  les  mains  des  Prêtres ,  est  moins  familière  aux  laïques.  Quel 
j> jugement  auraient  porté  ces  graves  et  très  sages  maîtres, 
j  s'ils  eussent  découvert  des  innovations  importantes  jusque 

>  dans  la  célébration  de  la  Messe  et  dans  l'administration  de 
»la  Communion  aux  fidèles?  S'ils  eussent  vu  les  Introïts  et 
»les  Graduels  de  l'antique  Missel  entièrement  changés,  la 
»  vénérable  antiquité  foulée  aux  pieds,  pour  mettre  en  place 
Mes  idées  singulières  et  les  inventions  d'un  particulier  (3)?  » 

(1)  Vid.  la  note  C. 

(2)  Tome  I.  chap.  XV.  pag.  578  et  458. 

(3)  Taie  olim  ferebatur  judieium  de  quaîibet  innovatione  circa  Li 
turgiam,  etiam  in  Officiorum  parte  quae  S?.cerdotes  spectat  prsecipue 
quseque  hïcorum  manibus  minus  teritur.  Quid  judicassent  graves  ill 
et  sapientissimi  magistri ,  si  majoris  momcnti  innovationes  deprehen 
dissent  in  ipsius  Missse  celebratione ,  et  communione  ûdelibus  distri 


LITURGIQUES.  199 

Dans  un  autre  Mandement  sur  le  Missel  de  Troyes,  l'Arche- 
vêque discute  avec  une  grande  sagacité  le  prétexte  qu'on  a 
mis  en  avant  pour  justifier  tant  d'innovations  scandaleuses  : 
«  On  n'a  voulu,  dit-on ,  rien  admettre  dans  les  prières  de  la 
»  Messe  qui  n'ait  été  emprunté,  de  mot  à  mot,  aux  saintes  Ecri- 
»  tures.  »  «  Mais  d'abord,  répond  Languet,  cela  est  impossible  ; 
»  autrement,  il  faudrait  changer  toutes  les  Oraisons,  de  même 
i  qu'on  a  changé  tous  les  Introïts  et  tous  les  Graduels.  En 
*  effet ,  ces  antiques  Oraisons  qui ,  presque  toutes ,  sont 
»  extraites  du  Sacramentaire  de  saint  Grégoire ,  ne  sont  point 
»  composées  de  textes  de  l'Ecriture.  D'après  le  même  prin- 
cipe, on  devrait  aussi  changer  le  Gloria  in  excelsis,  le 
î  Credo,  le  Confiteor,  et  nombre  d'autres  prières  consacrées 
»par  leur  antiquité.  L'auteur  du  nouveau  Missel  n'a  pas  osé 
»  aller  jusque  là  ;  mais  cela  seul  aurait  dû  faire  comprendre 
i  la  fausseté  de  cette  règle  imaginaire  qui ,  n'étant  appuyée 
»  sur  aucun  fondement  solide ,  est  tellement  impraticable 
»  qu'on  est  obligé  de  s'en  écarter  dans  un  grand  nombre  d'oc- 
»  casions.  » 

«  En  second  lieu ,  qui  a  prescrit  cette  règle  ?  Est-ce  lin 
»  Concile ,  ou  quelque  autre  monument  de  la  vénérable  antï- 
»  quité?  N'est-il  pas  manifeste ,  au  contraire ,  que  la  plus  res- 
pectable des  prières  de  l'Eglise,  le  Canon  de  la  Messe,  n'a 
»pas  été  tiré  des  paroles  de  l'Ecriture?  »  Le  Prélat  cite  en- 
suite le  Canon  du  quatrième  Concile  de  Tolède ,  en  655 ,  que 
nous  avons  rapporté  ailleurs ,  et  montre  combien  cette  sainte 
et  savante  assemblée ,  présidée  par  saint  Isidore ,  mettait 

buenda  ?  Si  vidissent  Missalis  antiqui  Introïtus ,  et  Gradualia  omnino 
immutata ,  atque  antiquitatem  venerandam  conculcatam ,  ut  ei  snbs- 
tituerentur  singulares,  ideae  et  nominis  particularis  inventa.  Ibidem, 
page  1255. 


200  INSTITUTIONS 

d'importance  a  conserver  les  formules  traditionnelles  de  la 
Liturgie.  Puis  il  continue  ainsi  : 

«  En  troisième  lieu,  pourquoi,  au  nom  de  cette  prétendue 
»  règle,  tous  les  anciens  Introïts,  Graduels,  etc.,  ont-ils  été 
»  changés  ?  N'est-ce  pas  de  l'Ecriture  Sainte  qu'a  été  tirée  la 
j  plus  grande  partie  des  Introïts ,  des  Graduels  et  des  autres 
»  chants  de  la  Messe  contenus  dans  l'Antiphonaire  de  saint 
j Grégoire?  Pourtant,  on  les  a  remplacés,  sous  prétexte 
»  d'un  plus  grand  bien ,  et  ce  bien  consistait  à  insérer  frau- 
*  duleusement  des  nouveautés  dans  le  Missel. 

»  En  quatrième  lieu ,  la  tradition  n'est-elle  donc  pas  aussi 
>  une  sorte  de  parole  de  Dieu,  une  règle  de  foi?  Mais  en  quel 
«monument  nous  apparaît  plus  sûrement  et  plus  eftîcace- 
»  ment  cette  sainte  tradition,  que  dans  ces  prières  composées 
> dans  l'antiquité  la  plus  reculée,  employées  par  la  coutume 
i>la  plus  universelle,  conservées  dans  la  plus  constante  uni- 
i  formité  ?  Si  ces  prières  ne  sont  pas  formées  des  propres 

*  paroles  de  l'Ecriture  ,  les  fidèles  ne  leur  doivent-ils  pas  la 
»  même  révérence,  proportion  gardée,  qu'à  l'Ecriture  Sainte? 
j>  Il  est  plusieurs  dogmes  de  notre  foi  dont  nous  ne  pouvons 
»  prendre  la  connaissance  distincte  que  dans  la  tradition ,  et 

*  il  n'y  a  pas  de  monuments  à  la  fois  plus  précis  et  plus  sûrs , 
j>  pour  défendre  ces  dogmes ,  que  les  prières  même  de  la 
>  Messe.  Trouve-t-on  dans  les  Ecritures  Saintes  le  dogme  de 
»  la  perpétuelle  intégrité  de  la  Sainte  Vierge ,  aussi  claire- 
»ment  que  dans  les  prières  de  l'Eglise,  et  principalement 
»dans  ces  paroles  que  nous  lisons  dans  les  Livres  Litur- 
»  giques  de  saint  Grégoire  :  Post  partum,  Virgo,  inviolata  per- 
•j>mansistù  JN'est-ce  pas  dans  la  Liturgie  qu'on  trouve  la 

*  preuve  de  la  tradition  de  l'Eglise  sur  la  Canonicité  des  Livres 

*  Saints ,  et  sur  un  grand  nombre  d'autres  points  ? 

»  Au  reste ,  et  c'est  là  notre  cinquième  observation ,  ce 


j  sont  le  plus  souvent  les  idées  d'un  esprit  individuel  qu'on  a 
»  ainsi  revêtues  de  l'apparence  de  textes  de  l'Ecriture ,  et 
»  substituées  aux  antiques  prières.  A  la  vérité,  les  paroles 
»  sont  prises  dans  l'Ecriture  Sainte  ;  mais  leur  accommodation 
»  arbitraire  à  certaines  fêtes,  ou  aux  éloges  de  certains 
»  Saints,  est  une  production  de  l'esprit  particulier.  »  Ici  Lan- 
guet  cite  en  exemple  plusieurs  de  ces  fameux  contre- 
sens bibliques  que  renfermait  le  Missel  de  Meaux  ,  et  dont 
regorgent  avec  tant  de  fierté  nos  nouveaux  Missels  et  Bré- 
viaires ,  et  il  reprend  ainsi  :  «  Quelques  belles  et  ingé- 
anieuses  que  paraissent  ces  allusions,  elles  n'offrent  pas 
»  le  sens  naturel  des  textes  de  l'Ecriture ,  mais  tout  simple- 
*ment  le  sens  de  l'auteur  qui  les  a  imaginées.  Si  cet  auteur 
»  est  moderne ,  sans  nom ,  s'il  n'a  autorité  que  dans  un  seul 
i Diocèse ,  quelle  force,  quel  poids  pourra-t-il  donner  à  ces 
»  productions  de  son  propre  génie?  Les  prières  de  l'an- 
j  cienne  Liturgie ,  toutes  simples  et  sans  ornements  qu'elles 
»  soient,  n'auront-elles  pas  plus  d'autorité,  ne  seront-elles 
<pas  plus  utiles,  bien  qu'elles  ne  soient  pas  tirées  des  Ecri- 
tures Saintes.  » 

«  Ce  n'est  pas  cependant  que  nous  prétendions  condamner 
>ces  accommodations  et  ces  allusions  ;  l'exemple  des  Saints 
»  Pères  est  là  pour  les  défendre.  Mais  nous  prétendons  que 
»ce  n'est  pas  enrichir  l'Eglise  que  de  supprimer  les  chants 
t>  antiques  pour  substituer  en  leur  place  des  allusions  d'une 
»  invention  récente  ;  c'est  bien  plutôt  la  scandaliser  que  d'em- 
»  ployer  ces  accommodations  au  moyen  desquelles  l'Ecriture 
»  est  détournée  à  des  sens  étrangers ,  quelquefois  suspects  et 
»  dangereux  dans  la  foi.  Quelqu'un  ignore-t-il  que,  parle 
»  moyen  de  textes  des  Ecritures  mutilés,  et  cités  à  faux,  il 
»  n'est  pas  d'erreur  qu'on  ne  puisse  insinuer  et  même  ensei- 
gner par  les  propres  paroles  de  la  Bible.  Il  est  inutile 


202  INSTITUTIONS 

i  de  rapporter  des  exemples  :  chacun  les  trouvera  aisément 
»dans  ss  mémoire  (1).  » 

Plus  loin,  Languet,  qualifiant  énergiquement  la  maladie 
de  son  siècle ,  s'exprime  ainsi  :  «  Ces  Messes  modernes  avec 
«leurs  allusions  bibliques,  variées  au  gré  de  leurs  auteurs 
»  et  suivant  la  fécondité  de  leur  génie ,  auront-elles  le  même 

>  poids,  la  même  autorité,  la  même  utilité  que  les  anciennes? 
»  D'abord,  c'est  en  vain  qu'on  y  cherche  l'antiquité,  puis- 
»  qu'elles  sont  le  produit  d'une  manie  que  le  siècle  où  nous 
»  vivons  a  vue  naître.  En  vain  y  cherchera-t-on  aussi  l'auto- 
»  rite  que  donne  l'universalité  ;  puisque  cette  démangeaison 

>  de  fabriquer  de  nouvelles  Messes  n'a  affecté  que  la  France  : 
»  c'est  chez  nous  seulement  qu'elle  règne.  Que  dis-je?  dans 
»  ce  même  royaume ,  les  divers  Missels  diffèrent  les  uns  des 
»  autres.  Chacun  de  ces  faiseurs  de  Messes  nouvelles  veut  don- 
*  ner  du  sien,  et  beaucoup  moins  imiter  ce  qui  existe  déjà  que 
»  surpasser  les  autres  par  de  plus  heureuses  allusions  (2).  » 

Le  Prélat  emploie  une  partie  de  ses  trois  Mandements  sur 
le  Missel  de  Troyes ,  à  signaler  un  grand  nombre  de  passages 
de  l'Ecriture  qu'on  a  présentés  dans  ce  livre  de  manière  à 
leur  donner  un  sens  favorable  à  l'hérésie  Janséniste.  Nous 
n'insistons  pas  ici  sur  ces  passages ,  attendu  que  le  Missel  de 

(1)  Vid.  la  note  D. 

(2)  An  vero  Missae  illae  recentiores  cum  allusionibus  quœ  in  eis  inse 
runtur,  et  pro  uniuscujusque  autoris  arbitrio  aut  ingenii  fecunditat 
variantur,  idem  pondus,  eamdem  autoritatem ,  eamdem  utilitatem  ha 
bebunt?  Primo  quidem  in  illis  desiderabitur  antiquitas,  siquidem  fa 
bricatœ  sunt  novo  quodam  instinctu  quem  nascentem  vidit  hoc  seculum 
Desiderabitur  universalitatis  autoritas;  siquidem  Gallias  solas  afflavi 
haec  novarum  Missarum  fabricandarum  prurigo.  Solis  dominatur  i 
Galliis.  Quin  etiam  hoc  ipso  in  Regno  unumquodque  Missale  ab  ali 
discrepat  ;  unusquisque  enim  novarum  Missarum  artifex  vult  aliqui 
dare  de  suo ,  minusque  quod  jam  inventum  est  imitari ,  quam  felicii 
ribus  allusionibus  alios  superare  cogitât.  Ibidem,  1396. 


LITURGIQUES.  205 

Troyes  n'a  eu,  comme  livre ,  qu'une  influence  locale  ;  nous 
préférons  proposer  à  l'attention  du  lecteur  la  doctrine  de 
l'Archevêque  de  Sens ,  sur  les  dangers  que  peut  courir  l'or- 
thodoxie ,  du  moment  qu'il  est  permis  aux  hérétiques  de 
populariser  à  leur  gré  tous  les  versets  de  l'Ecriture  qu'ils 
jugent  propres  à  inculquer  leurs  sentiments. 

«  N'est-ce  pas,  dit-il,  une  licence  très  dangereuse  et  digne 
»  d'être  soigneusement  réprimée  par  les  premiers  Pasteurs , 
»  que  de  remettre  aux  mains  des  fidèles  les  armes  mêmes 
*  avec  lesquelles  les  novateurs  combattent  les  dogmes  catho- 
»  liques  ;  que  d'accoutumer  les  peuples  à  réciter  et  à  chanter 
>  des  textes  qu'ils  ne  comprennent  pas  ou  qu'ils  comprennent 
»  mal ,  et  qui  peuvent  devenir  une  source  de  disputes ,  ou 
»  peut-être  d'erreurs?  L'Eglise  s'est-elle  donc  conduite  ainsi 
»  jusqu'à  présent?  Au  temps  des  Ariens ,  eût-on  affecté  de 
»  placer  parmi  les  Cantiques  de  la  Liturgie ,  cette  phrase  de 
i l'Evangile  :  Pater  major  me  est?  Au  temps  de  Bérenger, 
»  qui  niait  la  présence  réelle ,  eût-on  affecté  de  placer  parmi 
>les  chants  de  la  Messe  cette  sentence  de  Jésus-Christ  dont 
»  tous  les  hérétiques  sacramentaires  ont  abusé  :  Verba  quœ 
i  ego  locutus  sum  vobis  spiritus  et  vita  sunt  :  caro  non  pro- 
*dest  quidquam  (1)  ?  On  veut  justifier  cette  conduite  sus- 
Ci)  Nonne  periculosissimse  et  a  primis  Pastoribus  sedulo  refrsenandae 
licentise  est ,  permittere  fidelium  manibus  illa  arma  quibus  Cathoiica 
dogmata  a  Novatoribus  impugnantur  ;  populosque  assuefacere  recitan- 
dis  canendisque  textibus  quos  aut  nullatenus,  aut  perperam  intelli- 
gent ,  et  qui  ipsis  disputationum  ac  fortasse  errorum  seminarium  exis- 
tent? Itane  ergo  hactenus  se  gessit  Ecclesia?  Quis  Arianorum  tempo- 
ribus  affectasset ,  inter  sacrae  Liturgiae  Cantica  proponere  hanc  Evan- 
gelii  sententiam  :  Pater  major  me  est*!  Quis  Berengarii  tempore  qui 
praesentiam  realem  negabat ,  affectasset  Missae  Canticis  inter texere 
hanc  Christi  sententiam ,  quibus  omnes  hœretici  Sacramentarii  abusi 
sunt  :  Verba  quœ  ego  locutus  sum  vobis ,  Spiritus  et  vita  sunt  :  caro  non 
prodest  quidquam  ?  (  Ibidem,  pag,  1373.  ) 


204  INSTITUTIONS 

>  pecte,  et  toute  la  justification  consiste  à  expliquer,  à  exposer 
»les  témoignages  bibliques  dont  nous  reprochons  l'emploi 
»  affecté.  A  quoi  bon  ce  commentaire?  S'agit-il  d'expliquer 

*  les  passages  en  question  ?  Il  n'est  pas  de  théologien  qui  n'en 
»  puisse  venir  à  bout  facilement.  Mais  le  peuple  qui  lira  ces 
»  textes  dans  la  Messe,  qui  les  chantera,  qui  les  apprendra 
»  par  cœur,  qui  bientôt  peut-être  les  verra  traduits  en  langue 
»  vulgaire,  le  peuple  n'aura  pas  votre  commentaire  sous  les 
»yeux.  Ce  que  ces  passages  renferment  d'obscur  et  de  diffî- 

>  cile  infectera  l'esprit  des  fidèles  de  faux  principes  qui  leur 
»  sembleront  basés  sur  ces  textes  eux-mêmes,  et  lorsqu'il 

*  plaira  à  un  novateur  d'en  abuser ,  pour  répandre  et  con- 
ïfirmer  ses  erreurs,  il  trouvera  les  peuples  déjà  préparés  et 
»  disposés  à  prêter  l'oreille  et  à  ajouter  foi  (1).  » 

Nous  avons  dit  que  le  Missel  de  Troyes  portait  aussi  at- 
teinte au  culte  de  la  Sainte  Vierge,  et  que  le  Prélat  qui  avait 
publié  ce  livre  s'était  empressé  de  suivre  les  errements  de 
François  de  Harlay,  dont  l'œuvre  a  droit  d'être  considérée 
comme  l'initiative  de  tous  ces  scandales.  Ecoutons  l'Arche- 
vêque Languet  réclamer  contre  son  suffraganl  les  droits  sa- 
crés de  la  Mère  de  Dieu  :  «  Dès  les  premiers  siècles  de  l'Eglise, 

>  dit-il,  le  culte  de  la  Mère  de  Dieu  a  été  du  plus  grand  prix 

(1)  Repondere  igitur  conatur,  totaque  ejus  responsio  consistit  in 
explicatione  atque  expositione  testimoniorum  quorum  usus  ipsi  expro- 
batur,  at  quid  ad  rem  facit  commentarium  hoc  ?  An  igitur  de  exposi- 
tione illorum  textuum  ?  Enim  vero  sine  ejus  ope  textus  illos  sensu 
Catholico  quo  intelligi  debent  facile  quisquis  exposuisset  Theologus. 
Sed  populus  qui  eos  textus  in  Missa  leget ,  qui  cantabit ,  qui  ediscet 
memoriter,  qui  eos  cito  fortasse  vernaculo  sermone  redditos  videbit, 
commentarium  istud  non  habebit  ob  oculos.  Quod  in  eis  obscurum  est 
et  difficile,  fidelium  mentes  inficiet  falsis  princijtiis  quae  his  textibus 
stabiliri  videntur,  et  cum  Novatori  libuerit  iisdem  textibus  abuti ,  quo 
errores  suos  spargere  ac  confirmare  possit ,  populos  paratos  jara  et 
instructos  reperiet,  ut  ipsi  aures  fidemque  praebeant.  Pag.  1374. 


LITURGIQUES.  205 

»  pour  le  peuple  fidèle.  On  en  trouve  la  preuve  dans  les  an- 
j>  ciennes  Liturgies  des  diverses  Eglises  qui  s'accordent  toutes 
j>  sur  ce  point ,  et  concourent  à  honorer  la  Mère  du  Christ. 
i  Celui  donc  qui  a  composé  la  nouvelle  Liturgie  a  dû ,  sans 
»  doute ,  cultiver  avec  grand  soin  tout  ce  qui  a  rapport  à  cette 
»  dévotion ,  conformément  à  l'intention  et  aux  usages  de  la 
»  sainte  Eglise  ;  il  a  dû  mettre  tous  ses  soins ,  non  seulement  à 
»la  conserver,  mais  à  l'accroître,  à  la  rendre,  tout  à  la  fois, 
jplus  fervente  et  plus  utile.  Que  s'il  s'est  trouvé  à  propos 
j»de  changer  quelque  chose  dans  les  anciens  Cantiques,  ce 
»  changement ,  pour  être  louable ,  a  dû  se  faire  au  moyen 
»  d'additions  plutôt  que  de  retranchements.  Celui-là  déroge- 
rait à  la  piété  qui  tenterait  de  diminuer  les  louanges  par 
»  lesquelles  l'Eglise  célèbre  la  Maternité  de  Marie,  ou  les 
*  honneurs  dont  elle  aime  à  l'environner  (1).  i 

Languet  parcourt  ensuite  le  Missel  de  Troyes  et  signale 
les  diverses  innovations  qu'il  présente ,  au  détriment  du  culte 
delà  Sainte  Vierge.  Dans  ce  livre,  on  n'a  pas  osé,  il  est  vrai, 
supprimer  les  fêtes  de  la  Conception,  de  la  Nativité,  de  la  Pré- 
sentation ,  de  la  Visitation  et  de  l'Assomption  de  Marie  ;  mais 
sa  Purification  et  son  Annonciation ,  restreintes  désormais 
à  la  seule  qualité  de  fêtes  de  Notre-Seigneur,  n'offrent  plus 

(i)  A  primis  Eccîesise  seculis  cultus  beatse  Mariae  Virginis  plebi  pre- 
tiosus  fuit  et  commendabilis.  Hujus  probatio  eruitur  ab  antiquioribus 
Liturgiis  variarura  Ecclesiarum  quae  in  hoc  oninino  conveniunt,  et  ad 
honorandam  Christi  matrem  eoncurrunt.  Qui  novam  Liiurgiam  ador- 
navit ,  debuit  cultum  hune  omni  observantia  colère  secundum  Ecclesiae 
sanctœ  iutentionem  et  usum  ;  curare  omni  sua  opéra  ut ,  si  fieri  potest , 
non  modo  servetur,  sed  et  crescat,  fiatque  devotior  et  utilior  :  et  si 
aliquid  in  antiquis  Canticis  immutare  conveniat ,  laudabilius  forsan 
fuisset  addere  aliquid  quam  aliquid  detrahere.  Proinde  pietati  derogat 
qui  et  laudes  quibus  Ecclesia  Mariae  Maternitatem  Divinam  praedicat , 
et  honores  quibus  illam  colère  solet,  imminuere  tentât,  Pay.  1262. 


206  INSTITUTIONS 

dans  les  prières  du  Missel  que  quelques  mots  de  souvenir 
pour  la  Mère  de  Dieu.  Le  nom  de  Marie  a  même  été  retran- 
ché du  titre  de  la  fête  de  l'Annonciation  ;  ce  n'est  plus  que 
l'Annonciation  du  Seigneur.  En  vain,  l'Evêque  de  Troyes 
prétend-il  que  l'Archevêque  de  Sens  voudrait  qu'on  oubliât 
dans  cette  fête  l'Incarnation  du  Verbe ,  pour  ne  parler  que 
de  la  Sainte  Vierge.  Languet  répond  avec  énergie  :  c  L'Ar- 
»  chevêque  de  Sens  n'a  d'autre  désir  que  celui  que  lui  inspire 
»  l'Eglise  universelle  :  il  ne  réclame  que  ce  que  cette  même 
»  Eglise  a  établi ,  institué ,  observé  depuis  tant  de  siècles.  Elle 
»  n'oublie  point,  dans  la  Messe  Grégorienne,  ni  Jésus-Christ, 
>ni  son  Incarnation;  mais  elle  veut  que  nous  honorions  la 

>  Mère  avec  le  Fils,  que  nous  allions  au  Fils  par  la  Mère,  de 
i  même  que  par  la  Mère  le  Fils  est  venu  à  nous.  En  cela ,  rien 
»  n'est  enlevé  au  Fils ,  puisque  ce  sont  seulement  ses  dons 
»  divins  que  nous  honorons  dans  sa  Mère.  Etait-ce  donc  à 

>  l'Eglise  de  Troyes  de  réformer  l'Eglise  universelle  (1)  ?  » 

Languet  signale  successivement  les  divers  attentats  du 
Missel  de  Troyes  contre  le  culte  de  la  Sainte  Vierge.  On  y  a 
changé  la  Messe  de  la  Circoncision  qui ,  dans  le  Missel  Romair 
et  les  anciens  Sacramentaires,  a  pour  objet  non  moins  spécia 
la  vénération  de  la  Mère  de  Dieu.  Le  Missel  de  Troyes,  dans  h 


(1)  Hoc  loco  respondet  autor  documenti  ;  velletne  D.  Archiepiscopu 
Senoneiisis ,  ita  in  beata  Virgine  defixam  fuisse  compositoris  cogitatic 
nem,  ut  Iucarnationera  Christi  omnino  oblitus  videretur?  ftihil  aliu 
vult  Archiepiscopus  Senonensis  quam ,  quod  ipsi  inspirât  universa  Ec 
clesia,  quam  quod  fecit,  quod  instituit,  quod  tôt  a  seculis  observa  vil 
INec  illa  Cnristum,  nec  Incarnationem  ejus  in  Missa  Gregoriana  obi 
viscitur  ;  sed  vult  ut  Matrem  una  cum  Filio  honoremus,  ut  per  Matre» 
eamus  ad  Filium ,  quemadmodum  per  Matrem  ad  nos  venit  Filin 
]\'ihil  Christo  detrahitur ,  siquidem  Divina  tantum  ejus  dona  in  Mar 
honorantur.  An  vero  Ecclesiœ  Trecensis  erat  uniYersam  Ecclesiam  r 
formare?  Pag.  1588. 


LITURGIQUES.  207 

Messe  de  la  Visitation ,  parle  beaucoup  plus  de  saint  Jean- 
Baptiste  que  de  la  Sainte  Vierge.  Celles  de  la  Conception  et 
de  la  Nativité  sont  muettes  sur  les  louanges ,  et  même  sur  le 
nom  de  cette  Reine  du  Ciel.  Les  Messes  Votives  de  Beata 
pareillement  fabriquées  de  textes  de  l'Ecriture ,  taisent 
profondément  les  louanges  de  Marie ,  célébrées  avec  tant 
d'amour  et  de  poésie  dans  les  Introïts,  Graduels,  Offer- 
toires, etc.,  qu'on  a  supprimés.  En  faut-il  davantage  pour 
convaincre  l'auteur  du  Missel  de  Troyes  d'être  entré  dans  la 
conspiration  formée ,  par  un  certain  parti ,  contre  le  culte 
de  la  Sainte  Vierge  si  exagéré  par  ses  dévots  indiscrets  ? 

Venant  ensuite  aux  atteintes  portées  dans  le  Missel  à  l'au- 
torité du  Siège  Apostolique ,  l'Archevêque  de  Sens  déplore 
que  dans  un  Diocèse  dont  la  Cathédrale  est  sous  l'invocation 
du  Prince  des  Apôtres ,  il  se  soit  rencontré  un  Evêque  qui  ait 
retranché  dans  les  Messes  de  la  Chaire  de  saint  Pierre ,  de  la 
Fête  même  de  ce  grand  Apôtre,  les  Versets  populaires  et  Gré- 
goriens :  Tu  es  Petrus  et  super  hancpetram,  etc.  ;  Quodcum- 
que  ligaveris,  etc.;  Petre,  diligis  me,  etc.,  pour  les  rem- 
placer par  des  passages  de  l'Ecriture  qui  ne  peuvent  avoir 
qu'un  sens  accommodatice ,  et  cela  sous  le  prétexte  affecté 
que  ces  paroles  se  trouvent  déjà  dans  l'Evangile  de  la  Fête. 
«  Cependant,  dit  Languet,  saint  Grégoire  et  les  autres  Sou- 
verains Pontifes  ont  jugé  que  ces  textes  déjà  récités  dans 
d'Evangile  du  jour  devaient  encore  en  être  extraits  pour 
»  être  mis  en  chant  et  proposés  au  peuple  de  cette  seconde 
»  manière,  afin  qu'ils  se  gravassent  plus  avant  dans  sa  mé- 
»  moire.  Que  dans  l'Evangile  même  ils  aient  un  caractère 
»  plus  authentique ,  j'en  conviens  ;  mais  on  les  retiendra 
»  moins,  si  on  les  voit  que  là.  Au  contraire,  ils  seront  plus 
»  souvent  dans  la  bouche  et  dans  le  souvenir  des  fidèles,  quand 
»les  fidèles  auront  appris  à  les  répéter  parmi  les  chants  de 


208  INSTITUTIONS 

»  la  Messe.  Tel  était  le  but  de  saint  Grégoire ,  but  approuvé 
>par  l'Eglise  universelle,  qui  pendant  douze  siècles  a  ob- 
> serve  cet  usage,  et  l'observe  encore  aujourd'hui  en  tous 

>  lieux  (1).  • 

c  Les  fidèles  du  Diocèse  de  Troyes  trouveront-ils  mainte- 
p  nant  dans  les  Versets  qu'on  a  si  ingénieusement  accommodés 
>à  la  louange  du  Prince  des  Apôtres,  y  trouveront-ils  des 
»  armes  toujours  prêtes  pour  combattre  les  hérétiques  qui 

>  chercheront  à  les  séparer  de  la  Chaire  d'unité?  Ils  les  trou- 
veraient, ces  armes,  dans  les  textes  supprimés  dans  les 

>  nouvelles  Messes ,  et  principalement  dans  cette  sentence  : 

*  Tu  es  Petrus  et  super  liane  petram  œdificabo  Ecclesiam 
tmeam.  Pourra-t-on  réfuter  avec  avantage  et  solidité  un  hé- 
i  rétique ,  quand ,  à  la  place  de  ce  témoignage ,  on  lui  oppo- 
sera en  faveur  du  Siège  Apostolique,  ce  texte  d'Isaiedont 
»  on  a  formé  l'Introït  de  la  fête  de  saint  Pierre  :  Vocabo  ser- 
>vum  meum  et  dabo  ei  clavem  David,  et  le  reste;  toutes 
»  choses  qui  s'entendent  de  Jésus-Christ  et  n'ont  d'autre  rap- 
»  port  à  saint  Pierre  que  celui  d'un  sens  accommodatice , 

•  produit  d'un  génie  tout  humain  (c2).  » 


(1)  Sed  dicimus  S.  Gregorium  aliosque  summos  Pontifices  judicasse 
eos  in  Evangelio  jam  recitatos  ia  quo  continebantur,  ex  eo  mutuandos 
esse  ut  inter  Caatica  populis  proponerentur,  et  sic  in  eorum  animis 
altius  deflgerentur.  Magis  authentici  sunt  in  Evangelio.  Esto  sane.  At 
minus  niemoria  tenebuntur,  cuni  hic  duntaxat  reperientur;  sed  fre- 
quentius  in  fidelium  ore  ac  memoria  versabuntur,  cum  fidèles  eos  in 
Canticis  Missse  canere  ac  repetere  didicerint.  Hoc  erat  quod  volebat 
S.  Gregorius,  quod  universa  probavit  Ecclesia,  quod  duodecim  a  seculis 
constanter  observavit,  et  etiamnum  ubique  observât,  ^a^r.  1831. 

(2)  Et  sane  num  populus  in  eis  versiculis  ingeniose  accommodatis 
Apostolorum  principi,  semper  parata  tela  reperiet  quibus  debellare 
possit  hœreticos  qui  eum  a  Cathedra  unitatis  divellere  conarentur  ? 
Quod  reperiret  in  iliis  textibus  qui  noYis  ia  Wissis  neglecti  sunt ,  ac 


LITURGIQUES.  209 

«  C'est  dans  le  même  esprit  et  avec  une  perfidie  semblable, 
>  dit  ailleurs  le  courageux  Prélat ,  qu'on  a  omis  aux  Messes 
»  fériales  d'indiquer  l'Oraison  d'usage  pour  le  Souverain  Pon- 
Hife.  Elle  est  marquée  au  Missel  Romain,  comme  troisième 
j  Oraison ,  dans  les  endroits  convenables.  Ce  Missel  a  aussi 
»  une  Messe  pro  eligendo  Pontifice ,  sede  Romana  vacante ,  et 
»  cette  Messe  se  trouvait  pareillement  dans  l'ancien  Missel  de 
»  Troyes.  A  peine  rencontre-t-on  dans  le  nouveau  une  Oraison 
»  pour  le  Pape,  à  savoir,  parmi  les  Oraisons  communes,  à  la 
îfin  du  Missel.  De  pareilles  nouveautés  serviront-elles  beau- 
»  coup  à  la  piété  des  fidèles  et  à  l'édification  des  peuples  (1)  ?  » 
Après  avoir  relaté  tous  les  scandales  du  Missel  de  Troyes , 
l'Archevêque  de  Sens  terminait  ainsi  son  premier  Mande- 
dément  :  «  A  quoi  aboutiront  de  pareilles  nouveautés?  quel 
»  en  sera  le  fruit?  C'est  en  tremblant  pour  vous,  Nos  très 
»  chers  Frères,  et  pour  l'Eglise,  que  nous  osons  envisager 
*  l'avenir.  Déjà,  parmi  vous,  un  grand  nombre  méprise  les 
i  décrets  du  Saint  Siège  ;  il  est  des  gens  qui  vous  apprennent 

praesertim  in  hac  sententïa  :  Ta  es  Petrus ,  et  super  liane  petram  sedi- 
ficabo  Ecclesiam  meam.  Nunquid  belle  et  solide  revincetur  haereticus, 
cum  ei  in  hujus  testimonii  locum ,  pro  Sede  Âpostoiica  opponetur  Isaïae 
textus  unde  formatas  est  Introïtus  festi  S.  Peîri  ;  Focabo  servum 
meum ,  et  dabo  ei  clavem  David  ;  et  caetera  quae  ad  litteram  de  Jesu 
Christo  intelliguntur,  et  ad  S.  Petrum  non  pertinent,  nisiope  accom- 
modationis  quae  humaui  fœtus  est  ingenii  ?  Jbid.  pag.  1382. 

(1)  Eodem  animo  et  sane  doloso  omïssa  fuit  in  Missis  pro  feriis  in- 
dicari  solita  Oratio  pro  summo  Pontitice.  Hœc  indicatur  in  Mïssalî 
Romano  pro  Oratione  tertia  ubi  opus  est.  Ibidem  legitur  Missa  pro 
eligendo  Pontifice ,  Sede  Romana  vacante  :  hsec  legebatur  in  antiquo 
Missali  Trecensi.  Vix  in  novo  reperitur  alicubi  una  Oratio  pro  summo 
Pontiûce ,  in  collectione  sciîicet  Orationum  ad  calcera  Missaîis.  Nun- 
quid  novitates  illae  ad  pietatem  fidelium  et  ad  populorum  aedificationem 
possunt  conferre  ?  Jbid.  pag,  1261, 

,   T.  lu  ih 


210  INSTITUTIONS 

>a  gémir  sur  les  erreurs  du  Souverain  Pontife,  et  sur  les 
»  ténèbres  qui  couvrent  l'Eglise  universelle.  On  vous  dénonce 

*  comme  livré  à  Terreur  le  Siège  Apostolique,  centre  néces- 
»saire  de  la  communion  catholique  ;  on  vous  prêche  que  les 
»  Evoques  qui  concourent  avec  lui  pour  la  publication  de  ses 

>  décrets  s'écartent  de  la  foi  et  la  trahissent.  Certes,  ce  n'est 
»pas  sans  horreur  que  nous  avons  appris  par  nos  yeux  que 
»  les  livres  liturgiques  de  l'Eglise  Romaine  sont  appelés  chez 
»vous  des  livres  étrangers,  comme  si  l'Eglise  Mère  pouvait 
»  être  réputée  étrangère  pour  quelqu'un  des  Chrétiens  ;  comme 
»  si  le  trône  où  siège  le  Père  commun  des  fidèles  pouvait  être 
»  réputé  étranger  pour  quelqu'un  des  enfants  de  son  immense 
»  famille.  > 

<  Mais  c'est  en  vain  que  nous  voulons  rappeler  à  des  Fils 
»  qui  ignorent  ou  repoussent  leur  Père  commun,  ces  célèbres 
»  promesses  par  lesquelles  Jésus-Christ  s'est  engagé  au  corps 
»des  premiers  Pasteurs,  lui  promettant  de  Passisler  dans 
»son  enseignement,  tous  les  jours ,  jusqu'à  la  consommation 
ides  siècles;  c'est-à-dire,  sans  interruption  et  sans  fin.  C'est 
»  en  vain  que  nous  cherchons  à  exciter  la  confiance  des  fi- 

*  dèles  envers  cette  Eglise  qui  est  la  Mère  des  autres,  parce 

>  qu'elle  lésa  enfantées;  leur  Maîtresse,  parce  qu'elle  les 
»  instruit.  C'est  en  vain  que  nous  leur  alléguons  ce  passage 
»de  l'Evangile,  dans  lequel  Jésus-Christ  atteste  qu'il  a  prié 
*pour  Pierre  afin  que  sa  foi  ne  défaille  point,  et  le  précepte 
i  donné  au  même  Apôtre  de  confirmer  ses  frères.  Ces  paroles 
»  sacrées  qui  ont  été  dans  tous  les  siècles  le  principe  d'une 
»  humble  et  tendre  confiance  de  la  part  des  fidèles  pour  leurs 
»  Pasteurs,  et  principalement  pour  le  premier  et  le  Prince 

*  d'entre  eux  ;  ces  vérités  ne  sont  plus  de  mise ,  et  c'est  à 
»  peine  si  on  les  entend.  Chacun  s'en  tient  à  ses  préjugés,  et 
»  se  prescrit  à  soi-même  sa  foi  et  sa  règle  de  foi.  Pendant  et 


LITURGIQUES.  211 

j>  temps-là ,  au  sein  même  de  cette  confusion  d'opinions  et  de 
»  disputes,  on  vient  vous  présenter  des  singularités ,  des  nou- 
»  veautés  dans  le  culte  extérieur  ;  singularités  qui  tendent  à 
»  la  division,  et  la  rendent  sensible  et  palpable  dans  les  formes 
îdu  service  divin;  singularités  qui  offensent  la  piété  d'un 
»  grand  nombre  de  fidèles,  excitent  leur  indignation  et  ou- 
vriront quelque  jour  la  porte  du  schisme. 

>  Vous  isolant  ainsi  de  l'Eglise  Mère ,  et  vous  détournant  à 
»  la  fois  de  sa  Liturgie  et  de  ses  décrets ,  où  prétendent-ils 
»  vous  entraîner,  ces  nouveaux  chefs  ?  Les  Protestants  qui 
»  vivent  encore  au  milieu  de  nous  applaudissent  à  ces  nou- 
veautés; ils  espèrent  que  ceux  qui  déjà  professent  des 
>  dogmes  condamnés  par  l'Eglise  et  voisins  des  erreurs  Cal- 
vinistes se  joindront  bientôt  à  leur  communion,  au  moyen 
»  des  changements  introduits  dans  l'extérieur  du  culte.  Déjà, 
»  plus  d'une  fois ,  ils  ont  déclaré  n'avoir  point  d'autres  prin- 
»  cipes,  ni  d'autres  dogmes  que  les  Jansénistes  sur  la  grâce , 
»  la  liberté,  le  mérite  de^  bonnes  œuvres,  la  prédestination, 
»la  réprobation  et  les  devoirs  de  la  charité.  Qu'arrivera-t-il , 
i  si  déjà  rapprochés  de  ces  hérétiques  par  les  dogmes,  ils  s'en 
»  rapprochent  encore  par  le  mépris  du  Saint  Siège  et  par  les 
«changements  dans  le  culte  extérieur?  Si,  comme  les  Pro- 
»  testants,  ils  se  constituent  arbitres  de  leur  foi,  soumettant 
»  à  leur  examen  privé  les  jugements  du  Souverain  Pontife  et 
»  des  Evêques ,  les  confrontant,  d'après  leur  propre  lumière , 
«avec  l'Ecriture  et  avec  les  prières  d'une  Liturgie  nou- 
velle (1)?  » 

Ainsi  ce  grand  Evêque  appréciait  dans  toute  leur  étendue 
et  signalait  sans  faiblesse  les  périls  de  l'orthodoxie  au  milieu 
des  embûches  tendues  par  les  nouvelles  Liturgies  ;  ainsi  il 

(1)  Yid.laaQteE. 


2i2  INSTITUTIONS 

en  dénonçait  les  auteurs  et  les  intentions.  Il  terminait  son 
Mandement  par  une  sentence  juridique  contre  le  Missel  de 
Troyes,  qu'il  s'abstenait  néanmoins,  disait-il,  de  proscrire, 
par  égard  pour  la  personne  de  l'Evèque  dont  ce  livre  portait 
en  tète  le  nom,  et  déclarait  suspens  ipso  facto  tous  les  Prêtres 
de  sa  jurisdictîon  qui  oseraient,  dans  la  célébration  des  saints 
Mystères,  employer  les  rites  nouveaux  du  Missel  de  Troyes, 
ou  même  réciter  les  nouvelles  Messes  que  ce  livre  renfermait. 
Le  Mandement  et  la  sentence  portaient  la  date  du  20  avril 
1737. 

Languet,  avant  d'effectuer  la  publication  de  son  Mande- 
ment, l'avait  soumis  à  plusieurs  de  ses  collègues  dans  l'Epis- 
copat.  Il  en  reçut  les  adhésions  les  plus  expressives ,  et  en 
particulier  de  Pierre  de  Tencin ,  Archevêque  d'Embrun ,  de- 
puis Cardinal  ;  de  Charles  de  Saint-Aibin ,  Archevêque  de 
Cambrai;  de  Jç$n-Bapliste  de  Brancas,  Archevêque  d'Aix  ; 
de  François  Madot,  Evèque  de  Chaluns-sur-Saône  ;  de  Jacques- 
Charles-Alexandre  L'Allemand ,  Evèque  de  Séez ,  et  de  Har- 
douin  de  Chalons,  Evèque  de  Lescar.  Nous  citerons,  en 
particulier,  la  lettre  de  l'Archevêque  de  Cambrai ,  dans  la- 
quelle ce  digne  successeur  de  Fénélon ,  en  exprimant  ses 
sympathies  à  Languet,  atteste,  non  moins  clairement  que 
lui,  l'existence  et  la  nature  d'une  conspiration  Janséniste 
contre  l'orthodoxie,  au  moyen  des  innovations  liturgiques. 
Voici  cette  lettre  précieuse  écrite  sous  la  date  du  15  avril 
1737  : 

<  Monseigneur,  je  vous  retourne  votre  Mandement  contre 
>le  nouveau  Missel  de  Troyes.  J'ai  lu  cet  ouvrage  avec  l'at- 
t  tenlion  que  méritait  la  matière,  avec  l'avidité  que  j'éprouve 
>pour  toutes  les  productions  de  votre  plume.  Cet  ouvrage 
n  m'a  plu  infiniment  ;  car  non  seulement  il  prouve ,  mais  i! 
>  démontre  jusqu'à  l'évidence  que  ce  Missel  est  rempli  tout 


LITURGIQUES.  215 

»  entier  de  nouveautés  condamnables.  Vos  savantes  recherches 
»  sur  les  antiquités  ecclésiastiques  ont  rendu  manifeste  que 
i  Fauteur  de  ce  Missel ,  sous  le  faux  prétexte  de  rétablir  Fan- 
Hiquité,  a  abandonné  et  môme  cherché  à  abolir  Fusage 
»  constant  de  l'Eglise  dans  la  célébration  des  divins  Offices. 
»  Pour  ce  qui  est  du  dogme  catholique ,  vous  avez  dévoilé  les 
»  artifices  dont  l'auteur  s'est  servi  dans  le  choix ,  la  distri- 
ibution,  le  rapprochement  des  textes  de  l'Ecriture,  dans  un 
»sens  contraire  à  celui  qui  est  reçu,  et  à  la  doctrine  de  FE- 
»  glise ,  afin  de  favoriser  par  là  les  erreurs  des  novateurs  de 
»ce  siècle.  Le  zèle  qui  vous  anime  à  la  défense  de  la  foi,  et 
jqui,  dans  toutes  les  occasions,  brille  dans  vos  écrits,  me 
»  semble  digne  de  tous  les  éloges. 

»I1  n'est  pas  d'art,  ni  d'entreprise,  qu'on  n'emploie  au- 
jourd'hui pour  attaquer  notre  sainte  religion  ;  mais  il  n'est 
»pas  pour  cet  effet  de  moyen  plus  efficace  que  celui  qu'a 
»  employé  l'auteur  du  nouveau  Missel;  il  n'en  est  pas  de  plus 
»  dangereux.  Jusqu'à  présent,  c'est-à-dire  depuis  un  siècle 
rentier,  les  novateurs,  méprisant  l'Eglise  Mère  et  Maîtresse, 

>  ont  cherché  à  se  faire  des  disciples ,  par  leurs  déclamations 

>  contre  le  Saint  Siège ,  contre  les  Souverains  Pontifes  qui  y 

>  président ,  contre  les  Evêques  unis  à  leur  Chef  :  mais  ils 

>  étaient  en  trop  petit  nombre  et  trop  faibles  pour  tenter 
»  quelque  chose  de  plus  hardi.  Dans  le  secret ,  ils  préparaient 
»ies  moyens  d'opposer,  dans  la  sainte  Eglise ,  l'autel  de  Baal 
»  à  l'autel  de  Jésus-Christ.  Maintenant  leur  dessein  éclate  au 
•  grand  jour  et  reçoit  un  commencement  d'exécution.  Déjà , 

>  contrairement  aux  lois  de  l'Eglise ,  au  Mandement  de  F  Ar- 
chevêque, ils  se  sont  mis  à  honorer,  à  Paris,  un  nouveau 

>  Saint  de  leur  secte.  Us  ont  fait  des  miracles  pour  appuyer  la 
> sainteté  d'un  homme  qui,  à  leur  rapport,  est  mort  dans  la 
»  révolte  contre  le  Saint  Siège.  Enfin ,  pour  accroître  le  petit 


214  INSTITUTIONS 

ï  troupeau  des  élus ,  ils  ont  fait  prophétiser  à  des  femmes 
j>  fanatiques ,  au  milieu  de  leurs  convulsions,  que  les  Juifs 
>  sont  sur  le  point  de  se  convertir  et  de  s'adjoindre  à  eux  ; 
j>  tandis  que ,  dans  le  but  de  s'isoler  de  l'assemblée  profane 
*des  Catholiques,  ils  imaginent  un  culte  nouveau,  de  nou- 
»  veaux  rites ,  des  cérémonies  nouvelles ,  au  mépris  des  rites 
»  de  l'Eglise  Romaine  qu'ils  ne  craignent  pas  d'appeler  rites 
j étrangers.  Ainsi,  le  peuple  illétré  qui,  jusqu'ici ,  était  ga- 
»  ranti  d'erreur  par  la  simplicité  de  sa  foi  et  par  l'ignorance 
»  des  disputes ,  sera  entraîné  au  parti  des  novateurs  par  ces 
»  innovations  dans  la  Liturgie,  et  bientôt,  à  l'occasion  d'un 
»  culte  particulier,  il  ne  craindra  pas  de  prendre  une  nou- 
velle religion.  C'cst-là  ce  qui  nous  oblige  d'être  attentifs  et 
»  vigilants  à  l'égard  de  toutes  les  entreprises  des  novateurs, 
i  Et  plût  à  Dieu  qu'il  s'agît  ici  de  vaines  terreurs  !  etc.  (1)  > 

Le  Mandement  de  l'Archevêque  de  Sens  porta  coup.  L'E- 
vêque  de  Troyes,  blessé  au  vif,  emprunta  pour  se  défendre 
la  plume  d'un  des  plus  zélés  écrivains  de  la  secte ,  un  de  ceux 
qui  avaient  travaillé  au  Missel.  Nicolas  Pctitpied ,  Docteur  de 
Sorbonne,  fameux  pour  son  exil  dans  l'affaire  du  Cas  de 
conscience,  pour  plusieurs  Mandements  qu'il  avait  déjà  fa 
briqués  sous  le  nom  de  divers  Evêques  favorables  au  Jansé- 
nisme (2) ,  mais  surtout  par  les  innovations  liturgiques  qu'i 
avait  implantées  dans  la  paroisse  d'Asnières,  près  Paris, 
ainsi  que  nous  le  raconterons  tout  à  l'heure ,  composa ,  dans 
le  style  le  plus  violent ,  trois  Mandements  dans  le  nom  d* 
l'Evêque  de  Troyes,  sous  la  date  des  8  septembre  1757,  2£ 
du  même  mois  et  1er  mai  1738.  L'Archevêque  de  Sens  repli 

(1)  Vid.  la  note  F. 

(2)  Picot.  Mémoires  pour  l'Histoire  Ecclésiastique  du  XF/II*  siècle 
Tom.  IF,  pag.  207. 


LITURGIQUES.  215 

qua  aux  facturas  àe  son  suffragant  ;  plusieurs  traits  de  cette 
controverse  sont  d'un  trop  haut  intérêt,  sous  notre  point  de 
vue,  pour  que  nous  les  passions  sous  silence. 

L'Evêque  de  Troyes  s'était  défendu  sur  les  chefs  d'accu- 
sation élevés  par  Languet ,  et ,  dans  sa  défense ,  il  n'avait  fait 
pour  l'ordinaire  que  soutenir  avec-audace  les  principes  de 
son  Missel  et  leurs  applications;  son  adversaire  répondit  en 
fortifiant  par  de  nouveaux  arguments  la  doctrine  ortho- 
doxe dont  nous  avons  présenté  une  analyse  au  lecteur.  Voici 
d'autres  assertions  de  l'Evêque  de  Troyes  qui  survinrent , 
dans  la  chaleur  de  la  dispute.  Il  se  retrancha  tout  d'abord 
sur  ce  principe,  que  «  les  Evêques  jouissent  du  droit  de  dis- 
d poser  les  Offices  et  de  régler  les  cérémonies  et  les  rites,  dans 
»  leur  Diocèse,  de  Vavis  et  du  consentement  du  Clergé  (1).  » 

À  cette  grave  sentence ,  l'Archevêque  de  Sens  répliqua  : 
«  Il  est  vrai  que  les  Evêques  ont  un  droit  incontestable  sur 
»les  rites  et  les  cérémonies  de  leur  Diocèse,  mais  ce  droit 
»  est-il  donc  sans  limites?  n'est-il  soumis  à  aucune  mesure,  à 
»  aucune  règle?  Ce  qu'un  usage  anti-que  et  universel,  ce  que 
»  la  coutume  de  toute  l'Eglise  a  approuvé,  et,  pour  ainsi  dire, 
»  consacré  et  prescrit ,  sera-t-il  laissé  à  l'arbitraire  de  chaque 
»  Evoque  ?  Chaque  Evêque  pourra-t-il ,  à  sa  volonté ,  le  chan- 
»  ger  dans  son  Diocèse  ?  Pourra-t-il ,  par  exemple ,  changer 
»  les  prières  du  Canon  de  la  Messe ,  ou  supprimer  une  partie 
»  considérable  des  Offices  publics,  faire  chanter  Vêpres  le 
»  matin,  et  la  Messe  à  huit  heures  du  soir?  Pourra-t-il  abolir 
*la  loi  de  communier  sous  une  seule  espèce,  ou  celle  qui 
»  prescrit  d'être  à  jeun  pour  approcher  de  la  Sainte  Table  ; 

(1)  Episcopi  jure  gaudent  ac  fruuntur  officia  disponendi ,  et  ordi- 
nandi  caeremonias  ac  ritus  in  sua  Diœcesi ,  ex  Cleri  sententia  atque 
cousensu.  Pag,  1276, 


216  INSTITUTIONS 

»  faire  que  l'on  puisse  communier  après  souper,  comme  au 

>  temps  de  saint  Paul?  Quel  que  soit,  et  si  grand  que  soit  le 

*  pouvoir  d'un  Evoque  dans  son  Diocèse,  ces  usages  sont  de 
»  telle  nature  par  leur  antiquité  et  leur  universalité ,  qu'ils 
»  nous  semblent  supérieurs  à  l'autorité  de  tout  Evêque.  Or, 
»  parmi  ces  usages,  il  en  est  qui  appartiennent  à  la  classe  des 
»  rites  et  des  cérémonies.  Maintenant,  si  ces  rites,  ces  céré- 
>monies,  à  raison  de  leur  antiquité  et  de  leur  universalité, 
»sont  au-dessus  du  pouvoir  d'un  Evêque  particulier,  com- 
t  ment  d'autres  rites  et  cérémonies  confirmés  par  une  égale 

>  antiquité  et  universalité ,  ne  seront-ils  pas  également  sacrés 
>et  inviolables? 

>Et  quand  bien  même  on  accorderait  qu'un  Evêque  a  ce 
»  pouvoir,  il  faudrait  du  moins  avouer  que  l'usage  en  devrait 
»être  tempéré  par  la  prudence.  Omnia  mihi  licent,  disait 
»  l'Apôtre,  sed  non  omnia  eœpediunt.  Si  un  Evêque,  pour  faire 
»  éclater  à  la  fois  son  pouvoir  et  son  zèle  pour  la  vénérable 
»  antiquité,  osait  supprimera  la  Messe  l'Hymne  angélique 

>  Gloria  in  excelsis t  et  le  Symbole;  à  Matines  ,  l'Hymne  Te 

*  Deum  laudamus  ;  à  Vêpres ,  le  Cantique  Magnificat ,  n'abu- 

*  serait-il  pas  de  son  autorité?  Assurément,  celui-là  n'outre- 
»  passerait  pas  moins  les  limites  de  son  pouvoir,  et ,  qui  plus 
>est,  de  la  prudence  qui  détruirait  des  rites  d'un  usage 
i  universel ,  supprimerait  des  choses  dont  le  but  est  d'exciter 
i la  piété,  et  en  place  des  prières  usitées,  en  substituerait 
»  d'autres  dont  le  sens  rappellerait  en  quelque  chose  le  génie 
ïdes  erreurs  présentes  (1).  > 

L'Evêque  de  Troyes,  pour  asseoir  son  droit  sur  les  chan- 
gements dans  la  Liturgie,  avait  voulu  s'appuyer  sur  un  Canon 
du  Concile  de  Sens,  en  1528,  qui  prescrivait  aux  Evêques 

•% 
(1)  Vid.  la  note  G. 


LITURGIQUES.  217 

de  corriger  et  réformer  les  Bréviaires  et  les  Missels,  c  Rien  de 

•  plus  sage  que  cette  ordonnance,  lui  répond  Languet;  la 
»  prudence  doit  en  effet  faire  disparaître  les  abus  que  la  li- 

•  cence  ou  l'ignorance  ont  introduits.  Mais  le  Concile  pou- 

>  vait-il  supposer  qu'il  arriverait  un  jour  que  des  choses  ap- 
»  puyées  sur  l'usage  le  plus  ancien  et  le  plus  universel  seraient 
»  assimilées,  à  Troyes,  aux  choses  superflues  et  disconvenantes 
tàla  dignité  de  l'Eglise  (1)  que  le  Concile  enjoint  d'abolir? 

>  L'intention  du  Concile  a-t-elle  donc  été  que  chaque  Evêque, 

•  sous  prétexte  d'agir  plus  sagement  que  l'Eglise  universelle, 

>  dût  bouleverser  toutes  les  parties  de  la  Messe ,  violer  par 
»  des  nouveautés  suspectes  l'uniformité  de  la  Liturgie,  consa- 
crée par  la  coutume  ancienne  et  constante  durant  tant  de 

•  siècles?  Le  Concile  eût-il  rendu  cette  loi,  s'il  eût  prévu 

•  qu'un  jour  à  venir,  sous  couleur  de  la  réforme  qu'il  pres- 

>  crivait ,  on  en  viendrait  jusqu'à  substituer  à  ces  anciens 
»  Cantiques  qui  remontent  à  l'antiquité  la  plus  reculée ,  des 

•  textes  de  l'Ecriture  Sainte  mutilés,  altérés,  détournés  à 
i  des  sens  étrangers ,  au  grand  détriment  de  la  sainte  doc- 

>  trine  (2)  ?  » 

(1)  Superflua,  aut  non  satis  pro  Ecclesiœ  dignitate  convenientîa.  Ce 
sont  les  paroles  du  Coacile.  Le  lecteur  se  rappellera  qu'elles  avaient 
aussi  servi  de  prétexte  aux  innovations  de  François  de  Harlay. 

(2)  Nihil  ea  lege  sapientius,  et  prudentia  resecare  débet  quse  licentia 
invexit,  vel  ignorantia.  Num  vero  Concilium  suspicari  potuit  eventu- 
rum  esse  quondam ,  ut  quse  usu  antiquissimo  et  universalissimo  stabi- 
liuntur,  ea  Trecis  reeenserentur  inter  superflua,  aut  non  satis  pro 
Ecclesiœ  dignitate  convenientia ,  quœ  Synodus  aboleri  praecipit  ?  Num 
Synodi  mens  fuit  ut  unusquisque  Episcopu? ,  sub  specie  sapientius 
agendi  quam  universa  Ecclesia,  omnes  Missae  partes  perturbaret,  sus- 
pectisque  novitatibus  violaret  uniformilatem  Liturgiae  prisca  consian- 
tique  tôt  seculorum  consuetudine  consecratam?  Num  legem  banc  san- 
civit ,  si  fore  prsevidisset ,  quod  aliquando  sub  obtentu  praescripta 
reformationis ,  veteribus  Canticis  remotissima  autiquitate  veaerandis 


218  INSTITUTIONS 

Forcé  dans  ses  retranchements,  et  convaincu  d'attentat 
contre  l'unité  liturgique ,  l'Evèque  de  Troyes  avait  osé  sou- 
tenir, dans  sa  réplique,  que  l'unité  dans  les  Offices  divins 
n'avait  jamais  été  dans  l'intention  de  l'Eglise,  Ecoutons  l'Ar- 
chevêque de  Sens  réfuter  avec  sa  science  et  son  éloquence 
ordinaires,  cette  scandaleuse  assertion  que,  plus  d'une  fois , 
nous  avons  nous-môme  entendu  de  nos  oreilles  :  «  Rien  ne 
»  rendait  le  nouveau  Missel  plus  suspect  que  le  changement 

>  affecté  de  presque  tous  les  Introïts,  les  Graduels  et  autres 

>  pièces  qui  depuis  tant  de  siècles  se  chantent  dans  toute  PE- 
»  glise,  aux  Messes  solennelles.  Connaissait-il  bien  l'antiquité, 

>  l'auteur  du  nouveau  Mandement?  Connaissait-il  bien  le  vé 
»  ritable  esprit  de  la  sainte  Eglise ,  quand  ,  voulant  défendre 
»  ce  changement  universel  des  Cantiques  de  la  Messe ,  il  ne 
»  craignait  pas  d'affirmer  que  l'uniformité  des  Offices  divin; 
»  n'a  jamais  été  dans  l'intention  de  l'Eglise  ?  Le  Père  Mabilloi 

>  connaissait  bien  autrement  l'antiquité ,  quand  il  établissai 
»  un  axiome  diamétralement  opposé  à  ce  nouveau  principe 
>que  l'embarras  d'une  cause  perdue  a  arraché  à  l'auteur  d; 
»  Mandement.  En  effet,  ce  savant  homme,  parlant  du  chan 
»  gement  arrivé  sous  Charlemagne  dans  la  Liturgie  Gallicane 
»  quand  la  France  presque  toute  entière  la  quitta  pour  en: 
»  brasser  la  Romaine ,  expose  ainsi  les  causes  de  ce  change 

>  ment  :  Hœc  semper  fuerunt  summorum  Pontificum  arder< 
vtissima  studia,  ut  Romanœ  Ecclesiœ  ritus  aliis  Ecclesi 
i  approbarent ,  ac  persuadèrent  ;  rati,  id  quod  res  erat ,  ec 
ifacilius  in  una  fidei  morumque  concordia,  atquein  Ecclesi 
»  Romanœ  obsequio  perstituras ,  si  eisdem  cœremoniis  eaden 


substituerentur  sacrse  Scripturae  textus  mutilati,  depravati,  ad  sens 
alienos  detorti,  unde  sana  doctrina  plurimum  detrimenti  capere 
Pag.  1329. 


I 


UÏUfcôïQUES.  219 

ique  sacrorum  forma  continerentur  (1).  Le  docte  Religieux 
»  n'avance  point  gratuitement  son  sentiment  ;  il  l'appuie  sur 
>les  plus  graves  autorités.  » 

Languet  cite  un  nouveau  passage  de  D.  Mabillon ,  dans  le- 
quel le  Bénédictin  rappelle  la  lettre  de  saint  Innocent  Ier  à 
Decentius,  Evêque  d'Eugubium,  et  les  divers  Conciles  des 
cinquième ,  sixième ,  septième  siècles ,  qui  ont  porté  des  Ca- 
nons pour  préparer  l'unité  liturgique  ;  après  quoi  il  ajoute  : 

«  L'auteur  du  Mandement  ignore  ces  choses ,  ou  il  les  mé- 
»  prise.  Cet  homme  fait  peu  de  cas  de  cette  concorde,  de  cette 
»  conformité  avec  le  Saint  Siège  dont  nos  pères  se  sont  mon- 
»  très  si  jaloux,  et  qui  vient  de  recevoir  tant  d'atteintes  dans 
de  Diocèse  de  Troyes.  Pour  donner  quelque  autorité  au 
*  changement  qu'on  y  a  fait  de  presque  toutes  les  pièces  de 
»  chant  qne  l'Eglise  Mère  emploie  dans  la  célébration  des  saints 
»  Mystères,  il  ose  attribuer  à  l'Eglise  universelle  un  sentiment 

>  dont  la  fausseté  est  montrée  par  tant  de  monuments ,  afïir- 
»  mant  avec  audace  que  ce  ri a  jamais  été  l'intention  de  V Eglise 
:>  de  prescrire  l'uniformité  dans  les  Offices  divins.  Cette  uni- 

>  formité,  l'Eglise  l'a  gardée  tant  qu'elle  l'a  pu  ;  de  là  est  venu 
»  cet  admirable  accord  que  l'on  remarque  sur  les  prières  du 
»  Canon  qui  sont  presque  les  mêmes  dans  toutes  les  Eglises , 
»  malgré  leur  nombre  et  leur  diversité.  Cette  uniformité, 
»  l'Eglise  s'en  est  approchée  le  plus  qu'elle  l'a  pu  ;  quand  elle 
i  n'a  pu  y  parvenir,  elle  l'a  désirée  ardemment  ;  elle  témoigne 
»  de  ce  désir  dans  les  monuments  les  plus  sacrés  :  certes,  elle 

>  s'est  bien  donné  de  garde  de  la  détruire  dans  les  points  sur 

>  lesquels  elle  la  voyait  établie. 

»  C'est  en  vain  que  l'auteur  du  Mandement  observe  que 

>  cette  uniformité  est  empêchée  par  les  différentes  Liturgies, 

(1)  De  Liturgia  Gallicana.  Prsefat.  n°  % 


220  INSTITUTIONS 

»  et  que  chaque  Eglise  a  certains  usages  qui  lui  sont  propres 

>  et  particuliers.  Nous  verrons  bientôt  dans  le  Cardinal  Bona, 
>que  cet  auteur  cite  très  infidèlement,  que  cette  variété 
»  est  venue ,  en  grande  partie ,  de  la  téméraire  licence  de 

•  certains  Evéquesqui,  abondant  dans  leur  sens,  ont  préféré 
>leur  sentiment  individuel  et  les  productions  de  leur  génie 
»  particulier ,  aux  coutumes  gardées  avec  utilité  dans  les 
»  autres  Eglises,  et  qui  se  sont  mis  peu  en  peine  de  suivre 
»  les  coutumes  de  cette  Eglise  principale  qui ,  pour  son  excel- 

>  lente  dignité,  est  pour  toutes  les  Eglises  une  Maîtresse  qui 

•  les  enseigne ,  une  Mère  qui  les  a  engendrées  (1).  » 

Nous  avons  suffisamment  fait  connaître  l'importante  dis- 
cussion de  l'Archevêque  de  Sens  et  de  l'Evêque  de  Troyes; 
le  lecteur  a  pu  voir  quelle  supériorité  de  raison,  quelle  or- 
thodoxie de  principes  caractérise  la  doctrine  de  Languet. 
Mais  nous  manquerions  à  l'impartialité  nécessaire  à  tout  his- 
torien ,  et  nous  n'aurions  pas  mis  dans  tout  son  jour  la  fausse 
position  où  se  trouvait,  au  dix-huitième  siècle,  l'Eglise  Gal- 
licane, par  rapport  à  la  Liturgie ,  si  nous  ne  faisions  pas  con- 
naître le  seul  instant  de  cette  grande  controverse  dans  lequel 
Languet  se  trouve,  à  notre  avis,  battu  par  son  adversaire. 

En  effet,  l'Evèque  de  Troyes,  pressant  son  Métropolitain 
par  un  argument  ad  hominem ,  avait  dit  :  «  On  ne  doit  pas 

>  moins  conserver  la  tradition  dans  les  Bréviaires  que  dans 
vies  Missels.  Cependant ,  que  de  choses  ont  été  changées  dans 

>  le  Bréviaire  de  Sens  (2)  !  >  A  cela  ,  l'Archevêque  répond  : 
«  Ce  n'est  pas  seulement  le  Bréviaire  de  Sens  qu'il  fallait 
»  nous  objecter;  mais  encore  ceux  de  plusieurs  autres  Eglises 
»  du  Royaume.  Sans  prendre  la  peine  de  peser  les  avantages 

(t)  Vid.  la  note  H. 

(2)  Deuxième  Instruction  Pastorale  de  l'Evêque  de  Troyes.  Pag.  6, 


LITURGIQUES.  221 

»  et  les  inconvénients  de  ces  nouveaux  Bréviaires ,  sans  pré- 
»  tendre  attaquer  îa  conduite  de  nos  Frères  dans  l'Episcopat, 
>il  nous  suffira,  pour  résoudre  l'objection,  d'observer  qu'il 
>en  est  autrement  des  Bréviaires  que  des  Missels.  Le  Bré- 
viaire est  destiné  principalement  aux  Prêtres  et  aux  Pas- 

*  teurs  ;  ce  livre  ne  doit  pas  seulement  les  édifier,  mais  les 
»  instruire.  C'est  peut-être  la  raison  pour  laquelle  plusieurs 
îEvêques  ont  cru  qu'en  composant  un  Bréviaire  formé  des 
»  seules  paroles  de  l'Ecriture ,  les  Prêtres ,  au  moyen  de  l'Of- 
»  fice  qu'ils  récitent  chaque  jour',  deviendraient  plus  habiles 
i  dans  la  science  des  livres  saints.  En  effet ,  le  Prêtre  doit 

*  apprendre  la  doctrine  de  l'Eglise  et  la  tradition  autrement 
>que  par  son  Bréviaire;  il  n'éprouve  pas  le  besoin,  comme 
i  le  peuple ,  d'avoir  entre  les  mains  tous  les  monuments  que 

>  renferment  les  prières  de  l'Eglise.  En  outre ,  le  peuple  ne 

*  récite  pas  l'Office  en  langue  vulgaire,  et  sans  qu'il  en  puisse 
»  souffrir,  on  peut  changer  les  prières  des  Matines  et  des 
»  heures  du  jour.  Le  peuple,  au  contraire,  assiste  à  la  Messe 
»  avec  assiduité  ;  les  uns  la  chantent ,  les  autres  la  lisent  tous 
des  Dimanches  :  c'est  ainsi  qu'ils  gardent  dans  leur  mémoire 
»  des  vérités  qu'ils  ont  apprises  dès  l'enfance,  et  qu'ils  trouvent 
»  exposées  et  expliquées  dans  la  Messe  du  jour.  Ces  vérités , 
«le  peuple  les  croit  avec  une  ferme  confiance,  parce  qu'il 

>  sait  qu'en  tous  lieux  on  les  chante  dans  les  mêmes  Cantiques, 
»  qu'on  les  a  chantées  dans  tous  les  temps.  Le  peuple  du  Dio- 
»  cèse  de  Troyes  lira-t-il  maintenant  avec  la  même  confiance 

*  et  la  même  sécurité  des  Messes  qu'il  saura  n'être  pas  réci- 
tées dans  d'autres  lieux  (1).  » 

(!)  Hic  vero  non  solum  Erevlarium  Senonense objicere  debebat,  sed 
etiam  aliarum  îiujus  Regni  Ecclesiarum  nova  Breviâria.  Verum  ut 
receiitium  illorum  Breviariorum  utilitates  et  incommoda  ponderare 
omittamus ,  nec  attentemus  fratrum  nostrorura  Episcoporum  agendi 


222  INSTITUTIONS 

Nous  oserons  pourtant  observer  à  l'illustre  Archevêque 
que  si  la  tradition  est  l'élément  principal  de  la  Liturgie,  elle 
doit  être  autant  ménagée  dans  le  Bréviaire  que  dans  le  Mis- 
sel ;  que  les  confessions  de  foi  consignées  par  saint  Grégoire, 
ou  même  ses  prédécesseurs,  dans  les  Répons  et  les  Antiennes, 
sont  d'une  égale  autorité ,  d'une  utilité  pareille  contre  les 
sectaires,  que  celles  que  nous  avons  dans  les  Inlroïts,  les 
Graduels  et  les  Offertoires;  que  si  les  passages  de  l'Ecriture 
choisis  par  des  particuliers  sont  dangereux ,  sans  autorité , 
dans  les  Missels ,  ils  ne  le  sont  pas  moins  dans  les  Bréviaires  ; 
que  le  désir  de  transformer  le  Bréviaire  d'un  Diocèse  parti- 
culier en  un  livre  d'études  sacerdotales  ne  justifie  pas  l'in- 
convénient d'altérer  par  là  l'uniformité  liturgique  que  l'on 
vient  de  démontrer  conforme  au  vœu  de  l'Eglise  ;  que  toute 
opération  tendante  à  isoler  les  prières  privées  du  Prêtre 

rationem  in  ea  re  condemnare ,  ad  solvendam  objectionem  quœ  ex  novis 
Breviariis  eruitur,  sufficit  observare,  longe  aliter  judicari  posse  dt 
Breviariis  q  lani  de  Missalibus.  Breviarium  Pre»byteris  praeserlini  a( 
Pastoribus  de^tinatur,  et  eos  non  tantum  aedificare  débet,  sed  etiarc 
edocere ,  hac  fortasse  de  causa  multi  Episcopi  fore  crediderunt  ut ,  s 
ipsis  elaborarent  Breviarium  quod  ex  solis  Scripturse  textibus  compo 
nerentur,  in  scientia  SS.  Librorum  peritiores  évadèrent  ope  Offici 
quod  siugulis  diebus  recitant.  Aliter  enim  ac  per  Breviarium  suum 
doctrinam  Ecclesiae  scire  débet  Presbyter,  traditionemque  cognoscer 
quam  per  Breviarii  sui  usum  :  nec  indiget,  aeque  ac  populus,  ut  ha 
beat  prae  manibus  cuncta  illa  monumenta  quœ  nobis  in  Ecclesiie  pre 
cibus  exhibentur.  Praeterea  populus  divinum  Officium  vulgo  non  reci 
tat ,  et  sine  ullo  populi  incommodo  verba  et  preces  Horarum  noctur 
narum  et  diurnarum  mutari  possunt.  Missae  autem  populus  ahiisti 
assidue;  alii eam  cantant,  alii  siugulis  diebus  Dominicis  illam  legunt 
sicque  in  memoriam  suam  revocaat  veritates  quas  a  pueritia  didice 
runt,  et  in  Missa  diei  expositas  et  explicatas  vident.  Veritates  illa 
firma  fiducia  crédit  populus,  quas  scit  ipsas  in  omnibus  locis  omnibus 
que  temporibus  in  iisdem  Canticis  fuisse  decantatas,  eademne  fiducia 
eademne  securitate  in  Diœcesi  Trecensi  a  populo  legenlur  Missae  quî 
seiet  uuUo  alio  in  Iqçq.  recitari  ?  Pay<  1554. 


1 


LITURGIQUES.  225 

d'avec  celles  du  reste  de  l'Eglise ,  est  contraire  au  but  des 
Heures  Canoniales  et  a  été  réprouvée  dans  le  Bréviaire  de 
Quignonez  ;  qu'il  n'est  pas  exact  de  dire  que  l'on  peut  im- 
punément changer  les  prières  des  Heures,  pourvu  qu'on 
laisse  au  peuple  celles  delà  Messe,  puisque  le  peuple  assiste 
et  chante  aux  Vêpres,  tous  les  Dimanches,  aux  Petites  Heures 
fréquemment ,  et  quelquefois  même  à  Matines  ;  qu'enfin ,  les 
changements  introduits  dans  ces  Offices  vraiment  populaires, 
en  révélant  aux  fidèles  des  variations  dans  le  culte  divin,  leur 
feront  la  même  impression  fâcheuse  que  les  altérations  ou 
substitutions  de  prières  dans  le  Missel. 

Tout  ceci  est  d'une  évidence  si  matérielle ,  que  l'on  ne 
s'expliquerait  pas  l'inconséquence  dans  laquelle  l'Evêque  de 
Troyes  a  entraîné  son  adversaire ,  si  l'on  ne  réfléchissait  à  la 
fausse  position  dans  laquelle  se  trouvait  Languet.  Le  Missel 
de  Sens  était  encore  le  Missel  Romain  à  très  peu  de  choses 
près  ;  le  Bréviaire  avait  été  réformé  à  la  moderne ,  depuis 
quelques  années.  Languet  était  innocent  de  ces  changements, 
mais  il  hésitait  à  les  blâmer  et  se  jetait  à  les  justifier  à  tout 
hasard.  Toutefois,  il  souffrait  de  cette  fausse  position,  té- 
moin ces  paroles  que  nous  trouvons  plus  loin  :  c  Si  cepen- 
dant, dans  un  nouveau  Bréviaire,  quelqu'un  affectait  de 
»  composer  des  Antiennes  avec  les  textes  obscurs  de  l'Ecri- 
»ture  dans  lesquels  les  hérétiques  vont  puiser  les  objections 
»  que  les  théologiens  réfutent ,  l'artisan  d'un  tel  Bréviaire  ne 
»  mériterait-il  pas  d'être  repris  ?  Et ,  dans  ce  Royaume ,  corn- 
i>bien  de  Bréviaires,  sans  en  excepter  le  nôtre,  dans  les- 
»  quels  cette  misérable  affectation  s'est  glissée  (1)  /  j>  Languet 

(1)  Si  taraen  in  noro  Breviario  affectaret  aliquis  Antiphonas  compo- 
nereobscuris  Scripturse  textibus,  unde  haeretici  depromunt  objectio- 
nes  quas  iheologi  diluunt  (  quam  multa  autem  in  hoc  regno  Brevjaria , 
ne  excepto  quidem  nostro ,  in  qua3  misera  haec  irrepsit  afïectatio  ) , 
nonne  Breviaïu  itlius  arUfexjure  po^set  reprehendi  ?  Page  1376. 


224  INSTITUTIONS 

pouvait-il  réprouver  plus  fortement  les  nouveaux  Bréviaires? 
ne  donnait-il  pas  ici  gain  de  cause  à  son  adversaire?  Nous 
le  plaindrons  donc  ;  mais  sa  faiblesse  contre  un  abus  dont 
il  gémissait  et  qu'il  condamnait  si  sévèrement ,  ne  donnera 
que  plus  de  poids  à  sa  doctrine  liturgique,  en  la  montrant 
plus  désintéressée.  Reprenons  l'histoire  du  Missel  de  îroyes. 

A  la  fin  de  son  troisième  Mandement,  l'Archevêque  de  Sens 
renouvelait  les  prohibitions  qu'on  avait  lues  à  la  fin  du  pre- 
mier. L'Evêque  de  Troyes,  de  son  côté,  avait  défendu  la 
lecture  des  Mandements  de  son  Métropolitain.  Au  milieu  de 
cette  anarchie ,  la  cause  avait  été  saisie,  non  par  le  Primat, 
non  par  le  Siège  Apostolique ,  maïs  par  le  Roi ,  dont  nous 
avons  vu  ailleurs  les  officiers  proclamer  les  droits  sur  la  Li- 
turgie. Telles  étaient  les  Libertés  de  l'Eglise  Gallicane. 

Cependant ,  le  Chapitre  de  la  Cathédrale  de  Troyes ,  dont 
dix-sept  membres,  sur  vingt-deux  présents  (1) ,  avaient  dé- 
féré le  nouveau  Missel  au  Métropolitain ,  n'était  point  de 
meure  inébranlable  dans  sa  courageuse  résolution.  A  la  suite 
d'un  de  ses  Mandements,  PEvêque  avait  pu  produire  devant  k 
public  l'adhésion  de  vingt-deux  membres  de  ce  corps  à  soi 
Missel ,  et  leur  désaveu  de  la  démarche  qui  avait  amen 
l'intervention  de  l'Archevêque  de  Sens  dans  cette  affaire. 
Languet  donne  l'explication  de  cette  variation  dans  une  lettr 
à  son  frère,  le  fameux  Curé  de  Saint-Sulpice.  On  avait  em 
ployé  les  menaces  et  les  caresses  pour  porter  plusieurs  de! 
membres  à  se  désister  de  leur  appel  ;  d'autres ,  d'ailleurs 
moitié  par  conscience,  moitié  par  intérêt,  s'étaient  retran 
chésdans  le  silence.  Déplus,  les  Chanoines  commensaux  d< 
l'Evêque  s'étaient  adjoints  aux  signataires  de  l'acte  de  ré 
tractation  de  l'appel  ;  en  sorte  que  le  nombre  des  dix-sep 


(i)  Le  Chapitre  de  Troyes  était  copaposé  de  trente-sept  Chanoine* 


LITURGIQUES.  225 

réclamants  était  tombé  à  douze  qui  supportaient  toutes  les 
conséquences  de  leur  généreuse  résistance ,  au  moment  où 
Languet  écrivait  à  son  frère  la  lettre  dont  nous  parlons  (1). 
Nous  devons  faire  connaître  dans  cette  histoire  liturgique  les 
noms  de  ces  vénérables  champions  de  la  tradition  de  l'Eglise 
sur  le  culte  divin.  Nous  les  trouvons  à  la  fin  d'une  Adresse  à 
leur  Métropolitain,  dans  laquelle  ils  protestent  contre  l'irré- 
gularité des  choses  qui  s'étaient  passées  dans  la  rétractation 
de  l'appel.  Cette  pièce,  qui  est  du  29  juin  1738,  porte  les 
signatures  suivantes  :  J.  Coullemier ,  Berthelin ,  Labrun , 
Jaillant ,  Angenoust ,  de  la  Rivey,  Gollis ,  Breyer,  Faudrillon, 
H.  Langlois ,  de  la  Chasse ,  et  Doé. 

Dieu  ne  permit  pas  que  la  courageuse  résistance  de  ces 
dignes  Prêtres  demeurât  absolument  sans  effet.  Quelques 
mois  après,  il  intervint  un  ordre  de  la  Cour  à  l'Evêque  de 
Troyes  ,  lui  enjoignant  de  rétracter  par  acte  public  plu- 
sieurs des  dispositions  de  son  Missel ,  et  bientôt,  sous  la  date 
du  15  octobre  1738,  on  vit  paraître  un  Mandement  du  Pré- 
lat, dont  le  dispositif  était  conçu  en  ces  termes  : 

c  A  ces  causes,  et  après  avoir  fait  toutes  les  considérations 
>  qu'exigeait  la  matière  ;  à  l'effet  de  montrer  l'équité  et  la 

(1)  Variis  artibus  usum  est  ut  partira  terrerentur,  partimallicerentur 
plurimi  ex  Canonicis ,  ut  a  prima  sententia  desciscerent.  Quidam  ut 
conscientise  simul  et  utilitati  suae  consulereut,  timidi  silentii  partes 
amplexi  sunt.  Praevaluere  tandem  novitatis  amatores ,  quorum  vires  ac 
numerum  auxerant  Praesulis  ministri  ac  convictores,  ceu,  ut  aiunt, 
commensales  ;  qui  ubi  agiiur  de  rébus  ad  Episcopum  pertinentibus , 
juxtausum  Capituli,  jus  dicendœ  sententiae  nullum  habent.  Rémanent 
nihilominus  duodecim  qui  generose  defendunt  tum  privilégia  Capituli, 
tum  ritus  Ecclesiae  suae  antiquitate  consecratos  et  quas  inducere  tentât 
Episcopus  scandalosas  novitates  aversantur.  Digna  aureis  Ecclesiae 
temporibus  magnitudine  animi  obtulerunt  se  omnibus  molestiis  ac 
vexationibus  quas  Canonicis  potest  afferre  Praesulis,  collegarumque 
suorum  infensus  animus ,  cujus  habetur  spécimen  in  stylo  quo  erga 
Metropolitanum  utuntur.  Languet.  Epist,  ad  D*  Purochum  S.  Sulpitiï 
Pamiorum.Opp,  Tom.  II,  pag.  U12. 

T.  II.  15 


226  INSTITUTIONS 

>  sincérité  qui  président  à  nos  délibérations  ;  désirant  conser 
»  ver  la  paix  et  abolir  des  dissensions  qui  sont  une  source  de 
»  contention  et  non  d'édification  ;  expliquant  par  les  présent 
>les  rubriques  de  notre  Missel  et  voulant  suppléera  ce  qu 

>  leur  manque  ,  nous  statuons  et  ordonnons  ce  qui  suit  : 

»  1°  Les  mots  submissiori  voce  employés  dans  lesdites  ru 
»  briques,  devront  être  entendus  dans  le  sens  des  mots  sub 
i  missa  voce  et  secreto  employés  dani  les  autres  Missels.  Nou 
*>  défendons  à  tout  Prêtre  de  notre  Diocèse  de  prononcer  ; 
»voix  haute  et  intelligible  les  paroles  du  Canon  de  la  Mess 
»  et  les  Oraisons  appelées  Secrètes. 

>  2°  Nous  enjoignons  à  tous  les  Prêtres  qui  célèbrent  de 
»  Messes  chantées,  de  lire  et  réciter  en  particulier  l'Introït 
>le  Kyrie  eleison,  le  Gloria  in  excelsis,  PEpître,  le  Graduel 
•  l'Evangile,  le  Credo,  et  les  autres  parlies  de  la  Messe  qi 
se  chantent  au  chœur. 

»  5°  Nous  ajoutons  à  la  Rubrique  qui  prescrit  le  mode  c 
»  distribuer  la  Communion  aux  fidèles,  Pinjonclion  exprès* 
>de  réciter  le  Confiteoret  les  autres  prières  d'usage  avant 

>  Communion;  ce  qui  devra  être  inviolablement  observé  dail 

>  tout  le  Diocèse ,  même  pour  la  Communion  qui  se  doni 
cintra  Missam. 

»  Quœ  pacis  sunt  sectemur,  ea  quœ  œdificationis  sunt 
tinvicem  custodiamus.  (  Rom.  XIV.  )  Sera  notre  prése 
i  Mandement  lu  et  publié  à  la  Grand'Messe,  dans  toutes  | 
»  paroisses  de  notre  Diocèse;  et  afin  que  notre  volonté  s 
»  connue  de  tous  ceux  qui  célébreront  la  Messe  dans  noi 
•  Diocèse,  nous  ordonnons  que  ce  dispositif  de  notre  Manc 

>  ment  soit  imprimé  à  part  et  placé  en  tête  de  chaque  exe 
»  plaire  de  notre  Missel  (1).  » 

(l)  I.  J.  Languet  opéra.  Xom.  11.  pag.  1415. 


LITURGIQUES.  227 

L'Evêque  de Troyes  publia  ce  Mandement,  de  Paris,  où  il 
s'était  rendu  pour  accommoder  l'affaire.  On  doit  remarquer 
dans  cette  honnête  rétractation,  outre  l'injonction  royale  qui 
en  fut  la  cause ,  que  l'Evêque  de  Troyes  ne  révoque  pas  la 
scandaleuse  Rubrique  de  son  Missel  qui  tend  à  transformer 
l'Autel  du  Sacrifice  catholique  en  une  simple  table ,  par  la 
suppression  des  chandeliers  et  de  la  croix  ;  il  est  vrai  que 
cette  Rubrique  semble  être  plutôt  directive  que  préceptive. 
Ce  fut  sans  doute  l'excuse  que  fit  valoir  son  auteur  pour 
échapper  sur  ce  point  à  la  rétractation. 

Mais  ce  qui  est  plus  grave ,  à  raison  des  conséquences , 
c'est  qu'il  ne  fut  demandé  à  l'Evêque  aucun  désaveu  sur  le 
changement  des  Messes  signalé  par  Languet ,  œuvre  de  sé- 
paration ,  insulte  à  la  tradition  dont  on  avait  repoussé  les 
saintes  et  graves  formules ,  pour  les  remplacer  par  des 
phrases  de  l'Ecriture  Sainte  produites  arbitrairement,  ou 
dans  un  but  hérétique.  Deux  raisons  empêchèrent  d'aperce- 
voir toute  la  gravité  de  cette  manœuvre.  La  première  est 
qu'on  se  préoccupa  trop  des  modifications  que  le  Missel  de 
Troyes  établissait  dans  les  cérémonies ,  parce  qu'elles  étaient 
de  nature  à  choquer  plus  gravement  les  yeux  et  les  oreilles 
du  peuple,  tandis  qu'on  ne  voyait  pas  la  même  importance  à 
la  substitution  d'un  Introït,  ou  d'un  Graduel,  à  un  autre 
Introït  ou  à  un  autre  Graduel.  La  seconde  raison ,  c'est  qu'on 
n'eût  pu  sévir  sous  ce  prétexte  contre  le  Missel  de  Troyes, 
sans  condamner  un  grand  nombre  de  Prélats  Français  qui , 
depuis  François  de  Harlay  jusqu'en  1738,  avaient  déjà  re- 
manié toute  la  Liturgie  suivant  le  même  système.  Cepen- 
dant, tout  le  danger  était  là;  Languet,  l'Archevêque  de 
Cambrai  l'avaient  signalé  ;  nous  entendrons  bientôt  d'autres 
voix  rares,  mais  courageuses,  s'unir  à  celles  de  ces  deux 
grands  Prélats;  mais  ces  voix  se  perdirent  au  milieu  du 


228  INSTITUTIONS 

fracas  d'applaudissements  qui  accueillit ,  dans  la  plus  grande 
partie  de  la  France,  les  nouvelles  théories  liturgiques. 
Qu'importait  de  veiller  avec  tant  de  soin  à  la  conservation 
de  certaines  cérémonies  extérieures,  quand  l'âme  de  toute  la 
Liturgie,  la  tradition,  l'unité,  l'antiquité,  l'autorité  des  for- 
mules saintes  s'éteignaient  ;  car  si  le  fond  de  la  Liturgie  est 
le  sentiment  religieux ,  sa  forme  première  est  et  doit  être  la  | 
parole,  et  si  le  geste  accompagne  la  parole,  il  ne  la  supplée 
qu'imparfaitement. 

La  longue  et  instructive  histoire  du  Missel  de  Mcaux  a 
causé  dans  notre  récit  une  inversion  chronologique  que  nous 
allons  réparer  maintenant.  L'ordre  des  temps  eût  exigé  que 
nous  racontassions  d'abord  l'apparition  de  l'ouvrage  de  Dom 
Claude  de  Vert,  intitulé:  Explication  simple,  littérale  et  his- 
torique des  cérémonies  de  la  Messe,  et  du  système  trop  fameux 
sur  lequel  repose  ce  livre  tout  entier.  Le  désir  de  réunir  les  di- 
vers faits  qui  ont  rapport  au  complot  Janséniste  pour  la  récita- 
tion du  Canon  à  haute  voix,  nous  a  engagé  à  réunir  dans  notre 
récit  l'histoire  du  Missel  de  Troyes  à  celle  du  Missel  de  Meaux  ; 
maintenant  que  nous  en  avons  fini  sur  cette  matière  ,  nous 
allons  faire  connaître  la  nouvelle  atteinte  portée  à  la  Liturgie 
par  le  célèbre  promoteur  et  rédacteur  du  Bréviaire  de  Cluny. 

C'est  un  principe  dans  toute  religion  que  les  cérémonies 
renferment  un  supplément  aux  formules  du  culte  ;  la  religion 
chrétienne  elle-même ,  qui  fonde  ses  moyens  de  salut  pour 
le  peuple  fidèle  sur  les  Sacrements,  proclame  la  nécessité, 
l'importance  des  rites  sacrés,  comme  divinement  institués, 
renfermant  la  grâce  qu'ils  signifient.  Elle  voit  dans  la  matière 
et  la  forme  de  ces  Sacrements  des  circonstances  extérieures, 
non  choisies  arbitrairement  et  dans  un  but  de  commodité, 
mais  imposées  immédiatement  dans  le  but  de  signifier  ei 
d'opérer  tout  à  la  fois.  Dire  que  l'origine  du  Baptême  n'es 


LITURGIQUES.  229 

autre  que  le  besoin  de  se  laver  le  corps  par  motif  de  pro- 
preté ,  ce  serait  tout  à  la  fois  dire  une  impiété  et  mentir  à 
l'histoire  de  l'institution  de  ce  premier  des  Sacrements. 

Néanmoins,  ainsi  que  nous  l'avons  raconté  ailleurs  (1), 
rien  n'a  été  plus  violemment  poursuivi  par  la  secte  Anti- 
liturgiste  que  ce  symbolisme  chrétien  qui  donne  une  valeur 
mystique  à  un  geste,  à  un  objet  matériel ,  qui  spiritualise  la 
création  visible  et  accomplit  si  magnifiquement  le  but  de 
l'Incarnation,  exprimé  d'une  manière  sublime  dans  cette 
admirable  phrase  liturgique  :  Ut  dùm  visibiliter  Deum  co~ 
gnoscimus ,  per  hune  in  invisibilium  amorem  rapiamur  (2). 
Quand  l'hérésie  a  pu  agir  directement,  elle  a  écrasé  le  sym- 
bolisme ,  témoin  les  Iconoclastes  ,  témoin  Luther  et  plus 
encore  Calvin,  qui,  détruisant  tous  les  Sacramentaux  et 
même  les  Sacrements ,  à  l'exception  d'un  seul,  ont  placé  le 
Protestantisme,  nous  ne  dirons  pas  au-dessous  du  Judaïsme 
qui  avait  ses  symboles  divins  quoique  muets ,  mais  au-dessous 
du  Gentilisme,  qui  renfermait  et  renferme  encore  tant  de 
traits  empruntés  à  la  divine  religion  des  Patriarches. 

Nous  avons  déjà  remarqué  cent  fois  que  toutes  les  ma- 
nœuvres que  l'hérésie  opère  hors  de  l'Eglise,  se  répètent 
sur  une  échelle  moins  vaste ,  mais  avec  une  diabolique  in- 
telligence, au  sein  du  peuple  fidèle ,  au  moyen  des  influences 
de  la  secte  Anti-lilurgistequi  s'est  montrée  de  nos  jours  sous 
la  forme  du  Jansénisme.  Rappelons-nous  encore  une  fois  que 
la  secte  ne  nie  jamais  formellement  le  dogme  qu'elle  déteste; 
son  succès ,  son  existence  môme  dépendent  de  sa  discrétion. 
Elle  doit  garder  un  point  de  contact  avec  l'orthodoxie, 
en  même  temps  qu'elle  s'entend ,  par  dessous  terre ,  avec 
l'hérésie. 

(1)  Chap.  XIV.  pag.  418. 

(2)  Préface  de  Noël,  au  Missel  Romain. 


230  INSTITUTIONS 

Or,  il  était  facile  de  prévoir  que  le  même  mouvement  qui 
avait  produit  le  renversement  de  la  tradition  dans  les  Missels 
et  Bréviaires  de  Paris,  de  Cluny,  de  Troyes%qui  avait  failli 
corrompre  le  Canon  de  la  Messe  dans  le  Missel  de  Meaux , 
qui  poussait  à  la  traduction  de  la  Bible  et  des  livres  litur- 
giques en  langue  vulgaire ,  qui  portait  un  grand  nombre  de 
Prêtres  à  violer  le  secret  des  Mystères  dans  la  célébration 
de  la  Messe,  tendrait,  dans  cette  universelle  sécularisation 
de  la  Liturgie ,  à  matérialiser  les  cérémonies  dont  l'antique 
mysticisme  se  trouvait  en  contradiction  trop  flagrante  avec 
tout  cet  ensemble  de  naturalisme.  Déjà,  chez  les  Français, 
peuple  frivole,  le  Protestantisme,  préludant  aux  sarcasmes 
de  la  philosophie  du  dix-huitième  siècle,  avait  déversé  le 
ridicule  sur  un  grand  nombre  de  cérémonies,  et,  certes,  on 
peut  dire  que  ce  n'avait  pas  été  sans  succès.  La  seule  com- 
paraison des  Rituels  du  seizième  siècle  avec  ceux  de  no* 
Diocèses  d'aujourd'hui,  nous  montre  assez  combien  de  pieuj 
et  vénérables  rites  pratiquaient  nos  pères  qui  sont  aujour 
d'hui  tellement  oubliés,  que  c'est  presque  de  la  science  qu< 
de  savoir  les  rappeler. 

Généralement ,  nos  docteurs  se  placèrent  trop  exclusive 
ment  sur  la  défensive  vis-à-vis  de  la  Prétendue  Réforme;  il 
amoindrissaient  le  dogme ,  ils  élaguaient  du  culte  tout  c 
qui  leur  semblait  difficile  à  défendre  au  point  de  vue  de  leur 
adversaires.  Ils  voulaient  ne  pas  choquer,  contenter  même 
s'il  eût  été  possible,  la  raison  des  Protestants;  ils  leur  ac 
cordaient  la  victoire  en  petit,  convenant  ainsi  tacitement  qu 
la  Réforme  avait  eu  certains  griefs  contre  l'Eglise  qui  et 
péché  par  exagération.  Tactique  imprudente  que  les  succè 
n'ont  jamais  justifiée.  Quels  sont,  par  exemple,  les  Proies 
tants  que  la  Déclaration  de  1682  ait  réconciliés  avec  le  Siég 
Apostolique,  réduit  désormais  aux  proportions  d'autorit 


LITURGIQUES.  231 

qu'il  plaisait  aux  Français  de  lui  laisser?  Ne  sait-on  pas  que 
les  Prolestants  de  Hollande  adressèrent  des  félicitations  aux 
Evêques  de  l'Assemblée,  de  ce  qu'enfin  ils  se  rapprochaient 
d'eux?  Ne  sait -on  pas  que  la  généralité  des  Protestants 
convertis  en  notre  siècle  (  et  notre  siècle  est  celui  qui  a  vu 
le  plus  grand  nombre  d'abjurations),  ne  veut  point  connaître 
d'autre  interprète  des  prérogatives  du  Siège  Apostolique 
que  le  Siège  Apostolique  lui-même? 

Le  dix-septième  siècle  avait  fini  dans  cet  esprit  de  tolé- 
rance que  le  dix-huitième  ne  devait  pas  démentir.  La  Ré- 
forme profitait,  ainsi  que  de  raison,  de  ces  avances  mala- 
droites, et  vers  1690,  un  célèbre  ministre  Calviniste,  Jurieu, 
écrivait  qu'un  savant  homme  de  l'Eglise  Romaine ,  Cha- 
noine {[)  de  Cluny,  préparait  un  ouvrage  qui  ferait  tomber 
les  Durands  t  les  Biels ,  les  Innocents  et  leurs  disciples ,  qui  ont 
écrit  touchant  les  mystères  de  la  Messe  ;  et  qu'il  prouverait 
que  toutes  ces  cérémonies  sont  sans  mystères ,  et  qu  elles  ont 
été  instituées  uniquement  par  des  raisons  de  commodité ,  ou 
par  occasion  (2).  Ce  savant  homme  était  Dom  Claude  de  Vert; 
c'est  notre  Trésorier  de  Cluny  qui  s'était  ainsi  chargé  de 
naturaliser  les  cérémonies  de  la  Messe,  et  cette  nouvelle  avait 
fait  tressaillir  dans  sa  grotesque  Pathmos  le  fanatique  pro- 
phète du  Calvinisme. 

Dom  de  Vert,  dans  un  voyage  qu'il  avait  fait  à  Rome,  vers 
1662 ,  et  dans  lequel  il  fut  témoin  de  la  pompe  des  cérémo- 
nies qui  se  pratiquent  dans  cette  capitale  du  monde  Chrétien, 
loin  d'en  goûter  les  mystères ,  conçut  dès-lors  l'idée  d'un 
ouvrage  dans  lequel ,  dédaignant  d'expliquer  les  symboles 
de  la  Liturgie  par  des  raisons  mystiques ,  comme  l'avait  fait 

(t)  C'est  Moine  qu'il  voulait  dire. 

(2)  Jurieu  cité  par  D.  de  Vert ,  dans  sa  Lettre  a  ce  Ministre,  pag.  \, 


23$  INSTITUTIONS 

jusqu'alors  toute  la  tradition  des  liturgistes  de  l'Eglise  d'O- 
rient et  de  celle  d'Occident,  il  en  rechercherait  seulement 
les  raisons  physiques,  à  l'aide  desquelles  il  se  promettait  de 
rendre  raison  de  tout.  Le  projet  de  cet  ouvrage,  déjà  fort 
avancé  en  1690,  avait  percé  dans  le  public,  et  la  nouvelle 
en  était  parvenue  jusqu'à  Jurieu.  D.  de  Vert  ayant  eu  con- 
naissance de  l'assertion  du  Ministre,  en  fut  embarrassé  et 
résolut  de  lui  répondre  sur  le  champ ,  sans  attendre  la  pu- 
blication de  son  grand  ouvrage.  Il  adressa  à  Jurieu  une  Lettre 
sur  les  cérémonies  de  la  Messe,  qui  parut  à  Paris,  en  1690 ,  et 
dans  laquelle  il  avait  pour  but  de  détruire  la  mauvaise  im- 
pression que  les  paroles  du  Ministre  auraient  pu  laisser 
contre  lui  dans  le  public,  et  de  réfuter  plusieurs  sarcasmes 
de  ce  Calviniste  contre  les  rites  du  plus  sacré  et  du  plus 
profond  de  nos  mystères. 

Dom  (Je  Vert  commence  donc  par  protester  de  son  respect 
pour  les  interprètes  mystiques  des  cérémonies  de  l'Eglise, 
dont  il  révère,  dit-il,  jusqu'aux  moindres  explications;  mais 
il  soutient  que  chaque  cérémonie  de  l'Eglise  a  son  histoire  et 
ses  raisons  d'institution.  <  Je  ne  vois  pas  même ,  continue- 
»  t-il ,  pourquoi  on  ne  pourrait  pas  dire  que ,  comme  le  Saint- 
-Esprit a  dans  l'intention  tous  les  différents  sens  catholiques 

>  dont  l'Ecriture  est  capable ,  de  même  l'Eglise  peut ,  dans 
»  l'usage  de  ses  cérémonies,  outre  les  raisons  d'institution,  avoir 

•  encore  en  vue  les  différents  sens  spirituels  que  les  Pères  et 
»les  auteurs  mystiques  donnent  communément  à  ces  céré- 

>  monies ,  et  se  proposer  en  cela  d'aider  par  des  choses  sen- 
»  sibles  la  piété  des  fidèles ,  et  relever  même  la  majesté  de  ses 

>  divins  Offices.  On  ne  détruit  pas  pour  cela  les  raisons  d'ins- 
>titution  qui  sont  comme  le  sens  de  la  lettre;  au  contraire, 

>  on  le  suppose ,  puisque  c'est  dans  la  lettre  même  que  se  ren- 

*  contre  l'analogie  et  le  fondement  de  ces  rapports  et  de  ces 


LITURGIQUES.  $55 

*  allégories.  Ce  n'est  point  une  soustraction  de  ce  sens,  mais 
»  une  addition  à  ce  sens.  Pourquoi  donc  rejeter  ces  sens  spiri- 
i  tuels  et  mystiques ,  quand  ils  ne  ruinent  point  celui  de  la 
»  lettre ,  quand  on  les  contient  dans  de  justes  bornes ,  qu'on  ne 

>  les  donne  que  pour  ce  qu'ils  sont ,  c'est-à-dire  pour  des  pensées 

*  pieuses  et  édifiantes ,  et  des  idées  arbitraires,  si  vous  voulez , 
»  mais  où  on  ne  laisse  pas  de  trouver  de  quoi  s'instruire  et  se 

>  nourrir  ;  qu'enfin,  on  établit  et  on  suppose  la  lettre  comme  le 
»  fondement  de  tout.  On  voit,  par  exemple  ,  un  ruisseau  cou- 

*  1er,  qui  empêche  qu'à  l'occasion  de  ce  ruisseau  qui  coule , 
»  on  ne  s'applique  à  considérer  la  fragilité  des  choses  hu- 
»  maines,  et  qu'on  ne  fasse  attention  que  nos  années  s'écoulent 
>sans  retour  comme  ces  eaux?  Cette  idée  ne  se  présente- 
» t-elle  pas  d'elle-même  à  l'esprit?  Et  cette  pensée  si  néces- 
»saire  et  si  utile,  n'est-elle  pas  fondée  sur  des  rapports  très 
«justes  de  cet  effet  physique  avec  ce  qu'il  nous  représente  ? 

*  Enfin,  l'Ecriture  ne  fait-elle  pas  elle-même  la  comparaison 
»  de  l'un  à  l'autre  ?  Il  n'y  a  donc  qu'à  en  demeurer  là  ;  et  pourvu 
1  qu'on  convienne  de  la  cause  naturelle  de  cet  effet,  qu'on  ne  la 

*  perde  point  de  vue,  qu'on  la  suppose,  qu'onla  regarde  comme 
»  une  pure  cause  occasionnelle  de  nos  réflexions  qui  les  ren- 
»  ferme  par  un  simple  rapport  allégorique;  et  qu'enfin  on  n'aille 
>pas  jusques  à  dire  que  ces  eaux  ne  coulent  que  pour  nous  re- 
»  présenter  et  nous  faire  envisager  cette  fragilité;  tout  est  bon, 
»  et  il  est  permis  d'en  tirer  toute  l'instruction  qu'on  pourra  (1) .  > 

On  peut  dire  que  ces  quelques  lignes  contiennent  toute  la 
doctrine  de  Dom  de  Vert,  doctrine  d'autant  plus  dangereuse 
qu'elle  paraît  plus  innocente ,  au  premier  abord.  Ainsi ,  l'E- 
glise, instituant  les  cérémonies ,  n'a  point  eu  pour  but  l'ins- 
truction et  l'édification  des  fidèles;  les  raisons  mystiques  ne 

(i)  Pages  3  et  suiv. 


234  INSTITUTIONS 

sont  admissibles  que  dansl'usage  de  ces  cérémonies  et  comme 
par  surabondance.  Ces  raisons  mystiques  ne  doivent  pas  être 
rejetées,  quoique  arbitraires  en  elles-mêmes;  mais  l'essentiel 
est  d'avoir  dans  l'esprit  la  cause  naturelle  de  chaque  rite  sa- 
cré, et  de  se  garder  bien  d'aller  jusqu'à  dire  que  ces  rites  ne 
sont  accomplis  que  pour  nous  représenter  des  pensées  morales 
ou  mystiques.  Voilà  donc,  encore  une  fois,  l'Eglise  ravalée 
au-dessous  du  Judaïsme,  et  convaincue  de  ne  pas  savoir,  ou 
de  ne  pas  vouloir  enseigner  les  fidèles  par  les  formes  exté- 
rieures qui,  cependant,  ont  été,  de  tout  temps,  si  puissantes 
pour  opérer  l'initiation  aux  mystères. 

La  comparaison  tirée  du  ruisseau  dont  l'aspect  rappelle 
des  pensées  graves  est  bien  maladroite.  D'abord ,  il  est  in- 
contestable pour  tout  être  raisonnable,  éclairé  des  lumières 
de  la  révélation,  que  ce  monde  visible  n'est  qu'une  forme  du 
monde  invisible,  et  que  chaque  partie  de  la  nature  sensible  a 
reçu  la  mission  de  nous  introduire  à  la  connaissance  d'un 
rayon  des  perfections  divines.  L'Ecriture,  en  cent  endroits,' 
nous  révèle  cette  vérité,  et  les  saints  Pères,  les  théologiens, 
dans  l'explication  de  l'œuvre  des  six  jours  et  dans  tout  leur 
enseignement  en  général,  n'ont  cessé  de  nous  l'inculquer* 
Nous  dirons  donc  à  Dom  de  Vert  :  Oui,  ce  ruisseau  a  été  créé 
par  l'auteur  de  toutes  choses  à  l'intention  expresse  de  four- 
nrr  à  l'homme  une  occasion  de  s'élever,  par  son  simple  as- 
pect, aux  choses  célestes.   Si  le  firmament,  par  ordre  de 
Dieu,  raconte  à  l'homme  la  gloire  du  Créateur,  pourquoi 
le  cours  d'un  ruisseau  ne  serait-il  pas  aussi ,  par  ordre  de 
Dieu ,  une  leçon  pour  l'homme  de  se  défier  des  moments  qui 
passent  et  ne  reviennent  plus ,  et  de  s'élever  vers  la  seule 
chose  qui  dure?  Or,  l'Eglise  est  en  possession  de  la  divine 
Sagesse  ;  pourquoi  agirait-elle  matériellement  dans  l'insti- 
tution ,  sans  avoir  la  force  d'agir  à  la  fois  matériellement  e 


LITURGIQUES»  235 

spirituellement  ?  Pourquoi  ses  institutions  ne  seraient-elles 
vivifiées  par  l'Esprit  que  dans  un  acte  second,  qui  leur  lais- 
serait toute  l'imperfection  d'une  conception  grossière  et 
charnelle  ? 

Mais  ce  n'est  point  ici  que  nous  devons  traiter  de  la  Sym- 
bolique en  matière  de  Liturgie  ;  une  des  divisions  de  cet  ou- 
vrage est  exclusivement  consacrée  à  ce  magnifique  objet. 
Nous  arrêterons  donc  ici  ces  considérations  qui  ne  perdent 
rien  de  leur  force  par  les  minces  objections  de  détail  que 
D.  de  Vert  et  ses  partisans  voudraient  y  opposer,  et  nous 
reprendrons  le  fil  de  notre  histoire. 

Dans  sa  préface,  D.  de  Vert  exprime  la  plus  grande  con- 
fiance de  voir  son  système  accélérer  le  retour  des  Protes- 
tants à  la  foi  de  l'Eglise,  par  ce  motif  que  désormais  les 
cérémonies  leur  paraîtront  sans  mystères.  C'est  par  une 
raison  du  même  genre  que  le  Clergé  de  France ,  peu  d'an- 
nées après  avoir  sollicité  d'Alexandre  VII  une  condamnation 
solennelle  de  la  traduction  du  Missel  par  de  Voisin,  répandit 
lui-même  de  nombreux  exemplaires  du  Canon  de  la  Messe 
traduit  littéralement  en  français ,  entre  les  mains  des  nou- 
veaux Catholiques.  Sans  doute ,  il  faut  reconnaître  dans  de 
telles  mesures  une  intention  du  zèle  pastoral  ;  mais  la  contra- 
diction n'y  est  pas  moins  palpable.  Au  reste,  si  les  Huguenots 
du  dix-septième  siècle  ne  revenaient  à  la  vraie  Eglise  que 
lorsqu'on  avait  pu  les  convaincre  que  les  formes  du  culte 
catholique  étaient  sans  mystères  ;  aujourd'hui ,  les  Protes- 
tants d'Angleterre  et  ceux  de  l'Amérique  du  Nord  y  rentrent 
par  une  autre  voie.  Les  lettres  des  Missionnaires  nous  ré- 
pètent sans  cesse  ,  ainsi  que  nous  l'avons  rappelé  ailleurs , 
que  rien  n'est  plus  efficace  pour  ramener  ces  victimes  de 
l'erreur,  que  de  leur  faire  comprendre  l'esprit  qui  vivifie  cha- 
cune des  actions  du  Prêtre  Catholique ,  qui  anime  des  détails 


256  INSTITUTIONS 

en  apparence  les  plus  matériels  du  culte.  Que  conclure  de 
cette  différence,  sinon  que  les  nouveaux  convertis  du  dix- 
septième  et  du  dix-huitième  siècles,  tout  en  abjurant  le  ra- 
tionalisme de  la  Réforme ,  en  voulaient  retrouver  encore 
quelque  trace  dans  les  mœurs  de  la  nouvelle  société  qui  les 
recevait,  tandis  que,  dans  notre  temps,  les  âmes  fatiguées 
de  la  sécheresse  du  Protestantisme  viennent,  avides  de  foi  et 
d'amour,  demander  à  l'Eglise  qu'elle  veuille  bien  les  initier 
aux  secrets  du  monde  invisible ,  caché  sous  les  harmonies 
du  monde  extérieur. 

La  Lettre  de  Dom  Claude  de  Vert  à  Jurieu  obtint  un  grand 
succès  dans  l'école  à  laquelle  appartenait  ce  personnage  (1). 
Outre  l'approbation  de  Henri-Félix  de  Tassy,  Evêque  de 
Châlons-sur-Saône ,  elle  est  décorée  de  celles  de  plusieurs 
Docteurs  de  Paris ,  parmi  lesquels  on  remarque  sans  élon- 
nement  Lamet,  Curé  de  Saint-Eustache,  l'un  des  Commis- 
saires du  Bréviaire  de  François  de  Ilarlay  ;  Hideux,  Curé 
des  Saints-Innocents,  le  même  qui  donna,  en  1695,  son  ap- 
probation au  livre  du  sieur  Baillet  sur  la  dévotion  à  la  Sainte 
Vierge,  dont  Bayle  a  dit  qu'il  était  écrit  aussi  raisonnable- 
ment qu'une  personne  de  sa  profession  le  puisse  faire  ;  Ellies 
Dupin ,  que  l'on  a  toujours  trouvé  disposé  à  se  mettre  en 
avant  dans  toutes  les  occasions  scandaleuses  ;  Phelippeaux , 
Grand- Vicaire  de  Bossuet,  si  connu  par  sa  violence  contre 
la  personne  de  Fénélon  dans  l'affaire  du  Quiétisme,  etc.  Il 
est  remarquable ,  au  reste ,  que  l'approbation  donnée  à  la 


(1)  Nous  ne  pensons  pas  faire  tort  à  Dom  de  Vert  en  le  comptant  au 
nombre  des  Jansénistes.  Ses  relations  personnelles,  ses  œuvres,  ses 
systèmes,  tout  trahit  ses  doctrines.  Voici  comme  il  s'exprime  sur  Saint 
Cyran ,  dans  la  préface  du  premier  tome  de  son  trop  fameux  ouvrage  : 
«  Cet  auteur,  profond  théologien  d'ailleurs  et  très  versé  dans  la  science 
•  de  l'Eglise ,  était  en  même  temps  grand  spirituel  et  grand  mystique.  » 


LITURGIQUES.  237 

Lettre  de  D.  de  Vert ,  à  PEvêché  de  Meaux ,  ne  porte  point  la 
signature  de  Bossuet.  Il  semble  qu'il  ait  craint  de  se  compro- 
mettre par  une  sympathie  trop  éclatante.  Cette  approbation 
est  signée  simplement  de  l'Abbé  Phelippeaux,  dont  nous 
venons  de  parler,  et  d'un  Chanoine  de  la  Cathédrale.  Néan- 
moins ,  on  sait  que  Bossuet  portait  une  estime  toute  particu- 
lière à  Dom  Claude  de  Vert ,  et  qu'il  l'encouragea  dans  la 
composition  de  son  grand  ouvrage  sur  les  cérémonies,  c  Feu 
*M.  Bossuet,  Evêque  de  Meaux ,  dit  Dom  de  Vert  (et  chacun 
i  sait  quelle  idée  de  savoir,  d'éloquence ,  de  beauté  de  gé- 
*  nie  et  de  zèle  pour  l'Eglise ,  ce  seul  nom  nous  présente  ) , 
»  m'a  souvent  fait  l'honneur  de  me  presser  de  vive  voix  et 
>par  écrit,  d'expliquer  et  de  développer  toute  cette  matière 
»à  fond;  jusqu'à  désirer  que  je  lui  fisse  part  de  mes  vues  et 
»  de  mes  recherches.  Ce  que  j'exécutai  quelque  temps  avant 
isa  mort,  en  deux  ou  trois  conférences  qu'il  voulut  bien 
»  m'accorder,  et  dans  lesquelles  il  eut  la  bonté  de  se  prêter 
»tout  entier  à  moi,  me  faisant  ses  objections,  me  donnant 
ïses  avis  et  me  communiquant  ses  lumières  sur  les  endroits 
»les  plus  difficiles  et  les  plus  délicats.  Et  je  me  souviendrai 
»  toujours  qu'il  m'exhorta  à  ne  point  m' élever  contre  les  au- 
>teurs  mystiques,  ni  contre  leurs  raisons;  disant  qu'il  n'y 
>  avait  qu'à  poser  les  faits  et  les  bien  établir,  et  qu'aussitôt 
»la  vérité  se  ferait  sentir  d'elle-même  (1).  * 

Au  reste,  si  Dom  de  Vert  sut  mériter  des  approbations 
semblables,  il  n'obtint  pas  du  moins  celle  de  l'illustre  Père 
Mabillon.  c  Lorsque  M.  de  Vert  vint  me  voir  la  première  fois, 
*  dit  Dom  Martène,  dans  une  lettre  au  P.  Le  Brun  (2),  le 
»P.  Mabillon  vint  lui-même  m'avertir  qu'il  me  demandait,  et 

(1)  Explication  des  cérémonies  de  l'Eglise.  Tome  I.  Préface,  page  V. 

(2)  Explication  de  la  Messe.  XVe  Dissertation.  Tom,  IV.  pag.  351. 


238  INSTITUTIONS 

»  m'avertit  en  même  temps  que  c'était  un  homme  hardi  et 

>  qu'il  fallait  lui  résister  ;  qu'il  savait  quelque  chose  ;  mais 

>  qu'il  n'était  pas  si  savant  qu'on  s'imaginait.  » 

L'ouvrage  tant  désiré  parut  enfin  dans  les  premières  années 
du  dix-huitième  siècle.  Les  deux  premiers  volumes  virent  le 
jour  en  1706  et  1707,  sous  ce  titre  :  Explication  simple,  lit- 
térale et  historique  des  Cérémonies  de  l'Eglise.  Les  deux  der- 
niers tomes  ne  furent  imprimés  qu'en  1713 ,  après  la  mort  de 
l'auteur.  On  ne  peut  nier  que  l'ouvrage,  quoique  rédigé  sans 
ordre  et  sans  goût,  ne  renfermât  une  foule  d'observations 
curieuses  et  n'annonçât  dans  son  auteur  une  rare  érudition; 
mais  on  doit  convenir  que  le  scandale  y  était  porté  à  son 
comble  par  l'audace  et  le  cynisme  des  interprétations.  Le 
lecteur  en  jugera  tout  à  l'heure. 

Les  principes  étaient  les  mêmes  que  nous  venons  de  si 
gnaler  dans  la  Lettre  à  Jurieu  ;  mais  du  moins ,  dans  cette 
Lettre,  D.  de  Vert  gardait  encore  quelque  mesure.  Il  ne  dis 
simulait  plus  rien  dans  son  grand  ouvrage.  On  prétendi 
même  qu'il  avait  attendu  la  mort  de  Bossuet  pour  publie 
le  premier  volume,  parce  qu'il  craignait  que  ce  grand  Evêque 
tout' en  partageant  ses  théories ,  ne  trouvât  qu'il  avait  outre 
passé  les  bornes  légitimes  dans  les  applications. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  Dom  de  Vert  s'en  allait  interprétai 
avec  son  système  tout  l'ensemble  de  la  Liturgie ,  et  matérfc 
lisant  par  les  vues  les  plus  ignobles  tout  ce  qu'il  y  a  de  ph 
spirituel  et  de  plus  relevé  dans  les  rites  du  Catholicism 
S'agissait-il,  par  exemple,  d'expliquer  l'usage  de  l'encens 
l'autel,  D.  de  Vert  n'attribuait  cette  institution  qu'à  la  n< 
cessilé  de  corriger  l'insalubrité  de  l'air  dans  les  assemblé 
souterraines  de  la  primitive  Eglise.  Préoccupé  de  sa  déco 
verte,  il  oubliait  l'encens  du  Tabernacle  Mosaïque,  duTemp 
de  Jérusalem,  l'encens  que  toutes  les  religions  ont  hii 


LITURGIQUES.  239 

devant  la  Divinité  en  signe  de  prière  et  d'adoration ,  et  non 
pour  corriger  l'air  corrompu  des  Temples.  Cette  seule  as- 
sertion suffirait  sans  doute,  pour  caractériser  l'ouvrage  de 
D.  de  Vert.  Nous  irons  plus  loin ,  et  nous  dévoilerons  sans 
pitié  les  turpitudes  dans  lesquelles  l'amour  du  naturalisme 
dans  les  choses  sacrées  peut  faire  descendre  une  âme  d'ail- 
leurs honnête  et  religieuse  à  sa  manière. 

Nous  dirons  donc  qu'aux  yeux  du  Trésorier  de  Cluny, 
«  l'immersion  du  Baptême  prend  son  origine  dans  la  coutume 
»de  laveries  enfants,  au  moment  de  leur  naissance,  pour 
»  des  raisons  physiques  ;  que  les  vues  spirituelles  et  symbo- 
liques de  saint  Paul,  qui  ont  pour  objet  de  représenter 
»  l'ensevelissement  spirituel  du  fidèle  avec  Jésus-Christ  comme 
*  signifié  par  l'immersion ,  ne  sont  point  la  cause  et  le  prin- 
»  cipe  de  cette  immersion ,  ne  paraissant  point  qu'elles  soient 
»  en  effet  entrées  dans  le  dessein  de  son  institution  ;  mais  c'est 
»  au  contraire  l'immersion  qui  a  donné  lieu  à  ces  idées  (1).  » 

Si  le  Chrétien  baptisé  reçoit  l'onction  du  Chrême  en  sor- 
tant de  l'eau,  D.  de  Vert  nous  dit  que  «  cette  onction  n'était 
»  point  une  pratique  particulière  à  l'Eglise.  On  sait  que  chez 
»  toutes  les  nations ,  surtout  parmi  les  Juifs  et  les  Orientaux, 
»  comme  après  s'être  lavé  et  baigné ,  l'eau  dessèche  et  ride 
»  la  peau,  on  avait  soin  de  frotter  d'huile  les  parties  qui  avaient 
»  été  mouillées,  d'où  vient  que  l'onction  est  presque  toujours 
»  jointe  aux  bains  dans  l'Ecriture.  C'est  pour  ce  sujet  que  les 
«femmes  en  plusieurs  lieux,  après  avoir  fait  la  lessive,  se 
»  frottent  aussitôt  les  mains  et  les  bras  d'huile ,  pour  empê- 
»  cher,  disent-elles ,  que  la  peau  ne  se  ride  (2) .  » 

Tout  le  monde  sait  que  les  nouveaux  baptisés  étaient,  pen- 

(1)  Tome  II.  page  16. 

(2)  Tome  II.  page  386. 


240  INSTITUTIONS 

dant  huit  jours ,  revêtus  de  robes  blanches ,  et  qu'il  est  resté 
encore  un  vestige  de  cet  usage  dans  les  rites  actuels  du  Bap- 
tême. Voici ,  suivant  D.  de  Vert ,  l'origine  présumée  de  ce 
rite  :  t  II  y  a  quelque  apparence  que  le  linge  dont  on  s'en- 

>  veloppait  pour  s'essuyer,  se  tourna  bientôt  en  un  vrai  vête- 
»ment  blanc  (1).  »  Le  cierge  qu'on  mettait  et  qu'on  met 
encore  dans  la  main  du  baptisé,  c  ne  servait  d'abord ,  selon 
»  toutes  les  apparences,  qu'à  éclairer  les  néophytes  pour 

>  aller  des  fonts  à  l'autel  (2).  »  Le  cierge  pascal  lui-même 
n'a  été  établi  que  pour  éclairer  physiquement ,  et  c  si  on  l'ôte 
> enfin  tout-à-fait  à  l'Ascension,  c'est  qu'il  ne  peut  pas  tou- 
jours durer,  et  que  le  mot  assumptus,  par  où  finit  l'Evan- 
»  gile  de  ce  jour,  détermine  à  enlever  alors  cette  lumière  et  à 
>la  retirer  (3).  > 

Dom  de  Vert  veut-il  expliquer  la  cérémonie  de  l'onction 
dans  la  consécration  d'un  Evêque  :  il  fait  dériver  les  formes 
rituelles  les  plus  graves  de  la  nécessité  de  mettre  les  gestes 
d'accord  avec  les  paroles,  t  A  l'endroit  de  ces  mots  :  Compte 
»  in  Sacerdote  tuo  ministerii  tui  summam  et  ornamentis  totius 

>  glorificalionis  instructum ,  cœlestis  unguenti  rore  sanctifica, 

>on  fait  à  l'Evèqueélu  des  onctions  sur  la  tête C'est-à- 

>dire,  suivant  notre  système  et  notre  idée,  que  pour  rendre 

>  encore  plus  sensible  et  plus  palpable  la  signification  du  mol 
> unguenti,  et  l'exprimer  par  l'action  même,  on  aura  faii 
tune  onction  à  l'Evêque;  et  on  la  lui  aura  faite  à  la  tête,  i 
»  l'occasion  de  ces  autres  paroles  :  Hoc  copiose  in  caputeju. 
»  influât.  A  ces  autres  paroles  :  Unguentum  in  capite  quoi 

>  descendit  in  barbam,  etc. ,  on  lui  a  oint  les  mains ,  vraisem- 
»  Diablement  à  cause  du  mot  descendit  qui  aura  détermini 

(1)  Ibid.  page  379. 

(2)  Ibid.  page  399. 

(3)  Ibid.  pag.  54. 


LITURGIQUES.  241 

>  à  faire  descendre  et  découler  sur  les  mains  l'huile  d'abord 
»  répandue  sur  la  tête  (1).  » 

Les  rites  sacramentels  de  l'Extrême-Onction  sont  soumis 
au  même  système  d'explication  rationaliste.  «  Comme  en 
»  priant  pour  les  malades ,  dit  D.  de  Vert ,  on  demandait  tou- 
»  jours  de  l'adoucissement  à  leurs  maux,  aussi  ne  man- 
»quait-on  guère  d'employer  en  même  temps  des  Unitifs , 

>  et  d'adoucir  en  effet  les  parties  malades  par  des  onctions 
»  d'huiles;  ce  qui  provenait  de  l'ancienne  tradition  des  Juifs, 

>  qui  souvent  aussi  joignaient  les  actions  aux  paroles.  Bien 
iplus,  les  prières  de  l'Extrême-Onction,  telles  qu'elles  se 
»  trouvent  dans  les  plus  anciens  Rituels  ou  Sacramentaires , 
*  tendant  au  soulagement  du  corps  aussi  bien  qu'à  la  gué- 
>rison  de  l'âme ,  attiraient  aussi  par  conséquent  des  onctions 
»  sur  toutes  les  parties  malades ,  réduites  communément  dans 
i la  suite  aux  organes  des  cinq  sens,  et  encore  aux  pieds  et 
»aux  reins  (2).  > 

Mais  comment  notre  auteur  eût-il  consenti  à  reconnaître 
du  mystère  dans  l'institution  primitive  des  rites  sacramen- 
tels, quand  les  actions  même  de  Jésus-Christ,  les  plus  mira- 
culeuses ,  et  en  même  temps  les  plus  mystiques ,  ne  lui 
donnent  que  des  idées  grossières  dignes  des  docteurs  Protes- 
tants d'outre-Rhîn  ?  Dom  de  Vert  traite-t-il  du  miracle  de  la 
guérison  du  sourd-muet  et  de  l'aveugle-né ,  que  l'Eglise  a 
i  toujours  considérée  comme  un  des  grands  symboles  de  PE- 
,  vangile ,  voici  les  explications  simples ,  littérales  et  histo- 
\  riques  qu'il  en  donne  :  «  On  sait  qu'un  peu  de  terre  détrempée 
1  »  avec  de  la  salive  était  une  manière  d'onguent  ou  cataplasme 
|  »  que  les  anciens  appliquaient  sur  les  parties  malades  ;  c'é- 

(1)  Ibid.  pag.  156-159. 

(2)  Ibid.  pag.  66-68, 

T.   IK  46 


242  INSTITUTIONS 

»tait,  au  rapport  de  Plutarque,  un  de  leurs  cathartiques. 
»  Surtout,  ils  regardaient  la  salive,  comme  ayant  d'excel- 
»  lentes  qualités  et  une  vertu  spécifique ,  ainsi  que  nous 
»  l'apprend  Pline,  au  livre  28  de  son  Histoire  naturelle, 
»  chap.  <4.  Le  Fils  de  Dieu  se  servit  donc  apparemment,  dans 
»la  guérison  du  sourd-muet  et  de  l'avcugle-né,  de  salive, 
»  comme  d'une  espèce  de  médicament  qui  pouvait  être  usité 
>  alors  pour  les  maladies  des  yeux ,  des  oreilles  et  de  la 
ï  langue  (1).  » 

Dom  de  Vert  convient,  cependant,  que  Jésus-Christ  for- 
tifia ce  prétendu  remède  appliqué  à  un  sourd-muet  et  à  ud 
aveugle-né,  de  la  vertu  de  sa  toute-puissance  ;  mais  il  ne  lui 
vient  même  pas  en  pensée  que  ce  collyre  usité ,  il  est  vrai 
chez  les  anciens,  et  hors  de  toute  proportion  avec  les  efïet^ 
qu'on  en  attendait,  pouvait  bien  déjà  renfermer  un  symbole 
antérieurement  à  l'application  qu'en  fit  le  Sauveur.  Le  lec 
leur  doit  sentir  qu'il  nous  est  impossible  de  réfuter  ici  ce 
étranges  interprétations  ;  le  développement  de  la  doctrun 
des  Pères  sur  le  symbolisme  demanderait  trop  de  place ,  e 
d'ailleurs  nous  aurons  à  y  revenir.  Citons  encore  quelques 
unes  des  découvertes  de  l'école  rationaliste ,  dans  l'Eglise  d 
France ,  au  dix-huitième  siècle.  Il  faut  avouer  qu'aujoui 
d'hui  ,  nous   Catholiques   Français  ,   nous  valons  mieu 
sous  ce  rapport  que  nos  pères.  Si  nous  ignorons  béai 
coup ,  du  moins  nous  ne  blasphémons  pas  ce  que  nous  ign< 
rons. 

L'insufflation  et  l'imposition  des  mains,  ces  deux  rit 
évangéliques  qui  tiennent  à  ce  qu'il  y  a  de  plus  profoj 
dans  l'économie  du  Christianisme ,  ne  sont  pas  traités  av 
plus  de  respect  et  d'intelligence  par  Dom  de  Vert.  «  L'insi 


(1)  IbM,  pag,  46  et  47. 


LITURGIQUES.  245 

îflation,  dit-il,  n'est  qu'un  pur  geste  déterminé  par  le  terme 
i aspira,  ou  spiritus;  c'est-à-dire,  une  action  qui  n'a  d'autre 
»  effet  que  d'accompagner  certaines  paroles,  dont  la  lettref 
>est  l'expression  même  de  cette  action.  Tel  est  le  souffle  que 
»le  Fils  de  Dieu  répandit  sur  ses  Disciples,  en  leur  donnant 
»  le  Saint-Esprit  (1).  *  Quant  à  l'imposition  des  mains,  voici 
comment  l'explique  notre  auteur  :  «  Toute  prière  qui  se  fait 
»sur  quelque  créature  présente ,  demande  naturellement 
»  d'être  accompagnée  de  l'imposition  des  mains,  comme  pour 
»  désigner  et  marquer  en  même  temps,  parce  geste  et  cet 
•  attouchement,  de  quelle  personne  on  parle,  et  que  c'est  de 
■»  celle-là  même  qu'on  touche  :  que  c'est  elle  qu'on  a  dessein 
*de  bénir,  et  pour  qui,  en  effet,  on  prie  ,  et  non  pour  une 
»  autre;  en  un  mot,  pour  déterminer  et  fixer  palpablement 
>  et  sensiblement ,  et,  si  j'ose  hasarder  ce  mot ,  individualiser 
»le  sujet  (2).  » 

Nous  ne  finirions  pas  ,  si  nous  voulions  approfondir 
les  étranges  interprétations  par  lesquelles  le  Trésorier  de 
Cluny  semble  avoir  pris  à  tâche  de  déshonorer  les  céré- 
monies de  la  religion.  Nous  répugnons  à  raconter  en  détail 
comment  il  ose  avancer  que  Jacob,  consacrant  avec  l'huile 
la  pierre  qui  devait  servir  de  monument  de  la  vision  céleste 
dont  il  avait  été  favorisé ,  n'avait  point  d'autre  intention , 
en  accomplissant  ce  rite ,  que  de  reconnaître  le  lieu  de  la 
vision  quand  il  repasserait  par  là  (3)  ;  que  s'il  est  permis 
de  manger  de  la  viande  le  jour  de  Noël,  quelque  jour 
que  tombe  cette  fête ,  c'est  par  allusion  à  l'Incarnation  du 
Verbe  qui  s'est  fait  chair  (4);  que  si  Ton  se  prosterne, 


(1)  Ibid.  pag.  125-126. 

(2)  Ibid.  page  130. 

(3)  Ibid.  page  64. 
(*)  Ibid.  page  11. 


244  INSTITUTIONS 

durant  la  lecture  de  la  Passion,  à  l'endroit  où  il  est  dit 
que  le  Sauveur  expira,  c'est  qu'on  se  laisse  aller  à  terre, 
et  on  incline  et  baisse  la  tête ,  à  la  manière  de  ceux  qui  expirent 
et  qui  tombent  morts  (1);  que  si  on  se  met  à  genoux,  au 
mot ,  ou  plutôt,  après  le  mot  descendit  du  Credo,  il  est  aisé 
de  s'apercevoir  que  cette  cérémonie  n'est  que  V effet  de  l'im- 
pression du  son  et  de  la  lettre  du  mot  descendît  ;  car  c'est 
en  quelque  sorte  descendre  que  de  s'agenouiller  (2);  que  si 
le  Prêtre,  se  revêtant  des  habits  sacrés  pour  célébrer  le  saint 
Sacrifice,  croise  l'étole  sur  sa  poitrine,  c'est  afin  que  les  deux 
bandes ,  venant  à  se  rencontrer  vers  le  haut  de  la  poitrine, 
pustent  coucrir  l'aube,  à  l'endroit  où  l'ouverture  de  la  cha- 
suble laisse  un  vide ,  et  qu'ainsi  tout  fût  de  même  parure  (3)  ; 
que  si  on  place  le  Pape  sur  l'autel ,  dans  la  cérémonie  de  son 
Exaltation,  c'est  afin  que  ses  pieds ,  étant  ainsi  à  une  hauteur 
raisonnable ,  se  trouvent  par  conséquent  plus  à  portée  d'être 
commodément  baisés  par  ceux  qui  vont  à  l'adoration  (A)  ;  que 
si,  à  la  fin  de  chaque  Nocturne,  le  chœur,  qui  était  assis  pen- 
dant les  Leçons ,  se  lève  au  Gloria  Patri  du  dernier  Répons, 
ce  n'est  point,  comme  dit  saint  Benoît  dans  sa  Règle,  ob  re- 
verentiam  sanctissimœ  Trinitatis  ;  mais  on  se  lève  ainsi  pour 
s'en  aller  et  sortir  du  chœur,  parce  qu'on  en  sortait  autrefois 
à  la  fin  de  chaque  Nocturne  (5) ,  etc. ,  etc. ,  etc. 

Qu'on  s'imagine  l'effet  que  dut  produire  l'apparition  d'ur 
pareil  ouvrage  dans  les  premières  années  du  siècle  rationaliste 
Il  en  fut  tiré  plusieurs  éditions,  et  bien  qu'il  ne  fût  lui-même 
que  le  résultat  des  doctrines  de  l'école  française  du  dix-sep 

(1)  Ibid.  page  22. 

(2)  Tome  I.  page  155. 
(5)  Tome  II.  page  503. 

(4)  Ibid.  page  187. 

(5)  Tome  XXV. 


LITURGIQUES.  245 

tième  siècle,  il  influa  comme  cause  sur  l'époque  qui  le 
vit  paraître  au  jour.  Désormais ,  on  ne  pouvait  plus  faire 
attention  au  symbolisme  de  la  Liturgie,  sans  courir  de  risque 
de  passer  pour  vide  de  science  ou  pour  un  homme  attaché 
aux  imaginations  mystiques  des  bas  siècles.  Les  livres  litur- 
giques ,  refaits  de  toutes  parts  d'après  un  type  conçu  par  ces 
hommes  sans  tradition,  ni  symbolisme,  n'avaient  plus  en 
effet  de  mystères  à  garder  ;  les  cérémonies ,  devenues  de 
simples  usages  tout  humains ,  n'avaient  bientôt  plus  d'autre 
importance  dans  l'Eglise  qu'elles  n'en  ont  dans  les  Cours  et 
les  assemblées  séculières  ;  l'Eglise  Catholique ,  se  vidant  peu 
à  peu  de  ses  mystères,  tendait  à  ne  plus  devenir  qu'un 
Temple  où,  comme  nous  allons  voir  tout  à  l'heure ,  on  n'en- 
tendrait plus  une  langue  sacrée.  En  voilà  plus  qu'il  n'en  faut 
pour  expliquer  comment  il  advint  que  la  France,  pays  où  la 
science  liturgique  avait  été  cultivée  encore  avec  tant  d'éclat 
dans  la  seconde  moitié  du  dix -septième  siècle,  vit  cette 
science  pâlir  et  s'éteindre  dans  le  siècle  suivant.  Si  quelques 
écrivains  doivent  encore  se  montrer  à  nous  comme  les  dignes 
anneaux  de  la  grande  chaîne  que  nous  avons  déroulée  jus- 
qu'ici avec  tant  de  complaisance ,  nous  aurons  le  bonheur 
de  pouvoir  signaler  en  eux  le  zèle  de  la  Maison  de  Dieu ,  et 
une  généreuse  opposition  aux  scandales  de  leur  temps.  Parmi 
eux, -nous  désignerons  tout  d'abord  comme  adversaires  de 
D.  Claude  de  Vert  et  du  naturalisme  dont  il  fut  l'apôtre, 
l'illustre  Prélat  Joseph  Languet ,  et  le  P.  Pierre  Le  Brun , 
de  l'Oratoire ,  dans  son  excellente  Explication  de  la  Messe. 

Languet  n'était  point  encore  monté  sur  le  siège  de  Sens, 
du  haut  duquel  nous  l'avons  vu  foudroyer,  avec  tant  de  zèle 
et  de  doctrine,  les  innovations  du  Missel  de  Troyes,  lorsqu'il 
dénonça  aux  Catholiques  les  honteuses  et  sacrilèges  ten- 
dances du  système  Dom  de  Vert.  Ce  fut  en  1715 ,  aueraom,ent 


$46  INSTITUTIONS 

même  où  il  allait  être  appelé  par  Louis  XIV  au  siège  de  Sois- 
sons  ,  qu'il  déposa  ses  réclamations  en  faveur  des  traditions 
liturgiques,  dans  un  ouvrage  assez  court,  mais  substantiel, 
intitulé  :  Du  véritable  esprit  de  l'Eglise  dans  l'usage  de  ses 
cérémonies,  ou  Réfutation  du  Traité  de  Dom  Claude  de  Vert, 
Ce  livre  est  écrit  avec  chaleur,  comme  il  convenait  au  sujet 
et  aux  périls  que  courait  la  doctrine.  C'était  bien  là  le  cas  de 
répéter  ce  que  Bossuet  avait  dit  avec  raison  dans  une  autre 
circonstance ,  qu'il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  de  la  Reli- 
gion toute  entière.  C'était  €  une  de  ces  occasions,  dit  Languet, 
»  dans  sa  préface,  où  le  Lévite  doit  s'armer,  sans  égard,  pour 

>  défendre  le  Sanctuaire  du  Seigneur  qu'on  a  entrepris  de 
»  dépouiller  de  sa  beauté ,  en  défigurant  ses  mystères  !  On  m 
»  pouvait  se  borner  à  une  réfutation  froide  et  à  des  preuve* 
> languissantes,  en  écrivant  contre  un  homme  qui  imposa 
»  par  son  air  décisif,  par  les  applaudissements  qu'il  donne  ; 
>ses  frivoles  conjectures,  et  par  le  ridicule  qu'il  semble  vou 

>  loir  répandre  sur  ce  que  nos  cérémonies  ont  dé  plus  res 
>pectable.  Le  monde,  d'ailleurs,  est  plein  d'esprits  forts  qu: 
ï  ennemis  du  mystère,  autant  que  du  prodige ,  et  de  tout  c 
»  qui  peut  en  quelque  manière  captiver  la  raison ,  reçoive! 

>  avec  avidité  les  maximes  qui  paraissent  favoriser  leur  incro 
>dultlé.  Le  mépris  des  allusions  pieuses  des  Rubricaires  n 
>jouït  ces  incrédules.  Ils  s'en  autorisent  dans  les  raillerii 
»  qu'ils  en  font ,  et  c'est  avec  joie  qu'ils  croient  trouver  ( 

>  quoi  se  justifier  à  eux-mêmes  le  peu  de  cas  qu'ils  ont  coi 
>tumede  faire  de  tout  ce  qu'on  appelle  mystique,  ousyr 
»  bole,  qui  ne  sert  qu'à  nourrir  la  piété.  Il  faut  les  détrompe 
»  ou  les  confondre.  Il  faut  arracher  les  armes  à  celui  qui  le 
*  en  a  fourni,  et  faire  sentir  tout  le  ridicule  de  ses  principe 
»  Comment  le  peut-on  faire  sans  employer  cette  vivacité 
»  style,  qu'une  juste  indignation  inspire,  et  qui  ne  sert  qi) 


LITURGIQUES.  247 

> donner  plus  de  jour  et  de  grâce  à  la  vérité?  Si  l'auteur 
i qu'on  attaque  est  mort,  son  livre  ne  meurt  point.  Il  vit 

>  entre  les  mains  du  public.  Les  hommes  avides  de  la  nou- 
veauté en  ont  déjà  épuisé  deux  éditions.  Non  seulement  les 
t  incrédules  s'en  autorisent  ;  mais  les  hérétiques  même  croient 
»y  trouver  de  quoi  s'armer  contre  nous,  et  de  quoi  insulter 
i  à  nos  théologiens  et  à  nos  mystiques.  Ce  n'est  pas  avec  une 
ï  réfutation  languissante  qu'on  vient  à  bout  de  détruire  les 
»  préventions ,  de  confondre  les  esprits  forts,  de  désarmer 
»les  hérétiques,  et  de  réveiller  le  zèle  de  ceux  qui  aiment  la 
»  religion.  » 

La  discussion  de  Languet  est  lumineuse  et  concluante  ; 
mais  l'espace  nous  manque  pour  analyser  son  travail.  Nous 
nous  bornerons  donc  à  relater  ici  quatre  points  principaux 
auxquels  il  ramène  toute  la  question ,  et  qu'il  se  propose , 
dans  sa  préface ,  comme  l'objet  de  toute  sa  démonstration, 
savoir  : 

«  Premièrement,  que  de  tout  temps  l'esprit  de  toutes  les 
»  religions  du  monde,  et  en  particulier  celui  de  l'Eglise  de 

>  Jésus-Christ ,  a  été  d'instituer  des  cérémonies  par  des  rai- 
»  sons  de  culte  et  de  symbole ,  et  que  c'est  par  cette  vue  que 

>  l'Eglise  a  institué  la  plupart  des  siennes.  » 

«  2°  Que  si,  dans  l'administration  des  Sacrements,  ou  dans 
j  la  solennité  des  Offices  de  l'Eglise ,  il  y  a  quelques  céré- 
monies qui  ne  doivent  leur  origine  qu'à  la  nécessité,  ou  à 
»  la  bienséance ,  il  y  en  a  du  moins  autant1,  et  même  encore 
>plus,  qui  n'ont  d'autres  raisons  d'institution,  que  cet  esprit 
»  allégorique  et  symbolique ,  que  M.  de  Vert  ne  peut  souf- 
»  frir.  » 

t-5°  Que  lorsque  l'Eglise  a  retenu  des  cérémonies  qui 
»  doivent  leur  première  origine  à  la  nécessité ,  elle  ne  l'a  pas 
»  fait  par  hasard,  ou  par  pure  habitude,  mais  parce  qu'elle  a 


248  INSTITUTIONS 

>  vu  que  les  fidèles  pourraient  tirer  du  fruit ,  des  sens  figurés 

>  et  instructifs  qu'elle  y  avait  attachés.  » 

<  4°  Que  plusieurs  de  ces  sens  allégoriques,  ou  symbo- 
liques, ne  doivent  point  être  regardés  comme  des  idées 
»  pieuses  de  quelques  mystiques  ;  mais  qu'ils  sont  adoptés 
»  par  l'Eglise  entière ,  par  la  tradition  la  plus  ancienne  ,  et 
«confirmés  par  le  langage  de  tous  les  auteurs  ecclésias- 
tiques. » 

Telle  est  la  synthèse  de  Languet  sur  le  symbolisme  ;  on 
peut  l'étendre  sans  doute  à  de  plus  vastes  proportions  ;  mais 
telle  qu'elle  est ,  il  eût  été  grandement  à  désirer  que  les  Fran- 
çais, au  dix-huitième  siècle,  s'y  fussent  tenus.  Ce  n'est  pas 
une  médiocre  gloive  à  Languet  d'avoir  élevé  la  voix  dans 
cette  circonstance,  en  faveur  des  antiques  traditions  de 
notre  culte,  qu'il  devait  bientôt  défendre  sur  un  autre  ter- 
rain. Ce  grand  Prélat  vit  d'un  coup  d'œil  tous  les  plans  de  la 
secte  Janséniste,  et  ne  se  lassa  jamais  de  dénoncer  au  peuple 
fidèle  les  manœuvres  diverses  qu'elle  essaya  :  que  sa  mé- 
moire demeure  donc  -ix  jamais  en  vénération  à  tous  les  vrais 
Catholiques  ! 

Pendant  que  les  Jansénistes  de  France  tendaient  des  pièges 
honteux  à  la  simplicité  des  fidèles  et  inoculaient  sourdement 
le  génie  du  Calvinisme  par  des  changements  dans  l'antique 
Liturgie,  par  le  mépris  déversé  sur  l'élément  mystique  des 
cérémonies,  par  la  récitation  du  Canon  à  haute  voix;  en 
Hollande ,  ils  tiraient  plus  hardiment  les  conséquences  de 
leurs  principes.  On  doit  savoir  que,  trahissant  les  intérêts 
de  la  foi  et  du  Saint  Siège,  de  Néercassel,  Evêque  de  Cas- 
torie  et  Vicaire  Apostolique  dans  les  Provinces-Unies,  avait 
semé  des  doctrines  hétérodoxes  au  milieu  du  troupeau  qui 
lui  était  confié,  et  jeté  ainsi  les  premiers  fondements  de  cette 
société  Janséniste  qui  est  devenue  depuis  la  Petite  Eglise 


LITURGIQUES.  249 

d'Utrecht.  Etant  mort  en  1686,  Codde,  Oratorien  comme  lui, 
fut  choisi  pour  lui  succéder,  sous  le  titre  d'Archevêque  de 
Sébaste ,  et  parut  tout  aussitôt  vouloir  continuer  le  système 
de  son  prédécesseur.  Il  suffira  de  dire  que  ce  Prélat  fut  dé^ 
posé  par  Clément  XI ,  qui  défendit  aux  Catholiques  de  Hol- 
lande de  prier  pour  lui  après  sa  mort,  arrivée  en  1710.  Entre 
autres  innovations  qui  eurent  lieu  sous  son  gouvernement , 
Tune  des  principales  fut  l'emploi  de  la  langue  vulgaire  dans 
l'administration  des  Sacrements.  Plusieurs  Prêtres  Hollandais 
se  permirent  cet  énorme  attentat,  et  toute  la  Mission  des 
Provinces-Unies  retentit  du  scandale  qu'il  causa  (1).  Mais  ce 
grand  fait,  qui  est  le  couronnement  des  efforts  de  la  secte, 
comprimé  d'abord,  prit  bientôt  de  l'importance,  et  nous  al- 
lons en  marquer  la  suite  dans  cette  histoire.  De  ce  moment  où 
nous  l'enregistrons  accompli,  que  le  lecteur  veuille  bien  le 
considérer  comme  le  centre  de  toute  l'innovation  liturgique , 
centre  désiré ,  cherché ,  rarement  atteint  ;  il  aura  la  clef  de 
notre  histoire. 

Pendant  que  les  Jansénistes  de  Hollande  levaient  ainsi  le 
masque,  en  abdiquant  la  langue  sacrée ,  la  langue  de  Rome, 
moins  libres  qu'eux,  mais  non  moins  zélés  pour  l'avancement 
dij  Calvinisme ,  des  Prêtres  Français ,  aux  portes  de  Paris , 
prostituaient  la  Liturgie  aux  plus  énormes  innovations ,  sous 
les  yeux  du  Cardinal  de  Noailles,  qui  se  gardait  bien  de  fer- 
mer la  bouche  à  ces  Prophètes  d'un  nouveau  genre. 

Le  Docteur  Nicolas  Petitpied,  celui  même  qui  devait  plus 
tard  prêter  le  secours  de  son  savoir  liturgique  à  Bossuet , 
Evêque  de  Troyes ,  étant  de  retour  de  Hollande,  où  son  opi- 
niâtreté dans  l'affaire  du  Cas  de  conscience  l'avait  fait  exiler, 


(1)  D'Avrigny.  Mémoires  chronologiques  et  dogmatiques  pour  servir 
al'Hist.  Ecoles. ,  depuis  1600  jusqu'en  1716.  Tora.  IV.  page  2U. 


2S0  INSTITUTIONS 

vint  établir  son  domicile  dans  le  village  d'Asnières,  aux  portes 
de  Paris.  Jacques  Jubé,  duré  de  cette  paroisse,  zélé  Jansé- 
niste, l'accueillit  avec  joie,  et  ils  concertèrent  ensemble  le 
plan  d'une  nouvelle  Liturgie  qui ,  tout  en  conservant  les 
avantages  des  Livres  de  l'édition  de  Harlay,  quant  à  l'isole- 
ment à  l'égard  de  Rome,  offrît  un  modèle  vivant  de  la  trans- 
formation qu'on  projetait.  Le  Missel  de  Troyes  que  Petitpied 
rédigea  depuis,  n'était,  comme  on  va  le  voir,  qu'une  initia- 
tion, pour  ce  Diocèse,  aux  mystères  de  la  Liturgie  plus 
complète  que  l'Eglise  d'Àsnières  avait  vue  célébrer. 

Un  seul  autel  s'élevait  dans  cette  Eglise,  décoré  du  nom 
d'Autel  Dominical,  parce  qu'on  n'y  devait  célébrer  que  les 
Dimanches  et  Fêtes.  Hors  le  temps  de  la  Messe ,  cet  autel 
était  tout  aussitôt  dépouillé,  comme  ils  le  sont  tous,  dans 
l'Eglise  Latine,  le  Jeudi-Saint,  après  l'Office  du  matin.  Au 
moment  d'y  célébrer  les  saints  Mystères,  on  le  couvrait  d'une 
nappe,  et  alors  même  il  n'y  avait  ni  cierges ,  ni  croix.  Seule- 
ment, en  marchant  à  l'autel,  le  Prêtre  était  précédé  d'une 
grande  croix ,  la  même  qu'on  portait  aux  processions  et  la 
seule  qui  fût  dans  l'Eglise.  Arrivé  au  pied  de  l'autel,  il  disait 
les  prières  d'ouverture  auxquelles  le  peuple  répondait  à  voix 
haute.  Puis,  il  allait  s'asseoir  dans  un  fauteuil,  du  côté  dt 
l'Epître,  et  là  il  entonnait  le  Gloria  in  excelsis  et  le  Credo 
sans  les  réciter  ni  l'un  ni  l'autre,  pas  plus  que  l'Epître ,  n 
l'Evangile.  Il  disait  seulement  la  Collecte;  mais,  en  général 
il  ne  proférait  aucune  des  formules  que  chantait  le  chœur 
Le  pain,  le  vin  et  l'eau  étaient  offerts  au  célébrant,  en  ce 
rémonie  ;  en  quoi  il  n'y  avait  rien  de  répréhensible ,  ce 
usage  s'étant  conservé  jusqu'à  cette  époque,  dans  plusieur 
Eglises  de  France;  mais,  à  cette  offrande  de  la  matière  di 
sacrifice,  on  joignait  celle  des  fruits  de  la  saison,  qu'on  pla 
çait  sur  l'autel ,  malgré  l'inconvenance  de  cette  pratique. 


LITURGIQUES.  231 

Après  l'offrande,  on  apportait  de  la  Sacristie  le  calice 
sans  voile.  Le  Diacre  le  tenait  élevé  conjointement  avec  le 
Prêtre,  et  disait  avec  lui  les  paroles  de  l'offrande,  suivant 
l'usage  de  Rome  et  de  Êaris  ;  mais  ils  prononçaient  l'un 
et  l'autre  la  formule  à  haute  voix,  pour  marquer  qu'ils 
offraient  au  nom  du  peuple.  Le  Canon  tout  entier  était  pa- 
reillement récité  à  haute  voix ,  comme  on  doit  bien  s'y  at- 
tendre; le  célébrant  laissait  au  chœur  le  soin  de  dire  le 
Sanctus  et  YAgnus  Dei.  Les  bénédictions  qui  accompagnent 
ces  paroles  :  Per  quem  hœc  omnia ,  Domine ,  semper  bona 
créas,  sanctificas,  etc.,  se  faisaient  sur  les  fruits  et  légumes 
placés  sur  l'autel,  et  non  plus  sur  les  dons  sacrés.  La  com- 
munion du  peuple  n'était  précédée  d'aucune  des  prières  or- 
données par  la  discipline  actuelle.  Le  Sous-Diacre,  bien  que 
revêtu  de  la  tunique,  communiait  avec  les  laïques.  Toutefois, 
l'Eglise  d'Asnières  n'avait  pas  jugé  à  propos  d'inaugurer  en- 
core la  langue  vulgaire  dans  la  Liturgie.  Seulement,  avant 
les  Vêpres ,  une  espèce  de  diaconesse  lisait  publiquement 
l'Evangile  du  jour  en  français  (1). 

Telle  était  la  singulière  parade  que  jouèrent  les  Jansé- 
nistes, au  milieu  de  la  France,  grâce  à  la  tolérance  d'un 
Archevêque  prévaricateur.  Ainsi  trahissaient-ils ,  aux  yeux 
les  plus  pacifiques,  le  but  de  ces  innovations  liturgiques  qui 
avaient  commencé  d'après  leurs  suggestions,  et  qui  n'étaient 
pourtant  pas  encore  arrivées  à  leur  dernier  développement. 

Quant  au  Curé  d'Asnières,  il  quitta  sa  paroisse  en  1717, 
pour  s'en  aller  en  Russie  remplir  la  mission  qu'il  avait  reçue 
des  Docteurs  Appelants ,  pour  la  réunion  de  l'Eglise  Mos- 
covite; car  ces  intrépides  réformateurs  avaient  de  grands 
projets.  Dans  le  même  temps,  leur  confrère  Ellies  Dupin 

(1)  Lafitau.  Histoire  de  la  Constitution  Unigemtus.  page  423. 


252  INSTITUTIONS 

était  en  pourparlers  avec  plusieurs  Docteurs  anglicans,  pour 
opérer  le  retour  de  l'Angleterre  à  la  communion  ,  non  de 
l'Eglise  Romaine,  mais  de  la  Sorbonne  représentée  par  les 
nombreux  adeptes  du  Jansénisme  qu'elle  comptait  dans  son 
sein.  Dans  les  mémoires  présentés  par  ces  hommes  sans  mis- 
sion, comme  sans  probité,  on  se  faisait  un  grand  mérite 
d'avoir  aplani  les  difficultés  principales ,  au  moyen  des 
maximes  françaises  en  général ,  et  des  modifications  litur- 
giquesen  particulier.  Ces  tentatives  pour  rétablir  l'unité,  opé- 
rées par  des  hommes  qui  étaient  eux-mêmes  hors  de  l'unité, 
ne  pouvaient  avoir  et  n'eurent,  en  effet,  aucun  succès.  Pour 
la  Russie  en  particulier,  Pierre-le-Grand,  qui  n'avait  jamais 
attaehé  grande  importance  au  projet  des  Docteurs,  ne  jugea 
pas  à  propos  de  le  traiter  long-temps  comme  une  idée  sé- 
rieuse. Jubé  fut  donc  bientôt  obligé  de  s'en  revenir,  sans  avoir 
rien  fait;  il  ne  rentra  pas  néanmoins  à  Asnières.  Le  Cardinal 
de  Noaiiles  n'existait  plus,  et  son  successeur  n'eût  pas  souf- 
fert la  reprise  des  scandales  dont  cette  Eglise,avait  été  trop 
long-temps  le  théâtre. 

Mais,  arrêtons-nous  ici  pour  résumer  les  principes  que 
la  secte  Anti-liturgiste  a  appliqués  dans  les  diverses  entre- 
prises  racontées  dans  ce  chapitre. 

1°  liai  ne  de  la  tradition,  manifestée  dans  la  suppression 
du  plus  grand  nombre  des  Messes  de  saint  Grégoire,  au 
Missel  de  Meaux  ;  dans  le  mépris  affecté  pour  la  doctrine 
des  Pères  sur  les  sens  mystiques  des  cérémonies ,  par  Dom 
Claude  de  Vert. 

2°  Substitution  de  passages  de  l'Ecriture ,  choisis  dans  la 
lumière  individuelle  et  dans  un  but  hérétique,  aux  formules 
de  style  ecclésiastique  ;  le  Missel  de  Meaux  présente  d'innom- 
brables applications  de  ce  système. 

3°  Fabriquer  et  introduire  des  formules  nouvelles ,  pleines 


LITURGIQUES.  255 

de  venin  ;  c'est  un  des  reproches  adressés  par  Languet  au 
même  Missel. 

4°  Tomber  en  contradiction  avec  ses  propres  principes  ;  en 
effet ,  le  Missel  de  Meaux ,  comme  les  Missel  et  Bréviaires  de 
François  de  Harlay  et  de  Cluny,  ne  parle  que  de  rétablir  la 
vénérable  antiquité,  et  regorge  de  nouveautés. 

5°  Retrancher  dans  le  culte  toutes  les  cérémonies,  toutes  les 
formules  qui  expriment  des  mystères,  Dom  de  Vert  consent , 
il  est  vrai,  qu'on  nous  laisse  nos  cérémonies;  mais  c'est  après 
les  avoir  vidées  complètement  de  l'élément  mystique  dont 
elles  n'étaient  que  la  forme.  D'autre  part,  l'Eglise  de  Meaux, 
réformée  à  l'instar  de  la  paroisse  d' Asnières ,  n'a  bientôt  plus 
qu'une  table  pour  autel. 

6°  Extinction  totale  de  cet  esprit  de  prière  qu'on  appelle 
onction  dans  le  catholicisme  ;  lisez  plutôt  l'ouvrage  de  Dom 
Claude  de  Vert ,  et  voyez  ce  qu'il  vous  restera  d'esprit  de  foi 
et  de  prière  dans  le  cœur,  quand  vous  assisterez  aux  céré- 
monies de  la  Messe  ou  des  Sacrements ,  interprétées  à  l'aide 
de  son  commentaire.  Quant  à  V onction  des  prières  du  Missel 
de  Troyes  (nous pourrions  ajouter  des  autres  Missels  et  Bré- 
viaires qui  doivent  leur  origine  aux  mêmes  hommes  et  aux 
mêmes  causes),  on  ne  l'a  point  encore  vantée,  que  nous 
sachions. 

7°  Diminuer  les  marques  de  la  dévotion  à  la  Sainte  Vierge. 
Nous  avons  vu  que  telle  est  l'intention  expresse  du  Missel  de 
Troyes ,  qui  sanctionne  les  réductions  faites  au  culte  de  la 
Mère  de  Dieu  dans  les  Livres  liturgiques  de  François  de  Har- 
lay et  de  Cluny. 

8°  Revendiquer  l'usage  de  la  langue  vulgaire  dans  le  ser- 
vice divin.  Quesnel  le  réclame  expressément.  Les  Missels  de 
Meaux  et  de  Troyes  y  préludent  par  leurs  Rubriques  sur  la 
récitation  du  Canon  à  voix  intelligible,  En  Hollande,  terre  de 


254  INSTITUTIONS 

liberté  pour  nos  néocalvinistes,  ils  développent  toute  leur 
pensée  sur  cet  article.  L'Eglise  d'Asnières  présente  aussi  son 
essai. 

9°  Atteintes  portées  à  l'autorité  du  Siège  Apostolique.  Au 
Missel  de  Troyes,  suppression  des  Oraisons  pour  le  Pape; 
mutilation  de  la  Messe  de  saint  Pierre. 

10°  Autorité  du  Prince  temporel  dans  les  choses  de  la  Li~ 
turgie ,  reconnue  par  le  Clergé.  Languet,  étant  impuissant  à 
réduire  son  suffragant  à  une  doctrine  liturgique  plus  saine , 
le  Roi  intervient  et  contraint  l'Evêque  de  Troyes  à  rétrac- 
ter une  partie  des  témérités  de  son  Missel ,  les  autres  étant 
jugées,  par  le  Roi,  ne  pas  devoir  offrir  matière  à  désaveu. 

Tels  sont  les  principaux  traits  que  nous  avons  à  résumer 
des  faits  liturgiques  qui  font  la  matière  du  présent  chapitre. 
Sur  les  douze  caractères  assignés  à  l'hérésie  Anti-liturgiste , 
dix  s'y  rencontrent  expressément  :  il  nous  eût  été  facile  de 
justifier  des  deux  autres,  en  étendant  notre  récit. 

On  ne  doit  pas  s'étonner  de  ce  résultat ,  quand  on  se  rap- 
pelle que  la  réforme  liturgique  coïncide  précisément  avec 
l'accroissement  le  plus  menaçant  du  Jansénisme,  qui,  résumé 
dans  le  livre  des  Réflexions  Morales,  ne  garde  plus  de  me- 
sures et  pénètre  avec  autorité  là  même  où,  au  dix-septième 
siècle ,  il  s'infiltrait  sourdement  ; 

Que  celte  hérésie ,  la  plus  souple ,  comme  la  plus  ignoble 
de  toutes,  a  eu  la  propriété  de  se  plier  à  toutes  les  exigences 
des  lieux,  sachant  à  la  fois  lever  le  masque  à  Utrecht,  et  se 
rendre  présente  à  Meaux  et  ailleurs,  sous  les  paroles  d'une 
Antienne,  d'une  Collecte  ou  d'un  Répons; 

Que  les  auteurs  de  la  réforme  liturgique  continuèrent 
d'être  pris  dans  les  rangs  des  hérétiques  disciples  de  l'E- 
vêque  d'Ypres  et  de  leurs  fauteurs,  en  sorte  que  la  liste  sui 
laquelle  nous  avons  inscrit  déjà  Sainte-Beuve,  Le  Tourneux 


LITURGIQUES.  235 

D.  de  Vert,  Santeui,  etc. ,  s'accroît  à  la  fin  de  ce  chapitre 
de  ceux  de  Ledieu,  Ellies  Dupin,  Baudouin,  Bossuet,  Evêque 
de  Troyes ,  Petitpied  et  Jubé. 

Pour  délasser  les  lecteurs  de  la  fatigue  que  ne  peut  man- 
quer de  leur  causer  ce  dégoûtant  spectacle,  et  aussi  pour 
faire  voir  le  triomphe  de  la  lumière  sur  les  ténèbres,  de  la 
vérité  sur  Terreur,  nous  ne  connaissons  rien  de  plus  efficace 
que  la  doctrine  liturgique  de  PArchevêque  Languet  :  doctrine 
pure  et  orthodoxe  dont  nous  nous  déclarons  les  disciples  et 
les  très  humbles  champions,  remerciant  Dieu  qui,  non  seu- 
lement voulut  que  cette  grande  lumière  brillât  dans  l'Eglise 
de  France,  à  cette  ère  de  confusion ,  mais  a  daigné  permettre 
que  de  si  beaux  enseignements  soient  parvenus  jusqu'à  nous, 
pour  nous  confirmer  dans  la  lutte  que  nous  avons  entrepris  de 
soutenir  contre  les  nouveautés  qui  ont  altéré,  en  France,  la 
pureté  du  culte  divin. 


256    •  INSTITUTIONS 


NOTES  DU  CHAPITRE  XVIII. 

NOTE  A. 

Procul  esto  omnis  odii  suspicio ,  si  ea  ipsa  quae  in  triviis  et  compitis 
decantantur,  candide  coram  Deo,  solo  sanctissimo  Patri  in  extremo 
religionis  periculo  dixerim!  D.  Cardinalis  Noallius,  Archiepiscopus 
Parisiensis  ,  a  quibusdam  factionis  ducibus ,  pietatis  et  severioris  dis- 
ciplinée studio,  in  tanium  prœoccupatus  est,  ut  jam  a  decennio  nihil 
sit  quod  Jansenistarum  laqueis  eum  expédiât.  Nihil  audit,  nihil  videt, 
nihil  ratum  facit,  nisi  qnod  suggerunt  aut  D.  Boileau,  aut  D.  Dugué,  aut 
Pater  de  La  Tour,  Oratoriensium  praepositus  generalis ,  aut  D.  Lenoir, 
aut  Abbas  Renaudot ,  aut  nonnulli  alii,  quos  Jansenismo  imbutos  esse 
nemo  jam  nescit.  Quin  etiam  vulgo  constat  praecipuos  inter  quadra- 
ginta  doc  tores  ipsi  pakm  exprobrasse,  quod  ad  scribendam  responsio- 
nem  illos  compulisset.  Id  autem  facile  credideris ,  si  legas  mandatum 
pastorale ,  quo  Catalaunensis  Episcopus ,  conscio  fratre  Cardinali , 
apertissimis  verbis  docuit,  obsequioso  silentio  constitutionibus  satis 
tieri.  Insuper  eos  o.nnes  theologos,  qui  Jansenismo  infensi  sunt ,  acer- 
rime  aversatur  et  increpat  Cardinalis  Archiepiscopus. 

Mitius  quidem  et  cautius  sese  gerit  D.  Cardinalis  de  Coislin ,  ma- 
gnus  Francise  eleemosynarius,  vir  beneficus,  pacificus,  pius,  dignus 
denique  qui  a  cunctis  ametur  ;  sed,  déficiente  doctrina,  totam  diœce- 
sis  administrationem  solis  doctoribus  Jansenistis,  quos  admiratur, 
hactenus  permisit. 

D.  vero  Cardinalis  Le  Camus ,  etiamsi  in  familiari  ad  amicum  epis- 
tola  quoedam  scripserit,  quibus  ea ,  quam  facti  vocant,  quaestio  expres- 
sissime  dirimitur,  nihilo  tamen  minus  ex  multis  aliis  argumentis  plane 
constat  Jausenianam  doctrinam  et  factionem  semper  ipsi  arrisisse. 

Utramque  impensissime  colunt  Rhemensis  et  Rothomagensis  Ar- 
chiepiscopi.  Aller  quidem  SorbonaB  provisor,  alter  vero  collator  mul- 
torum  in  urbe  Parisiensi  pastoratuum;  uterque  tum  Ecclesiae  tura 
familial  fortunis  abundans,  vastae  diœcesi  atque  provinciœ  praeest. 

His  ducibus  adjunguntur  complures  episcopi ,  exempli  gratia ,  in 
Occitania  Rivensis,  et  Sancti  Pontii  Tomeriarum,  Monspessulanus 
D.  de  Torcy  frater  ,  et  Mirapicensis  ;  in  Lugdunensi,  Cabillonensis  ;  in 
Senonensi ,  Altissiodorensis  ;  in  Rhemensi ,  Catalaunensis  ;  in  Rotho- 
magensi ,  Sagiensis  ;  in  Turoneasi ,  Nannetensis  et  Redonensis;  in  nos- 


LITURGIQUES.  257 

tra  autem  provincia,  Tornacensis ,  qui  sponte  sua  loco  eessit ,  et  cui 
optimum  suffectum  esse  gaudeo.  Insuper  et  in  nostra ,  Atrebatensis 
pins  quidem  est ,  et  vere  addictus  Sedi  apostolicae ,  sed  consilio  et  arte 
doctorum,  quibus  se  suaque  omnia  commisit,  eximmoderato  rigidio- 
ris  disciplina?  studio ,  in  hanc  partem  sensim  abreptus  est.  Plerique 
alii  incerti  et  fluctuantes,  quoquolibet  Rex  se  inclinaverit ,  cseco  im- 
petu  ruunt.  Neque*  id  mirum  est ,  siquidem  Regem  solum  norunt , 
cujus  beneficib  dignitatem,  auctoritatem,  opesque  nacti  sunt.  Neque  , 
ut  res  se  nunc  hahent ,  quidquam  incommodi  metuendum,  aut  prœsidii 
sperandum  ex  apostolica  Sede  existiment.  Totam  disciplina?  summam 
pênes  Regem  esse  vident ,  neque  ipsa  dogmata  aut  adstrui ,  aut  repro- 
bari  posse  dictitant ,  nisi  aspiret  aulicae  potestatis  aura. 

Supersunt  tamen  pii  antistites,  qui  caeteros  plerosqne  in  recto 
tramite  confirmarent ,  nisi  multitudo  a  ducibus  maie  affectis  in  pejo- 
rem  partem  raperetur.  Fénelon.  Memoriale  Sanctissimo  D.  2V.  clam 
legendum.  §.  IXetX.  OEuvres  complètes.  Tome XII ,  page  603. 

KOTE  B. 

Quam  novi  Missalis  autor  venerandam  antiquitatem  imitari  curasse 
se  gloriatur,  hanc  oranino  contemnit  in  expositione  novarum  Missarum 
quas  antiquis  substituit.  Quod  quidem  probat  autorem  illum ,  anti- 
quitatis  imitationem  pro  prœtextu  in  suis  novitatibus  habuisse,  non 
pro  régula.  Etenim  Introïtus,  Gradualia,  Offertoria,  etc.,  quas  a  tôt 
seculis  in  Ecclesia  Romana  cantantur,  ita  immutata  sunt  in  novo  Mis- 
sali, ut  vix  paucissima  reperiantur  quae  ex  libris  liturgicis  S.  Gregorii 
extrada  smt ,  quaeque  a  tara  puro  fonte  in  Missale  Romanum  fluxe- 
rant,  et  a  fere  omnibus  Ecclesiis  particularibus  usurpata  fuere.  Non 
magis  Orationibus  ac  Collectis  pepercit  fabricator  novus,  quamlntroï- 
tibus,Graduaïibusque.  De  suo  genio  nimium  praasumens,  seque  Eccle- 
sia universa  doctiorem  prudentioremque  reputans,  ea  quae  tanta  anti- 
quitate  et  universitate  erant  consecrata  suppressit,  ut  inventus  suos 
suasque  ideas  substitueret ,  sub  hoc  solo  et  frivolo  praetextu  quod 
purum  Scripturse  textum  adhiberet.  Dico  confidenter  innovationes  Mis- 
salis non  alium  habere  fontem ,  quam  ideas  inventusque  proprios  au- 
toris.  Illeenim  ipse  est  qui  in  novae  iiturgiae  compositione  certos  Scrip- 
turae  textus  adhibens,  illos  singulis  Festis  Dominicisque  aptavit  pro 
suo  nutu  et  voluntate, imo  et  aliquando  contra  veros  et  nativos  sensus 
textuum  Scripturae  quos  adhibebat.  Porro  compositio  illa  ab  homine 
peculiari  excogitata ,  debuitne  iis  praeferri  et  subrogari  iis  quae  Eccle- 
sia universa  suo  usu  per  tôt  secuia  approbaverat  ?  Nequidem  ille  pe- 
parcit  Festis  solemnioribus  aut  diebus  aliis ,  verbi  gratia ,  Quadrage- 

T.  II.  17 


258  INSTITUTIONS 

simie,  in  quibus  Otticium  publicuin  magis  assidue  frequentatur  a  iide- 
libus.  Fere  totaliter  Missas  Pascha'is,  et  Nativitatls  Chri^ti,  autillas 
quaeinusuerant  temporibus  Adventu*  aut  Quadragesimoe  immntavil-. 

Hoc  autem  non  advertit  autor  ille,  quantum  (idem  orthodoxam 
contirmetsaerarum  nostrarum liturgiarum  antiquitas  uuiversalitasqHe. 
Siquidem  lburgia?  quae  a  primis  Ecclesia?  seculis ,  etiara  longe  ante 
sanctum  Gregorium,  quaeque  in  tota  Ecclesia  uuanimiter  leguntur, 
fîdvim  e.amdem  pret'oso  tradition^  cert-e  monumento  asiruunt  et  con- 
formant. Ha  ru  in  testimoaio  contra  quoslibet  novatores  iides  calholica 
invincibiliter  as'ruitur  et  armatur;  ii  les ,  inquara,  una  et  ubique  et 
semper.  Si  autem  quidam  Ecclesia  parlicularis  ha?c  sacra  monumenta 
supprimit,  arma  quibus  novatores  impugnabat,  deponit,  et  a  manibus 
suorum  Gdelium  removet, 

Oruet  ille  suas  novas  liturglas  Canticis  belle  et  eleganter  conscrip- 
li  ,  texlibos  Scripturac  sacra1  îngeoiosé  invertis  et  coucinne  Festis  et 
Solemuitatibus*aptatis,  qu»d  sunt  luec  etiam  ingeniosa  et  elegantia,  aut 
cujus  auioritatis,  si  comparentur  iis  qua?  a  quindecim  scculis  et  am- 
plius  forsan  in  orbe  universo  usurpata  et  decantata,  lideles  oinnes  de 
eadem  fide  edeéent?  Quilibet  ex  laïcis  qua  latc  palet  terra,  audiens  ea 
qua?  cantantur  la  Ecclesia  qua.n  fréquentât,  sine  labore  cognoscit 
ubique  et  semper  eosdeni  Festos  dies,  eadem  mysteria  celebrata  fuisse 
et  adhuc  celebrari,  orbemquc  universura  eamdem  fidem  et  veritates 
prcecipuas  quae  in  liturgiis  exprimuntur,  profiteri  unanimiier  et  pro- 
fessum  fuisse  similiter  tradilionc  constanli  et  antiquissima. 

Quod  autem  in  Eccle>ia  paniculari,  antiqnitate  et  universalitate 
spreta ,  de  novo  induceretur,  non  aliam  sortitur  autoritatem  quam  iilam 
quam  a  Prrtlato  suo  mutuatur,  errori  sane  obnoxio,  et  eo  ipso  obnoxic 
quo  soins  est,  quo  nova  introducit,  quo  autiquitatem  et  universalila 
temspcrnit.  Qnoi  autem  usu  antiquo  et  un*versali,consecratum  est 
ab  errore  per  promissa  Cliristi  servatur,  atque  in  ipsa  autoritate  Christ 
fundatur,  qui  Sponsa?  suas  semper  assistens ,  ejus  fidei  per  suam  veriul 
tcm  ,  ejus  administrationi  et  politica?  per  suam  prudent  i;m  invigilat 

Aliud  adverto  quod  grave  est.  Q.û  tôt  innovaûones  in  suam  liturgianl 
introduxit,  mutando  et  delendo  ea  qua?  ex  liturgia  Ecclesia?  Roman? 
imitando  mutuata  erant,  minime  intellexi  se  videtur  quis  fnerit  Pa 
trum  nostrorum  animus  in  illa  Liturgia?  Romana?  imitatione.  Propte 
prima?  Sedis  houorem,  et  ut  cum  illa  sanctam  unionem  conglutinarent 
illius  ritus  adoptandos  senserunt,  omisso  propria?  nationis  antiquo  riti 
Hinc  factum  est  ut  prisci  ritus  Ecclesia?  Gallicana?,  Mozarabicus  j 
Hispania,  Ambrosiauus  in  Italia  fereaboliti  fueriut,  et  oblivioni  tradit 
Sciebant  Pâtre-  nostri  unitatem  in  vera  tide,  ab  unione  cum  sanc 


LITURGIQUES.  259 

Sede,  et  cum  Christi  vicario  pendere  omnino  ;  atque  illas  Ecelesias  ab 
omni  erroris  et  schismatis  seductione  immunes  fore,  quse  cam  Romaua 
Ecclesia,  omnium  Ecclesiarum  matre  etmagistra  centroque  communi, 
convenirent.  Hsee  unio  ejusdem  liturgise  usu  coagmentatur  servatur- 
que,  atque  tôt  naiiomim  diversarum  loco  dissitarum,  ssepe  bello  ad- 
versarum ,  unio  sancta  manifestatur  per  unilatem  preeum,  Festoruoa , 
cultusque  publici.  3Iandatum  J.  J.  Languet,  Jrchiep.  Senonen.  de  novo 
Missali  Trecensi.  Opp.  Tom.  II.  pag.  1251-1253. 

NOTE  C. 

Tune  unitas  cum  Ecclesia  Romana  erat  m  pretio ,  atque  ad  illam 
omnimode  corroborandam  omnes  concurrehant  libenter;  quia  illius 
unionis  utilitatem  necessitatemque  cognoscebant.  Hujus  Ecclesiœ  nia- 
tris  eminentiae  minime  invidebant ,  ei  subjici  et  obedire  eos  non  pude- 
bat;  imo  gloriabantur,  et  obedtentia  sua  unitatem  servari  et  corroborari 
sentiebant.  Etenim  necessarium  judicabaut  ut  ramus  truaco  cclisereret 
et  rivus  foati;  et  cum  Ecclesias  gloria  et  firmitas  in  unitate  sua  consis- 
tât, unUatem  hanc  sua  unione  et  subordinatione  légitima  coalescere 
et  confirmari  credebant.  Sic  censuerunt  Patres  nostri  per  quos  (ides  ad 
nos  derivavit.  Verum  aliter  nunc  sentire  videntur  qui  Ecclesiam  Ro- 
manam  nomine  Ecclesîœ  peregrinœ  donare  non  erubuerunt ,  atque 
aûlrmare  librorum  liturgicorum  illius  Ecclesiae  usum  nonnisi  per  to- 
lerantiam  introductum  in  Trecensi  diœcesi. 

Sic  sub  vélo  liturgie  concinnius  lucubratas,  contemptus  liturgiœ 

Romanse  obtegitur;  sic  unitas  iila  sancla  et  pretiosa  iafîrmatur;  sic 

vincula  quae  Ecclesiae  matri  aanectebant,  paulatim  dissolvuntur  ;  sic 

populi  ad  diviskmem  separationemque  a  longe  praeparaatur.  Ex  diver- 

sitate  enim  nascetur  forsan  contemptus,  atque  etiam  odium,  quod 

schismate  aliquando  consummari  proclive  est.  Quis  non  pertimescat , 

cum  schisrna  Grœcorum  conspicit,  atque  unum  ex  motivis  tam  fu- 

nestas  separationis  hoc  fuisse,  quod  Ecclesia  Romana  alléluia  non  can- 

taret  tempore  Quadragesimae  ;  quem  usum  quasi  grande  piaculum 

Romano  Pontifici  et  Episcopis  Occidentatibus  exprobrabant.  Ibidem, 

pag,  1254. 

NOTE  D. 

Nihil  quidquam,  inquit,  in  precibus  Missae  adhiberi  placuit,  nisî 
quod  ex  sacris  Scripturis  de  verbo  ad  verbum  exscriptum  esset. 

At  primo ,  id  nullatenus  lieri  potest  ;  alioquin  mutandae  essent  omnes 
Orationes ,  quemadmodum  ïntroïtus  ac  Gradualia  mutata  sunt.  Nam 
antiquae  illae  orationes  quae  fere  omnes  ex  S,  Gregorii  Saeramenlario 


260  INSTITUTIONS 

excerptaesunt,  ex  ipsis  Scripturae  textibus  non  componuntur.  Juxta 
idem  principiura,  mutari  quoque  deberent  Gloria  inexcelsis,  Credo, 
Confiteor,  multaeque  alise  preces  antiquitate  consecratae.  Non  est  ausus 
eo  usque  progredi  novi  Missalis  autor.  Sed  hoc  ipso  iutelligi  debuerat 
falbitas  aut  incommoiitas  commentitiae  illius  régulas  quae ,  cum  nullo 
solido  fundamento  inuitatur,  obnoxia  est  nuanifesto  incomraodo;  quod 
quidera  taie  est  ut  ab  ea  niultis  in  occasionibus  cogat  recedere. 

2°  Quis  hanc  regulam  praescribit  ?  Gonciliunine  aliquod ,  aut  alia 
venerandae  antiquitalis  monumenta  ?  Nonne  e  contra  manifcstum  est 
vetustissimam ,  maximeque  omnium  venerandam  Ecclesiae  precem, 
sacrum  scilicet  Missie  Canonem,  ex  ipsis  Scripturae  verbis  non  esse 
desumptam? 


3°  Cur  sub  obtentu  hujus  regul:e  omnes  antiqui  Introïtus,  Gradua 
lia,  etc. ,  mutata  sunt?  Nonne  ex  Scriptura  sacra  excerpta  est  magna 
pars  Introïtuum ,  Gradualium ,  ceterorumque  Missae  Canticorum  in 
Antiphonario  S.  Gregorii  conservatorum  ?  Tamen  mutata  sunt  sub 
specie  majoris  boni  ;  quod  bonum  eo  totum  recidit  ut  Missali  furtim  ac 
fraudulenter  insinuatae  novitates  insererentur. 

-4°  Nonne  traditio  est  alia  quaedam  verbi  divini  species,  fideique 

régula  ?  At  quo  monumento  nobis  tutius  et  cfficacius  exhibetur  sancta 

Traditio,  quamhis  precibus  in  remotissima  antiquitate  compositis,  uni 

versatissima  consuetudine  usurpatis,  constantissima  uniformitate  con 

servatis?  Nonne,  licet  ex  ipsis  Scripturae  verbis  desumptae  non  sin 

illae  preces,  eis  ut  Scripturae  sacrae ,  servata  tamen  convenienti  pro 

portione,  reverentia  debetur  a  fidelibus  ?  Plurima  sunt  fidei  nostn 

dogmata  quae  perspicue  non  cognoscimus,  nisi  ope  Traditionis.  Null 

porro  clariora  sunt  tutioraque  monumenta  quibus  ea  tueri  possimus 

quam  Missae  preces.  Reperitume  in  sacris  Scripturis  dogma  perfectî 

integritatis  beatae  Maiiae,  ut  reperitur  in  precibus  Ecclesiae,  ac  pra 

sertim  in  his  verbis  quae  leguntur  in  libris  litargicis  S.  Gregorii  :  Po. 

partum  Virgo  inviolata  permansisti  ?  Nonne  in  sacra  liturgia  reperitt 

probatio  Traditionis  Ecclesiae  circa  canonicitatem  sacrorum  Librorun 

aliaque  plurima  ? 

Ceterum,  et  haec  est  quinta  nostra  observatio,  saepe  saepius  priva 
ingenii  commenta  hac  specie  textuum  Scripturae  vestiuntur,  et  ai 
tiquis  illis  precibus  substituuntur.  Verba  quidem  e  Scriptura  sac: 
desumpta  sunt  ;  sed  arbitraria  eorum  accommodatio  quibusdam  Fesl 
aut  quorumdam  sanctorum  praeconiis,  fœtus  est  privati  ingenii... 
Quantumlibet  pulchrae  et  ingeniosae  videantur  istae  allusiones ,  m 
exhibent  naturalem  sensum  illor um  Scripturae  textuum ,  sed  meru 


LITURGIQUES.  261 

sensum  autoris  qui  eas  excogitavit.  Si  autor  ille  nuperus  est ,  si  sine 
nomine ,  si  nullam  nisi  in  una  diœcesi  autoritatem  habet  ;  quod  pon- 
dus ,  quam  vim  ingenii  sui  fœtibus  addere  poterit?  Nonne  multo  plus 
autoritatis  atque  utilîtatis  habebunt  simplices  et  inornatae  veteris  li- 
turgiae  preces,  licet  ex  Scripturis  sacris  excerptae  non  sint  ? 

Neque  tamen  nobis  est  animus  accommodationes  et  allusiones  illas 
condemnare.  Ipsorurn  enim  SS.  Pî\  exemplo  defenduntur.  Sed  con- 
tendimus  Ecclesiam  non  ditari ,  cum  antiqua  Cantica  supprimuntur,  ut 
in  eorum  locum  substituantur  allusiones  inventi  recentioris  ;  quin  po- 
tius  eam  scandalizari ,  cum  adhibentur  accommodationes  quibus  Scrip- 
tura  ad  sensus  alienos ,  et  interdura  suspectos,  atque  in  fide  periculosos 
detorquetur.  Ac  quis  est  qui  nesciat,  sic  mutilatis  falsoque  translatis 
sacrorum  Librorum  textibus ,  quemlibet  errorem  ipsis  Scripturae  ver- 
bis  insinuari  ac  doceri  posse  ?  Exempla  referre  supervacaneum  est, 
Unicuique  enim  in  mentem  facile  venient.  Ibidem,  pag.  1331-1335. 

NOTE  E. 

Etenim  quo  tôt  novitates  possunt  ducere  ?  Quis  erit  illarum  fructus 
seu  terminus?  Non  nisi  timoré  perciti,  pro  vobis ,  pro  Ecclesia  a  longe 
prospicimus.  Jam  apud  vos  et  a  pluribus  inter  vos  sanctae  Sedis  Décréta 
contemnuntur.  Vobis  suadetur ,  et  fere  solis  in  orbe  t  super  summi 
Pontificis  errores  et  super  Ecclesiae  univers»  tenebras  ingemiscere. 
Sedes  apostolica  quae  centrum  est  necessarium  catholicae  communionis, 
vobis  exhibetur  quasi  erroribus  tradita  ;  exhibentur  Episcopi  qui  cum  ea 
concurrunt  in  eodem  Decreto  publicando,  ut  a  fide  déficientes ,  et  eam 
deserentes.  Et  non  sine  horrorelegimus  quod  apud  vos  Libri  Ecclesiae 
Roman*  liturgici  nominantur  Libri  exotici,  quasi  si  Ecclesia  Romana 
|  mater  alicui  ex  Christianis  posset  reputari  exotica,  et  thronus  in  quo 
,  sedet  pater  communisfidelium,  cuilibet  ex  filiis  amplissimœ  suaa  fami- 
liae  reputari  posset  exoticus. 

Frustra  filiis  qui  patrem  communem  aut  ignorant  aut  respuunt ,  ex- 

hibemus  célèbres  illas  sponsiones  quibus  Christus  corpori  primorum 

\  Pastorum  sese  quasi  oppignoravit ,  promittens  ei  docenli  adfuturum 

i  omnibus  diebus  usque  ad  consummationem  seculi;  ac  proînde  sine  inter- 

t  missione  et  sine  fine.  Frustra  fidelium  fiduciam  excitamus  erga  com- 

t  munem  Ecclesiam  quœ  ceterarum  mater  est  quia  genuit,  et  magistra 

quia  edocet.  Frustra  illud  obtrudimus  ex  Evangelio  in  quo  Christus 

1 1  testatur  se  rogasse  pro  Petro  ut  non  deftceret  ejus  fides ,  atque  praecep- 

Htum  illi  impositum  confirmandi  fratres  suos.  Hae  sacrae  voces  quae 

omnibus  seculis  ^eneram  et  humilem  fiduciam  générant  in  corde  fide- 


262  INSTITUTIONS 

Hum  crga  Pastores  suos,  ac  prœcipue  erga  primum  et  Pastorum  Pas- 
torem  ;  hce  veritates  obsolescunt  et  vix  audiuntur.  Quilibet  suis  prae- 
juliciis  in'iœret  ;  et  suam  sibi  fi  Jem  et  fidei  regulam  proescribit.  Iaterea 
in  ta  nia  opinionum  et  disputationum  discordia,  vobis  exhibentur  cul- 
tus  exterioris  partes  singulares  et  novae;  cujus  discrepantia  addivisio- 
nem  tendit ,  et  eam  in  exteino  cultu  sensibilem  et  palpabilem  reddet  ; 
qua?  «ionique  multorum  pietatem  offendet,  et  eorum  iudiguationem 
excittodo,  schismatis  aliquando  portam  aperiet.  Porro  avellendo  vos 
ab  Ecclesia  matre,  et  ab  ejus  liturgia  et  decretis  simul  avertendo  ; 
novi  duces  il li  quo  trahent  vos  t  Protestantes  qui  inter  nos  adhuc  vi- 
vunt,  his  novitatibus  plaudent,  et  facile  sperabunt  illos  qui  jam  dog- 
mata  ab  Ecclesia  damnata  et  Calvinistarum  erroribus  viciaa  defendunt, 
per  ritus  exterioris  imrnuUtionem  propius  ad  illoruui  commuuionem 
brevi  aecessuros.  Jam  sœpius  declaraverunt  palam  se  non  habere  circa 
gratiam,  libertatem,  bonorum  operum  meritum,  praedestiuationem , 
reprobatiouemque  ,  et  oflîoia   charitatis ,  alia  priucipia  et  dogmata 
quam  ea  quae  Janseniani  proiitentur.  Quid  eveniet  si  jam  adeo  per 
dogmata  vicini ,  viciniores  fiant,  et  sanctae  Sedis  contemptu,  et  cultus 
exterioris  immutatione  ?  Si  ut  il li ,  unusquisque  de  sua  fide  judicet ,  et 
judicem  controversiarum  spernat ,  sibi  ipsi  tribunal  constituât  in  quo 
sed  ms  Pastorum  décréta  judicet  et  contemnat?  Ergo  Protestantium 
mere  unusquisque  sa  fidei  arbitrura  twnstituet,  summi  Pontificiset 
Episcoporum  judicia  examini  proprio  subjiciet,ea  cum  Scriptura  et 
liturgie  nova?  precibus  comparando,  quarum  sibi  arrogabit  intelli 
gentiara?  Ibidem,  pag.  12681269. 

NOTE  F. 

PR  ESUL  ILLUSTRISSIME. 

Ad  te  Maadatum  vestrum  ad  versus  Missale  novumTrecense  remitto 
Hoc  opus  legi  cum  iila  attentione  quam  materia  merebatur,  cum  ill 
aviditate  quae  me  trahit  ad  ea  omnia  scrutanda  quœ  e  manibus  tui 
iluunt.  Omuinomibi  placuit  opus;  quippe  quod  non  probetmodo,  se< 
eliam  de  sonstret  cum  evidentia,  Missale  hoc  novitatibus  improbandi 
scatore  totum.  Doctis  tuis  indagationibus  circa  antiquos  Ecclesiae  ritu 
palam  fit  autorem  illiusMissalis  sub  antiquitatis  innovandae  falso  pra 
textu,  constanlem  Ecclesiae  usum  in  divinorum  mysteriorum  celebrî 
tio.te  rv •'lînqui.-re  et  abolere  tentasse.  Quod  autem  dogma  catholicui 
sp:ctat,  ejubdemautorisartes  deaudasti,  quibus  in  proponendis,  di 
tribuendis,  uniendis  textibus  Scripturae  sacrae,  etiam  spreto  legitia 
sensu  et  Ecclesue  dogmate  utitur  ;  ut  novatorum  hujus  seculi  fave 


LITURGIQUES.  265 

erroribus.  Zeluâ  quo  pro  fide  vindicanda  flagras  ;  quique ,  quoties  sese 
praabuit  occasio ,  in  tuis  operibus  emicuit ,  omni  encomio  dignus  mihi 
videtur.  Omni  enim  arte  et  omni  modo  hodie  Religio  sancta  impug- 
natur;  sed  nullus  efficacior  adhiberi  potest  modus  illo  quem  Missa- 
lis  autor  adhibuit,  ac  proinde  periculosior  nullus.  Iïucusque,  id  est, 
a  seculo  integro  novatores  nostri  contra  sanctam  Sedem,  contra  sum» 
mos  Pontifices  in  ea  présidentes ,  contra  Episcopos  capiti  suo  adhé- 
rentes, et  Ecclesiam  matrem  et  magistram  contemnentes ,  declami- 
tando,  discipulos  sibi  adscire  tenta  verunt.  Verum  pauciores  erant,  et 
infirmiores  quam  ut  a-iquid  audacius  tentare  auderent.  Sed  tacite  vias 
parabant  sibi  ut  possent  tandem  altare  Baal  altari  Christi  in  Ecclesia 
sancta  opponere.  Nunc  propositum  manifestatur,  et  executioni  tradi 
incipit.  Jam  contra  leges  Ecclesiae ,  contra  Mandatum  Archiepiscopi , 
novum  suae  sectae  Sanotum  Parisiis  pubUce  colère  agressi  sunt.  Tuai  huic 
miracula  finxerunt  ut  sanctkatem  assererent  hominisqui,  ut  ipsi  nar- 
rant, in  ipsa  contra  sanctam  Sedem  rebellione  deinortuus  est.  Deni- 
que  ut  grex  exiguus  electorum  crescat,  auctus  Judœorum  numéro 
quos  brevi  ad  tidem  reversuros  fanaticae  mulieres  in  suis  convulsioni- 
bus  vaticinatae  sunt ,  utq.ie  a  Catholicorum  cœtu  profano  segregetur, 
cultum  novum,  novos  ritus,  caeremonias  novas  excogitaut,  spretis  ri- 
tibus  Romanae  Ecclesiae ,  quos  exoticos  vocare  non  verentur.  Sic  sim- 
plex  populus  qui  usque  nuac  prse  simpîieitate  suae  fidei  et  ignorantia 
disputationum  ab  errore  tutabantur,  novitate  cultus  ad  novatorum 
cœtum  trahetur,  et  brevi  oecasione  cultus  singularis  novam  induere 
Religionem  non  timebit.  Eoc  est  quod  erga  omnia  quae  novatores  ten- 
tare aggrediuntur,  nos  attentes  et  cautos  esse  jubet.  Utinam  vanus  nos 
incitet  timor  !  etc.  Ibidem,  pag.  1271-1272. 

NOTE  G. 

Constat  quidem  Episcopos  jus  certum  habere  in  ritus  ac  caeremonias 
in  sua  Diœcesi.  Aa  vero  jus  illud  nullis  termmis ,  nallis  limitibus  cir- 
cumscriptum  est?  nuîU  régula,  nulio  modo  detinitum?  An  quod  an- 
tiquo  et  universali  usu ,  quod  totius  Ecclesiae  consuetudiue  compro- 
batur,  atque,  ut  it*  dicam,  coaseeratur  et  praecipitur,  id  uniuscajus- 
que  Episcopi  jsdicio  permissum  est?  Idne  pro  arbitrio  suo  quivis 
Episcopus  mulare  potest  in  sua  Diœcesi  ?  Fotestne,  verbi  gratia, 
preees  Cauc-nis  Mis  ao  mu  tare,  aut  magilam  pubiicorum  Offieiorum 
partem  supprimere?  jubere  Vesperas  mane  cautari  ;  Slissam  vero  oe- 
tava  post  meridiem  bora?  Potestne  abolere  leg^m  sub  unica  specie 
communicandi ,  aut  eam  qua  vetatur  ne  quis  nisi  jejunus  comtnunicet  ? 


264  INSTITUTIONS 

et  in  sua  Diœcesi  permittere  ut  sub  utraque  specie  coinmunicetur, 
aut  post  aliquam  cœnam  piam,  ut  moris  erat  S.  Pauli  temporibus? 
Quaiita  qualisve  sit  Episcopi  in  sua  Diœcesi  autoritas,  laies  sunt  usus 
illi,  ut  nobis  antiquitate  sua  et  uuiversalitate  uniuâcujusque  Episcopi 
potestatem  prorsus  exsuperare  videantur.  Ex  illis  usibus  quidam  ad 
ritus  eaerenioniasque  pertinent.  Quod  si  taies  ritus,  institutions  anti- 
quitate aut  observationis  universalitate  uniuseujusque  Episcopi  potes- 
tatem exsuperant,  nonne  pariter  ritus  et  caeremoniae  quse  pari  antiqui- 
tatis  aut  universalitatis  autoritate  confirmantur,  sacra  ot  inviolabilia 
esse  debent  ? 

Deinde  etiamsi  concederetur  Episcopum  liane  habere  potestatem , 
fatendam  esset  saltem  ipsius  usum  prudentia  modéra ndum  esse.  Om- 
nia  mihi  licent ,  aiebat  Apostolus,  sed  non  omnia  expediunt.  Si  quis 
Episcopus  jus  suum  ac  venerandoe  antiquitatis  œmulationem  obten- 
dens,  attentaretlollere  e  Missa  Hyninum  angelicum  Gloria  in  excelsis, 
et  Symbolum  ;  e  Matutinis  vero  Hymnum  Te  Deum  laudamus,  e  Vesperis 
Canticum  Magnificat  ;  nonne  autoritate  sua  abuteretur  ?  Profecto  po- 
testatis  Episcopalis,  alque  adeo  multo  magis  prudentiae  limites  exce- 
deret  qui  everteret  quœ  usurpantur  ab  omnibus,  qui  supprimeret  quae 
pietatem  excitant,  et  in  locum  precum  earum  quae  in  usu  sunt,  sub- 
stitueret  precesquarum  sensus  prsesentium  errorum  saporem  aliquem 
Yideretur  referre.  Ibidem  1276-1277. 

NOTE  H. 

Nihil  erat  quo  magis  novum  Missale  suspectum  redderetur  quam  hoc 
curiose  affectata  mutatione  omnium  fere  Introuuum,  Gradualium, 
ceterorumque ,  quse  tota  seculis  tota  in  Ecclesia  canuntur  in  Missis  so- 
lemnibas.  An  autiquitatem  probe  noverat  autor  documenti  pastoralis 
Trecensis  !  An  probe  noverat  verum  sanctae  Ecclesiae  animum  ut  in 
divinis  Officiis  servaretur  uniformitas?  Longe  aliter  antiquitatem  no- 
verat P.  Mabillon,  cum  statueret  axioma  e  diametro  oppositum  huic 
novo  principio,  quod  autori  pastoralis  hujusce  documenti  deperdi!» 
causas  nécessitas  extor.-it.  Etenim  vir  ille  doctissimus  agens  de  muta- 
tione  quae  Ciroli  Magni  temporib..scontigit  in  Liturgia  Gallicana,  cum 
ab  ea  tota  fere  Gallia  descivit  ut  Romanara  araplecteretur,  sic  loquitur 
de  causis  illius  mutationis  :  ffœc  semper  fuerunt  summorum  Pontificum 
ardentissima  sludia ,  ut  Romanœ  Ecclesiœ  ritus  aliis  Ecclesiis  appro- 
barent  ac  persuadèrent  ;  rati,  id  quod  res  erat,  eas  faciiius  in  una  fidei 
morumque  concordia  atque  in  Ecclesiœ  Romanœ  obsequio  perstituras , 
si  eisdem  cœremoniis  eademque  saerorum  forma  confiner  entur.  Nec 
vero  hase  gratis  asserit  doctissimus  ille  Monachus.  Sententiam  suam 


LITURGIQU1S.  2ôê> 

gravissimis  autoritatibus  confirmât.  Sic  autem  pergit  :  Ma  mens  fuit 
Innocenta  I.  inEpistola  ad  Decentium  Eugubinum.  Eadem  etiam  om- 
nium cujusque  Regni  aut  Provinciœ  prœcipuorum  Antistitum,  quibus 
hœc  imprimis  cm  a  fuit,  ut  ai  uniformem  modum  omnes  sibi  subditœ 
Ecclesiœ  componerentur.  Ita  Patribus  Concilii  IV.  Toletani,  Braca- 
rensis  I.  et  Gerundensis  apud  Hispanos;  atque  Venetici  et  Epaonensis 
apud  Gallos  visum  est.  ffanc  rituum  in  divinis  Officiis  concordiam 
magnopere  curarunt,  teste  Cassiano,  etiam  primi  vitœ  religiosœ  Ins- 
titutores  :  verentes  scilicet ,  nequa  in  quotidianis  soleranitatibus  inter 
viros  ejusdem  culturae  consortes  dissonantia  vel  varietas  exorta ,  quan- 
doque  in  posterum  erroris  vel  aemulationis  seu  schismatis  noxium 
germen  emitteret ,  ut  ipse  scribît  in  Libro  2°.  Institutionum ,  capile 
quint  o. 

Haec  omnia  vel  ignorât ,  vel  floccifacit  auctor  documenti  pastoralis. 
Haec  cum  sancta  Sede  concordia  uniformisque  consensio ,  cujus  adeo 
retinentes  erant  majores  nostri ,  sed  quae  jam  in  Diœcesi  Trecensi  tam 
varie  violata  est,  apud  hominem  hune  parvipenditur,  quod  iterum 
postea  probabimus. 

Hic  ut  autoritatis  aliquid  conciliet  huic  mutationi  omnium  fere  Can- 
ticorum  quibus  in  celebratione  sanctorum  mysteriorum  utitur  haec 
ceterarum  mater  Ecclesia,  adscribit  univers»  Ecclesiœ  sententiam  quae 
tôt  monumentis  falsi  convincitur  ;  et  audaeter  asserit  nunquam  fuisse 
Ecclesiœ  animum ,  ut  in  Officiis  divinis  servaretur  uniformitas.  Uni- 
formitatem  hanc  servavit  Ecclesia  quoad  potuit  ;  atque  hiac  est  quod 
tam  mirabilis  concordia  reperiatur  in  precibus  Ganonis ,  quae  tôt  ac 
tam  variis  in  Ecclesiis  fere  eaedem  sunt.  Ad  hanc  uniformitatem ,  cum 
potuit ,  accessit  ;  ubi  non  potuit ,  ad  eam  ardenter  anhelavit  ;  deside- 
rium  suum  sanctissimis  monumentis  suis  testificata  est  :  certe  pretio- 
sara  illam  uniformitatem  non  deseruit  in  eis  in  quibus  eam  stabilitam 
videbat. 

,  Frustra  igitur  observât  autor  documenti  pastoralis ,  uniformitatem 
hanc  variis  in  liturgiis  lion  reperiri  ;  et  singulas  Ecclesias  habere 
quosdam  usus  sibi  proprios  ac  peculiares.  Videbimus  mox  apud  Cardi- 
nalem  Bona  qui  ab  isto  autore  infidelissime  citatur,  varietatem  illam 
natam  esse  imprimis  ex  temeraria  quorumdam  Episcoporum  licentia , 
qui  in  suo  sensu  abundantes,  propriam  sententiam  privatique  ingenii 
commenta  praeferebantiisquœ  utiliter  in  aliis  Ecclesiis  observabanlur  ; 
parumque  curabant  sequi  exemplum  primariae  illius  Ecclesiae ,  quae  pro 
excellenti  sua  dignitate  vocatur  Ecclesiarum  ceterarum  magistra  quai 
illas  docet ,  mater  quae  genuit.  Ibidem,  pag.  1327-1329. 


266  INSTITUTIONS 


i.,n, ,,:.',    ,     1 1 1 


CHAPITRE  XIX. 

/ 

SUITE  DE   L'HISTOIRE  DE  LA   LITURGIE,   DURANT   LA  PREMIÈRE 

MOITIÉ  DU  DIX-HUITIÈME    SIÈCLE.  —  PROJETS  DE  BRÉVIAIRE 

a  priori,  —  grancolas.  foinard.  —  bréviaires  de  sens, 

AUXERRE,  ROUEN,  ORLÉANS,  LYON,  ETC.  —  BRÉVIAIRE  ET 
MISSEL  DE  PARIS,  DU  CARDINAL  DE  NOAILLES.  —  BRÉVIAIRE 
ET  MISSEL  DE  PARIS,  DE  L'ARCHEVÊQUE  VINT1MILLE. AU- 
TEURS DE  CETTE  LITURGIE.  VICIER.  MESENGUY.  COFFIN.  — 
SYSTÈME  SUIVI  DANS  LES  LIVRES  DE  VINTIMILLE.  RÉCLA- 
MATIONS DU  CLERGÉ. —  VIOLENCES  DU  PARLEMENT  DE  PARIS. 
—  TRIOMPHE   DE   LA    LITURGIE   DE    VINTIMILLE. 

Nous  avons  raconte ,  au  chapitre  précédent ,  les  efforts 
des  Jansénistes  pour  s'emparer  ouvertement  de  la  Liturgie; 
leurs  tendances  vers  l'emploi  de  la  langue  vulgaire  dans  les 
Offices ,  vers  le  dépouillement  des  autels  et  les  habitudes 
calvinistes  dans  le  culte.  Tant  que  la  Cour  de  France  mon- 
trerait la  ferme  volonté  de  soutenir  les  Constitutions  Apos- 
toliques contre  Jansénius  et  Qucsnel,  la  secte  ne  pouvait 
espérer  qu'à  de  rares  intervalles  et  dans  des  localités  très 
restreintes,  ces  moments  de  liberté  dans  lesquels  il  lui  serait 
possible  de  faire,  à  son  aise,  l'essai  de  ses  coupables  théories. 
Il  ne  lui  restait  donc  qu'une  seule  ressource  ;  celle  de  ruiner 
sourdement  l'unité  liturgique,  et  de  tenter  pour  la  France 
entière  ce  qu'elle  avait  déjà  obtenu  à  Paris,  sous  François  de 
Harlay.  Que  si  elle  parvenait  à  préparer  un  corps  de  Liturgie 
nationale ,  ou  tout  au  moins  à  diviser  le  redoutable  faisceau 


UTUftûTQUES.  267 

d'orthodoxie  que  formaient  les  cent  trente  Diocèses  de  l'E- 
glise de  France ,  elle  aurait  lieu  alors  d'espérer  avec  fonde- 
ment qu'on  ne  pourrait  plus  l'écraser  à  l'aide  de  ces  formules 
liturgiques  que ,  dans  les  grands  périls  de  la  foi ,  l'Eglise 
Romaine  impose  aux  Eglises.  Déjà,  elle  avait  préparé  cet 
isolement  par  des  systèmes  perfides  sur  la  Constitution  de 
l'Eglise ,  sur  les  prérogatives  de  notre  Nation  ;  elle  le  con- 
somma en  flattant  le  mauvais  goût  littéraire  du  temps ,  en 
exagérant  les  reproches  que  la  critique  historique  pouvait 
faire  aux  anciens  livres ,  enfin ,  il  faut  bien  le  dire ,  en  faisant 
ressortir  les  avantages  d'un  Office  moins  long  à  réciter,  pro- 
mettant d'abréger  le  temps  de  la  prière  du  Prêtre,  à  cette 
époque  où  cependant  l'Eglise  était  menacée  des  plus  grands 
maux. 

On  vit  donc  s'accomplir ,  au  sein  de  l'Eglise  de  France , 
une  révolution  sans  exemple  dans  aucun  des  siècles  précé- 
dents. Déjà  le  Bréviaire  de  François  de  Harlay,  imité  lui- 
même  en  quelque  chose  de  celui  de  Henri  de  Villars ,  Ar- 
chevêque de  Vienne ,  avait  été  imité  avec  plus  ou  moins  de 
hardiesse  dans  les  Eglises  de  Sens,  de  Narbonne ,  d'Or- 
léans, etc.;  mais,  dans  ces  divers  Diocèses,  on  se  borna 
d'abord  à  réformer,  suivant  les  idées  modernes ,  l'ancienne 
Liturgie.  On  n'avait  pas  songé  à  régénérer  le  culte  entier  de 
l'Eglise  Catholique  ;  l'exemple  inoui  donné  par  le  Bréviaire 
de  Cluny  était  jusqu'alors  demeuré  sans  imitateurs.  Cepen- 
dant ,  il  était  naturel  de  penser  que  les  envahissements  de 
l'esprit  de  nouveauté  pousseraient  bientôt  jusque-là ,  et  d'au- 
tant plus  que  toute  cette  révolution  avait  été ,  dès  son  prin- 
cipe, un  produit  de  l'esprit  du  Jansénisme. 

Il  fut  aisé  de  juger  de  la  distance  qu'on  avait  franchie  en 
quarante  années ,  lorsqu'on  vit  paraître  à  Paris,  en  1720>  un 
ouvrage  portant  ce  titre  :  Projet  d'un  nouveau  Bréviaire, 


208  IKSTITUTIÔNS 

dans  lequel  V Office  divin ,  sans  en  changer  la  forme  ordinaire , 
serait  particulièrement  composé  de  l'Ecriture  Sainte,  ins- 
tructif, édifiant,  dans  un  ordre  naturel,  sans  renvois,  sans 
répétitions  et  très  court,  avec  des  observations  sur  les  an- 
ciens et  sur  les  nouveaux  Bréviaires.  L'auteur  était  Frédéric- 
Maurice  Foinard,  autrefois  Curé  de  Calais,  connu  d'ailleurs 
par  plusieurs  ouvrages ,  entre  autres  par  une  Explication  de 
la  Genèse,  qui  fut  supprimée  à  raison  des  idées  hasardées  et 
singulières  qu'elle  se  trouva  contenir.  Foinard  ne  se  contenta 
pas  d'exposer  sa  théorie  aux  yeux  du  public  ;  il  prit  la  peine 
de  joindre  l'exemple  au  précepte,  et  publia,  en  1726,  un 
Bréviaire  exécuté  d'après  son  plan ,  où  toute  la  Liturgie  des 
Offices  divins  avait  été  de  nouveau  élaborée  et  soumise  au 
creuset  de  son  génie  particulier.  Ne  croit -on  pas  rêver, 
en  lisant  le  récit  d'une  pareille  témérité?  et  peut-on  se 
défendre  d'un  sentiment  de  tristesse,  quand  on  pense  que 
beaucoup  d'Eglises  en  France  ,  après  avoir  expulsé  les  an- 
tiques prières ,  en  sont  réduites  à  emprunter  dans  les  divins 
Offices  la  voix  de  Foinard  en  la  place  de  celle  de  saint  Gré- 
goire? Car  le  Bréviaire  de  cet  auteur  forme,  en  grande 
partie,  avec  celui  de  Cluny,  le  magasin  où  l'on  a  puisé  la 
plupart  des  matériaux  employés  dans  la  confection  des  Bré- 
viaires du  dix-huitième  siècle.  Ce  livre ,  qui  ne  trouva  d'im- 
primeur qu'à  Amsterdam,  était  intitulé  :  Breviarium  Eccle- 
siasticum ,  editi  jam  prospectus  executionem  exhibens ,  in 
gratiam  Ecclesiarum  in  quibus  facienda  erit  Breviariorum 
editio(%\o\.  in-8°). 

L'année  suivante,  1727,  le  Docteur  Grancolas,  dans  son 
Commentaire  du  Bréviaire  Romain,  dont  nous  avons  parlé 
ailleurs,  donna  aussi,  dans  un  chapitre  spécial,  le  projet 
d'un  nouveau  Bréviaire  (1).  Mais  le  système  liturgique  déve- 

(1)  Tome  I.  ptgt  J46-352 


LITURGIQUES.  269 

loppé  dans  ce  chapitre  avait  déjà  vu  le  jour  en  grande  partie, 
en  1714,  dans  les  cinq  dernières  pages  d'un  autre  ouvrage 
du  même  auteur,  intitulé  :  Traité  de  la  Messe  et  de  l'Office 
divin.  Nous  allons  exposer  les  principes  qui  devaient,  sui- 
vant ces  deux  personnages,  Foinard  et  Grancolas,  prévaloir 
dans  la  Liturgie  renouvelée  ;  mais ,  auparavant ,  considérons 
la  triste  situation  du  culte  Catholique ,  en  France ,  livré  ainsi 
à  la  merci  de  quelques  Docteurs  particuliers  qui  osent ,  au 
grand  jour ,  se  mettre  ainsi  à  la  place  de  la  tradition ,  cet 
élément  souverain,  et  si  indispensable  dans  les  institutions 
d'une  Eglise  de  dix-huit  siècles. 

Il  fallait,  certes,  que  l'on  eût  étrangement  travaillé  les 
hommes  de  cette  époque,  pour  leur  faire  digérer  une  pa- 
reille anomalie.  Aujourd'hui,  les  gens  sérieux  déplorent, 
comme  le  principe  de  toutes  nos  perturbations  sociales,  l'im- 
prudence de  ces  publicistes  du  siècle  dernier,  qui  s'imagi- 
nèrent être  les  sauveurs  de  la  société,  parce  qu'il  leur  plaisait 
de  formuler,  sur  le  papier,  des  Constitutions  à  l'usage  des 
nations  qui ,  disait-on ,  n'en  avaient  pas.  Joseph  de  Maistre 
les  a  flétris  pour  jamais,  ces  hommes  a  priori,  et  l'Europe , 
ébranlée  jusque  dans  ses  fondements,  atteste  assez  haut  leur 
damnable  présomption.  Ici,  c'est  bien  autre  chose.  Voici  des 
hommes  qui  veulent  persuader  à  l'Eglise  Catholique ,  dans 
une  de  ses  plus  grandes  et  de  ses  plus  illustres  provinces , 
qu'elle  manque  d'une  Liturgie  conforme  à  ses  besoins,  qu'elle 
sait  moins  les  choses  de  la  prière  que  certains  Docteurs  de 
Sorbonne ,  que  sa  foi  manque  d'une  expression  convenable  ; 
car  la  Liturgie  est  l'expression  de  la  foi  de  l'Eglise.  Bien 
plus,  ces  hommes  présomptueux  qui  ont  pesé  l'Eglise,  qui  ont 
sondé  ses  nécessités ,  ne  prononcent  pas  seulement  que  sa 
Liturgie  pèche  par  défaut,  ou  par  excès,  dans  quelques  dé- 
tails ;  mais  ils  la  montrent  aux  peuples  comme  dépourvue 


270  INSTITUTIONS 

d'un  système  convenable  dans  l'ensemble  de  son  culte.  Ils 
se  mettent  à. tracer  un  nouveau  plan  des  Offices,  nouveau 
pour  les  matériaux  qui  doivent  entrer  dans  sa  composition, 
nouveau  pour  les  lignes  générales  et  particulières.  Les  voici 
donc  à  l'œuvre  :  les  livres  de  saint  Pie  V,  .qui  ne  sont  que 
ceux  mêmes  de  saint  Grégoire ,  ne  valent  même  pas  la  peine 
d'être  nommés  désormais  ;  ceux  de  François  de  Harlay, 
malgré  de  graves  innovations ,  sont  trop  Romains  encore. 
Il  faut  que  d'un  cerveau  particulier  éclose  un  système  com- 
plet qu'on  fera  imprimer,  en  faveur  des  Eglises  (  in  gratiam 
Ecclesiarum  )  qui  doivent  faire  une  édition  du  Bréviaire  ! 

Et  ces  hommes  que  cent  cinquante  ans  plus  tôt  la  Sorbonne 
eut  condamnés ,  comme  elle  condamna  les  rédacteurs  des 
Bréviaires  de  Soissons  et  d'Orléans ,  comme  elle  condamna 
le  Cardinal  Quignonez  lui-même,  bien  que  son  œuvre  eût 
momentanément  obtenu  l'agrément  privé  de  Paul  III ,  ré^ 
voqué  bientôt  par  saint  PieV;  ces  hommes  sans  caractère, 
qui  ne  peuvent  être  fondés  dans  leurs  prétentions  que  dans  le| 
cas  où  l'Eglise  serait  moins  assurée  qu'eux-mêmes  de  la  voie 
où  les  fidèles  doivent  marcher,  ces  hommes  ne  furent  point 
repoussés;  on  les  écouta ,  on  leur  livra  nos  sanctuaires.  En 
core  Foinardet  Grancolas  valaient-ils  mieux  que  plusieurs  d« 
ceux  qui  vinrent  après  ;  mais  ils  ont  la  triste  gloire  d'avoi 
les  premiers  intenté  procès  à  l'Eglise  leur  Mère,  d'avoir  fai 
les  premiers  cette  sanglante  critique  de  tous  les  siècles  ce 
tholiques ,  atteints  et  convaincus  désormais  d'avoir  manqu 
d'intelligence  dans  la  prière,  d'avoir  laissé  durant  tant  d 
siècles  les  mystères  sans  expression  convenable.  Nous 
craignons  pas  de  le  dire ,  lorsque  nos  Eglises  de  France  s^ 
ront  revenues  à  l'unité,  à  l'universalité ,  à  l'autorité  dans  1 
choses  de  la  Liturgie,  et  Dieu  leur  fera  quelque  jour  cet 
grâce,  lorsque  cette  suspension  des  anciennes  prières  c 


LITURGIQUES.  271 

tholiques  ne  sera  plus  qu'un  fait  instructif  dans  l'histoire, 
on  aura  peine  à  se  rendre  compte  des  motifs  qui  purent 
amener  une  semblable  révolution  au  sein  d'une  nation  Chré- 
tienne. On  imaginera  que  quelques  violentes  persécutions 
enlevèrent  alors  toute  liberté  à  nos  Eglises,  et  qu'elles  se 
séparèrent  ainsi  des  prières  du  Siège  Apostolique  et  de  l'anti- 
quité, pour  échappera  de  plus  grands  dangers.  Mais  lorsque, 
éclairés  sur  les  événements,  les  fidèles  verront  qu'aucune 
coaction  ne  fut  employée  pour  produire  un  résultat  si  étrange, 
qu'au  contraire  on  vota ,  de  toutes  parts ,  comme  par  accla- 
mation ,  la  refonte  de  la  Liturgie  sur  un  plan  nouveau  et  tout 
humain,  que  cette  œuvre  fut  confiée  à  des  mains  hérétiques; 
alors,  ils  admireront  la  miséricorde  divine  envers  l'Eglise  de 
France. 

Certes,  c'était  une  chose  bien  lamentable  de  voir  ainsi  se 
rompre  la  communion  des  prières  catholiques,  avec  Rome, 
avec  le  reste  de  la  Chrétienté ,  avec  les  siècles  de  la  tradition  ; 
mais  ce  qui  n'était  pas  moins  humiliant,  ce  qui  n'accusait 
pas  moins  la  triste  déviation  qui  faillit  ruiner  pour  jamais  la 
foi  catholique  dans  notre  patrie  ,  c'est  le  mesquin  Presbyté- 
rianisme, dont  toute  l'œuvre  des  nouvelles  Liturgies  demeure 
à  jamais  entachée.  La  plupart  de  ces  faiseurs  étaient  des 
hérétiques ,  comme  nous  l'avons  dit ,   et  comme  nous  le 
dirons  encore  en  temps  et  lieu  ;  mais  de  plus ,  ils  étaient 
de  simples  Prêtres,  sans  caractère  pour  enseigner,  sans 
mission  pour  réformer  l'Eglise ,  sans  troupeau  à  gouverner 
en  leur  propre  nom.  Jusqu'ici  nous  avions  vu  la  Liturgie, 
soit  dans  l'Eglise  d'Orient,  soit  dans  l'Eglise  d'Occident,  for- 
mulée ,  disposée ,  corrigée  par  des  Evoques  ;  saint  Léon , 
j  saint  Gélase ,  saint  Grégoirc-le-Grand ,  saint  Léon  II ,  saint 
J  Grégoire  VII,  Paul  IV,  dans  l'Eglise  de  Rome  ;  saint  Ambroise 
dans  l'Eglise  de  Milan  ;  saint  Paulin ,  dans  l'Eglise  de  Noie  ; 


272  INSTITUTIONS 

Maximien  et  Johannicius ,  dans  l'Eglise  de  Ravenne  ;  Théo- 
dose ,  dans  l'Eglise  de  Syracuse  ;  saint  Paulin ,  dans  celle 
d'Aquilée;  Voconius,  dans  l'Eglise  d'Afrique;  saint  Hilaire, 
saint  Césaire  d'Arles,  saint  Sidoine  Apollinaire,  saint  Ve- 
nantius  Fortunat ,  saint  Grégoire  de  Tours ,  saint  Protadius 
de  Besançon,  saint  Adelhelme  de  Séez,  dans  l'Eglise  des 
Gaules;  saint  Léandre ,  saint  Isidore,  Conantius,  Jean  de 
Saragosse,  Eugène  II  de  Tolède,  saint  Udefonse,  saint  Ju- 
lien de  Tolède ,  dans  l'Eglise  Gothique  d'Espagne  ;  saint 
Euslhate  d'Antioche,  saint  Basile,  saint  Maruthas,  saint 
Cyrille  d'Alexandrie,  saint  Jean  Maron,  saint  André  de  Crète, 
Come  de  Maïuma,  Joseph Studite,  George  de  Nicomédie,  etc., 
dans  les  Eglises  d'Orient.  La  Liturgie  est  donc  l'œuvre  des 
Evêques  ;  ils  l'ont  rédigée ,  fixée  en  établissant  les  Eglises  ; 
c'est  d'eux  qu'elle  a  tout  reçu;  c'est  par  eux  qu'elle  sub- 
siste. Les  diverses  réformes  de  la  Liturgie  n'ont  jamais  été 
autre  chose  que  le  rétablissement  de  l'œuvre  liturgique 
des  Evêques  dans  son  ancienne  pureté  ;  de  même  que  la  ré- 
forme de  la  Discipline  n'est  que  le  retour  aux  Constitutions 
Apostoliques ,  et  aux  Décrets  des  Conciles.  On  doit  se  rap- 
ler  que  le  soin  donné  par  Grégoire  IX  aux  Frères  Mineurs  ne 
regardait  pas  la  composition  de  la  Liturgie ,  mais  une  simple 
épuration ,  dans  le  genre  de  celle  qu'accomplirent  les  Com- 
missions Romaines  nommées  par  saint  Pie  V,  Clément  VIII 
et  Urbain  VIII;  encore  ces  dernières  renfermaient-elles  plu- 
sieurs membres  revêtus  de  la  pourpre  Romaine,  ou  honorés 
du  caractère  épiscopal. 

En  France,  au  contraire,  il  ne  s'agit  point  de  corriger,  de 
mettre  dans  un  meilleur  ordre  la  Liturgie  Romaine-Fran- 
çaise, ni  de  rétablir  l'antique  et  vénérable  rite  Gallican  ;  il 
s'agit  de  donner  de  fond  en  comble  une  Liturgie  à  une 
Eglise  qui  n'en  a  pas,  et  aucun  Evêque  ne  couvre  de  la 


LITURGIQUES.  275 

responsabilité  de  son  travail  personnel  celte  œuvre  qui  doit 
remplacer  celle  de  tant  d'Evêques  des  premiers  siècles,  de 
tant  de  Souverains  Pontifes.  Pour  opérer  cette  grande  et 
inouie  révolution,  les  Evoques  Français  du  dix-huitième 
siècle  se  constituent  sous  la  dépendance  de  simples  Prêtres 
qui  se  sont  érigés  en  législateurs  de  la  Liturgie.  Les  plus 
justes  réclamations  sont  étouffées,  comme  on  va  le  voir, 
et  il  faut  que  saint  Grégoire  disparaisse  avec  tout  l'imposant 
cortège  de  ses  Cantiques  séculaires,  pour  faire  place  à  des 
Prêtres  comme  Le  Tourneux,  de  Vert,  Foinard,  Petitpied, 
Vigier,  Robinet ,  Jacob  ;  bien  plus ,  à  des  Diacres  ,  comme 
J.-B.  Santeul  ;  à  des  Acolytes,  comme  Le  Brun  des  Marettes 
et  Mesenguy  ;  à  des  Laïques  ,  comme  Coffin  et  Rondet  ! 

Nous  n'ignorons  pas  qu'il  serait  possible  de  montrer  dans 
la  Liturgie  Romaine  certaines  pièces ,  des  Hymnes  principa- 
lement ,  qui  ont  eu  pour  auteurs  non  seulement  de  simples 
Prêtres ,  mais  des  laïques  même ,  comme  Prudence,  Charle- 
magne,  etc.  C'est  à  Elpis,  femme  de  Boëce,  que  FEgiise  Ro- 
maine a  emprunté  les  Hymnes  de  la  fête  de  saint  Pierre  et  de 
saint  Paul.  Mais  d'abord,  à  l'Eglise  appartient  de  choisir  avec 
une  souveraine  autorité,  parmi  les  œuvres  de  ses  enfants, 
celles  qu'elle  juge  dignes  de  servir  d'expression  à  ses  propres 
sentiments  dans  les  divins  Offices.  Ajoutons  encore  que  ces 
adoptions  d'Hymnes  ont  eu  rarement  lieu  du  vivant  des  au- 
teurs, mais  souvent  plusieurs  siècles  après  leur  mort;  que 
l'esprit  de  parti  et  de  coterie  n'y  ont  été  pour  rien.  Enfin, 
quand  l'Eglise,  pour  orner  le  texte  d'un  de  ses  Offices,  daigne 
emprunter  quelque  composition  à  un  de  ses  enfants ,  elle  ne 
déroge  en  rien  à  l'ensemble  de  sa  Liturgie ,  qui  n'en  demeure 
pas  moins  invariable  dans  sa  forme  traditionnelle. 

L'Eglise ,  on  a  dû  le  voir  dans  tout  ce  qui  a  précédé ,  ne 
renouvelle  donc  point  su  Liturgie,  suivant  les  siècles.  Elle  la 
T.  U,  18 


274  INSTITUTIONS 

corrige ,  elle  l'enrichit  ;  mais  le  Missel  Romain  est  encore  au- 
jourd'hui le  composé  de  l'Antiphonaire  et  du  Sacramentaire 
de  saint  Grégoire,  comme  le  Bréviaire  demeure  toujours  le 
Responsorial  du  même  Pontife ,  qui  n'avait  guère  fait  autre 
chose  que  mettre  en  meilleur  ordre  l'œuvre  des  Papes  ses 
prédécesseurs. 

Nous  avons  raconté  comment,  pour  la  réforme  du  Bré- 
viaire et  du  Missel  par  saint  Pie  V,  on  tint  surtout  à  ce  que 
les  correcteurs  de  ces  livres  ne  s'écartassent  point  des  an- 
ciens Bréviaires  conservés  dans  les  plus  illustres  Eglises  de 
Rome  et  dans  la  Bibliothèque  Vaticane.  C'est  le  témoignage 
rendu  par  le  Pontife,  dans  les  deux  Bulles  de  publication; 
témoignage  dont  nous  sommes  à  même  de  vérifier  toute 
l'exactitude,  sur  les  anciens  Antiphonaires,  Responsoriaux 
et  Sacramentaires  publiés  par  Pamelius,  D.  Hugues  Ménard, 
D.  Denys  de  Sainte-Marthe,  leB.  Tommasi,  D.  Gerbert,  etc. 
11  en  devait  être  ainsi  dans  l'Eglise  Romaine ,  dont  la  vie  ci 
la  force  consistent  uniquement  dans  les  traditions.  Foinard  e 
Grancolas  jugèrent ,  dans  leur  sagesse ,  qu'il  en  pouvait  être 
autrement  dans  l'Eglise  de  France. 

Ecoutons  ces  deux  grands  législateurs  de  nos  sanctuaires 
Foinard  est  le  plus  explicite  dans  ses  désirs.  Le  titre  de  soi 
livre  mérite  tout  d'abord  notre  attention  :  Projet  d'un  nou 
veau  Bréviaire;  ainsi,  le  Bréviaire  est,  parmi  les  institution! 
de  l'Eglise  Catholique ,  la  seule  qui  n'ait  pas  besoin  d'anti 
quitéj  qui  puisse  être  refondue ,  après  les  siècles,  sur  le  plai 
donné  par  un  simple  particulier.  —  d'un  nouveau  Bréviair 
dans  lequel  l'Office  divin,  sans  en  changer  la  forme; — onconsen 
donc  à  laisser,  dans  ce  Bréviaire ,  les  Matines ,  les  Laudes 
les  Petites  Heures,  Vêpres ,  Complies,  avec  le  même  nombr 
de  Psaumes ,  d'Hymnes ,  etc.  Il  y  aura  encore  un  Psautier 
un  Propre  du  Temps,  un  Propre  et  un  Commun  des  Saints 


LITURGIQUES.  275 

—  dans  lequel  V Office  divin  serait  particulièrement  composé  de 
l'Ecriture  Sainte  ;  —  l'Eglise ,  jusqu'ici ,  employait  sa  propre 
voix  à  célébrer  ses  mystères;  elle  se  croyait  en  droit  de  parier 
à  son  Epoux  ;  l'élément  traditionnel  lui  semblait  divin  comme 
l'Ecriture;  or,  le  Bréviaire,  avec  ses  Antiennes,  ses  Répons 
et  ses  Versets,  qu'était-ce  autre  chose  que  la  Tradition?  Le 
Docteur  Foinard ,  qui  sait  bien  qu'un  simple  particulier  ne, 
fait  pas  de  la  Tradition ,  propose  de  farcir  son  œuvre  de 
phrases  bibliques  qu'il  choisira  à  son  loisir  et  suivant  les 
convenances.  —  Instructif;  —  ainsi,  la  Tradition  n'apprend 
rien;  l'Eglise,  dans  ses  œuvres ,  ne  sait  pas  nous  instruire, 
elle  qui  a  les  paroles  de  la  vie  éternelle.  Il  nous  faut  pour  cela 
avoir  recours  à  certains  Prêtres  de  doctrine  suspecte ,  qui 
nous  initieront  à  la  doctrine.  —  Edifiant;  —  si  l'Eglise  ins- 
truit mal,  elle  ne  peut  guère  édifier.  Que  ceux-là  qui  vont 
nous  instruire  daignent  donc  aussi  nous  édifier.  — dans  un 
ordre  naturel ,  sans  renvois  ;  —  plus  de  ces  Rubriques  com- 
pliquées qui  obligent  le  Prêtre  à  faire  de  l'Office  divin  une 
étude  sérieuse  ;  au  reste,  ces  Rubriques  sont  elles-mêmes  des 
traditions,  il  est  trop  juste  qu'elles  disparaissent.  —  sans  ré- 
pétitions ;  —  il  est  pourtant  malheureux  que  ceux  qui  prient 
Dieu  ou  les  hommes  soient  ainsi  faits,  qu'ils  éprouvent  le  besoin 
de  répéter  souvent  leurs  demandes. — Et  très  court;  — voilà 
le  grand  moyen  de  succès  !  C'est  peu  de  tenter  les  hommes 
par  la  belle  promesse  de  les  éclairer  et  de  les  édifier  ;  c'est 
peu  de  les  flatter  par  l'espérance  que  le  livre  qui  contient  la 
prière  sera  désormais  réduit  à  un  ordre  naturel,  sans  ren- 
vois, que  l'on  ne  perdra  plus  de  temps  à  lire  et  étudier  des 
Rubriques  ;  la  somme  des  prières  sera  diminuée,  et  afin  qu'on 
puisse  désirer  un  nouveau  Bréviaire  avec  connaissance  de 
cause ,  l'engagement  de  le  rendre  très  court  est  exprimé  en 
toutes  lettres  sur  le  titre  du  livre  destiné  à  propager  en  tous 


276  INSTITUTIONS 

lieux  une  si  merveilleuse  nouvelle  !  On  prétend  donc  faire  ré- 
trograder l'Eglise  de  France  jusqu'au  Bréviaire  de  Quigno- 
nez  (1).  Saint  Pie  V,  les  Conciles  du  seizième  siècle,  l'Assemblée 
du  Clergé  de  1605  et  i606,  tout  est  oublié,  méprisé.  On  veut 
un  Bréviaire  composé  d'Ecriture  Sainte,  et,  par  dessus  tout, 
un  Bréviaire  court  ;  on  l'aura;  il  se  trouvera  des  Jansénistes, 
des  hérétiques  pour  le  rédiger. 

Entrons  maintenant  dans  le  détail  des  moyens  choisis  par 
notre  improvisateur  liturgique,  pour  réaliser  le  plan  qu'il  a 
daigné  concevoir,  et  qu'il  rédigera  bientôt  à  l'usage  de  l'Eglise. 
D'abord,  son  élément  constituant,  c'est  l'Ecriture  Sainte, 
ainsi  qu'il  l'a  annoncé  sur  le  titre  de  son  livre.  Mais,  dit-il, 
il  ne  la  prendra  que  dans  des  sens  autorisés  (2).  Bien  de 
plus  rassurant  qu'une  pareille  déclaration  ;  mais  si  l'esprit  de 
secte  vient  à  s'emparer  de  la  rédaction  liturgique,  au  milieu  de 
l'ébranlement  général  que  ces  brillants  systèmes  vont  causer 
dans  l'Eglise  de  France,  quelle  sera  la  garantie?  Les  séné 
autorisés,  aux  yeux  d'un  Janséniste  ,  sont  tout  différents  des 
sens  autorisés  à  ceux  d'un  Catholique.  Encore,  si,  dans  ce 
triomphe  de  l'Ecriture  sur  la  Tradition,  on  voulait  consentir 
à  laisser  dans  nos  Bréviaires  les  nombreuses  pièces  emprun- 
tées à  l'Ecriture  elle-même  par  saint  Grégoire,  nous  n'au 
rions  d'examen  à  faire  que  sur  les  nouvelles  pièces  substituées 
aux  Antiennes,  Versets  et  Bépons  de  style  ecclésiastique. 
Mais  cette  retenue  n'est  pas  du  goût  de  Foinard ,  ni  de  ses 
successeurs.  Les  parties  de  l'Office  Grégorien  qui  sont  tirées 
de  l'Ecriture  Sainte  pourraient  ne  pas  s'harmoniser  dans  1< 
plan  d'Offices  inventé  au  dix-huitième  siècle,  t  II  ne  faudrai 
•  donc  pas,  dit  notre  Docteur,  se  faire  un  scrupule  de  subs 

(t)  Encore  le  bréviaire  de  Quignonez  était-il  rempli  de  formule 
traditionnelles 
(-2)  Projet  d'un  nouveau  Bréviaire,  pageQQ. 


LÏTURGIOUES.  .     277 

»  tïtuer  certains  textes  de  l'Ecriture  Sainte  à  ceux  qui  sont 

•  employés  dans  les  anciens  Bréviaires,  pour  composer  des 
i Antiennes,  des  Répons,  des  Capitules,  etc.  Il  semble  ,  en 

•  effet,  que  c'est  une  chose  très  indifférente  en  soi-même 
»  qu'un  Répons  ou  un  Capitule  soit  pris  d'un  endroit  de 

•  l'Ecriture  Sainte  plutôt  que  d'un  autre,  et  que,  quand  un 

•  texte  convient  mieux  qu'un  autre  dont  on  se  servait  an- 
ciennement, il  est  fort  permis  de  le  prendre  (1).  »  On  le 
voit,  nous  n'exagérons  rien;  au  reste ,  depuis  long-temps , 
en  France,  on  n'en  est  plus  aux  théories.  Les  Bréviaires  ont 
été  produits  et  sont  là  pour  attester  le  dédain  avec  lequel 
l'œuvre  Grégorienne  a  été  traitée  sous  tous  les  points. 

Foinard  dispose ,  avec  une  incroyable  assurance ,  l'échelle 
de  proportion  qu'on  devra  suivre  désormais  entre  les  Fêtes 
du  Christianisme.  Ce  qui  existe  à  ce  sujet  dans  l'Eglise  n'a 
que  l'autorité  du  fait;  voici  donc  comme  il  entend  régler  pour 
l'avenir  l'harmonie  entre  ces  nobles  parties  de  la  Liturgie 
universelle.  Former  une  classe  supérieure  de  Fêtes  de  Notre- 
Seigneur,  dans  laquelle  on  ne  puisse  admettre  aucune  Fête 
de  la  Sainte  Vierge ,  ni  des  Saints ,  ainsi  que  le  pratique 
d'une  manière  si  inconvenante  le  Bréviaire  Romain.  Telle  est 
l'idée  de  Foinard  (2),  celle  aussi  de  Grancolas  (3),  et  tous 
deux ,  le  croirait-on?  si  on  ne  le  lisait  de  ses  propres  yeux , 
si  plus  d'un  Bréviaire  de  France  ne  nous  l'attestait  encore  ; 
ils  osent  refuser  à  la  Fête  du  Saint-Sacrement  une  place  parmi 
les  grandes  Fêtes  de  Notre-Seigneur  !  Languet  a-t-il  donc  si 
grand  tort  de  signaler  des  instincts  calvinistes  dans  toute 
cette  révolution  liturgique ,  révolution ,  nous  le  répétons , 

(1)  Ibid.  page  178. 

(2)  Ibid.  page  15. 

(3)  Commentaire  du  Bréviaire  Romain.  Tome  I.  Projet  d'un  nouveau, 
Bréviaire,  page 547. 


578  INSTITUTIONS 

venue  d'en  bas ,  entachée  de  presbytérianisme ,  et  poussée 
par  des  hommes  en  rébellion  contre  le  Siège  Apostolique? 
Quant  au  refus  d'admettre  aucune  fête  de  la  Sainte  Vierge 
ou  des  Saints  dans  la  première  classe,  qu'est-ce  autre  chose, 
à  part  la  leçon  faite  à  l'Eglise  Mère  et  Maîtresse,  qu'une 
manière  d'humilier  la  piété  catholique  sous  le  superbe  pré- 
texte de  venger  l'honneur  de  Dieu,  comme  si  Jésus-Christ 
n'avait  pas  dit  :  Qui  mihi  ministrat  me  sequatur,  et  ubi  sum 
ego,  illlc  sit  et  minister  meus  (])? 

Foinard  et  Grancolas  consentent  néanmoins  à  ne  pas  faire 
descendre  la  Fête-Dieu,  l'Assomption  et  la  Fête  du  Patron, 
au-dessous  de  la  seconde  classe  (2);  mais,  en  retour,  saint 
Jean-Baptiste ,  et  saint  Pierre  et  saint  Paul ,  n'étant  pas 
jugés  dignes  de  s'arrêter  encore  à  ce  second  degré,  tombent 
au  troisième  qu'on  appellera  solennel  majeur  (5).  Ainsi  ces 
Docteurs  voulaient-ils  étendre  à  la  France  entière  les  auda 
cièuses  réformes  de  Le  Tourneux  etdeDom  de  Vert.  N'est-c< 
pas  une  chose  profondément  humiliante,  et  non  moins  déso 
lante  pour  la  piété,  que  de  voir  qu'ils  y  ont  réussi? 

Toujours  à  la  suitetles  auteurs  du  Bréviaire  de  Cluny,  nou 
voyons  nos  deux  Docteurs  s'imposer  la  tache  de  diminuer 
d'une  manière  encore  plus  efficace,  le  culte  de  la  Sainte  Vierg 
et  des  Saints,  au  moyen  de  certaines  mesures  liturgiques  qt 
finirent  par  devenir  propres  à  tous  les  nouveaux  Bréviaires 
C'est  d'abord  leur  grand  principe  de  la  sainteté  du  Dimanch 
qui  ne  permet  pas  qu'on  dégrade  ce  jour  jusqu'à  le  consacre 
au  culte  d'un  Saint,  ni  même  de  la  Sainte  Vierge.  Il  ne  pourr 
donc  céder  qu'à  une  solennité  de  Notre-Seigneur.  Il  sera  dé 
sonnais  privilégié  à  l'égard  même  de  l'Assomption  de  la  Saint 

(1)  Joan.  XII.  26. 

(2)  Foinard.  page  19.  Tïrancolas.  page  347. 

(3)  Foinard.  page  20.  Grancolas.  Ibidem. 


LITURGIQUES.  279 

Vierge,  de  la  Toussaint,  etc.  (1).  A  plus  forte  raison,  les  doubles 
majeurs,  ou  mineurs,  qui  diversifiaient  si  agréablement  pour 
le  peuple  fidèle  la  monotonie  des  Dimanches ,  en  lui  rappe- 
lant les  amis  de  Dieu ,  leurs  vertus  et  leur  protection ,  de- 
vaient-ils être  pour  jamais  renvoyés  à  des  jours  de  férié  dans 
lesquels  leur  fête  s'écoulerait  silencieuse  et  inaperçue. 

En  outre,  pour  donner  au  temps  du  Carême  une  couleur 
sombre  et  conforme,  pensait-il,  au  génie  de  l'Eglise  primi- 
tive ,  Foinard  proposait  de  retrancher  toutes  les  fêtes  des 
Saints  qui  tombent  dans  ce  temps,  même  l'Annonciation  (2). 
Grancolas,  moins  austère,  daignait  tolérer  l'Annonciation  et 
même  saint  Joseph  (3),  et  n'admettait  pas  non  plus  l'idée  qu'a- 
vait eue  Foinard,  de  privilégier  aussi  contre  les  fêtes  des  Saints 
les  fériés  du  temps  Pascal.  Cette  dernière  idée  n'a  été  admise, 
que  nous  sachions,  dans  aucun  Bréviaire  :  mais  toutes  les  autres 
réductions  du  culte  des  Saints  dont  nous  venons  de  parler,  sont 
encore  à  l'ordre  du  jour  dans  la  plupart  des  Eglises  de  France. 
Une  autre  manière  de  relever  la  primitive  Eglise  dans  le 
nouveau  Bréviaire,  c'est  la  proposition  que  fait  Foinard  d'in- 
troduire de  nouvelles  fêtes  de  Martyrs,  divisées  suivant,  les  di- 
verses persécutions.  Nous  allons  bientôt  voir  cette  idée  en  ac- 
tion. Pour  achever  ce  qui  a  rapport  au  culte  des  Saints,  nous 
citerons  cette  phrase  naïve  de  Grancolas  :  «  On  devra  abréger 
»  l'Office  des  Dimanches  et  des  fériés;  car  dès  que  l'Office  de 
>la  férié  ne  sera  pas  plus  long  que  celui  des  fêtes,  comme  il 
>est  plus  diversifié  et  plus  affectif  que  celui  des  Saints,  il  n'y  a 
•  personne  qui  n'aime  mieux  le  dire  que  celui  des  fêtes  (<4).  » 
Quant  aux  fêtes  des  Saints,  voici  ce  qu'on  en  fera.  Saint  Jean- 
Ci)  Foioard.  page  24.  Grancolas.  346. 

(2)  Page  30. 

(3)  Page  351. 

(4)  Page  347. 


280  INSTITUTIONS 

Baptiste,  saint  Pierre  et  saint  Paul,  descendront  au  solennel 
mineur  ;  les  autres  Apôtres  ne  seront  que  doubles ,  les  saints 
Docteurs  semi-festifs,  les  Martyrs  simples.  «  Les  fêtes  des 
>  Confesseurs,  ajoute  notre  Docteur,  n'auraient  qu'une  seule 

*  mémoire  dans  l'Office  férial,  et  on  renverrait  leur  Office , 
»  s'ils  sont  Evêques,  dans  leurs  Diocèses;  s'ils  sont  Moines, 

•  dans  leur  Ordre;  et  les  autres  Saints  et  Saintes,  dans  les 
»  lieux  où  ils  se  sont  sanctifiés;  ne  faisant  aucune  fêle  d'In- 
»  vention  ou  de  Translation  de  Reliques,  que  dans  les  lieux 
>où  l'on  croit  avoir  de  ces  Reliques  (1).  »  Le  Calendrier  sera 
désormais  épuré,  comme  l'on  voit,  et  puisque  le  but  avoué  de 
Craneolas  et  de  ses  complices,  est  de  faire  que  le  Clergé 
préfère  l'Office  de  la  féric  à  celui  des  Saints ,  on  ne  peut  niei 
qu'il  n'ait  pris  un  excellent  moyen  d'assurer  cette  préférence 
en  réduisant  à  des  bornes  si  étroites  cet  Office  des  Saints 
Mais  aussi,  quel  lamentable  spectacle  que  de  voir  pénétrei 
dans  nos  Eglises  des  maximes  entachées  de  calvinisme,  et  s 
grossièrement  opposées  à  celles  du  Siège  Apostolique,  qu 
n'a  cessé  depuis  deux  siècles  de  fortifier  le  Calendrier  d 
l'Eglise  par  l'accession  de  nouveaux  protecteurs  !  Nous  n'a 
vons  pas  besoin  de  dire  que  les  idées  de  Foinard  se  rap 
prochent  totalement  de   celles  de  Grancolas.   Il   déclar 
expressément  que  l'Office  sera  de  la  même  longueur  au: 
fériés  et  aux  fêtes,  pour  éviter  l'ennui  (2) ,  et  qu'on  devr 
diminuer  autant  que  possible  le  nombre  des  fêtes  à  neuf  le 
çons(3).  Quant  aux  leçons  des  Saints,  nos  deux  Docteur 
s'accordent  à  dire  qu'elles  ne  devront  renfermer  que  de 
histoires  bien  approuvées  (4).  Nous  verrons  bientôt  ce  qu'o 
doit  entendre  par  ces  paroles. 

(1)  Page  348. 

(2)  Page  83. 

(3)  Page  188. 

(4)  Foinard.  page  114.  Grancolas.  page  348. 


LITURGIQUES.  281 

Le  Bréviaire ,  ainsi  réduit,  n'est  bientôt  plus  qu'un  livre 
de  lecture  privée;  il  perd  son  caractère  social.  C'est  pour- 
quoi, rétrogradant  toujours  jusqu'à  Quignonez,  et  jaloux 
d'enchérir  sur  les  traditions  de  François  de  Harlay,  Foinard 
ne  se  borne  plus  à  retrancher  de  la  récitation  privée  le  salut 
au  peuple  Chrétien,  Dominus  vobiscum,  il  veut  en  exclure 
la  répétition  des  Invitatoires,  des  Répons  brefs;  le  Jubé, 
Domine,  Benedicere,  le  Tu  autem,  Domine,  miserere  nobis, 
et  même  le  Benedicamus ,  Domino,  sans  doute  à  cause  du 
pluriel  Benedicamus  (1).  Il  faut  pourtant  avouer  que  Foinard 
n'a  pas  été  suivi ,  dans  nos  Bréviaires ,  sur  tous  ces  points  : 
on  s'est  borné  généralement  à  la  suppression  du  Dominus 
vobiscum  dans  l'Office  récité  en  particulier  ;  après  tout,  c'est 
accorder  le  principe  et  nier  la  conséquence.  Foinard  a  été 
plus  heureux  dans  la  proposition  de  supprimer  les  Pater, 
Ave,  Credo,  qui  précèdent  les  Heures  de  l'Office.  On  lui  a, 
en  grande  partie ,  octroyé  sa  demande ,  en  cessant  de  réciter 
ces  prières  en  tête  des  différentes  Heures  quand  on  les  chante, 
ou  quand  on  les  récite  à  la  suite  les  unes  des  autres. 

On  voit  dans  cette  dernière  innovation,  comme  dans  tout  le 
reste,  le  grand  désir  d'abréger  l'Office,  la  crainte  de  n'en  pas 
venir  à  ses  fins,  si  on  n'offrait  pour  compensation  cà  la  ruine  de 
toutes  les  traditions  l'appât  d'un  Bréviaire  très  court.  C'est 
dans  cette  intention  qu'un  si  grand  enthousiaste  de  l'anti- 
quité que  prétend  l'être  Maurice  Foinard ,  ne  craint  pas  de 
proposer  l'établissement  d'Offices  à  six  leçons  pour  les  Fêtes 
auxquelles  on  voudra  donner  un  rang  médiocre.  Nous  ne 
«  connaissons  qu'un  seul  Bréviaire  dans  lequel  cette  étrange 
forme  d'Office  ait  été  admise. 

Maintenant,  si  on  se  demande  en  vertu  de  quel  droit  nos 

(1)  Page  53. 


282  INSTITUTIONS 

faiseurs  imaginaient  rendre  licite  un  pareil  bouleversement 
du  culte  divin,  Foinard  nous  répond,  et  cette  réponse  a  été 
souvent  donnée,  de  nos  jours,  avec  tout  autant  d'irréflexion  et 
d'un  air  tout  aussi  triomphant,  Foinard  nous  répond  que  saint 
Grégoire  écrivit,  au  sixième  siècle,  à  saint  Augustin,  Apôtre 
d'Angleterre ,  qu'il  le  faisait  libre  d'admettre  dans  le  service 
divin  les  coutumes,  soit  des  Gaules,  soit  de  toute  autre  Eglise, 
si  leur  fusion  avec  celles  de  l'Eglise  Romaine  pouvait  faciliter 
et  confirmer  la  conversion  des  Anglo-Saxons.  C'est  une  bien 
étrange  distraction  que  celle-là  ;  car,  outre  que,  comme  nous 
l'avons  prouvé  ailleurs,  il  ne  s'agissait  point  de  l'Office  divin 
proprement  dit,  qui  fut  toujours  celui  de  Rome  dans  l'Eglise 
Anglo-Saxonne  (1),  mais  simplement  de  certains  usages  et  ob- 
servances d'une  importance  secondaire  ;  saint  Grégoire  don- 
nait à  saint  Augustin  un  pouvoir  légitime  et  spécial,  non  moins 
que  personnel.  En  vertu  de  quelle  extension  aurait-on  pu  se 
l'attribuer  en  France,  après  tant  de  siècles,  après  la  destruc- 
tion du  rite  Gallican,  après  l'établissement  du  rite  Romain, 
après  le  Concile  de  Trente  et  la  Bulle  de  saint  Pie  V,  après  les 
Conciles  de  France  pour  accepter  cette  Bulle,  etc.?  Est-il 
raisonnable,  en  outre ,  d'assimiler  les  usages  liturgiques  des 
Gaules,  et  autres  anciennes  Eglises  de  fondation  Aposto- 
lique, à  ceux  dont  Foinard  ou  ses  pareils  ont  pris  l'idée  dans 
leur  cerveau?  En  un  motT  de  ce  que  saint  Augustin  aurait 
pu  licitement,  d'après  la  permission  expresse  de  saint  Gré- 
goire^le-Grand ,  unir  les  rites  sacrés  de  l'Eglise  Romaine 
avec  quelques-uns  de  ceux,  si  vénérables,  institués  parle.' 
Pothin,  les  Irénée,  les  Hilaire  et  les  Martin,  s'ensuivait-i 
qu'on  pouvait ,  onze  siècles  après ,  remplacer  la  plus  grand* 
partie  des  formules  sacrées  de  l'Office  divin  par  d'autres  for 

(4)  Tome  I.  page  174  et  seq. 


LITURGIQUES.  285 

mules  improvisées  par  de  simples  Prêtres  ou  laïques ,  les  uns 
hérétiques ,  les  autres  suspects  dans  leurs  relations  et  leurs 
tendances  personnelles?  Mais  en  voilà  plus  qu'il  n'en  faut  sur 
la  lettre  de  saint  Grégoire  à  saint  Augustin  :  nous  y  revien- 
drons cependant  une  dernière  fois  dans  la  partie  de  cet  ou- 
vrage où  nous  aurons  à  traiter  du  Droit  de  la  Liturgie. 

Les  utopies  liturgiques  de  Grancolas  et  de  Foinard  doivent 
aussi  être  considérées  sous  le  rapport  des  conséquences 
qu'elles  amenèrent.  Non  seulement  elles  accélérèrent  le  re- 
maniement des  Offices  divins  dans  plusieurs  Diocèses ,  et  leur 
complet  renouvellement  en  d'autres ,  mais ,  et  ceci  n'est  pas 
moins  grave,  elles  firent  descendre  la  Liturgie  au  rang  vul- 
gaire des  compositions  du  génie  humain.  Chacun  se  crut  en 
droit  de  juger  des  convenances  du  Bréviaire,  et  pendant  que 
de  nombreux  amateurs  dissertaient  sur  ce  qu'il  y  avait  à  faire 
pour  donner  enfin  à  l'Eglise  une  expression  digue  de  ses 
mystères,  des  liturgistes  de  profession  se  formèrent  de  toutes 
parts.  Jusque-là,  on  avait  pensé  que  la  Liturgie,  c'était  la 
Tradition ,  et  que  de  même  qu'on  ne  fait  pas  de  la  Tradition 
comme  on  veut ,  on  ne  fait  pas  non  plus  de  la  Liturgie  à  vo- 
lonté, bien  que  la  Tradition  et  la  Liturgie  reçoivent  Tune  et 
l'autre,  par  le  cours  des  siècles ,  certains  accroissements  qui 
viennent  se  fondre  dans  la  masse.  Alors,  car  il  faut  toujours 
que  des  mots  soient  faits  pour  exprimer  les  idées ,  ou  les 
nouvelles  formes  d'idées ,  alors  on  vit  paraître  ces  expres- 
sions, faire  un  Bréviaire,  l'auteur  de  tel  Bréviaire  :  le  Bré- 
viaire de  tel  Diocèse  est  bien  fait ,  cet  autre  est  mal  fait , 
celui-ci  est  mieux  fait.  Etrange  renversement  d'idées,  mais 
qui  trahissait  bien  les  vues  toutes  humaines,  toutes  natio- 
nales ,  toutes  personnelles  qui  avaient  présidé  à  cette  œuvre 
téméraire  !  On  ne  réfléchissait  pas  que  s'il  était  encore  temps, 
que  même  s'il  était  devenu  nécessaire ,  après  tant  de  siècles, 


284  INSTITUTIONS 

de  rédiger  sur  un  nouveau  plan  la  forme  des  prières  et  de  la 
confession  publique  de  l'Eglise,  de  deux  choses  Tune,  ou  le 
premier  besoin  de  l'Eglise  était  demeuré  si  long-temps  sans 
être  satisfait  et  n'avait  pu  l'être  que  par  quelques  Prêtres  et 
laïques  Français,  ou  ces  Prêtres,  ces  laïques,  en  contradic- 
tion avec  l'Eglise  qui  dédaignait  leur  œuvre,  avaient  assumé 
sur  eux  la  plus  énorme  responsabilité.  Or,  l'Eglise  univer- 
selle n'a  pas  fait  un  pas  vers  ces  hommes  et  leur  œuvre.  Le 
Siège  Apostolique  les  a  laissés  dans  leur  isolement.  Ils  sont 
des  hommes,  ils  ont  fait  une  œuvre  humaine;  elle  aura  le 
sort  des  œuvres  humaines. 

C'était  donc  une  nouvelle  branche  de  littérature  dont  Foi- 
nard  et  Grancolas  avaient  doté  le  pays.  Les  auteurs  du 
Bréviaire  de  Cluny  avaient  du  moins  gardé  le  secret  de  leurs 
théories;  nos  deux  Docteurs  les  ébruitèrent ,  et  un  grand 
mouvement  commença  dans  nos  sanctuaires  appelés  à  la  ré- 
génération. Toutefois,  les  plus  zélés  partisans  de  cette  œuvre 
sont  bien  obligés  de  convenir  que  le  bienfait  des  nouvelles 
Liturgies  n'a  pas  contribué  à  faire  refleurir  l'antique  foi  de  nos 
pères  :  il  leur  faut  même  convenir,  l'histoire  en  main,  que  celte 
foi  antique  a  subi  une  décadence  proportionnelle  aux  progrès 
de  l'innovation.  Après  tout,  il  eût  été  difficile  que  le  mauvais 
arbre  produisît  de  bons  fruits ,  que  les  conceptions  des  Jan- 
sénistes ou  de  leurs  fauteurs  donnassent  parmi  nous  des 
fruits  de  piété  et  d'orthodoxie.  Rien  n'est  plus  commun  et 
plus  divertissant  en  même  temps  que  d'entendre,  comme  on 
en  est  à  même  tous  les  jours ,  les  partisans  des  nouveaux 
Bréviaires  convenir  ingénuement  que  h  piété  et  Yonction  ne 
forment  pas  le  caractère  de  ces  livres  de  prières  qu'ils  ont 
substitués  à  ceux  de  cette  Eglise  Romaine  qui ,  fondée  iné- 
branlablement  sur  la  foi  et  la  charité ,  mue  et  conduite  pai 
l'Esprit  Saint  dont  elle  est  l'épouse ,  soupire ,  dans  tous  le 


LITURGIQUES.  285 

siècles,  cet  ineffable  gémissement  dont  noire  faible  livre  cher- 
chera à  faire  sentir  la  merveilleuse  douceur. 

Après  1727,  nous  ne  retrouvons  plus  Grancolas  sur  la  scène 
liturgique.  Le  Commentaire  du  Bréviaire  Romain ,  dont  le 
Projet  d'un  nouveau  Bréviaire  forme  un  des  chapitres,  est 
son  dernier  ouvrage.  C'était  Tannée  précédente,  1726,  que 
Foinard,  joignant  l'exemple  au  précepte,  avait  fait  imprimer 
son  Breviarium  ecclesiasticum,  Le  coup  était  hardi  de  la 
part  d'un  homme  qui  alors  n'avait  plus  aucune  juridiction, 
s'étant  démis  de  sa  Cure  de  Calais.  Aussi,  n'ayant  ni  Diocèse, 
ni  Paroisse  même  à  qui  le  destiner  et  dont  il  pût  lui  donner 
le  nom  ,  il  jugea  convenable  d'en  faire  le  Bréviaire  de  l'E- 
glise ,  et  l'ouvrage  parut  sous  ce  titre  :  Breviarium  eccle- 
siasticum  ,  editi  jarn  prospectus  executionem  exhibens.  Ainsi 
sa  Liturgie,  après  avoir  été  à  l'état  de  prospectus ,  existait 
enfin  en  réalité. 

De  si  grands  avantages  émurent  plusieurs  diocèses  ,  et  on 
remarqua  bientôt  un  nouveau  mouvement  dans  la  Liturgie. 
Les  Bréviaires  qu'on  avait  réformés  dans  les  dernières  années 
du  dix-septième  siècle  et  dans  les  premières  du  dix-huitième, 
tout  en  présentant  de  fâcheuses  imitations  de  celui  de  Fran- 
çois de  Harlay ,  ne  s'étaient  pas  cependant  écartés  d'une 
manière  énorme  de  l'ancien  fonds  Grégorien  de  l'Office  (1). 
On  avait  hésité  à  se  lancer  tout-à-fait  dans  la  nouveauté  : 
mais ,  après  1720  ,  on  osa  franchir  le  pas  et  embrasser  dans 
toute  son  étendue  la  responsabilité  d'une  nouvelle  création 

(1)  Parmi  ces  Bréviaires  nous  citerons  ceux  de  Senez  (  1700  ) ,  de 
Lisieux  (1704) ,  de  Narbonne  (1709) ,  de  Meaux  (1713),  d'Angers  (1716), 
deTroyes  (1718) ,  etc.  Il  y  a  de  mauvaises  intentions  dans  plusieurs  de 
ces  Bréviaires.  Généralement ,  celui  de  Cluny  a  trop  influé  sur  leur 
rédaction  ;  mais  ils  sont  loin  d'être  à  la  hauteur  de  ceux  dont  il  nous 
reste  a  parler.  .     . 


280  INSTITUTIONS 

liturgique.  Ainsi,  le  Diocèse  de  Sens  qui  avait  reçu,  en  1702, 
de  son  Evoque,  Ilardouin  de  la  Iloguette,  un  Bréviaire  encore 
assez  pur,  fut  obligé,  dès  1725  ,  d'en  accepter  un  autre  des 
mains  de  Denys-François  Bouthillier  de  Chavigny.  Ce  se- 
cond Bréviaire,  comme  nous  Pavoue  Languet,  successeur 
de  Chavigny,  dans  sa  controverse  avec  l'Evêque  de  Troycs , 
avait  eu  pour  rédacteur  un  homme  de  parti  qui  s'était  appli- 
qué à  y  faire  entrer,  à  l'aide  de  passages  de  l'Ecriture  choisis 
dans  un  but  suspect ,  les  principes  de  la  secte  Janséniste  (1). 

Daniel-Charles-Gabriel  de  Caylus ,  Evoque  d'Auxerre ,  le 
même  qui,  après  avoir  suivi  pendant  douze  ans  la  doctrine 
Catholique  contre  le  Jansénisme ,  se  déclara  pour  cette  hé 
résie,  peu  de  jours  après  la  mort  de  Louis  XIV,  et  en  fu 
jusqu'à  la  fin  l'un  des  plus  opiniâtres  champions,  ne  man 
qua  pas  de  doter  son  Diocèse  d'une  nouvelle  Liturgie.  L 
Bréviaire  donné  par  le  Prélat,  en  1726,  eut  pour  principa 
rédacteur  Jean-André  Mignot,  Grand-Vicaire  de  Caylus,  e 
son  complice  dans  les  mêmes  doctrines. 

En  1728,  nous  trouvons  le  Bréviaire  de  Bouen,  publié  pa 
l'Archevêque  Louis  de  La  Vergne  de  Tressan,  et  rédigé  pa 
le  Docteur  Urbain  Robinet,  personnage  de  sentiments  orthe 
doxes,  il  est  vrai ,  et  dont  l'œuvre  n'a  rien  qui  tende ,  soit  d 
rectement ,  soit  indirectement ,  au  dogme  Janséniste  pre 
prement  dit ,  bien  qu'elle  n'en  soit  pas  moins  le  produit  d't 
amour  effréné  de  la  nouveauté.  Comme  nous  devons  parl< 
à  loisir ,  dans  un  autre  endroit,  du  Docteur  Robinet,  noi 
nous  bornerons  à  mentionner  ici  son  premier  essai  litu 
gique ,  et  nous  ferons  observer  en  même  temps  combien 
était  déplorable  que  l'Eglise  de  Rouen  qui ,  dans  le  Conci 
Provincial  de  1581  (2) ,  avait  décrété  si  solennellement  Y 


(1)  Voyez  ci-dessus,  page  223. 

(2)  Vid.  tome  I.  page  460. 


LITURGIQUES.  287 

doption  du  Bréviaire  de  saint  Pie  V,  et  qui  avait  pris  soin  de 
s'y  conformer  dans  les  éditions  de  1587,  1594  et  1626,  se 
livrât  désormais,  pour  la  Liturgie,  à  la  merci  d'un  simple  par- 
ticulier. 

Le  Diocèse  d'Orléans  participa  au  bienfait  d'une  Liturgie 
régénérée.  Dès  1693  ,  il  avait  reçu  du  Cardinal  Pierre  du 
Cambout  de  Coislin ,  un  Bréviaire  déjà  modernisé ,  mais  qui 
gardait  cependant  !a  plus  grande  partie  des  prières  antiques. 
Louis  Gaston  Fleuriau  d'Àrmenonville  le  dota,  en  1751,  d'un 
nouveau  Bréviaire  rédigé  d'après  les  principes  de  Foinard 
et  de  Grancolas.  L'auteur  de  ce  travail  était  Jean-Baptiste 
Le  Brun  Desmarettes,  fils  d'un  libraire  de  Rouen  qui  fut 
condamné  aux  galères  pour  avoir  imprimé  des  livres  en  fa- 
veur de  Port-Royal.  Le  fils  élevé  par  les  Solitaires  de  cette 
maison ,  garda  toute  sa  vie  un  grand  attachement  pour  ses 
anciens  maîtres  et  pour  leur  doctrine  ;  attachement  qui  l'en- 
traîna dans  certaines  démarches  par  suite  desquelles  il  fut 
renfermé  à  la  Bastille  durant  cinq  ans  :  encore,  n'en  sortit-il 
qu'à  la  condition  de  signer  le  formulaire.  Il  est  vrai  qu'il  ré- 
tracta cet  acte  d'orthodoxie,  en  1717,  et  se  porta  appelant 
de  la  Bulle  Unigenitus.  Etant  tombé  malade  et  craignant  un 
refus  de  Sacrements ,  il  se  traîna  à  l'Eglise  pour  faire  ses 
Pâques,  le  dimanche  des  Rameaux  1731 ,  et  mourut  le  len- 
demain. Il  avait  pris  l'Ordre  d'Acolythe  et  ne  voulut  jamais 
entrer  dans  les  Ordres  Sacrés  (1).  Ce  fut  d'un  pareil  homme 
que  l'Eglise  d'Orléans  consentit  à  apprendre  la  manière 
de  célébrer  les  louanges  de  Dieu  (2).  Il  y  avait  en  cela  une 
humilité  sans  exemple.  Dans  tous  les  cas ,  c'est  une  chose 

(1)  Vid.  Biographie  universelle ,  Feller,  Picot,  etc. 

(2)  Dès  1729,  Le  Brun  Desmarettes  avait  pu  jouir  du  succès  de  son 
œuvre  liturgique.  Le  Bréviaire  de  Nevers ,  publié  cette  année-là ,  était 
de  sa  rédaction. 


288  INSTITUTIONS 

bien  curieuse ,  mais  non  pas  unique ,  comme  nous  venons 
bientôt,  que  le  Clergé  d'Orléans  pût  se  trouver  en  même  temps 
obligé  par  ses  devoirs  de  refuser  les  Sacrements  à  Le  Brun 
Desmarettes,  et  d'autre  part  contraint  d'emprunter  la  voix 
du  même  Le  Brun  Desmarettes  pour  satisfaire  à  l'obligation 
de  la  prière  publique.  Le  Mandement  de  l'Evêquc  d'Orléans, 
pour  la  publication  du  nouveau  Bréviaire ,  était  fort  signifi- 
catif dans  le  sens  des  nouvelles  théories.  On  y  faisait  ressortir 
principalement  les  grands  avantages  d'un  Bréviaire  com- 
posé des  paroles  de  l'Ecriture  Sainte,  c  Dans  cette  réforme 
»  du  Bréviaire ,  y  était-il  dit ,  nous  nous  sommes  proposé  de 

>  faire  choix  des  choses  les  plus  propres  à  louer  Dieu  et  à 
»  l'apaiser,  en  même  temps  qu'à  instruire  les  Clercs  de  leurs 
»  devoirs.  Comme  rien  ne  nous  a  semblé  plus  capable  d'at- 

>  teindre  ce  but  que  l'emploi  des  propres  paroles  des  divines 
»  Ecritures  (  car,  dit  le  saint  Evêque  et  Martyr  Cyprien ,  c'est 
»  une  prière  amie  et  familière  que  celle  qui  s'adresse  à  Diet 
»  comme  venant  de  lui  ) ,  nous  avons  jugé  qu'il  ne  fallait  rier 
»  admettre  dans  les  Antiennes ,  les  Versets  et  les  Répons  qu 
»  ne  fut  extrait  des  livres  saints,  en  sorte  que  dans  toute 
»  ces  pièces ,  ou  Dieu  nous  parle,  ou  il  nous  fournit  les  pa 
»  rôles  que  nous  lui  adressons.  Et  cette  résolution  n'a  poin 

>  été  chez  nous  une  témérité  ;  car  si ,  suivant  saint  Augustin 
»  Dieu  non  seulement  se  loue  lui-même  dans  les  Ecritures,  afi 
»que  les  hommes  sachent  comment  il  doit  être  loué,  mais  en 
i  core  s'il  a  préparé  dans  les  mêmes  Ecritures  des  remèdi 
»  nombreux  propres  à  guérir  toutes  les  langueurs  de  notre  aro< 
»  et  qui  doivent  être  administrés  par  notre  ministère ,  quan 
ton  fait  les  divines  lectures  dans  V Eglise;  quoi  de  plus  digr 
»  de  Dieu  et  de  plus  utile  pour  nous  que  de  pouvoir  empruj 

>  ter  aux  livres  sacrés ,  c'est  à  dire  à  Dieu  même  tout  ce  qi 

>  notre  bouche  fait  entendre  ,  quand  nous  chantons  1 


LITURGIQUES.  289 

»  louanges  de  Dieu  ?  Certes ,  ces  choses  ne  déplairont  point  à 
»Dieu,  puisqu'elles  ont  Dieu  même  pour  auteur  ;  elles  détrui- 
iront  l'aveuglement  du  cœur,  elles  guériront  l'âme,  puisque  la 
i  parole  de  Dieu  guérit  toutes  choses,  ayant  été  écrite  pour  illu- 
i  miner  les  yeux  et  convertir  les  âmes  (1). 

Il  était  facile  de  répondre  à  ces  belles  paroles ,  d'abord , 
que  Luther,  Calvin  etQuesnelse  sont  exprimés  en  des  termes 
analogues  sur  la  suffisance  de  la  Bible  ;  que  la  Constitution 
Unigenitus,  véritable  palladium  de  la  foi,  au  dix-huitième 
siècle,  ne  pouvait  plus  subsister  du  moment  que  les  Evêques 
affecteraient  ainsi  l'éloge  et  l'emploi  des  Ecritures,  sans  re- 
commander avec  une  égale  force  l'importance  de  la  Tradi- 
tion, qui  est  divine  comme  les  Ecritures,  qui  seule  constate 
leur  autorité,  seule  les  interprète;  que  si  les  paroles  de  la 
Bible,  arrangées  en  formules  liturgiques,  ne  peuvent  dé- 


(1)  In  hujus  autem  Brevïarii  recognitîone  hoc  nobîs  propositum  est, 

Mt  ea,  quae  ad  Deum  laudandum  simal  et  placandum,  et  ad  Clericos 

Officii  admoaendos  essent  magis  idonea,  seligerentur.  Cum  vero  ad  id 

assequendum  nihil  magis  expedire  videatur,  quam  si  ipsametdivina- 

rura  Scripturarum  verba  adhibeantur  (  arnica  enim  et  familiaris  est 

oratio,  inquit  sanclus  Martyr  et  Episcopus  Cyprianus,  Deum  de  suo 

!    rogare) ,  nihil  Antiphonis,  nihil  Versiculis,  et  Responsoriis inserendum 

esse  duxinius ,  quod  ex  Scripturis  Sacris  non  sit  desumptum,  ita  ut  iiîs 

omnibus  vel  Deus  ipse  nos  loquatur,  vel  verba  suppeditet ,  quibus  ip- 

*   sum  alloquamur.  ]Nec  teinere  ad  id  impulsi  sumus.  Nam  si  Deus  juxta 

sanctum  Augustinum  non  solum  in  Scripturis  se  ipsum  laudat,  ut 

sciant  hommes,  qiiomolo  laudandus  sit,  sed  etiam  ut  curet  et  sanet 

omnem  animœ  languorcm,  multa  medicamenta  de  iisdem  Scripturis 

profert,  quœ  per  ministerium  nostrum  adhibenda  sunt ,  cum  lectiones 

dwinœ  in  Ecclesia  legumur.  Quid  Deo  dignius  et  nobis  esse  potest 

utilius,  quam  si  quidquid  personamus,  cum  Dei  laudes  canimus, 

quantum iieri  potest ,  ex  libris  sacris,  id  est,  ab  ipso  Deo  mutuemur? 

Quae  Deo  sine  dubio  non  dispiicebunt,  cum  Deum  autorem  habent  ;  et 

cœcitatem  cordis  avertent,  animamque  sanabunt;  cum  sermo  Dei  sanet 

omnia,  et  ideo  scriptus  sit  ut  illuminet  oculos,  et  animas  convertat. 

T.  II.  19 


290  INSTITUTIONS 

plaire  à  Dieu,  auteur  de  l'Ecriture,  il  n'est  pas  également 
évident  que  Dieu ,  auteur  de  la  Tradition ,  doive  voir  avec 
faveur  qu'on  efface  cette  Tradition ,  et,  qui  plus  est,  que 
d'innombrables  passages  des  Ecritures  choisis  et  employés 
depuis  tant  de  siècles,  et  en  tous  lieux,  dans  les  divins  Of- 
fices par  l'Eglise,  seul  juge  et  interprète  de  l'Ecriture,  cèdent 
la  place  à  d'autres  passages  choisis  aujourd'hui  ou  hier,  pour 
l'usage  de  l'Eglise  d'Orléans,  par  un  hérétique;  que  le  Bré 
viaire  d'Orléans,   comme  tous   les  autres,  renferme  un< 
grande  quantité  de  passages  de  l'Ecriture ,  mis  en  Antienne 
et  en  Répons,  et  dans  lesquelles  le  texte  sacré  n'exprim» 
ni  un  discours  de  Dieu  à  l'homme  ,  ni  une  parole  de  l'homni 
à  Dieu  ;  que  la  fameuse  parole  de  saint  Cyprien ,  arnica  e 
faut iliaris  oratio  est  Deum  de  suo  rogare ,  parole  vraie  de  tou 
point  quand  il  s'agit  de  l'Oraison  Dominicale,  au  sujet  d 
laquelle  il  l'a  dite  (  1  ) ,  est  complètement  sans  applicatio 
quand  il  s'agit  de  la  presque  totalité  des  pièces  liturgique 
empruntées  à  l'Ecriture  par  le  Bréviaire  d'Orléans  et  1< 
autres  ;  outre  que,  Dieu  étant  l'auteur  de  la  Tradition  aus 
bien  que  de  l'Ecriture,  on  peut  dire  dans  un  sens  que  c'e 
louer  Dieu  de  suo  que  de  lui  adresser  les  prières  que  l'Egli: 
a  composées  avec  son  assistance,  et  que  l'usage  des  siècles 
sanctifiées  de  plus  en  plus;  enfin  que,  comme  le  dit  avec  u 
grande  vérité  l'Archevêque  Languet,  les  centons  bibliqu 
dont  sont  garnis  les  nouveaux  Bréviaires,  c  ne  peuvent  av(  • 
>  d'autre  autorité  que  celles  d'un  Evoque  particulier,  homi } 
»  sujet  à  erreur,  et  d'autant  plus  sujet  à  erreur  qu'il  est  se  , 
»  qu'il  introduit  des  choses  nouvelles,  qu'il  méprise  l'an- 
>quité  et  l'universalité  (2).  >  Nous  aurons  à  revenir  sur  t<t 


(1)  Vid.  tomel.  page  78. 

(2)  Vid.  ci-dessus,  page  106. 


LITURGIQUES.  291 

ceci  dans  la  partie  de  cet  ouvrage  où  nous  traiterons  de 
l'autorité  de  la  Liturgie  :  mais,  notre  rôle  d'historien  dans 
des  matières  si  négligées  depuis  long-temps,  nous  oblige  par- 
fois d'introduire  dans  notre  récit  une  sorte  de  polémique.  Nous 
le  faisons  à  regret ,  mais  la  crainte  de  n'être  pas  suffisamment 
compris  nous  contraint  d'effleurer  ainsi  la  partie  doctrinale 
de  cet  ouvrage ,  avant  d'être  arrivé  à  la  discussion  théo- 
rique. Le  lecteur  voudra  bien  excuser  ces  anticipations  que 
nous  ne  nous  permettons  que  dans  l'intérêt  de  plusieurs. 
De  toutes  les  choses  qu'on  ignore  aujourd'hui ,  l'histoire 
même  contemporaine  de  la  Liturgie  est  peut-être  la  plus 
ignorée.  C'est  un  fait  dont  nous  recueillons  de  toutes  parts 
l'ingénue  confession. 

L'année  4736  est  à  jamais  fameuse  dans  les  fastes  de  la 
Liturgie,  par  l'apparition  du  Bréviaire  de  Paris  publié  par  l'Ar- 
chevêque Vintimille.  Avant  d'entamer  le  récit  de  la  publication 
de  ce  livre  célèbre ,  nous  signalerons ,  en  passant ,  un  autre 
événement  d'une  importance  majeure.  En  1737,  la  sainte  et 
vénérable  Eglise  de  Lyon,  qui  jusqu'alors  avait  gardé  religieu- 
sement la  forme  auguste  de  ses  Offices ,  dans  lesquels  l'an- 
i  cien  rite  Romain  se  mariait  à  de  vénérables  réminiscences  de 
i  l'antique  Liturgie  Gallicane ,  voyait  porter  atteinte  à  ce  pré- 
cieux dépôt.  L'Archevêque  Charles-François  de  Châteauneuf 
de  Rochebonne  inaugurait  un  Bréviaire  dans  lequel  une 
I  chose  aussi  grave  que  la  division  du  Psautier  était  sacrifiée , 
,  malgré  sa  forme  séculaire ,  à  de  nouvelles  théories  d'arran* 
gement ,  toujours  dans  le  but  d'abréger  les  Offices  divins.  Le 
i  (nombre  des  formules  traditionnelles  était  diminué ,  les  lé- 
gendes des  Saints  soumises  à  une  critique  exagérée;  enfin,  si 
l'Eglise  de  Lyon  ne  se  voyait  pas  privée  dans  une  proportion 
plus  considérable  du  trésor  de  ses  vénérables  prières,  c'est  que, 
fort  heureusement ,  le  Prélat  qui  lui  donnait  le  nouveau  Bré- 


292  INSTITUTIONS 

viaire  avait  été  retenu  par  l'inconvénient  qu'il  y  aurait  eu  de  dé- 
roger à  cet  usage  de  Lyon,  en  vertu  duquel  on  chanlait  encore 
sans  livre  les  Heures  Canoniales  (1).  Nous  verrons  bientôt  un 
Archevêque  de  Lyon  que  cette  considération  n'arrêtera  pas. 

L'Eglise  de  Paris  et  son  nouveau  Bréviaire  vont  donc  nous 
occuper  maintenant,  la  même  Eglise  de  Paris  qui,  au  moyen- 
àge,  communiquait  à  un  si  grand  nombre  d'autres  les  poé- 
tiques et  harmonieuses  richesses  de  sa  Liturgie  Romaine- 
Française.  Nous  allons  la  voir  recueillant,  dans  une  œuvre 
trop  fameuse,  tout  ce  que  renfermaient  de  nouveautés  sus- 
pectes, de  formes  audacieuses,  et  le  Bréviaire  de  François 
de  Harlay,  et  celui  de  Cluny,  et  les  Projets  de  Foinard  ei 
Grancolas,  et  les  essais  tentés  à  Sens ,  à  Auxerre,  à  Rouen. 
à  Nevers,  à  Orléans,  etc. 

Toutefois,  il  y  eut  une  transition  de  la  Liturgie  de  Harlaj 
à  celle  de  Vinlimille.  Le  Cardinal  de  Nouilles,  le  même  qui 
durant  sa  longue  occupation  du  Siège  de  Paris,  fatigua  5 
long-temps  de  sa  mesquine  et  opiniâtre  rébellion  le  Sicg 
Apostolique  et  la  Cour  de  France,  ne  pouvait  manquer  d 
laisser  dans  les  livres  Parisiens  quelques  traces  de  son  pas 
saçe.  Nous  trouvons  deux  éditions  du  Bréviaire  de  Par 
données  par  son  autorité,  celle  de  1098  et  celle  de  1714, 
une  du  Missel,  en  170(3.  L'édition  du  Missel  paraît  avoir é 
dirigée  par  François  Vivant,  Pénitencier  de  Notre-Dame 
Grand-Vicaire  du  Cardinal,  auquel  on  doit  attribuer  la  pi 
part  des  Proses  qui  s'y  trouvent  (2).  Les  Lettres  Pastoral 

(1)  Equidem  prisca  Ecclesiie  nostrae  lege  coarctatis,  juxta  qu 
sine  codice  Officiuui  noeturnum  ,  diurnumque  persolvi  consnev 
nova  Responsoria ,  novasque  Antiphoms  pluriuaasex  Scriptura  coin 
nandi  nobis  copia  non  fuit,  ne  totinutuionibus  inter  turbaretur( 
ciuoa,  et  ab  aetate  teiicrrinaa  choro  nostro  addictis  fieret  inipo>sil 
sacroruui  Canticorunrpraxis  inexperta. 

(2)  Picot,  dans  l'article  Vivant,  en  la  Biographie  uuiversolle. 


LITURGIQUES.  295 

placées  en  tête  du  Bréviaire  et  du  Missel  portent  expressé- 
ment que  l'on  n'a  voulu  faire  aucuns  changements  graves 
aux  livres  de  François  de  Harlay  dont  on  vante  la  perfection  , 
et,  en  effet,  il  y  a  très  peu  de  différences  entre  les  Bréviaires 
et  Missels  de  ces  deux  Archevêques.  - 

Cependant,  nous  signalerons  quelques  traits  fortement 
caractéristiques.  François  de  Harlay  avait  répudié  les  tra- 
ditions de  l'Eglise  Romaine  et  celles  de  l'Eglise  de  Paris,  sur 
sainte  Marie-Magdeleine,  et  dans  l'Office  de  cette  Sainte,  il 
avait  professé  expressément  la  distinction  de  Marie ,  sœur  de 
Lazare,  et  de  Marthe,  d'avec  l'illustre  pécheresse,  amante 
du  Christ.  11  y  avait  quelque  chose  de  mieux  à  faire  encore  ; 
c'était,  en  continuant  de  céiébrer  la  fête  de  sainte  Marie- 
Magdeleine,  le  22  juillet,  de  consacrer  un  autre  jour  à  la 
mémoire  de  Marie  de  Béthanie.  Les  fidèles  ne  seraient  plus 
exposés  à  s'y  méprendre  et  à  retomber  dans  les  préjugés 
insoutenables  de  l'Eglise  Romaine.  Il  est  vrai  que  si,  pour- 
tant, Marie  de  Béthanie  et  Marie-Magdeleine  sont  une  seule 
et  même  personne ,  l'acte  souverain  de  Louis-Antoine  de 
Noailles,  pour  les  scinder  en  deux,  ne  pouvait  avoir  d'effet 
que  dans  le  Bréviaire;  car  Dieu  même  ne  pourrait  faire 
iqu'une  personne  unique  durant  sa  vie  ,  en  puisse  jamais  for- 
mer deux  après  sa  mort.  Toutefois,  comme  le  Gallicanisme, 
qui  refuse  à  l'Eglise  le  pouvoir  sur  les  choses  terrestres ,  n'a 
pas  si  généreusement  renoncé  à  l'empire  sur  les  choses  cé- 
lestes ,  comme  nous  le  verrons  encore  ailleurs ,  le  Bréviaire 
idu  Cardinal  portait,  sur  le  Calendrier,  au  4  9  janvier,  ces  mots  : 
Mariœ  Beihanidis,  sororis  Lazari  et  Marthœ,  en  même  temps 
ju'au  22  juillet,  ceux-ci  :  Mariœ  Magdalenœ. 

En  si  beau  chemin,  il  était  difficile  de  s'arrêter.  François 
le  Harlay,  dans  ses  livres  liturgiques,  avait  vilipendé  les 
glorieuses  traditions  de  l'Eglise  de  Paris  sur  l'Aréopagilisme 


294  INSTITUTIONS 

de  son  saint  Apôtre  ;  mais  il  n'en  était  cependant  pas  venu 
jusqu'à  inaugurer  à  un  jour  spécial  la  fête  d'un  saint  Denys 
l'Aréopagite  qui  ne  fut  pas  l'Evêque  de  Paris.  Le  Cardinal  de 
IS'oailles  le  fit.  Son  Calendrier  portait,  au  3  octobre,  ces  mots: 
Dionysii  Areopagitœ  ,  Athenarum  Episcopi  et  Martyris ,  et 
plus  bas  ,  au  9  du  même  mois ,  ceux-ci  :  Dionysii ,  primi 
Parisiorum  Episcopi,  et  Sociorum  ejus  Martyrum.  Il  n'est 
pas  nécessaire  d'être  profondément  versé  dans  les  antiquités 
ecclésiastiques  pour  savoir  que  plusieurs  anciens  Martyro- 
loges portent  en  effet  le  nom  de  saint  Denys  au  3  octobre  ; 
mais,  outre  que  les  partisans  de  l'Aréopagitisme  de  saint  De- 
nys de  Paris  satisfont  à  cette  objection ,  était-ce  au  Bréviaire 
de  Paris  de  rétracter  et  de  flétrir  d'une  manière  aussi  humi- 
liante ses  propres  traditions,  tandis  que  la  presque  universaliti 
des  Eglises  t  tant  de  l'Orient  que  de  l'Occident ,  s'unit  encor» 
pour  la  féliciter  de  ce  qu'elle  a  reçu  la  foi  par  le  ministère  d 
l'illustre  disciple  de  saint  Paul?  C'est  une  triste  condition  qu 
celle  de  ces  Liturgies  locales,  et,  par  là  même ,  mobiles 
d'être  condamnées  à  ressentir  le  contre-coup  des  révolutior 
que  la  mode  introduit  et  que  le  retour  à  des  idées  plus  saine 
peut  anéantir.  L'un  des  oracles  de  la  critique  moderne 
dit  :  «  L'opinion  qui  identifie  saint  Denys  l'Aréopagite  ave 
»  saint  Denys  de  Paris ,  née  du  temps  de  Louis-le-Débonnair* 
»  est  beaucoup  moins  ancienne  que  celle  qui  a  rendu  sai 
»  Denys  l'Aréopagite  auteur  de  divers  ouvrages  qui  ont  coi 
»  mencé  à  paraître  sous  son  nom  plus  de  quatre  cents  a: 
»  après  sa  mort.  Mais  elle  ne  vivra  point  apparemment  pi 
>  long-temps ,  et  l'on  peut  attribuer  au  siècle  de  Louis-1 
i  Grand  la  gloire  de  les  avoir  ensevelies  dans  le  même  toi 
>beau  (1).  »  Ainsi  parlait  Adrien  Baillet,  en  1701  ;  mais  si 

(1)  Baillet.  Fies  des  Saints.  Tome  X.  au  3  octobre,  page  72. 


LITURGIQUES.  295 

dix -neuvième  siècle  voit  ressusciter  ces  deux  opinions, 
qui  sont  du  nombre  des  opinions  de  l'Eglise  Romaine ,  que 
deviendra  le  Calendrier  actuel  de  Paris  ?  Quels  cartons  ne 
faudra-t-il  pas  pour  le  Missel  et  le  Bréviaire  de  cette  Eglise? 

Quoique  les  changements  faits  au  Missel  de  Harlay  par 
le  Cardinal  de  Noailles  fussent  assez  légers,  on  remarqua 
néanmoins  qu'on  avait  fait  quelques  additions.  Nous  en 
signalerons  une  entre  autres  dans  la  fameuse  Postcommu- 
nion de  saint  Damase ,  au  11  décembre ,  laquelle  est  entrée 
de  plein  pied  au  Missel  de  Vintimille ,  et  de  là  dans  la  presque 
totalité  des  Missels  français.  La  voici  :  Nullum  primum  nisi 
Christum  sequentes ,  et  Cathedrœ  Pétri  communione  consocia- 
tos ,  da  nos,  Deus,  Agnum  semper  in  ea  domo  comedere  in 
qua  Beatus  Damasus  successor  piscatoris  et  discipulus  crucis 
meruit  appellari. 

Ceux  de  nos  lecteurs  qui  connaissent  la  fameuse  lettre  de 
saint  Jérôme  au  Pape  saint  Damase  reconnaîtront  tout  d'a- 
bord que  cette  Postcommunion  est  entièrement  composée  de 
paroles  tirées  de  cette  lettre  ;  mais  en  quel  sens  ont-elles  été 
détournées  !  D'abord ,  ces  mots  Nullum  primum  nisi  Chris- 
tum sequentes ,  séparés  du  reste  de  cette  magnifique  Epître 
dans  laquelle  saint  Jérôme  célèbre  si  éloquemment  la  Prin- 
cipauté Apostolique,  qu'expriment-ils,  dans  leur  isolement  du 
contexte ,  sinon  que  les  fidèles  n'ont  point  d'autre  Chef  que 
Jésus-Christ?  Certes,  si  saint  Jérôme  eût  vécu  au  temps  de 
Luther  ou  de  Jansénius,  il  eût  marqué  avec  son  énergie  or- 
dinaire que  s'il  n'entendait  suivre  d'autre  Chef  que  Jésus- 
Christ,  il  ne  voulait  parler  que  du  Chef  invisible,  sans  préju- 
dice de  cet  autre  Premier,  de  ce  Chef  visible  qui  est  le  Pontife 
Romain.  Et  ces  paroles  Cathedrœ  Pétri  Communione  conso- 
ciatos  signifiaient-elles  uniquement  dans  la  bouche  de  saint 
Jérôme  un  simple  lien  extérieur,  sans  dépendance  sous  le 


296  INSTITUTIONS 

double  rapport  de  la  foi  et  de  la  discipline  ?  C'est  ainsi ,  on 
le  sait,  que  l'entendent  les  Jansénistes,  témoins  lesEvêques 
de  l'Eglise  d'Utrecht  et  ceux  de  l'Eglise  Constitutionnelle  de 
France,  leurs  disciples.  Mais  ce  n'est  pas  là  le  sens  de  saint 
Jérôme  qui ,  dans  la  même  Epître,  inquiet  de  savoir  s'il  faut 
dire  une  hypostase  ou  trois  hypostases,  demande  au  Pape  de 
décider  souverainement  sur  celle  question  :  Decernite,  et 
non  timebo  très  hypostases  dicere;  de  saint  Jérôme,  disons- 
nous,  qui  ne  se  borne  pas  à  dire  qu'il  est  uni  de  Communion 
à  la  Chaire  de  Pierre,  mais  qui  entend  cette  Communion  d'un 
lien  tellement  fort,  d'une  union  tellement  intime,  qu'il  ne 
craint  pas  d'appliquer  au  Pape  ces  paroles  que  Jésus-Christ 
dit  de  lui-même  :  Qui  tecum  non  colligit  dispergit. 

La  dernière  partie  de  la  Poslcommunion,  moins  impor- 
tante ,  il  est  vrai ,  offre  encore  matière  à  observation.  On  voit 
que  l'auteur  profite  des  paroles  de  saint  Jérôme,  pour  flétrir 
à  propos  de  l'humilité  de  saint  Damase,  ce  que  la  secte  appelle 
le  faste  et  l'orgueil  de  la  Cour  Romaine.  On  y  demande  à  Dieu 
la  grâce  de  manger  l'Agneau  dans  cette  maison  où  Damase  a 
mérité  d'être  appelé  le  successeur  du  pêcheur  et  le  disciple  de 
la  Croix.  Cependant  on  pourrait,  avec  vérité,  faire  obser- 
ver  à  François  Vivant  que  Clément  XI  fut  le  digne  successeur 
du  pêcheur,  et  un  sincère  disciple  de  la  Croix ,  bien  qu'il  ait 
cru  devoir  écraser  l'hydre  Janséniste  par  la  Bulle  Unigenitus, 
et  coni  amner  comme  hérétiques  ceux  qui  ne  se  soumet- 
traient pas  aux  décisions  [decernite)  Apostoliques,  malgré  qu'on 
les  entendît  crier  de  toutes  parts  qu'ils  étaient  et  voulaient 
être  toujours  unis  de  communion  avec  l'Eglise  de  Rome. 

Mais  il  ne  s'agit  plus  maintenant  de  quelques  altérations 
faites  aux  livres  liturgiques  de  Paris,  qui,  comme  nous  l'a- 
vons remarqué ,  sont  encore  demeurés  conformes ,  pour  la 
plus  grande  partie,  à  ceux  de  Rome,  en  dépit  des  innovations 


LITURGIQUES.  297 

de  François  de  Harlay,  et  même  de  son  successeur.  L'Eglise 
de  Paris  va  voir  substituer  en  masse,  aux  Offices  Grégoriens 
qu'elle  chante  depuis  le  huitième  siècle ,  un  corps  d'Offices 
nouveaux,  inconnus,  inouis,  fabriqués  à  neuf  par  de  simples 
particuliers,  un  prêtre ,  un  acolyte ,  un  laïque ,  et  cet  événe- 
ment va  entraîner  dans  la  plus  grande  partie  de  la  France  la 
ruine  complète  de  l'œuvre  de  Charlemagne  et  des  Pontifes 
Romains. 

Vers  l'année  1725,  François-Nicolas  Vigier,  Prêtre  de  l'O- 
ratoire et  successeur  de  Duguet  en  la  charge  de  Supérieur 
du  Séminaire  de  Saint-Magloire ,  s'étant  livré  aussi  à  la  com- 
position d'un  Bréviaire ,  suivant  les  idées  nouvelles  ,  se 
trouvait  en  mesure  de  faire  jouir  le  public  du  fruit  de  ses 
labeurs.  Ce  personnage  obscur  devait  être  l'instrument  de 
la  plus  grande  révolution  liturgique  que  l'Eglise  de  France 
ait  vue  depuis  le  huitième  siècle.  Il  avait  enfanté  le  Bréviaire 
de  Paris.  Cependant ,  ce  n'était  point  à  cette  Eglise  en  par- 
ticulier qu'il  avait  destiné  son  chef-d'œuvre.  Le  Cardinal  de 
Noailles ,  qui  mourut  en  1728 ,  avait  refusé  de  l'adopter. 
François  Armand  de  Lorraine,  Evêque  de  Bayeux,  avait  paru 
mieux  disposé  ;  mais  son  Chapitre  s'était  retranché  dans  une 
si  courageuse  opposition ,  que  le  Prélat  s'était  vu  contraint 
de  se  désister  de  son  entreprise. 

Il  n'est  pas  difficile  de  comprendre  les  motifs  de  cette  résis- 
tance; c'était  le  sentiment  de  la  foi  qui  se  révoltait  contre 
une  œuvre  suspecte.  On  savait  que  le  P.  Vigier  appartenait 
à  un  corps  profondément  gangrené  par  l'hérésie  Janséniste , 
et ,  quant  à  lui-même ,  bien  qu'il  n'eût  pas  appelé  de  la  Bulle , 
sa  réputation  n'en  était  pas  moins  celle  d'un  homme  rebelle 
dans  le  fond  de  son  cœur.  Au  reste ,  il  le  fit  bien  voir  lorsque, 
ayant  été  élu  Assistant  de  son  Général ,  le  P.  de  la  Valette , 
en  1746,  il  composa,  pour  aider  à  la  pacification  des  esprits 


29$  INSTITUTIONS 

dans  sa  Congrégation,  sur  le  sujet  des  controverses  du  temps, 
un  Mémoire  dans  lequel  il  écartait  de  la  Bulle  le  caractère 
et  la  dénomination  de  Règle  de  foi ,  la  qualifiant  simplement 
de  règlement  provisoire  de  police  qui  n'obligeait  qu'à  une 
soumission  extérieure.  Le  Bréviaire  du  P.  Vigier  ne  démen- 
tait pas  trop ,  comme  on  va  le  voir,  une  pareille  manière  de 
penser  dans  son  auteur  :  mais  il  fallait  un  patron  à  ce  livre. 
Dieu  permit ,  dans  son  impénétrable  conduite ,  qu'il  trou- 
vât ce  patron  dans  Charles-Gaspard  de  Vinlimille,  qui  venait 
de  succéder  au  Cardinal  de  Noailles  sur  le  siège  de  la  capi- 
tale. Ce  Prélat,  qui  avait  occupé  successivement  les  sièges  de 
Marseille  et  d'Aix,  parvint  à  celui  de  Paris  vers  sa  soixante- 
quinzième  année.  Homme  de  ménagements  et  de  tolérance , 
il  essaya  de  tenir  le  milieu  entre  les  Appelants  et  les  partisans 
de  la  Bulle.  Toutefois»  il  fit  fermer  le  cimetière  de  Saint- 
Médard,  profané  parles  honteux  miracles  du  Diacre  Paris; 
il  eut  même  l'honneur  de  voir  condamné,  par  le  Parlement 
de  Paris,  un  Mandement  qu'il  avait  publié  contre  les  Nou- 
velles Ecclésiastiques  ;  mais ,  en  même  temps ,  on  savait  qu'il 
avait  écrit,  sous  la  date  du  22  mai  1731 ,  au  Cardinal  de 
Fleury,  une  lettre  fameuse  ainsi  conçue  :  «  Ma  foi,  Mon- 
»  seigneur,  je  perds  la  tête  dans  toutes  ces  malheureuses 
»  affaires  qui  affligent  l'Eglise.  J'en  ai  le  cœur  flétri,  et  je  ne 
»  vois  nul  jour  de  soutenir  cette  Bulle  en  France ,  que  par  un 
»mojen  qui  est  de  nous  dire,  à  la  franquette,  les  uns  aux 
»  autres,  ce  que  nous  entendons  par  chacune  des  propositions, 
»quel  en  est  le  sens,  le  bien  que  nous  approuvons,  le  mal 
>que  nous  rejetons,  et  après,  frapper  brutalement  sur  les 
>  uns  et  sur  les  autres  qui  ne  voudront  point  nous  suivre  ;  ei 
>si  Rome  ne  veut  pas  se  rendre  facile  à  ce  que  nous  avons 
»  fait ,  lui  renvoyer  sa  Constitution.  Ce  projet,  je  l'avoue,  quf 
»  j'ai  fait  plus  d'une  fois,  et  que  mon  chagrin  me  fait  faire 


LITURGIQUES.  299 

»  mérite  quelque  attention  :  mais  en  vérité  on  se  lasse  de 
»  battre  l'air  et  l'eau  inutilement  (1).  » 

On  doit  convenir  qu'il  était  difficile  de  gouverner  un  Dio- 
cèse comme  celui  de  Paris ,  inondé  de  Jansénistes ,  dans  la 
Sorbonne,  dans  les  Cures,  dans  les  maisons  religieuses,  dans 
le  Parlement ,  et  qui ,  durant  les  trente  années  de  l'épiscopat 
du  Cardinal  de  Noailles,  avait  été  le  théâtre  des  Saturnales 
de  l'hérésie  triomphante.  Aussi  les  actes  par  lesquels  l'Arche- 
vêque Vintimille  avait  signalé  le  commencement  de  son  gou- 
vernement, bien  qu'ils  fussent  compensés  par  une  grande 
douceur  sur  d'autres  points ,  lui  avaient  aliéné  promptement 
les  Jansénistes  :  il  eut  le  malheur,  en  1736,  de  les  entendre 
chanter  ses  louanges ,  et  faire  l'ardente  apologie  d'une  de 
ses  œuvres.  Cette  œuvre  était  l'adoption  solennelle  du  fa- 
meux Bréviaire. 

Charles  de  Vintimille  s'était  laissé  persuader  que  l'Eglise 
de  Paris  ne  devait  pas  rester  en  retard  des  autres  qui ,  en 
si  grand  nombre ,  par  toute  la  France ,  avaient  convolé  à 
une  Liturgie  nouvelle.  Il  avait  entendu  parler  des  travaux  du 
P.  Vigier;  il  y  avait  souri,  et,  décidément,  cet  Oratorien 
avait  été  choisi  pour  doter  l'Eglise  d'un  nouveau  corps  d'Of- 
fices. On  lui  avait  seulement  associé  deux  hommes  dont  les 
noms  seuls  rappellent  les  plus  grands  scandales  de  cette 
époque.  Le  premier,  François-Philippe  Mesenguy,  était  no- 
toirement en  révolte  contre  les  décisions  de  l'Eglise.  Re\êtu 
de  l'ordre  d'Acolyte,  et,  à  l'exemple  de  Le  Brun  Desmarettes, 
n'ayant  jamais  voulu  prendre  le  Sous-Diaconat ,  il  fut  un  des 
plus  ardents,  en  1739,  à  s'opposer  à  la  révocation  de  l'appel 
par  la  Faculté  des  Arts.  Son  Exposition  de  la  doctrine  Chré- 
tienne (2) ,  qui  avait  été  mise  à  Y  Index  dès  1757,  fut  condam- 

(1)  Biographie  universelle.  Article  Vintimille. 

(2)  1744.  6  vol.  in-12. 


300  INSTITUTIONS 

née  par  un  Bref  solennel  de  Clément  XIII ,  en  date  du  14  juin 
1761.  Ses  écrits  contre  la  Bulle  et  en  faveur  de  Pappel  (1) 
en  faisaient  l'un  des  plus  célèbres  champions  du  parti. 

Le  second  des  collaborateursdeVigier  était  un  simple  laïque. 
Charles  Coflîn,  successeur  de  Rollin  dans  l'administration  du 
collège  de  Beauvais,  à  Paris,  et  Appelant  comme  son  prédé- 
cesseur, s'était  chargé  de  composer  les  Hymnes  nécessaires 
pour  le  nouveau  Bréviaire.  Nous  mettons,  certes,  son  mérite 
comme  hymnographe  beaucoup  au-dessus  de  celui  de  San- 
teul  ;  il  est  d'autant  plus  triste  pour  nous  d'avoir  à  raconter 
jusqu'à  quel  point  il  le  prostitua.  Mais  si  l'hymnographe  du 
nouveau  Bréviaire  était  supérieur  à  Santeul  pour  le  véritable 
génie  de  la  poésie  sacrée  ;  sous  le  rapport  de  l'orthodoxie ,  il 
offrait  moins  de  garanties  encore.  Le  poète  Victorin,  homme 
léger  et  sans  conséquence,  était,  il  est  vrai,  ami  et  fauteur 
d'héréliques  ;  Coffîn,  personnage  grave  et  recueilli,  était  hé- 
rétique notoire.  C'était  donc  d'un  homme  étranger  à  l'Eglise 
Catholique ,  que  l'Eglise  de  Paris ,  et  tant  d'autres  après  elle , 
allaient  recevoir  leurs  Cantiques  sacrés.  Les  poésies  d'un 
Janséniste  contumace  allaient  remplacer  les  Hymnes  de  l'E- 
glise Romaine ,  que  François  de  Harlay  et  le  Cardinal  de 
Noailles  avaient  du  moins  retenues  presque  en  totalité. 

Ce  fait  unique  dans  les  fastes  de  l'histoire  ecclésiastique, 
et  qui  témoigne  d'un  renversement  d'idées  sans  exemple, 
est  d'autant  plus  inexplicable ,  que  l'Eglise  de  Paris  elle- 
même,  quand  son  hymnographe  fut  sur  le  point  de  mourir, 
en  1749,  lui  refusa  le  baiser  de  sa  communion.  Coffîn  mou- 
rut sans  Sacrements,  et  le  refus  que  fit  le  Curé  de  Saint- 
Etienne-du-Mont  de  les  lui  administrer,  fut  approuvé  par 
l'Archevêque  Christophe  de  Beaumont.  Et  l'Eglise  de  Paris 

(1)  La  Constitution  Unigenitus  avec  des  Remarques,  in-12. —  Lettre 
a  un  anal  sur  la  Constitution  Unigenitus,  in-12,  etc. 


LITURGIQUES.  501 

continua  de  chanter  et  chante  encore  les  Hymnes  de  Coffin , 
cette  même  Eglise  qui,  comme  toutes  les  autres,  n'admet 
point  dans  son  Bréviaire  une  seule  leçon  de  Tertullien,  d'O- 
rigène,  ou  d'Eusèbe  de  Césarée,  même  tirée  de  leurs  ou- 
vrages orthodoxes,  parce  que  la  pureté  de  la  foi  et  la  sainteté 
des  Offices  divins  ne  le  pourraient  souffrir,  parce  que  tous 
les  siècles  chrétiens  déposeraient  contre  une  semblable  témé- 
rité !  Quoi  donc  ?  Charles  Coffin  est-il  plus  que  Tertullien, 
dont  presque  tous  les  écrits  sont  un  miroir  de  doctrine; 
plus  qu'Origène,  dont  les  intentions  paraissent  avoir  été 
toujours  pures;  plus  qu'Eusèbe  de  Césarée,  dont  la  pa- 
role est  presque  toujours  si  lumineuse  et  si  éloquente  ? 
Pour  nous,  Dieu  sait  à  quel  prix  nous  désirerions,  pour  la 
gloire  et  l'entière  pureté  de  l'Eglise  de  France  qui  nous  a 
élevé,  voir  disparaître  jusqu'au  souvenir  de  ces  désolantes 
traces  des  influences  de  l'hérésie  la  plus  méprisable  qui  ait 
jamais  insulté  le  Corps  mystique  de  Jésus -Christ.  Nous 
nous  sentons  cruellement  humilié,  quand  nous  lisons,  dans 
Je  Journal  de  la  secte,  ces  dures  paroles  auxquelles  il  nous 
est  impossible  de  répondre  autrement   qu'en  baissant  la 
tête.  €  On  chante  tous  les  jours  dans  l'Eglise  de  Paris  la 
»foi  que  professait  M.  Coffin,  contenue  dans  des  Hymnes 
»que  feu  M.  de  Vintîmille  lui-même  l'avait  chargé  de  com- 
»  poser.  M.  de  Beaumont,  successeur  de  M.  de  Vintîmille 
»dans  cet  Archevêché,  les  autorise  par  l'usage  qu'il  en  fait, 
>et  par  l'approbation  qu'il  est  censé  donner  au  Bréviaire 
»de  son  Diocèse.  Le  P.  Bouettin  (1)  les  chante  lui-même, 
»  malgré  qu'il  en  ait  ;  et  les  Sacrements  sont  refusés  à  la 
»mort  à  celui  qui  les  a  composées!  Le  Curé  fait  le  refus, 
»  l'Archevêque  l'autorise  (2)  !  »  Ce  n'est  pas  tout  encore.  Le 

(1)  Génovéfain,  Curé  de  Saint- Etienne- du-Mont. 

(2)  Nouvelles  Ecclésiastiques.  10  juillet  1749. 


302  INSTITUTIONS 

Parlement  de  Paris  fut  saisi  de  cette  affaire.  On  entendit  le 
conseiller  Angran  dénoncer  aux  Chambres  assemblées  le  refus 
de  Sacrements  fait  à  Charles  Coflin,  comme  un  acte  de  schisme. 
Il  partait  de  ce  principe ,  que  c'est  un  acte  de  schisme  que  de 
refuser  laCommunion  à  ceux  qui  sontdans  l'Eglise,  aussi  bien 
que  de  communiquer  avec  ceux  qui  en  sont  séparés  ;  d'autre 
part,  disait-il,  on  ne  pouvait  pas  raisonnablement  admettre 
que  l'Eglise  de  Paris  eût  été  demander  à  un  excommunié  de 
lui  composer  des  Hymnes.  C'est  pourtant  ce  qui  était  arrivé  ! 
Angran  disait  en  outre  que  c  les  refus  de  Sacrements  étaient 

•  sagement  établis  à  l'égard  des  Protestants,  des  Déistes,  etc.; 

>  mais  que  ce  serait  en  faire  un  abus  manifeste  que  de  s'en 
»  servir  ù  l'égard  des  fidèles  dont  la  vertu  et  la  catholicité 

•  sont  connues  de?  tout  le  monde  et  justifiées  depuis  si  long- 
»  temps  (  par  rapport  à  M.  Coflin  en  particulier  ) ,  par  la  con- 
»  fiance  du  public  et  par  celle  de  M.  de  Vintimille  lui-même, 

>  qui  l'avait  chargé  de  composer  les  Hymnes  du  Bréviaire  de 

•  Paris  (1).  »  Notre  devoir  d'historien  nous  a  contraint  de  ne 
pas  omettre  ces  détails  vraiment  pénibles  :  mais  si  nous  ne 
les  produisions  pas  avec  cette  étendue,  qui,  aujourd'hui, 
croirait  à  nos  assertions  ? 

La  commission  désignée  par  Charles  de  Vintimille  pour 
donner  à  l'Eglise  de  Paris  un  Bréviaire  digne  d'elle ,  était 
donc  composée  de  ces  trois  personnages,  Vigier,  Mcsenguyet 
Coffin.  Ce  choix  avait  été  suggéré  à  l'Archevêque  par  Louis- 
Abraham  d'Harcourt,  Doyen  du  Chapitre  de  Notre-Dame  (2); 
il  doit  nous  éclairer  sur  l'esprit  et  les  principes  de  cet  ecclé- 
siastique. Toutefois,  nous  ne  passerons  pas  outre,  sans  faire 
remarquer  au  lecteur  le  contraste  frappant  qui  règne  entre  la 

(i)  Nouvelles  Ecclésiastiques.  18  septembre  1749. 
(2)  L'Ami  de  la  Religion.  Tome  XXV.  page  290.  Article  curieux  sur 
la  réimpression  du  Bréviaire  de  Paris. 


LITURGIQUES.  505 

commission  chargée  par  PArchevêqueVintimillede  renouve- 
ler de  fond  en  comble  la  Liturgie  Parisienne,  et  celle  qui  avait 
opéré  la  simple  correction  du  Bréviaire  et  du  Missel,  au  temps 
de  François  de  Harlay.  Dans  cette  dernière ,  presque  tous  les 
membres  occupent  un  rang  distingué  dans  l'Eglise  de  Paris. 
Ils  sont  au  nombre  de  douze  et  tous  revêtus  du  sacerdoce. 
La  commission  de  Vintimille  n'était  plus  composée  que  de 
trois  membres  ;  un  seul  était  Prêtre  ;  des  deux  autres ,  l'un 
était  simple  acolyte,  l'autre  laïque.  Beaucoup  de  consé- 
quences ressortent  de  ce  fait.  Nous  avons  déjà  parlé  de  l'en- 
vahissement du  Presbytérianisme  et  du  Laïcisme  dans  les 
choses  capitales  de  la  religion  :  nous  dirons,  de  plus,  qu'une 
si  étrange  commission  pour  une  œuvre  majeure  comme  la 
refonte  universelle  de  la  Liturgie ,  montre  clairement  que  la 
Liturgie  elle-même  avait  grandement  baissé  d'importance 
aux  yeux  du  Prélat  qui  choisit  les  commissaires ,  du  Clergé 
qui  accepta  le  fameux  Bréviaire  après  quelques  réclama- 
tions ,  du  siècle  enfin  qui  vit  une  pareille  révolution ,  et  ne 
l'a  pas  mise  à  la  tête  des  plus  grands  événements  qui  signa- 
lèrent son  cours.  Nous  le  répétons ,  ce  n'est  pas  ainsi  que 
saint  Pie  V,  Clément  VIII  et  Urbain  VIII  avaient  procédé  pour 
la  simple  révision  des  livres  Romains. 

Ainsi,  l'Eglise  de  Paris  attendait  patiemment  que  nos  trois 
commissaires  eussent  enfanté  leur  œuvre.  Une  année  avant 
que  cette  œuvre  fut  en  état  de  paraître  au  jour,  Mesenguy, 
voulant  pressentir  l'opinion  publique,  fit  imprimer  trois  Lettres 
écrites  de  Paris  à  un  Chanoine  de  l'Eglise  Cathédrale  de  ***, 
contenant  quelques  réflexions  sur  les  nouveaux  Bréviaires  (1). 
Ce  petit  écrit ,  tout  imprégné  des  maximes  modernes  sur  la 
Liturgie,  avait  pour  but  de  faire  valoir  le  nouveau  Bréviaire  ; 

0)  1733,  In-12  de  80  pages. 


! 


304  INSTITUTIONS 

mais,  comme  l'observe  judicieusement  VAmi  de  la  Religion, 
dans  l'article  cité,  Mesenguy  aurait  dû  laisser  à  un  autre  le 
soin  de  louer  d'avance  son  propre  travail. 

Enfin ,  l'année  1736  vit  l'apparition  de  la  nouvelle  Liturgie. 
Le  Bréviaire ,  qui  avait  été  annoncé  à  tout  le  Diocèse  par  un 
Mandement  de  l'Archevêque  Vintimille,  portait  en  tête  une 
Lettre  Pastorale  du  Prélat,  sous  la  date  du  3  décembre 
1755  (1).  Nous  parcourrons  avec  le  lecteur  ce  monument 
d'une  si  haute  importance  pour  notre  histoire. 

L'Archevêque  commence  par  recommander  la  nécessité 
de  la  prière  en  général ,  et  le  mérite  spécial  de  la  prière  pu- 
blique, c  L'Eglise,  dit-il ,  cette  chaste  colombe  dont  les  pieux 
»  et  continuels  gémissements  sont  toujours  exaucés  de  Dieu , 

>  s'est  réservé  le  soin  de  régler  l'ordre  des  prières  de  ses 
> Ministres,  et  de  disposer  les  diverses  parties  de  ce  très 

>  saint  ministère.  Dans  l'Office  divin  qui  renferme  toute  la 
> matière  du  culte  public,  elle  embrasse  les  plus  augustes 
»  mystères  de  Dieu  et  de  la  religion ,  les  règles  incorruptibles 
»de  la  foi  et  des  mœurs,  la  doctrine  de  la  tradition  consi- 
»  gnée  dans  les  écrits  des  saints  Pères  et  dans  les  décrets  des 
»  Conciles.  Elle  y  propose  les  plus  illustres  exemples  de  toutes 
»  les  vertus  dans  la  vie  et  la  mort  des  Saints  et  des  Martyrs 

•  qu'elle  vénère  d'un  culte  public,  afin  de  nourrir  la  piété 
>des  fidèles,  d'éclairer  leur  foi,  d'allumer  leur  ferveur.  Elle 

•  enseigne  que  le  culte  de  Dieu  consiste  dans  l'esprit,  c'est- 

>  à-dire  dans  l'obéissance  religieuse  de  l'esprit  et  du  cœur, 
> et  dans  l'adoration;  que  les  Saints  doivent  être  honorés, 

>  non  par  une  stérile  admiration,  mais  par  une  imitation  fidèle 

>  des  vertus  qui  ont  brillé  en  eux.  » 

Rien  de  plus  incontestable  en  soi  qu'une  telle  doctrine; 


(1)  Vid.  la  note  A. 


LITURGIQUES.  30o 

mais  si  l'Office  divin  est,  de  la  part  de  l'Eglise,  l'objet  d'une 
si  juste  sollicitude,  si  c'est  à  elle  de  le  régler,  il  devrait  être 
inviolable  comme  elle;  on  ne  devrait  point,  après  tant  de 
siècles,  dans  un  Diocèse  particulier,  bouleverser,  renouveler 
une  Liturgie  fixée  par  l'Eglise  dans  l'antiquité,  et  pratiquée 
en  tous  lieux.  Si  l'Office  divin  doit  contenir  la  doctrine  de  la 
Tradition,  il  ne  faudrait  donc  pas  remplacer  les  formules  sé- 
culaires dans  lesquelles  s'exprime  si  solennellement  cette 
Tradition,  par  des  Versets  de  l'Ecriture  choisis  par  de  simples 
particuliers  suspects  dans  la  foi.  Si  l'Eglise,  qui  nous  propose 
dans  le  Bréviaire  les  exemples  des  Saints,  a  intention  de 
nourrir  la  piété,  d'éclairer  la  foi,  d'allumer  la  ferveur,  et 
non  d'exciter  en  nous  une  stérile  admiration ,  il  faudrait  ce- 
pendant se  souvenir  que  Y  admiration  est  le  principe  de  la 
louange,  et  que  la  louange  est  une  des  parties  essentielles  de  la 
Liturgie.  Ainsi,  par  exemple,  en  supprimant  dans  le  Bréviaire 
de  Paris  jusqu'à  la  simple  mention  des  Stigmates  de  saint 
François,  Charles  deVintimille  diminue  assurément  la  somme 
des  motifs  de  V admiration  que  nous  serions  tentés  d'avoir  pour 
cet  ami  du  Christ;  mais  si,  par  cette  suppression,  il  a  l'avantage 
de  mettre  saint  François  plus  à  portée  de  notre  imitation,  il  se 
sépare  avec  éclat,  non  seulement  de  François  de  Harlay  et  du 
Cardinal  de  Noailles ,  qui  avaient  laissé  le  récit  des  Stigmates 
dans  la  Légende  de  saint  François ,  mais  bien  plus  encore  de 
l'Eglise  Romaine ,  qui ,  non  contente  d'en  parler  dans  l'Office 
pu  Patriarche  Séraphique ,  au  4  octobre ,  en  a  institué  une 
ête  spéciale  du  rite  double,  pour  toute  l'Eglise ,  au  17  no- 
vembre. Il  est  vrai  que  l'Eglise  Romaine  a  fort  à  cœur  de 
ious  inspirer  V admiration  des  Saints  ;  car  elle  trouve  que 
téjà  ce  sentiment  est  un  hommage  envers  Dieu,  qui  se  glo- 
ifie  d'être  admirable  dans  ses  serviteurs. 
«  Les  premiers  Pasteurs ,  continue  la  Lettre  Pastorale ,. 
T,  H,  20 


306  INSTITUTIONS 

>  ayant  considéré  toutes  ces  chosos ,  se  sont  proposé  spécia- 
»  lemcnt  de  réunir  dans  L'ensemble  de  l'Office  ecclésiastique 
«les  matériaux  nécessaires  aux  Prêtres  pour  instruire  plus 
»  facilement  dans  la  science  du  salut  les  peuples  qui  leur  sont 
»  conûés.  Tel  est  le  service  qu'ont  rendu  les  trois  illustres 

•  Prélats,  nos  prédécesseurs  immédiats;  à  leur  exemple,  un 

•  grand  nombre  d'Evêques  de  ce  Royaume  ont  publié  de 
»  nouveaux  Bréviaires  avec  un  succès  digne  d'éloges.  »  Ainsi, 
les  trois  Archevêques,  de  Péréfixe,  de  ILarlay  et  de  Noaiiles, 
doivent  être  considérés  comme  les  auteurs  de  la  révolution 
liturgique.  C'est  donc  à  Paris  qu'est  née  cette  idée  de  ne  plus 
faire  du  Bréviaire  qu'un  livre  d'études  sacerdotales,  d'ôter  à 
ce  livre  son  caractère  populaire,  de  n'y  plus  voir  le  répertoire 
des  formules  consacrées  par  la  tradition.  Jusqu'alors,  on 
l'avait  considéré  comme  l'ensemble  des  prières  et  des  lec- 
tures qui  doivent  retentir  dans  l'assemblée  des  fidèles;  tout 
ce  qu'il  contenait  était  ordonné  pour  le  culte  divin;  mainte- 
nant, il  ne  sera  plus  qu'un  livre  de  cabinet ,  parsemé  de 
r>saumes  et  d'Oraisons,  et  à  cette  époque  de  controverses, 
on  s'en  va  choisir  de  préférence  pour  le  rédiger  des  gens 
naturellement  disposés  à  l'adapter  aux  maximes  de  leur 
parti ,  tant  par  ce  qu'ils  y  inséreront  de  suspect,  que  parce 
qu'ils  trouveront  moyen  d'en  ôler. 

t  Nous  donc,  aussitôt  que,  par  le  don  de  la  divine  Provi- 

•  dence,  nous  avons  eu  pris  le  gouvernement  de  cette  Eglise 
»  Métropolitaine ,  ayant  été  averti  par  des  hommes  sages  et 

•  érudits,  nous  avons  reconnu  la  nécessité  d'un  nouveau 

•  Bréviaire.  En  effet,  l'ordre  admirable  et  le  goût  exceileni 
»  de  solide  piété  et  doctrine  qui  brille  dans  plusieurs  de? 
»  Offices  des  dernières  éditions  du  Bréviaire ,  nous  a  fai 

>  désirer  ardemment  de  voir  introduire  dans  le  reste  des  Of  I 
»  lices  une  dignité  et  une  pureté  semblables.  C'est  dans  c 


LITURGIQUES.  507 

»but  qu'oN  a  travaillé ,  pour  rendre  ce  Bréviaire  digne  de  la 
»  majesté  du  culte  divin  ei  conforme  à  nos  vœux,  qui  ont 
*  pour  objet  la  sanctification  de  tous.  »  Le  Prélat  ne  désigne 
point  les  auteurs  du  Bréviaire,  elaboratum  est  ;  à  moins  qu'on 
ne  veuille  appliquer  à  Vigier,  Mesenguy  et  Coffîn,  la  qualifi- 
cation d'hommes  sages  et  érudits  !  Il  est  remarquable  aussi 
que  le  Prélat  ne  convient  pas  franchement  du  renouvellement 
entier  de  la  Liturgie  opéré  par  la  publication  du  nouveau 
Bréviaire.  Il  n'a  voulu  autre  chose,  dit-il,  que  procurer  dans 
le  reste  des  Offices  le  même  ordre ,  le  même  goût  de  piété  et 
de  doctrine,  la  même  dignité,  la  même  pureté  qui  brillaient 
dans  plusieurs  de  ceux  du  Bréviaire  précédent.  Cependant , 
si  l'on  en  excepte  un  très  petit  nombre  d'Offices,  celui  de 
sainte  Marie  Egyptienne ,  par  exemple ,  qui  fut  rédigé  dans 
le  Bréviaire  de  Harlay  par  Nicolas  LeTourneux,  tou»;  est 
nouveau  dans  le  Bréviaire  de  Vintimille ,  soit  pour  le  Propre 
du  Temps,  soit  pour  celui  des  Saints,  les  Communs,  etc. 
Remarquons,  en  outre,  que  les  parties  sacrifiées  formaient 
principalement  ce  vaste  ensemble  que  le  Bréviaire  de  Harlay 
avait  retenu  du  Bréviaire  Romain  ;  ainsi  le  reproche  indirect 
de  manquer  d'ordre,  de  piété,  de  doctrine ,  de  dignité,  d'e7e- 
gance,  s'adresse  à  la  Liturgie  de  saint  Grégoire  et  de  saint 
PieV. 

Venant  ensuite  au  détail  des  améliorations  que  présente  le 
nouveau  Bréviaire,  la  Lettre  Pastorale  s'exprime  ainsi  :  «  Dans 
»  l'arrangement  de  cet  ouvrage ,  à  l'exception  des  Hymnes , 
»  des  Oraisons,  des  Canons  et  d'un  certain  nombre  de  Leçons, 
»  nous  avons  cru  devoir  tirer  de  l'Ecriture  Sainte  toutes  les 
> parties  de  l'Office;  persuadés,  avec  les  saints  Pères,  que 
»ces  prières  seront  plus  agréables  à  la  majesté  divine  ,  qui 
>  reproduisent  non  seulement  les  pensées ,  mais  la  parole 
même  de  Dieu,  *  Les  saints  Pères  dont  il  est  ici  question 


508  INSTITUTIONS 

se  réduisent  à  saint  Cyprien ,  qui ,  du  reste ,  ne  dit  pas  le 
moins  du  monde  ce  qu'on  lui  fait  dire  ici.  Les  saints  Pères  re- 
lèvent sans  cesse  l'autorité  de  la  Tradition ,  et  Ton  ne  citerait 
pas  un  seul  passage  de  leurs  écrits  dans  lesquels  ils  aient  dit 
ou  insinué  qu'il  serait  à  propos  d'effacer  dans  les  Offices 
divins  les  formules  de  style  ecclésiastique,  pour  les  remplacer 
par  des  Versets  de  l'Ecriture.  Si  la  parole  de  l'Eglise  peut 
légitimement  trouver  place  dans  les  Hymnes  et  les  Oraisons, 
en  vertu  de  quel  principe  l'exclura-t-on  des  Antiennes  et 
des  Répons  ?  Voilà  le  grand  problème  qu'on  n'a  jamais  résolu 
qu'en  disant  :  La  chose  doit  être  ainsi,  parce  qu'elle  doit 
être  ainsi. 

La  Lettre  Pastorale  parle  ensuite  du  soin  avec  lequel  les 
Leçons  des  saints  Pères  ont  été  choisies  et  les  Légendes  des 
Saints  rédigées.  Nous  en  dirons  bientôt  quelque  chose.  On 
a  retenu  les  Collectes  des  Bréviaires  précédents ,  et  même 
plusieurs  Hymnes  anciennes.  Mais  voici  quelque  chose  de  ca- 
pital :  c  Pour  nous  conformer  au  pieux  désir  d'un  grand 

>  nombre  de  personnes,  nous  avons,  d'après  l'exemple  donné 
»  déjà  par  plusieurs  Eglises,  divisé  le  Psautier,  afin  de  pou- 
»  voir  assigner  des  Psaumes  propres  à  chaque  jour  de  la  se- 
»maine  et  même  à  chaque  heure  du  jour,  en  coupant  ceux 

>  (iui  étaient  trop  longs.  Par  ce  partage ,  nous  avons  fait  dis- 
»  paraître  l'inégalité  des  Offices  et  fait  en  sorte  de  moins 
»  fatiguer  l'esprit  et  l'attention  de  ceux  qui  chantent  l'Office. 
»  Saint  Basile  assure  avoir  supporté  lui-même  avec  peine  les 
»  inconvénients  de  cette  trop  grande  prolixité.  C'était  afin 
>de  diminuer  cette  fatigue  qu'un  Concile  de  Narbonne  avait 
»  statué,  dans  l'antiquité,  que  les  Psaumes  plus  longs  se- 
i  raient  divisés  en  plusieurs  doxologies;  c'est  ce  queprescri 
»  aussi  la  Règle  de  saint  Benoît.  On  récitera  les  Psaumes  de  li 
»  férié  à  toutes  les  fêtes ,  à  l'exception  de  ceux  qui  sont  con 


LITURGIQUES.  509 

»  sacrés  aux  mystères,  ou  à  la  Sainte  Vierge.  Il  résultera  de 
y  là  que  le  Psautier  sera  presque  toujours  lu  en  entier  dans 
d'espace  d'une  semaine.  » 

C'était  là  une  grande  mesure  et  qui  devait  faire  taire  bien 
des  répugnances.  Foinard  avait  promis,  en  tête  de  son  Projet, 
que  le  Bréviaire  futur  serait  très  court  ;  le  grand  moyen  d'a- 
bréviation, admis- aussi  par  Grancolas,  était  de  faire  dispa- 
raître l'inégalité  des  Offices.  La  Lettre  Pastorale  adopte  le 
même  système.  On  n'y  dit  pas ,  il  est  vrai ,  comme  ces  Doc- 
teurs ,  que  le  but  est  de  faire  qu'on  ait  plus  de  plaisir  à  réciter 
l'Office  de  la  Férié  que  celui  des  Saints  ;  mais  ce  sera  pour- 
tant le  résultat  inévitable,  surtout  s'il  s'agit  des  Saints  dont 
l'Office  sera  resté  à  neuf  Leçons.  La  psalmodie  que  saint  Ba- 
sile trouvait  excessive ,  était  bien  autre  que  celle  du  Psautier 
Romain;  on  en  peut  voir  le  détail  dans  les  Vies  des  Pères  des 
Déserts  d'Orient;  et  si  saint  Benoît  divise  les  Psaumes  en 
plusieurs  sections ,  il  fallait  dire  aussi  que  les  Mâtines  de  son 
Office  se  composent  de  douze  Psaumes,  trois  Cantiques,  douze 
Leçons,  douze  Répons,  l'Evangile  du  jour  tout  entier,  etc. 
Certes,  c'est  un  avantage  réel  de  pouvoir  parcourir  le  Psautier 
chaque  semaine;  mais,  encore  une  fois,  le  Bréviaire  de  Paris 
n'aurait  pas  obtenu  un  si  brillant  succès ,  si  cette  division 
des  Psaumes  ne  l'eût  en  même  temps  renduT&plus  court 
de  tous. 

c  On  a  conservé  au  Dimanche  sa  prérogative  d'exclure 
>  toutes  sortes  de  fêtes,  si  ce  n'est  celles  qui  ont  dans  l'Eglise 
Ue  premier  degré  de  solennité.  >  Nous  sommes  ici  encore  à 
la  remorque  des  Docteurs  Foinard  et  Grancolas,  qui  avaient 
suivi  eux-mêmes  Dom  de  Vert  et  Le  Tourneux,  dans  leur 
Bréviaire  de  Cluny.  Le  but  avoué  de  cette  Rubrique  est  de 
diminuer  le  culte  des  Saints,  sous  le  prétexte  de  défendre  les 
intérêts  de  Dieu,  auquel  seul  appartient  le  Dimanche,  trop 


510  INSTITUTIONS 

souvent  occupé  par  la  commémoration  de  quelqu'un  de  ses  Ser 

viteurs  :  il  est  juste  de  leur  faire  céder  la  place  à  leur  Maître. 

<  Afin  d'assigner  à  l'Office  de  chaque  jour  un  but,  et  aussi 

>  pour  les  distinguer  les  uns  des  autres ,  le  Dimanche ,  qui  est 
>le  jour  de  la  création  de  la  lumière,  de  la  i  lion  de 
»  Jésus-Christ  et  de  la  promulgation  de  la  Loi,  oa  excite  dans 
»  le  cœur  des  fidèles  l'amour  de  Dieu  et  de  la  loi  divine.  Le 

>  Lundi,  on  célèbre  la  chanté  de  Dieu  et  sa  munificence  en- 
j  vers  les  hommes.  Les  tro's  jours  suivants,  on  recommande 
:»  l'amour  du  prochain,  l'espérance  et  !a  fui.  Le  Vendredi  g 
»  qui  est  le  jour  de  la  Passion  de  Jésus-Christ ,  l'Office  a  rap- 
»  port  à  la  patience  que  i'un  doit  avoir  dans  les  labeurs  et  les 
i  tribulations  de  cette  vie.  Enfin ,  le  Samedi ,  on  rend  grâces 
»  à  Dieu  pour  les  bonnes  œuvres  accomplies  par  les  fidèles  et 
>pour  la  récompense  qui  leur  est  assignée.  >  C'est  ici  le  seul 
endroit  des  nouvelles  Liturgies  dans  lequel  on  ait  voulu  faire 
du  symbolisme  ;  mais  pour  faire  du  symbolisme ,  il  faudrait 
autre  chose  que  de  la  bonne  volonté.  On  pourrait  dire  d'abord 
qu'il  faudrait  avoir  vécu,  il  y  a  dix  siècles,  surtout  s'il  s'agit  de 
bymbolisme  sur  une  matière  aussi  fondamentale  que  la  signi- 
fication des  jours  de  la  semaine.  Il  faudrait ,  en  outre ,  que  le 
fonds  prêtât  à  ce  symbolisme;  car  il  ne  suffit  pas  d'attacher  par 
ordonnance  une  idée  à  un  fait;  ce  fait  doit  être  par  lui-même 
forme  plus  ou  moins  complète  de  l'idée.  Certes,  les  fidèles | 
du  Diocèse  de  Paris  ignorent  profondément  que  le  Lundi  soit  | 
consacré  à  la  bonté  de  Dieu ,  le  Mardi  à  la  charité  fraternelle, 
le  Mercredi  à  l'espérance,  etc.  On  ne  s'occupe  guère  de  le 
enseigner,  et  s'ils  veulent  eux-mêmes  consulter  les  anc* 
liturgistes  sur  les  mystères  de  la  semaine,  ils  y  trouvei 
toute  autre  chose.  L'Eglise,  comme  nous  le  dirons; 
a  attaché  aux  divers  jours  de  la  semaine  la  commémontl 
de  certains  faits ,  parce  qu'elle  procède  toujours  par  les  fi 


UTCRGIQCES.  "H 

par  les  abstractions.  Nous  reviendrons  sar  cesuj 
continuons  la  lecture  de  la  Lettre  Pastoral 

t  Pour  le  rite  de  FOffice  Quadragésimal ,  noos  avons  jugé 

•  équitable  de  rappeler  Faacienne  coutume  de  l'Eglise ,  qui 
»ne  jugeait  pas  que  la  solennité  joyeuse  des  fêtes  s'accordât 
i  assez  avec  le  jeûne  et  la  salutaire  tristesse  de  la  pénitence. 
«Beaucoup  de  Diocèses  nous  avaient  déjà  précédé  en  cett^ 
•voie;  c'est  à  leur  exemple  que  nous  avons  ôté  du  Carême 

•  toutes  les  fêtes,  à  rexcepiion  de  celles  dans  lesquelles  on 

•  s'abstient  d'oeuvres  serviles.  >  Ici,  nous  ne  ferons  qu'une 
réflexion.  Ou  le  Bréviaire  de  Paris  a  atteint  par  cette  mesure 
le  véritable  esprit  de  FEgiise  dans  la  célébration  du  Carême, 
ou  ses  rédacteurs  se  sont  trompés  sur  cette  grave  matière. 
Dans  le  premier  cas ,  l'Eglise  Romaine ,  qui  jusqu'ici  avait  la 
mission  de  corriger  les  antres  Eglises ,  reçoit  ici  la  leçon  sur 
une  matière  importante,  les  convenances  Quadragésimales , 
de  sa  mie  rEgfise  de  Paris.  Dans  le  second  cas ,  y  a-t-il 
donc  si  grand  mal  à  supposer  que  Vigier  et  Mesenguy,  bien 
qu'appuyés  de  Foinard  et  de  Grancolas,  enfin  de  Le  Tourneux 
et  D.  de  Vert ,  aient  failli  quelque  peu  dans  une  occasion  où 
3s  avaient  contre  eux  l'autorité  de  la  Liturgie  Romaine?  Quoi 
qu'il  en  soit,  Paris  s'est  déjà  relâché  quelque  peu  de  celte 
sévérité,  et  Borne,  de  son  côté,  a  jugé  a  propos,  depuis 

RF36,  d'ajouter  encore  de  nouveaux  Saints  dans  la  partie  de 
«on  Calendrier  qui  correspond  au  Carême.  Rendons  grâces 
toutefois  anx  rédacteurs  du  Bréviaire  de  Paris  de  n'avoir  pas 
suivi  en  tout  ridée  de  Foinard  ;  ce  Docteur  voulait  transférer 
F  Annonciation  an  mois  de  décembre ,  et ,  franchement ,  c'est 
un  peu  loin  do  jour  auquel  ce  grand  mystère  s'est  accompli. 
fl  n'est  pas  besoin ,  sans  doute ,  de  remarquer  ici  combien  la 
suppression  des  fêtes  qui  tombent  dans  le  cours  du  Carême 
dut  changer  la  physionomie  de  ce  temps  de  Tannée,  et  quelle 


31$  INSTITUTIONS 

froide  monotonie  en  est  résultée.  On  sait  bien  qu'il  en  était 
ainsi  dans  les  premiers  siècles;  mais  si  Dieu ,  dans  les  siècles 
suivants,  a  donné  de  nouveaux  Saints  à  son  Eglise,  ce  n'est 
pas,  sans  doute,  pour  que  nous  allions  systématiquement 
fixer  leur  fête  à  un  jour  autre  que  celui  de  leur  mort,  dans 
Je  but  étrange  de  maintenir  libres  les  Fériés  qui  étaient  va- 
cantes au  Calendrier,  avant  qu'ils  vinssent  au  monde. 

La  Lettre  Pastorale  parle  ensuite  des  Canons  insérés  dans 
l'Office  de  Prime;  mesure  louable,  mais  que  le  Jansénisme , 
comme  nous  allons  le  voir,  avait  trouvé  moyen  de  faire 
servir  à  ses  Ons.  Elle  dit  ensuite  un  mot  du  Calendrier  et 
des  Rubriques,  après  quoi,  elle  proclame  l'obligation  abso- 
lue pour  toutes  les  Eglises ,  Monastères ,  Collèges,  Commu- 
nautés, Ordres ,  et  généralement  tous  les  Clercs  qui  sont  tenus 
à  l'Office  divin ,  d'user  de  ce  nouveau  Bréviaire,  à  l'exclusion 
de  tout  autre,  tant  en  public  qu'en  particulier.  C'est  la  clause 
que  François  de  Harlay  avait  mise  en  tête  de  son  Bréviaire 
et  qui  se  trouve  répétée,  presque  mot  pour  mot,  dans  toutes 
les  Lettres  Pastorales  qu'on  lit  dans  tous  les  Bréviaires  Fran- 
çais depuis  cette  époque.  Nous  ne  connaissons  qu'une  seule 
exception  ;  elle  se  trouve  dans  la  Lettre  Pastorale  de  l'E- 
vêque  Poncet  de  la  Rivière,  en  tête  du  Bréviaire  d'Angers 
de  1716.  On  y  remarque  ces  paroles  qui  se  trouvent  aussi 
dans  le  Missel  du  même  Prélat ,  excepto  Romano  Breviario 
ou  Missali,  pro  reverentia  primœ  Sedi  débita.  C'était  bien 
le  moins,  en  effet,  après  avoir  expulsé  des  livres  liturgiques 
tout  l'élément  Romain,  de  laisser  aux  Clercs,  que  le  désir 
d'un  Bréviaire  plus  court  ne  séduisait  pas  autant,  la  liberté  de 
répéter  encore  ces  vénérables  prières,  auxquelles  personne 
\ie  saurait  enlever  le  caractère  sacré  que  leur  donnent  l'anti- 
quité,  l'universalité;  ces  prières  que  l'Assemblée  du  Clergé 
ip  1605  regardait  encore  comme  Ja  Liturgie  de  la  France, 


LITURGIQUES.  513 

Tel  était  donc  le  plan  du  nouveau  Bréviaire  expliqué  par 
l'Archevêque  Vintimille.  L'exécution  ne  démentait  pas  les 
promesses  que  nous  venons  délire.  Tout,  ou  presque  tout 
était  nouveau.  Mais  la  nouveauté  seule  ne  faisait  pas  le  ca- 
ractère de  cette  Liturgie.  Elle  donnait  prise  aux  plus  légi- 
times réclamations,  et  se  montrait  véritablement  digne  de 
ses  auteurs.  D'abord ,  toutes  les  hardiesses  que  nous  avons 
signalées  dans  le  Bréviaire  de  Harlay  s'y  retrouvaient  fidèle- 
ment; puis,  on  avait  enchéri  sur  l'œuvre  de  la  Commission 
de  1680.  Si  les  auteurs  de  la  correction  du  Bréviaire  de 
Harlay  s'étaient  proposé  de  diminuer  le  culte  et  la  vénération 
des  Saints ,  de  restreindre  principalement  la  dévotion  envers 
la  Sainte  Vierge,  d'affaiblir  l'autorité  du  Pontife  Romain ,  ce 
plan  avait  été  fidèlement  continué  dans  le  Bréviaire  de  1736 , 
mais,  de  plus,  on  avait  cherché,  à  infiltrer  les  erreurs  du 
temps  sur  les  matières  de  la  Grâce  et  autres  questions  atte- 
nantes à  celles-ci.  Nous  avons  dit  que  le  Bréviaire  de  Fran- 
çois de  Harlay  avait,  du  moins,  sur  ce  point,  résisté  à 
l'envahissement  des  nouveautés ,  et  fortifié  même ,  en  plu- 
sieurs endroits,  les  dogmes  de  l'Eglise  attaqués  à  cette  époque. 

1°  Sur  les  questions  soulevées  par  Baius,  Jansénius  et 
Quesnel,  et  diriméespar  l'Eglise,  le  Bréviaire  de  1736  insi- 
nuait souvent,  en  paroles  couvertes,  la  doctrine  de  Vigier, 
de  Mesenguy  et  de  Coûln.  De  nombreux  retranchements 
avaient  eu  également  lieu  dans  le  but  de  se  débarrasser  d'au- 
torités importunes. 

Ainsi,  pour  infirmer  le  dogme  de  la  mort  de  Jésus-Christ 
pour  tous  les  hommes,  on  avait  retranché  de  l'Office  du 
Vendredi-Saint  l'Antienne  tirée  de  saint  Paul  :  Proprio  filio 
suo  non  pepercit  Deus,  sed  pro  nobis  omnibus  tradidit  illum. 
On  avait  fait  disparaître  d'une  Leçon  du  Lundi  de  la  Pas*- 
sjon  ces  paroles  ;  Magnum  mim  facinus  wat  cujus  confa 


314  INSTITUTIONS 

deratloillos  faceret  desperare ,  sed  non  debebant  desperare  pro 
quibus  in  Cruce  pendens  Dominus  est  dignatus  orare. 

Pour  favoriser  le  damnable  système  qui  prétend  que  les 
Commandements  ne  sont  pas  toujours  possibles,  et  que  Ton 
ne  résiste  jamais  à  la  grâce  intérieure,  on  avait  fait  dispa- 
raître de  l'Oifice  de  saint  Jacques  le  Majeur  une  Homélie  de 
saint  Jean-Chrysostôme,  parce  qu'elle  contenait  ces  paroles  : 
Christus  ita  locutus  est  ut  indicaret  non  ipsius  esse  solius 
dare ,  sed  eorum  qui  decertant  accipere.  Nam  si  solius  esset il 
ipsius  omnes  homines  salvi  fièrent ,  et  ad  agnitio?iem  veritatisl 
venirent. 

A  la  fête  de  sainte  Agathe,  une  autre  Homélie  du  mêmq 
saint  Docteur  avait  pareillement  disparu ,  parce  qu'on  y  lisai 
ces  mots:  Quod  ideo  dixit  ,ut  ostenderet  superiore  nobis  auxi 
lio  opus  esse  (  quod  quidem  omnibus  illud  petentibus  paratun 
est  )  si  volumus  in  hac  luctatione  superiores  evadere. 

On  avait  retranché  pareillement  la  deuxième  Leçon  di 
Lundi  de  la  Pentecôte,  qui  renfermait  ces  paroles  :  Erg 
quantum  in  medico  est  sanare  venit  œgrotum  (Christus).  lps 
se  interimit qui prœcepta  medici  servare  non  vult.  Salvarino, 
vis  ab  ipso  :  ex  te  judicaberis. 

Dans  la  deuxième  Leçon  de  l'Office  de  saint  Léon ,  de 
paroles  de  ce  saint  Docteur,  qui  semblaient  mises  là  ton 
exprès  pour  commander  l'acceptation  du  Formulaire  et 
soumission  à  la  Bulle,  avaient  été  effacées.  Mais  aussi  com 
bien  elles  étaient  expressives  !  Damnent  (  hœretici  )  apert 
professionibus  sui  superbi  erroris  auctores,  et  quidquid  i 
doctrina  eorum  universalis  Ecclesia  exhorruit  detestentur 
omniaque  décréta  Synodalia  quœ  ad  excisionem  hujus  hœr 
seos  Apostolicœ  Sedis  confirmavit  auctoritas ,  amplecti  se  et  \ 
omnibus  approbare,  plenis  et  apertis  ac  propria  manu  su 
scriptit  protestationibus  eloquantur. 


LITURGIQUES.  515 

Un  passage  de  la  troisième  Leçon  de  saint  Martin ,  Pape  et 
Martyr,  avait  également  disparu.  On  en  devinait  sans  peine 
la  raison ,  quand  on  se  rappelait  qu'il  y  était  parlé  de  l'édit  de 
l'Empereur  Constant ,  qui  prescrivait  le  silence  sur  les  ques- 
tions de  la  foi ,  et  de  la  résistance  du  saint  Pape  à  une  mesure 
qui  compromettait  si  gravement  les  intérêts  de  l'orthodoxie. 
Les  partisans  du  Silence  respectueux  avaient  donc  retranché 
les  paroles  suivantes  :  Intérim  Constans  ut  suo  Typo  ab  om- 
nibus subscriberetur ,  silentiumque  in  eo  de  quœstione  Catho- 
licos  inter  et  Monothelitas  agitata  indictum  observaretur,  pri- 
mum  Olympium  Exarchum  Ravennatem  Romam  misit;  tum 
Calliopem  Olympii  successorem ,  a  quo  Martinus  cum  edicto 
impio  juxta  Lateranense  Concilium  resisteret ,  Roma  vi  ab- 
ductus  est ,  etc. 

C'était  dans  le  même  esprit  que  l'on  avait  supprimé ,  au 
26  novembre ,  l'Office  de  sainte  Geneviève  du  Miracle  des 
Ardens,  à  cause  de  certaines  Leçons  tirées  de  saint  Irénée, 
et  dans  lesquelles  étaient  données  les  règles  pour  discerner 
les  miracles  des  hérétiques  d'avec  ceux  de  l'Eglise  Catho- 
lique ;  ce  qui  devenait  par  trop  embarrassant,  si  on  en  vou- 
lait faire  l'application  aux  prodiges  du  Bienheureux  Diacre. 

Les  additions  et  insertions  faites  au  nouveau  Bréviaire 
Parisien ,  dans  un  but  Janséniste ,  étaient  nombreuses  :  mais, 
en  général,  elles  étaient  prudentes,  et  les  précautions  avaient 
été  prises,  au  moins  d'une  certaine  façon,  contre  les  récla- 
mations des  Catholiques.  C'est  le  propre  de  l'hérésie  de  pro- 
céder par  équivoques ,  de  se  retrancher  dans  les  sinuosités 
d'un  langage  captieux.  Languet ,  dans  sa  discussion  avec 
l'Evêque  de  Troyes ,  a  trop  bien  démasqué  les  artifices  litur- 
giques du  Jansénisme  pour  que  nous  ayons  besoin  de  faire 
ici  autre  chose  que  citer  des  exemples  tirés  du  Bréviaire  de 
Vigier  et  Mesenguy, 


316  INSTITUTIONS 

On  sait  que  durant  la  première  moitié  du  dix-huitième 
siècle,  les  Jansénistes,  déconcertés  de  leur  petit  nombre, 
comparativement  au  reste  de  l'Eglise  qui  avait  accepté  la 
Bulle,  imaginèrent  de  se  (aire  un  mérite  de  ce  petit  nombre, 
prétendant  que  la  visibilité  de  l'Eglise  s'était  obscurcie,  que 
la  Vérité,  c'est  le  nom  consacré  par  lequel  ils  désignaient  tout 
leur  système,  ne  triompherait  qu'à  l'arrivée  d'Elie  qui  était 
prochaine,  et  qui  devait  amener  la  conversion  des  Juifs  et  la 
régénération  de  l'Eglise ,  par  ce  renfort  considérable.  Les 
plus  habiles  de  la  secte  entreprirent  même  de  grands  tra- 
vaux sur  l'Ecriture  Sainte,  pour  appuyer  ce  système.  Le 
nouveau  Bréviaire  avait  consacré  tout  le  corps  des  Répons 
du  VIIe  Dimanche  après  la  Pentecôte  ,  à  célébrer  de  si 
belles  espérances.  Comme  toutes  les  paroles  de  ces  Répons 
étaient  tirées  de  l'Ecriture  Sainte ,  on  se  sentait  inexpu- 
gnable. Voici  cette  composition  : 

1er  r).  Surrexit  Elias  Propheta  quasi  ignis ,  et  vcrbum  ejus 
quasi  facula  ardebat  :  *  Verbo  Dei  continuit  cœlum.  y.  Elias 
homo  erat  similis  nobis,  passibilis  :  et  oravit  ut  non  plueret , 
et  non  pluit  ;  et  rursum  oravit,  et  cœlum  dédit  pluviam.  * 
Verbo  Dei,  etc. 

Ce  Répons  est  le  début  de  l'œuvre  toute  entière  :  il  n'y 
faut  pas  chercher  d'autre  intention.  Voici  maintenant  la, 
mission  du  Prophète  vers  une  Veuve  désolée  : 

2e  fy  Factus  est  sermo  Domini  ad  Eliam ,  dicens  :  Surge 
et  vade  in  Sarepta  Sidoniorum ,  et  manebis  ibi  ;  prœcepi  enim 
ibi  mulieri  viduœ,  ut  pascat  te  :  *  Surrexit  et  abiit  in  Sarepta, 
y.  Multœ  viduœ  erant  in  diebus  Eliœ  in  Israël ,  cum  facta 
esset  famés  magna  in  omni  terra  ;  et  ad  nullam  illarum  Mis- 
sus  est  Elias ,  nisi  in  Sarepta  Sidoniœ,  ad  mulierem  viduam, 
*  Surrexit. 

Cette  grande  famine  qui  ravageait  toute  la  terre,  est  cette 


LITURGIQUES.  517 

famine  spirituelle  dont  la  secte  prétendait  que  l'Eglise  était 
travaillée;  aussi  le  Prophète  s'adressant  au  peuple,  lui  re- 
proche-t-il  de  balancer  entre  la  vraie  et  la  fausse  doctrine  : 

3e  r).  Accedens  Elias  ad  omnem  populum ,  ait  :  Usquequo 
claudicatis  in  duas  partes?  *  Si  Dominus  est  Deus,  sequimini 
eum.  f.  Nemo  potest  duobus  dominis  servire.  *  Si. 

Après  ce  prélude,  viennent  les  Répons  du  second  Noc- 
turne, dans  lesquels  le  but  des  rédacteurs,  toujours  cachés 
derrière  le  Prophète,  devient  de  plus  en  plus  manifeste.  C'est 
Israël  même  qui  a  rompu  le  pacte  avec  Dieu  ;  Elie  se  plaint 
d'être  seul  resté  fidèle ,  et  encore  ses  jours  sont  menacés. 

4e  ^.  Ecce  vox  Domini  ad  Eliam  ;  et  ille  respondit  :  Zelo 
zelatus  sum  pro  Domino  Deo  exercituum ,  quia  dereliquerunt 
pactum  tuum  filii  Israël  :  *  Prophetas  tuos  occiderunt  gladio , 
derelictus  sum  ego  solus,  et  quœrunt  animam  meam  ut  aufe- 
rant  cam.  f.  An  nescitis  inElia  quid  dicit  Scriptura ,  quem- 
admodum  interpellât  Deum  adversum  Israël  ?  *  Prophetas, 

Cependant,  Elie  n'est  pas  seul.  Israël  renferme  encore 
sept  mille  hommes  fidèles.  Le  nombre  n'est  pas  considérable, 
mais  aujourd'hui  encore,  ne  voit-on  pas  que  V élection  gra- 
tuite opère  dans  la  même  proportion ,  jusqu'à  ce  que  vienne 
la  prédication  d'Elie  ? 

5e  ^.  Quid  dicit  Eliœ  divinum  responsum  ?  Reliqui  mihi 
septem  millia  virorum  qui  non  curvaverunt  genua  ante  BaaL 
*  Sic  ergo  et  in  hoc  tempore  reliquiœ  secundum  electionem 
gratiœ  salvœ  factœ  sunt,  f.  Antequam  veniat  dies  Domini 
magnus ,  convertet  Elias  corpatrum  adfXios,  et  cor  fdiorum 
ad  patres  eorum.  *  Sic  ergo. 

Maintenant,  que  fera  Elie?  Il  restituera  les  tribus  de  Ja- 
cob; il  rétablira  toutes  choses,  et  ces  merveilles  auront  lieu 
bientôt ,  car  le  Prophète  est  sur  le  point  de  paraître. 

6e  ^.  Elia,  quis  potest  similiter  sic  gloriari  tibi?  Qui  re- 


518  INSTITUTIONS 

ceptus  es  in  turbine  ignis ,  in  curru  equorum  igneorum  :  qui 
script  us  es  in  judiciis  temporum  *  Lenire  iracundiam  Domini , 
conciliare  cor  patris  ad  filium ,  et  restituere  tribus  Jacob. 
y.  Elias  quidem  venturùs  est  et  restituet  omnia  :  dico  autem 
volts,  quia  Elias  jam  venit.  *  Lenire. 

Le  langage  devient  plus  expressif,  au  troisième  Nocturne. 
On  y  dénonce  les  faux  Prophètes.  Ce  sont  d'abord  les  Doc- 
leurs  qui  enseignent  de  faux  dogmes  :  ceux  qu'on  cherche  à 
flétrir  du  nom  de  Molinistcs. 

7°  fy  Attendite  a  falsis  prophetis ,  qui*  Vcniunt  ad  vos  in 
vestimentis  ovium  ,  intrinsecus  autem  sunt  lupi  rapaces, 
f.  Non  misi  eos ,  et  ipsi  prophetant  in  nomine  meo  mendaciter, 
ut  pereatis.  *  Veniunt. 

En  second  lieu ,  ces  faux  Prophètes  sont  les  Docteurs  de 
la  morale  relâchée  ;  le  lecteur  sait  quelle  école  on  désigne 
ainsi  dans  le  parti. 

8°  ^.  Prophetant  de  corde  suo  :  *  Consuunt  pulvillos  sub 
omni  cubito  manus,  et  faciunt  cervicalia  sub  capite  ad  capien- 
das  animas,  y.  A  fructibus  eorum  cognoscetis  eos.  *  Consuunt. 

En  troisième  lieu ,  ces  faux  Prophètes  sont  des  hommes 
vertueux  à  l'extérieur,  témoin  celui  que  les  Molinistes  ap- 
pellent saint  Vincent  de  Paul  et  que  la  secte  persiste  à  vouloir 
toujours  nommer  Monsieur  Vincent.  Il  importe  donc  de  se 
prémunir  contre  cette  troisième  classe  de  séducteurs. 

9e  ^.  Non  omnis  qui  dicit  mini.  Domine,  intrabit  in  reg- 
num  cœlorum  ;  sed  *  Qui  facit  voluntatem  Patris  mei,  ipse 
intrabit  in  regnum  cœlorum.  v.  Qui  custodit  mandatum ,  eus- 
todit  animam  suam.  *  Qui. 

Voilà  un  échantillon  du  savoir  faire  de  nos  liturgistes.  Que 
si  quelques-uns  de  nos  lecteurs  trouvaient  nos  défiances 
exagérées,  ou  injustes,  nous  leur  conseillerons  de  lire  les 
livres  du  parti,  les  ouvrages  de  Duguet,  par  exemple,  les 


LITURGIQUES.  313 

Nouvelles  Ecclésiastiques ,  etc.,  iîs  ne  tarderont  pas  à  de- 
venir familiers  à  ce  langage  biblique  de  la  secte.  A  force 
de  rencontrer,  dans  les  diatribes  du  parti  contre  le  Pape , 
les  Evêques  constitutionnaires ,  les  Jésuites,  etc. ,  les  textes 
que  nous  venons  de  citer,  iîs  les  reconnaîtront  aisément 
dans  les  Répons  du  VIIe  Dimanche  après  la  Pentecôte ,  et 
dans  plusieurs  autres  endroits  du  Bréviaire. 

Certes,  nous  ne  nous  donnerons  pas  la  peine  et  nous  ne 
causerons  pas  au  lecteur  l'ennui  d'une  complète  énumération 
des  passages  scabreux  du  Bréviaire  de  Vintimiile  :  cependant, 
nous  en  signalerons  encore  quelques-uns.  Prenons,  par 
exemple,  l'Office  des  Vêpres  et  des  Compîies  du  Dimanche, 
Office  populaire,  s'il  en  fût  jamais,  et  voyons  comment  la 
secte  s'y  était  prise  pour  lui  donner  une  couleur  nouvelle  et 
conforme  à  ses  vues. 

Dans  la  Liturgie  Romaine,  le  Capitule  de  Vêpres,  lecture 
solennelle  après  la  psalmodie ,  a  pour  but  de  recueillir  la 
prière  d'action  de  grâces  du  peuple  fidèle ,  dans  ce  jour 
du  Seigneur  dont  le  repos  est  à  la  fois  un  acte  religieux  et 
une  consolation.  Quoi  de  plus  touchant  et  de  plus  propre 
à  inspirer  la  confiance  en  Dieu ,  que  ces  belles  paroles  de 
saint  Paul  ! 

Benedictus  Deus  et  Pater  Domini  nostri  Jesu-Christi,  Pater 
misericordiarum  et  Deus  totius  consolationis  qui  consolatur 
nos  in  omni  tribulatione  nostra  ! 

Ne  voit-on  pas  que  le  choix  de  ces  divines  paroles  n'a  pu 
i  être  fait  que  par  notre  miséricordieuse  Mère  la  sainte  Eglise, 
qui  cherche  toujours  à  nourrir  et  accroître  notre  abandon 
envers  notre  Père  céleste.  Elle  n'approuve  pas  qu'on  effraie 
les  fidèles  en  mettant  trop  souvent  sous  leurs  yeux  les  ter- 
iribles  mystères  de  la  Prédestination  et  de  la  Réprobation, 
iinystères  à  l'occasion  desquels  plusieurs  ont  fait  naufrage 


320  INSTITUTIONS 

dans  la  foi  (1).  La  secte  Janséniste,  au  contraire,  ne  voit 
qu'une  chose  dans  la  religion;  elle  ne  parle  que  de  prédes- 
tination ,  d'efficacité  de  la  grâce,  de  nullité  de  la  volonté  hu- 
maine, de  pouvoir  absolu  de  Dieu  sur  cette  volonté.  Voici 
donc  comment  elle  a  frauduleusement  remplacé  le  sublime 
Capitule  que  nous  venons  de  lire.  Remarquons  que  le  pas- 
sage qu'elle  y  a  substitué  commence  à  peu  près  de  la  même 
manière ,  pour  atténuer ,  autant  que  possible ,  le  fait  du 
changement;  mais  lisons  jusqu'au  bout  : 

Benedictus  Deus  et  Pater  Domini  nostri  J esu-Christi ,  qui 
benedixit  nos  in  omni  benedictione  spirituali  in  cœlestibus  in 
Christo,  sicut  elegit  nos  in  ipso  ante  mundi  constitutionem  ,  ut 
csscmus  sancti  et  immaculati  in  conspectu  ejus  in  charitate. 

Le  Chrétien  qui  écoute  la  lecture  du  premier  de  ces  deux 
Capitules,  entendant  dire  que  Dieu  est  le  Père  des  miséri- 
cordes, le  Dieu  de  toute  consolation,  si,  dans  ce  seul  jour  de 

(i)  C'est  la  pratique  générale  de  tous  les  temps  et  de  tous  les  lieux  , 
si  on  excepte  l'époque  du  Pelagianisme,  dans  laquelle  il  était  néces- 
saire de  prémunir  les  fidèles  contre  Terreur;  encore  doit-on  remarquer 
une  grande  différence  entre  le  ton  de  saint  Augustin  dans  ses  Lettres 
et  ses  Traités,  et  celui  qu'il  prend  sur  les  mômes  matières  dans  ses 
Discours  populaires  et  ses  Homélies.  Nous  rappellerons  ici  les  Règles 
que  donne  sur  cet  article  saint  Ignace  de  Loyola ,  à  la  (in  du  fameux 
livre  des  Exercices ,  livre  dont  la  doctrine  est  formellement  approuvée 
et  garantie  par  le  Siège  Apostolique  :  Décima  quarta  Régula.  Adver- 
tendum  quoqueest  quamquam  verissimum  sit  nemini  contingere  salutem 
nisi  prœdestinato  ;  circumspecte  tamen  super  hoc  loquendum  esse,  ne 
forte  gratiam  seu  prœdestinalionem  Dei  nimis  extendentes ,  liberi  arbi- 
tra vires  et  operum  bonorum  mérita  excludere  velle  videamur.  A  la  Règle 
quinzième ,  il  est  dit  :  Stmilem  ob  causant  frequens  de  prœdestinatione 
sermo  liabendus  non  est.  A  la  dix-septième  :  De  gratia  ergo  ipsa  diffuse 
quidem  loqui  fas  est ,  Deo  aspirante ,  sed  quatenus  in  gloriam  ejus  ube- 
riorem  redundat ,  idque  juxta  modum  convenientem,  nostris  prœsertim 
temporibus  tam  periculosis  ;  ne  et  liberi  arbitrii  usus  et  operum  bonorum 
cf/icacia  tollalur. 


*  . 


LITURGIQUES.  521 

la  semaine,  où  un  peu  de  loisir  lui  est  donné  pour  réfléchir 
sur  son  âme,  il  sent  en  lui-même  quelques  désirs  d'amen- 
dement ,  trouvera  dans  ces  douces  paroles  un  motif  de 
conversion;  il  se  lèvera,  et,  comme  le  prodigue,  il  ira  à  son 
Père.  Le  pécheur,  au  contraire,  qui  entend  lire  le  second 
Capitule  et  qui  sent  que  dans  ce  moment  il  n'est  ni  saint, 
ni  immaculé,  où  prendra-t-il  la  force  de  se  relever?  On 
lui  dit  que,  pour  parvenir  au  salut,  il  faut  avoir  été  élu  en 
Jésus- Christ  avant  la  création  du  monde.  Quelle  garantie 
aura-l-ii  de  celle  élection  pour  lui-même?  Dans  cette  incer- 
titude, il  ne  répondra  pas  aux  avances  que  la  grâce  lui  fai- 
sait au  fond  de  son  cœur.  Il  secouera  le  joug  d'une  religion 
qui  désole,  au  lieu  de  consoler.  Ou  convient  assez  généra- 
lement aujourd'hui  que  lePrédestinatianisme  plus  ou  moins 
triomphant  dans  la  Chaire,  et  le  rigorisme  de  la  morale,  ont 
été  pour  moitié  dans  les  causes  de  l'irréligion,  au  dix-hui- 
tième siècle. 

L'Hymne  de  saint  Grégoire,  Lucis  Creator  optime,  qui  suit 
le  Capitule,  dans  l'Office  des  Vêpres  du  Bréviaire  Romain, 
et  dans  laquelle  l'Eglise  remercie  avec  tant  de  noblesse  et 
d'onction  le  Créateur,  pour  le  don  sublime  de  la  lumière 
physique,  et  lui  demande  la  lumière  des  âmes,  avait  été  sup- 
primée. En  place,  on  lisait  une  Hymne  de  Coftln,  pièce  d'un 
langage  élevé  et  correct,  il  est  vrai;  mais,  à  la  dernière 
strophe,  un  vers  avait  été  lancé  à  dessein.  On  y  demandait 
à  Dieu  qu'tf  veuille  nous  adapter  à  toute  espèce  de  bien.  Ad 
omne  nos  apla  bonum.  Sans  doute,  cette  expression  est  de 
saint  Paul;  mais  il  y  a  long-temps  que  saint  Pierre  nous  a 
prévenus  que  les  hérétiques  détourneraient  les  paroles  de  ce 
grand  Apôtre  des  Gentils  à  des  sens  pervers  (1),  et  ce  vers 

(l)  Sicut  et  carissimus  fraler  noster  Paulus  secundum  daiam  sibi 
sapientiam  scripsit  vobis,  sicut  et  in  omnibus  Epi&tolis,  Ijqiuns  in  eis 

T.  II.  21 


/ 


322  INSTITUTIONS 

de  l'Hymne  ne  nous  rappelle  que  trop  l'affectation  avec  la- 
quelle le  texte  dont  il  est  emprunté  a  été  placé  dans  la  Béné- 
diction du  Lecteur,  à  l'Office  de  Prime,  en  celte  manière  : 
Deus  pacis  aptet  nos  in  omni  bono ,  ut  faciamus  ejus  volunta- 
tem,  faciensin  nobis  quod  pîaceat  coramse.  Ce  sont  précisé- 
ment ces  paroles  et  d'autres  semblables  que  les  Jansénistes 
nous  objectent,  pour  établir  leur  système  de  l'irrésistibilité 
de  la  grâce.  On  sait  bien  que  l'Ecriture  est  la  parole  de  Dieu  ; 
mais  on  sait  aussi  qu'elle  est  un  glaive  à  deux  tranchants  qui 
peut  défendre  de  la  mort,  ou  la  donner,  suivant  la  main  qui 
l'emploie.  C'est  ici  le  lieu  de  se  rappeler  la  remarque  de  Lan- 
guet  sur  des  textes  du  même  genre  dans  le  Missel  de  Troyes. 
Si,  au  temps  de  l'hérésie  Arienne  ,  quelqu'un  se  fût  avisé  de 
composer  une  Antienne  avec  ces  paroles  :  Pater  major  me 
est;  ou,  au  temps  de  la  Réforme,  avec  celles-ci  :  Spiritus 
est  quivivificat  ;  caro  autem  non  prorIa>t  quidquam,  nYÙL-on 
pas  eu  raison  de  considérer  de  pareilles  Antiennes  comme 
hérétiques  par  suite  de  leur  isolement  du  contexte  saeré? 
Cependant,  l'Ecriture  Sainte  toute  seule  en  eût  fourni  la  ma- 
tière. 

A  rOfïicc  de  Complies,  l'Eglise  Romaine  met  les  Psaumes 
sur  une  Antienne  tirée  de  l'un  d'eux,  et  qui  est  un  cri  du 
ecrur  vers  Dieu,  au  milieu  des  ombres  de  la  nuit.  Miserere 
mei ,  Domine,  et  exaudi  orationem  meam  !  Le  nouveau  Bré- 
viaire n'avait  pas  voulu  garder  celte  Antienne.  C'était  pour- 
tant une  prière,  cl  une  prière  tirée  de  l'Ecriture  Sainte.  Or 
avait  mis  en  place  un  Verset  du  Psaume  XC.  Scato  circum 
dabil  te  veritas  ejus  ;  non  timebis  a  timoré  noclurno.  Qu'est-ce 
que  cette  Vérité  qui  sert  de  bouclier  au  fidèle?  quelle  es! 

de  bis;  in  quilmssunt  qi  a  dam  difficilia  iotellectu  quae  indocti  et  in* 
tabiles  dépravant,  sicut  et  caeteras  Scripturas  ad  suam  ipsorum  pefdi 
tiooem.  /.  in.  ///.  15.  16 


LITURGIQUES.  3^5 

cette  Nuit  dont  il  ne  faut  pas  craindre  les  terreurs  ?  Les 
écrits  du  parti  ne  cessent  de  parler  de  l'une  et  de  l'autre.  La 
vérité,  c'est  la  doctrine  opposée  à  la  Bulle;  la  nuit ,  c'est 
Y  obscurcissement  de  l'Eglise. 

Ecoutons-les  maintenant,  dans  le  Capitule  qui  vient  bien- 
tôt après  cette  Antienne  : 

Omnes  vos  filii  lucis  estis  et  filii  diei  ;  non  sumus  noctis  ne- 
que  tenebrarum  ;  igitur,  non  dormiamus  sicut  et  cœteri,  sed 
vigilemus  et  sobrii  simus. 

Toujours  même  esprit  :  Les  enfants  de  la  lumière,  et  les 
enfants  des  ténèbres  ;  ne  pas  dormir  comme  les  autres.  Tout 
cela  serait  parfait,  en  d'autres  temps,  et  dans  une  autre 
bouche  ;  mais  que  l'Eglise  Romaine  a  bien  un  autre  esprit. , 
lorsqu'au  lieu  de  placer  ici  une  froide  exhortation,  elle 
s'écrie  avec  tendresse  au  nom  de  ses  enfants  : 

Tu  autem  in  nobis  es ,  Domine  ,  et  nomen  sanctum  tuum 
invocatum  est  super  nos  ;  ne  derelinquas  nos,  Domine  Deus 
noster  ! 

Vient  ensuite  le  ^.  In  manus  tuas,  Domine,  commendo 
spiritum  meum.  Le  nouveau  Bréviaire  l'avait  gardé  ;  mais 
voyez  ici  la  différence  de  la  véritable  Mère  d'avec  celle  qui 
n'en  a  que  le  nom.  L'Eglise  Romaine,  afin  que  chaque  fidèle 
puisse  répéter  avec  confiance  ces  douces  paroles  :  In  manus 
tuas  commendo  spiritum  meum,  émet  tout  aussitôt  le  motif  qui 
produit  cette  confiance  dans  le  cœur  du  dernier  de  ses  enfants. 
Tous  ont  droit  d'espérer,  car  tous  ont  été  rachetés  :  Rede- 
misti  nos,  Domine,  Deus  veritatis.  Ecoutez  maintenant  Vi- 
gier  et  Mesenguy  :  Redemisti me,  Domine,  Deus  veritatis.  La 
rédemption ,  suivant  eux ,  n'est  pas  une  faveur  générale  ;  le 
Christ  n'est  pas  mort  pour  tous.  L'Eglise  ne  peut  donc  pas 
dire  :  Redemisti  nos  !  Que  si  vous  leur  reprochez  l'altéra- 
tion du  Répons ,  ils  vous  diront  qu'ils  n'ont  fait  que  rétablir1 


5-2  i  INSTITUTIONS 

le  texte  sacré;  que  dans  l'Ecriture,  il  y  a  redemisti  me.  — 
Sans  doute,  et  c'est  pour  cela  même  que  l'Eglise,  interprète 
de  l'Ecriture ,  craignant  qu'on  n'en  tirât  de  fausses  consé- 
quences, avait  dit  :  Redemisti  nos.  Dans  la  Liturgie,  il  arrive 
sans  cesse  que  des  passages  de  l'Ecriture  sont  interprétés, 
adaptés  pour  la  nécessité  du  service  divin.  Les  nouveaux  livres 
ont  eux-mêmes  retenu  un  certain  nombre  de  prières  dans  les- 
quelles les  paroles  de  l'Ecriture  ont  été  modifiées  par  l'Eglise. 
Ils  en  ont  même  de  nouveaux  composés  dans  le  même  goût. 

Après  le  Répons  bref,  le  Bréviaire  Romain,  toujours  at- 
tentif à  nourrir  les  fidèles  de  sentiments  affectifs  et  propres  à 
entretenir  la  confiance,  avait  ajouté  cette  touchante  prière 
dans  le  Verset  : 

Custodi  nos  ,  Domine,  ut  pupillam  oculi ;  sub  umbra  ala- 
rum  tuarum  protège  nos. 

C'est  la  même  intention  que  dans  le  Redemisti  nos.  Le 
nouveau  Bréviaire,  toujours  d'après  le  même  système,  in- 
dividualisant la  Rédemption  et  ses  conséquences,  avait  mis, 
sous  le  même  prétexte  de  l'intégrité  du  texte  sacré  :  Cus- 
todi me  ,  protège  me. 

Mais  voici  quelque  chose  de  bien  plus  fort,  et  en  quoi  ap 
paraît  merveilleusement  l'intention  des  novateurs  dans  tout 
cet  ensemble.  L'Eglise  Romaine ,  après  le  Cantique  de  Si 
méon ,  mettait  dans  la  bouche  de  ses  enfants,  prêts  à  se  livre 
au  repos,  une  Antienne  composée  de  ces  touchantes  paroles 
Salva  nos,  Domine,  vigilantes  ;  custodi  nos  dormientes ,  v 
vigilemus  cum  Chrislo  et  requiescamus  in  pace.  Le  nouvea 
Bréviaire ,  après  avoir  expulsé  cette  pieuse  formule,  la  ren 
plaçait  par  ce  Verset  de  la  Bible  :  Domine,  dabispacem  nobù 
omnia  enim  opéra  nostra  operatus  es  nobis.  On  en  voit  l'ir 
tenlion.  Pendant  toute  la  journée  qui  va  finir,  nous  n'avo 
point  agi  ;  c'est  la  grâce  qui  a  fait  nos  œuvres,  Que  le 


LITURGIQUES.  325 

gneur  maintenant  nous  donne  le  repos ,  comme  il  nous  a 
donné  l'action.  Tel  était  l'Office  des  Complies  dans  le  nouveau 
Bréviaire.  Sous  le  masque  de  cette  exactitude  littérale  au 
texte  sacré,  nos  faiseurs,  comme  les  appelle  Languet,  se 
sentaient  inexpugnables  vis-à-vis  de  gens  qui  leur  avaient 
accordé  ce  principe,  qu'on  devait  composer  l'Office  divin  avec 
des  passages  de  l'Ecriture  :  cette  dangereuse  opinion,  ressus- 
citée  depuis  un  demi-siècle,  avait  prévalu  dans  la  plupart  des 
esprits.  Nous  avons  vu  que  tout  le  zèle  de  Languet  n'avait 
pu  obtenir  que  la  rétractation  de  l'Evêque  de  Troyes  portât 
sur  cet  article. 

Ce  n'était  pas  seulement  l'Ecriture  Sainte  que  les  rédac- 
teurs du  Bréviaire  avaient  fait  servir,  à  force  de  la  tronquer, 
au  plan  criminel  qu'ils  s'étaient  proposé ,  de  faire  de  la  Li- 
turgie un  moyen  de  soutenir  le  Jansénisme.  Dans  leurs  mains, 
l'antiquité  chrétienne,  soumise  au  même  système  de  muti- 
lation, n'était  pas  une  arme  moins  dangereuse  pour  l'ortho- 
doxie. Les  passages  des  Pères  placés  dans  les  Leçons ,  loin 
d'être  dirigés  contre  les  nouvelles  erreurs  sur  la  Grâce,  ainsi 
qu'on  avait  eu  soin  de  le  faire  en  plusieurs  endroits  du  Bré- 
viaire de  Harîay,  donnaient  plutôt  à  entendre,  au  moyen  de 
coupures  faites  à  propos,  des  sens  tout  opposés  à  ceux  de  la 
vraie  doctrine.  On  avait  placé  une  suite  de  Canons  des  Con- 
ciles à  l'Office  de  Prime,  et  cette  innovation,  que  d'ailleurs 
nous  sommes  loin  de  blâmer  en  elle-même,  outre  qu'elle  ser- 
vait le  système  de  ces  Docteurs  qui  depuis  tant  d'années  ne  ces- 
saient de  redemander  l'ancienne  discipline,  avait  été  conduite 
de  manière  à  ce  qu'on  n'y  rencontrât  pas  une  seule  citation 
des  Décrétales  des  Pontifes  Romains ,  qui  ont  pourtant  dans 
l'Eglise  une  autorité  supérieure,  pour  le  moins,  à  celle  d'une 
infinité  de  Conciles  particuliers  et  même  de  Synodes  qu'on 
y  voit  cités.  On  avait  trouvé  moyen  de  placer,  au  Mardi  de  la 


526  INSTITUTIONS 

quatrième  semaine  de  Carême  ,  quelques  paroles  du  XIe  Ca- 
non du  IIIe  Concile  de  Tolède,  en  »v>89,  qui  enchérissaient 
sur  la  87e  Proposition  de  Quesnel.  Voici  le  Canon  :  Secundum 
formant  Canonum  antiquorum  dentur  pœnitentiœ ,  hoc  est, 
ut  prius  eum  quem  sui  pœnitet  facti ,  a  communione  suspen- 
sum  faclat  inter  reîiquos  pœnitentes  ad  manus  impositioncm 
crebro  recurrere  ;  expleto  autem  satisfactionis  tempore,  sicuti 
sacerdotalis  contemplatio  probaverit,  eum  communioni  resti- 
tuât. Voici  maintenant  la  Proposition  de  Quesnel  :  Modus 
plenus  sapientia ,  lumine  et  charitate,  est  dare  animabus  tem- 
pus  portandi  eum  humilitate,  et  sentiendi  statum  peccati , 
petendi  spiritum  pœnitentiœ  et  contritionis ,  et  incipiendi  ad 
minus  satisfacere  justitiœ  Dei,  antequam  reconcilientur.  Il  y 
avait ,  certes,  en  tout  cela ,  de  quoi  faire  ouvrir  les  yeux  aux 
moins  clairvoyants. 

Quant  aux  Hymnes  du  nouveau  Bréviaire,  elles  étaient 
généralement  fort  discrètes  sur  l'article  de  la  Grâce.  L'in- 
tention secrète  était  aisée  à  sentir;  mais  les  mots  trahissaient 
rarement  le  poète.  Cofïin,  si  supérieur  à  Santeul,  excellait 
à  rendre,  dans  ses  strophes,  les  fortes  pensées  de  l'Epître 
aux  Romains;  son  vers  cherchait  l'écueil  avec  audace,  mais 
l'évitait  avec  une  prudence  infinie.  Chacune  de  ses  Hymnes, 
prise  vers  par  vers ,  était  irréprochable  pour  ce  qu'elle  di- 
sait ;  on  ne  pouvait  reprocher  à  l'ensemble  que  ce  qu'il  ne 
disait  pas.  Mais  ce  silence  était  la  plus  complète  déclaration 
de  guerre,  de  la  part  d'une  secte  qui  avait  écrit  sur  son 
drapeau  :  Silence ,  et  même  silence  respectueux.  Nous  en 
avons  assez  dit  sur  l'indignité  irrémédiable  de  Coffîn  à  rem- 
plir, dans  l'Eglise  Catholique ,  le  rôle  d'hymnographe.  //  était 
notoirement  hors  l'Eglise  :  ceci  dit  tout.  Il  n'est  donc  môme 
pas  nécessaire  de  rappeler  à  son  propos  les  notes  fixées  par 
saint  Bernard,  dans  sa  fameuse  Lettre  a  Guy,  Abbé  de  Mon- 


LITURGIQUES.  327 

tier-Ramey,  et  dont  nous  avons  fait  ci-dessus  l'application 
à  Santeul.  Au  reste,  ce  dernier  hymnographe  triomphait  dans 
le  nouveau  Bréviaire ,  à  côté  de  Coffin  ;  il  y  avait  obtenu  une 
plus  large  place  que  dans  celui  de  Harlay.  On  remarquait 
surtout  son  Hymne  des  Evangélistes,  dans  l'Office  de  saint 
Marc  et  de  saint  Luc,  et  les  Jansénistes  se  délectaient  dans 
la  fameuse  strophe  citée  plus  haut  : 

Insculpta  saxo  lex  vêtus 
Prœcepta,  non  vires  dabat  : 
Inscripta  corcli  lex  nova 
Quidquid  jubet  dat  exequi. 

Pour  en  finir  sur  les  Hymnes  du  nouveau  Bréviaire ,  nous 
dirons  que  cette  œuvre  en  renfermait  un  grand  nombre;  ce 
qui  prouvait  que  si  les  rédacteurs,  comme  D.  de  Vert  et  Le 
Tourneux ,  craignaient  la  parole  humaine  dans  les  Antiennes 
et  les  Répons ,  comme  eux  aussi ,  ils  la  souffraient  bien  volon- 
tiers dans  d'autres  compositions.  Au  reste,  on  avait  retenu  un 
certain  nombre  d'anciennes  Hymnes  dont  plusieurs  avaient  été 
retouchées  par  Coffin  ;  d'autres  enfin  appartenaient  à  Santeul 
de  Saint-Magloire ,  La  Brunelière,  Habert,  Pétau,  Commïre, 
Le  Tourneux,  Besnault,  Curé  de  Saint-Maurice  de  Sens,  etc. 

2°  Si  maintenant  nous  considérons  la  manière  dont  le  nou- 
veau Bréviaire  avait  traité  le  culte  des  Saints ,  on  dirait  que 
les  auteurs  avaient  pris  à  tâche  d'enchérir  sur  les  témérités 
de  François  de  Harlay.  Déjà ,  nous  avons  vu  comment  le  sys- 
tème de  la  prépondérance  du  Dimanche  sur  toutes  les  fêtes 
occurrentes,  à  moins  qu'elles  ne  fussent  du  premier  degré, 
système  admis  dans  tous  les  nouveaux  Bréviaires  et  dans  ce- 
lui de  Paris  en  particulier,  enlevait  de  solennité  au  culte  des 
Saints;  combien,  sous  couleur  de  rétablir  les  usages  de  l'an- 
tiquité ,  il  était  en  contradiction  avec  l'Eglise  Romaine ,  à  qui 


528  INSTITUTIONS 

il  appartient  d'instruire  les  autres  Eglises  par  ses  usages. 
Encore  on  ne  s'était  pas  borné  à  établir  une  règle  aussi  dé- 
favorable au  cuite  des  Saints,  le  Calendrier  avait  subi  les 
plus  graves  réduciions.  En  janvier,  on  avait  supprimé  les 
Octaves  de  saint  Etienne ,  de  saint  Jean ,  des  saints  Innocents 
et  même  de  sainte  Geneviève,  la  fêle  de  sainte  Emérentienne 
et  l'antique  Commémoration  de  sainte  Agnès,  au  28,  qui 
est  regardée  comme  un  des  pins  précieux  monuments  li- 
turgiques du  Calendrier  Grégorien.  En  février,  la  Chaire  de 
saint  Pierre  à  Antioche  avait  disparu.  En  mars,  saint  Aubin 
n'avait  plus  qu'une  simple  mémoire.  En  avril,  la  fête  de  saint 
Vital  était  retranchée,  le  culte  de  saint  Georges  et  de  saint 
Euirope  était  réduit  à  une  Commémoration.  En  mai,  on  avait 
effacé  les  saints  Alexandre,  Eventien  et  Théoduîc,  sainte. 
Domitiîle,  la  Translation  de  saint  Nicolas,  saint  Urbain,  les. 
saints  Cantius,  Caniiamis,  cl  Cantianiila.  En  juin,  ornière-' 
trouvait  plus  les  saints  Uasilide,  Cyrinus,  Nabor  et  Kazaire, , 
les  saintes  Modeste  et  Crescence,  les  saints  Marc  et  Mar- 
cellien,  ni  les  Octaves  de  saint  Jean- Baptiste  et  de  saint 
Pierre  et  saint  Paul.  En  juillet,  étaient  effacés  saint  Thi- 
bault, les  saints  Processe  et  Martinicn,  saint  Alexis,  sainte 
Marguerite,  sainte  Praxède ,  les  saints  Abdon  et  Sennen.; 
En  août,  avaient  disparu  sainte  Suzanne,  saint  Cassien , 
saint  Eusèbe,  saint  Agapet,  les  saints  Timotbée  et  Apolli- 
naire, et  les  saints  Félix  et  Adaucte.  Le  mois  de  septembre 
ne  présentait  d'autre  suppression  que  celle  de  saint  iNico- 
mède.  Saint  Marc  et  saint  Caîiixte,  Papes,  avaient  été  re-, 
tranchés,  au  mois  d'octobre.  En  novembre,  on  avait  ôté  les 
Quatre  Couronnés,  saint  Théodore,  l'Octave  de  saint  Mar- 
tin, saint  Véran,  saint  Mennas,  sainte  Félicité,  sainte  Ge-r 
neviève  du  Miracle  des  Ardens;  saint  Martin,  Pape,  élail 
réduit  à  une  simple  Commémoration.  Décembre,  enfin ,  avaiç 


LITURGIQUES.  529 

vu  disparaître  sainte  Barbe  et  l'Octave  de  la  Conception; 
saint  Thomas  de  Cantorbéry  était  transféré  au  mois  de  juillet, 
et  saint  Sylvestre  réduit  à  une  simple  Mémoire. 

L'Eglise  de  Paris,  comme  Ton  voit,  en  acceptant  le  nou- 
veau Bréviaire,  se  privait,  de  gaieté  de  cœur,  d'un  grand 
nombre  de  protecteurs,  et  il  est  difficile  d'exprimer  quel 
avantage  elle  pourrait  tirer  d'une  si  étrange  épuration  du 
Calendrier.  Nous  allons  examiner  en  détail  quelques-unes  de 
ces  suppressions  ;  mais  nous  ne  pouvons  dès  à  présent  nous 
empêcher  de  signaler  comme  déplorable  le  système  d'après 
lequel  on  privait  l'Eglise  de  Paris  de  deux  des  fêtes  de  sa 
glorieuse  palrone.  En  outre,  parmi  ces  divers  Saints  sacrifiés 
à  l'antipathie  Janséniste ,  si  la  plupart ,  tirant  leur  origine  du 
Calendrier  Romain,  rappelaient  d'une  manière  trop  expresse 
la  source  à  laquelle  l'Eglise  de  Paris,  durant  neuf  siècles, 
avait  puisé  sa  Liturgie ,  plusieurs  de  ces  Saints  qui  appar- 
tiennent exclusivement  à  la  France ,  comme  saint  Aubin , 
saint  Eutrope ,  saint  Thibault ,  saint  Véran ,  n'en  avaient  pas 
moins  été  honteusement  expulsés.  On  remarquait  aussi  que  le 
nouveau  Calendrier  ne  renfermait  presque  aucun  des  saints 
nouvellement  canonisés,  quoiqu'ils  eussent  bien  autant  de 
droit  aux  hommages  de  l'Eglise  de  Paris  que  ceux  des  pre- 
miers siècles.  Mais  cette  fécondité  de  l'Epouse  du  Christ  qui  lui 
fait  produire  en  chaque  siècle  des  fils  dignes  de  sa  jeunesse, 
démentait  trop  fortement  le  système  de  la  secte  sur  la  vieillesse 
de  l'Eglise ,  et  pouvait  devenir  gênant  dans  ses  conséquences. 

Un  bouleversement  notable  avait  eu  lieu  dans  le  Calendrier 
des  mois  de  mars  et  d'avril.  On  cherchait  en  vain  à  leurs  jours 
propres  saint  Thomas  d'Aquin ,  saint  Grégoire  le  Grand , 
saint  Joseph,  saint  Joachim,  saint  Benoît,  sainte  Marie  Egyp- 
tienne, saint  Léon  le  Grand.  Le  désir  de  donner  plus  de  tris- 
tesse au  temps  du  Carême  avait  porté  nos  réformateurs  à  les 


330  INSTITUTIONS 

rejeter  à  d'autres  jours ,  choisis  presque  toujours  arbitrai- 
rement. Par  là,  les  Eglises,  les  corporations  placées  sous 
le  patronage  de  ces  Saints,  se  voyaient  frustrées  de  leurs 
traditions  les  plus  chères;  les  fidèles,  qui  ne  pouvaient  rien 
comprendre  aux  motifs  d'une  semblable  mesure,  se  trouvaient 
pareillement  dans  l'embarras  pour  connaître  le  jour  auquel 
ils  célébreraient  désormais  les  Saints  qui  étaient  l'objet  de 
leur  dévotion  particulière.  S'ils  sortaient  du  Diocèse  de  Paris 
pour  aller  dans  un  autre,  ils  retrouvaient  leurs  Saints  bien- 
aimés  aux  mômes  jours  auxquels  ils  avaient  eu  coutume 
de  les  célébrer  :  comment  expliqueraient-ils  ces  variations 
inouies  jusqu'alors?  Et  plût  à  Dieu  que  les  nouvelles  Litur- 
gies n'eussent  contribué,  que  par  ce  seul  endroit,  à  dépo- 
pulariser en  France  les  choses  de  la  religion  ? 

Si  maintenant  nous  examinons  la  manière  dont  les  Offices 
des^Saints  en  eux-mêmes  avaient  été  traités  dans  le  nouveau 
Bréviaire,  nous  sommes  bien  obligé  de  dire  qu'on  avait  encore 
enchéri  sur  le  Bréviaire  de  Harlay .  La  censure  de  la  Sorbonne, 
contre  le  Bréviaire  d'Orléansde  1548,  était  applicable  demot 
à  mot  aux  nouveaux  Offices.  Des  fêtes  de  neuf  Leçons  avaient 
été  réduites  à  trois ,  et  des  fêtes  de  trois  Leçons  n'avaient  plus 
qu'une  simple  mémoire.  La  plupart  du  temps ,  on  avait  re- 
tranché les  miracles  des  Saints.  Plusieurs  traits  importants 
pour  l'édification  avaient  été  élagués ,  comme  le  récit  des  jeûnes, 
des  macérations  des  Saints ,  les  fondations  et  dotations  d'E- 
glises faites  par  eux.  On  avait  supprimé  leurs  Hymnes  propres, 
leurs  Antiennes,  etc.  (1).  Ainsi  parlait  l'Université  de  Paris, 
en  1548,  et  elle  ajoutait  que  ces  changements  étaient  une 
chose  imprudente,  téméraire,  scandaleuse,  et  qui  donnait  même 
quelque  lieu  de  soupçonner  l'envie  de  favoriser  les  hérétiques. 

(1)  Vid.  ci-dessu?.  Tomo  I.  page  458, 


LITURGIQUES.  551 

Il  faudrait  un  volume  entier  pour  relever  toutes  les  inten- 
tions qui  ont  présidé  à  la  rédaction  du  corps  des  Légendes 
des  Saints,  dans  le  nouveau  Bréviaire.  C'est  là  que  Fart  des 
réticences  est  porté  à  la  perfection  ;  que  la  nouvelle  critique 
s'exerce  dans  toute  son  audace  et  aussi  dans  toute  sa  séche- 
resse. Nous  aurons  le  loisir  d'y  revenir  jour  par  jour,  dans 
l'explication  générale  de  l'Office  divin  ;  mais  nous  ne  pouvons 
mieux  qualifier  toutes  ces  Légendes ,  qu'en  disant  qu'elles 
forment,  pour  l'esprit  et  la  couleur,  un  abrégé  exact  desVies 
des  Saints ,  malheureusement  trop  répandues,  de  l'Acolyte 
Mesenguy,  qui  n'avait  ainsi  qu'à  mettre  en  latin,  en  le  rétré- 
cissant encore ,  son  propre  ouvrage. 

La  Lettre  Pastorale  nous  dit  qu'on  a  évité  tout  ce  qui 
pourrait  nourrir,  à  l'égard  des  Saints,  une  stérile  admiration, 
et  comme  nous  l'avons  remarqué  à  ce  propos,  cette  crainte  a 
été  cause  que  l'on  a  gardé  le  silence  sur  les  Stigmates  de  saint 
François.  C'est  sans  doute  dans  une  semblable  intention  que, 
dans  la  vie  du  même  Patriarche,  on  avait  retranché  les  célèbres 
paroles  par  lesquelles  il  exhorte ,  en  mourant ,  ses  disciples 
à  garder  la  pauvreté ,  la  patience  et  la  foi  de  la  sainte  Eglise 
Romaine.  On  ne  saurait  croire  jusqu'à  quel  degré  cette  manie 
d'effacer,  de  cacher,  de  dissimuler  les  traditions  sur  les 
Saints,  était  parvenue.  Quel  homme,  par  exemple,  enlisant 
ces  paroles  au  sujet  de  la  mère  de  saint  Dominique ,  hune 
mater  dum  utero  gestaret  quœdam  vidisseper  quietem  traditur, 
penserait  que  cette  illustre  femme  vit  un  chien  tenant  dans 
sa  gueule  un  flambeau,  pour  embraser  le  monde?  Tout  ce 
magnifique  symbolisme  est  rendu  par  nos  faiseurs  dans  ce 
seul  mot:  Quœdam.  Nous  citons  ce  trait  entre  mille.  Réunissez 
deux  clercs,  dont  l'un  récite  le  Bréviaire  de  Vintimille  et 
l'autre  le  Bréviaire  Romain  :  supposons  qu'ils  ne  connaissent 
l'un  et  l'autre  la  vie  des  Saints,  que  par  les  Leçons  de  leur 


332  INSTITUTIONS 

Bréviaire.  Qu'ils  aient  maintenant  l'un  et  l'autre  à  s'expliquer 
du  haut  de  la  chaire  sur  les  actions ,  les  vertus ,  les  miracles, 
les  attributs  des  Saints.  Le  premier  ne  pourra  rendre  raison 
que  d'un  petit  nombre  de  faits  et  de  traditions  ;  le  second  sera 
à  môme  de  dispenser  avec  munificence  un  trésor  de  lumière 
et  d'édification.  Quand  la  foi  est  vive  dans  un  pays,  le  culte  des 
Saints ,  la  connaissance  de  leurs  actions  et  des  merveilles  que 
Dieu  a  opérées  en  eux,  y  sont  populaires;  quand  cette  dé- 
votion diminue,  la  vraie  piété  s'éteint,  le  rationalisme  en- 
vahit tout.  Or,  c'est  dans  les  Eglises  que  le  culte  des  Saints 
se  nourrit  et  se  réchauffe  ;  c'est  dans  les  Hymnes  et  les  An- 
tiennes séculaires  qu'il  se  conserve.  Gardée  à  la  fois  par  les 
<  hanls  de  l'autel  et  les  vitraux  du  Sanctuaire,  la  Légende 
sacrée  ne  s'efface  pas  et  protège  la  foi  des  générations.  Quand 
donc  reverrons-nous  les  merveilles  des  siècles  Catholiques? 
Sera-ce  quand  nous  aurons  beaucoup  de  Cathédrales  rebâ- 
ties dans  le  style  du  treizième  siècle  ,  beaucoup  de  pastiches 
des  arts  du  moyen-âge?  Non ,  ce  sera  quand  nous  aurons 
réappris  la  Vie  des  Saints,  quand  nous  comprendrons  leurs 
héroïques  vertus,  quand  nos  cœurs  auront  retrouvé  cette 
foi  naïve  qui  faisait  qu'on  était  en  repos  sur  ses  besoins  spi- 
rituels et  corporels,  quand  on  avait  prié  devant  la  châsse 
qui  renfermait  les  ossements  de  ces  amis  de  Dieu.  Ces  temps 
doivent-ils  revenir  pour  nous?  Nous  ne  savons;  mais  nous 
tenons  pour  assuré  que  si  l'antique  vénération  des  Saints  doit 
de  nouveau  consoler  notre  patrie ,  les  Légendes  du  Bréviaire 
de  Paris  auront  alors  disparu  du  livre  des  prières  du  Prêtre. 
5°  Quant  à  la  manière  dont  le  culte  de  la  Sainte  Vierge, 
ce  culte  que  îes  théologiens ,  à  cause  de  son  excellence 
propre,  nomment  hyperdulie,  avait  été  traité  dans  le  nouveau 
Bréviaire,  nous  n'en  pouvons  parler  qu'avec  un  profond  sen- 
timent de  tristesse.  On  peut  dire  que  c'est  là  la  grande  plaie 


LITURGIQUES.  355 

des  nouveaux  Bréviaires ,  et  les  gens  les  plus  bienveillants , 
ou,  si  Ton  veut,  les  mieux  prévenus,  sont  bien  obligés 
de  convenir  que  les  rédacteurs  ont  eu  V intention  expresse 
de  diminuer  les  manifestations  de  la  piété  catholique  en- 
vers la  Mère  de  Dieu.  Nous  avons  raconté  les  attentats 
sanctionnés  par  François  de  Hariay,  dans  le  Bréviaire  de 
1680;  mais  du  moins,  dans  ce  livre,  on  avait  gardé  des 
mesures  :  on  n'en  gardait  plus  dans  le  Bréviaire  de  4756. 
Voici  d'abord  comment  avaient  été  déhonorées  les  Hymnes 
les  plus  chères  à  la  piété  catholique.  Commençons  par 
Y  Ave,  maris  Stella.  Cet  admirable  Cantique  qui  fait  la  joie 
et  la  consolation  de  l'Eglise,  exprime  avec  assurance  le 
pouvoir  de  Celle  qui  n'a  besoin  que  de  demander  à  son  Fils 
pour  obtenir,  et  qui  nous  sauve  par  sa  prière,  comme  Lui 
par  sa  miséricorde.  L'Eglise  demande  ses  besoins  à  Marie , 
parce  qu'elle  peut  les  soulager,  en  les  exposant  maternelle- 
ment au  Sauveur  : 

Sumat  per  te  preces 
Qui  pro  nobis  nalus 
Tulit  esse  tuus. 

* 

Jaloux  de  ce  pouvoir  de  recommandation  accordé  à  une 
pure  créature,  le  farouche  Jansénisme  avait  en  horreur  cette 
Hymne  si  tendre.  Chargé  de  la  réformer,  il  se  livre  à  cette 
œuvre  avec  joie  ;  îl  se  gardera  bien  de  la  remplacer  par  une 
autre.  Il  aime  mieux  la  corriger,  la  rendre  chrétienne,  faire  la 
leçon  à  l'Eglise  Romaine  et  à  toutes  celles  qui  la  suivent ,  in- 
sulter enfin  l'idolâtrie  papiste  dans  ses  derniers  et  plus  sacrés 
retranchements.  Nous  allons  placer  en  regard  la  leçon  catho- 
lique ,  et  celle  de  Coffin ,  en  demandant  toutefois  pardon  à  la 
Reine  du  ciel  et  de  la  terre,  de  donner  cette  publicité  à 
un  des  outrages  les  plus  sanglants  et  les  plus  froidement 


334  INSTITUTIONS 

calculés  qu'elle  ait  reçus.  Mais  nous  devons  dire  la  vérité 
et  faire  connaître  les  hommes  qui  disposaient  alors  de  la 
Liturgie. 

Texte  de  Jt' Eglise  Romaine,     Texte  de   Coflin,  dans  le 
conservé  par  François  de        Bréviaire  de  Vintimille 
Harlay .  (  1"  édition  ) . 


Ave ,  maris  Stella , 
Dei  Mater  aima, 
Atque  semper  Yirgo , 
Félix  cœli  porta. 

Sumens  illud  ave 
Gabrielis  ore 
Funda  nos  in  pace 
Mutans  Evœ  nomen. 

Solve  vinclà  reis , 
Profer  lumen  cœcis, 
Mala  nostra  pelle , 
Bona  cuncta  posée. 

Monstra  te  esse  matrem 
Sumat  per  te  preces 
Qui  pro  nobis  natus 
Tulit  esse  tuus. 

Virgo  singularis 
Inter  omnes  mitis , 
JNos  culpis  solutos 
Mites  fac  et  castos. 

Vitam  praesta  puram , 
Iter  para  tutum , 
Ut  videntes  Jesum  , 
Semper  collaetemur. 


Ave ,  Maris  Stella , 
Dei  Mater  aima 
Atque  semper  Virgo , 
Félix  cœli  porta. 

Virgo  singularis, 
Verae  vitae  parens , 
Quœ  mortem  invexit 
Mutas  Evce  nomen. 

Cadant  vincla  reis , 
Lux  reddatur  cœcis , 
Mala  cuncta  pelli , 
Bona  posce  dari. 

Monstra  te  esse  matrem 
Sumat  per  te  preces 
Qui  pro  nobis  natus 
Tulit  esse  tuus. 

Ce  Verset  a  totalement  disparu 
dans  le  travail  de  Coffin.  Il  aura 
sans  doute  désespéré  d'en  pouvoir 
faire  la  parodie. 

Vitam  posce  puram 
Iter  para  tutum , 
Ut  videntes  Jesum , 
Semper  collaetemur. 


La  doxologie  n'avait  pas  été  changée. 

On  voit  que ,  pour  démentir  les  expressions  de  la  piété 
catholique ,  le  poète ,  d'ordinaire  si  exact  sur  le  mètre,  n'a- 
vait pas  été  exigeant  cette  fois,  Les  fautes  contre  la  quan 


LITURGIQUES.  355 

tité  abondent  dans  ces  strophes  de  nouvelle  et  Janséniste 
fabrique. 

Passons  maintenant  à  une  autre  Hymne  de  la  Sainte  Vierge, 
non  moins  maltraitée  par  Coffîn.  C'est  celle  où  l'Eglise  ap- 
pelle Marie  la  Mère  de  la  grâce  et  de  la  miséricorde ,  et  de- 
mande pour  ses  enfants  la  faveur  d'être  reçus  par  Elle  au 
moment  de  leur  mort. 

Texte  de  l'Eglise  Romaine  Texte  de  Coffin  ,  dans  le 
conservé  par  François  de  Bréviaire  de  Vintimille, 
Harlay.  (  lre  édition). 

Mémento  salutis  autor  Mémento  de  Deo  Deus 

Quod  noslri  quondam  corporis  Quod  matre  natus  Virgine 

Ex  illibata  Virgine  Nosiri  misertus,  perditi 

IN'ascendo  furmam  sumpseris.  Muadi  redemptor  veneris. 

Maria»  mater  gratiœ,  Et  nos  Dei  Virgo  parens, 

Mater  misericordiae,  Vultu  benigno  respice  : 

Tu  nos  ab  hoste  protège  Placabilem  tua  prece 

Et  hora  mortis  suscipe.  Fac  esse  nobis  filium. 

La  doxologie  est,  à  peu  de  chose  près,  la  même. 

Ce  litre  de  Mère  de  miséricorde ,  que  l'amour  et  la  recon- 
naissance du  peuple  fidèle  ont  donné  à  Marie,  était  encore 
effacé  de  l'Hymne  de  Complies  :  Virgo,  Dei  Genitrix.  La 
troisième  strophe  ainsi  conçue  : 

Te  Matrem  pietatis 
Opem  te  flagitat  orbis  : 
Subvenias  famulis, 
0  benedicta  tuis  ; 

avait  été  totalement  supprimée  et  remplacée  par  celle-ci  : 

Suscipe  quos  pia  plebs 
Tibi  pendere  certat  honores  : 
Annue,  sollicita 
Qaam  prece  \  poscit  opem, 


536  INSTITUTIONS 

Si  on  n'avait  pas  osé  supprimer  les  Antiennes  à  la  Sainte 
Vierge  :  Aima  Redemptoris; — Ave,  Rcgina  cœîorum;  — Regina 
cœlij  lœtare,  et  Salve  Rcgina;  on  avait  du  moins  trouvé  moyen 
de  les  priver  de  leurs  Versets  si  populaires  et  si  vénérables, 
Angélus  Domini  ;  —  Post  parluni,  Virgo  ;  —  Dignare  me  lau- 
dare  te  ;  —  Gaude  et  lœlare ,  et  même  Ora  j*ro  nobis ,  sancla 
Dei  Genitrix.  Ces  Versets  avaient  fait  plaee  à  des  phrases  bi- 
bliques dont  la  plupart  n'offraient  qu'un  sens  aecommodatiec 
et  très  froid. 

Pour  ec  qui  est  des  Fêtes  même  de  la  Sainte  Vierge,  on 
était  à  même  de  voir,  à  leur  occasion,  le  plan  de  la  secte 
se  développer  sur  une  plus  grande  échelle.  D'abord,  l'Office 
du  jour  de  la  Circoncision,  Octave  de  Noël,  qui  jusqu'alors 
avait  été  en  grande  partie  employé  à  célébrer  la  divine 
Maternité  de  Marie,  avait  perdu  les  dernières  traces  de  i 
cette  coutume  Grégorienne  à  laquelle  le  Bréviaire  de  Ilarlay 
lui-même,  si  peu  favorable  au  culte  de  la  Sainte  Vierge, 
n'avait  pas  ciu  pouvoir  déroger.  Non  seulement  les  fa- 
meuses Antiennes  0  admirabile  commercium  —  Quando 
uatus  es  —  Rubum  quem  viderat  —  Germinavit  —  Ecce 
Maria  — Mirabile  myslerium — Magnum  hœreditatis  myt- 
terium ,  qui  sont  au  nombre  dus  plus  précieux  monuments 
de  la  foi  de  l'Eglise  au  mysière  de  l'Incarnation,  ayant  été 
composées  dans  l'Eglise  Romaine  à  l'époque  des  Conciles 
(i'Ephèse  et  de  (  halcédoine,  avaient  disparu  jusqu'à  la  der 
nière  syllabe;  mais,  parmi  les  textes  des  saintes  Ecritures 
qu'on  avait  mis  à  la  place ,  rien  ne  rappelait  la  mémoire 
de  l'antique  solennité  qui  consacrait  depuis  tant  de  siècles  k 
jour  des  Kalendcs  de  Janvier  au  culte  de  la  Mère  de  Dieiif 

Le  deuxième  jour  de  février,  quarantième  du  divin  En  fan 
lement,  continuait  d'êlre  désigné  sous  ce  nom  :  Ptésentatioi 
du  Seigneur  et  Purification  de  la  Sainte  Vierge.  Cette  liar 


LITURGIQUES.  537 

diesse,  qui  avait  passé  du  Bréviaire  de  Cluny  dans  îa  plupart 
des  autres  Bréviaires  Français,  de  1680  à  1736,  se  faisait 
aussi  remarquer  dans  le  nouveau  Calendrier.  Du  moins,  la 
désignation  de  cette  fête  était  encore  remarquable  par  le 
nom  de  Marie,  qui  continuait  toujours  d'être  exclu  du  titre 
de  la  fête  de  Y  Annonciation.  C'était  toujours  Annuntiatio 
Dominica,  l'Annonciation  de  Notre-Seigneur,  que  bientôt, 
dans  d'autres  Diocèses ,  on  appela  l'Annonciation  et  l'Incar- 
nation de  Notre-Seigneur,  ou  l'Annonciation  de  l'Incarnation 
de  Notre-Seigneur.  La  France  presque  toute  entière  était  donc 
destinée  à  perdre  cette  magnifique  solennité  de  la  Mère  de 
Dieu ,  qui  lui  fut  si  chère  à  ce  titre  dans  le  passé ,  et  que  l'E- 
glise Romaine  regarde  encore  et  regardera  toujours  comme  le 
fondement  de  la  gloire  de  Celle  qui,  seule,  a  détruit  toutes  les 
hérésies  dans  le  monde  entier.  Au  reste,  un  grand  ncmbre  de 
fidèles  de  France ,  ceux  qui  sont  membres  des  pieuses  Asso- 
ciations que  le  Siège  Apostolique  a  enrichies  de  ses  faveurs , 
n'ont  point  cessé  de  demeurer  en  union  avec  les  autres  Eglises, 
dans  îa  solennité  du  25  Mars.  Ils  sont  avertis  par  l'annonce  des 
Indulgences  et  par  de  pieux  exercices,  que  cette  Fête  est  une 
Fête  de  Marie.  Quand  donc  elle  aura  été  rendue  à  notre  pa- 
trie, cette  chère  solennité,  ces  pieuses  traditions  formeront  la 
vénérable  chaîne  à  l'aide  de  laquelle  on  pourra  prouver  que 
les  vœux  et  les  hommages  offerts  à  la  libératrice  du  genre 
humain,  au  jour  même  où  le  Verbe  s'est  fait  chair,  n'ont 
point  souffert ,  en  France ,  une  interruption  totale. 

L'Office  de  la  fête  de  l'Assomption  avait  été  privé  de  ses 
glorieuses  Antiennes  si  expressives  :  Assumpta  est  Maria  in 
lœlum — MariaVirgo  assumpta  est — Exaltata  est  sanctaDei 
lenitrix.  Les  voûtes  de  Notre-Dame,  qui  les  avaient  jus- 
qu'alors répétées,  même  sous  l'épiscopat  des  Harlay  et  des 
Vailles,  allaient  être  condamnées  à  les  oublier  pour  de 
t.  n.  22 


338  INSTITUTIONS 

longues  années.  On  n'entendrait  plus  lire  non  plus  ces  beaux 
Sermons  de  saint  Jean  Damascène,  déjà  mutilés  par  Fran- 
çois de  Harlay,  qui  célébraient  avec  tant  d'amour  et  de  ma- 
gnificence le  triomphe  de  la  Vierge  bénie. 

La  Nativité  de  Marie  avait  perdu  le  brillant  cortège  de  ces 
imposantes  et  mélodieuses  Antiennes,  dans  lesquelles  la  voix 
de  la  sainte  Eglise  retentit  avec  tant  d'éclat  pour  annoncer 
aux  peuples  l'aurore  du  soleil  de  justice  '.Nativitas  gloriosœ— 
Nativitas  est  hodie — Regali  ex  progenie — Corde  et  anima 
Christo  canamus — Cum  jucunditate— Nativitas  tua,  Dei  Ge- 
nitrix  Virgo,  etc.,  etc.  Des  textes  de  l'Ecriture,  amenés  la 
plupart  dans  un  sens  accommodatice  et  vides  du  nom  de 
Marie,  avaient  remplacé  tout  cet  ensemble  de  chants  sécu-| 
laires. 

Et  la  fête  de  la  Conception,  quel  soin  n'avait-on  pas  pris 
de  la  dégrader?  D'abord  ,  on  l'avait  maintenue  au  rang  dt 
solennel  mineur,  auquel  l'avait  abaissée  François  de  Harlay; 
mais,  de  plus,  on  avait  osé  supprimer  l'Octave  de  cette 
grande  fête;  cette  Octave  que  Louis  XIV  avait  demandée I 
pour  la  France,  à  Clément  IX,  que,  depuis,  Innocent  XII  avai 
étendue  au  monde  entier,  l'Eglise  de  Paris  ne  la  célébrerai 
plus ,  et  elle  entraînerait  dans  cette  lamentable  défection  1 
plus  grand  nombre  des  Eglises  du  Royaume  ! 

4°  Il  nous  semble  que  nous  en  avons  dit  assez  pou 
dévoiler  l'intention  expresse  qu'avaient  eu  les  auteurs  d 
nouveau  Bréviaire  de  diminuer  le  culte  de  la  Sainte  \icrgi 
Montrons  maintenant  ce  qu'ils  avaient  fait  contre  l'autc 
rite  du  Siège  Apostolique.  D'abord  ^jusqu'à  la  publicatio 
du  nouveau  Bréviaire,  l'Eglise  de  Paris  avait  célébré,  av( 
toute  l'Eglise,  au  18  janvier,  la  Chaire  de  saint  Pierre 
Rome ,  et  au  22  février,  la  Chaire  du  même  Apôtre  à  Ai 
tioche,  pour  honorer  le  souverain  Pontificat  qui  avait  eu  s< 


LITURGIQUES».  539 

siège  successivement  dans  ces  deux  villes.  C'était  trop  pour 
Vigier  et  Mesenguy,  d'employer  deux  jours  de  Tannée  à  la 
confession  d'un  dogme  aussi  odieux  à  la  secte  que  l'est  celui 
de  la  principauté  papale.  Ils  avaient  donc  réuni  les  deux 
Chaires  en  un  même  jour,  et  brisé  encore  sur  ce  point  avec 
Rome  et  toutes  les  Eglises  qui  la  suivent.  L'Invitatoire  des 
Matines  était  aussi  fort  remarquable.  En  place  de  l'ancien 
qui  était  ainsi  conçu  :  Tu  es  Pastor  ovium ,  Princeps  Aposto- 
lorum ,  tibi  tradidit  Deus  claves  regni  cœlorum ,  on  avait 
substitué  celui-ci  :  Caput  corporis  EccleMœ  Dominum ,  venite 
adoremus.  Certes,  un  Calviniste  n'aurait  garde  de  se  scan- 
daliser d'un  tel  Invitatoire.  Maïs  il  faut  avouer  qu'il  est  par 
trop  fort  d'avoir  été  choisir  le  jour  de  la  Chaire  de  saint 
Pierre ,  Chef  de  l'Eglise ,  pour  s'en  venir  taire  dans  Plnvita- 
toire  l'objet  de  la  fête,  ou  plutôt  pour  donner  le  change  sur 
cet  objet.  On  reconnaît  là  le  même  génie  qui  a  créé  la  fa- 
meuse Oraison  de  saint  Damase  :  Nullum  primum  nisi  Chris- 
tum  sequentes ,  etc. 

Au  reste,  cet  Office  de  la  Chaire  de  saint  Pierre  était 
remarquable  par  une  Hymne  de  Coffin ,  dont  une  strophe 
donnait  prise  à  une  juste  critique  et  excita  des  réclamations. 
La  voici  ;  le  poète  s'adresse  à  saint  Pierre  : 

Cœlestis  intus  te  Pater  addocet, 
Hinc  voce  certa  progenitum  Deo 
Parente  Christum  confiteris 
Ingenito  similem  parenti. 

Il  est  évident,  par  l'Evangile,  que  saint  Pierre  n'a  point 
parlé  de  la  sorte.  Il  n'a  point  dit  que  Jésus-Christ  fut  sim- 
plement semblable  à  son  Père  ;  les  Ariens  le  voulaient  ainsi , 
mais  le  Concile  de  Nicée  condamna  cette  manière  de  parler  et 
obligea  les  fidèles  à  confesser  explicitement  l'unité  de  subs« 


540  INSTITUTIONS 

tance  dans  le  Père  el  le  Fils.  On  conçoit  que  le  Principal 
du  Collège  de  Beauvais,  quoique  fort  zélé  pour  la  Dé- 
lectation relativement  victorieuse,  ne  fut  pas  un  très  fort 
théologien.  Rien  ne  l'obligeait  à  cela  :  mais  on  n'était  pas 
obligé  non  plus  de  l'aller  chercher  pour  composer  dans  le 
Bréviaire  de  Paris  les  Hymnes  destinées  à  remplacer  celles 
que  la  tradition  et  l'autorité  de  tant  d'Eglises,  jointes  au 
Siège  Apostolique,  ont  consacrées.  Sur  ce  point,  comme 
sur  tous  les  autres,  nous  sommes  en  droit  d'exiger,  <-  s 
nouvelles  Liturgies,  une  doctrine  pl«spure,  une  autorité 
plus  grande,  un  caractère  plus  élevé  ;  autrement,  toute 
cette  levée  de  bouclier  contre  la  Mère  Eglise  est  un  scan- 
dale, et  rien  de  plus. 

On  avait  procédé  aussi  par  suppression  pour  affaiblir  la 
dignité  du  Saint  Siège.  C'était  peu  que  François  de  Harlay 
eût  fait  descendre  la  fête  de  saint  Pierre  au  degré  de  solennel 
mineur;  le  nouveau  Bréviaire,  enchérissant  sur  cette  témé- 
rité* la  dépouillait  de  son  Octave.  Le  beau  Sermon  de  saint! 
Léon,  au  second  Nocturne,  l'Homélie  de  saint  Jérôme,  au 
troisième ,  avaient  été  sacrifiés.  On  cherchait  en  vain  une 
autre  Homélie  de  saint  Léon  sur  la  dignité  du  Prince  des 
Apôtres,  qui  se  trouvait  au  Samedi  des  Quatre-Temps  du 
Carême.  L'Evangile  même  auquel  se  rapportait  cette  Ho 
mélie  avait  disparu.  Dans  la  Légende  de  l'Office  de  saint  Gré 
goire  le  Grand,  on  avait  retranché  les  paroles  dans  lesquelle 
ce  grand  Pape  se  plaint  de  l'outrage  fait  à  saint  Pierre  pa 
Jean  le  Jeûneur,  Patriarche  de  Constantinople,  qui  s'arrogeai 
le  titre  d'Evêque  Ecuménique.  On  a  vu  plus  haut  que  plu 
sieurs  saints  Papes  avaient  été  effacés  du  Calendrier,  ou  ré 
duits  à  une  simple  mémoire.  Au  reste ,  la  secte ,  en  cela ,  n 
faisait  rien  d'extraordinaire  :  on  sait  quelle  haine  elle  port 
dans  tous  les  temps  au  Siège  Apostolique. 


LITURGIQUES.  541 

Si,  après  avoir  reconnu  quelques-unes  des  nombreuses 
preuves  du  système  suivi  au  nouveau  Bréviaire ,  dans  le  but 
de  comprimer  la  piété  catholique  et  de  favoriser  les  erreurs 
du  temps,  le  lecteur  vient  à  jeter  un  coup  d'oeil  sur  l'en- 
semble de  cette  Liturgie ,  il  ne  saurait  manquer  d'être  cho- 
qué par  les  nouveautés  les  plus  étranges  qui  s'y  rencontrent 
de  toutes  parts.  Le  Psautier  n'est  plus  distribué  suivant  l'an- 
tique division ,  qui  datait  pourtant  du  quatrième  siècle.  On 
voit  que  l'amour  de  l'antiquité  qui  transporte  tous  nos  mo- 
dernes liturgistes,  ne  les  a  pas  laissés  insensibles  aux  avan- 
tages d'un  Bréviaire  rendu  plus  court  par  une  distribution 
moins  pénible  du  Psautier.  Nous  le  répétons,  nous  sommes 
loin  de  blâmer  l'intention  si  louable  de  procurer  la  récitation 
hebdomadaire  du  Psautier;  mais  les  rédacteurs  du  nouveau 
Bréviaire  avaient-ils  réussi  à  donner  une  solution  convenable 
de  ce  grand  problême  liturgique?  Il  nous  semble  qu'un  tra- 
vail si  grave  appartenait,  avant  tout,  à  des  mains  catho- 
liques ;  il  intéresse  de  trop  près  l'esprit  de  prière  que  les 
hérétiques  ne  peuvent  connaître.  En  outre,  ne  devait-on  pas, 
même  en  s'écartant  de  l'antiquité  dans  ce  nouveau  partage 
des  Cantiques  du  Roi-Prophète,  suivre  le  génie  de  l'ancienne 
division  et  en  conserver  les  mystères  ?  Dans  ce  cas,  on  n'eût 
point  imaginé ,  par  exemple,  de  dire  les  Psaumes  de  Matines 
,3n  nombre  impair,  dans  les  jours  de  férié  ;  ce  qui  est  con- 
raire  aux  traditions  de  l'Eglise  toute  entière.  Etait-il  donc 
nécessaire  de  supprimer  en  masse  les  belles  Hymnes  du 
Psautier  Romain ,  qui  sont  toutes  des  premiers  siècles  de 
Eglise  et  si  remplies  d'onction  et  de  lumière?  Il  va  sans  dire 
|ue  Coffîn  avait  fait  les  frais  de  toutes  les  nouvelles,  et  quant 
la  division  du  Psautier  lui-même ,  elle  était,  à  peu  de  chose 
rès,  celle  de  Foinard,  dans  son  Breviarium  Ecclesiasticum. 
iu  quatrième  siècle,  saint  Damase  et  saint  Jérôme  s'étaient 


342  INSTITUTIONS 

unis  pour  déterminer  la  division  liturgique  du  Psautier.  L'E- 
glise de  Paris,  douze  siècles  après,  voulant  donner  une 
nouvelle  face  à  cette  grande  œuvre ,  se  recommandait  à  Vi- 
gier,  à  Mesenguy,  à  Coffîn ,  lesquels ,  pour  toute  tradition , 
consultaient  le  Docteur  Foinard  ! 

Parlerons-nous  des  Absolutions  et  çles  Bénédictions  qu'on 

avait  empruntées  à  l'Ecriture  Sainte ,  et  dont  la  longueur,  la 

phrase  obscure  contrastaient  si  fortement  avec  les  anciennes 

qui  étaient  de  style  ecclésiastique,  cadencées  et  si  propres 

au  chant  ?  Nous  avons  cité  plus  haut  celle  de  Prime,  comme 

un  monument  des  internions  des  rédacteurs.  Le  défaut  de 

clarté  que  nous  signalons  se  faisait  remarquer  principalement 

dans  la  Bénédiction  de  Complies.  Dans  la  Liturgie  Romaine, 

elle  est  ainsi  conçue  :  Benedicat  et  custodiat  nos  omnipotent 

et  misericors  Dominus ,  Pater,  et  Filius ,  et  Spiritus  Sanctus. 

Rien  de  plus  simple  et  de  plus  touchant  que  ce  souhait  d< 

paix  sur  l'assemblée  des  fidèles  :  Que  Dieu  nous  bénisse,  qui 

nous  garde  durant  cette  nuit  :  Dieu  puissant  qui  nous  gar 

dera,  Dieu  miséricordieux  qui  nous  bénira,  le  Père ,  le  Fils 

le  Saint-Esprit  !  Ecoutons  maintenant  Vigier  et  Mesenguy 

Gratia  Domini  nostri  Jesu-Christi ,  et  caritas  Dei  et  commu 

nicatio  Sancti  Spiritus  sit  cum  omnibus  vobis  !  On  voit  tou 

de  suite  l'intention  des  Docteurs.  D'abord  la  Grâce,  loujoui 

la  Grâce;  puis,  un  texte  de  l'Ecriture  Sainte,  un  texte  qi 

renferme  les  trois  personnes  de  la  Sainte-Trinité.  Voilà  lei 

pensée ,  l'objet  de  leur  triomphe.  Nous  dirons  d'abord  qu 

faut  avoir  une  terrible  peur  de  la  Tradition  ou  une  bien  vi( 

lente  antipathie  contre  elle,  pour  la  poursuivre,  à  coups  d'! 

criture  Sainte ,  jusque  dans  une  Bénédiction  de  deux  ligne 

Ensuite  ,  le  texte  biblique  qui  remplace  la  formule  Romaii 

est-il  donc  si  propre  à  remplir  le  but  qu'on  se  propose?  I 

théologien  trouvera  sans  doute  le  mystère  de  la  Trinité  da 


LITURGIQUES.  545 

cette  phrase  de  l'Apôtre  ;  mais  les  simples  fidèles ,  accoutu- 
més à  faire  le  signe  de  la  croix  pendant  que  le  Prêtre  pro- 
nonçait ces  mots  :  Pater,  et  Filius,  et  Spiritus  Sanctus ,  com- 
ment feront-ils  désormais?  Voici  une  formule  dans  laquelle 
on  commence  par  nommer  Jésus-Christ ,  sans  la  dénomination 
de  Fils  ;  vient  ensuite  le  nom  de  Dieu  ,  sans  la  qualité  de  Père, 
et  placé  d'ailleurs  au  second  rang,  après  le  Fils;  enfin  le 
Saint-Esprit,  avec  le  mot  communication  qui  n'est  pas  des 
plus  clairs.  Il  nous  semble  que  l'Eglise  Romaine,  quoiqu'elle 
ne  parle  pas  si  souvent  de  la  Grâce,  s'entend  mieux  encore  à 
instruire  et  à  édifier  le  peuple  fidèle.  Ce  procédé  d'examen 
auquel  nous  venons  de  soumettre  la  Bénédiction  Parisienne 
des  Complies,  peut  être  appliqué  avec  facilité,  et  presque 
toujours  avec  un  résultat  aussi  favorable  à  la  Liturgie  Ro- 
maine, dans  les  nombreuses  occasions  où  les  nouveaux  Livres 
ont  remplacé  les  formules  Grégoriennes. 

Le  Propre  du  Temps ,  dans  le  nouveau  Bréviaire ,  ne  pré- 
sentait pas  un  seul  Office  qui  n'eût  été  refait,  et  même  la 
plupart  du  temps,  en  entier.  Les  fêtes  de  Noël  (1),  de  Pâques, 
de  la  Pentecôte,  n'étaient  plus  célébrées  par  les  mêmes 
chants.  L'Avent ,  le  Carême ,  le  temps  Pascal ,  avaient  vu 
sacrifier  leurs  innombrables  Répons ,  Antiennes ,  Versets , 
Leçons  ;  à  peine  une  centième  partie  avait  été  conservée. 
Mais  ce  qui  était  le  plus  grave  et  en  même  temps  le  plus 
affligeant  pour  la  piété  catholique ,  c'est  que  l'Office  des 
trois  derniers  jours  de  la  Semaine  Sainte  avait  été  entière- 
ment refondu  et  présentait,  dans  sa  presque  totalité,  un 
aspect  différent  de  cet  imposant  corps  de  psalmodie  et  de 
chants  qui  remontait  aux  premiers  siècles \  et  auquel  se  con- 
forment chaque  année  les  diverses  Eglises  et  Monastères  qui 

(1)  Si  on  excepte  quelques  Antiennes  et  un  Répons, 


344  INSTITUTIONS 

ont  le  privilège  d'user,  le  reste  du  temps,  d'une  Liturgie  par- 
ticulière. IN'avait-on  pas  aussi  le  droit  de  regarder  comme 
un  attentat  contre  le  divin  Sacrement  de  l'Eucharistie,  la 
suppression  de  cet  admirable  Office  du  Saint  Sacrement,  dont 
la  composition,  ou,  si  Ton  veut,  la  disposition,  forme  une 
des  principales  gloires  du  Docteur  Angélique?  Ne  serait-il 
pas  humiliant  pour  l'Eglise  de  Paris  de  répudier  saint  Tho- 
mas d'Aquin,  pour  accepter  en  place  Vigier  et  Mesenguy? 
Par  grâce  singulière,  on  avait  pourtant  gardé  les  Hymnes. 

Le  Propre  des  Saints,  comme  on  doit  déjà  le  conclure  de 
ce  que  nous  avons  dit,  présentait  un  aspect  non  moins  affli- 
geant. Les  réductions  faites  au  Calendrier  l'avaient  appauvri 
dans  la  même  proportion.  Les  Légendes,  dépouillées  d'une 
partie  de  leurs  miracles  et  de  leurs  récits  pieux  ;  les  anciens 
Offices  propres  de  la  Sainte  Croix ,  de  la  Toussaint,  de  saint 
André,  sainte  Lucie,  sainte  Agnès,  sainte  Agathe,  saint 
Laurent,  saint  Martin,  sainte  Cécile,  saint  Clément,  etc., 
supprimés  malgré  leur  ineffable  mélodie  ;  les  Octaves ,  non 
seulement  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  mais  de  saint 
Jean-Baptiste  et  de  saint  Martin,  anéanties;  la  plupart  des 
Offices  réduits  à  trois  Leçons ,  afin  de  rendre  l'Office  plus 
court  ;  voilà  quelques-unes  des  graves  innovations  qui  cho- 
quaient tout  d'abord  la  vue  dans  le  nouveau  Propre  des 
Saints. 

Les  Communs  n'étaient  pas  moins  modernisés.  Dans  l'an- 
cien Bréviaire,  cependant,  ils  étaient  presque  entièrement 
formés  des  paroles  de  l'Ecriture  Sainte ,  et  c'était  à  cette 
même  source  que  François  de  Harlay  avait  été  chercher  les 
Antiennes  et  les  Répons  dont  il  avait  jugé  à  propos  de  les 
augmenter.  Dans  l'œuvre  de  Vigier  et  Mesenguy,  tout  avait 
été  renouvelé ,  Antiennes,  Répons,  Versets,  Hymnes,  Ca- 
pitules, etc.;  à  peine  avait-on  fait  grâce  à  deux  ou  trois 


LITURGIQUES.  545 

textes  qui,  encore,  avaient  été  changés  de  place.  De  nou- 
veaux Communs  avaient  été  ajoutés  ;  ce  que  nous  ne  voulons 
pourtant  pas  blâmer  en  soi;  mais  une  grave  et  déplorable 
mesure  était  la  suppression  du  titre  de  Confesseur,  qui ,  ce- 
pendant ,  occupe  une  si  grande  place  dans  l'économie  de  la 
Liturgie,  et  qu'on  cherchait  vainement  indiqué  dans  le  par- 
tage des  différents  Communs. 

L'Office  de  Beata  in  Sabbato,  le  petit  Office  de  la  Sainte 
Vierge  lui-même,  déjà  défigurés  par  François  de  Harlay, 
avaient  reçu  le  dernier  coup  dans  le  nouveau  Bréviaire.  Hors 
les  Psaumes  qu'on  avait  conservés ,  c'était  à  peine  s'ils  con- 
servaient quelque  rapport  avec  les  mêmes  Offices  tels  que 
le  peuple  Chrétien  a  coutume  de  les  réciter  et  de  les 
chanter. 

Les  prières  de  la  Recommandation  de  l'âme  avaient  été 
tronquées,  et  les  parlies  considérables  qu'on  avait  fait  dis- 
paraître et  qui  étaient  remarquables  par  une  si  merveilleuse 
onction  et  par  un  langage  tout  céleste,  avaient  été  rempla- 
cées, suivant  l'usage.,  par  des  Versets  et  des  lectures  de  la 
Bible. 

L'Office  des  Morts,  si  ancien,  si  primitif,  se  montrait  refait 
sur  un  nouveau  plan.  La  plupart  des  Antiennes  avaient  dis- 
paru; les  sublimes  Répons  de  Matines,  à  l'exception  d'un 
seul,  ne  se  trouvaient  plus.  Ce  nouveau  Bréviaire  de  Paris 
n'avait  pas  même  fait  grâce  aux  Répons  de  Maurice  de  Sully, 
que  l'Eglise  Romaine  et  celles  qui  la  suivent  gardent  encore, 
en  attendant  que  l'Eglise  de  Paris  vienne  les  lui  redeman- 
der. On  avait  été  jusqu'à  faire  un  nouveau  Libéra  avec  des 
morceaux  du  Psaume  LXVIIL  L'Office  de  Laudes  avait  été 
abrégé  d'un  tiers.  Cependant ,  les  morts  qui  ne  sont  plus  en 
voie  de  profiter  des  avantages  d'une  prière  plus  courte,  les 
morts  qui  sont  si  vite  oubliés,  auraient  bien  eu  droit  qu'on  fît 


346  INSTITUTIONS 

pour  eux  quelque  exception  dans  cette  mesure  générale 
d'abréviation  liturgique. 

Enfin ,  dans  le  nouveau  Bréviaire  tout  entier,  il  n'y  avait  que 
deux  articles  sur  lesquels  eût  été  conservée  fidèlement  l'an- 
cienne forme.  C'étaient  la  Bénédiction  de  la  Table  et  Y  Itiné- 
raire. On  avait  été  tolérant  jusqu'à  laisser,  dans  la  première, 
les  paroles  Mensœ  cœlestis  participes,  etc.,  et  Ad  Cœnam  per- 
pétuée vitœ,  etc.  ;*et,  dans  le  second,  l'Antienne  tout  aussi 
peu  biblique  Inviampacis.  Etait-ce  oubli,  ou  préméditation? 
Nous  ne  saurions  le  dire  ;  mais  nous  avons  dû  faire  cette  re- 
marque pour  compléter  ce  coup  d'œil  général  sur  l'œuvre 
de  Vigier  et  Mesenguy. 

Le  nouveau  Bréviaire  étant  tel  que  nous  venons  de  le  dé- 
crire, son  apparition  ne  pouvait  manquer  d'exciter  un  sou- 
lèvement dans  la  portion  du  Clergé  qui  s'était  formellement 
déclarée  contre  les  nouvelles  erreurs.  Le  Séminaire  de  Saint- 
Sulpice  qui,  dès  1680,  n'avait  renoncé  au  Bréviaire  Romain 
pour  accepter  celui  de  François  de  Harlay,  qu'après  une 
résistance  consciencieuse  et  sur  l'injonction  expresse  de  cet 
Archevêque,  prolestait  contre  la  nouvelle  Liturgie  avec  une 
franchise  digne  de  l'inviolable  orthodoxie  qu'il  avait  tou- 
jours fait  paraître.  Le  Séminaire  de  Saint-Nieolas-du-Char- 
donnet  témoignait  les  mêmes  répugnances  ;  plusieurs  Curés, 
entre  autres  Parquet,  Curé  de  Saint-Nicolas-des-Champs, 
manifestaient  hautement  leur  indignation.  Le  conseil  même 
de  l'Archevêque  était  divisé.  Les  Abbés  Robinet  et  Regnauld, 
Grands-Vicaires  du  Prélat,  n'avaient  qu'un  même  langage 
contre  le  Bréviaire  avec  le  Docteur  Gaillande,  filleul  de 
Tournely  et  l'un  des  plus  ardents  adversaires  du  Jansé- 
nisme. 

Tout  à  coup,  on  vit  paraître  un  écrit  énergique  intitulé  : 
Lettre  sur  le  nouveau  Bréviaire,  brochure  de  onze  pages 


LITURGIQUES.  547 

in4°,  datée  du  25  mars  1756,  dans  laquelle  étaient  résumés 
avec  précision  et  vigueur  les  motifs  de  cette  opposition  dans 
laquelle  se  réunissaient  les  corps  et  les  personnes  que  Paris 
et  la  France  entière  connaissaient  pour  être  les  plus  intègres 
dans  la  défense  des  décisions  de  l'Eglise  contre  le  Jansé- 
nisme. Les  Nouvelles  Ecclésiastiques  attribuèrent  cet  écrit  à 
Gaillande;  mais,  suivant  l'Ami  de  la  Religion,  il  avait  pour 
auteur  le  P.  Claude-René  Hongnant,  Jésuite ,  un  des  rédac- 
teurs des  Mémoires  de  Trévoux  (1).  Quoi  qu'il  en  soit,  le 
scandale  monta  bientôt  à  son  comble ,  pour  le  triomphe  de 
la  secte,  et  aussi,  par  la  permission  divine,  pour  Tinstruetion 
des  Catholiques.  Pendant  que  l'Archevêché  se  taisait  dans 
un  moment  aussi  solennel  que  celui  où  un  Prêtre  orthodoxe 
signalait  les  perfides  manœuvres  de  l'hérésie  jusque  dans  un 
livre  pour  lequel  on  avait  surpris  l'approbation  d'un  Prélat 
cassé  de  vieillesse  ;  les  gens  du  Roi,  par  suite  de  leurs  vieilles 
prétentions  déjuges  en  matière  de  Liturgie,  prenaient  fait  et 
cause  pour  le  nouveau  Bréviaire,  et  un  arrêt  du  Parlement 
de  Paris ,  rendu  le  8  juin ,  sur  le  réquisitoire  de  l'Avocat- 
général  Gilbert  de  Voisins,  condamnait  la  Lettre  sur  le  nou- 
veau Bréviaire  à  être  lacérée  et  brûlée,  au  pied  du  Grand 
Escalier,  par  la  main  du  bourreau.  C'était  sous  de  pareils 
auspices  que  s'annonçait  la  nouvelle  Liturgie. 

Cependant,  une  réaction  se  préparait  à  l'Archevêché. 
Charles  de  Vintimille ,  inquiété  par  les  réclamations  des  deux 
Grands- Vicaires,  mu  aussi  par  les  remontrances  du  Cardinal 
de  Fleury,  résolut  de  faire  droit,  au  moins  en  quelque  chose, 
aux  plaintes  qui  arrivaient  de  tous  côtés  de  la  part  des  Prêtres 
les  plus  vénérables  et  d'ailleurs  les  plus  attachés  à  sa  personne. 
Rejeter  avec  éclat  un  Bréviaire  qu'on  avait  annoncé  au  Diocèse 

(1)  l'Ami  de  la  Religion.  Tome  XXVI.  page  292, 


348  INSTITUTIONS 

avec  tant  de  solennité,  était  un  parti  bien  fort  et  qu'on  ne  pou- 
vait guère  espérer  d'un  vieillard  qui,  d'ailleurs,  eût  trouve  sur 
ce  point  une  vive  opposition  dans  la  majorité  de  son  conseil. 
Dans  le  courant  du  mois  de  juillet,  le  Prélat  réunit  une  com- 
mission composée  de  l'Abbé  d'Harcourt ,  Doyen  de  Notre- 
Dame,  le  même  qui  avait  fait  choix  de  Vigier  pour  la  rédac- 
tion du  Bréviaire;  l'Abbé  Couet,  autrefois  Grand-Vicaire  du 
Cardinal  de  Noailles,  et  connu  pour  ses  liaisons  avec  la  secte 
à  laquelle  avait  si  long-temps  appartenu  cet  Archevêque;  les 
Abbés  de  Romigny,  Joly  de  Fleury,  de  La  Chasse ,  et  enfin  le 
Père  Vigier  lui-même.  On  n'avait  pas,  sans  doute,  osé  inviter 
Mesenguy  :  les  deux  Grands-Vicaires,  Robinet  et  Regnauld, 
n'avaient  pas  non  plus  été  convoques.  Dans  celte  réunion, 
l'Archevêque  proposa  la  question  de  savoir  ce  qu'il  pouvait 
y  avoir  à  faire  dans  la  conjoncture  délicate  où  l'on  se  trou- 
vait. Les  Abbés  d'Harcourt  et  Joly  de  Fleury,  et  avec  eux  le 
P.  Vigier,  étaient  d'avis  qu'on  passât  outre,  sans  se  préoc- 
cuper des  plaintes  qui  s'étaient  élevées.  Les  Abbés  de  La 
Chasse  et  de  Romigny  se  retranchèrent  dans  le  silence  sur 
l'objet  de  la  délibération.  Enfin,  l'Abbé  Couet,  qui,  si  l'on 
en  croit  les  Nouvelles  Ecclésiastiques ,  pensait  au  fond  comme 
l'Abbé  d'Harcourt  et  les  deux  autres,  étant  effrayé  des  suites 
de  cette  affaire  ,  conseilla  à  l'Archevêque  une  demi-mesure 
qui  consisterait  à  maintenir  le  Bréviaire,  en  plaçant  des  car- 
tons dans  les  endroits  qui  avaient  le  plus  révolté  les  partisans 
de  la  Bulle.  Cet  avis  fut  adopté  (1). 

On  commença  donc  de  suite  une  nouvelle  édition  du  Bré- 
viaire, toujours  sous  la  même  date  de  1736,  et  on  prit  des 
mesures  pour  arrêter  le  débit  de  la  première  dont  les  exem- 


(1)  Nouvelles  Ecclésiastiques.  28  juillet  1736.  Ami  de  la  Religion. 
Ibidem. 


LITURGIQUES.  549 

plaires,  par  suite  de  cette  mesure,  sont  devenus  extrême- 
ment rares.  Au  reste,  les  corrections  ne  furent  pas  très 
nombreuses.  La  plus  remarquable  fut  îa  suppression  de  VAve 
maris  Stella ,  arrangé  par  Coffîn,  et  le  rétablissement  de  cette 
Hymne  dans  son  ancienne  forme.  On  rétablit  l'Homélie  de 
saint  Jean-Chrysostôme,  qui  avait  été  supprimée  dans  l'Of- 
fice de  saint  Jacques  le  Majeur.  On  fil  disparaître  le  Canon  du 
troisième  Concile  de  Tolède,  placé  à  Prime  du  Mardi  de  la 
quatrième  semaine  de  Carême,  etc. 

Il  était  aisé  de  voir  que  ces  légers  changements ,  par  les- 
quels on  voulait  donner  quelque  satisfaction  aux  Catho- 
liques, n'atteignaient  point  le  fond  du  Bréviaire  lui-même, 
et  laissaient  même  sans  correction  plusieurs  des  passages 
qui  avaient  excité  des  réclamations  spéciales.  Il  fut  im- 
possible d'obtenir  davantage.  Mais  aussi  de  quelle  défa- 
veur devait  être  marquée,  aux  yeux  de  la  postérité,  une 
œuvre  liturgique  composée  pour  une  grande  Eglise,  pro- 
mulguée par  le  premier  Pasteur,  et  qui ,  après  cette  pro- 
mulgation, était  soumise  à  l'humiliante  insertion  de  cartons 
jugés  nécessaires  pour  apaiser  le  scandale  qu'elle  produisait 
dans  le  peuple  fidèle.  Que  ceux  qui  nous  ont  suivi  dans  toute 
cette  longue  histoire  des  formes  du  culte  divin  ,  disent  s'ils 
ont  jusqu'ici  rencontré  rien  de  semblable  ! 

Le  courageux  auteur  de  la  Lettre  sur  le  nouveau  Bréviaire , 
ne  jugeant  pas  que  la  censure  du  Parlement  eût,  pour  sa 
conscience  de  Prêtre  et  de  Religieux,  une  valeur  réelle,  et 
espérant  encore  ouvrir  les  yeux  du  Prélat  qui  venait  d'at- 
tester si  hautement  que  sa  religion  avait  été  surprise,  crut 
devoir  lui  adresser  une  Remontran ce  pleine  de  respect,  qui 
était  en  même  temps  une  seconde  Lettre  sur  le  nouveau  Bré- 
viaire. Celte  brochure,  de  douze  pages  in-4°,  éprouva,  de 
la  part  des  magistrats  du  Parlement ,  toujours  fidèles  à  leur 


350  INSTITUTIONS 

rôle  d'arbitres  de  la  Liturgie,  le  même  sort  que  la  précé- 
dente (1).  Nous  croyons  faire  plaisir  à  nos  lecteurs  en  donnant 
ici  cette  pièce  en  entier.  Us  y  admireront  le  zèle  de  la  foi 
et  la  liberté  sacerdotale  admirablement  conciliés  avec  les 
souverains  égards  dus  à  un  personnage  tel  que  Charles  de 
Vintimille. 

€  Monseigneur, 

»  Ce  n'est  point  ici  le  langage  de  l'indocilité  et  de  l'orgueil- 
•leuse  révolte  que  vous  allez  entendre.  Enfant  respectueux 

>  de  l'Eglise  qui  demande  pour  première  vertu  la  soumission, 
»  je  ne  sus  jamais  qu'obéir  ;  j'eus  toujours  pour  elle  et  pour 

•  les  oints  du  Seigneur,  nos  Pères  et  nos  Maîtres,  ce  tendre 

>  respect  et  cette  docilité  entière  qui  caractérisent  le  vrai  fi- 

>  dèle,  et  jamais  je  ne  tremperai  ma  plume  dans  le  fiel  amer 
>que  présente  l'erreur  ou  la  séduction. 

»  Si  j'ose  aujourd'hui  vous  faire  d'humbles  représentations 
iet  me  plaindre  de  vous-même  à  vous-même,  c'est  l'intérêt 
»  de  votre  gloire  qui  m'inspire,  c'est  le  zèle  de  cette  religion 

>  que  vous  aimez ,  que  vous  soutenez,  que  vous  avez  toujours 

•  si  glorieusement  défendue.  Daignez  un  moment  jeter  les  I 

•  yeux  sur  ces  réflexions  simples  et  naïves.  Que  le  litre  ordi- 
»  nairement  odieux  de  Remontrance ,  sous  lequel  je  l'annonce, 
>ne  me  ferme  point,  chez  Votre  Grandeur,  une  entrée  qui 
i  ne  fut  jamais  refusée  à  personne. 

•  lien  est  de  différentes  espèces,  selon  la  différence  des 

•  motifs  qui  font  agir,  d'intérêt  ou  de  fanatisme.  Quoi  qu'il 

•  en  soit,  daignez  lire  celle-ci  avec  cette  bonté  ordinaire  qui 

•  nous  charme.  Si  par  hasard  elle  n'est  appuyée  sur  aucun 

•  fondement  solide,  qu'importe  à  votre  gloire!  Regardez-la; 

(i)  Elle  fut  condamnée  au  feu  par  arrêt  du  20  août  1736. 


LITURGIQUES.  351 

»  avec  ce  noble  mépris  dont  on  doit  payer  un  téméraire  dé- 
alire;  tout  le  public  se  joindra  bientôt  à  vous.  Mais  si  je  suis 
k  assez  heureux  pour  parler  le  langage  de  la  raison  et  de 
»  l'équité ,  de  la  religion  et  de  la  piété ,  il  est  de  votre  droi- 
»  ture  et  de  votre  grandeur  d'âme  de  ne  pas  fermer  les  yeux 
»  à  la  lumière  que  j'ose  prendre  la  liberté  de  vous  présenter. 
»  Vous  prévenez  peut-être  déjà  ma  pensée.  Dans  tout  le  cours 
»  d'une  longue  carrière,  il  n'est  qu'une  seule  démarche  qui 
»  n'ait  pas  obtenu  le  suffrage  de  l'approbation  publique  dont 
»  je  vois  toutes  les  autres  marquées.  Sans  doute  qu'elle  seule 
»peut  arracher  nos  plaintes  et  suspendre  pour  un  moment 
»  les  justes  éloges  que  vous  doivent  tous  ceux  qui  savent 
»  discerner  le  vrai  mérite.  Cependant,  quand  il  faut  m'expli- 
*quer,  je  sens  qu'il  me  faut  faire  un  violent  effort.  Au  nom 
i  seul  de  Bréviaire ,  je  crains  de  vous  contrister,  et  l'idée  de 
»  votre  peine  suffit  pour  m'accabler  moi-même  de  douleur. 
»  Mais  enfin  c'est  un  crime  de  se  taire  dans  ces  circonstances, 
»et  peut-être  un  jour  me  saurez-vous  gré  de  la  liberté  que 

>  je  prends.  Il  faut  lever  ce  voile  qu'on  tache  de  vous  mettre 
»  sur  les  yeux,  pour  vous  empêcher  de  voir  ce  que  tout  le 

>  monde  aperçoit. 

»  Apprenez  donc  de  moi  ce  que  pense  tout  le  public  Catho- 
dique ;  j'ose  protester  devant  Dieu  que  tous  vos  bons  Dio- 
»  césains  s'expliquent  ici  par  ma  plume ,  et  qu'en  lisant  ce 
»  qu'elle  vous  trace ,  vous  lisez  les  sentiments  de  leurs  cœurs. 

>Oui ,  Monseigneur,  le  Bréviaire  que  vous  leur  avez  mis 
»  entre  les  mains  ne  convient  ni  à  leur  religion ,  ni  à  la  vôtre. 

>  Il  détruit  ce  que  vous  leur  enseignez  et  ce  qu'ils  croient.  Et 
»que  faut-il  donc  enfin  pour  vous  le  persuader?  Tout  parle 
«contre  lui  :  son  histoire  abrégée  suffira  pour  la  conviction 
»la  plus  sensible  et  la  plus  palpable. 

»  Le  père  de  cet  ouvrage  informe  est  un  Prêtre  de  POra- 


352  INSTITUTIONS 

•  toire,  zélé  par  goût  autant  que  par  état  pour  un  parti  qu'il 

>  aurait  autrement  défendu  que  par  la  composition  d'un  Bré- 
>viaire,  s'il  avait  eu  plus  de  lumières  et  de  talents.  Il  s'est 
«associé  depuis,  pour  la  composition  des  Hymnes,  un  pré- 
tendu poète  plus  connu  par  son  appel  au  futur  Concile  que 
»par  ses  poésies,  plus  occupé  à  fomenter  les  nouvelles  er- 
»  reurs  dans  son  collège,  qu'à  y  faire  fleurir  les  bonnes  mœurs 
»et  les  belles-lettres. 

»  Il  y  a  plus  de  quinze  ans  que  ce  fruit  conçu  dans  les  tc- 

>  nèbres  était  en  état  de  paraître  ;  mais  il  fallait  trouver  un 

>  protecteur  à  l'ombre  duquel  il  pût  impunément  braver  le 

>  grand  jour,  et  quels  efforts  n'a-t-on  pas  mis  en  œuvre  pour 
ila  réussite  de  ce  projet?  L'ouvrage  était  à  peine  achevé, 
»  qu'on  s'adresse  à  feu  Monseigneur  le  Cardinal  de  Noaillcs 
»  pour  le  lui  faire  adopter  ;  mais  nous  savons  que  ce  Prélat  le 

•  rejeta  avec  mécontentement,  et  qu'il  ne  Voulut  point  souf- 
» frir  qu'on  lui  en  parlât.  Feu  Monseigneur  de  Lorraine, 
>Evèque  de  Baveux,  se  montra  plus  favorable  au  Bréviaire; 
> il  désira  d'en  introduire  l'usage  dans  son  Eglise,  mais  le 

>  soulèvement  de  tout  son  Chapitre  et  de  tout  son  Diocèse 

>  contre  lui ,  l'empêcha  de  tenter  l'entreprise,  et  Son  Altesse 
»  ne  crut  pas  que  son  nom  ni  sa  dignité  pussent  mettre  l'ou- 
»vrage  à  couvert  de  la  censure  publique.  Se  serait-on  per- 
suadé (et  qu'on  juge  par  ce  seul  trait  des  intrigues  du  parti) 
»  qu'un  Bréviaire  ainsi  proscrit  dût  être  un  jour  à  l'abi  i  d'un 
>nom  aussi  respectable  et  aussi  cher  à  l'Eglise  que  l'est  celui 
»  de  Vintimille  ? 

»  Voilà,  dis-je ,  un  violent  préjugé  fondé  sur  la  qualité  des 
»  auteurs  et  capable  de  jeter  sur  cette  production  un  soupçon 
jplus  que  légitime,  soupçon  qui  se  tourne  en  preuve  con- 
»  vaincante  par  les  événements  qui  précédèrent  et  qui  ont 
»  suivi  l'édition. 


LITURGIQUES.  û55 

»  Accuser  indifféremment  tous  les  examinateurs  ;  c'est  ce 
»que  l'équité  ne  nous  permet  pas.  11  y  avait  parmi  eux  des 
>  Catholiques,  et  des  Catholiques  décidés.  En  quel  nombre? 
»  Monseigneur,  vous  le  savez;  mais  enfin  la  conduite  qu'ils 
»ont  tenue,  ou  que  Ton  a  tenue  à  leur  égard,  montre  ce 
»  qu'ils  ont  pensé.  Vous  le  savez ,  Monseigneur,  la  crainte  de 
ïcontrister  V.  G.  m'empêche  de  la  lui  remettre  devant  les 
»yeux.  En  vain  voudrait-on  rendre  garant  de  cet  ouvrage 
»  ces  hommes  respectables  et  si  dignes  de  votre  confiance. 
»Le  public  sait  que  tous  (je  ne  comprends  point  parmi  eux 
jfeu  M.  Couct,  dont  toute  la  fonction  a  été  d'encenser  en 
»  toute  occasion  et  le  nouveau  Bréviaire  et  son  auteur ,  et 
»dont  le  suffrage  devait  rendre  l'ouvrage  suspect)  ont  fait 
»  plusieurs  fois ,  quoiqu'inutilement ,  de  très  importantes  re- 
présentations, tant  sur  les  auteurs  que  sur  le  fond  et  la 
»  forme  de  ce  Bréviaire.  Tout  Paris  sait  qu'on  n'eut  pres- 
»  qu'aucun  égard  à  leurs  réflexions;  de  sorte  qu'à  propre- 
»  ment  parler,  on  peut  dire  que  tous  lés  approbateurs  du 
»  Bréviaire  ont  été  ou  les  auteurs  mêmes,  ou  des  hommes 
«connus  pour  être  partisans  de  l'erreur. 

»  Combien  d'autres  représentations  Votre  Grandeur  n'a- 

»t-elle  pas  reçues  de  tous  les  côtés?  Elle  a  plusieurs  fois 

Hémoigné  qu'elle  en  était  fatiguée;  tristes,  mais  trop  sûrs 

»  garants  du  bruit  que  devait  faire  l'édition ,  et  des  alarmes 

> qu'elle  causerait.  Elles  sont  parvenues  jusqu'à  vous,  Mon- 

1  seigneur,  et  ce  sont  des  faits  que  vous  ne  pouvez  dissimuler. 

Vous  n'ignorez  pas  que  l'acceptation  du  Bréviaire  par  vos 

bons  Diocésains ,  est  un  sacrifice  forcé  de  leur  soumission 

au  poids  de  votre  autorité.  Le  Séminaire  de  Saint-Nicolas- 

du-Chardonnet  n'a  point  caché  ses  justes  répugnances; 

mais  le  Curé  ayant  voulu  absolument  qu'il  fût  chanté  dans 

i  json  Eglise ,  il  n'a  pas  été  possible  de  lui  résister. 

T.  il.  25 


584  INSTITUTIONS 

»Les  Prélats  qui  vous  avaient  promis  de  se  joindre  à  vous 

>  commencèrent  a  se  dégager  d'une  parole  que  leur  cons- 
t>  cience  ne  leur  permettait  pas  de  garder.  M.  l'Evêque  de 
»  Valence  comptait  d'adopter  le  nouveau  Bréviaire  ;  il  a 

>  changé  de  résolution  et  s'en  est  assez  nettement  déclaré.  Le 
»  Chapitre  de  Lodève  était  près  de  l'accepter  de  la  main  de 
»son  Evoque  ;  aujourd'hui  il  est  déterminé  à  ne  jamais  souf- 
»  frir  que  le  Diocèse  en  soit  infecté ,  et  ce  changement  est  le 
i  fruit  de  la  lecture  que  quelques-uns  d'entre  eux  en  ont 

>  fait. 

>M.  l'Evoque  de  La  Rochelle  a  avancé  10,000  livres;  mais 

>  on  ne  doute  point  qu'il  ne  les  sacrifie  généreusement,  plutôt! 
»  que  de  faire  un  présent  si  funeste  à  ses  Diocésains. 

«Tandis  que  les  Catholiques,  par  des  plaintes  et  des  d& 
»  marches  publiques,  montrent  l'idée  qu'ils  ont  conçue  di 
»  nouveau  Bréviaire,  les  sectateurs  des  nouvelles  opinion: 
»  triomphent  publiquement.  M.  de  Montpellier  s'en  est  déclarJ 
>le  protecteur;  il  met  tout  en  œuvre  pour  le  faire  recevoi 

>  par  son  Chapitre  très  orthodoxe ,  qui  n'en  veut  pas. 

>Les  plaintes  des  uns,  le  triomphe  des  autres,  font  u 
»  argument  dont  un  magistrat  éclairé  a  senti  toute  la  force 
»  Voici  comment  il  s'en  est  expliqué  : 

»Si  Monseigneur  l'Archevêque,  disait-il,  me  parlait  de  se 
»  Bréviaire,  je  lui  demanderais  :  Quels  sont  ceux  qui  r( 
j  clament  contre  ce  nouveau  Bréviaire?  Ce  sont  tous  les  boi 
»  Catholiques ,  tous  ceux  qui  sont  connus  par  leur  soumi 
>sion  à  l'Eglise,  par  leur  attachement  sincère  à  votre  p 
»  sonne  et  à  votre  autorité,  et  qui,  depuis  votre  arri 
i Paris,  n'ont  cessé  de  la  défendre  contre' les  novateurs. 
>sont  maintenant  ceux  qui  en  prennent  la  défense,  qui 
•  empressés  à  le  faire  chanter,  qui  disent  que  c'est  un  c 
»  du  ciel  que  ce  Bréviaire  paraisse  sous  votre  nom?  Ces 


LITURGIQUES.  355 

*  ceux  qui  sont  révoltés  contre  l'Eglise  et  ses  décisions,  ceux 
»  qui  n'ont  cessé  de  vous  déchirer  dans  leurs  libelles ,  ceux 
»  qui  ont  tout  mis  en  œuvre  pour  noircir  votre  réputation  et 
«déshonorer  votre  épîscopat^  ceux  en  un  mot  que  vous  avez 
«toujours  paru  regarder  comme  hérétiques.  ïl  ne  vous  con- 
fient pas  de  vous  déclarer  ni  contre  les  premiers,  ni  en 
»  faveur  des  derniers;  et  cependant  c'est  ce  que  vous  parais- 
sez faire,  lorsque  vous  soutenez  le  Bréviaire  et  que  vous 
jj5Vous  engagez  à  le  soutenir  toujours;  vous  donnez  lieu  aux 
j  Appelants  de  dire,  comme  ils  le  disent  en  effet ,  que  vous 

I  tournez  de  leur  côté. 

»  Telles  étaient ,  Monseigneur,  les  réflexions  de  ce  magis- 
jjtrat  dont  vous  estimez  la  religion,  la  droiture  et  les  lu- 

I I  mières. 

t>  Voilà,  ce  me  semble,  pour  toutes  les  personnes  non  pré- 
venues, des  preuves  assez  solides;  mais  on  n'aurait  pas 
absolumentbesoin  de  tous  ces  arguments  étrangers,  puisque 
'ouvrage  dont  i!  s'agit  porte  dans  lui-même  sa  condamna- 
tion, pour  quiconque  se  donne  la  peine  de  l'examiner. 
,'auteur  de  la  Lettre  sur  le  Bréviaire  démontre  qu'il  ne 
eut  être  que  l'ouvrage  du  parti ,  et  qu'à  ce  seul  tjtre ,  il 
nous  doit  être  odieux.  Persuadera-t-on  jamais,  en  effet, 
ue  des  Catholiques  aient  pu  faire  les  indignes  retranche- 
nents  qu'il  cite  des  passages  formels  et  décisifs  contre  les 
ouvelies  erreurs?  Il  est  vrai  qu'il  ne  parle  que  de  peu  de 
ubstitutions  perverses  où  le  dogme  soit  directement  atta- 
ué.  Quelles  que  puissent  être  les  raisons  qui  l'ont  empêché 
'entrer  dans  un  plus  long  détail ,  ce  n'est  pas  la  faute  du 
tréviaire  qui  s'en  trouve  rempli. 

> Vous-même,  oui,  Monseigneur,  V.  G.  elle-même  s'est 

éclarée  contre  cet  ouvrage  d'une  manière  non  équivoque. 

r  es  mouvements  qu'elle  se  donne  pour  le  corriger,  s'il  était 


356  INSTITUTIONS 

i  possible ,  ces  cartons  qu'elle  fait  apposer  de  toutes  parts  etl 
»  qui  se  multipliant  par  la  recherche  des  erreurs,  sont  autanlf 
Dde  témoins  irréprochables,  qui  justifient  nos  plaintes  et 
i  condamnent  hautement  le  Bréviaire. 

»  Réunissons  à  présent  toutes  ces  preuves  :  n'en  résulte-t-il 
ï  pas ,  dans  les  esprits  les  plus  prévenus ,  que  tout  parle  efifec-j 
Hivernent  contre  le  Bréviaire?  La  qualité  des  auteurs  juste- 
.ment  suspects,  la  difficulté  qu'ils  ont  eu  à  lui  trouver  m 
»  patron,  la  division  des  examinateurs,  la  multitude  des  re- 
»  présentations ,  les  plaintes  des  Catholiques  et  l'approbatior 
»de  leurs  adversaires,  la  lecture  du  Bréviaire  lui-même  el 
»  votre  propre  conduite,  en  faut-il  davantage  pour  me  faim 

•  dire  avec  justice  qu'il  ne  convient  ni  à  vous,  ni  à  vos  Dio- 
césains? et  peut-il  y  avoir  des  préjugés  assez  forts  qui  m 
»  tombent  à  la  vue  de  preuves  si  lumineuses? 

»  Je  ne  vois  rien  qui  semble  parler  en  sa  faveur  que  l'arrêj 
i  du  Parlement  par  lequel  on  a  prétendu  flétrir  la  Lettre  quj 
«l'attaque;  mais  j'ose  ici  vous  le  demander  à  vous-même 
»  Monseigneur,  et  m'en  rapporter  aux  secrets  sentiments  d< 
i votre  cœur;  si  l'opposition  que  vous  trouvez  au  Bréviaird 

•  doit  vous  causer  quelques  inquiétudes,  cet  arrêt  sera-t-i 

•  capable  de  les  apaiser? 

•  Combien  de  réflexions  judicieuses  qu'il  ne  m'est  paj 

•  permis  de  mettre  ici  dans  leur  jour,  doivent  se  présenter! 
i  votre  esprit  pour  balancer  l'autorité  d'un  pareil  jugement 

•  TN'a-t-on  pas  vu  souvent?.....  Mais  je  m'arrête,  j'oubliai 
>  que  le  respect  doit  conduire  ma  plume ,  et  qu'il  est  des  vé 

•  rites  sur  lesquelles  il  ne  m'appartient  pas  de  m'expliquer 

•  Au  moins,  n'avez-vous  pas  sans  doute  oublié  que  l'Avocat| 

•  Général  qui  paraît  aujourd'hui  prendre  votre  défense,  W 
»le  même  qui ,  plus  d'une  fois ,  éleva  la  voix  dans  le  Parlej 

•  ment  pour  flétrir  vos  ouvrages  et  les  couvrir,  s'il  étaii  pos 


LITURGIQUES.  557 

» sible ,  d'une  éternelle  ignominie?  Si  les  coups  qu'il  porte 
»contre  la  Lettre  ont  quelque  poids,  ils  eurent  le  même  effet 

>  contre  vos  Mandements  r  et  approuver  aujourd'hui  son  mi- 
nistère, c'est  souscrire  à  votre  condamnation.  Non,  son 

plaidoyer,  ni  l'arrêt  qui  le  suit,  ne  calmeront  point  les  in- 
quiétudes d'un  Prélat  véritablement  orthodoxe  qui  ne  re- 
connaît que  l'Eglise  seule  pour  juge  en  matière  de  foi  et  de 

>  religion. 

»  J'ajoute,  qu'à  ne  consulter  que  l'arrêt  lui-même,  le  Bré- 
viaire n'est  jamais  justifié.  J'ai  en  main  le  répertoire  de 
M.  Gilbert  de  Voisins.  Que  dit-il?  et  que  condamne-t-il? 
Entre-t-il  dans  le  fond  des  matières?  examine-t-il  les  preuves 
sur  lesquelles  la  Lettre  forme  ses  accusations?  Il  n'avait 
i  garde.  Le  brillant  obscur  dont  il  a  coutume  d'envelopper  ses 
tortueuses  périodes,  n'aurait  pu  répandre  aucuns  nuages  sur 
l'évidence  des  preuves  et  des  raisons  de  l'auteur  de  la  Lettre. 

»  Il  s'arrête  précisément  au  détail  minutieux  de  quelques 
phrases  un  peu  fortes  qu'il  accable  d'épithètes  plus  fortes 
encore ,  mais  qui ,  dans  le  vrai ,  ne  signifient  rien ,  puis- 
qu'enfin,  avant  que  de  condamner  ces  expressions  préten- 
dues trop  fortes ,  il  faut  prouver  qu'elles  portent  à  faux  ; 
ce  qu'il  ne  fait  pas.  Le  principal  motif  qu'il  apporte  pour  le 
condamner,  est  l'affectation  singulière  dés  qualités  d'héré- 
tiques et  de  Catholiques  appliqués  à  ceux  qui  vivent  dans 
le  sein  d'une  même  Eglise;  c'est-à-dire ,  Monseigneur,  qu'il 
pn  veut  autant  à  V.  G.  qu'à  l'auteur  de  la  Lettre,  puisque 
vous  avez  fait  la  même  distinction  dans  vos  Mandements , 
î'est-à-dire  qu'en  feignant  de  vous  défendre,  il  vous  attaque 
véritablement  ;  c'est-à-dire  qu'il  flétrit  de  nouveau  vos  Man- 
iements avec  la  Lettre  ;  c'est-à-dire ,  en  un  mot ,  que  son 
équisitoire  vous  est  aussi  injurieux ,  qu'il  pourrait  l'être  à 
i'auteur  inconnu. 


358  INSTITUTIONS 

•  II  est  donc  incontestable  qu'en  recueillant  les  voix  diffé- 

•  rentes,  il  s'élève  un  espèce  de  cri  général  contre  le  nouveac| 
»  Bréviaire  ;  vouloir  se  cacher  cette  vérité ,  c'est  se  metti 

•  sur  les  yeux  un  bandeau  volontaire,  pour  ne  pas  apercevoij 

>  un  objet  réel  qui  blesse  la  vue.  Or,  dans  de  telles  circons 
»  tances  généralement  avouées ,  comment  convient-il  à  V. 

•  de  se  comporter?  C'est  ce  qui  doit  faire  l'objet  de  ses  pli 

>  sérieuses  réflexions ,  et  je  m'en  rapporterai  volontiers  à 

>  décision  de  sa  piété  rendue  à  elle-même  et  débarrassée  d(\ 
»  conseils  de  la  molle  condescendance.  C'est  à  ce  tribunal  qi 
•j'en  appelle,  et  je  m'assure  du  triomphe  de  ma  cause.  Un] 

>  a  que  deux  partis  à  prendre  :  l'un ,  de  corriger  le  Bréviai 
»  et  d'en  retrancher  tout  ce  qui  peut  blesser  la  délicates!) 
»  catholique  ;  l'autre ,  de  le  repousser  absolument  et  de 

>  tenir  comme  non  avenu. 

»  Il  paraît  que  c'est  au  premier  parti  que  V.  G.  s'en  <| 
»  tenue  (  car  on  n'est  pas  venu  à  bout  de  lui  cacher  tout  Pa 

•  tifice  de  ce  mystère  d'iniquité)  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de  p 
»  sonnes  autorisées  dans  votre  Diocèse  vous  proteste  ici,  u 
>mon  ministère,  que  vous  tentez  une  chose  impossible.  M| 

•  gré  la  déclamation  non  prouvée  de  r Avocat-Général 

•  demeure  constant  parmi  eux  que  tout  le  Bréviaire  est 

•  masse  d'un  levain  corrompu,  de  laquelle  on  n'expnl 
•jamais  un  suc  salutaire  dont  les  Catholiques  veuille^ 

•  nourrir.  Comment,  en  effet,  rétablir  tous  les  retram 

•  ments  des  fêtes,  des  Octaves,  des  prières  à  la  Sainte  Vit 

•  et  de  cette  immensité  de  textes  de  l'Ecriture  etdesSS.i 
»  que  les  auteurs  ont  sacrifiés  aux  mains  de  Jansénius  c 


•  Quesnel?  Comment  effacer  des  Hymnes,  des  Leçons 

•  Capitules,  des  Répons,  des  Oraisons,  cette  multitudJ 

•  phrases  captieuses,  équivoques,  mal  sonnantes,  pou| 
»pasdire  hétérodoxes,  sous  lesquelles  on  a  eu  Fadresse 


\k 

r 

m 

>fej 


LITURGIQUES.  389 

>sinuer  des  erreurs  si  souvent  condamnées?  Il  faudrait  ab- 
solument repétrir,  refondre  toute  cette  masse  impure, 
»  c'est-à-dire,  qu'il  n'en  coûterait  pas  davantage  pour  refaire 
i  un  nouveau  Bréviaire. 

i>La  chose  fût-elle  possible,  ce  qui  n'est  pas ,  croyez- vous , 
»  Monseigneur,  que  les  vrais  Catholiques  trouveront  jamais 
»  du  goût  à  réciter  un  Bréviaire  composé  par  des  ennemis  de 
»  l'Eglise  leur  Mère?  Non,  nous  ne  voulons  point  de  leurs 
»  présents  ;  nos  lèvres  ne  souffriront  qu'avec  peine  des  prières 
»dont  les  auteurs  ne  furent  pas  nos  défenseurs;  et  le  triste 
»  souvenir  que  nous  les  tenons  d'Appelants  et  de  fauteurs 
»  d'hérésie,  sera  capable  de  troubler  la  dévotion  de  nos 
»  temples  et  de  répandre  l'amertume  sur  la  sainte  gaieté  de 
j>nos  plus  belles  fêtes.  Le  dirai— je ,  Monseigneur?  nous  crai- 
j> gnons  de  prononcer  des  blasphèmes,  en  ne  récitant  que 

>  des  paroles  respectables  et  uniquement  tirées  de  nos  saintes 
»  Ecritures.  Un  passage  isolé ,  détaché  de  ce  qui  le  précède 

*  et  de  ce  qui  le  suit,  souvent  ne  présente  par  lui-même  au- 

>  cun  sens  ;  mais  l'union  artificieuse  de  plusieurs  de  ces  pas- 

>  sages  leur  donne  souvent  un  sens  tout-à-fait  étranger,  et 
»  c'est  ainsi  que  la  parole  de  Dieu  dans  la  bouche  des  héré- 
»  tiques  devient  le  langage  de  l'erreur.  Par  exemple ,  com- 
parer l'état  présent  de  l'Eglise  à  l'état  d'Israël  séduit  par 

■  »  Jéroboam ,  faire  entendre  qu'il  ne  la  faut  plus  chercher  que 
I»  dans  un  petit  nombre  d'élus  que  la  Grâce  du  Seigneur  s'est 

•  réservé,  ji'est-ce  pas  le  langage  familier  de  tous  les  héré- 
tiques? Attendre  que  le  Prophète  Elie  vienne  soutenir  la 
»foi  du  petit  troupeau  persécuté,  n'est-ce  pas  le  fanatisme 
»  dominant  de  nos  jours?  Des  paroles  tirées  des  saints  Livres 
»  présentent  toutes  ces  horreurs  dans  plusieurs  Répons  et 
I»  plusieurs  Versets  de  l'Office  du  VIIe  Dimanche  après  la  Pen- 
Utecôte.  Dira-t-on  que  ce  n'est  pas  là  le  sens  naturel  des 


360  INSTITUTIONS 

•  paroles  citées  dans  le  Bréviaire?  Qu'importe,  si  les  Catho- 
»  liques  ne  peuvent  douter  que  ce  ne  soit  là  le  sens  qu'on  a 
»  voulu  leur  présenter?  Les  traits  de  cette  nature  sont  sans 
»  nombre. 

•  Reste  donc,  Monseigneur  (ici  je  sens  qu'il  faut  me  faire 
»  une  nouvelle  violence  ;  c'est  avec  peine  que  l'amour  de  la 
>  vérité  l'emporte  sur  le  respect  ) ,  reste  donc,  puisqu'il  faut 
»le  dire,  de  reconnaître  généreusement  que  vous  avez  été 
»  trompé ,  et  de  proscrire  hautement  un  ouvrage  qu'une  con- 
fiance bien  excusable  dans  un  Prélat  accablé  de  tant  d'oc- 
»  cupations  vous  a  fait  adopter. 

»  S'il  n'y  avait  que  ce  premier  pas  à  faire,  je  crois  aisé- 
>mcnt  que  V.  G.  n'y  trouverait  point  de  difficulté;  une  âme 
»  élevée  comme  la  vôtre  est  au-dessus  de  cette  faiblesse  or- 
gueilleuse qu'un  glorieux  aveu  fait  rougir.  Vous  savez  qu'il 

•  n'appartient  qu'à  l'élévation  d'un  noble  génie  de  se  croire 
»  sujet  à  l'erreur,  et  que  ce  qui  sépare  le  grand  homme  d'a- 

*  vec  l'homme  faible  n'est  pas  de  ne  commettre  aucune  faute, 
»  mais  de  savoir  les  avouer  et  les  réparer.  L'immortel  Ar-j 
»chevêque  de  Cambrai  ne  s'est  jamais  tant  distingué  par  la 

*  sublime  beauté  de  ses  ouvrages,  que  par  l'humble  aveu 
»  qu'il  a  fait  en  chaire  de  s'être  trompé.  Et  son  nom  ne  sérail 
»  pas  si  glorieux  dans  les  fastes  de  l'Eglise,  s'il  avait  toujours 
»  été  à  couvert  de  tout  reproche. 

>Le  second  doit  vous  coûter  beaucoup  plus,  sans  doute 
»  parce  qu'il  entraîne  après  lui  de  fâcheux  embarras.  Les  frai 
»  sont  faits  ;  la  dépense  est  énorme  ;  où  trouver  des  fond: 
»pour  rembourser  le  libraire  et  l'indemniser  de  ses  avances  i 
*Je  conviens  que  cet  article  souffre  difficulté.  Il  faudra  s«j 
»  donner  des  mouvements,  lever  bien  des  obstacles  et  de  dif 
»  férentes  espèces  ;  mais  enfin  la  chose  doit-elle  être  regardé 
çcpimne  impossible?  Les  fonds  de  charité,  d'honneur  et  d( 


LITURGIQUES.  561 

»  bienséance ,  sont-ils  donc  épuisés  dans  la  plus  riche  capitale 
»du  inonde?  ou  n'y  a-t-il  aucune  voie  à  quelque  accommo- 

>  dément?  Je  conviens  encore  que ,  malgré  les  ressources  du 
»  zèle  et  de  l'ingénieuse  piété,  différents  particuliers  pourront 

>  souffrir  quelque  perte;  mais  fût-elle  fort  au-dessus  de  ce 

*  qu'elle  pourrait  être  en  effet ,  des  intérêts  purement  hu- 
j  mains  peuvent -ils  arrêter  ou  suspendre  une  démarche 
»  prouvée  nécessaire  à  la  religion? 

>  Rendez-vous  donc ,  Monseigneur,  à  ce  qu'elle  vous  de- 
mande aujourd'hui.  Toujours  vous  vous  fîtes  un  devoir 
»  capital  d'être  docile  à  sa  voix  et  de  vous  conduire  selon  la 
ï  sainteté  de  ses  maximes.  Ii  n'est  qu'un  seul  trait  dans  une 
»  longue  suite  d'années  qui  ne  soit  pas  à  couvert  de  la  cri- 
tique; trait  cependant  qui  sera  marqué  dans  les  fastes  de 
»  l'Eglise,  trait  qui  pourra  défigurer  le  glorieux  portrait 
»  qu'on  y  fera  de  votre  personne  :  hâtez-vous  de  l'effacer. 
»  Vous  avez  toujours  été  un  de  ces  murs  d'airain,  une  de  ces 

>  colonnes  inébranlables  que  la  religion  oppose  à  l'hérésie. 
»Vous  êtes  encore  aujourd'hui  son  ornement  et  son  appui; 
»  c'est  un  éloge  que  la  malignité  et  l'envie  ne  peuvent  vous 
»  refuser,  et  auquel  je  suis  le  premier  à  souscrire.  Vous  sou- 
tiendrez jusqu'à  la  fin  ce  noble  caractère  :  vous  vous  sou- 

>  viendrez  de  ces  beaux  sentiments  tracés  avec  tant  d'énergie 
»  dans  la  lettre  que  vous  écriviez  au  Roi,  quelque  temps 

*  après  que  vous  eûtes  pris  le  gouvernement  de  cette  Eglise  : 
»  Je  ferai  mon  devoir  (  disiez-vous  ) ,  je  le  ferai  avec  le  zèle  et 
i 


la  fermeté  d'un  Evêque ,  qui,  après  avoir,  vieilli  dans  l'épis- 
»  copat,  n'est  pas  venu  dans  la  capitale  pour  trahir  son  minis- 
>tère  et  pour  le  déshonorer  à  la  fin  de  ses  jours;  jours  précieux, 
»  Monseigneur,  pour  lesquels  je  me  trouverais  heureux  de  sa- 
crifier les  miens  inutiles  au  monde,  et  qui  s'avancent,  hélas! 
i  pour  notre  malheur,  à  pas  trop  précipités,  Il  faudra  p3- 


362  INSTITUTIONS 

»  raître  devant  ce  Juge  redoutable  qui  trouve  des  iniquités 
»  jusque  dans  ses  Saints.  \ous  porterez  à  son  tribunal  des 
»  œuvres  de  salut  et  des  vertus  dignes  d'un  zélé  ministre  du 
»Dieu  vivant  dont  vous  avez  soutenu  les  autels,  mais  vous  y 

>  rendrez  compte  aussi  de  ce  qui  fait  le  sujet  de  cette  humble 
»  Remontrance.  Au  nom  du  Dieu  que  nous  servons ,  au  nom 
»  de  celte  religion  que  nous  suivons,  examinez  sérieusement 
>et  pesez  dès  à  présent,  au  poids  sacré  du  sanctuaire,  ce 

>  que  vous  voudriez  avoir  fait  dans  ce  moment  terrible  et  dé- 
cisif, où  la  vérité  pure  brillera  sans  éclat  et  débarrassée  de 
»  toutes  les  préventions  humaines.  » 

Il  était  plus  aisé  de  condamner  au  feu  la  pièce  qu'on  vient 
de  lire  que  de  la  réfuter.  On  ne  pouvait  refuser  à  son  auteur 
le  zèle  de  la  foi,  la  connaissance  de  la  matière  ;  on  était  obligé 
de  convenir  que  c'était  un  homme  dévoué  à  son  Archevêque, 
attaché  à  la  hiérarchie,  un  digne  compagnon  de  Languet 
dans  la  guerre  contre  les  Anti-liturgistes.  Nonobstant  toutes 
ces  raisons ,  l'Archevêque  résolut  de  maintenir  le  Bréviaire  | 
avec  les  corrections  ;  on  pensa  que  le  temps  calmerait  cette 
agitation.  Cependant ,  on  eut  la  prudence  de  ne  rien  faire 
contre  les  deux  Lettres  et  la  Remontrance.  Il  n'eût  pas  été 
facile,  en  effet,  de  rédiger  une  censure  contre  ces  pièces 
vraiment  orthodoxes,  et  d'ailleurs,  c'eût  été  accroître  la 
déconsidération  du  Bréviaire ,  en  provoquant  une  réplique  ; 
peut-être  même  le  Siège  Apostolique  eût -il  été  contraint 
d'intervenir  dans  cette  question  épineuse.  Quant  à  l'opposi- 
tion des  Séminaires  de  Saint-Sulpice  et  de  Saint-Nicolas,  elle 
dut  céder  enfin  devant  l'injonction  expresse  de  la  Lettre 
Pastorale,  surtout  depuis  les  cartons  mis  au  Bréviaire  qui, 
tout  en  attestant  l'impure  origine  de  ce  livre,  donnaient  à 
l'autorité  diocésaine  une  raison  de  plus  de  presser  l'accep- 
tation de  la  nouvelle  Liturgie.  Ainsi  l'œuvre  de  Vigier,  Me- 


LITURGIQUES.  565 

senguy  et  Coffin,  s'implanta  pour  de  longues  années  dans 
l'Eglise  de  Paris,  et  par  suite  dans  une  grande  partie  du 
Royaume.  Les  Jansénistes,  quoique  mortifiés  par  les  cartons, 
se  rangèrent  autour  du  Bréviaire,  et  trouvèrent  des  éloges 
pour  l'Archevêque  Vintimille  qui  demeurait,  malgré  tout, 
le  patron  de  leur  œuvre.  Rien  n'est  plus  curieux  que  le  lan- 
gage des  Nouvelles  Ecclésiastiques  sur  ce  Prélat  :  tour  à  tour 
la  feuille  Janséniste  gémit  de  son  aveuglement  et  exalte  son 
zèle  providentiel  dans  la  publication  du  Bréviaire. 

Cependant,  si  on  n'osait  censurer,  à  l'Archevêché,  les 
Lettres  sur  le  nouveau  Bréviaire ,  ce  Bréviaire  ne  demeura  pas 
néanmoins  tout-à-faît  sans  apologie.  Le  P;  Vigier  entreprit 
une  défense  de  son  travail ,  sous  le  point  de  vue  de  l'ortho- 
.  doxie.  Son  intention  était  de  prouver  que  le  Bréviaire  ren- 
fermait un  nombre  suffisant  de  textes  favorables  au  dogme 
catholique  de  la  mort  de  Jésus-Christ  pour  tous  les  hommes, 
au  culte  de  la  Sainte  Vierge  et  à  la  primauté  du  Siège  Apos- 
tolique. Quand  il  en  eût  été  ainsi ,  cette  démonstration  n'eût 
pas  infirmé  les  reproches  des  Catholiques  sur  la  suppression 
de  tant  de  choses  respectables,  sur  la  frauduleuse  insertion 
d'un  si  grand  nombre  de  particularités  suspectes ,  reproches 
d'autant  plus  fondés,  que  les  cartons  étaient  là  pour  attester 
l'existence  du  mal.  Il  n'en  demeurait  pas  moins  évident  que 
le  Bréviaire  était  une  œuvre  Janséniste ,  par  ses  auteurs ,  son 
esprit  et  son  exécution;  que  les  cartons  n'avaient  atteint, 
après  tout,  qu'une  faible  portion  des  choses  répréhensibles, 
soit  comme  exprimant  des  ambiguïtés  sur  le  dogme,  soit 
comme  renversant,  en  tant  d'endroits,  les  plus  sacrées  des 
traditions  liturgiques.  D'ailleurs,  pour  qui  connaît  l'histoire 
du  Jansénisme,  rien  n'est  moins  étonnant  que  ce  soin  qu'a- 
vaient eu  les  rédacteurs  du  Bréviaire,  d'insérer  dans  leur 
œuvre  un  certain  nombre  de  textes  qu'on  aurait  à  faire  va- 


364  INSTITUTIONS 

loir,  en  cas  d'attaque.  Vigier  était  placé  tout  à  son  aise  pour 
remplir  ce  personnage  :  il  n'avait  point  appelé  de  la  Bulle 
comme  Mesenguy  et  Coflin  ;  mais,  d'un  autre  côté,  il  ne 
la  regardait  que  comme  simple  règle  de  police.  Dans  cette 
heureuse  situation,  sa  conscience  ne  lui  défendait  point  de 
glisser  dans  son  Bréviaire  ses  sympathies  Janséniennes;  et 
du  moment  que  des  réclamations  s'élèveraient,  il  pouvait, 
sans  contradiction,  en  présence  du  public,  revoir  son  œuvre, 
la  Bulle  Unigenitus  en  main ,  et  soutenir  la  thèse  de  la  non 
contrariété  du  Bréviaire  avec  cette  Bulle. 

Cependant,  le  parti  ne  s'accommodait  pas  trop  de  cette 
condescendance  de  Vigier.  Les  Nouvelles  Ecclésiastiques 
expriment  hautement  leur  mécontentement  sur  l'Apologie  : 
c  Tout  ce  que  nous  pouvons  dire  de  cet  écrit,  dit  le  gazcttcr, 
»  c'est  que,  malgré  la  protection  dont  M.  l'Archevêque  a  jugé 

>  à  propos  de  l'honorer,  le  public  (1)  ne  lui  a  pas  fait  un  accueil 
»bien  favorable.  Il  se  sent  partout  de  l'étrange  contrainte  où 
»  l'on  est,  lorsqu'en  recevant  la  Constitution  Unigenitus,  on  se 

>  trouve  obligé  de  défendre  les  Vérités  que  cette  même  Cons- 

>  titution  condamne ,  et  cette  malheureuse  nécessité  y  a  ré- 
»pandu  d'un  bouta  l'autre  une  teinture  deMolinisme  qui  a 

>  fait  dire  à  plus  d'un  lecteur  que  cette  apologie  fait  peu 
»  d'honneur  au  Bréviaire ,  qui  n'en  avait  pas  besoin  et  qui  se 
*  défend  assez  par  lui-même.  En  un  mot,  on  sait  que  ceux  qui 
»  ont  eu  le  plus  départ  à  la  composition  du  nouveau  Bréviaire 
»  de  Paris ,  n'ont  point  goûté  cette  première  Lettre  (1).  »  Ces 
collègues  de  Vigier,  qui  furent  mécontents  de  l'Apologie  du 
Bréviaire,  n'étaient  autres  que  Mesenguy  (2)  et  Coflîn,  aux- 

(1)  Ce  public  est  principalement  celui  du  Journal. 

(2)  Nouvelles  Ecclésiastiques.  24  novembre  1756. 

(3)  Ami  de  la  Religion.  Ibidem,  page  293. 


LITURGIQUES.  365 

quels  leur  caractère  officiel  d'Appelants  interdisait  toute 
,  rétractation  même  apparente.  Vigier  était  donc  comme  l'in- 
termédiaire entre  le  nouveau  Bréviaire  et  les  Catholiques. 
L'Apologie  qu'il  avait  publiée  consistait  en  trois  Lettres  de 
M.  l'Abbé  ***  à  un  de  ses  amis,  en  réponse  aux  libelles  qui  ont 
paru  contre  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris.  Ces  trois  Lettres, 
qui  forment  ensemble  cinquante-quatre  pages  in-40,  sont 
datées  des  1er  et  15  octobre,  et  du  30  décembre  1736  ,  et 
parurent  avec  Approbation  et  Privilège  du  Roi. 

Le  courageux  Père  Hongnant  avait  publié,  vers  la  fin  de 
la  même  année ,  une  troisième  Lettre  sur  le  nouveau  Bré- 
viaire, dans  laquelle  il  s'efforçait  de  renverser  les  subter- 
fuges de  Vigier  et  de  faire  voir  que  l'Apologie ,  pas  plus  que 
les  carions,  ne  parviendraient  à  faire  du  Bréviaire  une  œuvre 
catholique.  Nous  ignorons  si  cette  troisième  Lettre  obtint, 
comme  les  deux  précédentes ,  les  honneurs  d'une  condam- 
nation au  Parlement  de  Paris  (1).  Quoi  qu'il  en  soit ,  la  con- 
troverse demeura  close  pour  le  moment  et  le  Bréviaire  resta, 
comme  sont  restées  beaucoup  d'autres  choses,  que  le  dix- 
septième  et  le  dix-huitième  siècles  ont  vu  naître,  et  que  le 
nôtre ,  peut-être ,  ne  transmettra  pas  à  ceux  qui  doivent  le 
suivre. 

Le  Bréviaire  étant  inauguré,  il  devenait  nécessaire  de  don- 
ner un  nouveau  Missel  qui  reproduisît  le  même  système.  On 
sent  que  le  Missel  de  Harlay,  revu  par  ïe  Cardinal  de  Noailles, 
était  encore  trop  conforme  à  la  Liturgie  Romaine  pour  se  plier 
au  Calendrier  et  aux  autres  innovations  du  moderne  Bré- 
viaire; or,  il  fallait  un  rédacteur  au  nouveau  Missel.  L'Acolyte 


(1)  VAmi  de  la  Religion  parle  de  Remarques  manuscrites  sur  le  nou- 
veau Bréviaire ,  en  M  pages  in- i°  qui,  dit-il,  roulent  sur  les  mêmes 
griefs  que  les  Lettres  cl'Honguant  ;  mais  elles  sont  plu;  modérées. 


366  INSTITUTIONS 

Mesenguy  fut  choisi  pour  ce  grand  travail,  sans  doute  par  la 
protection  de  PAbbé  d'Harcourt,  qui  disposait  totalement 
de  la  confiance  de  l'Archevêque ,  dans  tout  ce  qui  tenait  à  la 
Liturgie.  Ce  fut,  au  reste,  une  étrange  influence  que  celle  de 
Mesenguy  dans  toute  cette  opération.  Il  était  auteur  en  partie 
du  nouveau  Bréviaire,  et,  quand  on  forma  la  commission 
pour  juger  des  réclamations  que  ce  livre  avait  excitées ,  on 
ne  lui  avait  pas  fait  l'honneur  de  le  convoquer.  Sans  doute, 
sa  qualité  d'Appelant  et  d'hérétique  notoire  avait  exigé  qu'on 
rendit  du  moins  cet  hommage  à  la  pudeur  publique.  Mainte- 
nant qu'il  s'agit  d'un  livre  plus  important,  plus  sacré  encore 
que  le  Bréviaire,  du  Missel ,  du  Sacramentaire  de  l'Eglise  de  , 
Paris,  on  vient  chercher  cet  homme,  cet  hérétique,  étranger 
même  au  caractère  de  Prêtre;  ce  sera  lui  qui  déterminera, 
pour  cette  Eglise ,  les  prières ,  les  rites ,  les  mystères  avec  les- 
quels les  Prêtres,  désormais,  auront  à  célébrer  le  grand  Sacri- 
fice. Au  reste,  cette  confiance  inouïe  donnée  à  un  hérétique 
par  un  Prélat  Catholique,  Mesenguy  continua  d'en  jouir  pen- 
dant toute  la  durée  de  l'épiscopat  de  Charles  de  Yintimille; 
car,  en  1745,  peu  avant  la  mort  de  l'Archevêque,  il  présida 
à  la  nouvelle  édition  du  Bréviaire  et  aux  changements,  d'ail- 
leurs assez  légers,  qui  y  furent  faits  (1). 

Il  paraît  que  Mesenguy  avait,  depuis  plusieurs  années, 
commencé  le  travail  du  Missel,  car  ce  livre  fut  en  état  de 
paraître  dès  1738,  et  fut  annoncé  par  une  Lettre  Pastorale 
de  l'Archevêque,  en  date  du  11  mars.  Nous  allons  parcourir 
cette  pièce  importante,  qui  fut  placée  en  tête  du  Missel  lui- 
même  (2). 

Elle  commence  par  des  réflexions  sur  la  dignité  du  Sa- 

(1)  L'Ami  de  la  Religion.  Ibidem, 

(2)  Vid.  la  noie  B. 


LITURGIQUES.  567 

crifice  de  la  Messe,  considéré  sous  ses  différents  rapports, 
et  arrive  bientôt  à  parler  des  efforts  tentés  dans  plusieurs 
Diocèses  de  France  pour  la  correction  et  le  perfectionnement 
des  Missels.  On  rapelle  ensuite  les  travaux  des  Archevêques 
de  Harlay  et  de  Noailles ,  qui  ont  cependant  encore  laissé 
beaucoup  à  désirer  pour  l'entière  perfection  de  ce  livre  ; 
mais  le  nouveau  Missel  est  rédigé  d'après  des  principes  to- 
talement conformes  à  ceux  que  suivirent  ces  deux  Prélats 
dans  leur  réforme  liturgique  :  c'était  assez  dire  que  la  partie 
Romaine  avait  presque  entièrement  disparu. 

La  Lettre  Pastorale  déclare  ensuite  que  le  nouveau  Bré- 
viaire ayant  rendu  nécessaire  un  nouveau  Missel ,  l'Arche- 
vêque s'est  fait  aider  dans  ce  travail,  par  plusieurs  Chanoines 
de  la  Métropole.  A  leur  tête  était  naturellement  le  Doyen , 
l'Abbé  d'Harcourt ,  qui  ne  travaillait  pas  par  lui-même,  mais 
par  son  protégé  ,  Mesenguy.  Nous  ignorons  quels  sont 
les  autres  Chanoines  désignés  ici,  et  la  mesure  de  leur  in- 
fluence dans  la  composition  du  Missel. 

Venant  au  détail  des  modifications  introduites  dans  ce  livre* 
l'Archevêque  parle  ainsi  :  «  On  ne  trouvera  presque  aucun 
»  changement  dans  les  Evangiles  et  les  Epîtres  des  Dimanches 
>et  des  Fériés,  non  plus  que  dans  ceux  des  fêtes  chômées 
»  par  le  peuple.  On  a  fait  davantage  de  changements  dans 
îles  pièces  chantées  aux  Messes  du  Propre  du  Temps;  en 
»  sorte,  toutefois,  que  nous  avons  retenu  ce  qu'il  y  avait  de 
>  meilleur  en  ce  genre  dans  le  Missel  précédent ,  nous  réser- 
avant  quelquefois  de  le  placer  plus  à  propos.  » 

Charles  de  Vintimille  confesse  ici,  sans  scrupule,  une  des 
plus  graves  infractions  faites  à  la  Liturgie ,  sous  le  point  de 
vue  de  la  popularité  du  culte  divin.  Sans  parler  ici  des  Gra- 
duels,  Versets  Alleluiatiques ,  Offertoires  et  Communions, 
choisis  par  saint  Grégoire  et  ses  prédécesseurs,  et  qu'il  eût 


568  INSTITUTIONS 

pourtant  été  fort  à  propos  de  ne  pas  perdre ,  à  une  époque 
surtout  où  Ton  se  piquait  si  fort  d'un  zèle  éclairé  pour  l'anti- 
quité, n'était-ce  pas  une  grande  faute  d'Oser  violemment 
changer,  dans  un  grand  nombre  de  Messes,  les  Introïts  eux- 
mêmes,  qui,  de  toute  antiquité,  servaient  à  distinguer 
entre  eux  les  divers  Dimanches  de  l'année  ?  Comment  dé- 
sormais lire  et  comprendre  nos  chroniques  nationales,  les 
chartes  et  les  diplômes  de  nos  ancêtres,  dans  lesquels  les  Di- 
manches sont  sans  cesse  désignés  par  les  premières  paroles 
de  cette  solennelle  Antienne?  Il  faudra  donc,  et  c'est  à  quoi  on 
est  réduit  aujourd'hui,  que  le  Prêtre  lui-même  ne  puisse  plus 
expliquer  ces  monuments,  s'il  ne  s'est  muni  d'un  Missel  Ro- 
main ,  à  l'effet  de  comprendre  des  choses  que  le  peuple  lui- 
même  savait  autrefois?  Qu'il  est  pourtant  triste  de  voir  l'ardeur 
avec  laquelle,  à  cette  époque,  on  se  ruait  à  tout  ce  qui  pouvait 
creuser  un  abîme  entre  le  présent  et  le  passé!  Au  reste,  sous 
ce  rapport,  comme  sous  les  autres,  on  était  tombé  dans  toutes 
les  contradictions  où  entraîne  d'ordinaire  une  conduite  arbi- 
traire. Ainsi,  on  avait  daigné  conserver  les  ïntroïls  :  Ad  te  le- 
vavi,  du  premier  Dimanche  de  l'Avent  ;  Dominus  dixit  ad  me, 
de  Noël,  à  la  Messe  de  Minuit  ;  Invocavit,  Reminiscere,  Oculi, 
Lœtare,  des  quatre  Dimanches  de  Carême  ;Judica me ,  delà 
Passion  ;  Domine,  ne  longe,  du  Dimanche  des  Rameaux  ;  Quasi 
modo,  de  l'Octave  de  Pâques,  et  quelques  autres  encore  des 
Dimanches  après  la  Pentecôte  ;  et  on  avait  retranché  Populus 
Sion,  du  second  Dimanche  de  l'Avent;  le  fameux  Gaudete, 
du  troisième  Dimanche;  Rorate,  qui  est  au  quatrième; 
Dum  médium  ,  au  Dimanche  dans  l'Octave  de  Noël  ;  In 
excelso  trono ,  au  Dimanche  dans  l'Octave  de  l'Epiphanie; 
Omnis  terra,  au  deuxième  Dimanche  après  cette  fête;  Ado- 
rate  Dominum,  au  troisième  et  suivants;  Resurrexi,  au  jour 
même  de  Pâques  ;  Miser icordia,  au  second  Dimanche  après 


LITURGIQUES.  369 

Pâques;  Jubilate,  au  troisième  ;  Exaudi,  Domine,  au  Di- 
manche dans  l'Octave  de  l'Ascension;  Factus  est  Dominus , 
au  second  Dimanche  après  la  Pentecôte  ;  Exaudi,  Domine, 
au  cinquième;   Omnes  gentes,  au  septième;  Suscepimus, 
Deus,  au  huitième;  Ecce  Deus  adjuvatme,  au  neuvième; 
Deus  in  loco ,  au  onzième;  Deus  in  adjutorium,  au  dou- 
zième; Proteetor  nouer,  au  quatorzième; Inclina ,  au  quin- 
zième; Justus  es,  au  dix-septième;  Da  pacem,  au  dix-hui- 
tième; Salas  populi,  au  dix-neuvième;  Omnia  quœ  fecisti, 
au  vingtième  ;  Si  iniquitates ,  au  vingt-deuxième  ;  Dicit  Do- 
minus ,  aux  vingt-troisième  et  vingt-quatrième.  Outre  ces 
suppressions,  plusieurs  des  Introïts  conservés  avaient  été 
transposés  d'un  Dimanche  à  l'autre;  ce  qui  n'était  propre 
qu'à  accroître  la  confusion  et  à  rendre  de  plus  en  plus 
impraticable    l'étude    des    Chroniques    et   des  Diplômes, 
cident.  Ainsi,  le  Gaudete  du  troisième  Dimanche  de  l'Avent, 
se  trouvait  transplanté  au  vingt-quatrième  après  la  Pente- 
jcôte;  le  Vocem  jucunditatis ,  du  cinquième  Dimanche  après 
Pâques,  était  anticipé  au  troisième,  etc.  Nous  ne  parlons  pas 
des  Introïts  du  Propre  des  Saints  ;  comme  ils  ne  sont  pas 
employés  ordinairement  dans  le  style  de  l'Europe  du  moyen- 
âge,  leur  suppression  n'offensait  que  les  convenances  litur- 
giques. Quant  à  ce  que  disait  la  Lettre  Pastorale,  qu'on  avait 
conservé  les  Epîtres  et  les  Evangiles  des  fêtes  chômées  par  le 
oeupîe ,  il  eût  fallu  dire  :  moins  l'Evangile  de  la  fête  de  saint 
Merre  et  saint  Paul.  Cet  Evangile  avait  disparu, avec  son  fameux 
iexte  :  Tu  es  Petrus,  et  super  hune  petram  œdificabo  Ecclesiam 
keam,  pour  faire  place  au  passage  du  XXIe  chapitre  de  S.  Jean, 
ii  Jésus-Christ  dit  à  saint  Pierre  :  Pasce  oves  meas;  texte  im- 
ortant,  sans  doute,  pour  l'autorité  du  Saint  Siège,  mais  moins 
lair,  moins  populaire,  moins  étendu  que  Tu  es  Petrus,  qu'on 
yait  lu  pendant  mille  ans,  ce  jour-là,  à  Paris  comme  à  Rome, 
T.  n.  24 


570  INSTITUTIONS 

La  Lettre  Pastorale  continue  :  *  Nous  avons  choisi  les  pas- 
»  sages  de  l'Ecriture  qui  nous  ont  semblé  les  plus  propres  à 
»  exciter  la  piété,  les  plus  faciles  à  mettre  en  chant  et  les 
>  plus  en  rapport  avec  les  lectures  sacrées  qui  se  font  à  la 
»  Messe.  Cependant,  nous  ne  nous  sommes  point  tellement 
*  enchaînés  à  une  méthode  quelconque  que  nous  ne  nous 
»  soyons  proposé,  par  dessus  tout,  de  rechercher  ce  qui 
»  pouvait  élever  le  cœur  à  Dieu  et  l'aider  à  concevoir  le  feu 
»  sacré  de  la  foi ,  de  l'espérance  et  de  la  charité.  »  Saint  Gré- 
goire s'était  bien  aussi  proposé  la  même  fin  dans  le  choix  des 
pièces  de  son  Antiphonairc  ,  et  passait  môme  pour  y  avoir 
réussi.  Il  est  étonnant  que  le  dix-huitième  siècle  ait  eu  cette 
surabondance  d'onction  et  d'esprit  de  prière  ,  et  qu'un  Jan- 
séniste comme  l'Acolyte  Mesenguy  ait  été  appelé  à  devenir 
ainsi,  pour  l'Eglise  de  Paris ,  l'organe  de  PEsprit-Saint.  Nous 
devons  seulement  remarquer  ici  que,  dans  ce  nouveau  Mis- 
sel, on  avait  conservé  généralement  un  plus  grand  nombre  de 
formes  Romaines  que  dans  le  Bréviaire,  par  exemple,  la 
presque  totalité  des  Epîtres  et  des  Evangiles ,  et  que  si  on 
avait  suivi  le  système  de  mettre  les  parties  chantées  en  rap- 
port avec  ces  lectures ,  en  substituant  de  nouveaux  Introïts, 
Graduels,  etc.,  quand  les  anciens  ne  s'harmonisaient  pas, 
on  n'avait  pas  cependant  pressé ,  avec  la  dernière  exagéra- 
tion ,  l'application  de  celte  méthode.  Nous  aurons  bientôt  à 
signaler  d'autres  Missels  fabriqués  sur  un  plan  bien  plus  ri- 
goureux. Reprenons  la  Lettre  Pastorale. 

«  La  même  raison  nous  a  portés  à  ajouter  plusieurs  Pré- 
faces propres  qui  manquaient,  savoir  pour  l'Avent  et  cer- 
taines solennités  plus  considérables,  comme  la  Fête-Dieu, 
ila  Dédicace,  la  Toussaint  et  autres.  Ainsi,  nous  sornmes- 
»  nous  efforcés  de  nous  rapprocher,  autant  que  nous  avons  > 
ipu,  de  l'ancienne  coutume  de  l'Eglise  Romaine,  qui  avait 


LITURGIQUES.  371 

»  autrefois  presque  autant  de  Préfaces  propres  que  de  Messes, 
»  comme  cela  est  encore  d'usage  aujourd'hui  dans  les  Eglises 
>du  rite  Ambrosien.  > 

Pourquoi  donc  n'avoir  pas  pris  dans  les  anciens  Sacramen- 
taires  les  Préfaces  de  l'Avent,  de  la  Dédicace,  de  la  Tous- 
saint, de  saint  Denys  même?  Pourquoi  en  faire  rédiger  de 
si  longues,  de  si  lourdes,  par  des  Docteurs  de  Sorbonne  dont 
le  style  a  si  peu  de  rapport  avec  la  phrase  châtiée  et  cadencée 
de  saint  Léon  et  de  saint  Gélase  ?  Pourquoi ,  surtout ,  ad- 
mettre à  l'honneur  de  composer  des  prières  d'un  usage  si 
sacré,  un  hérétique  comme  le  Docteur  Laurent-François 
Boursier,  expulsé  de  la  Sorbonne  en  1720,  pour  avoir  écrit 
contre  le  Concile  d'Embrun  ?  C'est  à  un  pareil  homme  que 
l'Eglise  de  Paris  doit  la  Préface  de  la  Toussaint,  qui  se  chante 
aussi  à  la  fête  du  Patron.  Dans  cette  Préface,  Boursier  dit  à 
Dieu  qu'en  couronnant  les  mérites  des  Saints ,  il  couronne  ses 
propres  dons,  eorum  coronando  mérita,  coronas  dona  tua  ; 
[expression  très  Catholique  dans  un  sens,  et  très  Janséniste 
idans  un  autre.  Nous  manquerions  à  notre  devoir  d'historien 

iturgiste,  si  nous  ne  disions  ici  que  Boursier  mourut  le 
1.7  février  1749,  sur  la  paroisse  de  Saint-Nicoîas-du-Chardon- 
t  jiet,  sans  avoir  rétracté  son  Appel.  Le  Curé  de  cette  paroisse, 

moique  opposé  à  l'Appel,  s'étant  montré  moins  ferme  sur  la 
épique  ne  le  fut  plus  tard,  à  l'égard  de  Coffin,  celui  de  Saint* 

ptienne-du-Mont,  et  ayant  cru  pouvoir  administrer  les  Sa- 

irements  à  Boursier,  fut  exilé  à  Senlis,  en  punition  de  cet  acte 
i  Je  schisme,  par  l'Archevêque  de  Beaumont.  Et  on  a  continué 

ppuis  à  chanter  la  Préface  de  Boursier  ! 
«  Nous  avons  apporté  le  même  soin ,  continue  la  Lettre 

w-astorale ,  aux  Oraisons  qui  sont  propres  à  chaque  Messe , 
ît  qui  tiennent  un  rang  considérable  dans  la  Liturgie  ;  nous 
oulons  parler  des  Collectes ,  Secrètes  et  Postcommunions. 


572  INSTITUTIONS 

»  Nous  avons  tiré  des  anciens  Sacraraentaires  la  plupart  de 
»  ces  Oraisons  si  remplies  de  l'onction  de  la  piété.  Nous  en 
savons  inséré  quelques  nouvelles,  en  très  petit  nombre, 
»  composées  autant  que  possible  sur  le  modèle  des  anciennes, 
i  et  formées  en  grande  partie  des  paroles  même  des  Sacra- 
»mentaires.  En  effet,  si,  comme  nous  en  avertit  saint  Cé- 
»lestin,  la  règle  de  la  Foi  dérive  de  celle  de  la  Prière,  avec 

>  quelle  pieuse  et  affectueuse  vénération  ne  devons-nous  pas 
j>  embrasser  ces  formules  de  prières  que  nous  ont  laissées , 
»  par  tradition ,  ces  antiques  témoins  de  la  doctrine  chré- 

>  tienne ,  ces  docteurs  excellents  de  la  vénérable  antiquité  ! 

>  Nous  voulons  parler  de  ces  hommes  saints ,  dans  lesquels 
»  habitait  l'Esprit  d'intelligence  et  de  prière,  les  Léon,  les 
»  Géiase ,  les  Grégoire,  les  Hilaire,  les  Ambroise,  les  Salvien, 

>  les  Léandre ,  les  Isidore.  Quelle  imposante  et  sainte  nuée 
»  de  témoins  !  C'est  par  leur  autorité  qu'il  nous  conste  que  , 

*  dans  ces  anciens  temps ,  on  avait  la  môme  foi  que  nous  pro- 

>  fessons  aujourd'hui  ;  que  les  mêmes  vérités  catholiques  ont 

*  été ,  depuis  les  siècles  les  plus  reculés ,  crues  et  défendues 
>à  Rome,  à  Milan,  dans  les  Gaules,  en  Espagne,  en  un  mot 
»  dans  tout  l'Occident.  »  Cette  doctrine  liturgique  de  la  Lettre 
Pastorale  est ,  il  est  vrai ,  celle  de  tous  les  siècles  chrétiens  ; 
mais  pourquoi  faut-il  qu'elle  ne  soit  ici  qu'une  contradiction 
de  plus  ?  En  effet ,  si  l'on  doit  embrasser  avec  une  si  pieuse  et 
affectueuse  vénération  ces  formules  de  prières  que  nous  ont 
laissées  par  tradition  ces  antiques  témoins  de  la  doctrine  chré- 
tienne, ces  Docteurs  excellents  delà  vénérable  antiquité ,  com- 
ment justifier  le  Missel  en  tête  duquel  on  lit  ces  belles  paroles, 
puisqu'il  est  clair  comme  le  jour  qu'un  nombre  considérable 
de  formules  de  ce  genre  sont  abolies  par  le  seul  fait  de  sa 
publication?  Si  saint  Célestin  doit  être  loué  d'avoir  dit  que  la 
règle  de  la  foi  dérive  de  celle  de  la  prière,  pourquoi  cette  règle 


LITURGIQUES  .  375 

de  la  foi  ne  dérive-t-elle  pas  tout  aussi  pure  des  paroles  d'une 
prière  appelée  Introït  ou  Graduel,  que  de  celles  d'une  prière 
appelée  Collecte  ou  Post communion?  Bien  plus,  ces Introïts , 
ces  Graduels,  étant  destinés  à  être  chantés  par  le  chœur  des 
Prêtres,  auquel  s'unit  la  voix  du  peuple,  n'aideront-ils  pas 
plus  puissamment  encore  à  la  perpétuité  du  dogme?  ne 
rendront-ils  pas  plus  solennel  et  plus  éclatant  le  témoignage 
des  siècles ,  que  ces  Oraisons  que  la  seule  voix  de  l'officiant 
fait  retentir  au  fond  du  sanctuaire  ?  Si  l'on  reconnaît  que 
l'esprit  d'intelligence  et  de  prière  a  animé  les  Pères  de  la 
Liturgie,  les  Grégoire  et  les  Ambroise,  par  exemple,  com- 
ment se  justifiera-t-on  d'avoir  expulsé  leurs  Hymnes  du  Bré- 
viaire ?  Si  les  traditions  liturgiques  de  l'Eglise  de  Milan  et  de 
celle  d'Espagne  sont  dignes  de  notre  respect,  n'est-ce  pas , 
après  cela ,  se  condamner  soi-même  que  de  rejeter  les  for- 
mules chantées  de  style  ecclésiastique ,  quand  on  sait  (  et  on 
doit  le  savoir  )  que  les  Bréviaires  et  les  Missels  de  ces  Eglises 
gardent  avec  honneur  la  plupart  de  ces  mêmes  pièces  de  la 
Liturgie  Bomaine  que  François  de  Harlay,  Le  Tourneux,  de 
Vert,Vigier  et  Mesenguy,  ont  si  lestement  effacées?  Est-il 
permis  de  parler  de  la  Liturgie  de  l'Eglise  des  Léandre  et  des 
Isidore,  et  d'oublier  le  fameux  Canon  du  IVe  Concile  de 
Tolède,  que  nous  avons  cité  ailleurs,  et  dans  lequel  sont  si 
expressément  condamnés  ceux  qui  veulent  chasser  des 
Offices  divins  les  formules  de  composition  humaine,  pour  ne 
chanter  que  des  paroles  de  l'Ecriture  (1)  ? 

Au  reste,  le  nouveau  Missel  n'avait  pas  su  se  défendre 
li'une  contradiction  éclatante  avec  les  principes  même  de  sa 
rédaction.  Dans  la  Messe  du  jour  de  la  Pentecôte ,  on  n'avait 
)as  osé  remplacer,  par  un  texte  biblique,  l'antique  Verset 

(1)  Vid.  ci-dessus.  Tome  1.  page^lS. 


374  INSTITUTIONS 

Alleluiatique ,  bien  qu'il  ne  fût  que  d'une  simple  composition 
humaine.  Soit  défaut  d'audace,  soit  respect  invincible,  soit 
injonction  de  l'autorité  supérieure,  Mesenguy  avait  conservé 
ces  grandes  et  touchantes  paroles  :  Alléluia.  Veni,  sancte  Spi- 
ritus,  reple  tuorum  corda  fidelium,  et  tui  amoris  in  eis  ignem 
accende  ! 

Avec  cette  seule  exception ,  nous  sommes  en  mesure  de 
réclamer,  ligne  par  ligne ,  tout  l'Antiphonaire  de  saint  Gré- 
goire. Y  a-t-il,  par  hasard,  moins  de  piété  ou  d'autorité 
dans  les  autres  formules  si  arbitrairement  sacrifiées?  Il  nous 
semble  que  si ,  dans  la  Liturgie  régénérée  ,  ont  peut  encore 
chanter  sans  inconvenance  :  Alléluia.  Veni,  sancte  Spiritus, 
reple  tuorum  corda,  etc.,  on  pourrait  bien  aussi  chanter, 
pour  honorer  la  Mère  de  Dieu ,  l'Introït  suivant  : 

Salve,  sancta  Parens,  enixa  puerpera  Regem  qui  cœlum 
terramque  régit  in  sœcula  sœculorum  ! 

Et  le  Graduel  : 

Benedicta  et  venerabilis  es,  Tir  go  Maria,  quœ  sine  tactu 
pudoris  inventa  es  Mater  Salvatoris. 

Et  Y  Alléluia  : 

Assumpta  est  Maria  in  cœlum  :  gaudet  exercitus  angelorum. 

Et  le  Trait  : 

Gaude ,  Maria  Virgo,  cunctas  hœreses  sola  interemisti, 
quœ  Gabrielis  Archangeli  dictis  credidisti,  etc. 

Et  cet  autre  Alléluia  : 

Virga  Jesse  floruit  ;  Virgo  Deum  et  hominem  genuit  :  pacem 
Deus  reddidit,  in  se  reconcilians  ima  summis. 

Et  l'Offertoire  : 

Félix  namque  es ,  sacra  Virgo  Maria ,  et  omni  laude  di- 
gnissima  :  quia  ex  te  ortus  est  soljustitiœ  Christus  Deus  noster. 

Et  la  Communion  ; 


LITURGIQUES.  575 

Beata  viscera  Mariœ  Virginis  quœ  portaverunt  œterni  Pa- 
tris  Filium  ! 

Mais,  qu' est-il  besoin  d'insister  sur  la  contradiction  d'a- 
voir conservé  le  Verset  Alleluiatique  de  la  Pentecôte,  quand 
nous  avons  si  ample  matière  à  un  argument  adhominem  bien 
autrement  embarrassant  ?  Le  nouveau  Missel  était  rempli  de 
Proses  nouvelles,  pour  toutes  les  fêtes  possibles.  Ces  com- 
positions n'étaient  pourtant  ni  tirées  de  l'Ecriture  Sainte ,  ni 
empruntées  aux  anciennes  Liturgies.  Elles  étaient  à  la  fois 
une  parole  humaine  et  une  parole  nouvelle.  Bien  plus,  on 
ne  s'était  pas  contenté  de  faire  des  Proses  nouvelles  ;  une 
des  anciennes  avait  été  retouchée  d'après  les  idées  modernes. 
Ainsi  on  ne  lisait  plus  la  première  strophe  de  la  Prose  des 
Morts,  comme  autrefois  : 

Dies  irœ ,  diesilla, 
Solvet  seclum  in  favilla, 
Teste  David  cum  sybïlla  : 

Mais  bien  : 

Dies  irœ,  dies  illa, 
Crucis  expandens  vexilla, 
Solvet  seclum  in  favilla. 

Après  la  fameuse  censure  de  la  Sorbonne  contre  les  Jésuites 
auteurs  des  Mémoires  de  la  Chine ,  Mesenguy  ne  pouvait  plus 
souffrir  qu'on  chantât,  dans  l'Eglise  de  Paris,  un  Verset  de 
Séquence  dans  lequel  était  invoqué  le  témoignage  d'une 
SybiHe  des  Gentils  à  côté  des  oracles  du  peuple  Juif.  Il  est, 
en  effet ,  bien  étonnant  que  l'Eglise  Romaine  et  le  reste  de 
l'Occident  s'obstinent  à  chanter  toujours  cette  strophe,  même 
après  le  jugement  souverain  de  la  Sorbonne  ! 

Mesenguy  avait  trouvé  l'occasion  de  faire  une  autre  justice 
dans  le  Dies  irœ.  On  y  confondait  encore,  en  dépit  des  progrès 


376  INSTITUTIONS 

de  la  critique ,  sainte  Marie-Magdeleine  avec  Marie  sœur  de 
Lazare  : 

Qui  Mariant  absolvisti  ; 
Mesenguy  voulut  que  Ton  chantât  et  Ton  a  chanté  depuis  ; 
Peccatricem  absolvisti  ! 
Mais  revenons  à  la  Lettre  Pastorale.  «  C'est  donc  à  ces 

>  sources  si  pures,  et  principalement  dans  les  Sacramentaires 

>  de  l'Eglise  Romaine  qui  est  la  Mère  et  la  Maîtresse  des 
»  autres ,  que  nous  avons  puisé  les  Oraisons  de  notre  Missel. 

>  On  peut  môme  dire  que  ce  n'est  pas  sans  une  conduite  de 
»  la  divine  Providence  qu'a  eu  lieu,  pour  notre  grande  con- 
solation et  celle  de  notre  troupeau,  la  découverte  récente 
i  du  plus  ancien  de  tous  les  Sacramentaires  de  l'Eglise  Ro- 
»maine,  qui  avait  été  inconnu  depuis  plusieurs  siècles.  Ce 
»  livre  d'or,  écrit  sur  un  manuscrit  en  parchemin  de  plus  de 
•  mille  ans,  a  été  publié  à  l'imprimerie  Vaticane,  sous  les 
»  auspices  du  Souverain  Pontife  Clément  XII,  qui  conduit 

>  aujourd'hui ,  avec  non  moins  de  sainteté  que  de  sagesse ,  la 
»  barque  de  saint  Pierre.  C'est  à  ce  monument  considérable 

>  que  nous  avons  emprunté  un  grand  nombre  de  prières  qui 
»  respirent  une  piété  excellente  et  rappellent ,  pour  le  style 
>et  la  doctrine,  saint  Léon  le  Grand,  à  qui  on  les  attribue 
»  comme  à  leur  auteur  très  certain.  »  Nous  avons  déjà  dit  un 
mot  de  ce  prétendu  Sacramentaire  de  saint  Léon ,  qui  parut 
en  1735,  à  la  tête  du  quatrième  tome  de  l'édition  du  Liber 
Pontifxalis,  dit  d'Anastase,parBianchini.  Nous  y  reviendrons 
dans  notre  prochain  volume.  Mais  ce  manuscrit  eût-il  été  réel- 
lement le  Sacramentaire  de  saint  Léon,  élait-ce,  pour  l'Eglise 
de  Paris,  une  manière  bien  efficace  do  témoigner  de  son  ac- 
cord parfait  avec  la  Mère  et  la  Maîtresse  des  Eglises ,  que  de 
répudier  le  Missel  qu'elle  promulgue  et  garantit  de  son  au- 
torité, pour  s'en  fabriquer  un  nouveau,  dans  la  composition 


LITURGIQUES.  577 

duquel  on  ferait  entrer  quelques  lambeaux  d'un  ancien  Sa- 
cramentaire  qui  a  été  l'objet  d'une  réforme  il  y  a  tant  de 
siècles?  Ce  n'est  pas  que  nous  désapprouvions  dans  une 
Eglise  qui,  comme  celle  de  Paris ,  se  trouve  en  droit  de  ré- 
former sa  Liturgie,  qu'on  prenne  dans  les  anciens  Sacra- 
mentaires  certaines  prières  bien  approuvées ,  pour  enrichir 
encore  le  Romain  d'aujourd'hui  ;  mais  cette  conduite  est 
toute  différente  de  celle  qu'on  a  tenue.  On  s'est  débarrassé 
du  Missel  Romain,  qui  est  le  Sacramentaire  et  l'Antiphonaire 
Grégoriens  combinés,  et  ensuite ,  parmi  les  pièces  anciennes 
que  l'on  a  consenti  à  recevoir  de  nouveau ,  on  a  daigné  re- 
monter jusqu'au  prétendu  Sacramentaire  Léonien,  conser- 
vant même  la  plupart  des  Oraisons  de  saint  Gélase  et  de  saint 
Grégoire,  parce  qu'on  le  jugeait  ainsi  à  propos.  C'est  une 
manière  de  procéder  fort  large;  mais  il  ne  faudrait  pas  lui 
donner  la  couleur  d'un  zélé  pour  la  Liturgie  Romaine.  Clé- 
ment XÏI,  en  faisant  les  frais  du  quatrième  tome  de  l'Anas- 
tase  de  Rianchini ,  comme  ses  prédécesseurs  avaient  fait  les 
frais  des  trois  premiers,  n'avait  pas,  assurément,  la  pensée  que 
le  Sacramentaire  tel  quel ,  publié  parmi  plusieurs  autres  mo- 
numents dans  ce  volume ,  dût  fournir  à  l'Eglise  de  Paris  un 
prétexte  de  se  débarrasser  du  Missel  Romain  que  les  Harlay 
et  les  Noailles  avaient  encore  respecté. 

«  Nous  avons  largement  distribué  partout  notre  Missel  ces 
'»  richesses  liturgiques  ;  d'où  il  est  arrivé  qu'en  plusieurs  en- 
!»  droits  de  ce  Missel ,  on  trouvera  des  Collectes  différentes 
►  des  Oraisons  qu'on  aura  récitées  dans  le  Rréviaire  ;  incon- 
vénient léger  et  même  nul  en  soi.  Il  nous  eût  semblé  plus 
fâcheux  de  priver  notre  Eglise  de  tant  d'excellentes  prières 
des  anciens  Pères.  »  On  dira  ce  qu'on  voudra,  mais  ce  n'en 
j  |ist  pas  moins  une  chose  inouïe  dans  la  Liturgie ,  que  la  dis- 
cordance de  l'Oraison  des  Heures  avec  la  Collecte  de  la  Messe, 


578  INSTITUTIONS 

dans  un  même  Office.  Ce  défaut  d'harmonie  qu'on  voudrait 
excuser  ici  ne  montre  que  trop  la  précipitation  avec  laquelle 
les  nouveaux  livres  furent  fabriqués.  Jamais  cette  Liturgie  Ro- 
maine dont  on  s'est  défait  si  cavalièrement  ne  fournit  d'exemple 
de  ces  anomalies,  parce  que  les  choses  du  culte  divin  sont  tou- 
jours disposées  à  Rome  avec  le  sérieux,  la  gravité,  la  lenteur, 
qui  seuls  peuvent  faire  éviter  de  pareilles  fautes. 

La  Lettre  Pastorale  contient  ensuite  ces  paroles  remar- 
quables :  t  Cependant,  nous  voulons  vous  avertir  que  ,  dans 
i  plusieurs  Oraisons  des  anciens  Sacramentaires,  il  a  été  fait 
»  certains  changements ,  soit  dans  le  but  de  les  abréger,  soit 
»  dans  celui  d'ôter  l'obscurité  et  d'aplanir  le  style ,  soit  enfin 
»  pour  les  accommoder  à  la  forme  spéciale  des  Collectes ,  Se- 
»  crêtes  et  Postcommunions.  Cet  exemple  nous  était  donné 
•  par  toutes  les  Eglises  de  tous  les  temps ,  dans  les  livres  des- 

>  quelles  on  rencontre  beaucoup  de  prières  transférées  d'une 
»  Liturgie  dans  une  autre ,  et  qui  ont  subi  quelques  légers 
»  changements  dans  les  paroles ,  tout  en  conservant  le  même 

>  sens.  Nous  avons  pensé  que  la  même  chose  nous  était  per- 
»mise,  à  la  même  condition,  à  savoir  que  le  changement  ne 
»  tomberait  pas  sur  le  fond  des  choses ,  mais  seulement  sur 
»  les  expressions.  Nous  pouvons  affirmer  que  les  vérités  du 
»  dogme  catholique,  exprimées  dans  ces  prières,  ont  été  reli- 

>  gieusement  conservées  par  nous  dans  toute  leur  intégrité  et 
»  inviolabilité.  »  Voilà  donc  un  Evêque  Catholique  réduit  à 
affirmer  solennellement  à  son  clergé,  en  tête  d'un  Missel, 
qu'il  n'a  pas  altéré  frauduleusement  le  dépôt  de  la  tradition 
sur  les  vérités  catholiques  !  Que  s'était-il  donc  passé  qui  né- 
cessitât cette  humiliante  déclaration  ?  quel  événement  avait 
excité  à  un  si  haut  point  les  susceptibilités  du  Clergé  ortho- 
doxe, que  le  Pasteur  fût  ainsi  obligé  de  courir  au-devant, 
sans  nul  souci  des  convenances  les  plus  sacrées?  Cette  décla 


LITURGIQUES.  379 

ration  sans  exemple  avait  pour  but  de  prévenir  de  nouvelles 
réclamations  dans  le  genre  de  celles  qui  s'étaient  élevées  sur 
le  Bréviaire,  et,  dans  le  fait,  Ton  doit  convenir  que  le  Missel 
était  généralement  plus  pur  que  le  Bréviaire ,  bien  qu'il  ren- 
fermât encore  une  somme  immense  de  nouveautés.  On  a  dû 
remarquer  plus  haut  que  l'Archevêque ,  en  parlant  de  la 
Commission  pour  le  Missel ,  ne  s'était  pas  borné,  comme  dans 
la  Lettre  Pastorale  du  Bréviaire,  à  désigner  en  termes  géné- 
raux les  hommes  sages  et  érudits  auxquels  il  avait  confié  cette 
délicate  opération ,  mais  qu'il  avoue  simplement  le  concours 
de  plusieurs  Chanoines  de  la  Métropole.  C'était  mettre  tota- 
lement hors  de  cause  la  coopération  de  Mesenguy,  de  Bour- 
sier et  leurs  semblables. 

On  trouvait  encore,  dans  les  clauses  de  la  promulgation  du 
Missel ,  une  particularité  qui  faisait  voir  que  le  Prélat  avait 
eu  en  vue  de  ménager  sur  plus  d'un  point  les  susceptibi- 
lités catholiques.  Le  lecteur  doit  se  rappeler  que  la  Lettre 
Pastorale  sur  le  Bréviaire  déclarait  ce  livre  obligatoire  pour 
toutes  les  Eglises,  Monastères,  Collèges,  Communautés,  Ordres, 
enfin  'pour  tous  les  Clercs  astreints  à  l'Office  divin,  sans  excep- 
tion aucune  ;  la  Lettre  Pastorale  du  Missel ,  beaucoup  moins 
absolue ,  n'exigeait  cette  soumission  que  de  ceux  qui,  par  le 
droit  et  la  coutume ,  sont  tenus  de  célébrer  et  réciter  l'Office 
Parisien  (1). 

Nous  ne  nous  appesantirons  pas  davantage ,  pour  le  mo- 
ment ,  sur  les  particularités  de  ce  nouveau  Missel  ;  il  nous 
suffira  ici  d'en  avoir  exposé  le  plan,  d'après  la  Lettre 
Pastorale  qui  lui  sert  comme  de  préface.  Au  reste ,  nous 
le  répétons ,  ce  livre  était  en  soi  moins  repréhensible  que 
le  Bréviaire.  Les  réclamations  des  Catholiques  avaient  du 

(1)  Qui  de  jure  vel  consuetudine  Parisiense  officium  celebrare  aut 
recitare  tenentur. 


380  -     INSTITUTIONS 

moins  eu  l'avantage  de  réprimer  l'audace  de  la  secte  qui 
s'était  vue  à  la  veille  de  triompher  par  la  Liturgie.  Toutefois, 
soit  lassitude,  soit  découragement,  les  répugnances  se  cal- 
mèrent peu  à  peu  :  le  Bréviaire  et  le  Missel  de  Vintimille 
s'implantèrent  profondément ,  et  c'en  fut  fait  de  la  Liturgie 
Romaine  dans  l'Eglise  de  Paris. 

Bien  plus,  cette  Eglise  que  Dieu,  dans  ses  conseils  impéné- 
trables, avait  ainsi  soumise  à  la  dure  humiliation  de  voir  des 
mains  hérétiques  élaborer  les  Offices  divins  qu'elle  aurait 
désormais  à   célébrer ,  eut  le  triste  honneur  d'entraîner 
grand  nombre  d'autres  Eglises  du  Royaume,  dans  la  malheu- 
reuse voie  où  on  l'avait  poussée.  Déjà  l'exemple  qu'elle  avait 
donné  au  temps  de  François  de  Harlay  avait  été  contagieux  ; 
celui  qu'elle  offrit  au  temps  de  Charles  de  Vintimille  eut  bien 
d'autres  conséquences.  Trente  ans  après  l'apparition  du 
Bréviaire  de  1736,  la  Liturgie  Romaine  avait  disparu  des 
trois  quarts  de  nos  Cathédrales,  et,  sur  ce  nombre,  cinquante 
et  plus  s'étaient  déclarées  pour  l'œuvre  des  Vigier  et  des 
Mesenguy.  La  sainte  Eglise  de  Lyon  était  de  ce  nombre.  Quel 
événement  donc  que  l'apparition  des  livres  de  Vintimille! 
Comment  n'a-t-il  pas  laissé  plus  de  place  dans  l'histoire? 
C'est  que  l'indifférence ,  le  mépris,  l'oubli  même  du  passé 
était  la  grande  maladie  qui  travaillait  les  hommes  du  dix-hui- 
tième siècle;  et  cependant,  quand  les  Jansénistes  et  les  philo- 
sophes eurent  totalement  miné  la  société  religieuse  et  civile, 
beaucoup  d'honnêtes  gens  s'étonnèrent  de  voir  crouler  pêle- 
mêle,  en  un  instant,  tant  d'institutions  que  les  mœurs  ne 
soutenaient  plus.  Le  récit  de  cette  catastrophe  n'est  pas  de 
notre  sujet  :  nous  avons  seulement  à  raconter  comment  une 
des  formes  principales  de  la  civilisation  religieuse  du  moyen- 
âge,  la  forme  liturgique,  a  péri  en  France  :  poursuivons 
notre  histoire. 


LITURGIQUES.  381 

Il  serait  par  trop  minutieux  d'enregistrer  ici  successive- 
ment les  divers  Diocèses  qui  acceptèrent  tour  à  tour  les  nou- 
veaux Livres  Parisiens.  Il  suffira  de  dire  que  partout  où 
cette  adoption  eut  lieu ,  on  fondit  le  Calendrier  et  le  Propre 
Diocésains  avec  ceux  de  Paris,  et  qu'on  mit  en  tête  du  Bré- 
viaire et  du  Missel  le  titre  diocésain,  le  nom  de  FEvêque 
qui  faisait  cette  adoption,  et  une  Lettre  Pastorale,  com- 
posée d'ordinaire  sur  le  modèle  de  celle  de  Charles  de  Vinti- 
mille.  Les  premières  Eglises  qui  entrèrent  dans  cette  voie , 
furent  celles  de  Blois,  d'Evreux  et  de  Séez.  On  fit  dans  ces 
Diocèses  quelques  légères  rectifications  au  Bréviaire ,  et 
même  les  Nouvelles  Ecclésiastiques  se  plaignent  amèrement 
qu'à  Evreux  on  ait  osé  changer  quelque  chose  dans  la  fa- 
meuse strophe  de  l'Hymne  de  Santeul ,  pour  l'Office  des 
Evangélistes.  Elle  avait  été  mise  ainsi  : 
Insculpta  saxo  lex  vêtus 
Prœcepta ,  non  vires  daoat  ; 
Inscripta  cordi  lex  nova 
Bat  posse  quidquid  prœcipit. 
On  avait  donc  adouci  le  dernier  vers  : 
Quidquid  jubet  dat  exequi  ; 
mais  les  trois  premiers  exprimaient  encore  les  Propositions 
de  Quesnel,  6,  7  et  8. 

Le  nouveau  Bréviaire  de  Paris  fut  aussi  adopté,  en  1764, 
par  les  Chanoines  Réguliers  de  Sainte-Geneviève,  dits  de  la 
Congrégation  de  France.  Nous  ne  ferions  que  mentionner 
-{simplement  ce  fait,  si  une  des  circonstances  de  son  accom- 
plissement n'offrait  matière  à  une  observation  très  grave.  Le 
p.  Charles-François  deLorme,  Abbé  de  Sainte-Geneviève  et 
Général  de  la  Congrégation ,  avait  placé  en  tête  du  Bréviaire, 
uivant  l'usage ,  une  Lettre  Pastorale  adressée  à  tous  les 
i^bbés,  Prieurs,  Curés  et  Chanoines  de  sa  juridiction,  et, 


382  INSTITUTIONS 

dans  cette  pièce ,  il  rendait  compte  des  motifs  qui  avaient 
présidé  à  la  rédaction  de  ce  nouveau  Bréviaire  de  Paris,  qui 
allait  devenir  désormais  celui  des  Chanoines  Réguliers  de  la 
Congrégation  de  France.  Après  avoir  parlé  de  la  correction 
du  Bréviaire  Romain  par  saint  Pie  V,  et  du  mérite  de  celte 
œuvre  pour  le  temps  où  elle  fut  accomplie,  l'Abbé  de  Sainte- 
Geneviève  en  venait  au  détail  des  inconvénients  qui  avaient 
porté  plusieurs  Evêques  de  France  à  renoncer  à  ce  Bréviaire  : 
t  Autant  il  était  vrai,  dit  la  Lettre  Pastorale,  que  le  Bré- 
viaire Romain  remporte  sur  tous  les  autres,  autant  on 

>  devait  regretter  que  cette  œuvre  n'eût  pas  atteint  sa  per- 
fection, moins  par  la  faute  de  ses  auteurs  que  par  le  mal- 
>heur  des  temps.  Il  y  était  resté  beaucoup  de  choses  qui, 
•  soumises  depuis  à  un  examen  sévère,  ont  été  trouvées  in- 

>  certaines  et  môme  fausses.  Il  s'y  était  introduit  plusieurs 

»  choses    CONTRAIRES   AUX   MAXIMES   DE   NOTRE   EGLISE   GALLI- 

>cane  (1).  »  La  voilà  donc  révélée  par  un  témoin  grave  et 
contemporain,  l'intention  qu'on  a  eue  en  se  défaisant  du 
Bréviaire  Romain ,  d'aider  à  l'établissement  du  Gallicanisme. 
Certes,  un  pareil  aveu  n'était  plus  nécessaire  après  les  faits 
que  nous  avons  rapportés  :  mais  il  ne  laisse  pas  que  de  ré- 
jouir grandement,  surtout  à  cause  de  la  naïveté  avec  laquelle 
il  est  produit. 

Tandis  que  le  désir  de  consolider  les  maximes  de  notre 
Eglise  Gallicane  portait  une  grande  partie  du  Clergé  du 
Royaume  à  rejeter  le  Bréviaire  Romain,  l'esprit  catholique, 

(l)  At  quam  verum  erat  caeteris  omnibus  prsestare  Uomanum  Offîcii 
divini  Ordinem,  tam  dolendum  erat  opus  numeris  suis  omnibus,  vitio 
seculi  potiusquam  auctorum,  non  fuisse  absolutum.  Supererant  plu- 
rima,  quae  incerta,  quae  falsa  postmodum ,  adhibito  severiori  examine 
deprehensa  sunt  ;  exciderunt  nonaulla  nostraî  Gallicanae  Ecclesiae  pla- 
citis  ad  versa. 


LITURGIQUES.  585 

dont  nous  avons  va  les  résistances  à  Paris,  se  révoltait 
dans  d'autres  Diocèses.  Nous  avons  malheureusement  peu 
de  faits  à  citer  ;  mais  c'est  une  raison  de  plus  de  les  arracher 
à  l'oubli.  Nous  dirons  donc  qu'à  Marseille ,  l'héroïque  Evêque 
Henri  de  Belzunce  adressa  un  Mandement  à  son  peuple,  pour 
l'engager  à  redoubler  de  zèle  dans  le  culte  de  la  Sainte 
Vierge  et  des  Saints ,  qui  était  menacé  par  de  téméraires  in- 
novations. Des  considérations  de  haute  convenance  l'empê- 
chèrent d'expliquer  plus  clairement  les  attentats  qu'il  avait 
en  vue  ;  mais  des  Curés ,  tels  que  ceux  des  Accoules  et  de 
Saint-Martin,  crurent  pouvoir  annoncer  en  chaire,  à  leurs 
peuples,  que  le  Prélat  avait  voulu  signaler  le  récent  Bréviaire 
de  Paris ,  et  l'on  ne  tarda  pas  à  entendre  retentir,  dans  les 
j Nouvelles  Ecclésiastiques ,  tous  les  sifflets  du  parti  contre 
l'illustre  Prélat  à  qui  la  secte  n'a  jamais  pardonné  son  zèle 
ardent  contre  les  dogmes  Jansénistes. 

Ceci  se  passait  quelques  mois  après  l'apparition  du  Bré- 
viaire de  Yintimille.  En  1752,  un  fait  du  même  genre  con- 
r.ola  les  amis  des  saines  doctrines  liturgiques.  Jean-Georges 
le  Souillac,  Evêque  de  Lodève,  Augustinien  zélé,  avait  été 
lu  nombre  des  Prélats  qui  les  premiers  adoptèrent  le  nou- 
eau  Parisien.  Il  eut  pour  successeur,  en  1750,  un  Evêque 
élèbre  pour  la  pureté  de  sa  doctrine,  et  dont  nous  aurons 
irochainement  occasion  de  parler.  Ce  Prélat  était  Félix-Henri 
e  Fumel.  Un  des  premiers  actes  de  son  autorité  fut  de  ré- 
iblir  le  Bréviaire  Romain  et  de  supprimer  le  Parisien  qu'il 
yait  trouvé  en  vigueur.  Cet  acte  de  courage  lui  attira,  comme 
Belzunce,  les  injures  du  parti;  mais  de  pareils  outrages 
p  la  part  des  hérétiques  sont  la  plus  noble  récompense  que 
lisse  ambitionner  un  Evêque. 

Tirons  maintenant  les  conclusions  qui  résultent,  pour  là 
octrine  liturgique ,  des  faits  exposés  dans  ce  chapitre. 


384.  INSTITUIONS 

D'abord,  sur  les  douze  caractères  que  nous  avons  signalés 
dans  les  œuvres  de  la  secte  Anti-llturgiste,  dix  sont  visibles 
dans  les  divers  produits  de  la  gra  ide  révolution  que  nous 
venons  de   raconter. 

1°  Eloignement  pour  les  formules  traditionnelles.  Foinard  , 
Grancolas,  dans  leurs  Projets;  les  bréviaire  et  Missel  de  Paris 
de  1736,  etc.  Partout,  on  crie  qu'il  faut  prier  Dieu  avec  ses 
propres  paroles  :  Deum  de  suo  rogare. 

2°  En  conséquence ,  remplacement  des  formules  de  style 
ecclésiastique  par  des  passages  de  la  Bible.  C'est  l'intention 
expressément  avouée  et  mise  à  exécution.  C'est  le  génie  de 
l'œuvre  toute  entière. 

3°  Fabrication  de  formules  nouvelles.  Les  Hymnes  de  Cof- 
fin,  dont  nous  avons  relevé  quelques  traits.  Préface  delà 
Toussaint,  par  Boursier.  Une  immense  quantité  de  Proses 
nouvelles. 

4°  Contradiction  des  principes  avec  les  faits,  rendue  pa- 
tente dans  ces  milliers  de  nouveautés  introduites  par  des 
gens  qui  ne  parlent  que  de  rétablir  la  vénérable  antiquité,  et 
qui  non  seulement  fabriquent  de  nouvelles  Hymnes,  de  nou- 
velles Proses,  de  nouvelles  Oraisons,  de  nouvelles  Préfaces, 
mais,  de  plus,  débarrassent  le  Bréviaire  et  le  Missel  d'une 
immense  quantité  de  pièces  Grégoriennes  non  seulement  an- 
ciennes, mais  empruntées  à  l'Ecriture  Sainte  elle-même. 

5°  Affaiblissement  de  cet  esprit  de  prière  appelé  Onction  dans 
le  Catholicisme,  Tout  le  monde  convient  que  les  nouveaux 
Bréviaires,  avec  tout  leur  art,  ne  valent  pas,  pour  la  piété, 
les  anciens  livres.  Continuelle  attention  de  la  part  de  Vigier  et 
Mesenguy,  à  introduire  dans  leur  œuvre  des  phrases  bi- 
bliques à  double  sens ,  comme  autant  de  mots  d'ordre  pour 
le  parti  :  ce  serait  un  grand  miracle  qu'il  fût  demeuré  beau 
coup  d'onction  dans  tout  cela. 


LITURGIQUES.  385 

6°  Diminution  du  culte  de  la  Sainte  Vierge  et  des  Saints,  II 
suffît  de  jeter  un  coup  d'œil  sur  les  Projets  de  Foinard  et  de 
Grancoîas ,  qui  sont  réalisés  dans  "le  Calendrier  et  le  Propre 
des  Saints  du  nouveau  Parisien ,  pour  se  convaincre  que  telle 
a  été  l'intention.  Les  résultats  sont  venus  ensuite,  et  on  ne 
doit  pas  s'en  étonner. 

7°  Abréviation  de  l'Office  et  diminution  de  la  prière  publique» 
On  a  vu  avec  quelle  impudeur  Foinard  l'avait  affiché  jusque 
sur  le  titre  de  son  livre.  Dans  les  nouveaux  Bréviaires,  rien 
n'a  été  épargné  pour  cela. 

8°  Atteintes  portées  à  V autorité  du  Saint  Siège,  Qu'on  se 
rappelle  la  Collecte  de,  saint  Damase ,  la  réunion  des  deux 
Chaires  de  saint  Pierre  en  une  seule ,  l'extinction  de  l'Octave 
de  la  Fête  même  du  Prince  des  Apôtres,  etc. 

9°  Développement  du  Presbytérianisme  dans  l'innovation 

liturgique,  oeuvre  de  simples  Prêtres,  à  laquelle  ont  pris 

Dart  notable  de  simples  Acolytes,  des  Laïques  même  :  sujet  de 

|  grande  déconsidération  pour  la  hiérarchie  ,  et  bientôt  pour 

I  iout  l'ordre  ecclésiastique. 

10°  Intervention  de  la  puissance  séculière  dans  l'affaire  du 

.ouveau  Bréviaire  de  Paris.  Sentences  contre  un  Prêtre  dont 

îs  sentiments  n'étaient  que  Catholiques.  Nulle  réclamation 

e  l'autorité  compétente  contre  un  si  énorme  scandale. 

C'est  donc  une  déplorable  forme  liturgique  que  celle  à  la- 

iuelle  sont  devenues  applicables,  et  en  si  grand  nombre,  les 

ptes  auxquelles  on  reconnaît  la  secte  Anti-liturgiste.  En 

ître,  c'est  une  chose  bien  étrange  que  le  remaniement  total 

b  la  Liturgie  ait  eu  pour  auteurs  et  promoteurs  des  héré- 

;     mes  Jansénistes ,  séparés  de  la  communion,  même  exté- 

il'ure,  de  l'Eglise ,  tels  que  Le  Brun  des  Marettes,  Coffin  et 

l|ursier,  et  d'autres  non  moins  déclarés,  Appelants  des  ju- 

glîients  de  l'Eglise ,  et ,  malgré  cela  ,  par  une  inexplicable 

T.  il.  25 


586  INSTITUTIONS 

contradiction,  honorés  de  la  confiance  des  Prélats  qui  avaient 
promulgué  ces  mêmes  jugements. 

C'est  aussi  un  fait  bien  instructif  que  celui  d'un  Arche- 
vêque de  Paris  obligé  d'admettre  de  nombreux  cartons  dans 
un  Bréviaire  dont  il  a  garanti  l'excellence  dans  une  Lettre 
Pastorale,  et  réduit  à  protester,  deux  ans  après, en  tête  d'un 
Missel,  qu'il  y  a  maintenu  la  foi  dans  sa  pureté ,  et  qu'en  re- 
touchant le  style  de  certaines  Oraisons,  il  n'a  point  altéré  la 
doctrine  catholique  qu'elles  renfermaient. 

C'est  une  chose  bien  humiliante ,  qu'en  donnant  lu  liste 
des  réformateurs  de  la  Liturgie,  il  nous  faille  ajouter,  aux 
noms  dé  Sainte-Beuve,  LeTourneux,  de  Vert,  Santeul,  Le- 
dieu,  Ellies  Dupin,  Baudouin,  Bossuet,  Evêque  deTroyes, 
Petitpied  et  Jubé,  tous  Jansénistes,  ou  fauteurs  de  cette  hé- 
résie, ceux  de  Caylus,  Evêque  d'Auxerre,  Le  Brun  des 
Marettes,  Vigier,  Mesenguy,  Coffin  et  Boursier,  tous  fameux 
à  divers  degrés  pour  leur  zèle  et  leur  indulgence  envers  la 
secte.  Nous  serions  injuste  de  ne  pas  leur  adjoindre  l'intrépide  | 
champion  du  nouveau  Bréviaire  Parisien ,  l'Avocat-général 
Gilbert  de  Voisins,  dont  nous  signalerons  encore,  au  chapitre 
suivant ,  le  zèle  pour  les  maximes  françaises  sur  la  Liturgie. 
Notre  impartialité  nous  oblige,  tout  en  laissant  les  Docteurs 
Foinard  etGrancolas  au  rang  des  hommes  les  plus  téméraires 
qui  aient  jamais  écrit  sur  les  rites  sacrés,  à  ne  pas  les  faire  fi- 
gurer expressément  sur  la  liste  des  partisans  ou  fauteurs  du 
Jansénisme.  Il  est  prouvé  que  Grancolas,  du  moins,  avail 
accepté  sans  arrière-pensée  les  jugements  de  l'Eglise. 

Sur  la  liste  si  peu  nombreuse  des  réclamants  contre  la  des 
truction  de  toutes  les  traditions  liturgiques,  nous  inscriron 
à  la  fin  de  ce  chapitre,  à  côté  de  Languet  et  de  Saint-Albin 
Belzunce,  Evêque  de  Marseille  ;  de  Fumel,  Evêque  de  Lodève 
les  Séminaires  de  SaiHt-Sulpice  et  de  Saint-Niçolas-du-Chai 


LITURGIQUES.  587 

donnet  ;  les  Abbés  Regnauld  et  Gaillande ,  et  surtout  ce  cou- 
rageux Jésuite,  le  P.  Hongnant,  qui  confessa,  malgré  la 
rage  du  Parlement,  ces  pures  traditions  Romaines  dont  sa 
Société,  toujours  fidèle  aux  enseignements  de  saint  Ignace, 
ne  s'est  jamais  départie.  Nous  ne  parlons  point  de  Robinet, 
qui  a  eu  trop  de  part  à  l'innovation ,  à  Rouen  et  ailleurs , 
pour  être  recevable  à  la  condamner  à  Paris. 


388  INSTITUTIONS 


NOTES  DU  CHAPITRE  XIX. 

NOTE  A. 

CAROLUS  GASPAU  GUILLELMUS  DE  VINTIMILLE  ,  E  COMIT1DUS 
MASSILIA:  DU  LUC,  MISER ATIONE  DIVINA,  ET  SANCTiE  SEDIS 
APOSTOLIC^E    GRATIA,    PARISIENSIS   ARCHIEP1SCOPUS , 

CLERO  PARISIENSI,  SALUTEM  IN  CHRISTO  JESU. 

Est  assidua  pracât&O  ita  homiai  Christiano  necessaria ,  ut  sine  ea  non 
magis  vigerc  pielas  poisit,  quara  sine  ducto  spiritu  corporis  vita  ser- 
vari.  Oportet  semper  or  are  et  non  deficere.  Ita  quippe  et  supremum  in 
nos  Dei  jus  ac  dominium,  et  huraanse  conditionis  intirmitatem  ino- 
piamque  agnoscimus  ac  profitemur 

Ecclesia  ,  castissimi  iila  columba,  cujus  pios  perpetuosque  gemitus 
semper  exaudit  Deus ,  id  in  se  muneris  recipit,  ut  rainistrorum  suorum 
preces  dirigat,  tt  singulas  sanctis  irni  ministerii  partes  ordinet  atque 
disponat.  Iila  in  Oiïicio  divino ,  quo  quidem  tola  publici  cultus  materia 
coaiinetur,  complexa  est  augustissima  Dei  ac  Religionis  mysteria,  in- 
corruplas  tidei  moiumque  régulas,  doctrinam  traditionis,  sanctorum 
l'atrum  scriptis,  et  Conciliorura  decretis  consignatam.  Ibidem  claris- 
simi  vinutum  omnium  exempla  proponit  in  vita  et  morte  Sanctorum 
ac  Martyrum,  quos  publico  cultu  veneratur  ;  ea  scilicet  mente  ut  fîde- 
lium  pietatem  alat,  erudiat  iidem,  fervorem  accendat.  Docet  eadem  Dei 
culium  spiritu,  id  est,  religioso  auimi  cordisque  obsequio ,  et  adora- 
tione  constare  ;  Sanctosque  non  stjrili  admiratione ,  sed  fideli  virtu 
tum,  quibus  enituerunt,  imitât ione  houorari.  Quœ  cum  generatim 
spectarunt  primi  Eccleiiae  Paaores,  tum  illud  etiam  prœcipue  inten- 
derunt,  ut  in  Officii  ecclesiastici  série,  ordine,  dispositione  parata 
esseut  sacerdotibus  subsidia ,  quibus  populos  sibi  commissos  scieutn 
salutis  facilius  possint  instruere.   Illustrissimorum  Antistitum,  qu 
nobis  proxime  très  decesserunt,  felix  fuit  bac  in  parte  opéra  et  pro 
batus  labor  :  quorum  exemplo  hujus  regni  Prœsules  non  pauci  eue 
successu  ac  laude  nova  ediderunt  Breviaria. 

ISos  vero,  statim  ut  divinae  Providentiae  dono  ad  hujus  Métropolitain 
Ecclesiœ  gubemasulum  accessimus,  noyi  Breviarii  neçessitatem , 


LITURGIQUES.  589 

vins  eru dit is  et  sapientibus  admoniti  cognovimus.  ftam  cuni  io  plu- 
ribus  proxime  prœcedentium  Breviariorum  Officiis  roirus  quidam  ordo, 
et  eximius  solidae  pïetatïs  ac  doclrinae  gustns  eluceat  ;  ut  cœteris  Offi- 
ciis eadem  dignitas,  idem  nitor  accederet,  veheme&ter  concupivimus. 
Quo  in  opère  sic  elaboratum  est,  ut  illud  tandem  et  divini  cultus  ma- 
jestati ,  et  nostris,  quae  communem  omnium  sancub'cationem  spectant , 
votis  responderet. 

In  hujus  porro  operis  ordinatione  id  servandum  esse  duxiraus,  ut, 
si  excipiantur  Hymni,  Orationes,  Canones,  et  Lectiones  nonnullae, 
singuiœ  Officii  partes  e  Scriptura  Sacra  depromerentur;  rati  videlicet 
cum  sanctis  Pairibus,  acceptiores  fore  Divinae  Majestati  pièces,  quae 
Dei  ipsius,  non  sensus  modo,  scd  ipsas  etiam  voces  repraesentarent. 
Lectiones  autem  e  Patrum  scriptis  et  vita  Sanctorum  excerptae,  cavi- 
mus  ut  cum  delectu  fièrent,  et  Officiis  in  quibususurparentur,  apprime 
congruerent;  postremo,  utomnia  incorruptis  rerum  gestarum  monu- 
mentis  niterentur. 

Superiorum  Breviariorum,  vcteruajque  Sacramentel iornm  Collectas, 
seu  Orationes,  quod  licuit,  retinuimus.  Imo  veteribus  Hymnis  locus 
datusest,  nisi  quibus  ob  sententiarum  vim ,  elegantiam  verborum,  et 
teneriores  pietatis  sensus,  récentes  anteponi  satius  visura  eu. 

Multorum  piœ  voluntati  obsequentes,  Psalterium  ita  divisimus  (  quod 
quidem  pluribus  jam  in  Ecclesiis  obtinuit),  ut  sui  singulis  hebdomadae 
diebus,  imo  etiam  Horis,  proprii  addicerenturPî-aînn  ;  prolixioresvero 
secarentur.  Ejusmodi  partitione,  Offieiorum  inaequalitâtem  sustuli- 
mus;  fecimusque  ut  canentium  spiritus  et  attentio  minus  jam  grava- 
rentur.  Hoc  nimiœprolixitatisincommodr.mîrgre  se  olîmtulisse  affirmât 
sanctus  Basilius.  Quae  molestia  ut  îevaretur,  sanxerat  jam  antiquilus 
Narbonense  Conciîium,  ut  longior  quisque  Psalwus  in  plures  Doxoîo- 
gias  dividereiur;  quod  item  sancti  Benedicti  Reguia  prœ  cribit. 

In  omnibus  Festis,  Feriarum  Psalrni  recitabmmir,  iis  tantum  diebus 
exceptis,  qui  velMysteriis,  \el  Virgini  Deiparx  sacri  erunt.  Inde  fiet 
ut  omnes  fere  semper  intra  unius  hebdomadae  spaiinm  Psalmi  perîe- 
ganiur. 

Servata  est  sua  diei  Dominicae  praerogativa,  ni  nempe  f-sta  q^oelibet 

jixcludat,  nisi  quae  principem  in  Ecciesia  honoris  ac  ceiebritatis  gra- 

iuoi  obtioent. 

LU  autem  cujusque  diei  suus  quidam  scopus,  certumque  discrimcn 

ssîgnetur;  die  Dominica,  quaB  creatœ  lucis,  re^urgentis  Christi,  et 

romuigaise  novae  legis  est  dies,  excitatur  in  fideliura  animis  Dei  et 

ivinae  legis  amor.  Feria  secunda,  benigoa  Dei  erga  homines  carilaa 

Ht  le  beneûcentia  célébra  tur.  Tribus  proxime  sequentibus  Feriis,  amor 


1 


390  INSTITUTIONS 

proximi,  spes  et  fides  commendantur.  Feriae  Sextae,  quae  dies  est  pis- 
sionis  Christi,  Ofiicium  ad  patientiam  in  hujcs  vitae  laboribus  et  cerum- 
nis  refertur.  Sabbato  denique,  propter  bona  fidelium  opéra,  iisque 
repensam  mercedera,  grates  Deo  persolvuntur. 

In  ritu  Quadragesimalis  Officii,  œquum  ceusuimus  ut  vêtus  Ecclesiae 
raos  revocaretur,  quodierum  festorura  laeia  celebriias  cum  jejunio  et 
cum  saiutari  pœnitenti*  tristitia  non  satis  congiuere  videbalur.  Multae 
jam  Diœceses  nobis  hac  iu  re  praeiverunt,  quarura  exemplo  a  Quadra- 
gesimali  tempore  dies  feslos,  nisi  quibus  ab  opère  servili  abstinetur, 
amovimus. 

Vulgavimus  ad  totam  Diœcesim  usum  Metropolitanœ  nostrœ,  ut  in 
Officio  Prima?  legantur  Ganones;  sicque  provisum,  ut  Clerici  omnes 
perutili  EccleMasticae  disciplina?  notitia  imbuti,  ad  illius  normam  mores 
componere  studeant.  In  Càlendario  et  Rubricis  perlevis  est  facta  mu- 
tttio;  quam  ideo  tantura  admbsam  esse  intelligetis,  ut  Omciorum 
dignitati  consuleretur. 

Quocirca,  dj  Venerabilium  Fratrum  noslrorum  Ecclesiœ  nostraî 
Canonicorum  consilio,  omnibus  nostrae  Diœceseos  Ecclesiis,  Monaste- 
riis,  Collegiis,  Communitatibus,  Ordinibus,  necnon  omnibus  Clericis 
qui  ad  illud  tenentur,  raaudamus  et  pr&cipimus  ut  hocce  Breviario 
nostro  a  nobis,  ut  sequiiur,  digesto  et  concinnato,  nec  alio  quolibet 
inposterum  utantur;  districte  videîicet  omnibus  Typographis  et  Bi- 
bliopolis ,  aliisve,  quicumque  sint,  inhibentes,  ne  vêtus  Breviarium 
recudere,  omnibus  vero  qui  ad  Oflicium  tenentur,  ne  aliud  quam  hoc 
noôtrum,  sive  privaiim,  sive  publiée  recilare  ptaesumant. 

De  cetero  liort2mur  vos,  Fratres  cariss  mi,  ut  spiritu  et  mente  psal- 
latis.  Siorat  Psalmus,  inquit  S.  Augustinus,  orale;  si  gémit,  gemite; 
si  gratulatur,  gaudete;  si  sperat,  sperate;  ut  quod  ling^a  promit, 
moribus  exprimaiis  :  postremo  ut  dum  pias  ad  Deum  pacis  fundetis 
preces,  ab  omni  contentionis  et  œmulationis  spiritu  abstineatis.  Neque 
enim  illud  oralionis  vectigal,  doctrioœ  et  iugenii  ostentatione,  sed 
simplicitate,  iide,  intimo  paupertatis  nostrae  sensu  persolvimus.lt» 
precantes,  Fratres  carissimi,  hostiamlaudis,  et,  ut  ait  Propheta,  »*• 
tulos  tabiorum  offeretis  Deo;  quod  quidem  pro  vobis  a  Pâtre  miseri- 
cordiarum  per  viscera  charitatis  Christi  enixe  flagitamus. 

DatumParisiis,  in  Palatio  nostro  Archiepiscopali,  tertio  nonasDe- 
cembris  anui  millesimi  septingentesimi  trigesimi  quinti. 


LITURGIQUES.  591 

ISOTE  B. 

CAROLUS  GASPAR  GUILLELMUS  DE  VINTIMILLE  ,  E  COMIT1BUS 
MASSILLE  DU  LUC ,  MISERATIONE  DIVINA ,  ET  SANCT^E  SEDIS 
APOSTOLKLE    GRATIA   PARISIENSIS   ARCHIEPISCOPUS. 


CLERO  PARïSIENSI  SALUTEM  IN  EO  QUI  EST  OMNIUM  VERA  SALUS. 


Supremo  Numini,  rerum  omnium  Creatori  et  Domino,  a  quo  sumus 
e  nihilo  educti,  cujus  ex  ore  hausimus  hune  vit»  spiritum  quo  vivimus 
et  homines  sumus ,  debemus  interiorem  cultum ,  hoc  est  plane  obse- 
quentis ,  seseque  ad  eum,  ex  sincero  amore  referentis  animi  sacrificium. 

In  hujus  tam  augusti  Sacrificii  celebrationem  Episeopi  diligentem  sem- 
per  curam  intenderunt ,  caveruntque  sedulo ,  tum  ne  quid  in  sacram  li- 
turgiam  irreperet,  quod  tanti  Mysterii  majestatem  quodam  modo  defor- 
maret,  tum  etiam  ut  ei  omnem  illum  decorem  conciliarent ,  qui  aptior 
videretur,  et  ad  illius  excellentiam  apud  fidèles  commendandam ,  et  ad 
solidioris  pietatis  sensus  in  eorum  cordibus  excitandos.  Hinc  est  quod 
ad  mentem  Conciliorum  quae  novissimis  temporibus  habita  sunt ,  non- 
nullae  Galliarum  Ecclesise  certatim  allaboraverunt  (  illaeso  tamen  eo 
quimultis  jam  a  saeculis  apud  omnem  Ecclesiam  Latinam  viget ,  sacrae 
Liturgie  ritu  et  ordine  )  ut  Missalia  sua  emendarent ,  ac  perficerent. 

Atque  in  tam  îaudabili  consilio ,  Parisiensis  Ecclesia  nostra  caeteris 
omnibus  facem  praetulit ,  edito  ab  illustrissimo  decessore  nostro  Fran- 
cisco Harlaeo ,  Missali  :  quo  quidem  nihil  adhuc  prodierat  eo  in  génère 
perfectius  ;  adeo  ut  in  tota  Gallia  ab  omnibus  doctis  piisque  viris  una- 
nimi  plausu  et  admiratione  exceptum  fuerit ,  sive  quis  intueretur 
accurate  lecta  et  apte  dispensata  sacrae  Scripturœ  loca  ;  sive  excellen- 
tiam precationum,  quibus  exornatum  locupletatumqae  faerat ,  partim 
ex  antiquis  Sacramentariorum  libris  depromptarum ,  partim  recenti 
quidem  exaratarum  stylo,  sed  quae  antiqui  coloris  sinceritatem  ap- 
prime  retinerent. 

In  illo  tamen  quamvts  eximio  opère ,  quod  et  decessor  noster  Emi- 
nentissimas  Noallius  augendum  expoliendumque  curaverat ,  erant 
adhuc  nonnulla,  quibus  nondum  ultima  manus  imposita  videbatur. 
Fecit  ipsa  quarumdam  partiuna ,  quae  diligentissime  emendatae  erant , 
prsestantia ,  ut  et  nos  veniremus  in  partem  laboris  residui ,  daremusque 
operam ,  ut  et  ea  quae  intacta  remanserant ,  ad  eamdem  formam ,  eum- 
demque  emendationis  gustum  exigerentur  ;  unde  exurgeret  omnibus 
numeris ,  si  fieri  posset ,  absolutum  opus ,  et  sibi  ubique  eonstans, 


392  INSTITUTIONS 

Ad  id  autem  satis  fait  duces  eos  qui  nobis  prseiverant  sequi ,  et  mons- 
tratam  ab  illustrissirais  Dece^soribus  nostris  viara  insistere. 

Accedebat,  ut  ad  id  quam  primum  accingeremur,  quaedam  nécessi- 
tas. Vulgàto  enim  non  ita  pridem  a  nobis  novo  Breviario,  mancum 
quodamraodo  videbatur  opus,  nisi  adjuugsretur  et  Missale  novum, 
quod  Breviarii  nostri  Officiis  congrueret.  Igitur,  adjuli  nonnullorum 
Ecclesiae  nostra  Metropolitanae  Canonicorum  studio  et  industria,  ma- 
num  operi  admovere  statuim.'.s  :  atque  hase  fuit  consilii  nostri  ratio. 

In  Evangeliis  et  Epistolis  Dominicarura  et  Feriarum,  quemadmo- 
dura  et  in  iis  quai  leguntur  diebus  festivatis  a  populo  ,  nihil  fere 
immutatum  reperietur.  Quoe  vero  iu  Missis  de  Proprio  teraporis  ad 
cantuni  pertinent,  in  iis  facta  quidem  frequentior  mutatio  est;  ita 
tanien  ut  quidquid  erat  exinaii  saporis  in  ?.Iissali  prsecedenti ,  iu  nostro 
retineremus,  sed  interdum  aptius  collocaretur.  Selegimus  loca  Scrip- 
turarum ,  qu»  magis  idonea  visa  sunt  ad  pietatem  eouunoveudam  ;  qua3 
fteiliaG  modulationem  admitterent ,  rit  quœ  sacris  Missarum  Lectioni- 
bus  accuratius  responderent.  INulIi  tamen  ita  serviendum  esse  methodo 
duximus,  ut  non  eam  praecipue  legem  intuereniur,  cui  alias  omnes 
cedere  oportet,  ut  nempe  mens  sursum  ad  Deuin  erigatur,  et  ad 
sacrum  fidei,  spei  et  caritatis  ignem  coneipiendum  adjuvetur. 

Eadem  adducti  ratione  quasdamPraefationfîs  addidimus  ubi  propriae 
deerant ,  nempe  pro  tempore  Adventus ,  et  quibusdam  celebrioribus 
anni  Soleranitatibus,  videlicet  Gorporis  Christi,  Dedicationis,  Sanc- 
torum  omnium,  etaliis  nonnullis.  Sic  conati  sumus  ad  morem  antiquum 
Romanae  Ecclesiae,  qua  licuit,  accedere,  apud  quam,  ut  et  nunc  in  iis 
Ecclesiis  quae  ritu  Ambrosiano  utuntur,  singulis  prope  Missis  singulae 
Praefationes  attributs  sunt. 

Neque  miuorem  curam  adhibuimus  circa  eas  Orationes  quœ  in  sin- 
gulis Missis  recitantur,  qu*  quidem  non  ultimum  in  sacra  Liturgia 
locum  tenent;  Collectis  intelligimus,  Sécrétas  et  Postcommuniones. 
Earum  plerasqueex  antiquis  Sacramentorura  librisexcerpsinms,  pie- 
tatis  unctione  plenissimas.  INovas  inseruimus  quam  paucissimas,  essque 
ad  vetustarum  exemplar,  quantum  fieripotuit,  elaboratas,  ctsrepius 
ex  ipsis  Sacramentariorum  verbis  magnam  partem  expre*sas.  Etenitn 
cum  Legem  credendi,  ut  monet  Cœlestinus,  lex  statuât  supplicandi: 
quam  pio  venerationis  afifectu  amplecti  debemus  eas  precum  formulas, 
quas  nobis  tradiderunt  prisci  illi  doctrinaa  Christianae  testes,  et  ve- 
rendae  antiquitati*  praecones  eximii!  Sanctos  illos  homines  dicimus,  in 
quibus  habitabat  Spiritus  intelligentiae  et  precum ,  Leoncm,  Gelasium, 
Gregorium ,  Hilarium ,  Ambrosium ,  Salvianum ,  Leandrum,  Isidorum. 
Quantam  et  quam  sauctam  nubem  testiumi  quorum  auctoritate  con 


.  i 


LITURGIQUES.  593 

stat  priscis  illis  temporibus ,  eamdem  quametnos  hodie  profitemur, 
viguisse  fidem  ;  easdem  Cathoîici  dogmatis  veritates,  Romae,  Mediolani, 
in  Galliis,  in  Hispanîa,  uno  verbo  per  totum  Occidentem,  a  tôt  rétro 
secîilis  testatas fuisse,  créditas,  ac propugnatas. 

His  e  fontibus  limpidissimis ,  maxime  vero  ex  Sacramentariis  Ro- 
manae  Ecclesioe,  quas  cœterarum  mater  est  et  magistra,  Orationes 
Missalis  nostri  deprompsimus.  Quin  etiam  non  sine  divinae  Providentise 
nutu  ac  gubernatione  contigit ,  ad  nostrum  gregisque  nostri  grande 
solatium ,  ut  non  ita  pridern  repertum  f aerit  omnium  Sacramentario- 
rum  Ecclesise  RomanaB  vetustissimum ,  quod  a  pluribus  seculis  ignotum 
latitabat.  Opus  illud  aureum,  prout  erat  exaratum  in  membranisma- 
nuscriptis  eetatis  annorum  supra  mille,  prodwt  inlucem  typis  Vaticanis, 
sub  auspiciis  sunami  Pontificis  démentis  duodecimi ,  qui  non  minus 
sancte  quam  sapienter  Beati  Pétri  navem  moderatur.  Ex  illo  igitur 
spectabili  monumento  mutuati  sumus  preces  plurimas,  eximiam  spi- 
rantes  pieiatem ,  Magnique  Leonis ,  cui  tanquam  certissimo  auciori 
tribuuntur,  stylum  et  doctrinam  referentes. 

-Has,  quse  nobis  abunde  suppeiebant  divitias,  passim  per  Missale 
nostrum  larga  manu  distribuimus  :  unde  factura  est  ut  alise  interdum 
in  hoc  Missali  Collecta?  legantur,  quarn  quae  in  Breviario  recitantur 
Orationes ,  parvo  sane  aut  nulîo  incommodo.  Haec  nobis  multo  futura 
major  jactura  visa  est,  si  tôt  egreglis  veterum  Patrnm  precibus  Eccle- 
sia  nostra  caruisset. 
Illud  taman  vos  admonitos  volaraus  in  nonnullis  Sacramentariorum 
i  veterum  Orationibus  aliquaudo  factas  esse  quasdam  immutationes,  sive 
j  ut  consuleretur  brevitati,  tolleretur  obscuritas,  leniorique  fluerent 
stylo;  sive  etiam  ut  ad  formam  Collectarum,  Secretarum ,  vel  Post- 
I  communionum  accommodarentur.  Id  nobis  exemplum  tradidere  oinnes 
j  omnium  temporumEcclesiae,  apud  quas  multx  occurrunt  precationes, 
I  quœ  dum  ex  alia  in  aliarn  Liturgiam  transferuntur ,  îevem  aliquam 
i  mutationern  in  verbis,  eodem  sensu  servato,  receperunt.  Idem  et  no- 
bis quoque  lie  are  duximus,  eadem  adhibita  cautione,  ut,  si  qua  fieret 
|  mutatio,  illa  non  in  res,  sed  in  verba  vocesque  tantum  caderet.  Veritates 
Catholici  dogmatis,  quas precationes  illa?,  prseferebant ,  affirmare  possu- 
i  mus  illaesas  a  nobis  inviolatasque  magna  esse  religione  servatas 

Quocircr?  omnibus  nostra  Diseceseos  Ecclesh's,  earumqnc  Deeanis  et 

i  R^ctoribus ,  Ordinibus,  Collegiis,  Mouasteriis,  Uomrauniuiiuus,  nec- 

non  omnibus ,  quicumque  sint,Presbyteris,  qui  de  jure  vel  consuetu- 

idine  Parisiense  Officium  ceiebrare  aut  recitare  tenentur,  deVenera- 

ibilium  Fratrum  nostrorum  Ecclesise  nostree  Canonicoruai  consilio,  in 


594  INSTITUTIONS 

Domino  mandamus  ac  praecipimus,  ut  hocce  nostr  Missali  a  nobis 
digesto ,  nec  alio  quolibet  imposterum  utantur  :  distr  .cte  videlicet  om- 
nibus Typographis  et  Bibliopolis,  aliisve,  cujuscumque  conditionis  exis- 
tant, inhibentes  ne  ullum  ex  veteribus  Missale  recudere  ;  neve  deinceps 
Presbyteri  ullo  quolibet  alio  quam  nostro  recognito ,  swe  in  solemni- 
bus,  sive  in  aliis  Missis  uti  praesumant  :  aliosve  inter  celebrandum  ritus 
inducant ,  alias  preces  aut  ceremouias ,  quam  quae  a  nobis  praescri- 
buntur,  et  volumus  ab  omnibus  observari. 

Datum  Parisiis ,  quinto  IdusMartii,  anno  Doaiini  millesimo  septin- 
gentesimo  trigesimo  octavo. 


LITURGIQUES.  395 


- 

'  I  '  ■  ====-     ,  ■     ■■  . 

-CHAPITRE  XX. 

SUITE   DE   L'HISTOIRE  DE  LA   LITURGIE,  DURANT  LA   PREMIÈRE 
MOITIÉ  DU   DIX-HUITIÈME  SIÈCLE.  —  RÉACTION   CONTRE  L'ES- 

PRIT    JANSÉNISTE  .DES   NOUVELLES   LITURGIES.  BRÉVIAIRE 

D* AMIENS.  — ROBINET.  — BRÉVIAIRE  DU  MANS.  —  CARACTÈRE 
GÉNÉRAL  DE  L'iNNQVATlON  LITURGIQUE  SOUS  LE  RAPPORT  DE 
LA  POÉSIE  ,  DUiCHANT  ET  DE  L'ESTHÉTIQUE  EN  GÉNÉRAL.  — 
JUGEMENTS   (CONTEMPORAINS.  SUR    CETTE  GRAVE    RÉVOLUTION 

et  SE$:^iKîiW#rs, 

iiob  iii-p  {  o.cno.fl 
Le  lectcMmwy.^ms  doute  avec  satisfaction ,  dans  le  cha- 
pitre précédent,  les  manifestations  de  l'esprit  Catholique,  en 
France  ,  à  l'occasion  des  nouveautés  qui  se  produisaient  de 
toutes  parts  dans. la  Liturgie.  Toutefois,  une  chose  doit  éton- 
ne, c'est  ,que  de  pareilles  réclamations  ,  inspirées  par  des  in- 
tentions si  droites  et  revêtues  de  toute  l'énergie  nécessaire, 
n'aient  fait  tout  au  pi  us  que  ralentir  la  marche  de  l'innovation, 
sans  la  suspendre.  Pour  se  rendre  compte  de  ce  fait,  il  ne  faut 
que  se  rappeler  les  considérations  dont  nous  avons  fait  pré- 
céder notre  chapitre  XVII.  La  déviation  était  universelle  dans 
les  doctrines  admises  par  la  plupart  des  Catholiques  Français, 
H  l'innovation. liturgique,  destinée  à  devenir  un  si  puissant 
noyen  d'accroître  cette  déviation  ,  n'en  était  d'autre  part 
me  le  résultat.  Ainsi,  tandis  que  certains  Jansénistes  donnaient 
)lus  ou  moins  ouvertement  la  main  aux  Calvinistes,  il  y  avait 
les  fauteurs  de  la  même  secte  qui  n'embrassaient  que  par- 
iellement  ses  doctrines,  et  plusieurs  même  qui  ne  sympalhi- 
aient  expressément  avec  elle  que  sur  des  points  relatifs  aux 


596  INSTITUTIONS 

institutions  ecclésiastiques,  lesquels  n'avai  *U  encore  fourni 
matière  à  aucune  condamnation  de  la  part  du  Saint  Siège.  Ces 
derniers  vivaient  assez  en  paix  avec  les  Catholiques  sincères 
qui  adhéraient  aux  Bulles  et  Formulaires,  quoique  ceux-ci 
se  crussent  en  droit  de  leur  reprocher  une  certaine  hardiesse 
de  sentiment  dans  des  choses  qu'ils  regardaient  pourtant 
comme  libres.  Mais  les  uns  comme  les  autres  gardaient  au 
fond  de  leur  esprit  une  conviction  ,  savoir  que  l'Eglise  des 
premiers  siècles  avait  joui  d'une  perfection  qui  a  manqué  aux 
suivants  ;  que  les  institutions  ecclésiastiques  du  moyen-âge 
étaient  le  résultat  de  principes  moins  purs  que  celles  de  l'âge 
primitif;  qu'il  y  avait  quelque  chose  à  faire  pour  mettre  les 
habitudes  religieuses  plus  en  harmonie  avec  les  besoins  de  la 
société;  enfin,  tranchons  le  mot  ,  que  Rome  ,  qui  doit  elre 
suivie  pourtant,  était  en  arrière  du  mouvement  que  la  France 
du  dix-huitième  siècleavaiteonçu  et  préparé.  Ces  idées,  nous 
les  trouvons  traduites  avec  plus  ou  moins  de  ménagements; 
dans  toutes  les  œuvres  de  l'autorité  ecclésiastique,  depuis  la 
moitié  du  dix-septième  siècle,  jusqu'à  la  veille  de  la  grande 
catastrophe  qui  signala  la  fin  du  dix-huitièmê  et  ouvrit  les 
yeux  d'un  si  grand  nombre  de  personnes.  Cette  liberté  déju- 
ger les  institutions  actuelles  de  l'Eglise,  liberté  d'autant  plus 
inquiétante  qu'elle  avait  pour  base  les  trop  fameuses  maximes 
qui  nous  isolaient  sur  plusieurs  points,  quoique  d'importance 
secondaire,  du  reste  de  la  Catholicité,  affaiblissait  dans  l'opi- 
nion non  seulement  l'autorité  du  Saint  Sié^e,  mais  même  celle 
de  l'Eglise  dispersée  qui  avait  jugé  avec  Rome  dans  l'affaire  de 
Jansénius  et  de  Quesnel  ;  et  c'est  ce  qui  nous  explique  com- 
ment des  Evoques  non  Jansénistes,  tels  que  François  de  Harlay 
et  Charles  de  Vintimille,  employaient  publiquement  des  Jan- 
sénistes à  des  missions  de  haute  confiance,  comme  le  remanie- 
ment de  la  Liturgie,  et  toléraient  les  autres  à  la  communion 


LITURGIQUES.  397 

in  divinis,  pourvu  qu'ils  fussent  simplement  réfractaires  aux 
Bulles ,  mais  non  pas  séditieux.  Il  est  vrai  que  l'Eglise  de 
France  renfermait  des  Evêques  plus  francs  dans  leur  ortho- 
doxie ,  plus  jaloux  d'imiter,  quant  à  la  fuite  des  hérétiques , 
cette  antiquité  dont  on  pariait  tant  :  mais  parmi  ceux-là  il 
s'en  trouvait  qui ,  tout  en  protestant  que  jamais  un  hérétique 
ne  recevrait  d'eux  la  commission  de  travailler  sur  la  Liturgie, 
tout  en  fermant  leur  Diocèse  au  Bréviaire  de  Paris,  son- 
geaient néanmoins  à  remettre  à  neuf  la  Liturgie ,  sans  se 
demander  à  eux-mêmes  si  ce  n'était  pas  donner  une  atteinte 
au  principe  traditionnel  qui  fait  la  seule  force  de  l'Eglise ,  et 
briser  un  des  derniers  liens  extérieurs  qui  rattachaient  l'E- 
glise de  France  au  Siège  Apostolique.  Il  va  sans  dire  que  les 
Bréviaires  renouvelés  par  des  Prélats  animés  d'un  zèle  sincère 
pour  la  doctrine  de  la  Bulle,  devaient  renfermer  une  confes- 
sion énergique  des  dogmes  attaqués  parles  nouvelles  erreurs, 
et ,  par  là ,  contraster  grandement  avec  les  nouveaux  livres 
Parisiens;  mais,  encore  une  fois,  quelle  étrange  contradiction 
que  celle  de  rompre  avec  la  Tradition  sur  tant  de  points,  pour 
la  faire  triompher  sur  un  seul  ! 

Le  premier  Bréviaire  qui  se  distingue  par  cette  bizarrerie 
est  celui  d'Amiens,  publié  en  1746  par  l'Evêque  Louis-François 
d'Orléans  de  La  Mothe.  Ce  vénérable  Prélat,,  qui  se  montra 
toujours  si  zélé  pour  la  pureté  de  la  foi  dans  son  Diocèse,  au- 
quel il  donna  d'ailleurs  l'exemple  de  toutes  les  vertus ,  avait 
I  sacrifié  aussi  à  cet  amour  universel  des  nouveautés  liturgiques 
qui  transportait  son  siècle.  Pendant  que  les  Jansénistes  s'atta- 
chaient à  faire  disparaître  les  formes  Romaines  de  la  Liturgie, 
parce  qu'ils  les  trouvaient  incompatibles  avec  leurs  maximes, 
il  crut  apercevoir  du  danger  dans  un  certain  nombre  de  for- 
mules du  Bréviaire  Romain,  à  raison  des  erreurs  du  moment, 
et,  sans  prendre  l'avis  du  Saint  Siège ,  ou  plutôt  oubliant  que 


o 


98  INSTITUTl  )NS 


les  formules  qui  reposent  sur  la  Tradition  sont  inviolables, 
et  que  quand  on  parviendrait  à  les  supprimer  dans  un  Diocèse 
particulier,  l'Eglise,  en  tous  lieux,  ne  cesserait  pas  pour 
cela  de  leur  prêter  son  universelle  autorité ,  il  osa,  dans  son 
zèle,  supprimer  une  grande  partie  des  Collectes  des  Di- 
manches après  la  Pentecôte.  Cette  proscription  tomba  sur 
celles  dans  lesquelles  il  est  parlé  de  la  puissance  de  la  Grâce. 
Le  Prélat  craignait  qu'on  n'en  abusât  auprès  de  son  peuple  : 
mais ,  malgré  ses  intentions  toujours  droites ,  il  n'en  donnait 
pas  moins  une  leçon  indirecte  à  l'Eglise  Romaine ,  leçon  dont 
elle  pouvait  d'autant  moins  profiter,  qu'elle  est  inviolablement 
attachée  à  ces  belles  prières  composées  par  les  Léon  et  les 
Gélase ,  sanctionnées  par  une  tradition  solennelle,  et  dont, 
après  tout,  les  hérétiques  n'abuseront  ni  plus  ni  moins  qu'ils 
n'abusent  des  Ecritures.  Une  entreprise  aussi  hardie  prêtait  le 
flanc  aux  Jansénistes ,  et  ils  ne  manquèrent  pas  de  la  signaler 
dans  les  Nouvelles  Ecclésiastiques  (1).  Au  reste,  c'était  la  pre- 
mière fois  que,  dans  l'Eglise,  la  vérité  se  défendait  par  un 
moyen  analogue  à  ceux  que  les  sectaires  ont  si  souvent  em- 
ployés pour  la  combattre  :  mais  tel  était  le  jugement  de  Dieu 
sur  l'innovation  liturgique  du  dix-huitième  siècle,  qu'elle  de- 
vait être  tantôt  exploitée  par  des  hérétiques ,  tantôt  favorisée 
par  des  Catholiques ,  et  toujours  au  détriment  du  respect 
dû  au  langage  de  l'Eglise. 

Dans  les  nouveaux  livres  d'Amiens,  on  avait  cherché  à 
dissimuler  les  intentions  qui  avaient  amené  la  suppression 
des  Collectes  dont  nous  parlons ,  en  rédigeant  le  Missel  sur 
un  nouveau  plan.  On  avait  pris  pour  base  de  chaque  Messe 
des  Dimanches ,  la  Leçon  de  l'Evangile  au  Missel  Romain , 
et ,  pour  le  reste  ,  on  avait  cherché  à  mettre  toutes  les 

(1)  13  Février  1758. 


LITURGIQUES.  '  599 

autres  formules  en  rapport  avec  cette  Leçon  qui  devenait 
ainsi  lu  centre  obligé  de  chaque  Messe.  Les  Introïts,  Gra- 
duels, Offertoires,  Communions,  Epîlres  même,  tout  avait 
été  bouleversé,  renouvelé,  suivant  le  besoin.  Par  suite  de 
cet  arrangement ,  on  conçoit  tout  de  suite  que  les  Collectes 
avaient  pu  aisément  être  sacrifiées,  et  sans  qu'on  eût  trop 
le  droit  de  s'en  plaindre ,  pour  peu  qu'on  accordât  le  prin- 
cipe (1).  Mais  ce  principe,  inouï  jusqu'alors,  était  en  lui- 
même  si  contraire  à  toute  tradition  liturgique,  si  subversif 
des  derniers  débris  de  la  Tradition,  que  le  Missel  de  Vintimille 
lui-même  était  là  pour  réclamer  contre,  ainsi  que  nous 
l'avons  remarqué  au  chapitre  précédent.  Nous  retrouverons 
ailleurs  encore  en  action  le  système  du  Missel  Amiénois; 
mais  le  lecteur  ne  pourra  sans  doute  s'empêcher  de  trouver 
bizarre  ce  privilège  accordé  à  la  leçon  de  l'Evangile  des  Di- 
manches, aux  dépens  des  autres  leçons  choisies  par  la  même 
autorité  et  dans  une  antiquité  non  moins  reculée.  Bien  plus , 
n'est-ce  pas  une  chose  triste  de  voir  de  ses  yeux  que  le  pieux 
Louis  de  La  Mothe,  en  remuant  ainsi  arbitrairement  la  Liturgie 
de  son  Eglise,  plaçait  sous  un  rapport  son  Missel  au-dessous 
même  de  celui  de  l'Eglise  Anglicane,  qui  a  jugé  à  propos  de 
conserver  dans  la  Liturgie  des  Dimanches,  non  seulement 
les  Evangiles  du  Missel  Romain ,  mais  aussi  lesEpîtres  et  sur- 
tout les  Collectes.  Et  nunc  intelligite! 

Quant  à  l'aspect  général  des  nouveaux  livres  d'Amiens,  il 
jetait  semblable  en  tout  à  celui  du  nouveau  Parisien.  La  ré- 
forme du  Psautier  avait  été  faite  dans  le  même  sens.  Le  Ca- 


(1)  Quelques-unes  de  ces  Collectes  avaient  été  simplement  trans- 
posées d'un  Dimanche  à  l'autre;  mais  un  grand  nombre,  et  des  plus 
belles,  avaient  été  entièrement  biffées.  On  peut  voir  entre  autres  les 
iMesses  des  Dimanches  5%  6e,  7%  14%  15%  16%  17%  18%  19%  20%  21% 
fe%  24%  après  la  Pentecôte. 


400  INSTITUTS    S 

lendrierr  le  Propre  du  Temps,  I;  Propre  des  Saints,  les 
Communs,  tout,  en  un  mot,  prési  itait  les  mêmes  analogies 
à  la  surface  :  si  Ton  pénétrait  plus  avant ,  on  trouvait,  il  est 
vrai,  de  nombreuses  marques  des  intentions  Catholiques  qui 
avaient  présidé  au  choix  ou  à  la  rédaction  des  différentes 
pièces.  Enfin,  ces  livres  étaient  aussi  bons  qu'ils  pouvaient 
Tétre ,  pourvu  qu'on  passât  condamnation  sur  le  fait  de  leur 
existence  et  sur  les  résultats  déplorables  qu'ils  étaient  ap- 
pelés à  produire,  tout  aussi  bien  que  les  autres,  en  aidant  à 
la  destruction  des  traditions  dans  le  culte  divin ,  et ,  par  là , 
à  la  ruine  des  anciennes  mœurs  catholiques. 

L'année  i7li,  qui  précéda  de  deux  ans  celle  de  la  publi- 
cation du  nouveau  Bréviaire  d'Amiens,  avait  été  remarquable 
dans  les  fastes  de  la  Liturgie  Française ,  par  un  fait  du  même 
genre  que  celui  que  nous  venons  de  raconter,  et  qui  eut  des 
suites  plus  étendues  encore.  Ce  fut  en  cette  année  que  le 
Docteur  Urbain  Robinet  publia  son  Breviarium  Ecclesias- 
ticum.  Les  intentions  qui  le  portèrent  à  marcher  ainsi  sur  les 
traces  de  Foinard,  étaient  pures,  sans  aucun  doute.  Il  voulait 
opposer  un  corps  de  Liturgie,  rédigé  dans  un  sens  tout  Ca- 
tholique, au  Bréviaire  de  Vigier  et  Mesenguy,  contre  lequel 
nous  avons  dit  qu'il  avait  éuergiquement  réclamé.  Au  reste, 
sur  les  principes  généraux  de  l'innovation  liturgique,  c'était 
toujours  la  même  doctrine;  toujours  la  manie  de  refaire  le 
langage  de  l'Eglise  à  la  mesure  d'un  siècle  en  particulier  et 
des  idées  d'un  simple  Docteur;  l'Ecriture  Sainte  admise 
comme  matière  unique  des  Antiennes,  Versets  et  Répons  ;  la 
réduction  du  Bréviaire  à  une  forme  plus  abrégée.  Sous  ces 
divers  aspects,  nous  livrons  Robinet  au  jugement  sévère  de 
la  postérité,  avec  tous  les  autres  faiseurs  de  l'époque.  Mais , 
ces  réserves  une  fois  faites ,  il  faut  reconnaître  dans  ce  Doc- 
teur un  de  ces  honnêtes  Catholiques  qui  subissaient  la  loi 


LITURGIQUES.  401 

que  le  siècle  leur  avait  faite,  et  qui,  tout  en  voyant  claire- 
ment qu'on  devait  embrasser  avec  soumission  les  jugements 
du  Saint  Siège  sur  les  nouvelles  erreurs,  ne  comprenaient 
pas  également  que  c'était  un  mal  de  se  séparer  de  l'unité  et 
de  l'universalité,  dans  une  chose  qui  tient  de  si  près  aux 
entrailles  du  Catholicisme  que  la  Liturgie. 

La  carrière  de  Robinet,  comme  compositeur  liturgiste, 
avait  commencé  de  bonne  heure.  Nous  l'avons  vu,  dès  1728, 
rédiger  le  Bréviaire  de  Rouen,  le  même  qui  est  encore  au- 
jourd'hui en  usage  dans  cette  Métropole.  Les  Nouvelles  Ec- 
clésiastiques insinuent  que  ce  Docteur  n'aurait  marqué  une 
si  vive  opposition  au  Bréviaire  de  Vigier  et  de  Mesenguy, 
que  par  dépit  de  n'avoir  pas  été  choisi  pour  composer  la 
nouvelle  Liturgie  Parisienne.  C'est  une  pure  calomnie.  Ro- 
binet, sans  doute,  n'eût  pas  été  fâché  de  se  voir  chargé 
d'une  mission  aussi  honorable,  mais  son  zèle  bien  connu 
pour  la  pureté  de  la  foi  suffît  pour  expliquer  l'ardeur  avec 
laquelle  il  joignit  ses  réclamations  à  celles  qui  se  firent  en- 
tendre ,  lors  de  l'invasion  du  Jansénisme  dans  les  nouveaux 
Livres  de  Paris.  Quoi  qu'il  en  soit,  Robinet,  jugeant  qu'il  y 
avait  quelque  chose  à  faire  pour  arrêter  les  progrès  du  Bré- 
viaire de  Vigier  et  Mesenguy ,  et  voulant  aussi  donner  au 
public  ses  idées  sur  un  plan  de  Liturgie ,  fit  paraître  son 
Breviarium  Ecclesiasticum.  On  trouvait  dans  ce  livre  une 
)arlie  des  choses  que  contenait  le  Bréviaire  de  Rouen  de 
728,  avec  un  grand  nombre  d'additions  et  quelques  variétés 
lans  le  plan  général.  Les  Hymnes  qui  étaient  de  la  compa 
ition  de  Robinet  lui-même  dans  le  Bréviaire  de  Rouen, 
vaient  été  avantageusement  retouchées,  et  on  en  remarquait 
lusieurs  nouvelles  (1).  Le  Psautier  était  divisé  en  la  ma- 

ju      (1)  Nous  ne  faisons  aucune  difficulté  de  placer  Robinet  a  côté  de 
,     loffin,  en  qualité  d'hyinnographe ,  avec  cette  différence  que  le  Doc- 
t.  ii.  26 


402  INSTITUTIONS 

nière  du  nouveau  Bréviaire  de  Paris.  Les  Antiennes  et  les 
Répons  étaient  toujours  tirés  de  l'Ecriture  Sainte.  Le  choix 
des  Leçons ,  qui  montrait  d'ailleurs  une  rare  connaissance 
de  l'Ecriture  dans  l'auteur,  était  empreint  d'une  bizarrerie 
dont  on  n'avait  point  encore  vu  de  preuve.  Le  célèbre  Canon 
de  saint  Grégoire  VII,  qui  détermine  l'ordre  dans  lequel 
on  lira  les  livres  de  l'Ecriture  clans  l'Office ,  et  qu'on  avait 
respecté,  même  dans  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris,  était  violé 
de  la  manière  la  plus  étrange.  Ainsi ,  pour  ne  citer  qu'un 
exemple,  dans  le  cours  des  six  semaines  après  l'Epipha- 
nie ,  Robinet  avait  placé  Tobie ,  les  Actes  des  Apôtres  et  Job. 
Dans  l'Office  de  la  plupart  des  Dimanches,  le  second  Noc- 
turne, au  lieu  d'être  rempli  par  un  Sermon  de  quelque  saint  [ 
Père  ,  suivant  l'usage  de  tous  les  Bréviaires  (  à  part  celui  de 
Rouen  ) ,  offrait  un  ou  plusieurs  passages  de  la  Bible  plus  ou 
moins  parallèles  aux  Leçons  de  l'Ecriture  occurrente  qu'on 
venait  de  lire  au  premier  Nocturne.  Le  troisième  Nocturne  pré- 
sentait encore  le  même  sujet  développé  d'une  manière  plus  ou 
moins  complète,  dans  les  Epîlres  des  Apôtres.  On  ne  trouvait 
d'Homélie  des  saints  Pères  que  dans  la  neuvième  Leçon.  Les 
Officesdu  Propre  des  Saints,  que  Robinet  laissait  à  neuf  Leçons, 
étaient  proportionnellement  soumis  à  la  même  règle.  La  sep- 


leur,  à  notre  avis,  l'emporte  sur  le  Principal  du  Collège  de  Beauvaia 
sous  le  rapport  de  l'onction,  autant  que  sous  celui  de  l'orthodoxie 
Les  plus  belles  Hymues  de  Robinet  sont  celles  de  Noël  :  Jam  terri 
mutelurPolo.et  Umbra  sepultis  lux  oritur  nova;  de  l'Ascension  :  ClirkU 
quem  sedes  revocant  paternœ;  de  saint  Pierre  :  Pctre ,  bisseni  caput  t 
senalus;  des  Saints  de  l'Ancien  Testament:  Antiqui  canimus lumin 
fœderis;  de  la  Présentation  de  la  Sainte  Vierge  :  Quam  pulchre  graditi 
fitia  principis!  En  faisant  ainsi  l'éloge  des  Hymnes  de  Robinet,  no\ 
n'entendons  nullement  approuver  l'usage  qu'on  en  a  fait  en  les  I» 
troduisant  dans  l'Office ,  en  place  de  celles  que  toute  l'Eglise  chanta 
depuis  tant  de  siècles. 


LITURGIQUES.  405 

tième  et  la  huitième  Leçon  étaient  de  l'Ecriture  Sainte  ,  et  la 
neuvième  seulement  renfermait  l'Homélie,  à  moins  que  l'Office 
ne  fût  du  nombre  de  ceux  auxquels  on  lit  un  Sermon  en  place 
de  la  Vie  du  Saint.  Enfin ,  les  doubles  mineurs  étaient  réduits 
à  six  Leçons;  c'était  l'idée  de  Foinard,  et,  certes,  une  des 
plus  étranges  qui  pût  tomber  dans  l'esprit  de  ce  novateur. 
Ce  n'étaient  pas  là  les  seules  singularités  que  présentait  le 
Bréviaire  de  Robinet,  sous  le  rapport  des  Leçons.  Le  Doc- 
teur avait  trouvé  moyen  de  faire  lire,  même  dans  l'Office 
férial,  plusieurs  livres  de  l'Ecriture  à  la  fois.  Ainsi,  dans 
l'Avent,  le  temps  Paschal,  etc.,  la  troisième  Leçon  était  tirée 
d'un  autre  livre  que  les  deux  premières ,  dans  le  but  fort 
louable,  sans  doute,  de  faire  sentir  au  Prêtre  la  connexité 
des  divers  livres  des  Ecritures ,  et  leur  accord  sur  les  mêmes 
mystères.  Quant  aux  Leçons  tirées  des  ouvrages  des  Pères , 
jamais  aucun  Bréviaire  n'en  avait  offert  un  si  petit  nombre; 
mais  ,    en  revanche  ,  on  y  en  rencontrait  plusieurs  que 
Robinet   avait    empruntées   à  l'Arien  Eusèbe  de   Césarée. 
Encore,  parmi   celles-ci,  s'en  trouvait -il    que  l'historien 
Josephe  aurait  pu  revendiquer,  attendu  qu'elles  n'avaient 
fautre  but  que  d'amener  certains  passages  des  Antiquités 
Judaïques,    C'étaient   là  autant  de  nouveaux  produits  de 
'esprit  individuel ,  au  milieu  de  cette  anarchie  liturgique, 
.e  Calendrier  ,   sans  être    aussi  hardi  dans  ses  suppres- 
iions  que  celui  du  nouveau  Parisien ,  avait  avec  lui  plus 
l'un  rapport.  Les  fêtes  de  la  Purification  et  de  l'Annon- 
iation  de  la  Sainte  Vierge  avaient  souffert  les  mêmes  alté- 
ations  dans  leur  titre.  Les  deux  Chaires  de  saint  Pierre 
(aient  réduites  à  une  seule  ;  toutefois ,  l'Octave  de  saint 
'ierre  et  saint  Paul,  et  celle  de  saint  Jean,  étaient  con- 
jervées.  Les  Légendes  avaient  été  rédigées  plus  ou  moins 
luivantle  goût  du  Bréviaire  de  Paris.  Les  Communs,  l'Office 


404  INSTITUTIONS 

de  la  Sainte  Vierge ,  celui  des  Morls,  n'oflrai'iit  qu'un  amas 
de  nouveautés. 

Tant  de  défauts  ne  pouvaient  être  rachetés  par  les  excelç 
lentes  intentions  de  Robinet,  par  ses  Hymnes  pieuses  et  or» 
ihodoxes ,  son  choix  d'Antiennes  et  de  Répons  totalement 
exempts  de  Jansénisme ,  ses  passages  de  l'Ecriture  et 
Pères  recueillis  avec  intelligence  et  bonne  foi  :  car,  après 
tout,  un  Bréviaire  n'est  pas  simplement  un  recueil  de  prières 
et  de  lectures;  c'est  le  livre  de  l'Eglise,  et  si  jamais  il  pouj 
vait  être  permis  à  un  particulier  de  le  compiler,  ce  devrait 
être  d'abord  à  la  condition  de  faire  celte  compilation  en  har- 
monie avec  des  règles  fixes  et  anciennes.  Mais  telle  était 
sans  cesse  la  préoccupation  de  ces  nouveaux  iiturgïstes,  qu'ils 
ne  voyaient  que  leur  système,  leur  siècle,  leur  pays. 

Un  seul  trait  du  Bréviaire  de  Robinet  fera  voir  claire- 
ment l'étrange  distraction  dans  lequel  l'auteur  était  plongé. 
Dans  l'Office  de  saint  Louis,  Roi  de  France,  il  s'était  avise 
de  composer  des  Répons  et  des  Antiennes  dans  lesquels  il 
supposait  que  la  famille  de  ce  saintRoi  demeurerait  toujou 
et  gouvernerait  à  jamais  la  France.  — Domus  servi  tui,  Deu 
Israël,  erit  stabilita  coram  Domino.  — Nunc  ergo,  Domine 
Deus ,  benedic  domui  servi  lui  ut  sit  in  sempiternum  cora 
te.  —  Benedictione  tua  benedicetur  domus  servi  tui.  —  Do- 
mine Deus,  verbum  quod  locutus  es  super  servum  tuum  e< 
super  domum  ejus  suscita  in  sempiternum ,  ut  rnagnificetu) 
nomen  tuum.  Que  signifiait  tout  ceci?  Dans  le  cas  que  If 
race  de  saint  Louis  eût  reçu  du  ciel  la  promesse  solennelli 
de  durer  autant  que  l'Eglise ,  ces  prières  auraient,  il  est  vrai 
un  sens  très  beau  et  très  légitime  ;  mais  dans  le  cas  contraire 
dont  il  faut  bien  admettre  au  moins  la  possibilité,  lesim 
pirations  toutes  humaines,    toutes   mortelles  qui   avaier 
produit  l'innovation  liturgique,  pouvaient-elles  se  trahir  d'ut 


LITURGIQUES.  405 

manière  plus  naïve  ?  C'était ,  certes ,  la  première  fois  que  les 
prières  de  l'Eglise  la  laissaient  voir  inféodée  à  une  dynastie 
humaine  ,  et  si  étroitement  que  ,  cette  dynastie  venant  à  s'é- 
teindre, il  deviendrait  nécessaire  de  retoucher  le  Bréviaire. 
Il  est  vrai  que  jusqu'alors  de  simples  particuliers  ne  s'étaient 
pas  avisés  encore  de  rédiger  des  prières  à  l'usage  de  l'Eglise. 
Nous  ne  signalons  ici  que  quelques  particularités  du  Bré- 
viaire de  Robinet  ;  nous  aurons  le  temps  de  le  considérer  en 
détail  dans  l'étude  générale  de  l'Office  divin.  Il  nous  reste 
maintenant  à  raconter  sa  destinée.  Elle  fut  loin  d'atteindre 
à  l'éclat  de  celle  du  Bréviaire  de  Vigier  et  Mesenguy.  Ce 
(dernier  était  une  œuvre  du  parti,  et  d'ailleurs,  apparais- 
sant aux  yeux  du  public  comme  le  Bréviaire  de  l'Eglise  de 
Paris,  il  semblait  appelé  à  conquérir  une  plus  grande  con- 
sidération. Quant  à  la  valeur  respective  de  ces  deux  Bré- 
viaires ,  puisqu'il  faut  juger  du  mérite  d'un  travail  de  ce 
ijenre  comme  d'une  œuvre  individuelle,  nous  pensons  que 
.'il  y  avait  une  meilleure  doctrine  et  une  science  plus  variée 
^ans  le  Bréviaire  de  Robinet,  il  y  avait  aussi  moins  de  formes 
franges,  plus  d'harmonie,  plus  de  goût  dans  celui  de  Vi- 
cier et  Mesenguy.  Le  Breviarhim  Ecclesiasticum  ne  devait 
lonc  faire  qu'une  fortune  médiocre.  Les  seuls  Diocèses  du 
lans,  de  Cahors  et  de  Carcassonne  l'adoptèrent;  encore  ne 
ùt-iî  reçu  au  Mans  qu'à  certaines  conditions  qui  sont  trop 
emarquables  pour  ne  pas  trouver  place  dans  notre  récit. 
I  Cette  Eglise  était  alors  gouvernée  par  un  Prélat  zélé  contre 
b  Jansénisme,  et  dont  la  mémoire  est  demeurée  précieuse  de- 
jant  Dieu  et  devant  les  hommes  (1) .  Charles-Louis  de  Froullay, 

(1)  Nous  nous  tenons  d'autant  plus  obligé  a  rendre  ce  trop  juste 
imoignage  a  la  mémoire  de  ce  Prélat ,  que  nous  habitons  un 
onastère  à  regard  duquel  il  donna  l'exemple  d'une  piété  et  d'une 
enérosité  qu'on  peut  considérer  comme  un  véritable  prodige,  à  i'é- 


406  INSTITUTIONS 

I 

bien  qu'il  eût  subi ,  comme  l'Evoque  d'Ami*  as,  l'influence  de 
son  siècle  sur  les  choses  de  la  Liturgie,  plus  heureux  que 
ce  Prélat ,  avait  goûté  les  saintes  maximes  de  l'Archevêque 
Languet  sur  l'inimitable  valeur  de  la  Tradition  dans  les 
prières  de  la  Liturgie ,  et  sur  le  danger  qu'il  y  aurait  à  con- 
sidérer l'Ecriture  Sainte  comme  l'unique  élément  des  sacrés 
Cantiques.  Au  milieu  de  la  défection  générale,  il  eut  le  cou- 
rage de  faire  entendre  sa  voix  en  faveur  des  antiques  for- 
mules Grégoriennes,  et  il  déposa,  dans  la  Lettre  Pastorale 
même  par  laquelle  il  annonçait  à  son  Diocèse  le  nouveau  Bré- 
viaire, un  témoignage  solennel  en  faveur  de  la  Tradition 
Liturgique.  Dans  cette  pièce,  qui  est  du  25  mars  4748,  après 
avoir  dit  qu'on  avait  puisé  la  matière  des  Antiennes  et  des 
Répons  dans  les  passages  des  Ecritures  qui  avaient  semblé 
les  plus  convenables  pour  rendre  les  sentiments  de  la  piété, 
Charles  de  Froullay  ajoutait  ces  paroles  remarquables  :  e  Mais 
»  comme  l'Eglise  emploie  de  temps  en  temps  sa  propre  voix, 
i  pour  parler  à  son  Epoux  céleste ,  nous  avons  retenu  cer- 
»  taines  Antiennes  qui  n'ont  pas  été  extraites  des  livres  sacrés. 

poque  où  il  le  fit  paraître,  Il  tenait  en  Commende  l'Abbaye  de  Saint 
Pierre  de  la  Couture  du  Mans,  et  avait  droit  en  cette  qualité  de  pour 
voir  d'un  titulaire  le  Prieuré  de  Solesmes,  qui  était  la  principal* 
dépendance  de  la  Couture.  La  Congrég  ition  de  S'-Maur,  introduite 
Solesmes  en  1663,  avait  en  vain  cherché  à  obtenir  la  réunion  de  la  Mens 
Priorale  à  la  Mense  Conventuelle;  tout  ce  qu'elle  avait  pu  faire  avai 
été  de  procurer  de  temps  en  temps  la  Collation  du  Prieuré  à  quelque 
Religieux.  Mais,  à  chaque  vacance,  la  Commende  était  toujours  sur  1 
point  d'envahir  de  nouveau  le  Monastère.  Charles  de  Froullay  voulan 
user  de  son  autorité  pour  traiter  favorablement  le  Prieuré  de  Solesme! 
sur  la  requête  des  Moines,  envoya  a!u  Roi  des  lettres  de  con^entemer 
a  l'extinction  du  titre  Prioral  et  à  sa  réunion  a  la  Mense  Conventuell< 
Louis  XV  fit  expédier,  sous  la  date  du  9  février  1753,  un  Brevet  qu 
le  Prieuré,  aujourd'hui  Abbaye  de  Solesmes,  possède  encore  dans  si 
archives,  et  qui  autorise  le  Prieur  et  les  Moines  a  poursuivre  ladi- 
extinction. 


LITURGIQUES.  407 

*  mais  qu'une  piété  docte  a  enfantées  et  qu'une  tradition  sans 
»  tache  a  consacrées.  Par  leur  secours,  les  dogmes  catho- 
>  liques  cessent  de  paraître  nouveaux  ;  les  fidèles  les  sucent 
»avec  le  lait,  et  se  les  approprient  par  un  usage  journalier. 
I  Insérés  dans  des  formules  de  prières,  ces  dogmes  s'attachent 
»  plus  fortement  au  cœur  du  Chrétien ,  et  se  transmettent  aux 
»  générations  futures  à  l'aide  de  la  récitation  et  du  chant  (1).  » 
Voilà  bien  la  doctrine  du  Concile  de  Tolède ,  la  doctrine 
des  Livres  Grégoriens,  la  doctrine  de  Languet  contre  l'E- 
vêque  de  Troyes.  On  conserva  donc  dans  le  nouveau  Bré- 
viaire Manceau  quelques  traces  de  l'ancienne  Liturgie,  et 
ces  traces,  si  rares  qu'elles  fussent,  plaçaient  ce  Bréviaire 
dans  une  classe  à  part,  et  demeurèrent  comme  une  récla- 
mation en  faveur  des  usages  de  l'antiquité ,  dont  la  sup- 
pression ne  serait  peut-être  pas  sans  retour.  Seul  entre  tous 
les  nouveaux  Bréviaires  de  France,  celui  de  Froullay  garda 
donc  plusieurs  des  magnifiques  Antiennes  de  Noël,  de  la 
Circoncision,  de  l'Ascension,  de  la  Trinité  ,  du  Saint  Sacre- 
ment, de  l'Assomption,  de  la  Nativité  de  la  Sainte  Vierge; 
les  Absolutions  et  Bénédictions  romaines,  etc. 

On  y  remarquait  aussi  avec  étonnement  et  édification  que, 
!  dans  cette  époque  de  licence  liturgique,  lorsque  tant  de  me- 
sures avaient  été  prises  pour  diminuer  le  culte  de  la  Sainte 
Vierge  et  des  Saints,  principalement  au  moyen  du  privilège 
1  affecté  au  Dimanche  de  ne  céder  désormais  qu'aux  Fêtes 


(1)  Cum  autera  Ecclesia  specialera  aliquando  adhibeat  vocem  qua 
jsponsum  supernum  alloquatur,  relents  sunt  quaedam  Antiphona*.  quas 
|e  sacris  codicibus  licet  non  deductas,  pietas  doeta  parturiit,  et  conse- 
icravit  illibata  traditio.  Illarum  subsidio  dogmata  Catholica  videntur 
Inon  esse  peregrina,  sed  accepta  cum  lacté  et  usu  quotidiano  recepta  ; 
jinseruntuf  enim  precibus,  ut  animo  Christiano  fortius  inhaereant ,  et 
Ifuturis  generationibus  recitatione  et  cantu  transmittantur. 


<408  INSTITUTIONS 

i 

de  Notre-Seigneur,  ou  tout  au  plus  qu'à  c  lies  du  degré 
solennel ,  les  Rubriques  du  nouveau  Bréviaire  Manceau  por- 
taient que  le  Dimanche  céderait  à  toutes  les  fêtes  du  rite 
double  majeur  (  les  seules  après  tout ,  qu'on  eut  conservées  à 
neuf  Leçons),  ce  qui  maintenait  la  célébration  populaire, 
non  seulement  des  fêtes  moins  solennelles  de  la  Sainte  Vierge, 
mais  de  celles  des  Apôtres,  de  la  Sainte-Croix,  de  plu- 
sieurs Saints,  etc.  Il  y  avait,  sous  ce  rapport,  un  siècle,  entier 
de  distance  entre  le  Bréviaire  de  Froullay  et  ceux  qu'on  in- 
troduisait journellement  dans  la  plupart  des  Diocèses  de 
France. 

Sous  le  point  de  vue  de  l'orthodoxie  dans  les  matières  de 
la  Grâce,  le  travail  de  Robinet  non  seulement  était  irrépro- 
chable, mais  en  plusieurs  endroits  le  zélé  Docteur  avait  su  ame- 
ner des  protcstaiions  dans  le  sens  des  récentes  décisions  de 
l'Eglise.  Charles  de  Froullay  avait  conservé  tous  ces  détails  ; 
ce  qui  fut  cause  que  son  Bréviaire  fut  violemment  attaqué 
dans  les  Nouvelles  Ecclésiastiques  (1).  Les  Jansénistes  repro- 
chaient surtout  certaines  strophes  des  Hymnes  du  Psautier, 
qui  sont  toutes  de  la  composition  du  Docteur  Robinet,  et, 
dans  ces  slrophes ,  les  vers  suivants  : 

Vtres  ministras  arduis 
Non  impares  laboribus. 
Et  encore  ceux-ci  : 

Donis  secundans  gratiœ 
Quem  lege  justus  obligas. 

Mais  la  manière  dont  la  trop  fameuse  strophe  de  Santeul , 
dans  l'Hymne  des  Evangéiistes,  avait  été  retouchée,  causait 
plus  de  chagrin  encore  aux  sectaires,  Au  Mans,  on  ne  s'était 
pas  contenté  de  la  correction  d'Evreux  ;  on  avait  mis  : 

(1)  27  Février  1751. 


LITURGIQUES.  409 

Insculpta  saxo  lex  vêtus 
Prœcepta,  non  vires  dabat  ; 
Inscript  a  cordi  lex  nova 
Prœcepta  dat  cum  viribus. 

Notre  but  n'étant  point ,  dans  ce  coup  d'oeil  sur  l'histoire 
liturgique,  de  réunir  tous  les  détails  du  sujet  qui  nous 
occupe ,  nous  nous  bornerons  à ^ette  brève  excursion  sur 
les  Bréviaires  d'Amiens  et  du  Mans.  Elle  suffira  pour  cons- 
tater le  fait  d'une  réaction  courageuse,  mais  impuissante, 
contre  les  efforts  de  la  secte  Janséniste  sur  les  principes  de 
la  Liturgie  :  malheureusement ,  comme  on  le  voit ,  cette 
réaction  n'eut  pour  théâtre  que  d'étroites  localités ,  et  se 
paralysa  elle-même,  parce  que  ceux  qui  la  dirigeaient  con- 
venaient sur  la  plupart  des  principes  avec  leurs  adversaires. 

Suspendons  maintenant  le  récit  des  événements  de  la  ré- 
forme liturgique,  et  livrons-nous  à  quelques  considérations 
sur  le  caractère  de  cette  révolution  dans  ses  rapports  avec 
le  goût,  la  poésie  et  l'esthétique  en  général.  Chez  tous  les 
peuples,  et  principalement  dans  la  religion  Chrétienne,  les 
choses  du  culte  divin  ont  toujours  eu  une  relation  intime 
avec  la  poésie  et  les  arts  :  toute  révolution  qui  les  concerne 
a  dû  par  conséquent  offrir  des  phénomènes  importants  à 
étudier  sous  le  point  de  vue  de  la  forme.  Tout  est  poésie 
dans  la  Liturgie ,  aussi  procède-t-elle  presque  toujours  avec 
le  secours  du  chant.  Si  le  mètre  ne  distingue  pas  toutes  ses 
formules,  le  nombre,  la  cadence,  la  rime  même  le  supplée , 
et  toujours  l'enthousiasme  lyrique  domine  l'œuvre  toute 
entière.  C'est  cet  enthousiasme  qui  éclate  dans  les  Répons, 
après  que  le  chœur  a  écouté  en  silence  la  lecture  des  Leçons, 
dans  les  Antiennes  qui  suivent  les  Psaumes  et  les  Cantiques, 
jet  réunissent  dans  un  chant  à  l'unisson  les  voix  jusqu'alors 
divisées  dans  un  chant  aiternatif.  Ces  hommes  donc  qui  s'im- 


410  INSTITUTIONS 

posaient  la  rude  tâche  de  refaire  en  masse  le  répertoire  des 
chants  chrétiens  à  l'usage  des  Eglises  de  France,  devaient 
être  doués  d'un  miraculeux  don  de  poésie  et  d'une  abon- 
dance que  rien  ne  pourrait  épuiser.  C'était  là  ,  certes ,  l'acte 
d'un  grand  courage,  que  de  se  dévouer  à  remplacer  l'œuvre 
successive  des  peuples  Chrétiens  par  les  simples  ressources 
d'une  inspiration  unique  et  individuelle.  Leur  cœur,  comme 
celui  du  Prophète ,  avait  sans  doute  conçu  avec  plénitude  la 
Parole  toute  puissante,  et  ils  sentaient,  dans  un  sacré  délire, 
que  leur  diction  allait  s'élancer  rapide  comme  la  plume  de 
l'écrivain  le  plus  exercé  (1).  On  ne  devait  pas  moins  attendre 
d'eux  ,  et  la  gloire  du  dix-huitième  siècle  était  à  jamais  fon- 
dée au-dessus  de  tout  ce  que  l'on  vît  jamais  de  plus  éclatant. 
Il  en  fut  néanmoins  autrement.  Des  hommes  impuissants  à 
toute  poésie,  étrangers  par  tempérament,  par  éducation, 
par  système ,  à  ce  mens  divinior  qui  nous  ravit  non  seulement 
dans  les  écrivains  sacrés,  mais  dans  les  Pères  de  l'Eglise, 
s'étaient  imposé  la  tache  dont  nous  parlons,  et  se  mirent 
à  refaire  la  Liturgie  de  fond  en  comble,  sans  s'être  jamais 
doutés  que  c'était  sur  la  plus  haute  poésie  qu'ils  s'exer* 
çaient. 

Voyons-les  à  l'œuvre ,  mais  entendons  d'abord  leurs  juge- 
ments sur  les  monumens  de  l'ancienne  Liturgie.  La  Provi- 
dence a  permis  que  quelque  chose  de  leurs  théories  nous  ait 
été  conservé  dans  le  fameux  Commentaire  de  Grancolas  sur 
le  Bréviaire  Romain,  ouvrage  d'où  nous  avons  déjà  extrait 
son  Projet  de  Bréviaire.  Voici  donc  quelques-uns  des  oracles 
rendus  par  ce  grave  Docteur,  sur  un  certain  nombre  de  mor- 
ceaux caractéristiques  de  la  Liturgie  Romaine. 

Dans  les  Matines  du  jour  de  Noël,  l'Eglise  chante  les  Ré- 

(1)  Psalm.  XUV.  2. 


LITURGIQUES.  411 

pons  suivants  en  manière  d'intermèdes ,  à  la  lecture  des  Pro- 
phéties : 

Hodie  nobis  cœlorum  Rex  de  Virgine  nasci  dignatus  est ,  ut 
hominem  perditum  ad  cœlestia  régna  revocaret  :  *  Gaudet 
exercitibus  angelorum  quia  salus  œterna  humano  generi  appa- 
ruit.  f.  Gloria  in  excelsis  J)eo,  et  in  terra  pax  hominibm  bonœ 
voluntatis.  *  Gaudet. 

Hodie  nobis  de  cœlo  pax  vera  descendit  :  *  Hodie  per  totum 
mundum  melliflui  facti  sunt  cœli.  f.  Hodie  illuxit  nobis  dies 
redemptionis  novœ,  reparationis  antiquœ ,  felicitatis  œterna?, 
*  Hodie. 

0  magnum  mysterium  et  admirabiîe  sacramentum  ut  ani- 
malia  vidèrent  Dominum  natum ,  jacentem  in  prœsepio  :  * 
Beata  Virgo  cujus  viscera  meruerunt  portare  Dominum 
Christ  um. 

Les  autres  Répons  sont  tous  sur  ce  ton  d'inspiration  tendre 
et  de  majestueuse  jubilation.  Voyons  maintenant  comment  le 
Docteur  Grancolas  les  apprécie.  «  Ces  Répons,  dit-il,  sont 
»  de  pieux  mouvements  de  l'Eglise  en  considérant  la  naissance 

>  de  Jésus-Christ.  »  Ainsi,  Grancolas  reconnaît  que  ces  Ré- 
pons sont  la  parole  de  l'Eglise  ;  c'est  la  parole  de  l'Eglise 
même  qu'il  s'agit  de  juger  sous  le  rapport  du  bon  goût.  Il 
continue  donc  :  «  Tantôt  elle  y  loue  Dieu  qui  nous  donne  son 
»  Fils  dans  sa  naissance  :  quelquefois  elle  s'adresse  à  la  Sainte 
j>  Vierge  qui  l'a  mis  au  monde.  Il  aurait  été  à  souhaiter  que 

>  ces  Répons  et  les  Antiennes  des  Laudes  eussent  tous  été  tirés 
>de  l'Ecriture,  comme  le  sont  les  Antiennes  des  Matines  et 
»  des  Vêpres.  On  voit  que  ceux  qui  ont  composé  cet  Office  se 
j  sont  abandonnés  aux  pieux  mouvements  que  leur  inspirait 
i  ce  mystère.  j>  Ceux-là  ,  Grancolas  vient  d'en  convenir,  sont 
pourtant  l'Eglise  ;  c'est  elle  qui  a  ressenti ,  en  présence  du 
mystère,  ces  mouvements  d'inspiration  qui  paraissent  si  dé- 


412  INSTITUTIONS 

placés  au  grave  Sorbonniste.  Sa  critique  descend  ensuite 
dans  le  détail.  «  On  pourrait,  dit-il,  retoucher  le  second 
i  Répons  :  Melliflui  facti  sunt  cœli,  pour  exprimer  les  biens 
>que  le  ciel  procure  au  monde  en  donnant  Jésus-Christ.  » 
(Grancolas  a  peur  que  les  fidèles  ne  se  croient  à  la  veille  d'être 
inondés  d'un  déluge  de  miel  ;  )  c  aussi  bien  que  le  Verset  Dies 
»  redemptionis  novœ ,  reparationis  antiquœ.  N'est-ce  pas  la 
•  faute  qui   est  ancienne  qui  demandait  à  être  réparée?  et 

>  cette  réparation  s'est  faite  par  la  Rédemption.  »  On  voit  que 
le  Docteur  persiste  à  ne  pas  vouloir  appliquer  les  règles  du 
style  poétique  aux  prières  de  la  Liturgie,  sans  doute  parce 
qu'il  ne  saurait  s'imaginer  que  ce  qui  n'est  pas  en  vers  propre- 
ment dits  ,  peut  cependant  être  de  la  poésie. 

t  Dans  le  quatrième  Répons,  l'auteur  (  c'est  probablement 

>  l'Eglise  qu'il  veut  dire  )  avait  sans  doute  en  but  le  bœuf  et 

>  l'une ,  avec  lesquels  on  peint  ordinairement  la  naissance  de 
»  Jésus-Christ,  ut  animalia  vidèrent  Dominum  natum  jacen- 
»  tem  in  prœsepio.  C'est  une  imagination  qui  n'a  point  d'autre 

>  fondement  qu'un  passage  d'Isaïe,  qui  n'a  aucun  rapport  à 
»la  naissance  de  Jésus-Christ.  L'Evangile,  ni  les  anciens  n'ont 

>  rien  dit  de  ces  deux  animaux  à  la  crèche  ;  ce  n'est  que  vers 

>  le  cinquième  siècle  qu'on  trouve  celte  application  au  lieu  où 

>  Jésus-Christ  est  né  (1).  >  Ici  Grancolas  fait  défaut  non  seu- 
lement au  sens  poétique,  mais,  qui  pis  est,  à  la  science  de 
l'antiquité.  Saint  Grégoire  de  Nazianze,  saint  Grégoire  de 
Nysse,  saint  Jérôme,  le  poète  Prudence ,  sont  comptés  parmi 
les  anciens  et  sont  des  Pères  du  quatrième  siècle  ;  cependant, 
ils  rendent  témoignage  sur  la  tradition  du  bœuf  et  de  l'âne  à 
la  crèche  du  Messie. 


(1)  Grancolas.  Commentaire  historique  sur  le  Bréviaire  Romain. 
Tome  IL  pag.  71-72. 


LITURGIQUES.  413 

Nous  citerons  ici  trois  des  Antiennes  de  l'Octave  de  Noël , 
in  Circumcisione  Domini  ;  on  jugera  mieux  de  l'ingénieuse 
critique  de  Grancolas.  Elles  ont  été  composées  dans  l'Eglise 
Romaine,  au  temps  des  hérésies  de  Nestorius  et  d'Eutychès, 
pour  confirmer  la  créance  des  fidèles ,  et  elles  ont  été  envi- 
ronnées de  la  plus  profonde  vénération  dans  tous  les  âges. 
Voici  la  première  : 

0  admirabile  commercium  !  Creator  generis  humani  ani- 
matum  corpus  sumens  de  Virginenasci  dignatus  est,  et  proce- 
dens  homo  sine  semine  largitus  est  nobis  suam  Deitatem. 

«  Les  Pères  de  l'Oratoire,  dit  Grancolas  qui  les  approuve 
»en  cela,  changent  la  fin  de  l'Antienne  0  admirabile,  et  au 
i>!ieu  de  procedens  homo  sine  semine,  ils  disent  nostrœ  factus 
»  mort alitât As  particeps ,  qui  est  une  expression  plus  cha- 
»  tîée.  »  Admirez  l'extrême  pudeur  de  Grancolas  et  des  Pères 
de  l'Oratoire.  Le  siècle  de  Louis  XV  était  bien  choisi  pour 
une  semblable  expurgation  du  langage  de  l'Eglise! 

Le  Docteur  attaque  ensuite  en  homme  de  goût  les  deux 
Antiennes  suivantes  : 

Ecce  Maria  genuit  nobis  Salvatorem  quem  Joannes  videns 
exclamavit  dicens  :  Ecce  Agnus  Dei,  ecce  qui  tollit  peccata 
mundi  ! 

Rubum  quem  viderat  Moyses  incombiistum ,  conservatam 
agnovimus  tuam  laudabilem  Virginitatem ,  Dei  Genitrix,  in- 
tercède pro  nobis, 

«  Cette  Antienne  Ecce  Maria*,,  quem  Joannes Cela  est 

»  bien  distant  l'un  de  l'autre ,  la  naissance  de  Jésus-Christ  par 
»  Marie,  et  sa  manifestation  par  saint  Jean,  dans  la  même 
j>  Antienne;  comme  aussi  Rubum,  l'allégorie  entre  le  buisson 
»ei  la  virginité  dans  une  An  tienne  \  »  Ainsi,  dix-huit  siècles 
après  l'accomplissement,  on  ne  peut ,  sans  un  anachronisme 
qui  révolte  le  Docteur,  rappeler,  en  présence  du  berceau  de 


414,  INSTITUTIONS 

l'Enfant  Jésus ,  sa  touchante  qualité  d'Agneau  de  Dieu,  ni  les 
rapports  qu'il  aura  avec  saint  Jean»  Grancolas  ne  se  doute 
pas  qu'il  attaque  ici  l'iconographie  chrétienne  de  tous  les 
siècles;  car  la  peinture  catholique  n'est  qu'un  reflet  de  la 
Liturgie.  Quant  à  sa  répugnance  à  voir  le  rapport  du  buisson 
qui  brûle  sans  se  consumer,  avec  la  virginité  de  Marie  que 
sa  maternité  n'altère  pas ,  on  ne  peut  que  plaindre  de  pareils 
hommes  et  déplorer  le  sort  de  la  poésie  catholique,  livrée  à 
la  merci  de  leur  brutalité. 

Ecoutons  pourtant  encore  notre  critique  :  rien  ne  saurait 
être  plus  instructif.  C'est  à  propos  de  ce  beau  Répons  des 
Matines  de  la  Circoncision  : 

Confirmatum  est  cor  Yirginis  in  quo  divina  mysteria  An* 
gelo  nuntlantc  concepit  :  tune  speciosum  forma  prœ  filiis  ho- 
minum  castis  suscepit  visceribus  *  et  benedicta  in  œternum 
Deum  nobis  protulil  et  hominem. 

Grancolas  se  croit  obligé  de  prévenir  qu'il  ne  faut  pas  con- 
clure de  ces  paroles,  cor  Virginis  in  quo  concepit,  que  Marie 
aurait  conçu  le  Sauveur  dans  son  cœur  et  non  dans  ses  en- 
trailles, et  il  a  le  courage  d'en  appeler  aux  paroles  de 
l'Ange  :  Concipies  in  utero  (1). 

Mais  voici  quelque  chose  plus  pitoyable  encore.  Le  neu- 
vième Répons  du  même  Office  est  formé  de  ces  gracieuses  et 
nobles  paroles  : 

Nesciens  Mater  Virgo  virum  peperit  sine  dolore  Salvatorem 
sœculorum  :  ipsum  Regem  Angelorum  sola  Virgo  lactabai 
ubere  de  cœlo  pleno» 

Qui  jamais  se  serait  imaginé  qu'il  fût  besoin  d'avertir 
ceux  qui  chantent  ce  Répons,  que  l'allaitement  du  divin  En 
fant  n'avait  pas  lieu  au  moyen  d'un  canal  de  communication 

(1)  Ibidem,  page  121. 


LITURGIQUES.  415 

par  lequel  le  lait  serait  descendu  du  ciel  au  sein  de  la  Vierge? 
C'est  pourtant  contre  cette  interprétation  burlesque  et  indé- 
cente que  Grancolas  cherche  gravement  à  prévenir  son  lec- 
teur (1).  Ces  délicatesses  de  poésie  et  de  piété  le  dégoûtent 
et  le  font  soupirer  sans  cesse  après  le  jour  où  tous  ces  pieux 
mouvements  seront  remplacés  par  des  phrases  de  la  Bible. 

Notre  réformateur  liturgique  ne  montre  pas  plus  d'indul- 
gence pour  les  inspirations  de  l'Eglise  sur  le  mystère  de  la 
Croix,  qu'il  n'en  a  fait  paraître  sur  celui  de  la  naissance  du 
Sauveur.  Il  dénonce  la  célèbre  strophe  :  0  Crux  ave,  spes 
unica  !  «  Cette  expression ,  dit-il ,  paraît  un  peu  forte  ;  on 
■»  pourrait  V adoucir,  en  disant  : 

»  0  Christ e ,  nostrœ  victima 
iSalutis,  et  spes  unica  : 
»  Servapios,  per  hanc  Crucem 
j>Reisque  dele  crimina  (2).  » 

C'est  tout-à-fait  le  système  de  Coftîn,  quand  il  adoucissait 
l'Ave  maris  stella.  Heureusement,  la  strophe  de  Grancolas 
n'a  été  adoptée  nulle  part.  Le  sentiment  qu'il  exprime  dans 
ces  vers  ne  rappelle  que  trop  le  mot  de  Luther  dans  sa  Li- 
turgie :  Nous  avons  en  horreur  les  fêtes  de  la  Croix  (3) .  Yoici 
encore  des  paroles  de  Grancolas  qui  témoignent  de  son  oppo- 
sition au  culte  des  instruments  delà  Passion  du  Sauveur  :  «  Ne 
»  serait-il  pas  à  propos  de  recommander  un  silence  perpétuel 
»sur  la  couronne  d'épines,  les  clous,  le  suaire  et  autres 
»  instruments  de  la  Passion;  choses  inconnues  dans  la  belle 

~\\)  Ibid.  page  124. 

(2)  Ibid.  page  224. 

(3)  Le  Brun,  Explication  de  la  Messe.  Tome  IV.  Liturgie  Luthérienne 
page  14. 


416  INSTITUTIONS 

»  antiquité ,  et  dont  on  n'a  presque  point  ouï  parler  avant  le 

>  douzième  siècle  (1)?  »  Ici,  au  mauvais  goût  se  joint  encore 
l'ignorance ,  car  les  monuments  les  plus  graves  et  les  plus 
anciens  déposent  en  faveur  de  l'existence  et  de  l'authenticité 
de  la  sainte  couronne  d'épines,  des  clous,  etc.  Pour  être 
juste,  nous  devons  dire  que  Grancolas  ajoute  :  c  On  peut 

>  honorer  le  saint  Sépulcre  et  la  vraie  Croix  (2).  > 

Parmi  les  nombreux  monuments  de  l'inspiration  litur- 
gique, la  Chrétienté  admire  avec  transport  le  beau  chant 
connu  sous  le  nom  de  Prœconium  P  as  chah ,  et  qui,  com- 
mençant par  ces  mots  :  Exultet  jam  Angelica  turba  cœlorum, 
éclate  avec  une  si  ineffable  jubilation ,  à  l'Office  du  Samedi- 
Saint.  Voici  l'avis  de  Grancolas  sur  cette  magnifique  pièce, 
qui  n'a  pas,  il  est  vrai,  le  mérite  d'être  composée  de  Versets 
de  la  Bible  :  <  Cette  prière  est  fort  obscure  et  très  difficile 
»  à  expliquer  pour  lui  donner  un  bon  sens  (3).  » 

S'agit-il  de  L'immortel  Office  du  Saint  Sacrement,  l'œuvre 
du  Docteur  angéiique,  notre  critique  nous  dit  avec  un  im- 
perturbable sang-froid  :  <  Quand  on  voudra  examiner  de 

•  près  cet  Office,  on  ne  trouvera  point  qu'il  mérite  de  si 
»  grands  éloges;  car,  outre  qu'il  ne  serait  pas  difficile  d'en 

•  faire  un  plus  exact ,  c'est  que  l'Hymne  Pange,lingua,  est 

>  très  plate.  On  y  voit  Jésus-Christ  appelé  Fructus  ventris  gc- 
»  nerosi  !  Le  Sacris  solemniis  est  celle  où  il  y  a  le  plus  de  feu 
>et  d'élévation.  Ces  Hymnes  n'ont  ni  pieds,  ni  cadence,  et 
»  ne  sont  qu'une  pure  rime  ou  rimaille  !  La  Prose  Lauda,  Sion, 
»  serait  plus  complète,  si  on  en  retranchait  plusieurs  des 

>  premières  strophes  (A)  !  »  Nous  espérons  qu'on  nous  dis- 

(1)  Ibidem,  page  286. 

(2)  Ibidem. 

(3)  Ibidem,  page  294, 

(4)  Ibidem,  page  39i. 


LITURGIQUES.  417 

pensera  d'un  commentaire  sur  ces  monstruosités  non  moins 
énormes,  en  fait  de  poésie,  que  scandaleuses  en  fait  de 
Liturgie. 

Encore  un  trait  :  c'est  le  jugement  de  Grancolas  sur  les 
Antiennes  à  la  Sainte  Vierge,  Aima  Redemptoris,  Ave  Regina, 
Regina  cœli ,  Salve  Regina,  «  Ces  Antiennes,  dit-il ,  faites  par 
»  des  Moines  et  ajoutées  à  leur  Office ,  ne  méritaient  guère 
»  d'entrer  dans  nos  Bréviaires,  tant  pour  leurs  expressions 
tassez  peu  mesurées,  que  pour  leur  composition,  qui  était 
»  des  plus  plates  (1).  » 

Telle  était  la  critique  littéraire  sur  la  Liturgie,  au  dix- 
huitième  siècle,  non  sous  la  plume  de  Voltaire,  mais  sous  celle 
d'un  savant  Docteur  de  Sorbonne,  d'un  auteur  qui  a  exercé 
une  influence  considérable  sur  la  révolution  que  nous  racon- 
tons, d'un  auteur  dont  le  livre  ,  fort  remarquable  d'ailleurs, 
a  obtenu ,  au  siècle  dernier,  les  honneurs  d'une  traduction 
latine ,  en  Italie.  Nous  ne  pouvions ,  ce  nous  semble,  prouver 
par  des  faits  plus  expressifs  que  sous  le  point  de  vue  de  l'ap- 
préciation de  la  Liturgie  antérieure,  le  sens  poétique  avait 
totalement  manqué  aux  auteurs  de  l'innovation.  Montrons 
maintenant  qu'ils  en  ont  été  tout  aussi  dépourvus  dans  leurs 
propres  compositions. 

Dans  les  Offices ,  non  seulement  de  l'Eglise  Romaine ,  mais 
des  Eglises  Ambrosienne ,  Gothique ,  Orientale ,  les  différents 
chants  forment  un  ensemble  lyrique  et,  par  conséquent,  éloi- 
i  gné  de  toute  progression  calculée.  Dans  les  diverses  solennités, 
ces  Offices  ont  pour  but  de  célébrer  des  événements  accom- 
plis, et  jamais  saint  Grégoire,  ni  les  autres  liturgistes  anciens, 
n'eurent  l'intention  de  les  disposer  de  manière  qu'une  partie 
de  l'Office  préparât  à  l'autre.  La  plupart  du  temps,  l'objet 

i  (1)  Ibidem.  Tome  l.  pagô  263, 

T.  II.  2? 


418  INSTITUTIONS 

principal  de  la  solennité  éclate  dès  le  début  par  quelque  forte 
aspiration  et  vient  tout  d'abord  ouvrir  passage  à  l'enthou- 
siasme que  les  fidèles  gardaient  dans  leur  cœur.  Nos  graves 
Sorbonnistes  ne  se  doutèrent  jamais  que  cette  apparence  de 
désordre  fut  tout  simplement  la  nature  môme,  et  une  de  leurs 
plus  chères  préoccupations  fut  celle  de  rétablir  l'harmonie 
dans  les  Offices  divins ,  et  d'en  disposer  les  diverses  parties 
avec  un  aussi  exact  enchaînement  que  les  syllogismes  d'une 
argumentation  ihéologique.  Tous  les  nouveaux  Bréviaires 
déposent  de  celte  naïve  intention  des  très  sages  Maîtres  : 
voyons  maintenant  leurs  théories. 

Foinard  s'est  donné  la  peine  de  les  exposer  de  sang-froid 
dans  son  Projet  d'un  nouveau  Bréviaire,  et  voici  la  méthode 
suivant  laquelle  il  entend  à  l'avenir  faire  procéder  l'Eglise. 
D'abord,  dit-il,  que  tout  soit  bien  lié  et  se  rapporte  dans  le 
corps  entier  de  chacun  des  nouveaux  Offices  (1).  Que  l'en- 
thousiasme, l'inspiration  n'aient  rien  à  y  faire.  Tout  s'enchaî- 
nera ,  sans  qu'il  y  ait  le  plus  petit  intervalle  à  franchir  entre 
les  Antiennes,  les  Capitules  et  les  Répons  ;  rien  ne  sera  plus 
tranquille  qu'une  pareille  marche.  Malheureusement  pour  le 
système  de  Foinard ,  non  seulement  tous  les  liturgistes  ont 
procédé  autrement,  mais  David  et  les  Prophètes  qui  avaient 
pourtant  l'Esprit  de  Dieu  ,  n'ont  guère  tenu  compte  de  cette 
allure  compassée. 

Pour  en  venir  à  l'application  du  principe,  le  Curé  de  Calais 
déclare  que,  dans  un  Office  en  particulier,  les  Antiennes  des 
premières  Vêpres  devront  être  formées  de  Versets  tires  des 
Prophéties  sur  le  mystère ,  et  suivies  d'un  Capitule  conçu  en 
forme  d'instruction  préparatoire.  Les  Matines  et  les  Laudes 
offriront  le  développement  du  fait;  enfin,  les  Antiennes  des 

(1)  Foinard,  Projet  d'un  nouveau  Bréviuire.  page  73. 


LIÏURÔIQUES.  419 

secondes  Vêpres  seront  composées  de  réflexions  sur  la  fête  (1). 
Et  comme  tout  doit  être  chanté  dans  l'Eglise,  on  chantera 
des  Réflexions  ;  ce  qui  sera  tout  aussi  propre  à  l'enthousiasme 
musical ,  que  le  bel  ensemble  que  nous  promet  Foinard  sera 
conforme  aux  habitudes  lyriques.  Aussi,  faut-il  voir  com- 
ment le  grotesque  Docteur,  transformé  en  poète,  sans  le  sa- 
voir, fait  bon  marché  de  l'Eglise  Romaine  qui ,  dans  la  fête  de 
l'Ascension  ,  s'écrie  étourdiment  dès  le  début  des  premières 
Vêpres  :  Viri  Galilœi ,  qui  aspicitis  in  cœlum  :  hic  Jésus  qui 
assumptus  est  a  vobis  in  cœlum  sic  veniet,  alléluia!  et  dans 
la  solennité  de  l'Assomption  :  Assumpta  est  Maria  in  cœlum , 
gaudent  Angeli ,  laudantes  benedicunt  Dominum  ;  et  dans  la 
fête  de  saint  André  :  Salve,  Crux  pretiosa  !  suscipe  discipu- 
lum  ejus  quipependit  in  te,  magister  meus  Christus  (2).  Doit- 
on  s'étonner,  après  cela,  que  le  siècle  qui  vit  mettre  au  jour 
et  s'établir  d'aussi  plates  théories ,  soit  devenu  le  siècle  du 
rationalisme  et  ait  cherché,  en  finissant,  à  étouffer  pour  ja- 
mais l'esprit  sous  la  matière  ? 

C'est  avec  la  même  ingénuité  que  Foinard  demande  qu*ori 
ne  fasse  plus  lire  dans  les  Offices  divins  les  passages  de  l'Ecri- 
ture qui  renferment  les  imprécations  des  Juifs  contre  le  Sau- 
veur. Il  signale  principalement,  dans  le  Bréviaire  Romain , 
e  Capitule  des  Laudes,  dans  l'Office  de  la  Férié,  au  temps 
le  la  Passion  : 

Venite  mittamus  Ugnum  in  panem  ejus  ,  et  eradamus 
»im  de  terra  viventium,  et  nomen  ejus  non  memoretur  am- 
Mus. 

Le  Docteur  trouve  de  l'inconvenance  à  mettre  ces  paroles 
ins  la  bouche  de  l'Officiant.  Il  a  peur  sans  doute  qu'on  ne  le 

(1)  Ibidem,  page  93. 

[2)  Ibidem, 


420  INSTITUTIONS 

prenne  au  mot,  et  que  le  peuple  fidèle  ne  le  confonde  avec 
ces  prêtres  Juifs  qui  criaient  :  Toile ,  crucifige  (1). 

C'est  avec  une  aussi  rare  intelligence  dos  nécessités  de  la 
poésie  lyrique,  dans  les  Offices  divins,  que  le  Docteur  Robinet, 
dans  la  composition  de  son  Bréviaire,  crut  devoir  s'interdire 
tous  les  passages  de  l'Ecriture  que  celui  qui  récite  ne  pour- 
rait s'appliquer  à  lui-même.  Son  but,  tel  qu'il  l'expose  dans 
une  brochure  ratîtulée  :  Lettre  d'un  Ecclésiastique  à  un  Curé 
sur  le  plan  d'un  nouveau  Bréviaire,  est  de  choisir  pour  An- 
tiennes cl  pour  Rép&ns  des  textes  qui,  prononcés  par  ceux  qui 
récitent  l'Office,  deviennent  des  mouvements  de  leur  cœur  vers 
Dieu  {-}).  Un  texte  ne  convient  qu'autant  qu'il  s'accommode 
aux  expressions  d'un  homme  qui  croit,  qui  craint,  qui  espère; 
dur.  homme,  en  un  mot,  nui  EXPRIMÉ  SES  propres  sentiments 
et  qui,  en  qualité  de  suppliant,  remplit  les  devoirs  essentiels  de 
(a  prière  (3). 

Remarquons  ici  l'aveu  précieux  du  Docteur.  Le  Bréviaire 
est  une  œuvre  si  individuelle ,  qu'on  a  tout  fait  pour  sa  per- 
fection, quand  on  Ta  mis  en  état  de  servir  d'expression 
aux  sentiments,  à  la  prière  personnelle  d'un  homme.  De 
plus,  quel  oubli  du  génie  Ces  Livres  Saints,  du  Psau- 
tier lui-même,  dans  lequel  on  entend  tour  à  tour  la  voix 
majestueuse  du  Père  céieste ,  les  soupirs  et  îes  chants  de 
triomphe  de  l'Homme-Dieu,  les  blasphèmes  et  les  complots 
des  méchants!  Tel  est  pourtant  le  système  du  Docteur  Ro- 
binet, et  il  en  est  si  content  que  ,  dans  son  outrecuidance, 
il  ose  dire,  en  parlant  de  son  propre  Bréviaire  :  «  Il  a  fallu 
>pour  réussir  autant  de  patience  que  d'application.  Le  ira 

(1)  Ibidem,  page  6i. 

(2)  Robinet.  Lettre  d'un  Ecclésiaiïiqdc  à  un  Curé  sur  le  plan  d'ui 
nouveau  Bréviaire,  page  2. 

(3)  Ibid.  page  4. 


LITURGIQUES.  421 

»  vaîl  a  été  adouci  par  l'espérance  que  j'ai  conçue  de  ramener 
»  notre  siècle  au  but  que  l'Eglise  se  propose  dans  ses  Of- 
»  fices  (  { ).  »  Voilà  bien ,  encore ,  un  de  ces  traits  qui  prouvent 
mieux  que  tout  ce  que  nous  pourrions  dire,  les  intentions 
expresses  des  réformateurs  de  la  Liturgie;  habemus  confia 
tentem  reum.  lis  ne  se  proposent  ni  plus  ni  moins  que  de 
ramener  leur  siècle  au  but  que  l'Eglise  se  propose  dans  la 
Liturgie.  Mais  qu'est-ce  que  leur  siècle,  si  ce  n'est  l'Eglise 
de  leur  temps,  puisque  ces  nouveaux  Bréviaires  qu'ils  veulent 
établir  diffèrent  totalement  non  seulement  du  Bréviaire  Ro- 
main, mais  de  tous  ceux  qui  ont  été  suivis  jusqu'alors  dans 
la  Chrétienté? 

Robinet,  s'apercevant  pourtant  que  son  système  de  n'em* 
ployer  que  des  textes  formés  de  prières ,  appauvrirait  par 
trop  son  Bréviaire,  et  qu'il  lui  serait  difficile  d'en  remplir  îe 
cadre,  eut  recours  à  un  expédient  ingénieux,  mais  peu 
sincère.  Il  imagina  d'assimiler  aux  textes  renfermant  des 
supplications,  ceux  qui  sont  en  style  narratif,  et,  par  là, 
i  il  décupla  ses  ressources,  puisque  tous  les  livres  historiques 
de  la  Bible  et  les  passages  narratifs  des  autres  livres  se  trou- 
vaient ainsi  à  sa  disposition.  Mais  quel  étrange  prosaïsme 
!  que  de  s'interdire,  à  plaisir,  les  grands  effets  liturgiques  que 
produisent  au  Bréviaire  Romain,  et  môme  dans  le  Parisien 
moderne,  les  Antiennes  et  les  Répons  formés  soit  des  paroles 
'jde  Jésus-Christ  enseignant,  souffrant,  ou  triomphant,  soit 
Ides  sublimes  monologues  de  la  divine  Sagesse  dans  l'Ancien 
Testament!  L'œuvre  de  Robinet  était  le  produit  du  génie 
particulier  qui,  non  content  d'avoir  jugé  la  Liturgie  de  l'E- 
Iglise  et  de  l'avoir  trouvée  au-dessous  d'elle-même,  voulait 
la  réhabiliter  à  lui  tout  seul,  et  parler  en  son  nom  jusque 

(1)  Ibid.  page  6, 


422  INSTITUTIONS 

dans  la  moindre  parcelle  de  son  œuvre  humaine  et  nouvelle. 
Robinet  fut  vivement  attaqué  sur  son  étrange  système  ,  par 
un  anonyme  qui  composa  une  brochure  sous  ce  titre  :  Lettre 
d'un  ancien  Bénéficier  de  V Eglise  de  Saint-Germain-l'Auxer- 
rois,  à  un  Chanoine  de  l'Eglise  Cathédrale  d'Agen,  sur  le 
nouveau  Bréviaire  du  Mans  (1). 

Si  donc  l'on  considère  les  principes  généraux  de  la  com- 
position liturgique  des  modernes  successeurs  de  saint  Gré- 
goire ,  on  voit  que  le  sens  poétique  leur  a  manqué  complète- 
ment. Sur  les  détails,  ils  y  ont  paru  tout  aussi  étrangers  : 
car  nous  ne  saurions  considérer  comme  un  mérite  le  style 
classique  et  payen  d'un  grand  nombre  d'Hymnes  de  Santeul. 
Ces  pastiches  d'Horace  sont  hors  de  leur  place  dans  un  Bré- 
viaire. Nous  conviendrons  toutefois  qu'un  nombre  assez 
considérable  des  nouveaux  Répons  et  des  nouvelles  Antiennes 
présente  des  accidents  d'une  haute  poésie;  mais  on  doit 
l'attribuer  à  la  divine  magnificence  des  Livres  Saints,  dont 
les  fragments,  si  mutilés  qu'ils  soient,  gardent  souvent  en- 
core une  partie  de  leur  éclat.  C'est  donc  à  l'inspiration  de 
l'écrivain  sacré  qu'il  faut  en  faire  honneur,  et  non  au  goût 
de  nos  docteurs ,  qui  en  est  demeuré  totalement  innocent. 

Leur  grand  principe  décomposition  était,  comme  on  sait, 
de  tirer  de  l'Ecriture  Sainte  tous  les  matériaux  des  nouveaux 
Répons  et  Antiennes  ;  mais,  pour  cela,  il  eût  été  bon  de  sen- 
tir la  différence  des  styles  de  l'Ecriture.  Ainsi ,  il  ne  pouvait 
pas  être  égal  de  tirer  un  Répons  de  Salomon,  d'Isaïe,  des 
Psaumes,  etc.,  ou  de  l'emprunter,  par  exemple,  aux  endroits 
familiers  des  Epitres  des  Apôtres  dans  lesquels  le  style  s'em- 
barrasse de  conjonctions ,  d'adverbes ,  d'inversions  qui  le 
rendent  difficile  même  pour  la  simple  lecture.  La  pensée  que 

(1)  34  pages  in- 12. 1752.  sans  lieu  d'impression, 


LITURGIQUES.  423 

tous  ces  centons  ne  seraient  utiles  qu'autant  qu'on  les 
pourrait  mettre  en  chant,  et  qu'on  ne  les  plierait  aux 
règles  de  la  musique  qu'autant  qu'ils  en  seraient  suscep- 
tibles, ne  leur  vint  même  jamais  dans  l'esprit  (l).Foinard 
ne  trouvait-il  pas  tout  naturel  de  faire  changer  des  réflexions 
en  Antiennes?  Comment  aurait-il  été  frappé  des  différences 
du  style  poétique  et  musical,  avec  le  style  d'une  conversa- 
tion familière?  Comment  se  serait-il  aperçu  que  toutes  les 
pièces  de  l'Antiphonaire  Grégorien  ont  été  choisies  suivant 
les  règles  dont  nous  parlons  (2) ,  et  que  le  texte  même  de 
l'Ecriture  a  souvent  été  remanié  pour  être  adapté  plus 
aisément  aux  nécessités  musicales?  Mais  le  sens  avec  lequel 
on  juge  ces  sortes  de  choses  manquait  entièrement  à  ces 
hommes  aussi  obtus  que  profondément  pédans. 

Jamais  donc  ils  ne  se  doutèrent  du  prosaïsme  de  leur 
compilation,  ni  de  l'impuissance  de  tous  les  musiciens  du 
monde  à  revêtir  d'un  chant  passable  ces  bouts  de  Versets 
qu'ils  entassaient  avec  tant  de  triomphe.  Les  exemples  à  citer 
seraient  innombrables;  mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  nous  y 
appesantir.  Nous  citerons  cependant  comme  échantillon  du 
nouveau  Parisien,  les  Antiennes  des  secondes  Vêpres  de  la 
fête  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul.  Il  serait  difficile  de 

(1)  Le  lecteur  a  vu,  dans  la  Lettre  Pastorale  du  Missel  de  Vintimille, 
qu'on  avait  fini  par  s'apercevoir  de  cette  distraction  des  rédacteurs  du 
Bréviaire.  Les  musiciens  avaient  sans  doute  réclamé  sur  leur  impuis- 
sance a  noter  certains  Répons  et  Antiennes. 

(2)  Foinard  et  ses  successeurs  auraient  bien  dû  se  demander  pour- 
quoi saint  Grégoire  qui,  dans  son  Responsorial ,  garde  inviolabiement 
la  coutume  d'extraire  les  Répons  de  Matines  des  livres  de  l'Ecriture 
occurrente,a  dérogea  cet  usage  durant  les  semaines  après  l'Epiphanie 
où  on  lit  lesEpîtres  de  saint  Paul.  Mais  tous  ces  grands  hommes  qui 
rejetaient  si  loin  l'Office  Romain,  comme  au-dessous  des  besoins  d§ 
l'Eglise,  s'étaient  bien  gardés  d'y  comprendre  quelque  chose. 


424  INSTITUTIONS 

choisir,  dans  toute  l'Ecriture  ,  des  passages  moins  faits 
pour  être  chantés,  tant  pour  le  ton  qui  y  règne  que  pour  la 
facture  du  style.  Quand  on  pense  que  Vigier  et  Mesenguy 
avaient  toute  l'Ecriture  à  leur  disposition,  on  ne  peut  s'em- 
pêcher de  reconnaître  leur  mauvaise  intention,  d'aller  cher- 
cher dans  une  seule  Epître  la  matière  de  ces  cinq  Antiennes, 
eux  qui  savent  si  bien  fouiller  la  Bible  toute  enlière  pour 
fournir  aux  diverses  parties  des  nouveaux  Offices.  On  voit 
que,  non  contents  d'avoir  supprimé  l'antique  Octave  delà 
fête  de  saint  Pierre ,  ils  ont  à  cœur  de  retrancher  de  son 
Office  tout  ce  qui  pourrait  exalter  l'enthousiasme  des  fidèles. 
Voyez  plutôt: 

\.  Justum  arbitror  quandiu  sum  in  hoc  tabernaculo ,  sus~ 
citare  vos  in  commonitione. 

2.  Velox  est  depositio  tabcrnaculi  mei,  secundum  quod  et 
Dominus  noster  Jesus-Christus  significavit  mihi. 

3.  Dabo  operam  et  fréquenter  habere  vos  post  obitxim  meum, 
ut  horum  memoriam  faciatis. 

4.  Properantes  in  adventum  diei  Domini,  satagite  imma- 
culati  et  inviolati  ei  inveniri  in  pace. 

5.  Domini  nostri  longanimitatem  salutem  arbitrcmini ;  si- 
eut  et  carissimus  f rater  noster  Paulus ,  secundum  datam  sibi 
sapienliam  scripsit  vobis. 

Certes,  le  ton  de  ces  cinq  Antiennes  n'a  rien  qui  ne  soit 
parfaitement  d'accord  avec  le  style  de  ces  réflexions  que  Foi- 
nard  voulait  placer  aux  secondes  Vêpres  :  mais  assurément 
saint  Grégoire  lui-même  se  fût  reconnu  impuissant  à  mettre 
en  chant  :  Justum  arbitror  —  quandiu  sum  in  hoc  —  secun- 
dum quod  et  —  et  fréquenter  habere  vostpost  —  immaculati  et 
inviolati  ei  inveniri  in ,  etc. 

Un  trait  choisi  entre  mille  dans  le  Bréviaire  de  Robinet, 


LITURGIQUES.  425 

ne  sera  pas  moins  propre  à  réjouir  le  lecteur.  C'est  l'An- 
tienne  solennelle  des  Laudes  du  jour  même  de  Noël  : 

Pastores  videntes  cognoverunt  de  verbo  quod  diçtum  erat 
Mis  de  puero  hoc. 

Après  ce  puero  hoc ,  il  nous  semble  que  nous  n'avons  plus 
rien  à  ajouter  pour  le  moment. 

Voyons  maintenant  si,  sur  le  fond,  nos  modernes  liturgistes 
ont  été  plus  heureux  que  sur  la  forme.  On  sait  que  leur 
prétention  était  de  faire  que ,  désormais ,  on  n'eût  jplus  à 
prier  Dieu  qu'avec  la  parole  de  Dieu  même  :  Deum  de  suo 
rogare.  Cela  voulait  dire  que  Répons,  Antiennes,  Versets, 
tout  serait  désormais  tiré  de  la  Bible.  Sur  les  mystères  dont 
l'accomplissement  est  rapporté  dans  les  saintes  Ecritures, 
on  conçoit  encore  qu'on  pourrait  trouver ,  tant  bien  que 
mal ,  un  nombre  suffisant  de  textes  pour  remplir  les  divers 
cadres,  en  bannissant  les  magnifiques  pièces  de  style  ecclésias- 
tique qui  exprimaient  les  mystères  d'une  manière  bien  plus 
précise ,  ayant  souvent  été  composées  contre  des  hérétiques. 
Mais  quand  il  s'agirait  de  l'Office  des  Saints,  la  Bible  pourrait- 
elle  fournir  aussi  abondamment  ?  ne  serait-elle  pas  muette 
souvent  dans  ces  occasions,  en  sorte  qu'il  n'y  aurait  plus 
d'autre  ressource  que  le  sens  accommodatice  ?  Mais  ce  sens , 
qui  n'est  que  dans  les  mots  ,  est-il  la  parole  de  Dieu  ?  Est-ce 
là  Deum  de  suo  rogare  ? 

Aiusi  le  système  croule  de  lui-même  dans  toutes  les  occa- 
sions où  il  s'agit  de  composer  l'Office  et  même  le  Commun  de 
la  plupart  des  Saints ,  à  moins  que  l'on  ne  veuille  étaler  de 
simples  maximes  générales  de  morale  qui  ne  sont  employées 
qu'improprement  à  la  louange  de  ces  amis  de  Dieu.  Nos  fai- 
seurs sentirent  cette  indigence  de  leur  système  et  se  mirent 
à  bâtir  des  Offices  avec  des  textes  qui  semblaient  foire  allusion 
i  aux  faits  qu'ils  voulaient  célébrer,  mais  qui,  en  réalité,  n'y 


V 


426  INSTITUTIONS 

avaient  aucun  rapport.  En  cela ,  ils  allaient  contre  leurs  en- 
gagements, et  bien  souvent  encore  Pirrévérence  commise 
contre  la  parole  sainte  rejaillissait  sur  les  Saints  eux-mêmes, 
qu'ils  avaient  prétendu  louer  mieux  que  l'Eglise  Romaine. 
Citons  quelques  exemples  ;  nous  les  tirerons  du  Bréviaire  de 
Robinet  qui  est  suivi ,  comme  nous  l'avons  dit ,  dans  trois 
Eglises  de  France. 

Au  jour  de  l'Assomption  de  la  Sainte  Vierge ,  l'Antienne 
des  premières  Vêpres  est  ainsi  conçue  :  Magna  eris  et  nomen 
tuum  nominabitur  in  universa  terra.  Ce  texte  paraît  fort  beau, 
et  on  est  tenté  d'aller  le  chercher  dans  la  source  d'où  il  est 
tiré ,  pour  en  admirer  de  plus  près  le  merveilleux  à-propos. 
Qu'on  aille  donc  consulter  le  livre  de  Judith,  chapitre  XI, 
verset  21,  suivant  l'indication  que  Robinet  en  donne  lui- 
même  :  qu'y  trouvera-t-on ?  Sont-ce  les  éloges  des  An- 
ciens de  Béthulie  à  la  libératrice  de  cette  ville?  Non;  c'est 
Holopherne  qui  parle  et  qui  dit  à  la  pieuse  veuve ,  pour  la 
récompenser  de  ce  qu'il  estime  être  sa  trahison  :  Tu  in  domo 
Nabuchodonosor  magna  eris,  et  nomen  tuum  nominabitur 
in  universa  terra.  Certes ,  si  l'application  de  ces  paroles  à 
la  Sainte  Vierge  n'est  pas  un  blasphème,  il  faut  dire  alors  que 
la  parole  d' Holopherne  est  la  parole  de  Dieu,  et  la  maison  de 
Nabuchodonosor  le  Royaume  des  cieux.  Que  les  admirateurs 
des  nouvelles  Liturgies  nous  expliquent  ce  qu'il  faut  en  croire. 

Au  Commun  d'un  Abbé  ou  d'un  Moine,  le  Capitule  de 
Tierce  est  ainsi  conçu  :  Descenderunt  multi  quœrentes  judi- 
cium  et  justitiam  in  desertum,  et  sederunt  ibit  avec  Pindi* 
cation  suivante  :  J.  Machab.  IL  29.  Voilà  un  beau  texte  : 
c'est  évidemment  une  prophétie  sur  l'état  monastique.  Cepen- 
dant, si  nous  cherchons  au  lieu  indiqué,  nous  voyons  tout 
d'abord  que  Robinet  n'a  pas  été  plus  sincère  en  cet  endroit 
qu'en  celui  du  livre  de  Judith  j  car  nous  lisons  ;  Et  sederunt 


LITURGIQUES.  427 

ibi  IPSI ,  ET   FILII    EORUM  ,    ET    MULIERES  EORUM   ET  PECORA 

eorum.  Voilà  d'étranges  Moines  avec  leurs  enfants,  leurs 
femmes  et  leurs  bestiaux  !  Encore  une  fois ,  ce  n'est  pas  là 
de  Y  Ecriture  Sainte  sur  l'état  monastique  ;  c'est  une  super- 
cherie déplacée  et  rien  autre  chose. 

Voici  quelque  chose  de  pis  encore  ;  car  Robinet  lance  une 
grosse  hérésie ,  sans  s'en  apercevoir.  Du  moins ,  on  ne  dira 
pas  qu'en  cela  il  abonde  dans  le  sens  du  Gallicanisme.  C'est 
dans  l'Office  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul ,  au  cinquième 
Répons. 

^.  JJrbs  fortitudinis  nostrœ  Sion  ;  Sahator  ponetur  in  ea  * 
Murus  et  antemurale.  f.  Tu  es  Petrus  et  super  hanc  petram 
*  Murus  et  antemurale. 

Ainsi,  Sion  est  la  cité  de  notre  force ,  le  Sauveur  en  est  la 
muraille  et  le  rempart  ;  saint  Pierre  est  la  pierre ,  et  sur  cette 
pierre  est  la  muraille  et  le  rempart.  Jésus-Christ  est  donc  ap- 
puyé sur  saint  Pierre ,  et  non  saint  Pierre  sur  Jésus-Christ. 
Si  le  Répons  n'a  pas  ce  sens,  il  n'en  a  aucun.  Et  tout  cela 
s'appelle  :  Deum  de  suo  rogare  ! 

Disons  plutôt  que  ces  hommes ,  en  refaisant  ainsi  la  Litur- 
gie à  la  mesure  de  leur  propre  génie ,  bien  qu'ils  n'aient  pas 
senti  tout  le  mal  qu'ils  nous  faisaient ,  à  raison  de  leur  com- 
plète ignorance  dans  les  choses  du  goût ,  ont  fait  ce  qu'ils  ont 
pu ,  en  France ,  pour  l'extinction  totale  de  la  poésie  catho- 
lique, en  y  abolissant  les  antiques  chants  de  la  Chrétienté 
et  nous  jetant  en  place  le  décousu  prétentieux  de  leurs  An- 
tiennes et  de  leurs  Répons  bibliques.  Nous  n'étendrons  pas 
davantage  ces  considérations  sur  l'innovation  liturgique  sous 
le  rapport  littéraire,  puisque  nous  devons  traiter  de  la  langue 
et  du  style  de  la  Liturgie ,  dans  une  des  divisions  de  cet  ou- 
vrage. Passons  aux  influences  de  la  révolution  liturgique  sur 
Je  chant, 


428  INSTITUTIONS 

C'est  encore  ici  une  des  plaies  les  plus  profondes  que  nous 
ayons  à  signaler.  On  peut  envisager  la  question  sous  le  rap- 
port purement  esthétique  de  l'art,  et  sous  celui  bien  autre- 
ment grave  du  sentiment  catholique.  Nous  dénoncerons 
d'abord  les  barbares  anti-liturgistes  du  dix-huitième  siècle, 
comme  ayant  privé  notre  patrie  d'une  des  plus  admirables 
gloires  de  la  Catholicité.  On  a  vu  ailleurs  comment  le  der- 
nier débris  des  richesses  de  la  musique  antique  avait  été 
déposé  par  les  Pontifes  Romains ,  et  principalement  par  saint 
Grégoire,  dans  le  double  répertoire  connu  sous  le  nom  dMn- 
tiphonaire  et.  de  Responsorial  Romain,  Ce  recueil ,  formé 
de  plusieurs  milliers  de  pièces ,  la  plupart  d'un  caractère 
fort  et  mélodieux ,  avait  accompagné  tous  les  siècles  Chré- 
tiens dans  la  manifestation  de  leurs  joies  et  de  leurs  dou- 
leurs; de  lui  étaient  sorties  les  inspirations  de  Palestrina 
et  des  autres  grands  artistes  catholiques;  enfin,  c'était  un 
sublime  spectacle  pour  la  postérité,  que  ce  génie  de  conser- 
vation inné  dans  l'Eglise  Catholique,  au  moyen  duquel  la 
fameuse  musique  des  Grecs,  l'harmonie  des  temps  antiques, 
arrivait  ainsi  épurée,  corrigée,  devenue  Chrétienne,  aux 
barbares  oreilles  des  occidentaux  qu'elle  avait  tant  contribué 
à  adoucir  et  à  civiliser. 

Or,  de  la  publication  des  nouveaux  Bréviaires  et  Missels 
dans  lesquels  les  anciennes  formules  étaient  presque  en  to- 
talité remplacées  par  d'autres  toutes  nouvelles,  devait  ma- 
tériellement s'ensuivre  la  suppression  de  toutes  ces  antiques 
mélodies,  la  perte,  par  conséquent,  de  plusieurs  milliers  de 
morceaux  antiques,  dont  un  grand  nombre  était  remarquable 
par  un  caractère  noble  et  original.  Voilà ,  certes ,  un  acte 
de  vandalisme  s'il  en  fut  jamais ,  et  qu'on  ne  s'est  pas  encore 
avisé  de  reprocher  à  ce  dix-huitième  siècle  qui  avait  la  rage  de 
tout  détruire.  Et  quelle  excuse  donnait-on  pour  justifier  une 


LITURGIQUES.  429 

si  monstrueuse  destruction?  D'un  côté,  les  faiseurs  litur- 
gistes,  comme  Foinard ,  disaient  que  rien  ne  serait  plus  aisé 
que  de  transporter  les  motifs  des  anciens  Répons,  Antiennes, 
etc.  (1),  sur  les  nouvelles  formules ,  et  nous  avons  vu  com- 
ment ils  s'entendaient  à  préparer  le  thème  du  compositeur. 
D'autre  part,  il  y  avait  des  forgeurs  de  plain-chant  qui 
croyaient  bonnement  qu'en  ne  sortant  point  matériellement 
du  caractère  des  huit  Modes  Grégoriens  dans  la  composition 
des  nouveaux  chants,  on  suffirait  à  tout;  comme  si  ce  n'était 
rien  que  de  perdre  une  immense  quantité  de  pièces  des  cin- 
quième et  sixième  siècles,  vraies  réminiscences  des  airs  an- 
tiques; comme  si ,  pour  être  parfaitement  dans  les  règles  de 
la  tonalité  Grégorienne,  on  était  assuré  de  l'inspiration  ;  car, 
encore  une  fois,  il  fallait  faire  mieux  que  les  Romains  ,  ou 
ne  pas  s'en  mêler. 

Ce  fut,  certes,  une  grande  pitié  que  de  voir  successivement 
nos  Cathédrales  oublier  les  vénérables  Cantiques  dont  la 
beauté  avait  si  fort  ravi  l'oreille  de  Cbarlemagne ,  qu'il  en 
avait  fait,  de  concert  avec  les  Pontifes  Romains,  un  des  plus 
puissants  instruments  de  civilisation  pour  son  vaste  empire , 
et  d'entendre  résonner  à  grand  bruit  un  torrent  de  nouvelles 
pièces  sans  mélodie ,  sans  originalité,  aussi  prosaïques ,  pour 
l'ordinaire ,  que  les  paroles  qu'elles  recouvraient.  On  avait 
calqué,  il  est  vrai ,  un  certain  nombre  de  morceaux  Grégo- 
riens ,  et  plusieurs  même  assez  heureusement  ;  quelques 
pièces  nouvelles  avaient  de  l'invention  ;  mais  la  masse  était 
d'une  brutalité  effrayante ,  et  la  meilleure  preuve ,  c'est  qu'il 
était  impossible  de  retenir  par  cœur  ces  chants  nouveaux, 
tandis  que  la  mémoire  du  peuple  était  le  répertoire  vivant 
du  plus  grand  nombre  des  chants  Romains.  Assurément, 

(1)  Projet  d'un  nouveau  Bi^viaîre?  page  1SQ, 


430  INSTITUTIONS 

pour  faire  passer  ces  assommantes  mélodies  ,  ce  n'était 
pas  irop  des  serpents,  des  basses  et  du  contre-point,  sous 
le  bruit  desquels  disparaissait  presque  entièrement  le  fonds  ; 
tandis  que  le  récit  Grégorien,  vif,  animé,  souvent  sylla- 
bique,  étant  déclamé  avec  sentiment,  même  à  r unisson, 
produisait  de  si  grands  effets  et  se  gravait  si  avant,  avec  les 
pensées  qu'il  exprimait,  dans  l'âme  des  fidèles. 

Mais  la  suppression  des  livres  de  saint  Grégoire  n'était  pas 
seulement  une  perte  pour  l'art,  c'était  une  calamité  pour  la 
foi  des  peuples.  Une  seule  considération  le  fera  comprendre 
et  dévoilera  en  même  temps  la  responsabilité  de  ceux  qui 
osèrent  un  tel  attentat.  Les  Offices  divins  ne  sont  utiles  au 
peuple  qu'autant  qu'ils  l'intéressent.  Si  le  peuple  chante  avec 
les  Prêtres,  on  peut  dire  qu'il  assiste  avec  plaisir  au  service 
divin.  Mais  si  le  peuple  a  chanté  dans  les  Offices,  et  qu'il 
vienne  tout  d'un  coup  à  garder  le  silence ,  à  laisser  la  voix  du 
Prêtre  retentir  seule  ;  on  peut  dire  aussi  que  la  religion  a  gran- 
dement perdu  de  son  attrait  sur  ce  peuple.  C'est  pourtant  là 
ce  qu'on  a  fait  dans  la  plus  grande  partie  de  la  France  ;  aussi 
le  peuple  a-t-il,  peu  à  peu,  déserté  les  Eglises  désormais 
muettes  pour  lui,  du  jour  où  il  ne  pouvait  plus  joindre  sa  voix 
à  celle  du  Prêtre.  Et  cela  est  si  vrai,  que  si,  dans  nos  Eglises 
toutes  retentissantes  des  chants  modernes,  le  peuple  paraît 
quelquefois  disposé  à  joindre  sa  voix  à  celle  du  Clergé,  c'est 
dans  les  moments  où  l'on  exécute ,  et  souvent  encore  en  les 
défigurant,  quelques-unes  des  anciennes  pièces  Romaines, 
comme  Victimœ  Paschali  —  Lauda ,  Sion  —  Dies  irœ,  etc.  \ 
certains  Répons  ou  Antiennes  du  Saint  Sacrement,  etc.  Mais, 
pour  les  Répons  nouveaux,  les  Introïts,  les  Offertoires,  etc.,  il 
les  écoute  sans  les  remarquer,  ou  plutôt  il  les  subit  passive- 
ment, sans  y  attacher  une  idée,  ni  un  sentiment  quelconque. 
Allez  ?  au  contraire ,  dans  quelqu'une  de  ces  dernières  pa- 


LITURÔIÔUES.  431 

roisses  de  la  Bretagne  qui  ont  encore,  au  chœur,  Pusage  du 
chant  Romain ,  vous  entendrez  le  peuple  entier  chanter  du 
commencement  des  Offices  jusqu'à  la  fin.  Il  sait  par  cœur  les 
faciles  mélodies  du  Graduel  et  de  l'Antiphonaire.  Ce  sont 
là  ses  grandes  jouissances  du  Dimanche ,  et ,  durant  la  se- 
maine ,  on  les  lui  entend  souvent  répéter  au  milieu  de  ses 
travaux.  Oui,  certes,  ce  sera  quelque  chose  de  bien  grave 
que  de  les  lui  enlever  ;  car  ce  sera  diminuer  grandement  l'in- 
térêt qu'il  prend  aux  Offices  de  l'Eglise. 

Si,  de  ces  réflexions  affligeantes,  nous  passons  à  l'his- 
toire de  la  révolution  opérée  dans  le  chant  de  nos  Eglises  au 
dix-huitième  siècle,  nous  dirons  des  choses  lamentables. 
Qu'on  se  représente  l'effroyable  tache  qui  fut  imposée  aux 
compositeurs  de  plain-chant,  du  moment  que  du  cerveau  de 
nos  Docteurs  furent  éclos  les  nouveaux  Bréviaires  et  Mis- 
sels ,  et  que  "la  typographie ,  encombrée  comme  elle  ne  l'a- 
vait jamais  été  de  matières  de  ce  genre ,  les  eut  enfin  lancés 
au  grand  jour.  On  ne  pouvait  inaugurer  ces  chefs-d'œuvre, 
sans  prendre  en  même  temps  les  mesures  nécessaires  pour 
que  tout  ce  corps  de  pièces  nouvelles  pût  être  chanté  dans 
le  chœur  des  Eglises  Cathédrales ,  Collégiales  et  Parois- 
siales. C'étaient  donc  des  milliers  de  morceaux  qu'il  fallait 
improviser.  Qu'on  se  rappelle  maintenant  ce  que  c'est  que 
'Antiphonaire  Grégorien.  Un  résumé  de  la  musique  antique , 
m  corps  de  réminiscences  d'airs  populaires  graves  et  reli- 
gieux, une  œuvre  qui  remonte  au  moins  à  saint  Célestin, 
ecueillie,  rectifiée  par  saint  Grégoire,  puis  par  saint  Léon  II, 
nrichie  encore  dans  la  suite  à  chaque  siècle ,  présentant 
me  variété  merveilleuse  de  chants ,  depuis  les  motifs  sévères 
e  la  Grèce,  jusqu'aux  tendres  et  rêveuses  complaintes  du 
îoyen-age.  Pour  remplacer  tout  cela ,  qu'avait  le  dix-hui- 
ème  siècle?  D'abord,  c'était  déjà,  on  ne  saurait  trop  le 


132  INSTITUTIONS 

répéter,  une  perte  immense  que  celle  de  tant  de  morceaux 
remarquables,  populaires  et  souvent  historiques;  mais  pas- 
sons outre.  Combien  de  centaines  de  musiciens  emploiera- 
t-on  pour  ce  grand  œuvre?  Où  prendra-t-on  des  hommes, 
au  siècle  de  Louis  XV,  pour  suppléer  saint  Grégoire?  Suf- 
fira-t-il  de  cinquante  années  pour  une  pareille  tache?  Hélas! 
tant  d'hypothèses  sont  inutiles.  En  deux  ou  trois  années, 
tout  sera  prêt,  composé,  imprimé,  publié,  chanté,  avec 
grand  tapage  de  serpents,  de  basses,  de  grosses  voix.  Et 
veut-on  savoir  comment  on  s'y  prit ,  dans  plusieurs  Diocèses, 
pour  couvrir  de  grosses  notes  les  Antiennes  à  réflexions,  les 
invioîati  invcniri  in,  etc.  ?  On  fit  un  appel  aux  gens  de  bonne 
volonté.  Ceux  qui  conduisaient  en  grand  l'opération,  étant, 
comme  on  l'a  vu ,  étrangers  à  tout  instinct  d'art  et  de  poésie, 
ne  pouvaient  être  difficiles  ni  exigeants  sur  l'article  de  la 
mélodie.  Laissons  parler  un  savant  auteur  de  plain-chant 
du  dix-huitième  siècle  ,  Poisson,  Curé  de  Marsangis,  dans 
son  Traité  historique  et  pratique  du  Plain-chant  appelé  Gré- 
gorien : 

<  De  toutes  les  Eglises  qui  ont  donné  des  Bréviaires ,  les 
>unes,  à  la  vérité,  se  sont  pressées  davantage  d'en  faire! 

>  composer  les  chants,  et  les  autres  moins  :  mais  chacune 

>  d'elles  aspirait  à  voir  finir  cet  ouvrage,  à  quelque  prix  que  et 

>  fût,  et  cherchait  de  toutes  parts  les  moyens  de  satisfair 

>  l'empressement  qu'elle  avait  de  faire  usage  des  nouvea 
»  Bréviaires.  De  là  cette  foule  de  gens  qui  se  sont  offerts  pou 
>la  composition  du  chant.  Tout  le  monde  a-  entrepris  d' 

>  composer  et  s'en  est  cru  capable.  On  a  vu  jusqu'à  d 

>  maîtres  d'école  qui  n'ont  pas  craint  d'entrer  en  lice.  Parc 

>  que  leur  profession  les  entretient  dans  l'exercice  du  chant 

>  et  qu'en  effet  ils  savent  ordinairement  mieux  chanter  qu 
»les  autres,  ils  se  sont  mêlés  aussi  de  composer.  iVest-il  p;fi 


LITURGIQUES.  455 

»  étonnant  que  les  pièces  de  pareils  auteurs  aient  été  adop- 
»  tées  par  des  personnes  qui,  sans  doute,  n'étaient  pas  si  igno- 
>rantes  qu'eux?  Car,  pour  savoir  bien  chanter,  ces  maîtres 
»  d'école  n'en  ignoraient  pas  moins  la  langue  latine  qui  est 

>  celle  de  l'Eglise  ;  et,  dès  là ,  chacun  voit  combien  de  bévues 
»  un  tel  inconvénient  entraîne  nécessairement  après  lui. 

»On  a  donc  choisi,  pour  composer  les  chants  nouveaux, 
»  ceux  que  l'on  a  cru  les  plus  habiles ,  et  l'on  s'est  reposé  en- 
»  tièrement  sur  eux  de  l'exécution  de  ce  grand  ouvrage.  Une 
»  entreprise  de  si  longue  haleine  demandait  un  temps  qui  lui 
»  fût  proportionné,  et  on  les  pressait.  Pour  répondre  à  l'em- 
»  pressement  de  ceux  qui  les  avaient  choisis,  ils  ont  hâté  leurs 
•  travaux.  Leurs  pièces,  à  peine  sorties  de  leurs  mains,  ont 

>  été  presque  aussitôt  chantées  que  composées.  Tout  a  été 

>  reçu  sans  examen ,  ou  avec  un  examen  très  superficiel  ;  et 
»  ce  n'a  été  qu'après  l'impression  sans  en  avoir  fait  l'essai ,  et 
»  qu'après  les  avoir  autorisées  par  un  usage  public,  qu'on 
»  s'est  aperçu  de  leurs  défauts ,  mais  trop  tard ,  et  lorsqu'il 

>  n'était  plus  temps  d'y  remédier. 

»  On  vit  alors  avec  regret,  ou  qu'on  s'était  trompé  dans  le 
•  choix  des  compositeurs  de  chant,  ou  qu'on  les  avait  trop 

>  pressés.  On  ne  put  se  dissimuler  les  défauts ,  sans  nombre 
!  et  souvent  grossiers ,  d'ouvrages  qui  naturellement  devaient 

plaire  par  l'agrément  de  leur  nouveauté ,  et  qui  n'avaient 

pas  même  ce  médiocre  avantage. 

!  »  Qui  pourrait  tenir,  en  effet,  contre  des  fautes  aussi  lourdes 
-!et  aussi  révoltantes  que  celles  dont  ils  sont  remplis  pour  la 

plupart?  Je  veux  dire  des  fautes  de  quantité ,  surtout  dans 

le  chant  des  Hymnes  ;  des  phrases  confondues  par  la  teneur 

$  istla  liaison  du  chant,  qui  auraient  dû  être  distinguées,  et 

1  }ui  le  sont  par  le  sens  naturel  du  texte  ;  d'autres  mal  à  pro- 

:i\  bos  coupées;  d'autres  aussi  mal  à  propos  suspendues;  des 

T.  h.  28 


454  INSTITUTIONS 

>  chants  absolument  contraires  à  l'esprit  des  paroles  ;  graves, 

>  où  les  paroles  demandaient  une  mélodie  légère;  élevés,  où 
»il  aurait  fallu  descendre;  et  tant  d'autres  irrégularités, 
»  presque  toutes  causées  par  le  défaut  d'attention  au  texte. 

»  Qui  ne  serait  encore  dégoûté  d'entendre  si  souvent  les 
»  mêmes  chants,  beaux  à  la  vérité  par  eux-mêmes,  mais  trop 
»dc  fois  imités,  presque  toujours  estropiés,  et  pour  l'ordi- 
»  naire  aux  dépens  du  sens  exprimé  dans  le  texte,  aux  dépens 
»  des  liaisons  et  de  l'énergie  du  chant  primitif,  tels  que  ceux 
> de  tant  de  Répons,  Graduels  et  d' Alléluia? 

»Que  dire  encore  des  expressions  outrées  ou  négligées, 
>des  tons  forcés,  du  peu  de  discernement  dans  le  choix  des 
»  Modes,  sans  égard  à  la  lettre;  de  l'affectation  puérile  de 
>les  arranger  par  nombres  suivis,  en  mettant  du  premier 
»Mode  la  première  Antienne  et  le  premier  Répons  d'un  Of- 
fice ;  la  seconde  Antienne  et  le  second  Répons  du  second 
»  Mode ,  comme  si  tout  Mode  était  propre  à  toutes  paroles  et 
>à  tout  sentiment  (1).  » 

Ainsi  est  jugée  l'innovation  liturgique  sous  le  rapport  du 
chant,  par  un  homme  habile  dans  la  composition,  nourri  des 
meilleures  traditions ,  et ,  d'autre  part ,  plein  d'enthousiasme 
pour  la  lettre  des  nouveaux  Bréviaires.  C'est  donc  un  témoin 
irrécusable  que  nous  produisons  ici.  Nous  n'ajouterons  | 
qu'un  mot  sur  les  nouvelles  compositions  de  chant,  c'est  que 
si  l'on  était  inexcusable  de  livrer  à  la  merci  de  la  multitude 
la  fabrication  des  nouveaux  chants  dans  certains  Diocèses, 
il  n'était  pas  moins  déplorable  d'imposer  à  un  seul  homme 
la  mission  colossale  de  couvrir  de  notes  de  plain- chant 
trois  énormes  volumes  in-folio.   C'est  cependant  ce  qui 

(i)  Poison.  Traité  théorique  et  pratique  du  plain  chant  appelé  Gré-  \ 
gorien.  pages  4  et  o. 


LITURGIQUES.  455 

eut  lieu  pour  le  nouveau  Parisien.  On  chargea  de  ce  travail 
herculéen  l'Abbé  Lebeuf,  Chanoine  et  Sous-Chantre  de  la 
Cathédrale  d'Auxerre,  homme  érudit,  laborieux,  profond 
même  sur  les  théories  du  chant  ecclésiastique  et  versé  dans  la 
connaissance  des  antiquités  en  ce  genre.  C'était  quelque 
chose  ;  mais  l'étincelle  de  génie  qui  était  en  lui  eût-elle  été 
plus  vive  encore ,  devait  être  étouffée  de  bonne  heure  sous 
les  milliers  de  pièces  qu'il  lui  fallut  mettre  en  état  d'être 
chantées,  en  dépit  de  leur  nombre  et  de  leur  étrange  facture. 
Au  reste,  il  s'acquitta  de  sa  tache  avec  bonne  foi ,  et  comme 
il  goûtait  les  anciens  chants ,  il  s'efforça  d'en  introduire  les 
motifs  sur  plusieurs  des  nouvelles  pièces.  «  Je  n'ai  pas  tou- 
jours eu  intention,  dit-il,  de  donner  du  neuf.  Je  me  suis 
»  proposé  de  cenîoniser,  comme  avait  fait  saint  Grégoire.  J'ai 
j>déjà  dit  que  centoniser  était  puiser  de  tous  côtés  et  faire 
»un  recueil  choisi  de  tout  ce  qu'on  a  ramassé.  Tous  ceux  qui 
»  avaient  travaillé  avant  moi  à  de  semblables  ouvrages ,  s'ils 
»  n'avaient  compilé,  avaient  du  moins  essayé  de  parodier; 
»j'ai  eu  intention  de  faire  tantôt  l'un,  tantôt  l'autre.  Le  gros 
*et  le  fond  de  PAnliphoniçr  de  Paris  est  dans  le  goût  de 
j l'Anliphonier  précédent,  dont  je  m'étais  rempli  dès  les  an- 
nées 1703, 1704  et  suivantes  :  mais  comme  Paris  est  habité 
•  par  des  Ecclésiastiques  de  tout  le  Royaume,  plusieurs  s'a- 
•  j  percevaient  qu'il  y  avait  quelque  fois  trop  de  légèreté  ou 
1 1  de  sécheresse  dans  PAntiphonier  de  M.  de  Harlay.  J'ai  donc 
rendu  plus  communes  ou  plus  fréquentes  les  mélodies  de 
jnos  symphoniastes  français  du  neuvième,  dixième  et  on- 
Jzième  siècles,  surtout  dans  les  Répons  (i).  » 
Ces  intentions  étaient  louables  et  méritent  qu'on  leur  rende 


(1)  Leusuf.  Traité  historique  et  pratique  sur  le  Chant  Ecclésiastique, 
jtges  49  et  50. 


436  INSTITUTIONS 

justice;  mais  les  résultats  n'ont  pas  répondu  aux  intentions» 
A  part  un  bien  petit  nombre  de  morceaux  dont  une  partie 
encore  appartient  à  l'Abbé  Chastelain ,  il  faut  bien  avouer 
que  le  Graduel  et  l'Antiphonaire  Parisiens  sont  complètement 
vides  d'intérêt  pour  le  peuple,  que  les  morceaux  qui  les  com- 
posent ne  sont  pas  de  nature  à  s'empreindre  dans  la  mémoire, 
que  l'on  a  grande  peine  à  saisir  une  mélodie  d'ensemble  dans 
les  nouveaux  Répons,  Introïts,  Offertoires,  etc.  Les  imita- 
lions,  les  fit-on  note  pour  note  (ce  qui  ne  saurait  être  )  sont 
pour  l'ordinaire  impuissantes  à  reproduire  l'effet  des  mor- 
ceaux originaux  qui,  étant  dépourvus  de  rythme,  n'ont  dû 
leur  caractère  qu'aux  sentiments  exprimés  dans  les  paroles, 
aux  paroles  elles-mêmes,  au  son  des  voyelles  qui  s'y  trouvent 
employées.  Ajoutez  encore  que  les  syllabes  n'étant  pas  me- 
surées, il  est  comme  impossible  de  trouver  deux  pièces 
parfaitement  semblables  pour  le  nombre  du  style  :  il  faut 
donc  retrancher,  ou  ajouter  des  notes,  et  par  là  même  sa- 
crifier l'expression  entière  de  la  pièce.  Nous  avons  parlé 
ailleurs  de  l'Introït  de  la  Toussaint,  Accessistis ,  si  heureuse- 
ment imité,  par  Chastelain,  du  Gaudeamus  Romain  :  Lebeuf 
a  bien  rarement  approché  de  ce  modèle  dans  ses  imitations , 
et  quant  aux  morceaux  de  son  invention,  on  le  trouve 
presque  partout  pauvre,  froid,  dépourvu  de  mélodie.  Les 
nombreux  chants  d'Hymnes  qu'il  lui  fallut  composer  sont 
aussi  d'une  tristesse  et  d'une  monotonie  qui  montrent  qu'il 
n'avait  rien  de  cette  puissance  qui  suggéra  à  Chastelain  le 
chant  du  Stupcte  gentes.  Enfin,  Lebeuf  ne  sut  pas  affranchir  le 
chant  Parisien  de  ces  horribles  crochets  appelés  pèriélèses,  qui 
achèvent  de  défigurer  les  rares  beautés  qui  se  montrent,  par- 
fois, dans  sa  composition.  Peut-on  se  rappeler  sans  indignation 
que  le  Verset  Alleluiatique  Veni,  Scinde  Spiritus ,  cette  tendre 
et  douce  mélodie  Grégorienne  qui  a  été  sauvée  comme  par 


LITURGIQUES.  457 

miracle  dans  le  Missel  de  Vinlimille,  est  déchirée  jusqu'à 
sept  fois  par  ces  crochets  ;  on  eût  dit  que  Lebeuf  craignait 
que  cette  pièce,  si  on  la  laissait  à  sa  propre  mélodie,  ne 
fît  un  contraste  par  trop  énergique  avec  cet  amas  de  mor- 
ceaux nouveaux  et  insignifiants  dont  elle  est  encombrée. 

La  fécondité  de  Lebeuf  lui  fit  une  réputation.  En  1749  , 
étant  plus  que  sexagénaire ,  il  accepta  l'offre  qu'on  lui  fit  de 
mettre  en  chant  la  nouvelle  Liturgie  du  Diocèse  du  Mans,  et 
vint  à  bout ,  dans  l'espace  de  trois  ans ,  de  noter  les  trois 
énormes  volumes  dont  elle  se  compose.  Ainsi,  le  même  com- 
positeur était  en  état  de  fournir  un  contingent  de  six  vo- 
lumes in-folio  de  plain-chant  à  l'innovation  liturgique  !  on 
remarqua ,  toutefois ,  que  la  dernière  œuvre  de  Lebeuf  était 
encore  au-dessous  de  la  première.  La  lassitude  l'avait  pris  à 
la  peine  ;  mais  on  ne  dit  pas  qu'il  ait  jamais  ressenti  de  re- 
mords pour  la  part  si  active  qu'il  prit  au  vandalisme  de  son 
siècle. 

C'est  assez  parler  des  nouveaux  livres  de  chant  par  les- 
quels furent  remplacées  les  mélodies  Grégoriennes  ;  nous 
n'ajouterons  plus  qu'un  mot  au  sujet  du  trop  fameux  plain- 
chant  figuré,  que  nous  avons  signalé  ailleurs  à  l'animad- 
version  de  nos  lecteurs ,  et  qui  prit  une  nouvelle  vogue  à 
cette  époque  de  débâcle  universelle  des  anciennes  traditions 
sur  le  chant.  On  vit  éclore  une  immense  quantité  de  com- 
positions en  ce  genre  ;  d'abord  des  centaines  de  Proses 
nouvelles,  fades  pour  la  plupart,  quand  elles  n'étaient 
pas  de  pures  chansonnettes,  à  la  façon  de  la  Régence. 
Cette  époque  produisit  aussi  l'insipide  recueil  connu  sous 
le  nom  de  la  Feillée,  qui  est  encore  regardé  comme  le 
type  du  beau  musical  dans  plusieurs  de  nos  Séminaires 
de  province.  Nous  nous  bornerons  à  insérer  ici  le  jugement 
de  Rousseau  sur  cette  ignoble  et  bâtarde  musique  don 


438  INSTITUTIONS 

le  charme  malencontreux  a  si  tristement  contribué  à  dis- 
traire les  chantres  Français  de  la  perte  désolante  du  répertoire 
Grégorien  :  «  Les  Modes  du  plain-chant,  tels  qu'ils  nous  ont 
»  été  transmis  dans  les  anciens  chants  ecclésiastiques ,  y  con- 
»  servent  une  beauté  de  caractère  et  une  variété  d'affections 
»  bien  sensibles  aux  connaisseurs  non  prévenus,  et  qui  ont 
»  conservé  quelque  jugement  d'oreille  pour  les  systèmes  mé- 
»  lodieux  établis  sur  des  principes  différents  des  nôtres  :  mais 
»  on  peut  dire  qu'il  n'y  a  rien  de  plus  ridicule  et  de  plus  plat 
»que  ces  plains -chants  accommodés  à  la  moderne,  pretin- 
»  taillés  des  ornements  de  notre  musique,  et  modulés  sur  les 
»  cordes  de  nos  Modes  :  comme  si  l'on  pouvait  jamais  marier 

>  notre  système  harmonique  avec  celui  des  Modes  anciens , 
>qui  est  établi  sur  des  principes  différents,  On  doit  savoir 

>  gré  aux  Evoques,  Prévôts  et  Chantres  qui  s'opposent  à  ce 

>  barbare  mélange,  et  désirer,  pour  le  progrès  et  la  perfec- 
»  tion  d'un  art  qui  n'est  pas ,  à  beaucoup  près ,  au  point  où 
»  on  croit  l'avoir  mis,  que  ces  précieux  restes  de  l'antiquité 
»  soient  fidèlement  transmis  à  ceux  qui  auront  assez  de  talent 
>et  d'aulorilé  pour  en  enrichir  le  système  moderne  (1).  » 

Nous  avons  dit  ailleurs  que  tous  les  arts  sont  tributaires 
de  la  Liturgie ,  et  qu'ils  prêtent  à  l'envi  leur  secours  à  ses 
pompes  sublimes.  On  vient  de  voir  ce  que  l'innovation  du  dix- 
huitième  siècle  sut  faire  du  chant  ecclésiastique  ;  les  autres 
arts  suivirent  la  Liturgie  dans  sa  dégradation.  Déjà  nous 
avons  signalé  une  décadence  dans  la  dernière  moitié  du  dix- 
septième  siècle;  elle  fut  plus  profonde  et  plus  humiliante 
encore  quand  les  Eglises  de  France,  en  si  grand  nombre, 
eurent  abjuré  les  traditions  antiques  de  la  Liturgie,  pour  se 
créer  des  formes  dans  le  goût  du  siècle.  La  peinture  reli- 

(1)  J.-J.  Rousseau.  Dictionnaire  de  Musique.  Tome  II.  page  96. 


LITURGIQUES.  459 

gieuse,  que  le  dix-septième  siècle  avait  vue  descendre  de 
Le  Sueur  à  Poussin  et  à  Mignard,  s'abrita  sous  les  ateliers 
de  Boucher  et  de  son  école ,  et  on  vit  les  mêmes  pinceaux 
qui  décoraient  le  boudoir  des  Pompadour  et  des  Dubarri ,  au 
temps  des  petits  vers  de  l'Abbé  de  Bernis ,  dégrader,  par  les 
grimaces  de  l'afféterie  et  la  mollesse  des  poses,  la  sévère 
majesté  et  le  suave  mysticisme  des  sujets  Catholiques.  La 
statuaire,  non  moins  appauvrie  et  tout  aussi  matérialisée, 
n'avait  plus,  pour  représenter  Marie,  que  les  attitudes  niaises 
de  la  Vierge  de  Bouchardon ,  ou  la  grasse  et  forte  prestance 
que  Bridan  a  su  donner  à  la  Reine  des  Anges  jusque  dans  sa, 
céleste  Assomption. 

Mais  comment  de  pareilles  œuvres  (  et  nous  citons  ici,  par 
pudeur,  ce  que  cette  époque  produisit  de  moins  grossier  ) , 
comment  de  pareilles  œuvres  pouvaient-elles  être  acceptées 
pour  l'ornement  des  Eglises ,  par  les  graves  personnages  qui 
se  délectaient  dans  ces  nouveaux  Bréviaires  si  sévèrement 
expurgés  de  toutes  les  licences  charnelles  du  Bréviaire  Ro- 
main? C'est  ici  qu'il  faut  admirer  les  jugements  de  Dieu.  Il 
est  écrit  que  quiconque  s'élève  indiscrètement  par  l'esprit 
tombera  dans  la-chair;  c'est  la  loi  universelle.  Seulement, 
comme  les  partisans  de  l'innovation  ne  sentirent  pas  toute 
l'étendue  de  leur  faute,  à  raison  de  leur  complète  impuis- 
sance sur  les  choses  de  la  poésie ,  Dieu ,  en  permettant  que  le 
sens  du  beau  s'éteignît  en  eux,  et  les  livrant  à  la  merci  des 
artistes  dégradés  du  siècle  de  Louis  XV,  ne  permît  pas 
qu'ils  eussent  la  conscience  des  profanations  qu'ils  leur 
laissèrent  s'accomplir.  Ils  se  livrèrent  si  complètement  et  avec 
une  telle  abnégation  à  ces  artistes  de  chair,  que  le  Bréviaire 
Parisien  de  1736  lui-même  montra  sur  son  frontispice  d'i- 
gnobles courtisannes  affublées  des  attributs  de  la  Religion. 
On  avait  même  trouvé  moyen  de  les  varier  à  chacun  des 


440  INSTITUTIONS 

quatre  volumes,  eomme  pour  montrer  la  richesse  du  pinceau 
abruti  de  ce  temps-lù.  Le  Missel  de  1738  offrait  aussi  à  son 
frontispice  une  virago  lourdement  assise  sur  des  nuages  et 
chargée  pareillement  de  représenter  la  Religion.  La  collection 
de  ces  diverses  gravures  deviendra  précieuse  un  jour,  et 
comme  monument  de  l'horrible  familiarité  avec  laquelle  les  ar- 
tistes d'alors  traitaient  les  sujets  religieux,  et  comme  preuve 
de  l'indifférence  du  Clergé  pour  tout  ce  qui  tenait  auxartsdans 
leurs  rapports  même  avec  le  culte  divin.  Mais  nous  devons 
signaler,  comme  le  dernier  effort  du  scandale,  le  frontispice 
du  Missel  de  Chartres  de  1782,  dans  lequel  la  Vierge  imma- 
culée ,  qui  fait  la  gloire  de  cette  ville  et  de  son  ineffable  Ca- 
thédrale, a  été  outragée  avec  une  impudeur  qui  nous  interdit 
toute  description. 

Celte  indifférence  pour  la  forme,  dont  nous  venons  de  signa- 
ler quelques-uns  des  désolants  effets,  entraîna  aussi,  dans  les 
Missels  et  Bréviaires  nouveaux,  la  suppression  de  ces  riches  et 
nombreuses  gravures  qui  ornaient  jusque-là  ces  livres,  à  l'en- 
droit de  l'Office  des  Fêtes  solennelles.  L'usage  s'en  était  con- 
servé jusqu'au  dix-huitième  siècle,  comme  un  souvenir  des 
riches  miniatures  qui  animaient  les  anciens  Missels  et  Antipho- 
naires.  Le  nouveau  Missel  Parisien  de  1738  avait  encore  les 
images  des  fêtes,  mais  composées  de  nouveau  par  les  artistes 
du  temps.  Dans  la  seconde  moitié  du  dix-huitième  siècle,  les 
Missels  du  reste  de  la  France  gardèrent  à  grande  peine  un  fron- 
tispice gravé,  et  la  plupart  se  bornèrent  au  Crucifix,  dont  on 
n'osa  pourtant  déshériter  la  première  page  du  Canon  ;  heu- 
reux encore  quand  on  ne  s'avisa  pas ,  comme  au  Parisien  de 
1738 ,  de  rapprocher  les  bras  du  Christ  au-dessus  de  sa  tête , 
pour  l'empêcher  d'embrasser  tous  les  hommes.  On  sait  que 
c'était  un  symbole  cher  aux  Jansénistes,  et  quelle  influence  ce 
parti  exerçait,  en  France,  sur  le  culte  divin  à  cette  époque, 


LITURGIQUES.  4H 

Pour  l'architecture,  le  plus  divin  des  arts  liturgiques,  on 
s'imagine  bien  quel  dut  être  son  sort ,  dans  ce  malheureux 
âge.  Il  déchut  encore  de  ce  qu'il  avait  été  à  la  fin  du  dix- 
septième  siècle.  On  n'éleva  plus  de  dômes  comme  celui  des 
Invalides  ;  car  l'Eglise  Italienne ,  avec  le  luxe  de  ses  pein- 
tures et  de  ses  marbres ,  bien  que  déplacée  sous  notre  climat 
froid  et  brumeux,  est  toujours,  quoi  qu'on  en  dise,  une 
Eglise  Chrétienne.  Saint-Sulpice  si  muet ,  si  nu,  si  dépourvu 
d'âme  et  de  mystères  ,  se  trouva  bientôt  trop  mystique. 
Louis  XV  posa  la  première  pierre  de  deux  nouvelles  Eglises. 
L'une ,  Sainte-Geneviève ,  dut  recevoir  encore  une  coupole  ; 
mais  à  la  condition  que  le  portique  du  Panthéon  d'Agrippa , 
bâti  devant  la  porte ,  donnerait  le  change  aux  passants,  en 
leur  annonçant  un  temple  pay  en.  L'autre,  qu'on  doit  ouvrir 
incessamment ,  semble  préparée  pour  Minerve  ;  Louis  XV 
avait  entendu  la  dédier  à  sainte  Marie-Magdeleine  ;  il  est  vrai 
cependant  que  le  plan  primitif  était  totalement  différent  de  ce- 
lui qu'on  a  adopté  de  nos  jours.  Qu'est-il  besoin  de  parler  de 
Saint-Philippe  du  Roule ,  qu'on  bâtit  un  peu  plus  tard ,  sur  le 
modèle  parfait  d'un  temple  antique,  et  de  tant  d'autres  Eglises 
qui  n'ont  ni  le  caractère  payen ,  ni  le  caractère  chrétien  ? 
Mais  tel  était  l'oubli  des  traditions  sacrées,  que  pas  une  voix 
ne  s'éleva ,  pas  une  réclamation  n'eut  lieu  ;  tant  la  religion , 
telle  que  la  comprenaient  les  Français ,  était  devenue  étran- 
gère à  la  forme  ;  tant  était  profonde  la  scission  qu'on  avait 
faite  avec  les  siècles  de  foi  ! 

De  là  vint  aussi  cette  dégradation  des  habits  sacerdotaux , 
mais  surtout  du  surplis ,  dont  les  manches ,  déjà  fendues  et 
renvoyées  par  derrière,  vers  le'milieu  du  dix-septième  siècle, 
s'allongèrent  et  se  séparèrent  entièrement  du  corps  du  sur- 
plis lui-même ,  au  dix-huitième  siècle ,  et  prirent  le  nom 
$  ailes  y  en  attendant  que  le  dix -neuvième  s'amusât  à  les 


442  INSTITUTIONS 

plisser  de  cette  façon  ridicule  et  incommode  qu'elles  ont  de 
nos  jours.  Quant  au  bonnet  de  chœur  qui,  au  commence- 
ment du  règne  de  Louis  XIII,  était  encore  tel  en  France  que 
dans  les  autres  Eglises  de  la  Catholicité,  le  dix-septième 
siècle,  en  finissant ,  avait  effacé  la  saillie  de  la  partie  supé- 
rieure, et  l'avait  allongé  d'un  tiers;  en  attendant  que  le  dix- 
huitième  siècle,  appointissant  celte  partie  supérieure  et  al- 
longeant encore  le  corps  du  bonnet,  préparât  cette  coiffure 
ridicule  et  gênante  qui,  de  nos  jours,  affectant  la  forme 
d'un  éteignoir  ,  compromet  la  gravité  des  fonctions  sacer- 
dotales ,  et  fournit  gratuitement  aux  esprits-forts  l'occasion 
de  déclamer  contre  le  mauvais  goût  de  l'Eglise  Catholique. 

Cet  oubli  de  l'esthétique  religieuse  de  la  part  du  Clergé  r 
devait  aussi  être  attribué  à  l'esprit  rationaliste  dont  Claude 
de  Vert,  organe  de  son  siècle,  s'était  fait  l'apôtre.  Aux  yeux 
d'une  religion  spiritualiste ,  il  n'y  a  qu'une  seule  chose  qui 
puisse  relever  la  forme,  c'est  le  mysticisme.  Mais  quand  on  a 
ôté  aux  cérémonies  leur  objet  propre ,  qui  est  de  sanctifier 
la  nature  visible  en  la  faisant  servir  à  signifier  expressément 
les  mystères  du  monde  invisible ,  il  est  facile  de  concevoir 
comment  le  Clergé,  privé  d'ailleurs  de  l'élément  poétique 
de  l'ancienne  Liturgie ,  peut  en  venir  à  l'indifférence  sur  l'art 
dans  ses  rapports  avec  le  culte.  C'est  la  raison  inverse  de  ce 
qui  arrivait  au  moyenûge,  alors  que  le  Catholicisme  spiri- 
tualisait  la  nature  matérielle ,  comme  il  divinisait  la  science 
par  le  contact  de  la  théologie,  et  sanctifiait  le  gouvernement 
de  la  société  par  les  conséquences  de  la  royauté  du  Christ. 

Nous  pourrions  étendre  beaucoup  ces  considérations  ; 
mais  l'occasion  se  présentera  d'y  revenir.  Maintenant ,  nous 
allons  recueillir  quelques  jugements  contemporains  sur 
les  nouvelles  Liturgies  Françaises  ,  et  montrer  que  les 
illustres  Prélats ,  Languel,  de  Saint -Albin,  de  Belzunce, 


LITURGIQUES.  443 

de  Fumel  etc. ,  ne  furent  pas  les  seuls ,  au  dix-huitième 
siècle,  à  réclamer  en  faveur  des  traditions  et  à  juger  avec 
sévérité  l'œuvre  des  réformate uis. 

Le  premier  que  nous  avons  à  produire  est ,  le  croirait-on  ? 
Foinard  lui-même  :  il  sera  d'autant  moins  suspect.  Dans  son 
Projet  d'un  nouveau  Bréviaire ,  ayant  à  s'expliquer  sur  les 
nouveaux  essais  liturgiques  tentés  avant  1720,  il  les  flétrit 
par  ces  observations  qui  ne  s'appliquent  pas  moins  aux  Bré- 
viaires des  années  suivantes. 

«  11  ne  paraît  pas ,  dit-il ,  que  ce  soit  l'onction  qui  domine 
»  dans  les  nouveaux  Bréviaires.  On  y  a,  à  la  vérité,  travaillé 
*  beaucoup  pour  l'esprit,  mais  il  semble  qu'on  n'y  a  pas  au- 
tant travaillé  pour  le  cœur  (1).  »  Plus  loin,  il  ajoute  ces 
paroles  remarquables  :  «  Ne  pourrait-on  pas  dire  que  l'on  a 
»  fait  la  plupart  des  Antiennes  dans  les  nouveaux  Bréviaires, 
>  seulement  pour  être  lues  des  yeux  par  curiosité  et  hors 
%  l'Office  (2)?» 

Ecoutons  maintenant  l'Abbé  Robinet,  auteur  des  Bréviaires 
de  Rouen,  du  Mans,  Carcassonne  etCahors.  Voici  un  aveu 
qui  n'est  pas  sans  prix  :  «  Ceux  qui  ont  composé  le  Bréviaire 
»  Romain ,  dit-il ,  ont  mieux  connu  qu'on  ne  fait  de  nos  jours 
île  goût  de  la  prière  et  les  paroles  qui  y  conviennent  (3).  » 

Le  témoignage  qui  vient  après  celui  de  Robinet,  dans 
l'ordre  des  temps,  est  celui  de  Collet,  dans  son  Traité  de 
l'Office  divin,  dont  la  première  édition  est  de  1763.  Parlant 
de  certains  Ecclésiastiques  qui  se  faisaient  autoriser  par  leurs 
Evêques  à  dire  d'autres  Bréviaires  que  celui  qu'on  suivait 


(1)  Foinard.  Projet  d'un  nouveau  Bréviaire,  page  64. 

(2)  Page  93. 

(3).  Robinet.  Lettre  d'un  Ecclésiastique  à  un  Curé  sur  le  plan  d'un 
nouveau  Bréviaire,  page  2. 


444  INSTITUTIONS 

dans  leur  Diocèse,  sous  le  prétexte  que  les  nouveaux  Bré- 
viaires étaient  mieux  faits,  il  montre  la  futilité  de  ces  sortes 
de  caprices  :  <  L'Ecriture,  dit-il,  les  Psaumes,  la  plupart  des 

>  Homélies,  sont  les  mêmes  dans  tous  les  Bréviaires.  Si,  pour 
»  nourrir  sa  dévotion ,  on  a  besoin  des  Légendes  ,  ou  de 
»  quelques  autres  semblables  morceaux  d'un  Bréviaire  étran- 

>  ger,  on  peut  s'en  faire  une  lecture  spirituelle.  Mais  combien 

•  d'Antiennes  paraissent  la  plus  belle  chose  du  monde,  quand 
»  elles  sont  détachées  ;  et  la  plus  pitoyable ,  quand  on  les  rap- 
»  proche  de  la  source  (1)  !  » 

Plus  loin,  il  ajoute  ces  paroles  pleines  de  sens  et  de  fran- 
chise :  t  Un  jeune  Prêtre  dira  tout  haut  qu'il  récite  avec  plus 

>  de  piété  le  Bréviaire  de  Paris  que  celui  de  son  Diocèse  : 

>  mais  il  dira  tout  bas  que  celui  de  son  Diocèse  est  beaucoup 
>plus  long  que  celui  de  Paris,  et  que,  quoiqu'on  ne  chan- 

>  geât  ni  Versets ,  ni  Bépons ,  il  retournerait  au  sien ,  si  on  le 

>  rendait  beaucoup  plus  court  que  celui  où  il  trouve  tant  de 

•  matière  à  sa  dévotion.  Après  tout,  et  nous  l'avons  déjà 
»dit,  la  vraie  piété  ne  méconnaît  point  l'ordre.  Une  pensée 
»  commune  lui  sert  d'aliment  :  moins  elle  frappe  l'esprit,  plus 
»  elle  touche  le  cœur.  Les  Antiennes  de  l'Office  de  saint 
»  Martin  ne  sont ,  je  crois ,  tirées  que  de  Sulpice  Sévère.  En 
»  est-il  une  seule  qui  ne  puisse  servir  de  méditation  pendant 
»une  année?  Quelle  force  de  sentiment  dans  ces  paroles  : 
»  Oculis  ac  manibus  in  cœlum  semper  intentus,  invictum  ab 
*oratione  spiritum  non  relaxabat....  Domine,  si  adhuc populo 

*tuo  sum necessarius ,  non  recuso laborem 0  viruminef- 

tfabilem,  nec  labore  victum ,  nec  morte  vincendum;  qui  nec 
>mori  timuit,  nec  vivere  recusavit,  etc.  (2).  » 

(1)  Collet.  Traité  de  l'Office  divin,  page  92. 

(2)  Ibidem,  page  106, 


LITURGIQUES.  445 

VAmi  de  la  Religion,  dans  son  vingt-sixième  tome  déjà 
cité  par  nous  plusieurs  fois,  et  la  Biographie  universelle, 
mentionnent  un  Doyen  du  Chapitre  de  la  Cathédrale  de  Mon- 
tauban ,  nommé  Bertrand  de  la  Tour,  homme  fort  attaché 
au  Saint  Siège  et  zélé  pour  le  bien  de  V Eglise  (1) ,  qui  lors  de 
la  publication  du  Bréviaire  de  Montauban  par  l'Evêque  Anne- 
François  de  Breteuil,  en  1772,  attaqua  l'innovation  liturgique 
et  publia,  sur  les  nouveaux  Bréviaires,  un  recueil  en  XXI 
articles ,  formant  en  tout  397  pages  in-4°.  L'auteur  y  traite 
spécialement  des  Bréviaires  de  Paris,  de  Montauban  et  de  Ca- 
hors  (2).  Nos  recherches  pour  nous  procurer  ce  recueil  ont 
été  jusqu'ici  infructueuses  ;  nous  nous  bornerons  donc  à  in- 
sérer ici  le  jugement  de  VAmi  de  la  Religion,  qui  nous  dit 
que  l'Abbé  de  la  Tour  n'est  pas  généralement  favorable  aux 
nouveaux  Bréviaires ,  et  regrette  qu'on  s'écarte  de  la  simpli- 
cité du  Romain  (3). 

Nous  n'avons  pas  d'autres  témoignages  d'auteurs  français 
du  dix-huitième  siècle  à  produire  contre  les  nouveautés  dont 
nous  faisons  l'histoire;  mais  ces  quelques  lignes  prouveront 
du  moins  que  la  révolution  ne  s'accomplit  pas  sans  récla- 
mations de  la  part  de  plusieurs  personnes  zélées  qui  unirent 
leurs  voix  à  celles  des  illustres  Prélats  dont  nous  venons  de 
rappeler  les  noms.  Les  aveux  de  Foinard  et  de  Robinet  ne 
aissent  pas  non  plus  d'avoir  leur  mérite.  Si ,  d'un  autre  côté, 
îous  voulons  rechercher  quels  jugements  on  porta,  dans  les 
)ays  étrangers,  sur  les  graves  changements  que  le  dix- 
mitième  siècle  vit  s'introduire  dans  le  culte  divin ,  chez  les 

(1)  L'Ami  de  la  Religion.  Tome  XXVI.  Sur  la  réimpression  du  Bré- 
viaire de  Paris,  page  294. 

(2)  Où  se  rappelle  que  le  Bréviaire  de  Cahors  est  celui  de  Robinet , 
uivi  aussi  a  Carcassonne  et  au  Mans. 

(3)  L'Ami  de  la  Religion.  Ibidem. 


446  INSTITUTIONS 

Français ,  nous  avons  peine  à  rassembler  quelques  témoi- 
gnages exprimant  ce  jugement.  La  raison  en  est  claire  ;  d'a- 
bord, parce  que  les  étrangers  ne  sont  pas  obligés  d'être  au  fait 
de  toutes  les  fantaisies  qui  nous  passent  dans  l'esprit  ;  ensuite, 
parce  que,  entendant  parler  d'usages  liturgiques  particuliers 
à  la  France,  et  n'ayant,  la  plupart,  jamais  eu  entre  les 
mains  les  nouveaux  Livres,  ils  s'imaginent,  ainsi  que  nous 
avons  été  à  portée  de  le  voir  nous-même  chez  plusieurs  per- 
sonnes d'un  haut  mérite ,  et  à  Rome  même,  que  ces  usages 
sont,  non  seulement  antérieurs  à  laBullede  saint  Pie  V,  mais 
remontent  à  l'antiquité  la  plus  reculée.  Néanmoins,  nous 
sommes  en  mesure  de  produire  l'avis  de  trois  savants  étran- 
gers, deux  Italiens  et  un  Espagnol. 

Le  premier  est  l'immortel  Lambertini,  depuis  Pape  sous 
le  nom  de  Benoît  XIV.  Dans  son  grand  ouvrage  de  la  Cano- 
nisation des  Saints  (1),  il  juge  lçs  nouveaux  Bréviaires  sous 
le  rapport  de  la  compétence  des  Evoques  qui  les  ont  pro- 
mulgués, et  reprend  sévèrement  Percin  de  Monlgaillard, 
Evêque  de  Saint-Pons,  Grancolas  et  Pontas,  d'avoir  soutenu 
d'une  manière  absolue  qu'il  est  au  pouvoir  des  Evoques  de 
changer  et  de  réformer  le  Bréviaire,  sans  distinction  des 
Diocèses  où  le  Bréviaire  Romain  a  été  suivi  et  de  ceux  dans 
lesquels  la  Bulle  de  saint  Pie  V  n'a  point  été  reçue.  Cette 
question  ayant  rapport  principalement  au  Droit  de  la  Litur- 
gie, nous  réservons  l'explication  et  le  développement  de 
ce  passage  de  Benoît  XIV,  pour  la  partie  de  notre  ouvrage 
où  nous  devons  traiter  spécialement  cette  matière. 

Catalani ,  dans  son  savant  Commentaire  du  Pontifical  Ro- 
main, publié  en  1756 ,  s'exprime  avec  une  sévérité  que  nous 


(1)  De  Servorum  Dei  Beatificatione  et  Éealorum  Canonizatioae. 
Lib.  IV.  pari.  II.  cap.  XIII. 


LITURGIQUES.  447 

ne  saurions  traduire ,  au  sujet  des  Evêques  qui  eurent  le 
malheur  de  donner  leur  confiance  à  des  hérétiques ,  pour 
rédiger  le  Bréviaire  de  leurs  Eglises  :  <r  Jam  prœsertim  pro 
»  auctoritate  Breviarii  Romani  plura  possent  afferri  testimo- 
*  nia  quibus  abunde  ostendi  posset,  quanta  fuerit  nuper  quo~ 
trumdam  Episcoporum  insignis  audacia  atque  insolentia, 
j>  dum  illud,  inconsulto  Romano  Pontifice ,  non  modo  immu- 
»  tarunt,  sed  et  fœdarunt ,  hœreticisque  ansam  dederunt  cons- 
>tabiliendi suas pravas  sententias  (1).  » 

Enfin,  l'illustre  Jésuite  Espagnol ,  Faustin  Arevalo,  dans 
a  curieuse  dissertation  de  Hijmnis  Ecclesiasticis  qu'il  a  placée 
m  tête  de  son  Hymnodia  Hispanica,  après  avoir  rapporté 
a  doctrine  de  Benoît  XIV  sur  le  droit  des  Evêques  en  matière 
le  Liturgie,  ajoute  :  «  J'ai  feuilleté  plusieurs  de  ces  nouveaux 
Bréviaires  Français,  et  j'y  ai  trouvé  beaucoup  de  choses 
qui  m'ont  semblé  dignes  d'approbation  et  de  louanges  ;  ce- 
pendant, ces  choses  ne  m'ont  point  fait  prendre  en  dégoût 
le  Bréviaire  Romain  ;  j'ai  même  commencé  à  l'en  estimer 
davantage,  depuis  que  j'ai  parcouru  plusieurs  de  ces  di- 
vers Bréviaires ,  et  je  ne  sais  comment  il  se  fait  que  les 
parties  les  plus  excellentes  dans  ces  derniers  sont  tirées  du 
Bréviaire  Romain  lui-même ,  ou  composées  sur  son  mo- 
dèle (2).  v 
Le  langage  d'Àrevaîo  est  un  peu  moins  doux  sur  le§ 


(î)  Catalan!.  Commentarius  in  Pontificale  Romanum.  Tom.  I.  p.  189. 
(2)  INoimulla  ego  istinsmodi  Breviaria  pervolutavï,  ac  muîta  reperi 
i  eis,  quœ  approbatione ,  et  laude  digna  mini  visa  sunt  ;  non  idcirco 
men  Breviarii  Romani  me  taedet ,  imo  pluris  hoc  liabere  cœpi ,  ex 
Ijia  diversa  alia  perlegi,  ac  nescio  quo  pacto  partes  illse ,  quse in  ceteris 
>tissimum  eminent ,  aut  ex  Breviario  Romano  cTesumptae  sunt ,  aut 
Mîjus  siffiilitudinem  efîicîae.  Jrevalo ,  Hymnodia  ffispan.  pag.  211. 
assert,  de  ffymnis  Ecoles.  §  XXXI I. 


448  INSTITUTIONS 

nouveaux  Bréviaires ,  dans  cette  critique  des  Hymnes  de  San- 
teul  que  nous  avons  placée  à  la  fin  du  présent  volume.  «  Il  a 

>  paru  en  France,  dit-il,  dans  le  cours  de  ce  siècle,  tant  de  nou- 

>  veaux  Bréviaires,  et  on  indique  dans  le  Mercure  de  France, 

>  dans  le  Journal  de  Dinouart  et  dans  la  Bibllotheca  Ritualis 
>de  Zaccaria,  un  si  grand  nombre  d'opuscules  et  de  disser- 
tations sur  des  Offices  particuliers,  des  formes  d'Heures 

>  Canoniales ,  des  Litanies  et  des  Hymnes  récentes  à  la  Vierge, 
•  qu'on  serait  tenté  de  craindre  qu'en  France,  de  même  que 

>  les  femmes  inventent  sans  cesse  de  nouvelles  modes  pour 

>  leurs  habits ,  ainsi  les  Prêtres  inventent  chaque  année  de 
»  nouveaux  Bréviaires  qui  leur  plaisent  par  le  seul  attrait  de 
»  la  nouveauté  » 

Mais  il  est  temps  de  mettre  fin  à  ce  chapitre  par  les  con- 
clusions suivantes  : 

1°  Tel  fut  donc  le  bouleversement  des  idées  au  dix-hui- 
tième siècle ,  qu'on  vit  des  Prélats  combattre  les  hérétiques, 
et  en  même  temps,  par  un  zèle  inexplicable,  porter  atteinte 
à  la  Tradition  dans  les  prières  sacrées  du  Missel  ;  confesser 
que  l'Eglise  a  une  voix  qui  lui  est  propre ,  et  faire  taire  cette 
voix  pour  donner  la  parole  à  quelque  Docteur  sans  autorité. 

2°  Telle  fut  la  naïve  outrecuidance  des  nouveaux  litur- 
gistes,  qu'ils  ne  se  proposèrent  rien  moins,  et  ils  en  conve- 
naient, que  de  ramener  l'Eglise  de  leur  temps  au  véritable 
esprit  de  la  prière  ;  que  de  purger  la  Liturgie  des  choses 
peu  châtiées,  peu  exactes,  peu  mesurées,  plates ,  difficiles  à 
prendre  dans  un  bon  sens,  que  l'Eglise,  dans  les  pieux  mou' 
vements  de  son  inspiration ,  avait  malencontreusement  fabri- 
quées, ou  adoptées  (1). 

(1)  Tôt  nova  Bfeviaria  hoc  seculo  in  Gallia  prodierunt,  tôt  opuscula, 
et  dissertationes  de  Officiis  singularibus ,  de  Precibus  Horariis  uni" 


LIÏUÏIG1QUES.  449 

5°  Telle  fut,  par  le  plus  juste  de  tous  les  jugements,  la 
barbarie  dans  laquelle  tombèrent  les  Français  sur  les  choses 
du  culte  divin  ,  l'harmonie  liturgique  étant  détruite ,  que  la 
Musique,  la  Peinture,  la  Sculpture,  PArchitecture,  qui  sont 
les  arts  tributaires  de  la  Liturgie,  la  suivirent  dans  une  déca- 
dence qui  n'a  fait  que  s'accroître  avec  les  années. 

4°  Telle  fut  la  situation  fausse  dans  laquelle  les  novateurs 
placèrent  la  Liturgie  en  France,  qu'on  les  entendit  eux- 
mêmes  rendre  témoignage  contre  leur  œuvre,  et  s'unir  aux 
partisans  de  l'antiquité  qui  regrettaient  la  perte  des  Livres 
Grégoriens. 


verse,  de  Lîtaniis,  Hyranisque  recentibusDeiparae,  ia  Mercurîo  Gallico, 
in  Diario  Dinouartii ,  ia  Bibliothecâ  Rituali  Zacfaariœ  indicantur,  ut 
possit  aliquis  subvereri  ne  in  Gailiis ,  ut  feminae  novas  vestium  formas , 
ita  Sacerdotes ,  nova  Breviaria  quotannis  inveniant ,  in  quibus  vel  sola 
novitas  placeat. 


T.    II. 


29 


450  INSTITUTIONS 


CHAPITRE  XXI. 

SUITE  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  LITURGIE,  DURANT  LA  PREMIÈRE 
MOITIÉ  DU  DIX-HUITIÈME  SIÈCLE.  —  AFFAIRE  DE  LA  LÉGENDE 
DE   SAINT    GRÉGOIRE   VII. 

Nous  plaçons  ici  un  épisode  liturgique  du  plus  haut  intérêt 
pour  l'histoire  que  nous  écrivons.  L'affaire  de  la  Légende  de 
saint  Grégoire  VII  est  tout  aussi  ignorée  aujourd'hui  que  la 
plupart  des  faits  qu'on  a  lus  dans  les  précédents  chapitres, 
et  nous  ne  donnerions  au  lecteur  qu'une  connaissance  im- 
parfaite du  siècle  que  nous  avons  à  faire  connaître  sous  le 
rapport  liturgique,  si  nous  passions  sous  silence  un  fait  d'une 
si  haute  portée.  Cet  épisode  étant  d'une  dimension  considé- 
rable ,  nous  l'avons  entièrement  détaché  du  récit  principal, 
qu'il  eût  entravé  d'une  manière  gênante;  nous  ne  doutons 
pas  cependant  que  la  grande  scène  que  nous  allons  dérouler 
n'intéresse  ceux  qui  auront  eu  le  courage  de  nous  suivre 
jusqu'ici. 

Un  des  noms  les  plus  glorieux  de  l'histoire  est  sans  contre- 
dit aujourd'hui  le  nom  du  grand  Pontife  saint  Grégoire  VII. 
Une  justice  tardive,  mais  éclatante,  a  été  rendue  à  ce  héros 
de  l'Eglise  et  de  l'humanité  ,  et  l'on  peut  même  dire  que  sa 
gloire  croît  encore  tous  les  jours.  Pour  aider  à  mettre  dans 
toute  son  évidence  ce  phénomène  providentiel ,  nous  avons 
voulu ,  dans  le  présent  chapitre ,  raconter  une  faible  par- 
tie des  outrages  que  ce  grand  homme,  que  cet  admirable 
Saint  a  essuyés ,  non  de  la  part  des  Protestants  et  des  phi* 
îosophes  du  dernier  siècle  (ceci  serait  moins  instructif) ,  mais 


LITURGIQUES.  451 

de  la  part  de  plusieurs  qui ,  prétendant  appartenir  toujours 
à  l'Eglise  Romaine ,  n'ont  pas  craint  de  récuser,  comme  inté- 
ressé, l'auguste  jugement  par  lequel  elle  inscrivait  au  rang 
des  Saints  et  proposait  à  la  vénération  universelle ,  ce  Pon- 
tife véritablement  Apostolique.  Il  est  bon  que  certains  faits 
caractéristiques  d'une  époque,  et  propres  à  montrer  en  ac- 
tion certains  principes ,  soient  impartialement  enregistrés  et 
publiés,  dans  la  crainte  que  ces  mêmes  faits,  venant  à  se 
perdre,  les  leçons  importantes  qu'on  en  peut  tirer  ne  soient 
en  même  temps  perdues.  Que  si  quelque  défaveur  devait , 
de  nos  jours  encore,  poursuivre  celui  qui  ose  plaider  une 
pareille  cause;  nous  l'acceptons  d'office,  tout  indigne  que 
nous  en  sommes,  et  nous  nous  levons  sans  crainte  pour  ven- 
ger celui  qui ,  avec  son  auguste  prédécesseur  saint  Gré- 
goire Ior,  est  et  demeurera  le  plus  grand  des  Papes  que 
l'Ordre  Bénédictin  ait  fournis  à  l'Eglise  (1). 

Nous  ne  donnerons  point  ici  l'histoire  de  saint  Grégoire  VII. 
Elle  est  écrite  partout  ;  dans  ses  admirables  lettres  conservées 
fem  si  grand  nombre  par  les  soins  d'une  Providence  toute 

(1)  Nous  oserons  dire  ici  quelque  chose  des  motifs  personnels  qui 

ous  obligent  à  défendre  et  a  honorer  la  mémoire  de  saint  Grégoire  VII. 

i  nos  lecteurs  se  souviennent  que  ce  grand  Pontife ,  Moine  de  Saint- 

ierre-de-Cluny,  est  une  des  gloires  delà  France  Bénédictine ,  et 

■  l'avant  de  monter  sur  la  Chaire  de  saint  Pierre,  il  occupa  le  siège 

Ibbatial  de  l'insigne  Monastère  de  Saint-Paul  extra  mœnia  Urbis,  ils 

I  /«prendront  la  nature  des  sentiments  que  nous  dûmes  éprouver  lors- 

Ii'en  1837  ,  appelé ,  malgré  notre  indignité ,  par  le  Souverain  Pontife 

l'égoire  XVI ,  successeur  de  Grégoire  VII  et  enfant  de  saint  Benoît , 

^recueillir  la  succession  des  Abbés  de  Cluny ,  nous  émettions  notre 

Ipfesftion  solennelle  entre  les  mains  de  l'Abbé  de  Saint-Paul,  suc- 

[jiseur,  lui  aussi,  de  l'héroïque  Hildebrand,  Puisse  le  glorieux  Pon- 

Iî,  devenu  si  particulièrement  notre  père ,  allumer  dans  notre  faible 

i(ur  quelques  étincelles  de  son  ardent  amour  pour  l'Eglise  de  Jésus- 

"ist ,  et  nous  donner  quelque  part  a  cette  complète  abnégation  ave* 

belle  il  la  servit  toujours  ! 


452  INSTITUTIONS 

particulière  ;  dans  ses  œuvres  généreuses  qui  ont  sauvé  l'E- 
glise, et  sur  lesquelles  elle  s'appuie  encore  aujourd'hui  ;  dans 
les  récils  pleins  d'admiration  et,  certes,  aussi  de  désintéres- 
sement que  lui  consacrent  aujourd'hui  tant  d'écrivains  non 
suspects.  Tout  le  monde  la  sait  aujourd'hui  cette  histoire. 
Nous  nous  proposons  donc  seulement  ici  de  traiter  la  question 
liturgique  de  saint  Grégoire  VII,  c'est-à-dire,  le  culte  dé- 
cerné par  l'Eglise  à  cet  illustre  Pontife,  et  les  divers  inci- 
dents qui  se  sont  rencontrés  dans  son  établissement  et  dans 
son  progrès. 

L'idée  de  la  haute  sainteté  de  Grégoire  VII  était  déjà  ré- 
pandue de  son  vivant ,  et  ne  fit  que  s'accroître  après  sa  mort. 
En  vain  les  schismatiques  fauteurs  de  l'Empereur  Henri  IV, 
ayant  à  leur  tête  le  fougueux  Bennon,  Archi-Prêlre  Cardinal 
de  F  Anti-Pape  Guibert,  s'efforcèrent  de  llétrir  sa  mémoire  : 
en  vain ,  pour  expliquer  la  supériorité  de  son  génie ,  ils  l'ac- 
cusèrent d'avoir  commerce  avec  Satan,  au  point,  disaient- 
ils  ,  que  lorsqu'il  agitait  ses  manches,  des  étincelles  de  feu  en 
tombaient  avec  abondance;  en  vain,  ils  le  traitèrent  de  faux 
Prophète  et  l'accusèrent  de  n'avoir  point  assez  ménagé  l'Em- 
pereur ;  le  silence  qu'ils  gardent  sur  ses  mœurs  n'en  atteste 
que  plus  énergiquemsnt,  suivant  la  remarque  de  Fleury  lui- 
même  (1) ,  l'intégrité  morale  du  saint  Pape  et  la  haute  estime 
qu'on  faisait  de  sa  vertu. 

Du  reste ,  le  témoignage  des  hommes  pieux  qui  l'avaient 
connu  ne  manqua  point  à  sa  défense.  Le  courageux  saint 
Anselme  de  Lucques,  son  ami  fidèle,  vengea  sa  mémoire 
dans  le  livre  qu'il  a  dirigé  contre  FAnti-Pape  Guibert  (2). 

(1)  Hist.  Ecclés.  Livre  63.  XXVI. 

(2)  Roccaberti.  Bibliotheca  Pontificia.  Tom.  IV.  —  Margaiïn  de  la 
Bigae.  Bibliolheça  maxioia  Patrum.  Tom,  XVIII. 


LITURGIQUES.  455 

Saint  Pierre  Damien,  qtri Ta vait  connu  durant  de  longues 
années ,  le  qualifie  un  homme  très  pur  et  très  saint  dans  ses 
conseils  (1).  Saint  Alphane ,  Archevêque  de  Saïerne,  dans  une 
Ode  remplie  de  la  plus  maie  poésie ,  le  compare  aux  saints 
Apôtres  (2).  Le  B.  Victor  III  qui,  après  avoir  professé  comme 
lui  la  Règle  de  saint  Benoît ,  fut  son  successeur  sur  la  Chaire 
de  saint  Pierre,  atteste  qu'#  illustra  l'Eglise  du  Christ  autant 
par  ses  exemples  que  par  ses  vertus  (3).  Saint  Anselme,  Ar- 
chevêque de  Cantorbéry;  saint  Gébchard,  Archevêque  de 
Saltzbourg ,  et  un  autre  saint  Gébehard ,  Evêque  de  Cons- 
tance, tous  personnages  contemporains,  s'unissent  à  ceux 
que  nous  venons  de  nommer  avec  un  accord  admirable  ;  en 
sorte  que  Ton  trouverait  difficilement  un  Saint  dont  la  sain- 
teté soît  attestée  par  un  si  grand  nombre  de  Saints  contem- 
porains (4).  Il  semble  que  la  sagesse  divine,  prévoyant  les 
outrages  dont  il  devait  être  l'objet,  se  soit  plue  à  entourer 
son  nom  des  plus  augustes  témoignages ,  préparant  ainsi  à 
l'avance  la  meilleure  de  toutes  les  réponses  aux  blasphèmes 
qui  devaient  plus  tard  être  proférés. 

Consultons  maintenant  les  historiens  contemporains  de 
Grégoire  VII ,  et  recueillons  les  expressions  par  lesquelles  ils 
terminent  le  récit  de  ses  travaux  et  de  ses  tribulations.  Le 
premier  que  nous  citerons  est  Paul ,  Chanoine  de  Bernried, 
qui  écrivit,  vers  1131 ,  la  vie  du  saint  Pape.  «  Ainsi,  dit-il, 
*  rempli  delà  grâce  septiforme,  l'esprit  du  septième.  Gré- 

(1)  Sanctissimi  ac  purissimi  consilii  virum.  S.PetriDamian.  Epist.7. 
lib.  I. 

(2)  Nous  donnons  a  la  fin  du  présent  chapitre  (note  A  )  cette  pièce 
peu  connue,  et  remarquable  comme  toutes  les  poésies  de  saint  Alphane, 
par  une  élégance  et  une  richesse  de  style  surprenantes,. 

(3)  Verbis  simul  et  exemplis  illustrasse.  Mabillon.  Àcta  SS.  Ord, 
S.  Benedidi.  Sœc.  4.  part.  2. 

(4)  Vid.  Papebroch.  Acta  SS.  Maii.  die  XXV. 


454  INSTITUTIONS 

>goire  qui  avait  repris  le  monde  et  ses  Princes  sur  le  pé- 
>ché,  l'injustice  et  le  jugement,  fortifié  de  la  nourriture 
i  divine  qu'il  venait  de  recevoir,  s'élançant  dans  la  voie  cé- 
»  leste,  et  porté ,  comme  Elie,  sur  le  char  de  feu  à  cause  de 
>son  zèle  pour  les  intérêts  divins,  dans  le  jour  même  consa- 
cré à  la  mémoire  d'Urbain,  son  prédécesseur,  augmenta 

*  d'une  manière  excellente  l'allégresse  de  ce  saint  Pontife  et 
»  celle  de  tous  les  Bienheureux  qui ,  avec  le  Christ,  se  ré- 
jouissent dans  la  gloire  du  ciel  ;  en  même  temps  qu'il  laissait 
»  abîmée,  dans  une  douleur  profonde,  l'Eglise  qui  poursuit 
>sur  la  terre  son  pèlerinage  (1).  » 

«  A  la  mort  de  Grégoire ,  dit  Bertold ,  également  contem- 
porain ,  dans  sa  Chronique,  les  fidèles  des  deux  sexes 
^ furent  dans  le  deuil,  mais  principalement  les  pauvres  ;  car 
til  était  le  très  zélé  Docteur  de  la  religion  Catholique ,  et  le 
»  défenseur  le  plus  intrépide  do  la  liberté  ecclésiastique.  Il  ne 
»  voulut  pas  que  l'ordre  du  Clergé  restât  avili  aux  mains  des 

*  laïques,  mais  qu'il  occupât,  au  contraire,  le  premier  rang, 
»  par  la  sainteté  des  mœurs  comme  par  sa  dignité  sacrée  (2).  » 

(1)  Itaque  septiformi  gratia  plenus  septimi  Gregorii  spiritus ,  qui 
mundum  et  principes  ejus  arguebat  de  peccato  et  de  injustitia  et  de 
judicio,  in  fortitudine  cœlestis  cibi  nuper  accepti  cœlestem  viam  arri- 
piens ,  meritoque  divini  zeli ,  velut  igneo  curru ,  instar  Eliae  subvectus, 
Urbani  praedecessoris  sui,  cujus  ea  die  festivitas  exstitit,  omniumque 
beatorum  lœtitiam  in  cœlesti  gloria  cum  Christo  gaudentium  excel- 
lenter  ampliavit;  in  terris  vero  peregrinantem  ecclesiam  discessu  suo 
non  parvo  mœrore  consternavit.  Pauli  Bernrieden.  S.  Gregorii  VII 
vita.  Cap.  XII.  102. 

(2)  De  cujus  obitu  omnes  religiosi  utriusque  sexus ,  et  maxime  pau- 
peres ,  doluerunt  :  erat  enim  Catholicae  religioois  ferventissimus  insti- 
tutor,  et  Ecclesiasticae  libertatis  strenuissimus  defe,nsor.  Roluit  sane 
ut  Ecclesiasticus  ordo  manibus  laïcorum  subjaceret,  sed  eisdecn  et 
morum  sanctitate ,  et  ordinis  dignitate  praeemineret.  Bertholdi  Chro- 
me, ad  annum  1085. 


LITURGIQUES.  455 

«Cependant,  dit  le  poète  Domnizone ,  témoin  de  l'événé- 
>  ment ,  des  cris  de  douleur  se  font  entendre  ;  ils  sont  causés 
«par  le  trépas  du  Pontife  Grégoire,  que  le  Seigneur  Christ 
»  vient  d'enlever  aux  cieux,  sept  jours  avant  la  fin  de  Mai. 
ïLes  Moines  le  pleurent,  parce  qu'il  était  Moine  lui-même; 
»  les  Clercs  sont  dans  les  larmes,  et  plongés  dans  le  deuil  sont 
»  aussi  les  Laïques  dont  la  foi  est  pure  de  tout  contact  avec 
*les  schismaliques  (1).  » 

Hugues  de  Flavigny,  dans  sa  précieuse  Chronique,  termine 
ainsi  l'histoire  de  noire  grand  Pontife,  qui  l'avait  honoré  de 
son  amitié  :  «Ainsi,  Martyr  et  Confesseur,  l'an  de  l'Incar- 
»  nation  du  Seigneur  mil  quatre-vingt-cinq ,  il  rendit  son  âme 
]>au  Créateur  (2).  » 

'  Tel  apparaît  le  jugement  des  contemporains  de  Grégoire 
dans  les  diverses  relations  qu'ils  nous  ont  laissées  de  sa  vie 
et  de  ses  actes.  Il  est  clair,  d'après  cela,  que  la  vénération 
publique  ne  devait  pas  tarder  à  se  manifester  envers  lui ,  et 
à  préparer  les  bases  de  ce  culte  immémorial  que  plus  tard  le 
Siège  Apostolique  devait  reconnaître  et  sanctionner. 

Au  reste ,  les  prodiges  qui,  plus  d'une  fois  pendant  sa  vie, 
avaient  rehaussé  la  grandeur  de  ses  actions,  éclataient  encore 
à  son  tombeau.  Paul  de  Bernried  les  rapporte  avec  toute 


(1)  Interea  planctus  de  prsesule  nascitur  altus 

Gregorîo,  gestat  Dominus  quem  Christus  ad  œtkra, 
Ante  dies  septem  Madii  quam  finis  adsset. 
Hune  Monachi  défient ,  Monachus  quia  noscitur  esse , 
Hune  clerici  flebant ,  valde  laïcique  doîebant , 
Pura  iides  quorum  procul  est  a  schismaticorum. 

Domnizon.  Vita  Mathildis. 

(2)  Sic  spiritum  Creatori  tradens,  anno  ab  Incarnatione  Domini 
1LXXXV  obiit,  martyr  et  confessor.  Chronicon  Firdunense  Hugonis 
laviniacensis,  in  Biblioth,  nova  MSS  Labbei.  Tom.  I. 


456  INSTITUTIONS 

l'autorité  et  aussi  la  simplicité  d'un  témoin  oculaire  (1). 
Lambert  de  Schafnabourg,  qui  ne  conduit  sa  Chronique  que 
jusqu'à  la  quatrième  année  de  Grégoire,  atteste  l'existence 
de  faits  miraculeux  qui  servaient,  dit-il,  puissamment  à 
confondre  les  ennemis  du  saint  Pontife  (2).  Orderic  Vital, 
dans  son  Histoire  Ecclésiastique,  parle,  comme  d'un  fait 
avéré,  de  la  guérison  de  plusieurs  lépreux  au  moyen  de 
l'eau  qui  avait  touché  le  corps  de  Grégoire  (3).  Enfin,  on 
peut  voir  sur  cet  article  la  discussion  assez  brève ,  mais  lu- 
mineuse, de  Benoît  XIV  ,  en  son  Traité  de  la  Canonisation 
des  Saints  (4). 

Mais  croirait-on  que  des  écrivains  Catholiques  aient  pu  se 

rencontrer,  dans  ce  siècle  même,  qui  ont  tiré  scandale  des 

épreuves  par  lesquelles  la  divine  justice  purifia  l'âme  de  son 

serviteur,  et  dont  la  foi  vacillante  n'a  pas  vu  toute  la  portée 

de  ces  adversités  précieuses  qui,  en  sauvant  la  sainte  cause 

de  la  liberté  de  l'Eglise,  assuraient  au  Pontife  expirant  la 

récompense  et  la  gloire  des  Martyrs.  J'ai  aimé  la  justice  et 

j'ai  haï  l'iniquité  ;  c'est  pourquoi  je  meurs  dans  l'exil!  disait 

Grégoire  sur  son  lit  de  mort.  Mais  le  Sauveur  lui-même,  qui 

avait  passé  en  faisant  le  bien,  et  guérissant  toute  langueur 

et  toute  infirmité,  ne  s'est-il  pas  senti  abandonné  de  son 

Père ,  au  point  qu'il  criait  :  Mon  Dieu  !  mon  Dieu  !  pourquoi 

m'avez-vous  délaissé  ?  Cependant  ses  ennemis ,  témoins  de 

(1)  Vita  Gregorii  VII.  Cap.  1.  2.  3.  13. 

(2)  Signa  etiaoi  et  prodigia,  quae  per  orationes  Papœ  frequentius 
fiebant,  et  zelus  ejus  ferventissimus  pro  Deo  et  pro  Ecclesiasticis  legi- 
bus,  satis  eum  contra  venenatas  detraciorum  linguas  communiebant. 
Jd  annum  1077.  Scriptores  rerum  Germanicarum.  Tom.  I. 

(3)  Leprosi  de  aqua ,  unde  corpus  ejus  ablutum  fuerat,  petierunt, 
quaconsecuta  fideliter  loti  sunt,  etopitulanto  Deo,  protinus  mundati 
sunt.  Part.  2.  Lib.  VIII.  pag.  677. 

(4)  Lib.  I.  Cap,  XLI.  §.  X.  16. 


LITURGIQUES.  457 

son  agonie ,  disaient  en  branlant  la  tête  :  S'il  est  le  Fils  de 
Dieu ,  qu'il  descende  de  la  Croix.  Ils  croyaient  peut-être  que 
le  salut  du  monde  pouvait  s'opérer  sans  l'immolation  de  la 
Victime.  Ceux  dont  nous  parlons  ne  savaient  pas  non  plus 
apparemment  que  la  liberté  ecclésiastique  ne  pouvait  être 
i  sauvée  sans  qu'il  en  coûtât  la  vie  et  l'honneur  de  son  défen- 
seur. Grégoire  devait  succomber  pour  le  salut  de  plusieurs; 
son  nom  devait  donc  être  maudit;  car  le  disciple  n'est  point 
au-dessus  du  maître  (1). 

Qu'on  ne  nous  dise  donc  plus  :  La  cause  de  Grégoire  VII 
n'était  pas  celle  de  Dieu  ;  car  ses  entreprises  hardies  ne  re- 
çurent point  la  consécration  du  succès.  Nous ,  nous  répon- 
drons par  ces  paroles  du  grand  Baronius,  qui  terminent  le 
récit  de  la  mort  sublime  de  notre  héros  :  «  Ainsi ,  c'est  par 
i  des  persécutions  sans  fin,  des  angoisses  de  tout  genre,  sou- 
!J  >  vent  même  par  le  meurtre  de  ses  Prêtres,  que  l'Eglise  reçoit 
i  j>  une  heureuse  paix ,  que  la  liberté  ecclésiastique  s'acquiert 
3» et  se  consolide,  que  le  salut  des  âmes  est  opéré.  Ainsi,  le 
!  »  Christ  a  instruit  ses  Pontifes  à  combattre  et  à  vaincre,  lui 
I  >  dont  les  souffrances  et  les  infirmités  font  la  force  et  le  cou- 
1  »  rage  des  fidèles ,  lui  dont  la  mort  est  leur  vie.  Je  me  trompe, 
j  »  ou  l'expérience  des  siècles  a  démontré  jusqu'au  temps  pré- 
i  »  sent  que  c'est  aux  travaux  de  Grégoire  qu'il  faut  rappor- 
1  »  ter  et  les  investitures  des  Eglises  arrachées  aux  mains  des 
i  Princes,  et  la  libre  élection  des  Pontifes  Romains  restituée, 
»  et  la  discipline  ecclésiastique  relevée  de  ses  ruines ,  et  tant 
»  d'autres  avantages  innombrables  assurés  à  l'Eglise  (2).  » 

(1)  Matth.  X.  24, 

(2)  Ita  plane  persecutionibus  indesinentibus ,  diversi  generis  aerum- 
nis  atque  saepe  cœdibus  sacerdotum  multo  felicius  paritur  Ecclesiae 
pax,  libertas  acquiritur  atque  confirmatur  Ecclesiastica ,  et  salus  quae- 
ritur  animarum.  Sic  sacerdotes  suos  puguare  et  vincere  Christus  do- 
cuit,  cujus  passionibus  et  infirmitatibus  robur  ac  fortitudo,  ac  morte 


458  INSTITUTIONS 

Oui,  certes,  Grégoire  a  été  vaincu  suivant  la  chair;  comme 
le  Fils  de  PHomme,  il 's'est  vu  n'ayant  pas  où  reposer 
sa  tête  ;  il  s'est  éteint  dans  l'humiliation ,  tellement  que  les 
hommes  l'ont  réputé  frappé  de  la  main  de  Dieu  (I)  ;  mais  pour 
lui  aussi,  la  mort,  d'abord  victorieuse,  est  demeurée  ense- 
velie dans  son  triomphe.  Son  nom,  sa  gloire,  ses  mérites  ont 
inspiré,  ont  soutenu  dans  la  défense  laborieuse  des  libertés 
ecclésiastiques,  non  seulement  l'incomparable  Thomas  de 
Cantorbéry,  dans  sa  lutte  contre  un  Hoi  d'Angleterre,  mais 
tant  d'illustres  Papes  qui  ont  su  se  poser  comme  un  rem- 
part pour  la  maison  d'Israël  ;  Pascal  II  contre  l'Empereur 
Henri  V;  Innocent  IV  contre  Frédéric  II  ;  Bonifaee  VIII  contre 
Philippe-le-Bel ;  Grégoire  XIII ,  Sixte-Quint,  Grégoire XIV  et 
Clément  VIII ,  contre  Henri  de  Bourbon  ;  Innocent  XI  contre 
Louis  XIV  ;  Clément  XIII  contre  les  Cours  de  Madrid,  de  Lis- 
bonne ,  de  Naples ,  de  Parme  ;  Pie  VII  contre  Napoléon  ; 
Grégoire  XVI  contre  Frédéric-Guillaume. 

Nous  venons  d'entendre  le  témoignage  des  historiens  con- 
temporains ,  sur  l'opinion  de  sainteté  qui  environnait  Gré- 
goire VII  durant  sa  vie,  et  après  sa  mort;  suivons  maintenant 
à  travers  les  siècles  les  différentes  manifestations  de  cette 
persuasion  qui,  plus  tard,  devaient  motiver  le  jugement  in- 
faillible du  Saint  Siège. 

Soixante  ans  s'étaient  à  peine  écoulés  depuis  le  jour  où  le 
glorieux  athlète  de  l'Eglise  expirait  dans  l'exil ,  que  déjà  un 

denique  vita  est  fidelibus  comparata.  Mentiar  nisi  ista  jam  experimento 
rerum  praesentium  monstrari  possint ,  per  Gregorium  nempe  vindica- 
tas  e  manibus  principum  Ecclesiarum  investituras ,  libéra  m  electionem 
Romaooruin  Pontificum  post  liminio  restitutam,  disciplinant  Ecclesias- 
ticam  collapsam  penitus  reparatam,  et  alia  immunera  bona  parta. 
Ad  annum  1085.  n°  13. 
(1)  Isaias.  LUI. 


LITURGIQUES.  459 

de  ses  successeurs  qui  a  laissé  une  mémoire  vénérable,  Anas- 
tase  IV,  plaçait  son  image  parmi  celles  des  Saints ,  sur  la 
mosaïque  de  la  Chapelle  de  Saint-Nicolas,  au  palais  Patriachal 
de  Latran  (1).  Le  corps  de  Grégoire  avait  été  enseveli  parles 
soins  de  Robert  Guiscart ,  ou  de  Roger,  son  fiîs  (2) ,  dans  un 
tombeau  de  marbre,  et  placé  dans  la  Cathédrale  de  Salerne, 
déjà  célèbre  comme  possédant  les  reliques  de  l'Apôtre  et 
Evangéliste  saint  Matthieu.  Orderic  Vital,  historien  du  on- 
zième siècle,  que  nous  avons  cité  plus  haut,  parle  de  l'affluence 
des  pèlerins  au  tombeau  du  saint  Pape ,  et  des  grâces  de 
santé  que  l'on  y  recevait  (3).  Une  Chronique,  rédigée  par 

dre  de  Cencius  Savelli,  Camérier  Apostolique,  qui  fut  Pape 
en  1226 ,  sous  le  nom  d'Honorius  III ,  atteste  pour  son  temps 
la  continuation  du  culte  de  saint  Grégoire  VII  et  des  prodiges 
opérés  par  son  intercession  (A)  ;  et  lorsque ,  vers  la  fin  du 

ême  siècle ,  Jean  de  Procida  dota  et  fit  décorer  avec  ma- 
gnificence la  Chapelle  dite  de  Saint-Michel ,  dans  la  Cathé- 
Irale  de  Salerne,  il  est  naturel  de  penser,  avec  Papebrok, 
ju'il  avait  en  vue  de  manifester  sa  dévotion  envers  le  Pontife 
mi  reposait  dans  cette  même  Chapelle,  où  il  était  l'objet  du 
ïulte  des  peuples  attirés  par  le  bruit  des  merveilles  qui  s'y 
>pér aient  (5). 

ILe  corps  de  saint  Grégoire  VII  continuait  toujours  d'être 
objet  de  la  vénération  des  habitants  de  Salerne,  sans  pour- 

(1)  Papebrok.  Acta  SS.  Maii.  Tom.  VI.  Conatus  histor.  de  Rom.  Pont, 
art.  I.  Appendix.  pag.  208.  Bened.  XIV.  de  Canonizat.  Lib.  I.  cap.  41. 

(2)  Papebrok.  Ibidem. 

(3)  Meritis  ejus,  fidei  petentium  miraculorum  copia  divinitus  ostensa 
st.  Hist.  Ecclesiast.  Part.  2.  Lib.  8.  Ibid. 

(4)  Ad  cujus  utique  corpus,  in  B.  Matthœi  Basilica  honorificetumu- 
tum ,  mirabilis  Deus  multa  miracula  operarî  digaatus  est.  Ex  Libro 
TSS  censuali  Centii  Camerar.  in  Gregorium  VII.  ad  finem. 

(5)  Papebrok.  Ibidem. 


460  INSTITUTIONS 

tant  que  cette  vénération  se  répandît  beaucoup  au  dehors  de 
la  province  du  Royaume  de  Naples  où  est  située  cette  ville,-, 
lorsqu'en  1574,  le  Cardinal  Marc-Antoine  Marsile  Colonna 
monta  sur  le  siège  qu'avait  occupé  saint  Alphane ,  l'ami  de 
notre  saint  Pontife.  La  Providence  avait  dessein  de  se  servir 
de  lui  pour  accroître  encore  le  culte  jusque-là  décerné  au 
serviteur  de  Dieu,  et  pour  en  préparer  les  développements. 
Le  Prélat  fit  l'ouverture  du  tombeau,  et  il  y  trouva  les  pré- 
cieux restes  du  saint  Pontife  conservés  presque  en  entier, 
avec  les  ornements  Pontificaux  dont  on  l'avait  revêtu  lors  de 
sa  sépulture.  C'est  ce  qu'il  atteste  par  une  inscription  qui  se 
lit  encore  dans  la  Cathédrale  de  Salerne ,  et  qui  est  conçue 
en  ces  termes  : 

Gregorio  VII  Soanensi  P.  0.  M.  Ecclesiasticœ  libertatis 
vindici  acerrimo  t  assertori  constantissimo  :  qui  dum  Rom. 
Pontificis  auctoritatcm ,  adversus  Henrici  perfidiam  strenue 
tuetur,  Salemi  sancte  decubuit ,  anno  Domini  M  LXXXV, 
V1I1  Kal.  Junii.  Marcus  Antonius  Columna  Marsilius,  Bo- 
noniensis ,  Archiepiscopus  Salernitanus ,  cum  illius  corpus, 
post  quingentos  circiter  annos ,  sacris  amictum  et  fere  inte- 
grum  reperisset ,  ne  tanti  Pontificis  sepulchrum  memoria 
diutius  careret.  Gregorio  X1I1  Bononiense  sedente.  Anno 
Domini  M  D  LXXV1I1.  Pridie  Kalendas  Quintilis  (1). 

Le  pieux  Cardinal  mourut  en  1585 ,  et  n'eut  pas  la  conso- 
lation de  voir  consommée  l'œuvre  de  la  Canonisation  du  saint 
Pontife.  Elle  eut  lieu  deux  ans  après ,  par  l'autorité  de  Gré- 
goire XIII,  qui  inséra  le  nom  de  Grégoire  VII  au  Martyrologe 
Romain,  avec  cet  éloge  :  Salemi,  Depositio  B.  Gregorii Papcv 
septimi  qui  Alexandro  secundo  succedens ,  Ecclesiasticam  Li- 

(1)  Ciacconi.  Vit»  et  res  gestae  Pontificum  Romanorum.  Tom.  /. 
page  853. 


LITURGIQUES.  461 

bertatem  a  superbia  principum  suo  tempore  vindicavit,  et 
viriliter  Pontificia  auctoritate  défendit. 

Cette  sorte  de  Canonisation ,  sans  procès  préalable ,  est 
distincte  de  la  Canonisation  appelée  formelle,  et  est  désignée 
sous  le  nom  (TEquipollente.  Elle  a  lieu  lorsque  le  Souverain 
Pontife  décerne  le  culte  public  à  un  personnage  déjà  en  pos- 
session d'honneurs  religieux  que  lui  rend  la  piété  des  fidèles, 
en  même  temps  que  l'héroïsme  de  ses  vertus  et  la  vérité  de 
ses  œuvres  miraculeuses  sont  certifiés  par  le  témoignage 
d'historiens  dignes  de  foi.  Cette  Canonisation  a  la  même  au- 
torité que  la  Canonisation  formelle,  et  outre  que  le  culte  de 
presque  tous  les  Saints  qui  ont  vécu  dans  l'Eglise  avant  l'insti- 
tution des  procédures  aujourd'hui  en  usage,  ne  repose  que 
sur  un  jugement  du  même  genre  ;  il  est  un  grand  nombre  de 
Saints  parmi  ceux  qui  ont  fleuri  dans  l'Eglise,  depuis  que  le 
Siège  Apostolique  s'est  réservé  les  causes  de  Canonisation  , 
qui  n'ont  cependant  été  inscrits  au  Catalogue  des  Saints  que 
de  cette  manière  equipollente  ;  tels  sont ,  par  exemple ,  saint 
Romuald,  saint  Norbert ,  saint  Bruno,  saint  Pierre  Nolasque, 
saint  Raymond  Nonnat,  saint  Ferdinand  III,  saint  Jean  de 
Matha ,  sainte  Marguerite  d'Ecosse ,  saint  Etienne  de  Hon- 
grie, etc.  L'ignorance  des  règles  de  l'Eglise  Romaine  a  donc 
pu  seule  faire  dire  à  certains  auteurs  Jansénistes,  et  non  Jan- 
sénistes, que  saint  Grégoire  VII  était  honoré  par  l'Eglise, 
sans  avoir  été  canonisé ,  puisque  l'on  en  devrait  dire  autant 
des  illustres  Saints  que  nous  venons  de  nommer  :  conséquence 
à  laquelle ,  sans  doute ,  ces  auteurs  se  refuseraient. 

Quant  à  ce  que  l'on  a  prétendu ,  que  Grégoire  XIII  avait 
voulu  diriger  l'effet  de  cette  Canonisation  contre  Henri 
de  Bourbon ,  qui  poursuivait  alors  la  couronne  de  France , 
recommandant  ainsi  la  mémoire  d'un  Pontife  qui  avait  foulé 
sous  ses  pieds  un  autre  Henri ,  aussi  Quatrième  du  nom;  il 


462  INSTITUTIONS 

semble  qu'il  n'est  pas  besoin  de  recourir  à  cette  explication. 
La  translation  du  corps  de  saint  Grégoire  VII,  par  l'Arche- 
vêque de  Salerne,  dans  un  moment  où  Grégoire  XIII  s'occu- 
pait de  l'édition  du  Martyrologe,  était  suffisante,  avec  la 
possession  du  culte  antérieur,  pour  engager  ce  dernier  Pape 
à  définir  enfin  la  sainteté  du  glorieux  Confesseur  de  Salerne. 

Sixte-Quint,  successeur  de  Grégoire  XIII,  fit  quelque 
changement  à  la  formule  consacrée  par  son  prédécesseur,  à 
notre  saint  Pape ,  dans  le  Martyrologe  ;  il  adopta  cette  phrase 
qui  est  restée  dans  l'édition  de  Benoît  XIV,  et  les  suivantes  : 
Salerni,  Depositio  B.  Gregorii  Papœ  septimi,  ecclesiasticœ  li- 
bertatis  propugnatoris  ac  defensoris  acerrimi. 

Bientôt  après ,  sous  Clément  VIII,  en  1595,  le  corps  de 
saint  Grégoire  VII  fut  tiré  du  sépulcre  que  lui  avait  consacré 
le  Cardinal  Colonna,  et  placé  sous  un  autel,  toujours  dans 
la  même  Chapelle  de  Saint-Michel.  Il  parait  même  que  ce  fut 
alors,  Mario  Bolognini  étant  Archevêque,  que  le  chef  fut  sé- 
paré du  reste  du  corps  pour  être  renfermé  dans  un  reliquaire 
spécial  (1). 

Sous  le  pontificat  du  même  Clément  VIII ,  Baronius  fit  pa- 
raître le  onzième  tome  de  ses  Annales,  où  il  célébra  et  vengea 
tout  à  la  fois,  avec  son  éloquente  érudition  ,  la  mémoire  de 
saint  Grégoire  VII.  Un  peu  avant  lui,  Bellarmin,  dans  ses 
Controverses,  et  spécialement  au  livre  quatrième,  de  Romano 
Pontifice,  avait  eu  pareillement  l'occasion  de  faire  cette  grande 
justice.  Ainsi,  les  deux  plus  illustres  écrivains  du  Catholi- 
cisme, à  celte  époque  de  géants,  se  montraient  préoccupés 
de  la  gloire  du  saint  Pontife  :  mais  jusque-là  les  hérétiques 
seuls  s'étaient  levés  pour  la  flétrir. 

Du  moment  où  le  nom  de  saint  Grégoire  VII  fut  inséré  au 

(1)  Papebrok.  Ibidem. 


LITURGIQUES.  463 

Martyrologe,  le  Chapitre  de  la  Cathédrale  de  Salerne,  que 
le  saint  Pape  avait  autrefois  comblé  de  privilèges,  accordante 
ses  membres  la  chappe  rouge  et  la  mître,  fut  autorisé  à  célébrer 
solennellement  son  Office.  Mais  d'abord  il  ne  fut  récité  que  sui- 
vant le  rite  commun  des  Confesseurs  Pontifes,  jusqu'à  ce  qu'en 
1609,  à  la  prière  du  même  Chapitre  et  de  l'Archevêque  Jean 
Beltramini,  Paul  V,  par  un  Bref  qui  commence  ainsi  :  Do- 
miniJesu-Christi,  accorda  un  Office  propre  dont  les  Leçons 
se  retrouvent  en  grande  partie  dans  celles  qui  furent  publiées, 
en  1728,  par  Benoît  XIII ,  et  dont  nous  allons  bientôt  parler. 
L'Archevêque  Beltramini  fit,  vers  le  même  temps,  ériger 
une  statue  remarquable  du  saint  Pape  dans  la  Cathédrale 
de  Salerne,  et,  ayant  été  transféré  à  un  autre  siège,  il  eut 
pour  successeur  le  Cardinal  Lucius  San  Severino ,  non  moins 
zélé  que  lui  pour  la  garde  du  saint  dépôt  confié  à  son 
Eglise.  Il  en  donna  une  preuve  solennelle  en  1614,  faisant 
onstruire  un  nouvel  autel  à  saint  Grégoire  VII ,  et  y  plaçant 
olennellement  son  corps  ;  ce  que  Ton  doit  compter  pour  la 
roisième  translation  de  ces  précieuses  reliques  (1).  Ce  fut 
)eut-être  à  cette  occasion ,  ou  du  moins  peu  auparavant  (2), 
ju'un  bras  du  saint  Pape  fut  distrait  pour  être  donné  à  la 
ille  de  Soana ,  en  Toscane ,  patrie  de  saint  Grégoire  VII ,  la- 
melle avait  député  deux  ambassadeurs  vers  le  Chapitre  de 


(1)  La  première  par  le  Cardinal  Marsile  Colonna  ;  la  seconde  par  Mario 
îolognini  ;  enfin ,  celle  dont  nous  parlons  ici ,  accomplie  par  le  Cardinal 
an  Severino,  laquelle  est  attestée  par  une  inscription  conçue  en  ces 
3rmes ,  qu'il  fit  placer  dans  la  Cathédrale  de  Salerne  : 

Ego  Lucius  Sanseverinui ,  Archkpiscopus  Salernitanw ,  altare  hoc 
i  honorent  B.  Gregorii  Papœ  VII  consecravi;  ejusque  sacrum  corpus 
i  eo  inclusi;  prœsentibus ,  annum  unumy  anniversaria  deinceps  conse- 
rationis  die ,  ipsum  pie  visitantibus ,  quadraginta  dies  verœ  indulgen- 
ce, deEcclesiœ  more,  concessi.  A,  D.  MDCXIF,  die  IVmensis  Mail, 

(2)  Papebrok,  Ibidem. 


464  [institutions 

la  Cathédrale  de  Salerne ,  avec  les  lettres  de  recommandation 
du  Grand-Duc ,  qui  joignait  ses  instances  à  celles  de  la  ville. 

Vers  la  môme  époque,  le  savant  Jésuite  Jacques  Gretser, 
dont  les  immenses  travaux  ne  sont  point  assez  appréciés 
aujourd'hui,  publia  une  docte  apologie  des  actions  et  de  la 
personne  de  saint  Grégoire  VII.  Dans  cette  importante  dis- 
cussion ,  il  n'allègue  pas  moins  de  cinquante  écrivains  à 
l'appui  des  éloges  qu'il  donne  au  Pontife,  et  le  venge  d'une 
manière  victorieuse  des  imputations  qu'avaient  lancées  contre 
lui  et  les  schismaliques  du  onzième  siècle,  et  les  hérétiques 
du  seizième. 

Vers  le  milieu  du  dix-septième  siècle,  Alexandre  VII  éta- 
blit l'Office  de  saint  Grégoire  VII  dans  les  Basiliques  de  Rome, 
sans  cependant  l'insérer  encore  au  Bréviaire  de  l'Eglise  Ro- 
maine (1).  Mais  ce  siècle  devait  être  fameux  par  les  attaques 
portées  au  saint  Pontife,  non  plus  seulement  de  la  part  des 
Protestants,  mais  de  la  part  des  Juristes,  et  surtout  des 
Théologiens  et  Canonistes  Gallicans.  Nous  nous  contenterons 
de  rappeler  le  trop  fameux  Edmond  Richer,  dans  son  livre 
de  Ecclesiastica  et  politica  potestate  ;  Ellies  Dupin,  dans  son 
Traité  de  la  puissance  ecclésiastique  ,  et  Bossuet ,  dans  sa 
Défense  de  la  Déclaration  de  1682,  ouvrage  dont  le  grave  et 
impartial  Benoît  XIV  a  dit  :  «  Il  serait  impossible  de  trouver 
»  un  livre  qui  soit  plus  opposé  à  la  doctrine  reçue  en  tous  lieux , 
^excepté  en  France,  sur  l'infaillibilité  du  Souverain  Pontife, 
»  définissant  ex  Cathedra ,  sur  sa  supériorité  à  l'égard  de  tout 
»  Concile  écuménique,  sur  le  domaine  indirect  qu'il  a  sur  les 
»  droits  temporels  des  souverains  ,  quand  l'avantage  de  la 
•  Religion  et  de  l'Eglise  le  demande  (2).  > 

(i)  Gretseri.  Opéra.  Tom.  VI. 

(2)  Difficile  profecto  est  aliud  opus  reperire  quod  aeque  adversetur 
doctrine  extra  Galliam  ubique  receptae  de  summi  Pontiflcis  ex  Cathe- 


i 


LITURGIQUES.  465 

Cependant,  de  tous  les  auteurs  Gallicans  du  dix-septième 
siècle  qui  écrivirent  contre  saint  Grégoire  VII,  celui  dont  la 
hardiesse  fit  le  plus  d'éclat  à  raison  du  châtiment  qui  lui  fut 
infligé  par  le  Saint  Siège ,  est  le  P.  Noël  Alexandre.  Il  avait 
[publié  les  dix  premiers  siècles  de  son  Histoire  Ecclésias- 
tique, et  mérité  jusque-là  les  éloges  du  Pape  Innocent  XI, 
|qui  occupait  alors  la  Chaire  de  saint  Pierre ,  et  qui  avait 
daigné  lui  faire  parvenir  le  témoignage  le  plus  flatteur  de  sa 
ikatisfaction  pour  l'érudition  et  l'orthodoxie  qui ,  jusqu'alors, 
levaient  présidé  à  cette  œuvre  (1).  Arrivé  aux  événements  du 
Jmzième  siècle ,  Noël  Alexandre  consacra  deux  dissertations 
|i  faire  ressortir  les  torts  qu'avait  eus ,  selon  lui ,  un  Pontife 
iléjà  placé  sur  les  autels.  Innocent  XI ,  celui  qui  n'avait  pas 
léchi  devant  le  grand  Roi ,  crut  devoir  manifester  énergi- 
uement  l'indignation  que  lui  inspirait  une  semblable  con- 
uite  de  la  part  d'un  Religieux.  Il  rendit  un  Décret,  en  date 
lu  13  juillet  1684,  par  lequel  il  condamnait  le  volume  qui  ren- 
îrmait  ces  Dissertations,  et ,  afin  de  témoigner  plus  énergi- 
uement  encore  le  déplaisir  que  le  Saint  Siège  avait  ressenti, 
dus  les  écrits  du  même  auteur  furent  proscrits,  avec  défense 
e  les  lire ,  retenir,  ou  imprimer,  sous  peine  d'excommunica- 
on  (2).  Ce  fut  ainsi  qu'un  Pontife ,  déclaré  Vénérable  par  la 
Congrégation  des  Rites  ,  à  cause  de  ses  grandes  vertus,  se 
entra  jaloux  de  l'honneur  de  son  saint  Prédécesseur,  dont 


a  definientis  infallibilitate ,  de  ejus  excellentia  supra  quodcumque 
îicilium  œcumenicum ,  de  ejus  jure  indirecto,  si  potissimum  Reli- 
pnis  et  Ecelesiae  cooimodum  id  exigat,  super  juribus  temporalibus 
lincipum  supremorum.  Epist*  pro  Card<  H.  Norisio  apologet,  ad  su- 
J?m.  Hispan.  Inquisitorem.  Inter  opusc.  Bened.  XIV.  pag.  117. 
t[i)  Touron.  Htst.  des  Hommes  illustres  de  l'Ordre  de  saint  Domi- 
ifue.  Tom.  V.  pag.  814. 
;tv  f  2)  Touron.  Ibidem.  Benoît  XIV.  De  Canonfaat.  Sanctorum.  Lib.  /. 
Ii>.  XLI.  Papebrok.  Ad  diem  XXV  Mail. 

t.  il.  50 


466  INSTITUTIONS 

la  mémoire  allait  bientôt  êlre  en  butte  à  de  nouveaux  ou- 
trages, en  attendant  les  honneurs  que  lui  réservait  le  19e  siècle. 

Au  reste,  Noël  Alexandre  n'attendit  pas  long-temps  la  » 
réfutation  de  ses  thèses  Gallicanes;  un  Religieux,  Domi- 
nicain comme  lui,  François  d'Enghiel,  publia  peu  après  un 
livre  très  solide,  au  jugement  de  Benoit  XIV  (1) ,  et  intitulé  : 
Auctoritas  Sedis  Apostolicœ  pro  Grcgorio  Papa  Vil  vindi-, 
cala,  adversus  Nataîem  Alexandrum  Ordinis  Prœdicatorum 
Doctorem  Thcologum. 

Dom  Mabillon  ,  dans  la  publication  des  Acta  sanctorum  Or- 
dinis  sancti  Benedicli,  eut  aussi  à  produire  la  vie  et  les 
actes  de  notre  saint  Pape.  Le  deuxième  Tome  du  VIe  Siècle 
Bénédictin  parut  en  1701  ;  mais  l'illustre  éditeur  sut  franchir 
ce  pas  devenu  difficile ,  sans  manquer  ni  à  la  prudence ,  ni  à 
la  fidélité  de  l'historien  Catholique. 

Cependant  Clément  XI ,  à  la  prière  du  Cardinal  Gabrielli, 
dont  la  conduite  avait  été  si  ferme  dans  l'affaire  de  la  Régale , 
accorda,  en  1705,  à  l'Ordre  de  Cîteaux  le  privilège  de  faire 
l'Office  de  saint  Grégoire  VII,  et  cinq  ans  après,  le  même  > 
Pontife  concéda  la  même  grâce  à  l'Ordre  de  saint  Benoît,  sur 
les  instances  du  Procureur  Général  de  la  Congrégation  du 
Mont-Cassin.  Ces  différentes  concessions  d'Office  ne  firent 
aucun  bruit;  mais  lorsque,  par  un  Décret  du  25  septembre 
1728  ,  Benoît  XIII  eut  ordonné  d'insérer  la  fète  de  saint  Gré- 
goire VII  au  Missel  et  au  Bréviaire,  et  enjoint  à  toutes  les 
Eglises  du  monde  de  la  célébrer,  un  grand  orage  s'éleva  dans 
plusieurs  Etats  de  l'Europe,  et  particulièrement  en  France. 


Il  est  évident,  sans  doute,  que  dans  l'établissement  de 
cette  fête  et  la  promulgation  universelle  de  la  Légende  si  re- 
marquable qui  devait  se  lire  dans  l'Office,  Rome  se  proposait 

(1)  Bened.XIV. /fo'dewi. 


i 


*l 


LITURGIQUES.  467 

un  but;  nous  n'avons  garde  d'en  disconvenir.  Mais  nous 
dirons,  en  premier  lieu ,  que  c'est  un  assez  beau  spectacle 
pour  nous,  hommes  de  ce  siècle,  devoir,  au  moment  où 
d'absurdes  préjugés  commençaient  à  éclipser  toute  vérité 
historique  sur  le  moyen-âge ,  où  une  philosophie  menteuse 
et  sans  intelligence  foulait  aux  pieds  les  plus  salutaires  en- 
seignements du  passé;  de  voir,  disons-nous,  Rome  arracher 
par  un  acte  courageux  à  ce  naufrage  universel ,  le  nom  vé- 
îérable  d'un  héros  de  l'humanité,  en  qui  le  siècle  suivant 
levait  saluer,  avec  enthousiasme,  le  vengeur  de  la  civili- 
sation et  le  conservateur  des  libertés  publiques ,  aussi  bien 
[ue  des  libertés  ecclésiastiques.  C'était  là,  certes,  un  pro- 
ms,  et  d'autant  plus  méritoire  que  le  Pontife  qui  s'en  por- 
ait  l'auteur  ne  pouvait  ignorer  que  l'autorité  du  Saint  Siège, 
léjà  si  affaiblie ,  allait  encore  devenir  à  cette  occasion  même 
objet  de  nouvelles  attaques. 

i  Nous  dirons  en  second  lieu ,  et  sans  détour ,  que  Rome 
vait  bien  ,  par  cet  acte ,  quelque  intention  de  pourvoir  à 
m  honneur  outragé  dans  la  fameuse  Déclaration  de  l'As- 
jmblée  du  Clergé  de  1682 ,  et  dans  tout  ce  qui  s'en  était 
livi  en  France,  de  la  part  des  deux  autorités.  Le  Roi 
Duis  XIV  avait ,  il   est  vrai ,  promis  de  révoquer  son 
Ht  pour  l'enseignement  des  quatre  Articles,  et ,  tant  qu'il 
ait  vécu,  on  avait  tenu  à  l'exécution  de  cet  engagement, 
li ,  joint  à  la  lettre  de  réparation  des  Evêques  de  l'Assem- 
îe  au  Pape,  avait  été  la  condition  nécessaire  de  l'Institution 
nonique  des  Prélats  nommés  depuis  plus  de  dix  ans  aux 
ges  vacants.  Mais  déjà  les  promesses  n'étaient  plus  exé- 
tées  ;  les  Universités  faisaient  chaque  jour  soutenir  dans 
r  sein  des  thèses  dans  lesquelles  les  doctrines  Romaines 
ient  attaquées  ,  l'autorité  Apostolique  circonscrite  dans 
bornes  arbitraires,  la  conduite  des  plus  saints  Papes 


468  INSTITUTIONS 

taxée  de  violence  aveugle,  et  signalée  comme  contraire  au 
droit  naturel  et  divin.  Il  était  temps  que  la  grande  voix  du 
Siège  Apostolique  se  fit  entendre ,  et  qu'elle  protestât  du 
moins  contre  l'audace  sans  cesse  croissante  de  ces  Docteurs 
toujours  prêts  à  restreindre  les  limites  du  pouvoir  spirituel, 
en  même  temps  qu'ils  enseignaient  avec  tant  de  complai- 
sance l'inamissibililé  du  pouvoir  royal.  Heureusement ,  PBfl 
glise  a  eu  de  tout  temps,  dans  sa  Liturgie,  un  moyen  de 
répression  contre  les  entreprises  téméraires  qu'on  a  osées 
sur  sa  doctrine  ou  contre  son  honneur.  Ce  qu'elle  confesse 
dans  la  prière  universelle ,  devient  règle  pour  ses  enfants,  et 
CQflDUHe  nous  l'avons  l'ait  voir  dans  celte  histoire,  si  quelques- 
uns  ont  cherché  à  s'isoler  des  formules  qu'elle  consacre* 
c'est  qu'ils  sentaient  avec  quelle  irréfragable  autorité  elle 
impose,  dans  ce  Bréviaire,  dansée  Missel  si  odieux,  ses  ju- 
gements sur  les  doctrines,  sur  les  personnes  et  sur  les  insti- 
tutions. Benoît  XIII  eut  donc  intention,  en  étendant  à  l'Eglise 
universelle  l'Office  de  saint  Grégoire  VII,  de  faire  un  contre- 
poids aux  envahissements  du  Gallicanisme  qui,  de  jour  en 
jour,  augmentaient  de  danger  et  d'importance ,  à  raison  sur- 
tout des  efforts  d'une  secte  puissante  et  opiniâtre  qui  menaçait 
de  plus  en  plus  l'existence  de  la  foi  Catholique  au  sein  du 
Royaume  de  France.  Si  Home  laissait  llétrir  plus  long-temps 
la  mémoire  des  plus  saints  Pontifes  des  siècles  passés,  elle 
donnait  gain  de  cause  à  ces  hommes  audacieux  qui  criaient 
sur  les  toits  qu'elle  avait  renouvelé  ses  vieilles  prévarications, 
et  qu'Innocent  X  ,  Alexandre  VII ,  Clément  XI ,  n'étaient  ni 
plus  ni  moins  coupables  que  Grégoire  VII,  Innocent  III  et  tant 
d'autres.  Ecoutez  plutôt  un  des  fidèles  organes  de  la  secte  : 
€  Au  premier  coup  d'œil,  on  saisit  la  connexité  de  doc- 
Hrine  entre  les  Brefs  d'Innocent  XI  et  d'Alexandre  VIII, 
»  contre  l'Assemblée  de  1682;  la  Proposition  quatre-vingt- 


% 


LITURGIQUES.  469 

onze,  concernant  l'excommunication,  censurée  par  la  Bulle 
i  Unigenitus,  et  cette  Légende  contraire  aux  vérités  révélées 
>  qui  enjoignent  aux  Papes  comme  aux  autres  individus  de 
»la  société,  la  soumission  à  l'autorité  civile  (1).  » 

Mais  il  est  temps  de  révéler  au  lecteur  cette  monstrueuse 
jdégende  qui  mettait  ainsi  en  péril  les  vérités  révélées.  Les 
>ages  que  l'on  va  lire  sont  belles  sans  doute,  pleines  de  no- 
blesse et  d'une  éloquente  simplicité  :  elles  sont  pourtant 
noins  énergiques  dans  les  éloges  qu'elles  donnent  au  Pon- 
ife,  que  certaines  pages  qu'on  peut  lire  tous  les  jours 
;ans  les  écrits  de  plusieurs  historiens  ,  ou  publicistes  Pro- 
estants. Voici  la  Légende  en  son  entier. 


IN  FESTO  S.  GREGORII  VIL  PAPiE  ET  CONFESSORIS. 

IN   SECUNDO  NOCTURNO. 
LECTIO  IV. 

«  Gregorius  Papa  septimus  antea  Hildebrandus ,  Soanse 
in  Etruria  natus,  doctrina,  sanctitate  omnique  virtutum 
génère  cum  primis  nobilis,  mirifice  universam  Dei  illustra  vit 
Ecclesiam.  Cum  parvulus  ad  fabri  ligna  edolantis  pedes, 
jam  litterarum  inscïus ,  luderet ,  ex  rejectis  tamen  segmen- 
tis  ilia  Davidici  elementa  oraculi  :  Dominabitur  a  mari  usque 
id  mare,  casu  formasse  narratur,  manum  pueri  ductante 
Rumine,  quo  significaretur  ejus  fore  amplissimam  in  mundo 
jiuctoritatem.  Romam  deinde  profectus ,  sub  protectione 
ancti  Pétri  educatus  est.  Juvenis  Ecclesise  libertatem  a 


i)  Grégoire.  Essai  historique  sur  les  Libertés  de  l'Eglise  Gallicane. 
.98. 


470  INSTITUTIONS 

»  laïcis  oppressant  ac  depravatos  Ecclesiasticorum  mores  vc- 

»  hementius  dolens,  in  Cluniacensi  Monasterio,  ubi  sub  Régula 

»  sancti  Benedicti  austerioris  vitse  observantia  eo  tempore 

»  maxime  vigebat,  Monachi  habitum  induens,  tanto  pietatis 

»  ardore  divinas  Majestati  dcserviebat,  ut  a  sanctis  ejusdem 

»  Cœnobii  Patribus  Prior  sit  electus.  Sed  divina  Providentia 

»  majora  de  eo  disponente  in  salutem  plurimorum,  Cluniaco' 

»  eductus  Ilildcbrandus ,  Àbbas  primum  Monasterii  sancti 

»  Pauli  extra  muros  Urbiseleclus,  ac  postmodum  Romanae 

»  Ecclesiœ  Cardinalis  creatus,  sub  summis  Ponlificibus,  Leone 

»  nono,  Victore  secundo,  Stephano  nono,  Nieolao  secundo, , 

ï>  et  Alexandro  secundo,  prsecipuis  muneribus ,  et  legationi- 

»  bus  perfunctus  est,  sanctissimi ,  et  purissimi  consilil  vir  a 

»  Beato  Petro  Damiani  nuncupatus.  A  Victore  Papa  secundo 

»  Legatus  a  latere  in  Galliam  missus,  Lugduni  Episcopum  Si- 

»  moniaca  labe  infectum  ad  sui  criminis  confessionem  mira- 

»  culo  adegit.  Berengarium  in  ConcilioTuronensi  ad  iteratam 

»  haeresis  abjurationem  compulit.  Cadolai  quoque  schisma 

»  sua  virtute  compressit.  » 

LECTIO  V. 

«  Mortuo  Alexandro  secundo,  invitus,  etmœrens  unanimi 
»  omnium  consensu ,  decimo  Kalendas  Maii ,  anno  Christi 
»  millesimo  septuagesimo  tertio,  summus  Pontifex  electus, 
»  sicut  sol  effulsit  in  Domo  Dei  ;  nam  potens  opère  et  sermone, 
y>  Ecclesiasticse  disciplinae  reparandse ,  fidei  propaganda3 ,  li- 
»  bertati  Ecclesise  restituenda3 ,  extirpandis  erroribus  et 
»  corruptelis,  tanto  studio  incubuit,  ut  ex  apostolorum  œtate 
»  nullus  Pontificum  fuisse  tradatur,  qui  majores  pro  Ecclesia 


LITURGIQUES.  471 

»  Dei  laboros,  molestiasque  pertulerit,  aut  qui  pro  ejus  liber- 
jd  tate  acrius  pugnaverit.  Aliquot  Provincias  a  Simoniaea  labe 
»expurgavit.  Contra  Henrici  Imperatoris  impios  conatus 
»fortis  per  omnia  athleta  impavidus  permansit,  seque  pro 
»  muro  domui  Israël  ponere  non  timuit,  ac  eumdem  Henri- 
»  cum  in  profundum  malorum  prolapsum,  fidelium  commu- 
»  nione,  regnoque  privavit,  atque  subditos  populos  fide  ei 
»  data  liberavit.  » 

LECTIO  VI. 

a  Dum  Missarum  solemnia  perageret ,  visa  est  viris  piis  co- 
»  lumba  e  cœlo  deîapsa,  humero  ejus  dextro  insidens,  aîis 
»  extensis  caput  ejus  velare,  quo  significatum  est,  Spiritus 
»  Sancti  afflatu,  non  humanse  prudentias  rationibus  ipsum 
»  duci  in  Ecclesise  regimine.  Cura  ab  iniqui  Henrici  exercitu 
»  Romae  gravi  obsidione  premeretur,  excitatum  ab  hostibus 
»  incendium  signo  crucis  extînxit.  De  ejus  manu  tandem  a 
»  Roberto  Guiscardo  Duce  Northamno  ereptus ,  Casinum  se 
»  contulit  ;  atque  inde  Salernum  ad  dedicandam  Ecclesiam 
»  sancti  Matthaei  Apostoli  contendit.  Cum  aliquando  in  ea 
»  civitate  sermonem  habuisset  ad  populum,  serumnis  confec- 
»  tus,  in  morbum  incidit  quo  se  interiturum  praesoivit.  Pos- 
»  tréma  morientis  Gregorii  verba  fuere  :  Dilexijv,stitiam,  et 
»  odivi  iniquitatem: propterea  morior  in  exilio.  Innumerabilia 
»  sunt  quaa  vel  fortiter  sustinuit,  vel  muitis  coactis  in  Urbe 
»  Synodis  sapienter  constituit,  vir  vere  sanctus,  criminum 
»  vindex ,  et  acerrimus  Ecclesiae  defensor.  Exactis  itaque  in 
»  Pontificatu  annis  duodecim,migravitincœlum,  annosalutis 


472  INSTITUTIONS  » 

»  millesimo  octogesimo  quinto,  pluribus  in  vita,  et  post  mor- 
»  tem  miraculis  clarus,  ejusquc  sacrum  corpus  in  Cathedrali 
»  Basilica  Salernita  est  honoriflce  conditum.  » 

L'Oraison  qni  complète  et  résume  POflice  de  saint  Gré- 
goire VII,  au  Missel  et  au  Bréviaire,  est  ainsi  conçue  : 

Deus  in  te  sperantium  fortitudo ,  qui  Beatum  Gregorium 
Confessorem  tuum  atque  Pontificem ,  pro  tuenda  Ecclesiœ  li- 
bertate  virtute  constantiœ  roborasti;  da  nobis,  ejus  exemplo  et 
intercessione ,  omnia  advcrsantia  fortiter  superare. 

Maintenant  que  nous  avons  mis  sous  les  yeux  du  lecteur 
cette  pièce  si  fameuse ,  avant  d'entrer  dans  le  récit  des  évé- 
nements qui  suivirent  sa  promulgation,  nous  nous  permet- 
trons quelques  réflexions  sur  la  portée  de  ce  manifeste  pon- 
tifical. 

Que  suit-il  du  récit  que  nous  venons  de  lire  des  actes  et 
des  vertus  d'un  Pape  du  onzième  siècle  ?  Cela  veut-il  dire  que 
Rome  se  prépare  à  fondre,  comme  l'aigle,  sur  les  Etats  Eu- 
ropéens, à  disposer  arbitrairement  de  la  couronne  des  Princes 
qui  les  gouvernent ,  en  un  mot,  à  ébranler  le  monde  entier  du 
bruit  de  ses  foudres?  Nous  qui  vivons  un  siècle  après  l'appa- 
rition de  celte  redoutable  Légende,  trouvons-nous  beaucoup 
d'exemples  depuis  lors  de  cette  omnipotence  temporelle  des 
Pontifes  du  moyen-age,  exercée  par  Benoît  XIII,  ou  ses 
successeurs?  Nous  semble-t-il  que  la  couronne  de  France, 
pays  où  la  Légende  a  été  proscrite ,  ait  été  l'objet  de  moins 
d'attaques  que  celle  des  Souverains  dans  les  Etats  desquels 
elle  a  été  admise  par  le  Clergé?  Et  si  par  hasard,  chez  nous, 
depuis  cette  époque,  les  Rois  ont  souffert  la  mort ,  l'exil ,  ou 
l'humiliation ,  est-ce  Rome  qui  s'est  montrée  envers  eux  si 
impitoyable?  Ne  perdons  pas  ce  point  de  vue  dans  les  diverses 
parties  du  récit  qui  va  commencer.  Beaucoup  de  gens 


LITURGIQUES.  473 

vont  jeter  les  hauts  cris ,  comme  si  la  puissance  royale 
était  au  moment  d'expirer  dans  l'univers  entier,  par  le  seul 
fait  de  la  Légende.  La  haine  de  Rome  les  aveugle  :  et  Dieu 
les  a  donnés  en  spectacle  à  notre  siècle ,  qui  sait  enfin  que 
Rome  n'en  veut  pas  à  la  puissance  des  Monarques,  qui 
semble  même  comprendre  que  si,  dans  les  âges  Catholiques, 
elle  exerça  effectivement  une  influence  temporelle  sur  la 
société,  elle  fut  alors  l'unique  sauve-garde  de  la  liberté 
des  peuples ,  comme  le  plus  solide  appui  de  l'autorité  dont 
elle  réprimait  les  excès.  La  Légende  est  donc  tout  simple- 
ment le  bouclier  sous  lequel  Rome  met  à  couvert  son  hon- 
neur compromis  par  tant  de  sophismes  et  de  déclamations. 
Par  ce  manifeste  solennel ,  elle  neutralise  le  mouvement 
aveugle  qui  entraîne  certaines  écoles  sur  les  pas  de  ces 
auteurs  hétérodoxes  qui  n'ont  souci  de  l'honneur  des  Pon- 
tifes Romains',  mais  ont,  au  contraire,  tout  à  gagner,  s'ils 
les  peuvent  faire  considérer  comme  des  violateurs  des  lois 
divines  et  de  l'ordre  naturel  de  la  société. 

L'Office  de  saint  Grégoire  VU  parvint  en  France,  peu  après, 
sa  publication  à  Rome,  comme  il  arrive  encore  aujourd'hui, 
quand  le  Souverain  Pontife  impose  de  nouveaux  Offices; 
seulement  à  cette  époque  ou  l'usage  de  la  Liturgie  Romaine 
î  était  encore  presque  universel  en  France ,  les  décrets  de  ce 
genre  devaient  occuper  davantage  et  les  Ecclésiastiques  et 
les  fidèles  qu'il  n'arrive  maintenant.  Comme  aujourd'hui, 
l'Office  était  imprimé  sur  une  feuille  volante  destinée  à  être 
jointe  au  Bréviaire ,  en  attendant  son  insertion  en  sa  place 
dans  la  prochaine  édition  de  celui-ci.  Les  Nouvelles  Ecclé- 
siastiques ,  journal  du  Jansénisme ,  signalent  le  libraire  Cpi- 
gnard  fils,  à  l'enseigne  du  Livre  d'Or,  comme  ayant  eu 
'audace  de  tenir  en  vente,  à  Paris,  le  feuillet  in-8°  qui  re- 
celait la  Légende, 


474  INSTITUTIONS 

c  Dès  que  parut  celte  Légende ,  dit  le  Républicain  Gré- 
goire, elle  excita  I'horreur  de  tous  les  hommes  attachés 
»aux  libertés  Gallicanes  (4).  » 

A  peine  le  Parlement  de  Paris,  juge  souverain  en  ma- 
tières liturgiques ,  eut-il  eu  connaissance  de  cette  séditieuse 
manifestation  des  prétentions  Romaines ,  qu'il  se  réunit  pour 
rendre,  le  20  juillet  1720,  sur  les  conclusions  de  l'Avocat- 
Général  Gilbert  de  Voisins,  le  môme  qui  devait,  sept  ans  plus 
tard,  prendre  sous  sa  protection  le  Bréviaire  Parisien  de 
Vigier  et  Mesenguy,  un  arrêt  portant  suppression  de  la  feuille 
contenant  l'Office  de  saint  Grégoire  VII,  avec  défense  d'en 
faire  aucun  usage  public,  sous  peine  de  saisie  du  temporel. 
Nous  citerons  seulement  quelques  phrases  du  Réquisitoire  ; 
elles  suffiront  pour  constater  l'esprit  de  la  première  Magis- 
trature du  Royaume ,  dans  cette  circonstance  mémorable. 
L'Avocat-Général ,  déguisant  mal  la  haine  dont  lui  et  son 
Corps  étaient  animés  contre  Rome,  veut  faire  croire  que, 
par  le  seul  fait  de  la  publication  de  l'Office  de  saint  Gré- 
goire VII ,  la  nation  française  est  à  la  veille  de  secouer  le 
joug  de  ses  anciens  Rois.  Il  est  vrai  que  ceci  est  arrivé  avant 
même  la  fin  du  siècle  dans  lequel  parlait  l'honorable  Magis- 
trat; mais  il  est  fort  douteux  que  la  Légende  y  ait  été  pour 
quelque  chose. 

«  On  savait  assez,  dit  l' Avocat-Général ,  que  Grégoire  VII, 
»  si  célèbre  par  ses  différents  avec  l'Empereur  Henri ,  est 
»  celui  qu'on  a  vu  porter  le  plus  loin  ses  prétentions  ambi- 
»  tieuses,  inouïes  dans  les  premiers  siècles  de  l'Eglise,  qui 
»  causèrent  de  si  longs  troubles ,  et  allumèrent  des  guerres 
»  si  cruelles  de  son  temps. 

»  Mais,  qu'il  soit  permis  de  le  dire,  ajoute-t-il,  on  n'avait 

(t)  Essai  sur  les  libertés  de  l'Eglise  Gallicane,  page  99. 


LITURGIQUES.  475 

»  pas  lieu  de  s'attendre  de  voir  entrer  dans  son  éloge ,  et  cé- 
»  lébrer  dans  un  Office  ecclésiastique ,  Pexcès  où  le  condui- 
»  sirent  enfin  des  principes  si  dangereux.  Est-ce  donc  le 
»  chef-d'œuvre  de  son  zèle ,  d'avoir  entrepris  de  priver  un 
»  Roi  de  sa  couronne  et  de  délier  ses  sujets  du  serment  de 
»  fidélité?  Et  pouvons-nous  voir,  sans  douleur,  qu'on  appuie 
»  sur  un  fait  si  digne  d'être  enseveli  dans  l'oubli ,  les  titres 
»  qu'on  lui  donne  de  défenseur  de  V Eglise,  de  restaurateur  de 
»  sa  liberté,  de  rempart  de  la  Maison  d'Israël? 

»  Pourquoi  faut-il  que  les  vestiges  d'une  entreprise,  dont 
»  le  temps  semblait  affaiblir  la  mémoire,  reparaissent  aujour- 
»  d'hui  jusque  sous  nos  yeux,  qu'ils  viennent  encore  exciter 
»  notre  devoir  et  notre  zèle  ?  Souffririons-nous  qu'à  la  faveur 
»  de  ce  prétendu  supplément  du  Bréviaire  Romain ,  on  mît 
»  dans  les  mains  des  fidèles ,  dans  la  bouche  des  Ministres  de 
»  la  Religion ,  jusqu'au  milieu  de  nos  saints  temples  et  de  la 
»  solennité  du  culte  divin ,  ce  qui  tend  à  ébranler  les  prin- 
»  cipes  inviolables  et  sacrés  de  l'attachement  des  sujets  à  leur 
»  souverain  (1)  ?  » 

Le  24  du  même  mois  de  juillet ,  Daniel-Charles-Gabriel 

(1)  Nous  avons  puisé  une  partie  des  pièces  que  nous  devons  citer  en 
ce  chapitre,  dans  un  Recueil  publié  en  1743  sur  toute  cette  affaire.  Il 
est  intitulé  :  L'avocat  du  Diable ,  ou  Mémoires  historiques  et  critiques 
sur  la  vie  et  sur  la  Légende  du  Pape  Grégoire  VII ,  avec  des  Mémoires 
de  même  goût  sur  la  Bulle  de  Canonisation  de  Vincent  de  Paul,  Insti- 
tuteur des  Pères  de  la  Mission  et  des  Filles  de  la  Charité  (  trois  volumes 
in-12).  I/auteur  est  Adam,  Curé  de  Saint-Barthélerm  de  Paris,  Ap- 
pelant fameux.  Il  est  remarquable  que  les  Jansénistes  poursuivaient  de 
la  même  haine  saint  Vincent  de  Paul  et  saint  Grégoire  VII  ;  comme 
pour  faire  mieux  comprendre  aux  gens  distraits  que  la  même  Eglise 
Romaine ,  qui  produit  des  Vincent  de  Paul  pour  le  soulagement  des 
misères  corporelles  de  Phumanité,  est  aussi  celle  qui  produit,  suivant  le 
besoin,  des  Grégoire  VII  pour  remettre  la  société  Chrétienne  sur  ses 
véritables  bases. 


476  INSTITUTIONS 

de  Caylus,  Evoque  d'Auxerre,  qui  venait  de  donner,  en  1726, 
le  nouveau  Bréviaire  dont  nous  avons  parlé,  fidèle  à  l'impul- 
sion de  la  Magistrature ,  signala  son  zèle  contre  la  Légende  ê 
dans  un  Mandement  épiscopal  adressé  au  Clergé  et  aux  fidèles 
de  son  Diocèse.  Appelant  de  la  Constitution  Unigenitus,  il 
s'était  déjà  essayé  dans  la  résistance  au  Saint  Siège  :  il  saisit 
donc  avec  empressement  l'occasion  d'outrager  cette  Rome, 
dont  il  ne  portait  le  joug  qu'en  frémissant.  Du  reste ,  aussi 
zélé  pour  le  pouvoir  absolu  et  inamissible  du  prince  tem- 
porel, que  haineux  envers  l'autorité  Apostolique,  il  donna, 
comme  tous  ceux  de  ses  confrères  dont  nous  citerons  ci- 
dessous  des  extraits  de  Mandement,  le  plus  solennel  démenti 
à  certains  écrivains  de  notre  temps,  qui  s'obstinent  à  voir 
dans  la  secte  de  Port-Royal  la  première  manifestation  des 
idées  soi-disant  libérales. 

a  Ce  n'est  qu'avec  peine,  dit  le  Prélat,  que  nous  rappelons 
»  ici  le  souvenir  des  entreprises  de  Grégoire  VII.  Il  serait  à 
d  souhaiter  que  ses  successeurs  eussent  fait  connaître ,  par 
»  leur  conduite ,  qu'ils  étaient  très  éloignés  de  les  approuver, 

»  et  encore  plus  de  les  renouveler Nous  serions  dis- 

»  pensés  par  là  de  prendre  de  nouvelles  précautions  pour  nous 
»  y  opposer  et  en  démontrer  l'injustice.  Nous  les  regarderions 
»  comme  une  tache  effacée,  et  nous  n'aurions  garde  d'aller 
d  rechercher  dans  l'histoire  ecclésiastique  des  faits  qui  ne 
»  sont  propres  qu'à  déshonorer  leurs  auteurs,  et  que  la  sainte 
»  Eglise  désavouera  toujours  (1). 

»  Mais  nous  ne  pouvons  nous  taire,  continue  M.  d'Auxerre  ; 
d  ce  que  nous  devons  à  l'Eglise  universelle,  au  Roi  Très- 
»  Chrétien ,  à  l'Etat ,  aux  fidèles  de  notre  Diocèse  et  à  nous- 

(1)  Admirez  cette  profonde  intelligence  de  l'histoire  des  institutions 
du  moyen-àge. 


LITURGIQUES.  477 

»  mêmes,  nous  force  de  parler  à  l'occasion  de  l'Office  de 
»  Grégoire  VII. 

»  Ne  nous  arrêtons  pas  à  remarquer  ici  que  la  sainteté  de 
»  Grégoire  VII  n'est  point  reconnue  dans  l'Eglise;  qu'il  ne 
»  paraît  pas  qu'on  ait  fait  pour  lui  ,  à  Rome ,  ce  qui  s'observe 
»  dans  la  Canonisation  des  Saints ,  et  que  l'histoire  de  son 
»  Pontificat  est  difficile  à  accorder  avec  l'idée  d'une  sainteté 
»  formée  sur  l'esprit  et  sur  les  règles  de  l'Evangile,  et  digne 
»  de  la  vénération  et  du  culte  public  des  fidèles. 

»  Tenons-nous  donc ,  poursuit  le  Prélat ,  inviolablement 
»  attachés  à  la  doctrine  de  la  sainte  antiquité,  qui  apprend 
»  aux  sujets  que  personne  ne  peut  les  dispenser  de  la  fidélité 
»  qu'ils  doivent  à  leurs  légitimes  souverains,  et  qu'il  n'y  a  ni 
»  crainte ,  ni  menace  qui  doive  les  empêcher  de  remplir  ce 
»  devoir,  que  la  loi  de  Dieu  leur  impose  ;  et  aux  Papes  comme 
»  aux  Evêques ,  qu'ils  n'ont  pas  le  pouvoir  de  donner  ni  d'ô- 
»  ter  les  Royaumes,  et  que,  quant  au  temporel,  les  Rois  ne 
»  leur  sont  point  soumis  et  ne  dépendent  pas  d'eux ,  mais  de 
»  Dieu  seul.  » 

Assurément ,  c'est  un  grand  avantage  pour  les  souverains 
de  ne  dépendre  ni  du  Pape ,  ni  des  Evêques  ;  mais  quand 
l'Evêque  d'Auxerre  leur  garantit  qu'ils  ne  dépendent  ici-bas 
que  de  Dieu,  il  exprime  son  désir,  sans  doute,  mais  non 
ce  qui  existe  réellement  ;  car  il  n'est  point  d'homme  ici-bas 
qui  ne  se  soit  rencontré,  et  souvent  même,  face  à  face 
avec  son  supérieur.  Si  les  Rois  d'aujourd'hui  n'ont  plus  à 
craindre  la  puissance  du  Pape  (  et  cependant  voyez  comme 
plusieurs  la  redoutent  encore,  cette  Rome  désarmée),  ils 
ont,  en  revanche,  de  dures  querelles  et  contestations  à  vider 
avec  les  peuples,  qui  à  coup  sûr  sont  moins  justes  et  plus 
intéressés  dans  l'affaire  que  ne  le  seraient  les  Pontifes  Ro- 
mains. 


478  INSTITUTIONS 

Quoi  qu'il  en  soit,  M.  d'Auxerre  termine  son  Mandement 
en  déclarant  que ,  pour  remplir  toute  justice ,  en  donnant  au 
Roi  de  nouvelles  preuves  de  sa  fidélité  et  de  son  zèle  pour  la 
tûreté  de  sa  personne  sacrée,  et  pour  la  tranquillité  de  son 
Royaume,  qui  pourraient  être  encore  exposés  aux  derniers 
malheurs,  si  les  maximes  autorisées  par  l'Office  du  Pape 
Grégoire  VII  trouvaient  créance  dans  les  esprits ,  il  défend  à 
toutes  les  Communautés  et  personnes  séculières  et  régulières 
de  l'un  et  de  l'autre  sexe  de  son  Diocèse,  se  disant  exemptes 
ou  non  exemptes ,  qui  se  servent  du  Bréviaire  Romain,  ou 
qui  reçoivent  les  Offices  des  nouveaux  Saints  qu'on  insère 
dans  ce  Bréviaire,  de  réciter  soit  en  public  ,  soit  en  particu- 
lier, l'Office  imprimé ,  etc. 

Ainsi,  le  Pape  enjoint  à  toute  l'Eglise  de  réciter  l'Office  de 
saint  Grégoire  VII,  et  il  se  trouve  un  Evoque  qui  défend  à 
ses  diocésains  de  se  soumettre  à  cette  injonction.  Evidem- 
ment, l'un  des  deux  est  dans  son  tort;  car  autrement  que 
deviendrait  une  société  qui  renfermerait  dans  son  sein  des 
pouvoirs  contradictoires,  et  néanmoins  toujours  légitimes, 
dans  tous  les  cas? 

Le  Mandement  de  l'Evêque  d'Auxerre  fut  incontinent  suivi 
d'un  autre,  publié  le  51  juillet,  par  Charles-Joachim  Colbert, 
Evèque  de  Montpellier,  si  fameux  par  le  Catéchisme  auquel 
il  a  donné  son  nom ,  et  par  son  obstination  dans  les  principes 
des  Appelants.  On  se  rappelle,  sans  doute,  son  zèle  à  faire 
adopter  dans  son  Diocèse  le  nouveau  Bréviaire  de  Paris,  et  la 
courageuse  opposition  du  Chapitre  à  cette  mesure.  Nous  ne 
fatiguerons  point  le  lecteur  de  toutes  les  déclamations  que  ce 
Mandement  renferme  contre  les  prétentions  Romaines;  nous 
extrairons  seulement  les  qualifications  qu'il  applique  à  un  acte 
du  Souverain  Pontife.  Lu  Légende  de  saint  Grégoire  VII  est  con- 
damnée comme  a  renfermant  une  doctrine  séditieuse,  con- 


LITURGIQUES.  479 

»  traire  à  la  parole  de  Dieu,  tendante  au  schisme,  dérogeante 
»  à  l'autorité  souveraine  des  Rois ,  et  capable  d'empêcher  la 
»  conversion  des  Princes  infidèles  et  hérétiques  (1).  »  Il  en 
défend  l'usage,  sous  les  peines  de  droit;  ordonne,  sous  les 
mêmes  peines ,  qu'on  en  porte  les  exemplaires  à  son  Secré- 
tariat ,  et  ii  exhorte  son  Clergé  à  demeurer  inviolablement 
attaché  à  la  doctrine  des  quatre  Articles  de  l'Assemblée 
de  1682. 

Ce  n'était  pas  assez  encore.  Le  16  août ,  parut  le  Mande- 
ment publié  sur  la  même  matière  par  Henri-Charles  de 
Coislin,  Evêque  de  Metz,  connu  aussi  pour  son  attachement 
aux  principes  de  la  secte  qui  troublait  alors  l'Eglise  de 
France,  et  qui  avait  mis  sa  plus  chère  espérance  dans  les 
-doctrines  de  la  Déclaration  de  1682. 

Après  un  sombre  tableau  des  malheurs  qui  ne  manquèrent 
pas  d'ensanglanter  le  monde,  chaque  fois  qu'il  arriva  à  un 
Souverain  Pontife  de  faire  usage  de  l'autorité  spirituelle , 
pour  venger  certains  grands  crimes  sociaux ,  tableau  qu'on 
oourrait  comparer,  avec  assez  d'avantage,  à  ceux  qu'on  ren- 
contre de  temps  en  temps  dans  Y  Essai  sur  les  Mœurs ,  de 
Voltaire  ;  même  intelligence  de  l'histoire ,  même  équité  en- 
rers  l'Eglise  :  l'Evêque  de  Metz  ajoute,  avec  une  gravité 
.olennelle  : 
»  L'expérience  de  tant  d'événements  funestes,  qui  avaient 
pris  leur  source  dans  les  entreprises  de  Grégoire  VII,  sem- 
blait avoir  depuis  long-temps  arrêté  le  cours  de  cet  em- 
brasement :  mais  il  en  a  paru  depuis  une  étincelle  qui  serait 
capable  de  le  rallumer,  si  chacun  de  ceux  que  le  Père  ce* 
leste  a  mis  à  la  garde  de  sa  maison  n'accourait ,  pour  en 

(i)  Rien  n'est  beau  comme  ce  zèle  d'un  Evêque  hérétique  pour  la 
ropagation  de  ta  foi  chez  les  infidèles  et  les  hérétiques.  11  est  évident 
iie  le  Pape  et  sa  Propagande  n'y  entendent  rien. 


480  INSTITUTIONS 

»  prévenir  la  communication  dans  la  portion  du  troupeau 
»  qui  lui  a  été  confié.  » 

Ainsi ,  il  est  bien  démontré  que  c'est  le  Pape  qui  met  le  feu 
à  l'Eglise,  tandis  que  Messieurs  d'Auxerre,  de  Montpellier, 
de  Metz ,  et  plus  tard  Messieurs  de  Verdun ,  de  Troyes ,  de 
Castres,  et  d'autres  encore,  font  tout  ce  qu'ils  peuvent  pour 
l'éteindre. 

a  II  vient  de  se  répandre ,  dit  encore  l'Evêque  de  Metz , 
»  une  feuille  imprimée  pour  servir  de  supplément  au  Bré- 
»  viaire  Romain ,  et  dans  cette  feuille  qui  contient  un  Office 
d  consacré  à  la  mémoire  de  Grégoire  VII,  les  Prélats,  et  les 
d  premiers  Magistrats  du  Royaume,  ont  aperçu  ce  qu'il  y  a 
d  de  plus  capable  d'inspirer  l'excès  des  prétentions  ultra- 
»  montaines.  On  lit ,  dans  la  cinquième  leçon  de  cet  Office, 
»  que  ce  Pape  résista  courageusement,  etc. 

»  La  connaissance  que  nous  avons ,  nos  très  chers  frères , 
»  de  votre  zèle  pour  la  personne  du  Roi ,  et  de  votre  fidèle 
»  attachement  au  service  de  Sa  Majesté ,  et  à  l'obéissance  que 
»  vous  devez  a  vos  souverains ,  ne  nous  laisse  aucun  lieu  de 
»  douter,  que  vous  ne  soyez  touché  aussi  sensiblement  que 
»  nous  l'avons  été ,  en  voyant  dans  ce  peu  de  paroles  un  des- 
»  sein  formé  de  proposer  au  Clergé  et  aux  peuples,  comme 
»  un  éloge  destiné  à  rendre  croyable  la  sainteté  d'un  Pape, 
»  ce  qui ,  suivant  les  principes  de  la  foi ,  et  les  lumières  de  la 
»  raison,  ne  devrait  servir  qu'à  la  condamnation  de  son  gou- 
»  vernement.  Votre  piété ,  sans  doute ,  s'est  sentie  d'autant 
»  plus  blessée,  que  cet  étonnant  Office  a  été  rendu  public, 
»  sous  les  apparences  d'une  autorité  empruntée  de  celle  du 
»  Saint  Siège.  Mais  cette  vue  ne  doit  point  alarmer  votre  vé- 
»  nération  pour  ce  premier  Siège  de  l'Eglise.  Le  saint  Pon- 
»  tife,  que  la  Providence  a  placé  sur  la  Chaire  de  Saint  Pierre, 
»  n'a  eu  nulle  part  à  la  composition ,  encore  moins  à  la  pu- 


LITURGIQUES.  481 

blication  de  cet  artificieux  ouvrage.  Il  a  appris,  dans  Pé- 
cole  de  ce  chef  des  Apôtres,  le  respect  et  l'obéissance  qui 
est  due  aux  souverains.  Il  préfère  à  cet  égard  les  instruc- 
tions et  l'exemple  de  saint  Grégoire-le-Grand,  à  la  con- 
duite et  aux  entreprises  de  Grégoire  VII.  L'humilité  du 
serviteur  des  serviteurs  de  Dieu,  éloigne  de  son  cœur  les 
pensées  de  maître  des  sceptres  et  des  couronnes ,  et  sa  sa- 
gesse est  trop  éclairée ,  pour  ne  pas  voir  qu'une  prétention 
si  mal  fondée  n'est  capable  que  d'aigrir  les  Princes  et  d'in- 
disposer les  peuples.  » 

On  ne  disconviendra  pas  que  ces  leçons  données  au  Chef 
î  l'Eglise,  par  un  simple  Evêque  ,  ne  dussent  produire  un 
es  grand  effet  sur  les  peuples  auxquels  était  adressé  le 
andement;  quant  à  Benoît  XIII  lui-même,  que  M.  de  Metz 
pelle  un  saint  Pontife ,  jugement  que  l'histoire  a  du  moins 
•nfirmé ,  il  ne  parut  pas  fort  disposé  à  laisser  croire  que 
>  actes  les  plus  importants  de  son  gouvernement  s'accom- 
ssaient  à  son  insu.  Nous  verrons  bientôt  l'énergique  ré- 
nse  qu'il  fit  à  ces  insolentes  provocations. 
En  attendant,  le  Prélat  déclare  que,  voulant,  dans  une 
wsîon  aussi  importante,  donner  au  Roi  des  preuves  de  la 
élite  qu'il  lui  a  vouée;  à  l'Empereur,  à  S.  A.  R.  de  Lorraine 
aux  autres  souverains  qui  ont  quelque  portion  de  leurs 
ats  dans  son  Diocèse,  de  l'attention  qu'il  aura  toujours 
ir  ce  qui  les  intéressera ,  et  pour  préserver  les  âmes 

MISES  A  SA  CHARGE  DES  ILLUSIONS  QUE  LE  PRÉTEXTE  D'UNE 
TÉ  MAL  ENTENDUE  POURRAIT   LEUR  FAIRE,    il  a  défendu   et 

end  à  toutes  les  Communautés  et  à  toutes  les  personnes 

l'un  et  l'autre  sexe  de  son  Diocèse ,  de  réciter,  soit  en 

•lie,  soit  en  particulier,  l'Office  de  Grégoire  VII.  Il  défend 

sillement  à  tous  imprimeurs,  etc.,  de  publier  le  même 

e.  Il  ordonne ,  de  plus ,  que  les  exemplaires  en  seront 

T.   II.  31 


482  INSTITUTIONS 

rapportés  au  Greffe  de  sa  Chambre  Episcopale.  Le  tout,  sous 
les  peines  de  droit. 

Les  réflexions  seraient  ici  superflues  :  nous  continuerons 
donc  notre  récit.  Encouragé  par  le  zèle  des  trois  Prélats,  le 
Parlement  de  Bretagne  s'empressa  de  suivre  les  traces  de 
celui  de  Paris.  Le  17  août ,  il  rendit  un  arrêt  pour  supprimer 
la  Légende.  On  remarquait  les  phrases  suivantes  dans  le  ré- 
quisitoire du  Procureur-Général  : 

< Permettez-moi  de  vous  rappeler,  Messieurs,  que  Gré- 
goire VII  est  le  premier  de  tous  les  Papes  qui  ait  osé  faire 
»  éclater  ses  prétentions  sur  le  temporel  des  Bois ,  en  s'attri- 
>buant  ouvertement  le  droit  imaginaire  de  pouvoir  les  dé- 

>  poser,  et  délier  leurs  sujets  du  serment  de  fidélité.  Imagi 
> nation  fatale,  qui  ne  s'est  que  trop  perpétuée  au-delà 
>des  Monts,  parmi  des  esprits  à  qui  l'ignorance  et  une 
»  soumission  aveugle  tiennent  presque  toujours  lieu  de  sa- 

>  voir, 

i  C'est  cette  chimère  contre  laquelle  on  ne  peut  être  tro 
»  en  garde  dans  ce  Royaume,  qu'on  veut  réaliser  aujourd'hui 
»  en  insinuant  aux  peuples  qu'elle  a  servi  de  degré  à  ce  Pap( 
>pour  parvenir  à  la  sainteté  :  moyen  inconnu  avant  lui.  E 
ivous  ne  verrez,  sans  doute,  qu'avec  indignation,  que  ce 
»  paroles  séditieuses  :  Contra  Henrici  Imperatoris ,  etc. 
»  marchent  sur  la  même  ligne  que  les  paroles  de  vie  et  d 
>paix  qui  sont  sorties  de  la  bouche  de  Jésus-Christ  même. 

»Quel  assemblage,  et  que  peut-on  penser  de  cet  élog 
»  monstrueux?  si  ce  n'est  qu'on  a  cru,  en  l'insérant  dans  u 
•  livre  de  prières,  qu'il  aurait  plus  d'effet,  et  ferait  respect* 
»  comme  permises,  ces  foudres  que  les  Papes  se  croient  < 
»  droit  de  lancer  contre  les  Monarques;  puisque,  dira-t-oi 
isi  c'était  un  crime,  ou  que  cela  passât  leur  pouvoir,  > 
i  n'eût  pas  relevé  une  pareille  action  dont  les  Ministres 


I 

Ki 


LITURGIQUES.  485 

i  nos  Autels  ne  peuvent  que  trop  abuser  dans  leurs  instruc- 
ptions.  > 

Comme  Ton  voit ,  les  magistrats ,  fidèles  d'ailleurs  à  leur 

omnipotence  liturgique ,  ne  se  dissimulaient  pas  plus  que  les 

ïlvêques  d'Auxerre,  de  Montpellier  et  de  Metz,  la  valeur  et 

'autorité  d'une  pièce  insérée  au  Bréviaire  Romain.  Il  était 

isé  de  prévoir  que  le  jour  n'était  pas  loin  où  l'on  chercherait 

i  rompre  le  lien  liturgique  avec  Rome  pour  s'affranchir, 

insi  qu'on  l'a  vu  précédemment,  de  plusieurs  choses  con- 

°aircs  aux  maximes  de  notre  Eglise  Gallicane  (1).  Le  Jan- 

misme ,  sans  doute ,  était  pour  beaucoup  dans  les  scandales 

lue  nous  racontons  ;  mais  le  simple  Gallicanisme  y  avait  bien 

issi  sa  part.  On  le  vit  clairement,  lorsque  le  21  août  parut 

Mandement  de  Charles-François  d'Hallencourt ,  Evêque 

î  Verdun.  Ce  Prélat  avait  adhéré  à  la  Bulle  Unigenitus,  et 

ns  le  Mandement  même  que  nous  citons ,  il  disait  expres- 

ment  que  l'obéissance  au  Pape  et  aux  Evêques,  dans  ce  qui 

ncerne  la  religion ,  est  la  seule  voie  sûre  pour  le  salut,  Ecou- 

ns  maintenant  ce  que  la  doctrine  de  1682  lui  inspirait  au 

jet  de  la  Légende  : 

«  Non,  Nos  très  chers  Frères,  quelles  que  puissent  être  les 

mtes  de  l'Empereur  Henri  Quatrième ,  le  Pape  n'était  pas 

\  droit  de  lui  enlever  sa  couronne,  ni  de  délier  les  noeuds 

crés  qui  attachaient  ses  sujets  à  son  service.  Ce  fait  dans 

quel  ce  Pape  a  si  injustement  excédé  son  pouvoir,  ce  fait 

'il  est  à  présumer  quil  expia  par  la  pénitence,  ne  peut 

e  un  des  motifs  de  sa  canonisation;  et,  si  l'on  ne  le  re- 

nirde  que  comme  un  fait  historique ,  ce  n'est  pas  dans  une 

igende  de  Saint,  ni  au  milieu  d'un  Office  divin ,  qu'il  doit 

f  «ire  cité.  » 

ti\oi 

li)  Vid.  ci-dessus,  page  582. 

}0 


; 


4S4  INSTITUTIONS 

Voilà  bien  la  naïveté  de  certains  honnêtes  Gallicans ,  qui 
seraient  tout  aussi  éloignés  d'admettre  les  conséquences  du 
système  à  la  manière  des  Parlements ,  que  de  ménager  les 
jirétentions  ultr  amont  aine  s.  L'Evêque  de  Verdun ,  plus  Ca- 
tholique que  celui  de  Montpellier,  consent  donc  à  recon- 
naître Grégoire  VII  pour  Saint  ;  mais,  pour  se  rendre  compte 
à  lui-même  de  la  valeur  de  sa  canonisation ,  il  suppose  ingé- 
nuement  que  ce  grand  Pape  a  tait  pénitence  de  la  déposition 
de  Henri  IV.  Toutefois,  cette  distinction  ne  l'empêche  pas  de 
conclure  son  Mandement  par  la  môme  prohibition  que  ses 
trois  collègues  :  f  Dans  la  crainte  ,  dit-il ,  que  celte  Légende 
»  ne  fasse  illusion  à  quelques  esprits  faibles,  et  les  Evoques  ne 
•  pouvant  veiller  de  trop  près  à  la  sûreté  des  Rois;  pour  en 
y  sevelir  autant  qu'il  est  en  nous,  dans  un  éternel  oubli,  cette 
»  entreprise  du  Pape  Grégoire  VII ,  nous  avons  défendu  efï* 
»  défendons  par  ces  présentes  de  réciter,  soit  en  public ,  soi' 
>  en  particulier,  l'Office  contenu  dans  ladite  feuille ,  le  touifr 
i  sous  les  peines  de  droit.  > 

Après  cela,  on  ne  dut  pas  être  étonné  d'entendre  publie]! 
un  Arrêt  du  Parlement  de  Metz,  en  date  du  1er  septembre|h 
qui  condamnait  la  Légende  comme  l'avaient  condamnée  \e\ 
Parlements  de  Paris  et  de  Bretagne.  Celui  de  Bordeaux  n 
tarda  pas  non  plus  à  se  déclarer  par  un  Arrêt,  sous  la  dat 
du  12  du  même  mois,  et  on  entendit  même  l'Àvocat-Générc 
Dudon  demander  à  la  Cour,  clans  son  Réquisitoire1,  qu'ilh 
plût  de  prendre  certaines  précautions  qui  pourvoient  à  l'aveni 
à  ce  qu'il  ne  se  glisse  rien  dans  les  livres  destinés  au  servit 
divin ,  et  autres  livres  de  piété,  qui  puisse  blesser  les  droits  à 
Roi  et  troubler  la  tranquillité  de  l'Etat. 

L'affaire  était  bien  loin  d'être  terminée  par  ces  scandaleu 
Arrêts  :  de  nouveaux  troubles  se  manifestèrent  encore  e 
plusieurs  lieux.  A  Paris,  un  certain  nombre  de  Curés  de 


LITURGIQUES.  485 

ville,  faubourgs  et  banlieue,  présentèrent  Requête  à  l'Ar- 
jchevêque  Vintimille,  le  14  septembre  ,  et  lui  dénoncèrent  la 
Légende.  Nous  ne  citerons  rien  de  cette  pièce,  analogue  pour 
le  fond  et  les  termes  aux  Mandements  et  Arrêts  que  nous 
iivons  cités.  Les  Curés  concluent  à  supplier  l'Archevêque 
lie  joindre  son  autorité  spirituelle  à  celle  du  Parlement , 
)Our  ordonner  «  ce  que  la  religion,  la  justice,  la  fidélité 
au  Roi,  et  V amour  de  la  patrie,  ne  peuvent  manquer  d'ins- 
pirer à  PEvêque  de  la  capitale  du  Royaume,  en  pareilles 
occasions,  et  singulièrement  de  prescrire  que  la  Déclara- 
tion du  Clergé  de  France,  de  1682,  soit  inviolablement 
maintenue  et  exactement  observée  dans  les  Communautés 
Séculières  et  Régulières,  et  dans  toute  l'étendue  de  ce  Dio- 
cèse, conformément  aux  lois  si  nécessaires  qu'a  établies  le 
feu  Roi  :  que,  par  une  action  si  glorieuse,  il  rendra  un 
service  essentiel  à  l'Eglise  et  à  l'Etat.  » 
L'Archevêque ,  qui  sentait  que  les  Jansénistes  n'excitaient 
ut  ce  bruit  que  pour  déconsidérer,  s'il  eût  été  possible ,  le 
îiége  Apostolique,  dont  les  prérogatives  leur  étaient  d'au- 
l.nt  plus  odieuses  qu'ils  en  avaient  éprouvé  les  effets,  eut  la 
fudence  de  ne  faire  aucune  démonstration  publique  contre 
LLégende ,  et  affecta  de  la  passer  sous  silence  dans  une  Ins- 
Iction  Pastorale  qu'il  publia ,  le  29  du  même  mois  de  sep- 
Inbre ,  sur  les  querelles  religieuses  du  temps.  Les  Curés 
inataires  de  la  Requête  dont  nous  avons  parlé,  présentèrent 
■'Archevêque  un  nouveau  Mémoire,  dans  lequel  ils  se 
■lignaient  amèrement  de  la  rigueur  du  Prélat  envers  le 
P'ti,  et  revenaient  encore  sur  la  Légende.  Ce  fut  alors  que 
l'Irchevêque,  si  l'on  en  croit  les  Nouvelles  Ecclésiastiques,  leur 
diavec  sévérité  :  «  Je  condamne  ce  qu'on  a  fait  à  Rome,  et  je 
luis  aussi  bon  serviteur  du  Roi  que  vous;  mais  puisque  le 
»!oi  l'a  fait  condamner  par  son  Parlement,  il  était  inutile 


486  INSTITUTIONS 

»  d'en  parler.  Si  quelqu'un  remue  sur  cela,  M.  l' Officiai  fera 
»  son  devoir,  et,  s'il  le  faut,  on  abrégera  les  procédures  en 
»  envoyant  à  la  Grève ,  »  ce  que  le  Prélat  répéta  deux  fois. 
MM.  les  Curés  se  levèrent ,  disant  «  qu'ils  n'avaient  point  des- 
ï>  sein  de  lui  faire  de  la  peine,  mais  de  lui  représenter  l'état 
»  de  leurs  paroisses,  et  le  scandale  que  cause  la  Légende  qui 
»  est  entre  les  mains  de  plus  de  la  moitié  des  Prêtres  du  Dio- 
x>  cèse,  qui  récitent  le  Bréviaire  Romain  (I).  » 

Pendant  que  ces  choses  se  passaient  en  France  ,  Rome 
outragée  dans  ce  qu'elle  a  de  plus  cher,  l'honneur  des  Saints 
qu'elle  invoque  ,  et  sa  propre  dignité  qui  n'étant  pas  de  ce 
monde  (  non  est  de  hoc  mundo) ,  ne  doit  pas  être  sacrifiée 
aux  considérations  humaines  et  personnelles,  Home  se 
en  devoir  de  se  défendre  par  les  armes  que  le  Roi  des  rois 
mis  entre  ses  mains.  En  vain,  les  Mandements  que  nous 
avons  cités,  les  arrêts  des  Parlements  eux-mêmes,  en  condam 
nant  la  Légende,  avaient  fait  leurs  réserves  sur  la  complicité 
de  Benoît  XIII,  prétendant  qu'il  avait  ignoré  cet  attentat, 
qu'il  était  trop  vertueux,  trop  animé  de  l'esprit  aposto- 
lique des  premiers  siècles  de  V Eglise,  pour  s'être  permis  de 
contrarier  si  violemment  les  maximes  françaises,  le  saint 
Pontife  eut  à  cœur  de  donner  un  solennel  démenti  à  ces  ré- 
serves infamantes.  Dès  le  17  septembre,  on  affichait  dans  la 
Ville  Sainte  un  Bref  énergique  qui  commençait  par  ces  mots: 
«  Comme  il  est  parvenu  à  la  connaissance  de  notre  Apos 
»  lolat  qu'il  s'était  répandu  dans  le  vulgaire  certains  feuillets 
»  en  langue  française ,  avec  ce  titre  :  Mandement  deMonsel 
d  gneur  l'Evêque  d'Auxerre ,  qui  défend  de  réciter  t'Oftict 
»  imprimé  sur  une  feuille  volante  qui  commence  par  ces  mots 
»  Die  25  Maii.  In  Festo  sancti  Gregorii  VII ,  Papae  et  Confes- 


(I)  7  octobre  1729. 


LITURGIQUES.  487 

»  soris.  Donné  à  Auxerre ,  le  vingt-quatre  du  mois  de  juillet 
»  mil  sept  cent  vingt-neuf  ;  Nous  avons  choisi  pour  faire 
»  l'examen  de  ces  feuillets  plusieurs  de  nos  vénérables  frères 
»  les  Cardinaux  de  la  sainte  Eglise  Romaine ,  et  d'autres 
»  Docteurs  dans  la  sacrée  Théologie ,  lesquels ,  après  une 
»  mûre  discussion ,  nous  ont  rapporté  ce  qu'il  leur  semblait 
»  sur  cette  affaire.  Ayant  donc  entendu  les  avis  desdits  Car- 
»  dinaux  et  Docteurs ,  Nous  déclarons  de  la  plénitude  de 
»  l'autorité  Apostolique  ,  les  injonctions  contenues  dans  les 
»  susdits  feuillets,  nulles,  vaines,  invalides,  sans  effet,  attenta- 
»  toires,  et  de  nulle  force  pour  le  présent  et  pour  l'avenir.  » 
«  Et  néanmoins ,  pour  plus  grande  précaution  et  en  tant 
»  que  besoin  est,  nous  les  révoquons,  cassons ,  irritons,  an- 
»  nulons,  destituons  entièrement  de  toutes  forces  et  effet, 
»  voulant  et  ordonnant  qu'elles  soient  à  jamais  regardées 
»  comme  révoquées ,  cassées,  irritées,  nulles,  invalides  et 
»  abolies.  Défendons  en  outre,  par  la  teneur  des  présentes,  de 
»  lire  ou  retenir  lesdits  feuillets,  tant  imprimés  que  manus- 
»  crits,  et  en  interdisons  l'impression ,  transcription,  lecture, 
d  rétention  et  usage ,  à  tous  et  chacun  des  fidèles  Chrétiens, 
d  même  dignes  d'une  mention  spéciale  et  individuelle ,  sous 
o  peine  d'excommunication  encourue  ipso  facto  par  les  con- 
f>  trevenants ,  et  de  laquelle  nul  d'entre  eux  ne  pourra  être 
o  absous  que  par  Nous ,  ou  par  le  Pontife  Romain  pour  lors 
)  existant ,  si  ce  n'est  à  l'article  de  la  mort.  Voulant  et  man- 
)  dant  d'autorité  Apostolique,  que  ceux  qui  auraient  ces 

>  feuillets  en  leur  possession ,  aussitôt  que  les  présentes 
> Lettres  parviendront  à  leur  connaissance,  les  livrent  et 

>  consignent  aux  Ordinaires  des  lieux,  ou  aux  Inquisiteurs 
de  l'hérétique  perversité ,  lesquels  auront  soin  de  les  livrer 
incontinent  aux  flammes  (1).  » 

(1)  Vid.  la  note  B. 


488  INSTITUTIONS 

Telle  fut  la  première  sentence  du  Siège  Apostolique  contre 
les  oppositions  françaises  à  la  Légende  de  saint  Grégoire  VII. 
Rome  faisait  voir  assez ,  sans  doute ,  qu'elle  n'avait  pas  lancé 
à  la  légère  cet  éloge  d'un  si  illustre  Pontife ,  et  qu'elle  ne  re- 
culerait pas  dans  la  ligne  qu'elle  avait  adoptée.  Le  Gallicanisme 
n'avait  cependant  pas  encore  atteint  la  mesure  de  son  audace, 
en  France.  Le  30  septembre  vit  paraîlre  un  Mandemeut  co- 
lossal de  Jacques-Bénigne  Bossuet,  Evcque  de  Troyes,  qui 
venait  se  joindre  à  ses  collègues  d'Àuxerre ,  de  Montpellier  et 
de  Metz ,  et  affronter  les  redoutables  hasards  d'une  lutte  avec 
l'Eglise  Romaine.  Ce  Mandement,  qui  était  tout  un  gros  livre, 
avait  été  facile  à  rédiger.  L'auteur  s'y  était  tout  simplement 
proposé  d'établir  la  doctrine  (\u  premier  article  de  la  Décla- 
ration de  1682,  et  pour  cela,  il  avait  cru  suffisant  de  traduire 
en  fiançais  assez  lourd  ,  plusieurs  des  pages  que  son  oncle  a 
consacrées  à  celle  matière,  dans  la  Défense  encore  inédile 
de  la  Déclaration  du  Clergé  de  France.  Nous  ne  citerons  que 
quelques  lignes  de  cet  énorme  factum  tout  rempli  d'injures 
brutales  contre  les  Souverains  Pontifes  : 

a  Vous  senlez ,  mes  chers  frères ,  à  ce  simple  exposé,  dit  le 
»  Prélat ,  tout  le  poison  dont  celte  feuille  est  remplie  ;  vous  en 
»  comprenez  tout  le  danger,  vous  apercevez  sans  peine  les 
»  maximes  qu'on  voudrait  vous  inspirer,  en  vous  proposant  de 
»  célébrer  dans  vos  jours  de  Fêtes  des  actions  qui  auraient 
»  dû  demeurer  ensevelies  dans  un  éternel  oubli ,  et  qui  m 
»  peuvent  que  déshonorer  leurs  auteurs  ;  de  consacrer  par 
»  un  culte  public  la  mémoire  d'une  sanglante  tragédie,  et  de 
»  canoniser  dans  les  Offices  de  l'Eglise ,  comme  inspirée  par 
»  le  Saint-Esprit,  une  conduite  entièrement  opposée  à  l'E- 
»  vangile,  à  l'Esprit  de  Jésus-Christ  et  de  la  sainte  Eglise.  » 
L'Evêque  de  Troyes  finissait  par  défendre ,  dans  tout  son 
Diocèse,  l'usage  de  la  Légende,  pour  donner  au  Roi  de  non- 


LITURGIQUES.  489 

velles  preuves  de  son  attachement  à  sa  personne  sacrée,  de  son 
zèle  pour  la  défense  des  droits  de  sa  couronne  et  pour  le  main- 
tien de  la  tranquillité  de  son  Royaume;  enfin,  pour  préserver 
le  troupeau  de  Jésus- Christ  des  illusions  d'une  fausse  piété, 

Rome  ne  pouvait  demeurer  impassible  à  ces  nouveaux  ou- 
trages. Un  second  Bref,  portant  condamnation  du  Mandemeni 
de  l'Evêque  de  Metz ,  et  conçu  dans  les  mêmes  termes  que 
celui  qui  avait  été  lancé  contre  l'Evêque  d'Auxerre,  fut  so- 
lennellement publié  et  affiché  dans  Rome,  le  8  octobre. 

En  France,  ces  actes  Apostoliques  ne  ralentissaient pasl 
zèle  des  ennemis  de  Rome.  Le  scandale  d'un  nouveau  Man- 
dement contre  la  Légende  éclatait  à  grand  bruit.  Voici  en 
quels  termes  Honorât  de  Quiquerand  de  Beaujeu ,  Evêque  de 
Castres,  s'exprimait  sur  la  Légende,  dans  une  Lettre  Pastorale 
du  H  novembre  4729  :  «  Je  ne  puis  me  résoudre  de  traduire 
»  ici  des  paroles  plus  propres  à  scandaliser  les  bons  Français, 
»qu'à  édifier  les  bons  Catholiques.  »  Nous  ne  le  suivrons 
pas  dans  le  cours  de  ses  banales  déclamations,  au  milieu 
desquelles  il  cherche  à  insinuer  que  des  motifs  humains 
pourraient  bien  avoir  dicté  seuls  la  Canonisation  de  Gré- 
goire VII ,  et  nous  nous  hâtons  d'arriver  à  la  conclusion,  dans 
laquelle  le  Prélat  déclare  que,  pour  prévenir  autant  qu'il 
dépend  de  lui  les  impressions  qu'une  fausse  maxime  pourrait 
faire  sur  les  esprits  de  toutes  les  personnes  qui,  avec  beaucoup 
de  piété,  manquent  de  lumières ,  il  défend  de  réciter  le  nouvel 
Office ,  soit  en  public ,  soit  en  particulier,  ordonnant  que  les 
exemplaires  en  soient  rapportés  au  Greffe  de  son  Offîcialité  : 
le  tout  sous  les  peines  de  droit. 

Quelques  semaines  après,  le  6  décembre,  Rome,  pour  la 
troisième  fois,  répondait  à  ces  grossières  insultes  par  un 
Bref  qui  flétrissait  avec  énergie  le  Mandement  de  l'Evêque  de 
Montpellier ,  et  ce  Bref  ne  tarda  pas  d'être  suivi  d'un  qua- 


490  INSTITUTIONS 

trième,  par  lequel  Benoît  XIII,  sous  la  date  du  19  du  même 
mois,  infligeait  enfin,  par  son  autorité  Apostolique,  aux  Par- 
lements de  Paris  et  de  Bordeaux ,  le  châtiment  qu'ils  avaient 
mérité  par  leurs  Arrêts  attentatoires  à  l'autorité  du  Saint 
Siège  et  à  l'honneur  d'un  glorieux  serviteur  de  Dieu.  Dans 
ce  Bref  remarquable,  le  Pape  ne  se  contentait  pas  de  déclarer 
abusifs  et  nuls  pour  la  conscience ,  les  arrêts  et  injonctions 
de  ces  Parlements ,  mais  il  les  cassait  et  annulait  de  sa  propre 
autorité,  en  la  manière  que  dans  les  jours  même  où  nous 
écrivons  ces  lignes,  Grégoire  XVI  vient  de  casser  et  d'annuler 
tous  les  actes  de  la  Régence  d'Espagne  qui  sont  contraires 
aux  droits  et  à  la  liberté  de  l'Eglise. 

a  Comme  il  est  parvenu  à  nos  oreilles,  disait  Benoît  XIII, 
»  que  plusieurs  Magistrats,  Officiers  et  Ministres  séculiers, 
»  se  sont  élevés,  dans  des  édits,  arrêts,  résolutions,  or- 
»  donnances,  mandats  et  autres  règlements  et  provisions, 
»  sous  quelque  nom  que  ce  soit ,  contre  le  Décret  récemment 
»  publié  par  nous  pour  l'extension  de  l'Office  de  saint  Gré- 
»  goire  VII  à  toute  l'Eglise  ;  Office  qui ,  en  vertu  des  Induits 
»  de  Paul  V,  Clément  X ,  Alexandre  VIII  et  Clément  XI ,  nos 
»  Prédécesseurs  d'heureuse  mémoire,  se  célébrait  déjà  pu- 
bliquement et  solennellement  dans  beaucoup  d'Eglises  du 
»  monde  Chrétien,  et  que  nous  avons  rendu  obligatoire  pour 
»  tous  ceux  qui  sont  tenus  aux  Heures  Canoniales,  à  l'effet 
»  d'accroître  le  culte  de  ce  saint  Pontife  et  Confesseur  qui  a 
»  travaillé  avec  un  courage  si  infatigable  au  rétablissement 
»  et  au  renouvellement  de  la  discipline  ecclésiastique,  et  à 
»  la  réforme  des  mœurs  ; 

»  Voulant,  conformément  au  devoir  de  la  charge  Pasto- 
i>  raie  que  la  divine  Miséricorde  a  confiée  à  notre  bassesse, 
j>  et  qui  est  si  fort  au-dessus  de  nos  mérites  et  de  nos  forces, 
»  défendre  et  conserver  sans  diminution  et  sans  tache  notre 


LITURGIQUES.  491 

»  autorité  et  celle  de  l'Eglise ,  attaquées  dans  les  pernicieuses 
»  entreprises  de  ces  laïques,  et  ayant  présente  à  notre  esprit 
»  toute  la  suite  de  toutes  et  chacunes  des  choses  qui  se  sont 

»  passées.. ;  du  conseil  de  plusieurs  de  nos  vénérables 

»  frères  les  Cardinaux  de  la  sainte  Eglise  Romaine,  par  l'au- 
»  torité  apostolique,  delà  teneur  des  présentes,  nous  décla- 
»  rons  les  édits ,  arrêts ,  résolutions ,  décrets ,  ordonnances , 
»  promulgués  par  les  Magistrats  même  suprêmes ,  et  tous 
»  Officiers  ou  Ministres  séculiers  de  quelque  puissance  laïque 
»  que  ce  soit ,  contre  notre  susdit  Décret  d'extension  de 

»  l'Office  de  saint  Grégoire  VII ,  nuls,  vains,  invalides, 

»  dépourvus  à  perpétuité  de  toute  force ,  ni  valeur,  ainsi  que 
»  toutes  les  choses  qui  en  sont  suivies  ou  suivraient  ; 

x>  Et  de  plus,  pour  plus  grande  sûreté,  et  en  tant  que 
»  besoin  est,  par  les  présentes,  nous  les  révoquons,  cassons, 
»  irritons ,  annulons  et  abolissons  à  perpétuité ,  les  privant 
»  de  toute  force  et  effet,  et  voulons  qu'ils  soient  à  jamais 
»  tenus  pour  révoqués  ,  cassés  ,  irrités  ,  annulés  ,  inva- 
»  lidés ,  abolis ,  et  privés  entièrement  de  toute  force  et 
»  effet,  etc.  (1).  » 

La  nouvelle  de  ce  Bref  arriva  bientôt  en  France  et  ne 
tarda  pas  d'exciter  la  fureur  des  suppôts  du  Gallicanisme. 
Le  Parlement  de  Paris  rendit,  en  date  du  25  février  1730, 
un  arrêt  contre  la  publication ,  distribution  et  exécution  de 
ce  Bref,  ainsi  que  de  ceux  qui  avaient  été  lancés  contre  les 
Evêques.  Cette  Cour  exhalait  son  indignation  par  le  minis- 
tère de  son  fidèle  organe,  Gilbert  de  Voisins,  qui  s'exprimait 
ainsi  dans  le  début  de  son  réquisitoire  : 

«  Après  l'arrêt  solennel  que  la  Cour  rendit,  au  mois  de 
»  juillet  dernier,  sur  nos  conclusions ,  à  l'occasion  de  l'Office 

(1)  Yid.  la  note  G. 


49Î  INSTITUTIONS 

>  de  Grégoire  VII ,  nous  avions  lieu  de  croire  que  nous  n'au- 
»  rions  plus  d'autre  devoir  à  remplir  sur  cet  objet,  et  que  la 
»  Cour  de  Rome  nous  en  laisserait  insensiblement  perdre  la 
»  mémoire. 

»  Mais  nous  reconnaissons,  avec  douleur,  combien  nos  es- 
»  pérances  ont  été  trompées,  à  la  vue  d'un  Bref  de  Rome, 
»  que  nous  avons  entre  les  mains ,  et  dont  on  peut  dire  qu'il 
»  réduit  en  pratique  la  doctrine  répandue  dans  l'Office  de 
»  Grégoire  VII ,  en  cassant,  par  l'autorité  Pontificale,  tous 
»  édits,  arrêts,  ordonnances,  et  autres  actes  émanés  à  ce 
»  sujet  des  puissances  séculières ,  même  souveraines.  Ce 
»  Bref  entreprend  de  soumettre  au  Sacerdoce  l'Empire  tem- 
»  porel  des  souverains.  Il  exerce  une  autorité  suprême  sur 
»  des  actes  revêtus  du  caractère  de  leur  pouvoir.  Il  attaque 
»  leur  indépendance  jusque  dans  ses  fondements,  et  tend  à 
»  leur  ôter  la  voie  de  la  défendre.  » 

Toutefois,  l'arrêt  du  23  février  1730,  quoique  rendu  dans 
les  formes  et  imprimé ,  ne  fut  pas  publié  :  défense  expresse 
en  fut  intimée  au  Parlement  de  la  part  du  Cardinal  de  Fleury. 
Déjà,  dès  les  premiers  jours  du  mois  de  décembre  1729,  le 
Chancelier  avait  écrit  aux  gens  du  Roi  de  tous  les  Parlements, 
de  ne  faire  aucun  réquisitoire  concernant  les  libertés  de  l'E- 
glise Gallicane,  sans  avoir  auparavant  consulté  la  Cour;  il 
avait  même  déclaré  en  termes  exprès ,  à  l'Avocat-Général  du 
Conseil  supérieur  de  Roussillon,  qu'il  fallait  aller  doucement 
et  qu'on  n'était  pas  en  position  de  soutenir  cette  affaire. 

Cette  conduite  du  Gouvernement,  opposée  au  vœu  de  la 
Magistrature ,  s'expliquera  facilement ,  si  l'on  se  rappelle  la 
situation  du  pouvoir  royal  à  cette  époque.  Sans  doute ,  les 
maximes  qui  avaient  prévalu  depuis  long-temps  à  la  Cour  de 
Versailles,  ne  permettaient  pas  qu'on  tolérât  dans  les  Eglises 
du  Royaume  l'usage  de  la  Légende  de  saint  Grégoire  VII;  mais, 


LITURGIQUES.  495 

d'autre  part ,  un  éclat  contre  Rome  eût  ameuté  le  parti  Jan- 
séniste ,  qui  ne  demandait  qu'à  se  ruer  contre  cette  autorité 
sacrée  que  la  couronne  de  France  trouvait  encore  bonne  à 
conserver.  Les  pamphlets  Jansénistes  du  temps  retentissent 
des  accents  de  jubilation  du  parti  qui  se  croyait  à  la  veille  de 
voir  rapporter,  par  le  fait  de  la  suppression  de  la  Légende, 
l'odieuse  condamnation  de  la  proposition  XCI  de  Quesnel  ; 
mais  la  Cour  avait  besoin  de  la  Bulle  Unigenitus  pour  conte- 
nir la  séditieuse  phalange  des  nouveaux  Calvinistes,  tandis 
que ,  d'autre  part ,  les  quatre  articles  de  1682 ,  en  vain  révo- 
qués par  Louis  XIV,  lui  semblaient  le  palladium  de  l'autorité 
royale.  Ce  n'était  donc  ni  des  Mandements  déclamatoires, 
ni  des  arrêts  fanatiques  qu'il  lui  fallait  :  mais  tout  simplement 
une  résolution  prise  à  l'amiable  par  le  Clergé,  de  supprimer 
sans  bruit  la  Légende  (1).  Ainsi  la  Cour  l'entendit;  ainsi  fut- 
elle  docilement  comprise  dans  toute  l'Eglise  de  France;  en 
sorte  que  jusqu'à  la  destruction  de  l'ancienne  société,  en 
1789 ,  pas  une  Eglise  séculière  ou  régulière  n'avait  pu  inau- 
gurer le  culte  du  grand  Pontife  Grégoire  VIL  Donnons  en- 
core quelques  traits  de  cette  déplorable  histoire. 

L'Evêque  d'Auxerre ,  toujours  ardent  à  la  défense  de  la 
double  cause  Gallicane  et  Janséniste ,  sentant  aussi  la  fausse 
position  de  la  Cour  et  de  l'Episcopat  dans  leur  résolution 

(1)  L'Archevêque  de  Yinlimille  était  trop  prudent  pour  s'être  mis 
en  avant  a'une  manière  éclatante  dans  cette  affaire.  Le  6  février  1730, 
il  écrirait  au  Pape  pour  le  prier  de  fermer  les  yeux  sur  ce  qu'il  croirait 
être  son  affaire  dans  la  question  de  la  Légende,  et  le  priait  de  consi- 
dérer combien  il  lui  avait  fallu  de  courage  pour  ne  la  pas  prohiber, 
comme  d'autres,  par  un  Mandement.  (Nouvelles  Ecclésiastiques,  l-r  mai 
1751.  )  Dans  le  fait,  pour  les  Prélats  attachés  k  la  doctrine  de  1682 ,  la 
position  était  bien  difficile.  Leur  réserve  dans  une  occasion  si  délicate 
ne  tarda  pas  k  leur  attirer  le  reproche  de  contradiction ,  de  la  part  des 
Jansénistes. 


494  INSTITUTIONS 

d'ensevelir  la  Légende  sans  éclat,  s'agitait  en  désespéré  pour 
accroître  le  bruit.  Il  présentait  requête  au  Parlement  de  Paris 
contre  le  Bref  qui  avait  Qélri  son  Mandement,  ayant  préala- 
blement pris  l'avis  d'un  conseil  auquel  ne  siégeaient  pas 
moins  de  cent  avocats.  Peu  de  jours  après,  le  11  février 
1730,  il  adressait  ses  doléances  au  Roi,  dans  une  longue 
lettre  où  il  cherche  à  exciter  le  zèle  du  Monarque  contre  les 
entreprises  de  la  Cour  de  Uome  (1).  Il  n'obtint  cependant  pas 
l'éclat  qu'il  désirait  ;  car,  le  18  lévrier,  le  Cardinal  de  Fleury 
écrivit  aux  gens  du  Nui  la  lettre  suivante,  qui  montra  que 
la  politique  du  moment  était  de  s'en  tenir  à  la  paix  : 

«  Je  n'ai  rien  a  ajouter,  Messieurs,  à  ce  que  j'écris  à  M.  le 

>  premier  Président  ;  et  je  m'en  remets  aussi  aux  ordres  du 

•  Roi,  que  M.  le  Chaneelier  vous  communiquera.  11  suffit, 
»  dans  les  conjonctures  présentes,  que  l'essentiel,  c'est-à-dire 
»  les  maximes  du  Royaume ,  soient  à  couvert  :  et  la  prudence 

•  demande  qu'on  ne  cherche  pas  à  irriter  le  mal,  plutôt  que 
i  de  le  guérir.  Le  Roi  Veut ,  surtout ,  qu'il  ne  soit  fait  aucune 

•  mention  de  la  Requête,  ni  du  Mandement  de  M.  l'Evêque 
»  d'Auxerre.  Il  devait  savoir  qu'avant  de  le  publier,  il  conve- 

>  nait  qu'il  sût  les  intentions  de  S.  M.  sur  une  matière  aussi 

•  délicate,  et  concerter  la  manière  dont  il  s'expliquerait;  et 

>  il  est  encore  plus  indécent  qu'il  fasse  signer  sa  Requête  par 

>  une  foule  d'avocats.  Ce  procédé  tient  beaucoup  plus  d'une 

•  cabale,  que  d'un  véritable  zèle.  > 

Or,  l'année  1730  devait  voir  réunie  l'Assemblée  géné- 
rale du  Clergé,  et  chacun  pensait  en  soi-même  combien 

(1)  Dès  le  31  décembre  précédent,  l'Evoque  de  Montpellier  avait 
écrit  uue  première  Epîlre  au  Koi,  pour  lui  dénoncer  le  danger  que  cou- 
rait sa  personne,  et  pour  le  supplier  de  faire  faire  à  la  prochaine  Assem- 
blée du  Clergé  une  nouvelle  Déclaration  des  quatre  articles  de  1682, 
et  de  pourvoir  h  ce  qu'elle  fût  lue  désormais  tous  les  ans  dans  l'Eglise. 


LITURGIQUES.  495 

alors  serait  embarrassante  la  situation  des  Prélats  dans  cette 
conjoncture  délicate.  S'élèveraient-ils  contre  la  Légende?  la 
passeraient-ils  entièrement  sous  silence  ?  Tel  était  le  pro- 
blême difficile  qui  restait  à  résoudre.  En  attendant,  soit 
hasard ,  soit  intention ,  l'Assemblée  s'ouvrit  à  Paris  le  25 
mai,  jour  même  de  la  fête  de  saint  Grégoire  VII.  Le  22  juin 
suivant,  le  Cardinal  de  Fleury  s'étant  présenté  à  l'Assem- 
blée, et  ayant  pris  la  place  du  Président,  SonEminence, 
dans  un  discours  sur  la  situation  des  affaires  ecclésiastiques, 
dit ,  entre  autres  choses ,  c<  que  personne  n'ignorait  avec 
»  quel  artifice  et  quelle  mauvaise  foi  les  novateurs  cher- 
»  chaient  à  répandre  d'injustes  soupçons  contre  le  Clergé 
»  de  France ,  comme  si ,  en  se  déclarant  aussi  solennellement 
»  qu'il  a  fait  en  faveur  de  la  Bulle  Unigenitus,  il  eût  eu  in- 
»  tention  secrète  de  favoriser  des  opinions  aussi  injurieuses 
»  à  l'indépendance  du  pouvoir  temporel  de  nos  Rois,  qu'op- 
»  posées  aux  anciennes  maximes  que  les  Evêques  de  France 
»  avaient,  dans  tous  les  siècles,  si  constamment  défendues; 
|  que ,  quoique  cette  indigne  accusation  ne  fut  pas  revêtue 
»  de  la  plus  légère  ombre  de  vraisemblance,  il  lui  paraissait 
»  cependant  que ,  pour  ôter  à  leurs  ennemis  le  dernier  re- 
»  tranchement  qu'ils  avaient  imaginé  pour  affaiblir  l'autorité 
»  des  jugements  prononcés  contre  eux,  il  était  de  l'honneur 
»  du  Clergé  de  s'expliquer  sur  cette  calomnie  d'une  manière 
»  à  leur  fermer  la  bouche  et  à  découvrir  toute  leur  mali- 
»  gnité  (î).  » 

L'Archevêque  de  Paris,  Charles  de  Vintimille,  dans  sa  ré- 
plique au  Cardinal,  répondit  en  ces  termes  sur  l'article  en 
question  : 

«  A  l'égard  de  nos  maximes  sur  le  temporel  de  nos  Rois 

(1)  Procès-Verbaux  du  Clergé.  Tome  VII.  page  892. 


496  INSTITUTIONS 

»  et  la  fidélité  que  nous  leur  devons,  qui  est-ce  qui  les  a  plus 
x>  à  cœur  et  qui  les  annonce  avec  plus  de  zèle  que  le  Clergé 
»de  France?  Vous  savez ,  Monseigneur,  et  j'avais  eu  l'hon- 
»  neur  de  vous  le  dire  en  particulier,  ce  que  pensent  tous 
»  ceux  qui  composent  cette  illustre  Assemblée ,  qui  avait 
»  résolu  de  ne  point  se  séparer  sans  s'expliquer  d'une  ma- 
»  nière  à  fermer  la  bouche  à  un  parti  opiniâtre  qui ,  dans  le 
»  temps  qu'il  méconnaît  l'autorité  de  l'Eglise  et  celle  du 
»Roi,  ose  se  couvrir  d'un  prétendu  zèle  pour  ces  mêmes 
>  maximes  (1).  » 

Nous  ne  tarderons  pas  à  voir  comment  l'Assemblée  se  tira 
de  ce  pas  difficile  :  mais,  en  attendant  la  décision,  un  incident 
remarquable  la  força  de  prendre  position  sur  le  fait  môme  de 
la  Légende.  L'Evéque  d'Auxerre  avait  imaginé  d'adresser 
une  lettre  à  l'Assemblée ,  pour  lui  remontrer  l'obligation  où 
elle  était  de  sévir  contre  la  scandaleuse  entreprise  de  Rome , 
et  ramenait  dans  l'affaire  la  condamnation  de  la  proposi- 
tion XCl  de  Quesnel.  L'Assemblée,  ayant  refusé  d'entendre 
la  lecture  de  la  lettre ,  prit  les  résolutions  suivantes  que  nous 
empruntons  à  son  Procès-verbal  : 

«  La  Compagnie  a  unanimement  témoigné  qu'elle  avait  un 
ajuste  sujet  de  se  plaindre  de  la  conduite  de  Monseigneur 
»  l'Evêque  d'Auxerre,  qui  croyait  devoir  exciter  le  zèle  de 
»  l'Assemblée  pour  le  maintien  des  droits  sacrés  attachés  à 
»  l'autorité  royale ,  comme  si  elle  méritait  d'être  soupçonnée 
»  d'en  manquer. 

)>  Que  cette  conduite  de  Monseigneur  l'Evoque  d'Auxerre 
»  était  d'autant  moins  convenable,  que  ce  Prélat  s'ingérait  à 
»  faire  des  exhortations  à  une  Assemblée  qui  n'en  avait  pas 
»  besoin,  et  dont  il  ne  pouvait  ignorer  les  sentiments;  tandis 

(1)  Procès- Ver  baux  du  Clergé.  Ibid,  page  894. 


IITURGlQtfES.  497 

»  qu'il  était  lui-même  dans  une  désobéissance  ouverte  à  Pau* 
»torité  de  l'Eglise,  dont  il  rejetait  les  décisions;  qu'il  se 
»  trouvait  par  là  réfractaire  aux  ordres  du  Roi,  qui,  comme 
»  protecteur  de  l'Eglise ,  employait  son  autorité  à  en  faire 
j>  exécuter  les  lois. 

»  Que  l'Assemblée  comprenait,  sans  peine,  que  le  motif 
»  qui  avait  porté  Monseigneur  l'Evêque  d'Auxerre  à  lui  écrire, 
ï>  n'était  que  pour  se  donner  la  liberté  de  s'élever  contre  la 
»  Constitution  Unigenitus  ;  mais  que  ce  n'était  pas  sans  in- 
»  dignation  que  l'Assemblée  voyait  à  quels  excès  il  s'était 
»  ci-devant  porté  contre  un  Jugement  dogmatique  de  l'Eglise 
»  universelle,  auquel  tout  Evêque,  comme  tout  fidèle,  doit 
»  adhérer  de  cœur  et  d'esprit. 

»  Que  l'Assemblée ,  au  surplus,  était  justement  scandalisée 
»  de  ce  que  ce  Prélat  prétend  qu'il  y  a  une  liaison  entre  la 
»  Constitution  Unigenitus  et  l'opinion  qui  combat  l'indépen-* 
»  dance  de  nos  Rois  et  de  leur  couronne ,  en  ce  qui  concerne 
»  le  temporel  :  enfin  que,  par  toutes  ces  raisons,  l'Assemblée 
»  ne  devait  point  permettre  qu'on  lût  la  lettre  que  Monsei-* 
»  gneur  l'Evêque  d'Auxerre  lui  avait  adressée  (1).  » 

Peu  de  jours  après,  l'Assemblée  eut  à  s'occuper  de  la 
lettre  que  l'Evêque  de  Montpellier  avait  écrite  au  Roi ,  le  31 
décembre  1729,  au  sujet  de  la  Légende ,  et  dans  laquelle  il 
cherchait  à  jeter  des  nuages  sur  les  intentions  des  Prélats  qui 
n'avaient  pas  jugé  à  propos  de  prohiber,  par  Mandements, 
le  culte  de  saint  Grégoire  VIL  Jalouse  de  se  justifier  du  soup* 
çon  d'indifférence  pour  les  droits  de  Sa  Majesté,  l'Assemblée 
arrêta  le  plan  d'une  Adresse  à  Louis  XV,  qui  fut  rédigée  et  si- 
gnée sous  la  date  du  11  septembre.  Les  Prélats  s'y  plaignaient; 
amèrement  des  insinuations  de  l'Evêque  de  Montpellier  contrç 

(1)  Procès-Verbaux.  Ibid.  page  1062. 

T.   U.  5? 


498  INSTITUTIONS 

leur  fidélité,  et  disaient  entre  autres  ces  paroles  remar- 
quables : 

a  C'est  par  de  vaines  déclamations  et  par  des  imputations 
»  calomnieuses,  que  31.  l'Evêquc  de  Montpellier  croit  pou- 
»  voir  faire  oublier  ses  excès ,  et  couvrir,  à  l'ombre  d'un  zèle 
D  amer  et  déplacé,  les  erreurs  qu'il  débite,  et  le  scandale 
»  qu'il  cause  dans  l'Eglise.  Cet  artifice  n'est  pas  nouveau  ; 
»  tous  les  sectaires  l'ont  mis  en  usage  ;  les  ennemis  de  l'unité 
»  s'en  servent  aujourd'hui ,  et  leur  dessein  est  aisé  à  péné- 
»  trer.  Occupés  depuis  seize  ans  à  soulever  les  Magistrats  et 
»  les  peuples  contre  l'autorité  de  la  Constitution ,  et  à  rendre 
»  méprisables  ceux  qui  l'ont  reçue ,  ils  ont  saisi  l'occasion  de 
»  la  Légende  de  Grégoire  VII  ;  Légende  qui  n'a  été  adoptée 
»  rfan?  votre  Royaume  par  aucun  Evêque  ,  et  dont  l'usage 
»  n'a  été  et  ne  sera  permis  dans  aucun  de  nos  Diocèses  :  ils 
»  ont  cru  pouvoir,  par  des  réflexions  malignes  et  captieuses, 
»  rompre  l'union  et  le  concert  qui  régnent  entre  les  deux 
d  puissances ,  et ,  à  la  faveur  des  divisions  qu'ils  tentent 
d  d'exciter,  se  mettre  à  couvert  de  l'une  et  de  l'autre  ;  ils 
»  ont  voulu ,  par  une  diversion  sur  les  contestations  qu'ils 
»  s'efforcent  de  réveiller,  faire  perdre  de  vue  l'intérêt  com- 

*  mun  de  l'Eglise  et  de  l'Etat ,  qui  consiste  à  conserver 
»  l'unité  de  la  Foi ,  et  à  ramener  ou  à  soumettre  ceux  qui  la 
»  violent. 

»  On  affecte,  Sire ,  de  mettre  une  différence  entre  la  puis- 
psance  de  Louis  XIV  et  la  vôtre  :  c'est  un  trait  également 
»  injurieux  à  Votre  Majesté  et  à  votre  auguste  bisaïeul  :  hé- 
x>  ritier  de  son  trône  et  de  ses  vertus,  devenu  l'amour  de  vos 
x>  peuples  en  naissant,  sans  avoir  jamais  éprouvé  aucune 

*  contradiction ,  ni  domestique ,  ni  étrangère  ,  que  pourrait- 
»  il  manquer  à  Votre  Majesté ,  pour  soutenir  ses  droits , 
»  comme  il  soutenait  les  siens?  Mais,  en  les  soutenant ,  ce 


LITURGIQUES.  499 

»  grand  Roi  n'oublia  jamais  les  sages  ménagements  que  la 
x>  religion  inspire  (4).  » 

Voilà  sans  cloute  quelque  chose  de  positif.  Point  de  Man- 
dements contre  la  Légende  de  saint  Grégoire  VII ,  que  l'E- 
glise Gallicane  appelle  ici  simplement  Grégoire  VII,  dans  une 
occasion  où  il  s'agit  'précisément  du  culte  décerné  à  ce  saint 
Pontife,  protestant  ainsi  contre  le  Martyrologe  et  contre 
l'autorité  qui  promulgue  le  Calendrier  Catholique  ;  point  de 
Mandements  individuels  et  passionnés  ;  mais  la  résolution 
prise,  en  corps,  froidement  et  d'autorité,  par  l'Assemblée, 
d'étouffer  ce  culte ,  d'arrêter  l'effet  des  volontés  Aposto- 
liques ;  de  se  mettre ,  par  une  désobéissance  flagrante  au 
Saint  Siège,  dans  une  situation  analogue  à  celle  de  l'Evêque 
d'Auxerre ,  dont  on  signalait  l'esprit  de  révolte.  Sans  doute , 
cette  désobéissance  de  l'Assemblée  aux  ordres  du  Pape,  n'a- 
vait lieu  que  sur  un  point  de  simple  discipline;  mais  croyait- 
on  pouvoir  conserver  long-temps  dans  le  Clergé  les  liens  de 
la  subordination ,  quand  on  les  brisait  si  aisément  à  l'égard 
du  Pontife  qui,  d'après  la  doctrine  même  de  1682,  rend  des 
Décrets  qui  obligent  toutes  les  Eglises?  Rome  dissimula  l'ou- 
trage; mais  elle  maintint  courageusement  la  Légende.  Un 
siècle  s'est  écoulé  depuis,  et  voilà  qu'une  auréole  de  gloire 
environne  le  nom  de    ce  Grégoire   VII  que  l'Assemblée 
refusa  d'appeler  Saint ,  et  la  voix  publique  salue  avec  ac- 
clamation celui  dont  les  Prélats  de  1750  se  faisaient  hon- 
neur d'avoir  banni  la  mémoire  de  leurs  Diocèses  (2).  Certes, 
si  la  patience  de  Dieu  est  d'autant  plus  imposante  qu'il  en 

(t)  Procès-Verbaux  du  Clergé.  Md.  page  1074. 

(2)  Et  remarquez  qu'en  condamnant  simplement  a  Poubli  la  mémoire 
de  saint  Grégoire  VII,  l'Assemblée  prêtait  le  flanc  a  ses  adversaires  les 
Jansénistes,  qui  étaient  en  droit  de  lui  reprocher  de  ne  prendre  que  des 
mesures  négatives  à  l'égard  d'une  entreprise  Romaine  contre  laquelle 


500  INSTITUTIONS 

puise  le  motif  dans  son  éternité ,  combien  est  sublime  celle 
de  sa  noble  Epouse,  notre  Mère,  la  sainte  Eglise  Romaine, 
dont  le  temps  vengea  toujours  l'injure  ! 

Cette  Adresse  déplorable  était  signée  de  quatorze  Arche- 
vêques et  Evêques  de  l'Assemblée ,  et  de  dix-neuf  Députés 
du  second  ordre.  Un  seul  nom  y  manquait.  C'était  celui  de 
Jean-César  de  La  Parisière ,  Evêque  de  Nîmes.  Ce  Prélat , 
zélé  contre  le  Jansénisme  et  honoré  de  la  haine  de  la  secte , 
fut  un  de  ceux  qui  osèrent  maintenir  le  Bréviaire  Romain 
dans  leurs  Eglises,  au  milieu  de  l'innovation  liturgique.  Dans 
l'Assemblée  de  1750,  il  vit  de  bonne  heure  tout  ce  que  la 
conduite  de  ses  collègues  contre  la  Légende  de  saint  Gré- 
goire VII  renfermait  de  contraire  à  l'honneur  du  Siège  Apos- 
tolique ,  et  malgré  tout  l'éloignement  qu'il  professait  pour 
la  personne  et  les  doctrines  de  l'Evèque  de  Montpellier,  il  osa 
refuser  de  prendre  part  à  la  délibération  qu'on  tint  au  sujet 
de  la  lettre  de  ce  Prélat  au  Roi,  et  dans  laquelle  on  concerta 
l'Adresse  dont  nous  venons  de  parler.  Son  isolement  à  l'é- 
gard de  tout  ce  qui  se  passa  dans  celte  affaire  est  expres- 
sément attesté  dans  le  Procès-Verbal  de  l'Assemblée  (!)• 

Nous  ignorons  comment  il  se  put  faire  que  ce  Prélat ,  qui 
avait  refusé  de  partager  avec  ses  collègues  la  responsabilité  de 
l'Adresse  qu'ils  présentèrent  à  Louis  XV  pour  l'assurer  de  la 
fidélité  qu'ils  lui  garderaient  aux  dépens  même  de  l'obéis- 
sance jurée  au  Saint  Siège,  fut  néanmoins  choisi  pour  rédi- 
ger et  prononcer  la  Harangue  au  Roi,  par  laquelle  se  termi- 


elle  croyait  pourtant  devoir  réclamer.  Le  Parlement  de  Paris  prépara 
donc  un  arrêt  contre  l'Adresse,  et  l'on  vit  paraître  peu  après  une  bro- 
chure sanglante  intitulée  :  La  cause  de  l'Etat  abandonnée  par  le  Clergé 
de  France,  ou  Réflexions  sur  la  Lettre  de  l'Assemblée  du  Clergé  au 
Roi,  du  11  septembre  1730.  Iu-4°,  de  68  pages. 
(1)  Page  1073. 


LITURGIQUES.  501 

liaient  d'ordinaire  les  Assemblées  du  Clergé.  Quoi  qu'il  en 
soit,  cette  Harangue  courageuse  et  indépendante  roulait  uni- 
quement sur  les  maux  de  l'Eglise.  L'Evêque  de  Nîmes  y  si- 
gnalait avec  une  éloquence  apostolique  les  entreprises  des 
Magistrats  contre  la  liberté  ecclésiastique  et  l'insolence  de  la 
secte  Janséniste,  enhardie  par  une  tel!e  protection;  et,  rap- 
pelant l'obligation  pour  un  Roi  Chrétien  de  défendre  le  Clergé, 
il  disait  ces  belles  paroles  : 

t  C'est  pour  cela,  Sire,  que  votre  trône,  qui,  depuis 
> qu'un  saint  Pontife  le  consacra,  en  arrachant  le  grand 
>Clovis  au  Paganisme,  n'a  jamais  été  profané  par  l'erreur, 
»  est  une  ressource  si  sûre  et  si  nécessaire  pour  nous,  et  que 
>le  droit  qu'il  vous  a  donné  de  nous  protéger,  est  le  plus 
•  auguste  de  tous  vos  litres.  Nous  venons  à  vous  pour  main- 
tenir l'ouvrage  de  Jésus-Christ  même,  et  pour  nous  con- 
server la  liberté  d'un  ministère  dont  l'usurpation  et  la 
> violence  peuvent  bien  arrêter  l'exercice,  mais  qu'on  ne 
saurait  essentiellement  nous  ravir, 

•  Tout  ce  qui  n'est  qu'humain,  peut  être  à  la  merci  des 
> hommes;  mais,  pour  le  dépôt  de  la  Foi,  et  notre  juri- 
diction qui  en  est  une  suite  nécessaire,  c'est  notre  trésor, 
notre  gloire ,  notre  engagement  :  nous  ne  pouvons  jamais 
consentir  qu'on  nous  l'enlève;  nous  en  sommes  redevables 
à  Dieu ,  à  l'Eglise,  aux  peuples,  à  Votre  Majesté,  dont  le 

RÈGNE  FST  FONDÉ  SUR   LA  CATHOLICITÉ  ,  et  doit  tOUJOUrS  SC 

soutenir  sur  les  mêmes  principes  (1).  » 
C'était  le  dernier  soupir  de  l'antique  liberté  qui  s'exhalait 
ms  ces  fortes  paroles  :  Votre  Majesté,  dont  le  régné  est 
mdè  sur  la  Catholicité.  Jamais  plus  un  seul  mot  dans  les 
:tes  du  Clergé  Français  ne  rappela  cet  axiome  de  l'ancien 

!(î)  Procès- Verbaux ,  page  1229. 


502  INSTITUTIONS 

Droit  de  la  Chrétienté,  qn'une  nation  Catholique  ne  pouvait 
être  goucei  née  que  par  un  Prince  Catholique. 

Ce  mot  si  court ,  si  simple,  mais  si  profond  que  l'Evèque 
de  Nimes  avait  jeté  dans  sa  Harangue,  était  d'ailleurs  la  seule 
allusion  qu'elle  renfermât  à  l'affaire  de  la  Légende  de  saint 
Grégoire  VII  ;  mais  on  ne  pouvait  désavouer  avec  plus  de  dé- 
licatesse tout  ce  qui  s'était  lait  contre  l'héroïque  Pontife  qu'eu 
rappelant  ,  en  présence  du  Roi  même  ,  qu'il  y  avai  encore 
qmlque  chose  au-dessus  île  sa  couronne  :  l'intérêt  de  la  Ça- 
thoicitc.  Orl<  s,  la  Harangue  ferait  oublier  l'Adresse  ,  si  on 
n'était  contiaint  de  voir  dans  la  Harangue  le  fait  d'un  seul 
Evéquc  ,  et  dans  l'Adresse  la  résolution  prise  et  observée, 
jmqu'ù  la  fin  ,  par  les  représent;  nts  du  Clergé  d'alors,  d'a- 
néantir le  culte  de  saint  Grégoire  VII.  Or,  ceci  se  passait  en 
1750î  et  avant  la  fin  du  même  siècle,  celle  Royauté  qui  avait 
\oi.Iu  eue.  inamisaible  ,  était  déclarée  abolie  à  jamais.  Le 
Mi>  i •»  -sur  de  Louis  XV,  atteint  du  vertige  dont  Dieu  semblait 
avoir  frappé  c<  u\  de  sa  race,  api  es  s'être  vu  entraîné  à  sanc- 
tionner des  ach  s  qui  anéantissaient  l'Eglise,  montait  sur  un 
échafaud,  sans  que  sa  loyauté, sa  vertu,  ni  son  repentir,  fus- 
sent eaj  ables  de  sauver  les  principes  monarchiques  éclipsés 
p  )i:r  de  longues  ;  ni;ci  s  encore,  tandis  que,  ramené  en 
triomphe,  saint  Grégoire  VII  reparait  avec  une  majeslé 
inouïe  et  partagera  désormais  avec  Cuarlcmagnele  titie  su- 
blime de  Fondateur  de  la  Société  Européenne. 

Il  nous  tarde  de  finir  le  houleux  récit  des  outrages  qu'eut 
à  subir  en  France,  au  dix-huitième  siècle,  la  mémoire  de 
l'incomparable  Pontife.  Ilâlons-nous  donc  de  dire  que  VEr 
vèque  de  M,  n  peilier,  dans  son  courroux  contre  l'Assemblée 
qui  avait  refuse*  de  s'associer  à  ses  fureurs,  attaqua  violem- 
ment son  collègue  l'Evoque  de  Mines,  dans  une  Lettre  Pas- 
torale, en  date  du  50  novembre  4730,  où  il  s'efforce  de 


LITURGIQUES.  SOS 

montrer  la  contradiction,  évidente  en  effet,  entre  la  Harangue 
du  Prélat  et  l'Adresse  de  l'Assemblée  au  Roi.  «  Dans  la  Ha- 
»  rangue  ,  dit-il ,  on  donne  pour  maxime  que  le  règne  de 
»  Sa  Majesté  est  fondé  sur  la  Catholicité ,  et  qu'il  doit  toujours 
»  se  soutenir  sur  les  mêmes  imncipes  ;  d'où  il  est  aisé  de 
»  conclure  que  si  un  Prince  avait  le  malheur  de  tomber  dans 
»  l'hérésie,  le  Pape  serait  en  droit  de  le  déposer,  et  les 
»  peuples  seraient  dispensés  de  lui  obéir  !  »  D'un  autre  côté, 
le  Parlement  de  Paris  soulevé  d'indignation ,  préparait 
une  procédure  contre  la  Harangue,  et  faisait  faire,  par 
son  Président,  des  remontrances  au  Roi  sur  les  principes 
attentatoires  à  la  Majesté  Royale  que  l'orateur  y  avait  pro- 
fessés :  tout  faisait  présager  un  orage.  L'esprit  pacifique  du 
Cardinal  de  Fleury  parvint ,  cette  fois  encore,  à  l'apaiser, 
et  le  Roi  s'en  tint  à  déclarer  au  Parlement  qu'il  évoquait 
l'affaire  à  son  Conseil.  Tout  se  termina  là  (1)  ;  les  vagues 
tombèrent  peu  à  peu  ;  mais  la  France  demeura  en  dehors 
de  la  Catholicité,  quant  au  culte  d'un  saint  Pape.  On  put 
voir  alors  tout  le  chemin  qu'on  avait  fait  depuis  1682. 

(1)  Nous  ne  pensons  pas  devoir  ennuyer  le  lecteur  du  récit  des  cla- 
meurs que  poussèrent  les  Jansénistes  au  sujet  d'un  tableau  que  le 
iCardinal  de  Bissy  avait  placé  dans  sa  Cathédrale  de  Meaux ,  repré- 
sentant un  Pape  assis  sur  son  trône ,  revêtu  pontificalement  et  remet- 
tant un  globe  à  un  Empereur  découvert  et  incliné.  Ce  Pape  était 
Benoît  VIII,  et  cet  Empereur  saint  Henri  II,  Patron  du  Cardinal  de 
îissy.  I/Evêque  de  Montpellier ,  qui  revient  sans  cesse  sur  ce  sujet 
lans  sa  volumineuse  Correspondance,  voulait  voir  dans  ce  Pape  saint 
ïrégoîre  VII,  et  dans  cet  Empereur  Henri  IV.  On  ne  saurait  s'imaginer 
outes  les  extravagances  que  cette  idée  lui  fait  dire ,  et  que  le  parti 
épéta  sur  tous  les  tons.  Quand  enfin  ils  eurent  reconnu  que  ces  cla- 
aeurs  étaient  ridicules,  attendu  qu'il  n'est  dans  toute  la  vie  de  saint 
Jrégoire  VII  aucune  circonstance  à  laquelle  le  tableau  pût  faire  al- 
ision,  on  se  retrancha  dans  l'accusation  de  mauvais  citoyen,  contre  le 
'rélat  qui  osait  mettre  sous  les  yeux  du  peuple  un  tableau  où  la  ma» 
îsté  royale  était  ainsi  abaissée  devant  un  Pape. 


504  INSTITUTIONS 

Si  nous  recherchons  maintenant  ce  qui  se  passa  clans  plu- 
sieurs autres  contrées  de  l'Europe,  au  sujet  de  la  Légende, 
nous  rencontrons  des  faits  singulièrement  humiliants  pour 
nous  autres  Français;  il  est  triste,  en  effet,  de  voir  les 
adversaires  de  l'Eglise  et  les  hérétiques  eux-mêmes,  s'unir 
à  nous  pour  anéantir  le  culte  d'un  Saint. 

Naples  avait  eu  la  gloire  de  porterie  premier  coup  au  Siège 
Apostolique  dans  cette  déplorable  circonstance.  Cette  ville 
et  son  État  appartenait  alors  à  l'Empereur,  qui  y  entretenait 
un  Vice-Roi.  Ce  personnage,  nommé  le  Comte  de  Harrach, 
ayant  eu  connaissance  de  l'entrée  de  la  Légende  dans 
ce  Royaume ,  s'empressa  d'en  dénoncer  la  publication  au 
Tribunal  Napolitain  dit  du  Collatéral,  où  on  ne  manqua  pas 
de  la  traiter  comme  un  délit,  et  le  Vice-Roi ,  le  5  mars  1729, 
adressait  à  son  Souverain  un  long  rapport,  dans  lequel,  après 
avoir  discuté  longuement  les  graves  dangers  qui  s'ensui- 
vaient tout  naturellement  pour  laCouronne  Impériale  du  seul 
fait  de  la  Légende ,  il  s'exprimait  en  ces  termes  : 

t  De  tous  ces  grands  et  insuportables  préjudices,   qui 

>  naissent  en  général  de  la  publication  des  susdites  Leçons 

>  contre  l'indépendance  de  la  souveraineté,  et  en  particulier 
»  contre  les  droits  royaux  de  Votre  Majesté ,  comme  Empe- 
»  reur,  il  nous  paraissait  s'ensuivre  naturellement  qu'il  était 
*  du  devoir  de  notre  charge  qu'imitant  la  coutume  et  l'adresse 
>de  la  Cour  Romaine,  nous  eussions  défendu  ces  Leçons, 

>  ordonnant  aux  Evêques  de  ne  les  point  insérer  dans  les  Bré- 
viaires. Mais  ayant  fait  réflexion  que  nonobstant  cette  dé- 
i  fense ,  les  Ecclésiastiques  auraient  continué  de  les  réciter, 
»  et  que  la  prohibition  d'un  Office  aurait  causé  du  scandale  à 
»  ce  peuple  trop  superstitieux,  et  que  la  Cour  de  Rome,  pro- 
>fitant  de  ce  mécontentement,  aurait  suscité  d'autres  incon- 
»  vénients  qui  nous  auraient  après  obligés  à  prendre  de  plus 


LITURGIQUES.  503 

»  grands  engagements ,  le  Tribunal  du  Collatéral  fut  d'avis  de 
»  ne  point  défendre  de  réciter  les  Leçons ,  et  qu'il  était  même 
»  plus  à  propos  de  ne  faire  paraître  aucun  ressentiment,  pour 
»  ne  pas  faire  connaître  aux  simples  et  aux  ignorants  le  venin 
»  caché  qu'elles  renferment ,  et  qu'il  suffirait  d'ordonner  que 
>  les  imprimeurs  fussent  emprisonnés  et  tous  les  exemplaires 
»  fussent  supprimés  ;  et  cela ,  sur  le  seul  motif  qu'on  avait 
i  introduit ,  réimprimé ,  vendu  ces  Leçons  sans  ma  permis- 
•  sion,  et  celle  du  Collatéral,  contre  la  Pragmatique  de  ce 
»  Royaume ,  d'autant  plus  qu'elles  étaient  imprimées  avec  la 
»  permission  des  supérieurs  Ecclésiastiques ,  quoiqu'on  n'eût 
»  pas  permis  de  la  donner.  » 

Après  la  prohibition  de  la  Légende  de  saint  Grégoire  Vïl , 
parle  Vice-Roi  de  Naples,  vient  celle  que  fit,  peu  de  jours 
après ,  l'hérétique  Archevêque  d'Utrech ,  Corneille-Jean  Bar- 
chman,  par  un  Mandement  en  date  du  12  mai  1750.  Il  tient 
dans  cette  pièce  scandaleuse  le  même  langage  que  nous 
avons  remarqué  dans  les  Mandements  desEvêques  d'Auxerre, 
de  Montpellier,  de  Troyes.  Ce  sont  les  mêmes  injures  gros- 
sières contre  le  chef  de  l'Eglise ,  le  même  mépris  de  ses  or- 
donnances. «  Si  la  loi  de  la  Prière ,  dit  Barchman ,  doit  éta- 
»  blir  celle  de  la  Foi ,  les  Evêques  sont  obligés  de  veiller  pour 
»  empêcher  que  rien  ne  se  glisse  dans  les  prières  publiques 
»  qui  puisse  corrompre  insensiblement  la  loi  de  la  Foi,  Si  on 
»  lit  dans  l'Eglise  l'histoire  des  Saints ,  afin  qu'en  considérant 
»  la  fin  de  la  vie  de  ceux  qui  nous  ont  annoncé  la  parole  de 
»  Dieu,  nous  imitions  leur  foi  et  nous  suivions  leurs  exemples, 
•  d'autant  plus  dignes  d'être  imités,  que  la  piété  y  paraît 
>  d'une  manière  plus  excellente  ;  il  faut  prendre  garde  de  ne 
>rien  louer  dans  les  divins  Offices,  que  nous  ne  devions  ap- 
»  prouver  et  imiter  même,  lorsque  l'occasion  s'en  présen- 
»  tera.  > 


806  INSTITUTIONS 

Le  Mandement  se  termine  par  ces  paroles  :  c  A  ces  causes, 
>pour  défendre  la  doctrine  de  l'Eglise  Catholique  par  rap- 
>port  à  la  distinction  des  deux  puissances;  pour  conserver 
»  autant  qu'il  est  en  nous ,  à  la  puissance  civile ,  son  indé- 
»  pendance  de  la  puissance  spirituelle  :  pour  donner  à  Nos- 
»seigneurs  les  Etals-Généraux ,  suprêmes  Modérateurs  de 
»  notre  République,  des  preuves  de  la  fidélité  que  nous  leur 
»  devons ,  sans  affaiblir  en  rien  le  respect  que  nous  devons  au 
»  Saint  Siège  Apostolique,  nous  défendons  de  réciter  l'Office 

>  de  saint  Grégoire  YII ,  tant  publiquement  dans  les  Eglises 
i  qu'en  particulier,  à  tous  ceux  qui  sont  obligés  aux  Heures 

>  Canoniales.  La  grâce  de  Dieu  soit  avec  vous  tous.  Ainsi 
»  soît-il.  > 

Lorsqu'un  Prélat  qui  se  prétendait  Catholique ,  malgré 
l'Eglise ,  se  livrait  à  de  pareils  excès ,  il  n'y  a  plus  lieu  de 
s'étonner  qu'un  gouvernement  Protestant  ne  voulût  pas  de- 
meurer en  retard  et  se  ruût  avec  violence  contre  la  mémoire 
du  saint  Pape.  Ce  n'est  donc  pas  là  ce  qui  doit  nous  sur- 
prendre ;  mais  ce  qui  est  humiliant,c'est  d'être  forcé  de  recon- 
naître que  ce  gouvernement  Protestant ,  dans  ses  mesures 
hostiles  à  notre  foi  et  aux  objets  de  notre  vénération,  ne  se 
montre  pas  plus  hostile  que  diverses  puissances  de  la  Com~ 
rntmion  Romaine,  Voici  l'Arrêt  que  les  Etats-Généraux  des 
Provinces-Unies  firent  publier  et  afficher,  dans  toutes  les 
villes  de  la  Confédération.  Il  est  daté  du  20  septembre  1750. 

«  Les  Etats  de  Hollande  et  de  West-Frise ,  à  tous  ceux  qui 
»  ces  présentes  verront,  salut. 

»  Comme  nous  avons  appris  qu'on  abuse  de  notre  indul- 
»  gence  à  conniver  l'exercice  du  service  divin  des  Catholiques 
»  Romains,  sans  faire  exécuter  à  divers  égards  les  placards 
»  émanés  ci-devant  contre  cet  exercice,  jusqu'au  point  qu'on 
»  imprime  publiquement ,  dans  notre  pays  de  Hollande  et  de 


LITURGIQUES.  507 

»  West-Frise,  pour  l'usage  des  Eglises  Romaines,  soit  sépa- 
»  rément,  soit  avec  ou  à  la  fin  de  ce  qu'on  appelle  Directo- 
»  rium  ou  Bréviaire  ,  l'Office  ainsi  nommé  du  Pape  Gré- 
»  goire  VII ,  arrêté  à  Rome  par  l'autorité  papale ,  le  25 
»  septembre  1728  ;  quoique  ledit  Office  exalte  comme  une 
»  action  louable  l'entreprise  de  ce  Pape ,  pour  avoir  excom- 
»  munie  un  Empereur  des  Romains,  privé  ce  Prince  de  son 
»  Royaume  et  absous  ses  sujets  de  la  fidélité  qu'ils  lui  avaient 
»  promise ,  et  qu'on  ne  puisse  ignorer  que  diverses  puis- 
»  sauces  de  la  communion  Romaine  regardent  cette  entreprise 
»  de  Grégoire  VII  comme  si  séditieuse,  si  contraire  à  la  tran- 
»  quillité  publique,  et  d'une  suite  si  dangereuse  ,  qu'elles  ne 
»  permettent  pas  qu'on  en  fasse  aucun  usage  dans  leurs 
»  Royaumes  et  Etats. 

»  A  ces  causes  ,  après  une  mûre  délibération,  nous  avons 
»  jugé  à  propos,  pour  la  conservation  de  la  tranquillité  corn- 
»  mune  ,  et  pour  la  sûreté  de  la  Régence  et  de  la  véritable 
»  Religion  Réformée  ,  de  statuer  et  d'ordonner  contre  les 
»  entreprises  et  les  machinations  des  adhérents  du  Siège  de 
»  Rome ,  comme  nous  statuons  et  ordonnons  par  la  pré- 

»  sente  : 

• 

»  Premièrement ,  qu'on  ne  pourra  faire  le  moindre  usage 
»  dans  notre  pays  de  Hollande  et  de  West-Frise  ,  soit  en  pu- 
»  blic,  soit  en  particulier,  dudit  Office  du  Pape  Grégoire  VII, 
»  sous  peine  que  les  Prêtres  Catholiques  Romains  qui  y  con- 
»  treviendront,  seront  punis  sans  aucune  rémission  comme 
a  perturbateurs  du  repos  public,  et  que  les  Eglises  de  la  Re- 
»  ligion  Romaine,  Chapelles  ou  autres  assemblées  dans  les- 
)  quelles  on  fera  à  l'avenir  usage  dudit  Office,  seront  fermées 
>  pendant  six  mois. 

»  En  second  lieu,  qu'on  ne  pourra  réimprimer  dans  nolre- 
»  dit  pays,  ou  y  apporter  du  dehors  ledit  Office,  pour  y  être 


608  INSTITUTIONS 

»  débité  ou  vendu,  soit  séparément,  ou  tel  qu'il  est  imprimé 
»  à  la  fin  dudit  Directorium  de  la  Messe  et  autres  cérémonies 
»  de  l'Eglise  Romaine,  et  qu'on  ne  pourra  faire  aucune  men- 
»  tion  dudit  Office  dans  les  éditions  suivantes  dudit  Directo- 
fc  rium  ;  le  tout  sous  peine  d'une  amende  de  mille  florins 
»  contre  celui  qui  y  contreviendra ,  dont  la  moitié  appar- 
ia tiendra  à  l'Officier,  et  l'autre  au  dénonciateur,  et  d'être 
j>  privé  de  son  trafic. 

»  Chargeant  et  ordonnant  à  tous  Officiers,  Juges  et  Justi- 
»  ciers  de  nolredit  pays ,  d'exécuter  et  de  faire  exécuter 
»  notre  présent  placard  et  Commandement ,  et  de  procéder 
»  et  de  faire  procéder  sans  aucune  grâce ,  faveur  ou  dissi- 
»  mulation,  contre  ceux  qui  y  contreviendront  ;  nous  voulons 
»  qu'il  soit  publié  et  affiché  partout  où  besoin  sera.  Fait  à 
j)  La  Haye,  le  20  septembre  1730  (1).  » 

Nous  trouvons,  en  1750,  une  circulaire  partie  du  cabinet 
impérial ,  et  adressée  aux  Evoques  des  Pays-Bas  ,  leur  en- 
joignant de  supprimer  au  Bréviaire  l'Office  de  saint  Gré- 
goire VII.  Le  Clergé  de  Belgique,  déjà  mécontent  du  joug 
Autrichien ,  ne  paraît  pas  avoir  mis  une  grande  importance 
à  celle  prohibition,  puisque  ,  suivant  l'Abbé  Grégoire  (2) ,  le 
Gouvernement  de  Vienne  fut  obligé  de  renouveler  la  pros- 
cription de  la  Légende ,  en  1774.  Il  est  inutile  ,  sans  doute  , 
de  faire  observer  que  Joseph  II  se  montra  impitoyable  contre 
le  culte  du  fougueux  Hildebrand  ;  au  reste ,  saint  Grégoire  VII 
ne  fut  pas  le  seul  saint  Pontife  qu'il  poursuivit  an  Bréviaire. 
On  cite, sous  la  date  de  1787,  une  Ordonnance  de  la  Régence 
de  la  Basse-Autriche,  supprimant,  au  Bréviaire  des  Chanoines 
Réguliers ,  divers  passages  de  l'Office  de  plusieurs  saints 

(1)  Gazette  de  Hollande,  3  octobre  1730. 

(2)  Essai  sur  les  Libertés  de  l'Eglise  Gallicane,  page  110. 


LITURGIQUES.  509 

Papes,  entre  autres  celui-ci  dans  la  cinquième  Leçon  de  saint 
Zacharie,  au  15  mars  :  Consultus  a  Francis,  regnum  illuda 
Chilperico  viro  stupido  et  ignavo,  ad  Pipinum  pietate  et  for- 
titudine  prœstantem  auctoritate  Apostolica  transtulit.  Cet 
Office  de  saint  Zacharie  n'est  pas  au  Bréviaire  Romain  pro- 
prement dit,  mais  fait  simplement  partie  des  Offices  propres 
du  Clergé  de  la  ville  de  Rome. 

Pour  en  revenir  à  la  Légende  de  saint  Grégoire  VII ,  elle  a 
néanmoins  fini  par  triompher,  en  Autriche,  du  mauvais  vou- 
loir des  gouvernants,  à  la  condition  toutefois  de  subir,  de 
par  la    police,    une  ridicule    formalité.  Nous  ignorons  à 
ijquelle  époque  précise  a  été  statuée  cette  condition  ;  mais  tous 
les  Bréviaires  Romains  imprimés  dans  les  Etats  de  l'Autriche 
depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  qui  nous  sont  tombés 
<  entre  les  mains,  sont  remarquables  par  une  mutilation  très 
curieuse.  Elle  consiste  d'abord  dans  la  suppression  de  ces 
woles  qui  terminent  la  cinquième  Leçon  :  Contra  Henrici 
Imper atoris  impios  conatus,  fortisper  omnia  athleta  impavi- 
lus  permansit ,  seque  pro  muro  domui  Israël  potière  non  ti- 
•  nuit,  ac  eumdem  Henricum  in  profundum  malorum  prolap- 
um ,  fidelium  communione ,  regnoque  privavit,  atque  subditos 
opulos  fide  ei  data  liberavit. 
Enfin,  la  Censure  Impériale,  franchissant  toutes  mesures, 
on  contente  d'avoir  à  jamais  assuré  la  couronne  des  Césars 
Dntre  les  entreprises  de  la  Papauté,  et  garanti  ainsi  l'ina- 
issibilité  du  trône  de  tout  envahissement  de  la  Liturgie; 
Censure,  disons-nous,  a  décrété  en  même  temps  l'impec- 
.bilité  impériale  ;  ce  qui  a  bien  aussi  son  mérite  pour  ce 
onde  et  surtout  pour  l'autre.  La  sixième  Leçon  est  donc 
aintenue  dans  son  entier,  sauf  un  seul  mot  :  l'épithète  iniqui 
pliquée  à  Henri  de  Germanie  !  Rome  et  toutes  les  Eglises 
i  obéissent  à  ses  Décrets  sur  la  Liturgie ,  Usent  curn  ab 


540  INSTITUTIONS 

iniqui  Benrici  exercitu  Romœ  gravi  obsidione  pretneretur; 
dans  les  Etats  d'Autriche,  il  faut  imprimer  et  lire  simple- 
ment :  Cum  ab  Henrici  exercitu  Romœ,  etc.  Ceci  ne  rappelle- 
t-il  pas  tout  naturellement  ce  qui  se  passa  à  Milan ,  il  y  a 
quelques  années,  quand  on  vit  un  Mandement  du  Cardinal 
Archevêque,  à  l'occasion  de  la  mort  de  l'EmpereurFrançois  II, 
repris  par  la  censure ,  parce  que  le  Prélat  y  exhortait  les  fi- 
dèles de  prier  pour  un  souverain  bien-aimé  qui ,  malgré 
toutes  ses  vertus,  pouvait  néanmoins  avoir  contracté  quelques 
taches  de  l'humaine  faiblesse? 

Nous  voyons  encore,  au  dix-huitième  siècle,  la  mémoire 
de  saint  Grégoire  VII  outragée  dans  un  Etat  Catholique,  en 
Portugal.  Il  ne  paraît  pas  cependant  qu'on  y  ait  proscrit  la 
Légende  ;  mais  un  homme  plus  que  téméraire ,  Antoine  Pe- 
rcira  de  Figueiredo,  entre  les  nombreux  écrits  qu'il  publia 
contre  les  droits  de  l'Eglise  et  du  Saint  Siège,  consacra  une 
dissertation  spéciale  à  combattre  la  personne  et  les  écrits  de 
notre  grand  Pontife,  sous  ce  titre  :  De  gestis  et  scriptis  Gre- 
gorii  Vil.  C'était,  assurément,  un  outrage  parti  de  bien  bas, 
que  celui  qui  provenait  d'un  homme  auquel  son  attachement 
à  la  cause  du  Saint  Siège  avait  d'abord  valu  la  disgrâce  de 
Pombal,  et  qui  devenu,  sans  transition,  l'enthousiaste  prô- 
ncur  de  ce  Ministre,  l'un  des  plus  infâmes  persécuteursdel'E* 
glise,  se  montra  l'ignoble  flatteur  d'un  aussi  pauvre  souverain 
que  le  fut  Joseph  Ier.  Non  ;  le  caractère  apostolique  de  saint 
Grégoire  VII  n'avait  rien  de  commun  avec  l'ex-Oratorien  qui 
applaudit  à  l'atroce  supplice  de  Malagrida,et  dont  la  plume  vé- 
nale écrivit  les  fades  pamphlets  intitulés  :  Parallèle  d'Auguste 
César  et  de  Don  Joseph,  Roi  magnanime  de  Portugal,  et  Vœux  de 
la  nation  Portugaise  àl Ange  Gardien  du  Marquis  de  Pombal(i)l 

(1)  Lisbonne.  1775. 


LITURGIQUES.  Sli 

Le  dix-neuvième  siècle  a  bien  fourni  aussi  quelques  in- 
sultes à  la  mémoire  du  saint  Pontife.  Sans  parler  des  blas- 
phèmes qui  plus  d'une  fois  ,  au  Parlement  Anglais  ,  sont 
partis  du  banc  des  Pairs  Ecclésiastiques,  contre  la  personne  du 
fougueux  Hïldebrand ,  il  en  est  dont  les  pays  Catholiques  ont 
été  le  théâtre.  Commençons  par  l'Italie. 

Jusqu'en  1810,  l'Office  de  saint  Grégoire  VII  n'avait  cessé 
d'être  célébré  dans  les  Eglises  des  divers  Diocèses  dont  se 
composait  le  Royaume  d'Italie.  L'excommunication  encourue 
ipar  Napoléon,  en  1809,  le  rendit  inquiet  à  l'excès,  et  l'on 
sait  en  général  combien  de  mesures  persécutrices  pesèrent 
>ur  le  Clergé  à  cette  époque.  Mais  ce  que  l'on  sait  moins, 
:'est  que  le  grand  Empereur,  en  même  temps  qu'il  élevait  sa 
nain  contre  Pie  VII ,  osa  défier  aussi  la  majesté  d'un  Pontife, 
utrefois ,  comme  Pie  VII ,  assiégé  et  captif,  mais  depuis  et 
jamais  couronné  par  Celui  qui  le  premier  a  bul'eau  du  tor- 
ent ,  avant  d'élever  la  tête  (1).  Une  lettre  du  Ministre  des 
ultes,  Bigot  de  Préameneu,  écrite  en  février  1810,  enjoi- 
nait  aux  Evêques  d'Italie  d'imiter  le  silence  de  l'Eglise 
allicane  sur  le  nom  et  les  actes  d'Hildebrand.  Nous  ne  sau- 
rons dire  les  noms  des  Prélats  Italiens  (  il  y  en  eut  plu- 
sieurs) qui  préférèrent  obéir  à  César  plutôt  qu'à  l'Eglise;  mais 
iiuis  avons  entre  les  mains ,  et  nous  gardons  comme  un  rao- 
nment ,  la  lettre  autographe  dans  laquelle  Hyacinthe  de  La 

!mr,  Archevêque  de  Turin,  envoie  au  Ministre  le  Mande* 
mt  qu'il  s'est  fait  un  devoir  de  donner  pour  interdire  l'Office 
J  saint  Grégoire  VII ,  et  dont  il  déclare  que  copie  est  affichée 
ans  toutes  les  Sacristies  des  Eglises  de  son  Diocèse.  La  lettre 
I  du  1er  mars  1810. 
\  peine  échappé  aux  violences  de   l'aigle  redoutable 

II)  Psalm.  CIX. 


512  INSTITUTIONS 

qui  étreignait  l'Europe ,  mais  toujours  debout  à  la  même 
place,  l'héroïque  Hildebrand  tomba  en  proie  à  ces  anar- 
chistes dont  les  désirs  sont  aussi  des  désirs  de  tyrannie. 
En  France ,  on  vit  le  régicide  Grégoire  ,  dans  son  Essai  his- 
torique sur  les  libertés  de  l'Eglise  Gallicane  ,  publié  en  1818 , 
accumuler  contre  le  saint  Pape  et  sa  Légende  tous  les  blas- 
phèmes des  Protestants  et  des  Jansénistes.  En  Espagne ,  au 
mois  de  mars  1822,  on  faisait  aux  Cortès  la  proposition  de 
supprimer  une  partie  de  V Office  de  Grégoire  VII ,  comme  at- 
tentatoire aux  droits  des  nations  (1)!  Certes,  c'était  là 
une  bien  amère  dérision  de  ces  Rois  et  de  ces  Evoques  cour- 
tisans, occupés  depuis  si  long-temps  à  poursuivre  le  culte 
du  saint  Pontife ,  et  qui  l'avaient  noté  comme  coupable  de 
lèse-majesté  rojale  !  Elle  fut  donc  bien  droite,  bien  pure, 
la  politique  de  ce  grand  homme;  Dieu  avait  donc  placé  en 
lui  une  notion  bien  haute  du  droit  public,  si  tous  les 
hommes  à  excès  se  sont  donné  le  mot  pour  faire  de  son 
nom  et  de  sa  mémoire  l'objet  de  leurs  attaques.  Jouissez 
de  cette  gloire,  saint  Pontife  :  jusqu'ici  nul  mortel  ne  l'a 
partagée  avec  vous. 

Encore  un  outrage:  ce  sera  le  dernier.  Au  commencement 
de  l'année  1828,  une  nouvelle  édition  du  Bréviaire  Romain 
paraissait  à  Paris  chez  le  libraire  Poussielgue-Rusand.  L'édi- 
teur avait  cru  pouvoir  y  insérer  l'Office  de  saint  Grégoire  VII  : 
encore  ne  l'avait-il  placé  qu'à  la  fin  du  volume ,  ne  se  sentant 
pas  pleinement  rassuré  par  la  promesse  de  cette  liberté  reli- 
gieuse garantie  à  tous  parla  Charte  de  1815.  Peu  de  jours  ( 
après  la  publication  du  Bréviaire,  certaines  feuilles  se  disant 
Libérales,  et  fraternisant  en  toutes  choses  avec  les  Cortès 
Espagnoles  de  1822  ,   se  prirent  à  crier  à    l'ullramonta- 


(i)  L'Ami  de  la  Religion,  15  avril  1822.  Tome  XXXI. 


LITURGIQUES.  515 

nîsme  qui  débordait  chez  nous,  jusque-là,  disaient-ils,  qu'on 
osait,  en  4828,  imprimer  et  mettre  en  vente  la  Légende  de 
Grégoire  VII.  Leurs  clameurs  furent  entendues,  et  on  vit,  à 
Paris,  en  1828,  la  Légende  de  saint  Grégoire  Vil,  soumise, 
par  ordre  de  l'Archevêché ,  aux  mutilations  que  lui  inflige 
l'Autriche  dans  ses  Etats,  sans  oublier  la  suppression  chari- 
table de  J'épithète  iniqui,  si  justement  assignée  à  Henri  IV 
i  par  l'Eglise  (1)  !  Depuis  dix  ans,  plusieurs  éditions  du  Bréviaire 
Romain  ont  été  données ,  tant  à  Lyon  qu'à  Paris  ;  l'Office  de 
i  saint  Grégoire  VII  s'y  lit  à  sa  place  et  dans  son  entier,  et  Pe- 
rdition parisienne  de  1828  va  s'épuisant  de  jour  en  jour,  gar- 
dant jusqu'ici  la  trace  de  cette  dernière  faiblesse  que  nous 
n'aurions  pu  taire  sans  partialité. 

Hâtons-nous  de  franchir  quelques  années  difficiles;  l'heure 
le  la  réhabilitation  a  sonné.  Le  Dieu  qui  est  admirable  dans  ses 
iaints,  a  résolu  enfin  de  venger  son  serviteur  Grégoire.  Ce  n'est 
lus  la  voix  des  Leibnitz,  des  Jean  de  Muller,  des  Voigt,  etc., 
ui  va  retentir;  ce  n'est  plus  même  celle  de  Joseph  de  Maistre, 
rophète  du  passé ,  annonçant  à  l'Europe  que  le  moment  est 
*nu  d'adorer  ce  qu'elle  a  brûlé ,  de  brûler  ce  qu'elle  avait 
ioré.  Toutes  les  barrières  sont  tombées  ;  c'est  maintenant 
église  de  France  qui  proclamera  saint  Grégoire  VII  sauveur 
i  la  société ,  restaurateur  de  la  science,  de  la  vertu  et  de  la 
stice;  et  l'organe  de  l'Eglise  de  France,  dans  l'accomplis- 

ji)  «Certains  journaux  reprochent  à  un  Prélat  illustre  une  édition 
Bréviaire  Romain ,  où  se  trouve  une  Légende  de  Grégoire  VII  ; 
V'is  l'accusateur  n'ajoute  pas  que  ce  n'est  point  M.  l'Archevêque  qui 
a  it  faire  cette  édition  du  Bréviaire  Romain ,  qu'il  a  seulement  auto- 
ri  la  réimpression  avant  qu'elle  ne  se  fît,  qu'il  n'a  ni  dirigé,  ni  sur- 
vt lé  l'exécution  de  cette  eatreprise,  et  qu'étant  averti  qu'il  s'était 
g|;é  dans  la  Légende  de  Grégoire  VII  une  phrase  en  opposition  avec 

Imaximes ,  il  a  exigé  qu'on  fît  en  cet  endroit  un  carton  ;  ce  qui  a  eu 
li|  »  L'Ami  de  la  Religion,  Tome  LVI.  page  87.  31  mai  1828. 

T.  il.  35 


514  INSTITUTIONS 

sèment  de  ce  devoir  sacré,  sera  ce  pieux  et  savant  Evêque, 
fils ,  par  l'intelligence  autant  que  par  le  sang,  du  grand  phi- 
losophe Catholique  à  qui  Dieu  donna  d'approfondir  la  Légis- 
lation primitive  des  sociétés ,  et  de  comprendre  dans  toute 
son  étendue  le  rôle  sublime  du  Législateur  Pontife.  Or,  ce  fut  le 
4  mars  1838,  que  fut  donnée  au  Puy,  par  Monseigneur  Louis- 
Jacques-Maurice  de  Ronald,  aujourd'hui  Cardinal  de  la  sainte 
Eglise  Romaine,  Archevêque  de  Lyon,  Primat  des  Caules,  cette 
magnifique  et  courageuse  Lettre  Pastorale  sur  le  Chef  visible 
de  l'Eglise,  qui  restera  dans  les  annales  de  l'Eglise  de  France, 
comme  un  des  événements  les  plus  graves  qu'ait  vu  notre 
siècle,  qui  en  a  vu  un  si  grand  nombre.  C'est  en  ce  jour  mé- 
morable qu'on  entendit  professer,  avec  non  moins  d'élo- 
quence que  de  doctrine ,  du  haut  de  la  Chaire  Episcopale ,  la< 
foi  dans  l'infaillibilité  du  Pontife  Romain  parlant  aux  Eglises, 
et  proclamer  la  haute  mission  imposée  par  la  Providence  à 
saint  Grégoire  VII,  et  si  dignement  accomplie  par  sa  grande 
âme. 

t  L'irruption  des  barbares,  disai  t  le  Prélat,  n'était  que  l'image 
»  d'une  invasion  plus  dangereuse  pour  l'Eglise  et  pour  le  monde 
»  civilisé  ;  ce  n'était  que  la  figure  de  cette  triple  coalition  de 

*  l'ignorance ,  du  vice  et  de  la  cupidité ,  ligués  pour  éteindre 

>  toute  lumière,  flétrir  toute  vertu  et  étouffer  toute  justice. 
>Le  moyen-âge  vit  cet  abîme  dilater  ses  entrailles  pouren- 
»  gloutir  la  société  toute  entière.  Et  la  société,  où  ira-t-elle 
»  se  réfugier  dans  sa  détresse?  Encore  aux  pieds  de  la  Chaire 

>  de  saint  Pierre.  Là,  elle  trouvera  son  appui  et  son  salut,  dans 
»un  pauvre  Moine  élevé  au  souverain  Pontificat,  mais  qui 
»  cachait,  sous  le  vêtement  grossier  du  Cloître,  une  âme  dont 

>  l'élévation  n'a  pas  été  comprise,  et  qui  le  serait  difficilement 

*  dans  nos  jours  de  spéculation  et  d'indifférence.  Hildebrand 
»  mesure  la  profondeur  de  la  plaie  du  corps  social.  A  tout 


LITURGIQUES.  515 

»  autre ,  les  obstacles  pour  la  guérir  paraîtraient  insurmon- 
»  tables  ;  pour  Grégoire  VII ,  c'est  dans  ces  obstacles  mêmes 
»  qu'il  puise  un  nouveau  courage,  et  va  ranimer  l'énergie  de 
»son  caractère.  Armé  d'une  force  inébranlable  et  d'une  rec- 
»  titude  inflexible  de  volonté  ;  cédant  aussi  aux  maximes 

>  de  ses  contemporains  et  à  l'esprit  de  son  temps ,  il  en- 
»  treprend  une  lutte  terrible  contre  son  siècle  et  toutes  les 
»  puissances  de  son  siècle.  La  science  a  déserté  le  Sanctuaire; 
»  il  l'y  ramènera.  La  vertu  semble  être  bannie  de  tous  les 
> coeurs;  il  la  rétablira  dans  ses  droits.  La  justice  est  foulée 
9  aux  pieds  ;  il  la  fera  triompher.  Il  se  croit  envoyé  pour  op- 
»  poser  un  front  d'airain  au  vice  ,  qu'il  le  trouve  à  l'autel  ou 
>sur  le  trône.  Toujours  inaccessible  à  la  crainte,  toujours 
»  au-dessus  des  considérations  mondaines,  Grégoire  ne  don- 

>  nera  point  de  repos  à  son  zèle ,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  réformé 
le  palais  des  grands,  le  sanctuaire  de  la  justice,  le  cloître 
des  Cénobites,  et  la  maison  de  Dieu;  jusqu'à  ce  qu'il  ait 
rallumé  le  flambeau  du  savoir,  les  flammes  célestes  de  la 

»  piété;  fait  passer  dans  les  cœurs  des  souverains  et  des 

>  Prêtres,  cet  amour  de  la  justice,  cette  haine  de  l'iniquité 
qui ,  de  son  âme ,  où  ces  vertus  surabondent ,  se  répandent 
avec  une  sainte  profusion  dans  ses  écrits ,  dans  ses  actions  $ 
dans  ses  paroles,  dans  tout  son  Pontificat.  Peu  lui  importent 
les  calomnies ,  les  persécutions  et  la  mort ,  pourvu  qu'il 
abaisse  toute  hauteur  et  fasse  fléchir  le  genou  devant  les 
lois  éternelles  de  la  justice  et  de  la  vérité.  Dans  ses  démêlés 
avec  les  Princes  de  la  terre ,  on  n'a  voulu  voir  que  des  em- 
piétements injustes;  on  a  appelé  comme  d'abus  des  saintes 
entreprises  de  ce  grand  Pape.  Que  pouvait-il  faire,  quand 
les  peuples ,  broyés  sous  le  pressoir  du  despotisme  insensé 
de  leurs  maîtres ,  venaient  réclamer  à  genoux ,  comme  un 
dernier  secours  et  un  extrême  remède  à  leurs  maux,  Texeri 


516  INSTITUTIONS 

>cice  sévère  de  sa  juridiction  et  les  foudres  de  ses  sentences 
> spirituelles?  Ce  qui  nous  étonne  et  presque  nous  scanda- 

>  lise ,  n'était  aux  yeux  du  moyen-Age  que  l'exercice  d'un 
>juste  droit  et  l'accomplissement  nécessaire  d'une  mission 
»  divine.  Or,  combattre  pour  établir  partout  le  règne  de  la 
»  justice,  de  la  science  et  de  la  vertu,  qu'est-ce  autre  chose 

>  que  de  combattre  pour  civiliser  le  monde  ?  Ce  furent  là  les 
»  combats  de  Grégoire  VII,  et  le  sujet  pour  lui  d'une  gloire 

>  immortelle.  > 

En  lisant  ces  lignes  si  calmes ,  si  épiscopales ,  dans  les- 
quelles est  béni  avec  tant  d'amour  le  nom  de  ce  Grégoire 
que  nous  avons  vu  poursuivi  avec  tant  d'acharnement  dans 
les  pages  qui  précèdent ,  ne  semble-t-il  pas  au  lecteur  Ca- 
tholique qu'il  se  repose  avec  suavité  dans  une  paix  qui  ne 
sera  plus  troublée?  Après  ce  Mandement,  on  peut  le  dire, 
la  bataille  est  gagnée  ;  il  n'y  a  plus  d'Alpes  ;  Rome  et  la 
France  sont  unanimes  à  célébrer  la  gloire  et  les  vertus  de 
Grégoire ,  père  de  la  Chrétienté.  Tout  est  oublié,  renouvelé; 
le  Christ  est  glorifié  dans  son  serviteur.  Mais  espérons  que 
bientôt  la  louange  de  Grégoire  ne  retentira  plus  seulement 
dans  des  discours  et  des  Instructions  Pastorales;  que  bientôt 
des  autels  s'élèveront  à  sa  gloire  dans  cette  France  qu'il  aima 
et  qui  le  méconnut  trop  long-temps  ;  qu'enfin ,  le  jour  viendra 
où  nous  chanterons  tous  à  l'honneur  de  Grégoire  ce  bel  éloge 
que  Rome  et  toutes  les  autres  Eglises  Latines  entonnent  dans 
la  solennité  de  ces  saints  Pontifes  qui,  pour  leur  fidélité,  ont 
mérité  d'échanger  la  tiare  contre  la  couronne  de  l'immorta- 
lité :  Dum  es  set  summus  Pont  if  ex  terrena  non  metuit  ;  sed  ad 
cœlestia  régna  gloriosus  migravit. 

Si  maintenant ,  selon  notre  usage ,  nous  en  venons  à  tirer 
les  conséquences  des  faits  consignés  au  présent  chapitre,  elles 
se  présentent  en  telle  abondance,  qu'il  nous  faudrait  consa- 


LITURGIQUES.  517 

crer  un  chapitre  entier  à  les  recueillir;  mais  nous  nous  borne- 
rons à  celles  qui  rentrent  directement  dans  notre  sujet. 

La  première,  que  nous  offrons  à  ceux  de  nos  lecteurs  qui 
ne  comprendraient  pas  encore  toute  l'importance  de  la  science 
liturgique,  est  que  néanmoins,  ainsi  qu'ils  ont  pu  le  voir,  un 
seul  fait  liturgique  a  suffi  pour  mettre  en  mouvement  la  plus 
grande  partie  de  l'Europe  et  pour  occuper  la  plupart  des 
gouvernements,  au  dix-huitième  siècle  ;  en  sorte  que,  pour 
raconter,  de  la  manière  la  plus  succincte,  l'histoire  d'une 
page  du  Bréviaire  Romain,  il  nous  a  fallu  ajouter  soixante 
pages  à  cette  histoire  déjà  si  abrégée  de  la  Liturgie. 

En  second  lieu,  on  a  pu  remarquer  avec  quel  soin  la  divine 
Providence  s'est  servie  de  la  Liturgie  comme  du  seul  moyen 
qui  restât  au  Saint  Siège  de  sauver  l'honneur  d'un  de  ses  plus 
grands  Pontifes,  à  une  époque  où  tout  autre  moyen  que  la 
rédaction  officielle  de  sa  Légende  eût  été  impuissant  à  pré- 
venir la  prescription  contre  sa  gloire. 

En  troisième  lieu,  on  a  été  à  même  de  voir  comment  un 
Clergé,  isolé  de  Rome ,  même  dans  des  choses  d'une  impor- 
tance secondaire ,  porte  toujours  la  peine  de  cet  isolement 
)ar  les  contradictions  en  lesquelles  il  se  précipite,  victime  de 
a  position  fausse  où  il  s'est  placé. 

En  quatrième  lieu,  c'est  un  spectacle  instructif  de  voiries 
lagistrats  séculiers  s'arroger  tout  naturellement,  sur  les 
hoses  de  la  Liturgie,  le  pouvoir  qu'ils  refusent  à  Rome 
ur  ce  point ,  et  raisonner  d'ailleurs  avec  justesse  sur 
autorité  que  donne  immanquablement  à  un  fait  et  à  une 
laxime,  son  insertion  dans  les  Livres  Liturgiques  de  l'Eglise 
omaine. 


;i8 


INSTITUTIONS 


NOTES  DU  CHAPITRE  XXI, 


NOTE  A. 


Quanta  gloria  publicam 
Rem  tuentibus  indita 
Sxpe  jam  fuerit ,  tuam 
Hildebrande  scientiam 
Nec  latere  putavimus , 

Et  puiarous.  Idem  sacra 
Et  Latina  refert  via , 
Illud  et  Capitolii 
Culmen  eximium,  thronus 
Pollens  Imperii  docet. 


Cordis  eiimius  vigor 
Vitae  nobilis  optimas 
Res  secuta  probant  quidem 
Juris  ingenium  modo 
Gujus  artibus  uteris. 

Ex  quibus  Gaput  urbium 
Roma  justior,  et  prope 
Totus  Orbis  eas  timet 
Saeva  barbaries  adhuc 
Clara  stemmate  regio. 


Sed  qnid  istius  ardui 
Te  laboris,  et  invidiœ 
Fraudis  aut  piget,  aut  pudet? 
Id  bonis  etenim  viris 
Vlus  peste  subita  nocet. 


Hic  et  Ârchiapostoli 
Fervido  gladio  Pétri 
Frange  robur,  et  impetus 
Illius,  vêtus  ut  jugum 
Usque  sentiat  ultimum. 


Virus  invidke  latens 
Rébus  in  miscris  suam 
Ponit  invaletudincm  , 
Hisque  non  aliis  necem 
Et  pericula  confert. 


Quanta  vis  anathematis? 
Quicquid  et  Marius  prius 
Quoique  Julius  egerant 
Maxima  nece  militum 
Voce  tu  modica  facis. 


Sed  ut  invidearis,  et 
Non  ut  invideas ,  decet. 
Te  peritia  quam  probi 
Et  boni  fecit  unice 
Compotem  meriti  sui. 

Omni  judicio  tuo 
Jus  favet,  sine  quo  mihi 
Nemo  propositi  mei 
Tel  favoris  inediam 
Praemiamve  potest  dare. 


Roma  quid  Scipionibus 
Ceterisque  Quiritibus 
Debuit  mage,  quam  tibi 
Cujus  est  studiis  suae 
Nacte  via  potentiae. 

Qui  probe  quoniam  satis 
Multa  contulerant  bona 
Patriae,  prohibentur  et 
Pace  perpétua  frui 
Lucis  et  regionibus. 


LITURGIQUES.  519 

Tu  quidem  potioribus  Vita,  civibus ,  ut  tuis 

Prœditum  meritis  manet  Compareris  Apostolis. 

Gloriosa  perenniter 

S,  Alphani  Carmina.  (Italia  Sacra.  Jnecdota  Ughelliana. 
Tom.  X.  EdiU  1722.  pag.  77.  ) 

NOTE  B. 

BENEDICTUS  PAPA  XIII, 

AD    PERPETUAM    REI    MEMORIÀM. 

Cum  ad  Apostolatus  nostri  notitiam  pervenerint  quaedam  foliaGallico 
idiomate  typis  impressa  sub  titulo  :  Mandement  de  Monseigneur  l'Evêque 
d'Àuxerre ,  qui  défend  de  réciter  l'Office  imprimé  sur  une  feuille  volante, 
qui  commence  par  ces  mots  :  Die  25  maii,  in  Festo  sancti  Gregorii  vu 
Va*  je  et  Confess...,  Donné  à  Auxerre,  le  vingt-quatrième  de  juillet 
mil  sept  cent  vingt-neuf.  —  Nos  quamplures  ex  Venerabilibus  Fratri- 
bus  nostris  sanctae  Romanae  Ecclesiae  Cardinalibus ,  aliosque  in  sacra 
Theologia  Magistros  ad  illorum  examen  delegimus ,  qui  post  maturam 
eorumdem  foliorum  discussionem ,  quid  sibi  ea  super  re  videretur,  No- 
bis  retulerunt.  Auditis  itaque  memoratorum  Cardinalium ,  et  in  sacra 
Theologia  Magistrorum  sententiis,  de  Apostolicae  potestatis  plenitu- 
dine,  Ordinationes  in  praefatis  foliis  contentas,  nu  lias,  inanes,  inva- 
lidas ,  irritas,  attentatas ,  nuliiusque  omnino  roboris ,  et  momenti  esse, 
Bt  perpetuo  fore,  tenore  prsesentium  declaramus. 

Et  nihilominus  ad  majorem  cautelam ,  et  quatenus  opus  sit  harum 

série  revocamus,  cassamus ,  irritamus,  annulamus,  viribusque,  et 

iffectu  penitus,  et  omnino  vacuamus,  ac  pro  revocatis,  cassatis,  ir- 

•itis ,  nullis ,  invalidis ,  et  abolitis ,  viribusque ,  et  effectu  penitus 

>mnino  vacuis  semper  haberi  volumus,  et  mandamus;  folia  vero  pra> 

licta  tam  impressa ,  quam  etiam  manu  scripta  legi,  seu  retineri  tenore 

>ariter  praesentiuna  prohibemus ,  illorumque  impressionem ,  descrip- 

ionem ,  lectionem,  retentionem ,  et  usum  omnibus ,  et  singulis  Christi- 

idelibus,  etiam  spécifies,  et  individua  mentione,  et  expressione  dig- 

is,  sub  pœna  excommunicatiohis  per  contrafacientes  ipso  facto  absque 

lia  declaratione  incurrenda ,  a  quo  nemo  a  quoquam ,  praeterquam  a 

[obis,  seu  Romano  Pontifice  pro  tempore  existente,  nisi  in  mortis 

rticulo  constitutus,  absolutionis  beneficium  valeat  obtinere,  omnino 

uoque  interdicimus.  Volentes,  et  auctoritate  Apostolica  mandantes, 

t  quicumque  folia  hujusmodi  pênes  se  habuerint ,  illo  statim ,  atque 

rœsentes  litterœ  eis  innotuerint,  locorum  Ordinariis,  vel  hœreticœ 

ravitatis  Inquisitoribus  tradere ,  atque  consignare  teneantur;  ni  vero 


520  INSTITUTIONS 

ea  sibi  sic  Iradita  illico  flammis  aboleri  curent  :  in  contrarium  facien- 
tilms  non  obstantibus  quibuscumque. 

Ut  au  te  in  eaedera  présentes  litterae  ad  omniiim  notitiam  facilius 
perveniant,  nec  quisquam  illaruin  iguorantiam  allegare  possit,  vo- 
lumus  etiam,  et  auctoritate  prcefata  decernimus,  ut  illre  ad  valvas 
Basilicae  Principis  Apostolorum,  ac  Canceîlariae  Apostolicae,  Curiaeque 
generalis  in  Monte  Citatorio ,  et  in  Acie  Campi  Florai  de  Urbe  per 
aliqueni  ex  Cursoribus  nostris,  utmorisest,  publicentur,  illarumque 
exempla  ibidem  affixa  relinquantur,  et  sic  publicatre  omnes,  et  sin- 
gulos  quos  conceruunt,  perinde  afficiant,  ac  si  unicuique  illorum  per- 
sonaliter  notificaue,  et  intimât»  fuissent. 

Utque  ipsarura  praesentiura  litterarum  transumpiis,  seu  exemplis 
etiam  impressis ,  maou  alicujus  Notarii  pub'ici  subscriptis ,  et  si- 
gil!o  personae  in  Ecclesia  dignitate  constituée  munitis,  eadem  prorsus 
lides  tam  in  Judicio,  quam  extra  illud  ubique  locorum  habeatur,  quœ 
eisdem  prxsentibus  liaberelur,  si  forent  exhibitae,  vel  ostensae. 

Datum  Romre  apud  Sanctuin  Petrum  ,  sab  Annulo  Piscatoris,  die 
XVII  Septemb.  M  DGC  XXIX.  Pontificatus  nostri  Anno  sexto. 

NOTE  C. 
BENEDICTUS  PAPA  XIII , 

AD  PERPETUA  M  RhI  MEMORIAM. 

Cum  ad  aures  nostras  pervenorit,  nounullos  Magistratus,  seu  Offi- 
ciâtes, et  Ministros  seculares,  quibusdam  Edictis,  Decretis,  Senatus- 
<  onsultis,  Praeceptis,  Mandatis,  aut  id  genus,  aliisve  quocumque  no- 
mine  nuncupatis  ordinationibus,  seu  Provisionibus  adversusdecretum 
extensionis  ad  universos  Christi  fidèles,  qui  ad  Horas  Canonicas  tenen- 
tur,  Officii  S.  Gregorii  Papae  VII,  quod  prius  ex  Indultis  fel.  rec. 
Pauli  V,  démentis  X ,  Alexandri  VIII,  et  démentis  XI,  Romanorum 
Pontificum  Praedecessorum  nostrorum,in  pluribusjamCbristianiOrbis 
Ecclesiis  passim  recitabatur,  atque  publiée,  et  solemniter  celebrabatur, 
a  Nobis  ad  augendum  cultum  S.  Pontifias  et  Confessons ,  qui  in  extir- 
pandis  erroribus,  Ecclesiastica  disciplina  restituenda,  et  instauranda, 
corrupiisque  moribus  reforrnandis  strenue,  ac  indefesse  elaboravit, 
novissime  editum,  iosurrexisse: 

Hinc  est,  quod  nos  ex  debito  Pa^toralis  officii ,  quod  humilitati  nos- 
trse,  meritis  licet,  et  viribus  longe  impari,  commisit  divina  dignatio, 
nostram,  et  Ecclesiasticaui  auctoritatem  a  perniciosis  hujusmodi  lai- 
corum  ;conatibus  illaesam,  et  illibatam  tueri,  et  conservare  volentes, 
necnon  omnium ,  et  singulorum,  quae  in  praemissis,  seu  eorum  occa- 


LITURGIQUES.  521 

sione  quovis  modo,  acta,  etgesta  fuerunt ,  seriem ,  aliave  quaecumque 
etiam  specificam,  et  individuam  mentionem,  et  expressionem  requi- 
rentia,  praesentibus  pro  plene,  et  sufficienter  expressis,  et  exacte 
speciflcatis  habentes,  de  qmmpluriura  venerabilium  fratrum  nostro- 
rum,  S.  R.  E.  Cardinalium  consilio,  Edicta,  Décréta,  Senatusconsulta, 
Praecepta ,  Mandata ,  et  quasvis  alias  quocumque  nomine  nimcupatas 
ordinationes,  sive  provisiones  per  Magistratus,  etiam  supremos,  seu 
oflSciales ,  et  Ministros  seculares  aut  alias  a  quacumque  laicali  po- 
testate,  ejusque  nomine  adversus  Decretum  extensionis  Officii  ejus- 
dem  S.  Gregorii  Papas  VII,  per  Nos,  sicut  praemittitur,  editum,  quomo- 
documque,  et  ubicumque,  promulgata,  et  promulganda ,  ac  quaevis 
alia  in  praemissis ,  seu  eorum  occasione  quomodolibet  acta,  gesta,et 
ordinata,  cum  omnibus,  et  singulis  inde  secutis,  et  quandocumque 
secuturis,  penitus  et  omninonulla,  inania,  invalida,  irrita,  et  de  facto 
praesumpta,  nulliusque  prorsus  roboris,  et  momenti  esse,  et  perpetuo 
bre ,  Apostolica  auctoritate  tenore  praesentium  declaramus. 
Et  nihilominus  ad  majorem  cautelam ,  et  quatenus  opus  sit ,  illa 
•mnia,  et  singula  harum  série  itidem  perpetuo  revocamus,  cassamus, 
rritamus, annullamus,  etabolemus,  viribusque,  et  effectu  penitus,  et 
mnino  vacuamus,  ac  pro  revocatis,  cassatis,  irritis,  nullis,  invalidis, 
t  abolitis,  viribusque,  et  effectu  penitus,  et  omnino  vacuis  semper 
:  aberi  volumus  :  sicque  et  non  aliter  in  praemissis  per  quoscumque 
i  udices  ordinarios ,  et  delegatos ,  etiam  causarum  Palatii  Apostolici 
udiiores,  ac  S.  R.  E.  praefatae  Cardinales,  etiam  de  Latere  Legatos, 
liosve  quoslibet  quacumque  praeeminentia ,  et  potestate  fungentes,  et 
incturos,  sublata  eis,  et  eorum  cuilibet  quavis  aliter  judicandi ,  et 
iterpretandi  facultate  et  auctoritate ,  judicari,  et  definiri  debere;  ac 
rit  uni,  et  inane  si  secus  super  his  a  quoquam  quavis  auctoritate 
ienter,  vel  ignoranter  contigerit  attentari ,  decernimus ,  in  contra- 
um  facientibus  non  obstantibus  quibuscumque. 
Ut  autem  eaedem  présentes  litterae  ad  omnium  notitiam  facilius  de- 
'  niant ,  nec  quisquam  illarum  ignorantiam  allegare  possit ,  volumus , 
:  pariter  decernimus,  ut  illae  ad  valvas  Basilicae  Principis  Apostolo- 
ILm ,  ac  Cancellariae  Apostolicae ,  Curiaeque  generalis  in  Monte  Cita- 
rio ,  et  in  Acie  Gampi  Florae  de  Urbe  per  aliquem  ex  cursoribus 
sstris,  ut  moris  est  publicentur,  illarumque  exempla  ibidem  affixa 
llinquantur,  et  sic  publicatae  omnes,  et  singulos  quos  concemunt  pe- 
nde afficiant,  ac  si  unicuique  illorum  personaliter  notificatae ,  et  in- 
natse  fuissent. 

Utque  ipsarum  praesentium  litterarum  transumptis,  seuexemplis, 
am  impressis  manu  alicujus  INotarii  publici  subscriptis ,  et  sigillo 


s 


522  INSTITUTIONS 

personne  in  Ecclesiastica  dignitate  constitua  munitis ,  eadem  prorsus 
tides  tam  in  Judieio,  quam  extra  illud ,  ubique  locorum  habeatur,  quae 
©isdem  praesentibus  haberetur,  si  forent  exhibitae ,  vel  ostensae. 

Dttum  Romae  apud  S.  Petrum,  sub  Annulo  Piscatoris,  die  XIX  De- 
cemb.  fil  DGC  XXIX.  Pontiûcatus  nostri  Anno  sexto. 


LITURGIQUES.  523 


CHAPITRE  XXII. 

FIN  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  PREMIÈRE  MOITIÉ 
DU  DIX-HUITIÈME  SIÈGLE.  —  TRAVAUX  DES  SOUVERAINS  PON- 
TIFES SUR  LA  LITURGIE  ROMAINE.  —  AUTEURS  LITURGISTES 
DE  CETTE  ÉPOQUE. 

Dans  le  cours  des  cinq  chapitres  que  nous  venons  de  con- 
sacrer à  Phistoire  de  la  Liturgie ,  dans  la  première  moitié  du 
dix-huitième  siècle ,  nous  n'avons  eu  à  nous  occuper  que  de 
la  France.  Ce  pays  tout  seul  a  été  le  théâtre  de  la  triste 
révolution  dont  nous  avons  eu  à  retracer  le  désolant  tableau. 
Le  reste  de  la  Catholicité  demeurait  fidèle  aux  traditions  an- 
tiques, à  l'unité  Romaine  de  la  Liturgie.  Le  Siège  Apostolique 
y  réglait  toujours  les  formes  du  culte  ;  ses  décrets  y  étaient 
reçus  avec  obéissance ,  et  les  livres  Grégoriens  continuaient 
d'y  servir  d'expression  à  la  piété  du  clergé  et  des  fidèles. 

Mais,  durant  les  cinquante  années  de  ce  demi-siècle,  la 
Liturgie  Romaine  ne  fut  pas  sans  recevoir  de  précieux  ac- 
croissements. Pendant  que  l'Eglise  Gallicane  procédait  par 
voie  de  destruction ,  les  Pontifes  Romains ,  si  jaloux  de  con- 
server l'antique  dépôt  de  saint  Grégoire ,  l'enrichissaient  de 
nouveaux  Offices  et  de  nouvelles  Fêtes. 

Le  grand  et  pieux  Clément  XI ,  dans  sa  sollicitude  pour 
les  besoins  temporels  du  peuple  Chrétien ,  remplit  une  lacune 
importante  dans  les  livres  de  la  Liturgie.  Parmi  les  prières 
que  l'Eglise  adresse  à  Dieu  dans  les  diverses  calamités,  les 
siècles  précédents  n'en  avaient  point  offert  pour  détourner  le 
redoutable  fléau  des  tremblements  de  terre.  En  l'année  1705 , 


524  INSTITUTIONS 

l'Italie  ayant  été  désolée  par  de  nombreuses  catastrophes  de 
ce  genre,  Clément  XI  composa  et  plaça  dans  le  Missel  les 
trois  magnifiques  Oraisons  qui  portent  en  tête  cette  Rubrique: 
Tempore  terrœ  motus.  Au  Bréviaire,  dans  les  Litanies,  il  pres- 
crivit désormais  cette  invocation  :  A  flagello  terrœ  motus,  li* 
bcra  nos ,  Domine. 

Ce  fut  le  même  Pape  qui  étendit  à  l'Eglise  universelle  la 
solennité  du  très  saint  Rosaire,  du  rite  double  majeur,  en  com- 
mémoration de  la  victoire  de  Lépante.  Il  donna  un  nouvel  Of- 
fice de  saint  Joseph  ,  établit  iomUêi  la  fête  de  saint  Anselme 
ave  île  titre  de  Docteur,  et  celle  de  saint  Pierre  dWIrantara; 
ai  semi-doubles  (elles  de  saint  Pie  V,  de  saint  Jean  de  Dieu  et 
de  sainte  Hedwlge.  Il  créa  semi-doubles  d'obligation  les  fêtes 
de  saint  Vincent  Ferrier,  de  saint  Anlonin  et  de  saint  Ubalde, 
dont  roiïice  était  précédemment  ad  libitum.  Enfin,  il  établit 
la  Commémoration  de  saint  Liboire,  Evêque  du  Mans,  au 
23  juillet ,  en  reconnaissance  du  soulagement  qu'il  avait 
éprouvé  par  l'intercession  de  ce  saint  dans  une  infirmité  pour 
laquelle  on  l'invoque  dans  toute  l'Eglise. 

Innocent  XIII  institua  la  fête  du  très  saint  Nom  de  Jésus, 
du  degré  double  de  seconde  classe,  et  celle  de  saint  Isidore  de 
Séville  ,  double  mineur  avec  le  litre  de  Docteur.  Il  éleva  au 
même  rang  dédouble  mineur,  de  semi-doubles  qu'ils  étaient, 
les  Oflices  de  saint  Paul,  Ermite,  et  de  saint  Jean  de  Dieu, 
et  créa  semi-double  d'obligation  celui  de  sainte  Elisabeth  de 
Portugal,  qui  auparavant  était  ad  libitum. 

Benoît  XIII,  outre  la  fête  de  saint  Grégoire  VII  dont  nous 
avons  parlé,  institua  celle  des  Sept  Douleurs  de  la  Sainte 
Vierge,  celle  de  Notre-Dame  du  Mont-Carmel ,  et  celle  de 
Notre-Dame  de  la  Mercy,  toutes  trois  du  degré  double  majeur. 
Il  établit  du  rite  double  mineur  les  fêtes  de  saint  Pierre  Chry- 
sologue,  avec  le  titre  de  Docteur;  de  sainte  Seholaslique, 


LITURGIQUES.  525 

de  saint  Jean  de  Sahagun,  et  de  sainte  Rose  de  Lima.  Il  éleva 
au  même  degré  les  Offices  de  saint  Vincent  Ferrier,  des  saints 
Jean  et  Paul,  et  de  sainte  Brigitte,  qui  n'étaient  que  semi- 
ioubles  auparavant.  Saint  Eusèbe  de  Verceil  et  saint  André 
i'Avellino,  furent  admis  au  Bréviaire  avec  le  degré  semi- 
\iouble  par  le  même  Pontife,  qui  créa  semi-double  d'obligation 
ta  fête  de  saint  Wenceslas,  qui  jusque-là  jouissait  de  ce  degré 
f>eulement  ad  libitum. 

Ces  travaux  sur  le  Bréviaire  Romain  ne  sont  pas  les  seuls 
Inérites  de  Benoît  XIII  à  l'égard  de  la  Liturgie.  Le  Céré- 
monial desEvêques,  fut,  de  sa  part,  l'objet  d'une  révi- 
lion  minutieuse  et  obtint  d'importants  accroissements ,  par 
ras  soins  personnels  du  Pontife  et  de  la  Commission  qu'il 
Institua  à  cet  effet.  Le  Cérémonial ,  ainsi  réformé ,  fut  an^ 
lOncé  à  l'Eglise  Catholique  et  promulgué  par  un  Bref  du 
mars  1727. 

Aucun  Pape  n'a  surpassé  Benoît  XIII ,  et  bien  peu  l'ont 

lijalé  dans  son  zèle  pour  les  Fonctions  saintes.  On  compte 

| ir  centaines  les  autels  qu'il  dédia  solennellement ,  soit  à  Bé- 

iîvent,  pendant  qu'il  en  était  Archevêque,  soit  à  Rome,  dans 

cours  de  son  Pontificat  :  la  seule  Basilique  de  saint  Pierre 

[1  renferme  douze  consacrés  par  lui.  Le  nombre  des  Eglises 

|i'il  dédia  n'est  pas  moins  étonnant.  On  le  vit,  entre  autres, 

urant  son  Pontificat,  se  transporter  au  Mont-Cassin,  pour  y 

|ire  la  Dédicace  de  la  nouvelle  et  magnifique  Eglise  de  Saint 

moît,  qu'il  érigea  en  Basilique.  Désirant  honorer  la  mémoire 

|  Gavant!,  il  créa  pour  l'Ordre  des  Barnabites,  à  perpétuité, 

ie  charge  de  Consulteur  de  la  Congrégation  des  Rites. 

i  Clément  XII  éleva  au  rite  double  majeur  la  fête  de  sainte 

me,  mère  de  la  Sainte  Vierge,  et  transféra  celle  de  saint 

lichim  au  Dimanche  dans  l'Octave  de  l'Assomption.  Il  ins- 

lia ,  du  rang  double  mineur,  l'Office  de  saint  André  Corsini, 


526  INSTITUTIONS 

à  la  famille  duquel  il  appartenait  ;  de  saint  Vincent  de  Paul 
et  de  sainte  Gertrude.  Il  éleva  au  même  degré  les  fêtes  semi- 
doubles  de  saint  Stanislas  de  Cracovie  et  de  sainte  Monique, 
et  établit  semi-doubles  celles  de  saint  Jean  de  la  Croix  et  de 
sainte  Julienne  de  Falconieri. 

Enfin  ,  Benoît  XIV  monta  sur  le  Siège  Apostolique.  Il  dut 
nécessairement  s'occuper  du  culte  divin,  lui  qui  ne  fut  étran- 
ger à  aucune  des  nécessités  de  l'Eglise ,  et  que  ses  doctes 
écrits  ont  placé  à  la  tête  des  liturgistes  de  son  temps.  Versé 
profondément  dans  la  connaissance  des  usages  de  l'antiquité, 
ce  Pontife  ne  vit  pas  avec  indifférence  la  modification  grave 
qu'avait  subie  le  Calendrier  du  Bréviaire  Romain,  depuis 
l'époque  de  saint  Pie  V.  Les  Fériés  se  trouvaient  diminuées 
dans  une  proportion  énorme,  par  l'accession  de  plus  de  cent 
Offices  nouveaux;  le  rang  de  doubles,  assigné  à  la  plupart  de 
ces  Offices,  entraînait  de  fait  la  suppression  d'une  grande 
partie  des  Dimanches.  Il  était  bien  clair  que  l'antiquité  n'avait 
pas  procédé  ainsi.  D'autre  part,  cet  inconvénient  de  la  multi- 
plicité des  fêtes  des  Saints  avait  été  exploité  par  les  novateurs 
Français  :  devait-on  continuer  à  laisser  subsister  un  prétexte 
à  l'aide  duquel  ils  avaient  rendu  tolérable  à  bien  des  gens 
leur  divorce  avec  les  livres  Romains  ? 

Le  Pontife  commença  par  prendre  une  résolution  à  la- 
quelle il  se  montra  fidèle  dans  tout  le  cours  de  son  Pontificat 
de  dix-huit  ans;  ce  fut  de  n'ajouter  aucun  nouvel  Office  au 
Bréviaire  (1).  Seulement,  il  attribua  à  saint  Léon-le-Grand  le 
titre  de  Docteur,  par  une  Bulle  solennelle;  mais  ce  saint  Pape 
était  déjà  au  Calendrier  Romain  depuis  de  longs  siècles.  On 
aime  à  voir  cette  réclamation  en  faveur  des  usages  antiques 


(1)  Emmanuel  de  Azcvedo.  De  Divino  Officia  exercîtationes  selectœ. 
Pars  /.  page  45. 


LITURGIQUES.  527 

cette  répugnance  à  entrer  dans  des  voies  nouvelles  qui  ca- 
ractérise les  opérations  du  Saint  Siège.  Mais  la  Providence 
ne  tarda  pas  à  manifester  ses  volontés  sur  cette  grande 
question,  par  l'organe  des  successeurs  de  Benoît  XIV,  qui 
reprirent  tout  aussitôt  l'usage  d'insérer,  à  chaque  Pontificat, 
de  nouveaux  Saints  au  Bréviaire. 

Benoît  XIV  ne  chercha  pas  seulement  à  garantir  l'Office  du 
Dimanche  et  celui  de  la  Férié  contre  l'invasion  des  Fêtes  nou- 
velles; il  projeta  même  une  réforme  du  Bréviaire.  Il  croyait, 
en  effet,  que  si,  dans  le  Bréviaire  Romain ,  la  partie  Grégo- 
rienne devait  être  réputée  inviolable,  la  partie  mobile,  à 
savoir  les  Leçons  introduites  par  saint  Pie  V,  pouvait  être  sus- 
ceptible d'une  révision.  L'œuvre  du  seizième  siècle  était,  sans 
doute ,  un  chef-d'œuvre  pour  son  temps  ;  mais  deux  siècles 
après,  n'était-il  pas  possible  de  remplacer  certaines  Homélies 
des  saints  Pères  que  la  science  moderne  avait  démontrées 
apocryphes?  de  retoucher  quelques  Légendes,  bien  qu'en 
très  petit  nombre  (1)  qui  avaient  besoin  d'être  mises  en  har- 
monie avec  les  exigences  d'une  critique  plus  sévère?  En 
Conséquence ,  il  chargea  le  P.  Fabio  Danzetta ,  Jésuite ,  de 
faire  un  travail  sur  cet  objet.  L'ensemble  des  notes  de  Dan- 
zetta sur  la  correction  du  Bréviaire  Romain,  ne  formait  pas 


(1)  Il  ne  s'agit  ici  que  de  quelques  traits  seulement;  car  on  doit  sa- 
voir que  le  docte  Benoît  XIV  était  bien  loin  de  mépriser  l'autorité  des 
Légendes  du  Bréviaire  Romain.  Il  dit  même  expressément ,  dans  son 
Traité  de  la  Canonisation  des  Saints,  qu'il  n'en  est  pas  une  qui  ne  soit 
I  susceptible  d'être  défendue  d'après  les  principes  de  la  science  ecclésias- 
tique. Il  était  donc  bien  loin  d'abonder  dans  le  sens  de  nos  modernes 
Uturgistes  ,  qui  ont  sacrifié  en  masse  les  traditions  Catholiques  sur 
la  plupart  des  Saints  du  Calendrier.  Nous  aurons  ailleurs  occasion  de 
juger  leur  travail,  jour  par  jour  ;  comme  aussi ,  nous  traiterons  spécia- 
lement de  l'autorité  des  Légendes  du  Bréviaire  Romain ,  en  général  et 
en  particulier. 


52S  INSTITUTIONS 

moins  de  quatre  volumes  in4°  (1).  Nous  avons  cherché  en 
vain  ce  curieux  manuscrit,  durant  notre  séjour  à  Rome. 
Zaccaria  atteste  en  avoir  vu  un  exemplaire  entre  les  mains 
du  Prélat,  depuis  Cardinal  Gabrielli.  Quoi  qu'il  en  soit,  loi 
travail  de  Danzetla  resta  à  l'état  de  Remarques  sur  le  Bré- 
viaire Romain ,  et  Benoît  XIV,  après  avoir  considéré  atten- 
tivement les  difficultés  de  plus  d'un  genre  qui  s'opposaient  à 
celte  réforme  du  Bréviaire,  finit  par  renoncer  à  son  projet; 
sans  doute ,  le  temps  n'était  pas  venu  encore  de  tenter  ce 
grand  œuvre,  peut-être  parce  que  les  inconvénients  qu'on 
voulait  éviter  n'étaient  pas  réels,  ou  encore  que  les  principes 
qui  auraient  présidé  à  ce  travail  n'étaient  pas  de  nature  à 
l'amener  à  une  fin  heureuse  et  convenable. 

Au  reste,  Benoît  XIV,  s'il  n'opéra  pas  la  réforme  du  Bré- 
viaire Romain,  n'en  porta  pas  moins  sa  sollicitude  efficace 
sur  un  grand  nombre  de  matières  liturgiques  qui  la  récla- 
maient impérieusement.  Le  Martyrologe  Romain  dont  nous 
avons  raconté  ailleurs  la  réforme  par  Grégoire  XIII,  et  au- 
quel les  Pontifes  Romains  avaient  successivement  ajouté  les 
noms  des  Saints  nouvellement  canonisés,  fut  spécialement 
l'objet  des  travaux  de  Benoit  XIV.  Il  en  prépara  une  édition 
qui  parut  à  Rome ,  par  son  autorité,  en  1748.  Plus  tard,  il 
adressa  à  Jean  V,  Roi  de  Portugal,  des  Lettres  Apostoliques 
dans  lesquelles  il  rend  compte ,  avec  moins  de  dignité  peut- 
être  que  d'érudition,  des  motifs  qu'il  a  eu  d'admettre  ou  de 
n'admettre  pas  certains  personnages  dans  ce  Martyrologe. 
Cet  immense  Bref  est  du  1er  juillet  1748. 

Le  Pontife  s'occupa  aussi  du  Cérémonial  des  Evêques,  sur 
lequel  Benoît  XIII  avait  déjà  travaillé,  ainsi  que  nous  venons 

(I)  Albergotti,  Evùque  d'Arezzo.  La  Divina  Salmodia.  page  251.— 
Il  Breviarîo  Romano  difeso  e  giustificato.  Anonyme.  1790.  page  82. 
—  Zaccaria.  Bibliotheca  Bilualis.  Tome  III.  pagecccxxxviij. 


LITURGIQUES.  529 

de  le  dire.  La  publication  définitive  de  ce  livre ,  dans  la 
forme  qu'il  garde  encore  aujourd'hui,  fut  faite  par  un  Bref 
du  25  mars  1752. 

Le  Bullaire  de  Benoît  XIV  présente  de  nombreuses  preuves 
du  zèle  qui  l'animait  pour  la  conservation  des  Rites  sacrés , 
et  nous  aurons  occasion  d'y  revenir  souvent  dans  le  cours 
de  cet  ouvrage.  Nous  indiquerons  seulement  ici  en  passant 
les  nombreuses  Constitutions  et  Règlements  sur  les  rites  des 
Grecs  et  des  autres  Orientaux  unis;  les  Bulles  et  Brefs,  sur 
la  célébration  de  l'Octave  des  saints  Apôtres,  à  Rome;  sur  la 
défense  faîte  aux  Evêques  de  j  amais  obéir  aux  Princes  qui  leur 
enjoignent  des  prières  publiques  ;  contre  les  Images  supers- 
titieuses; sur  la  Bénédiction  des  Palliums  ;  pour  accorder 
à  tous  les  Prêtres  des  Royaumes  d'Espagne  et  de  Portu- 
gal la  faculté  de  célébrer  trois  Messes  le  jour  de  la  Commé- 
moration des  Morts;  contre  la  musique  profane  dans  les 
il  Eglises;  sur  la  Rose  d'or;  contre  l'abus  des  Chapelles  pri- 
vées ;  pour  l'érection  de  l'Eglise  de  Saint-François,  à  Assise,, 
I-m  Basilique  patriarchale ,  etc. 
Le  même  Pontife,  jaloux  d'imiter  la  conduite  de  Benoît  XIII , 
[ui  avait  voulu ,  comme  nous  l'avons  rapporté  ci-dessus,  ho- 
lorer  la  mémoire  de  Gavanti,  créa  aussi,  pour  l'Ordre  des 
"héatins,  à  perpétuité,  une  charge  de  Consulteur  dans  la  Con- 
régation  des  Rites,  en  reconnaissance  des  services  rendus  à 
i  science  liturgique  par  le  B.  Joseph-Marie  Tommasi  et  par 
î  savant  Gaétan  Merati.  Peu  de  temps  après ,  il  fit  la  même 
liose  en  faveur  de  la  Compagnie  de  Jésus,  et  nomma  Consul- 
mr  l'illustre  P.  Emmanuel  Azevedo.  On  trouvera  ci-dessous 
notice  des  travaux  de  Merati  et  d' Azevedo. 
Enfin,  Benoît  XIV,  voulant  procurer  plus  efficacement 
icore  l'avancement  de  la  science  liturgique,  érigea  dans  le 
ollége  Romain,  qui  est  en  même  temps  une  Université  tenue 
t.  »,  54 


£30  INSTITUTIONS 

par  les  Pères  de  la  Compagnie  de  Jésus,  une  Ecole  spéciale 
des  Rites  sacrés,  qui  a  été  depuis  transférée  au  Séminaire 
Romain.  On  ne  tarda  pas  à  ouvrir  dans  différentes  villes  d'Italie 
des  Ecoles  de  Liturgie  sur  le  modèle  de  celle  de  Rome.  Nous 
croyons  faire  plaisir  à  ceux  de  nos  lecteurs  qui  s'intéressent 
au  progrès  de  la  science  ecclésiastique,  en  insérant,  dans 
une  note,  à  la  fin  de  ce  chapitre,  les  règlements  de  l'Ecole 
Romaine.  Qui  sait  si  quelque  jour  il  ne  nous  prendra  pas  fan- 
taisie, à  nous  autres  Français,  de  nous  livrer  enfin  à  l'étude 
raisonnée  des  Rites  sacrés  (1)  ? 

Tels  furent  les  travaux  des  Pontifes  Romains  sur  la  Litur- 
gie, durant  la  première  moitié  du  dix-huitième  siècle.  Il 
n'est  pas  rare  d'entendre  des  personnes,  graves  d'ailleurs, 
témoigner  leur  étonnement  de  ce  que  ces  mêmes  Pontifes, 
si  zélés  pour  le  dépôt  des  traditions  liturgiques,  n'aient  pas 
fulminé  contre  les  nouveautés  dont  les  Eglises  de  France 
étaient  le  théâtre  à  celte  époque.  Nous  avons  même  été  à 
portée  de  nous  apercevoir  que  plusieurs  semblaient  disposés 
à  regarder  ce  silence  comme  une  sorte  d'approbation. 

Cependant,  si  ces  personnes  voulaient  se  donner  la  peine 
de  parcourir  les  Collections  imprimées  des  Décrets  des  Con- 
grégations du  Concile  de  Trente  et  des  Rites,  elles  y  trou- 
veraient des  preuves  multipliées  des  intentions  persévérantes 
du  Saint  Siège  sur  l'observation  des  Constitutions  de  saint 
Pie  V,  pour  le  Rréviaire  et  le  Missel  Romains.  Toutes  ques- 
tions adressées  sur  ce  sujet ,  à  Rome ,  ont  été  et  seront  tou- 
jours résolues  dans  ce  sens. 

Maintenant,  est-il  nécessaire  que  le  Siège  Apostolique 
entreprenne  de  faire  le  procès  à  toutes  les  Eglises  qui,  n'é- 
tant pas  dans  le  cas  d'exception  admis  par  saint  Pie  V,  ont, 

(1)  Vid.  la  note  A. 


LITURGIQUES.  551 

nonobstant  ce,  abjuré  les  usages  Romains?  D'abord ,  pour 

cela,  il  faudrait  qu'on  eût  gardé  à  Rome  une  Statistique  de  la 

Liturgie  des  Eglises  d'après  les  règles  fixées  dans  la  Bulle 

Quod  a  nobis ,  afin  d'être  en  mesure  de  poursuivre  celles  qui 

se  seraient  écartées  de  leur  devoir.  Mais  cet  Etat,  quand  a-t-il 

été  dressé?  par  qui  l'a-t-il  été?  Il  est  visible  qu'avant  de  lancer 

sa  Constitution ,  le  saint  Pape  n'avait  même  pas  un  rapport 

exact  de  la  situation  des  Eglises,  quant  à  la  Liturgie  Romaine, 

puisqu'il  était  contraint  d'adopter  la  moyenne  de  deux  cents 

|ans  de  possession.  De  plus,  il  n'exigeait  même  pas  que  les 

Eglises  instruisissent  le  Saint  Siège  du  parti  qu'elles  auraient 

)ris;  il  s'en  rapportait ,  comme  on  l'a  vu ,  à  la  conscience  des 

îvêques  et  des  Chapitres.  Les  Archives  Pontificales  ne  pos- 

èdent  donc  aucun  titre  de  conviction  contre  les  Eglises  qui 

uraient  violé  la  Bulle.  Il  est  vrai  que  le  défaut  de  ce  titre 

le  conviction  ne  saurait  faire  que  ce  qui ,  au  seizième  siècle, 

ût  constitué  un  grave  délit,  soit  devenu  légitime  au  dix-' 

uitième. 

Il  y  a  long-temps  que  des  novateurs  ont  prétendu  s*auto- 
ser  du  silence  du  Saint  Siège  dans  leurs  sentiments,  ou  leurs 
raiiques  audacieuses.  On  leur  a  toujours  répondu  que  le  si- 
nce  du  Saint  Siège  ne  devait  pas  plus  être  invoqué  par  eux 
nnme  une  approbation,  qu'il  ne  devait  non  plus  être  regardé 
mime  la  confirmation  de  certaines  sentences  rendues  dans 
étroites  localités.  Le  Pontife  Romain  a  reçu  la  mission  d'en- 
igner  ;  il  est  le  Docteur  de  tous  les  Chrétiens.  Quand  il  a 
lié,  la  cause  est  finie.  Tant  qu'il  n'a  pas  parlé,  on  doit  s'abs- 
lir  d'arguer  quelque  chose  de  son  silence.  Admettons  donc, 
me  part,  qu'il  ne  s'est  pas  expliqué  sur  les  nouvelles  Li- 
^gies  Françaises;  mais  convenons  ,  d'autre  part,  qu'il  n'a 
>  manqué  une  occasion  pour  déclarer  que  les  Eglises  as- 
intes  au  Bréviaire  et  au  Missel  de  saint  Pie  V  n'ont  point 


552  INSTITUTIONS 

la  liberté  de  se  donner  un  autre  Bréviaire  et  un  autre  Missel. 
Que  si  nous  voulons  chercher  les  raisons  de  la  grande  ré- 
serve que  le  Saint  Siège  a  gardé  dans  l'affaire  des  nouvelles 
Liturgies,  il  nous  suffira  de  nous  rappeler  la  maxime  fonda- 
mentale du  Gouvernement  Ecclésiastique ,  maxime  suggérée 
par  le  Dieu  fort  et  miséricordieux  :  Il  n'éteindra  pas  la  mèche 
qui  fume  encore;  il  n'achèvera  pas  de  rompre  le  roseau  déjà 
brisé  (l).  Est-ceà  dire  pour  cela  que  Rome  doit  approuver  l'af- 
faiblissement de  la  lumière  dans  cette  lampe  qui  devait  tou- 
jours luire  avec  splendeur  ,  ou  qu'elle  devra  se  réjouir  des 
fractures  imprudentes  qui  ont  compromis  la  solidité  du  ro- 
seau ?  Autant  vaudrait  dire  que  Dieu ,  qui  dissimule  les  péchés 
des  hommes  à  cause  desla  pénitence  qu'ils  en  feront  (2) ,  est  de 
connivence  avec  ces  mêmes  péchés.  Et  pour  ne  parler  que  des 
matières  contenues  dans  ce  volume,  quand  Benoît XIV  nous 
dit,  en  parlant  de  la  Défense  de  la  Déclaration  de  1682,  par 
Bossuet  (5) ,  qu'il  serait  difficile  de  trouver  un  ouvrage  aussi 
opposé  à  la  doctrine  reçue  partout  sur  les  droits  du  Pontife 
Romain,  et  que  cependant  on  s'est  abstenu,  à  Rome,  de  le 
censurer  ;  quels  motifs  donne  le  Pontife  pour  expliquer  cette 
tolérance  ?  Met-il  en  avant  les  égards  dus  à  la  mémoire  du 
grand  Evêquede  Meaux  qui  a,  d'ailleurs,  si  bien  mérité  de  la 
religion,  ex  tôt  aliis  capitibus  de  religione  bene  meriti? — N$- 
dum ,  répond  Benuii  XIV.  Ce  fut  uniquement  pour  éviter  de 
nouvelles  discordes  :  Sed  ob  justum  novorum  dissidiorutn 
timorem.  Quand  les  Parlements  Français  et  l'Assemblée  du 
Clergé  de  1730  s'entendaient ,  chacun  à  sa  façon ,  pour 
supprimer  le  culte  de  saint  Grégoire  VII ,  dira-t-on  que  le 

(1)  Is.  XLIII.  5.  —  Matth.  XII.  20. 

(2)  Sap.  XI.  24. 

(ô)  Vid.  ci-dessus,  pages  186  et  464. 


LITURGIQUES.  533 

silence  que  garda  Benoît  XIII  signifiait  qu'il  renonçait  à  son 
Décret  universel  pour  le  culte  de  ce  saint  Pontife?  qu'il  te- 
nait pour  abrogés  les  cinq  Brefs  qu'il  avait  rendus  contre  les 
opposants  à  ce  Décret?  Il  faut  bien  convenir  qu'il  n'en  est 
pas  ainsi,  puisque  la  fameuse  Légende  a  été  maintenue  au 
Bréviaire  Romain,  comme  de  précepte  strict,  pour  le  25  mai, 
sub  pœna  non  satisfaciendi  (1).  Apprenons  donc  à  connaître 
la  raison  sublime  de  cette  patience  du  Siège  Apostolique ,  et 
souvenons-nous  que  ce  n'est  pas  la  sagesse  humaine ,  mais 
la  divine  et  éternelle  Sagesse  qui  a  donné  ce  conseil  à  ceux, 
qu'elle  envoyait  au  milieu  des  hommes  :  Soyez  prudents  comme 
le  serpent  :  estote  prudentes  sicut  serpentes  (2) . 

Il  est  temps  enfin  de  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  la 
Bibliothèque  des  auteurs  liturgiques  de  la  période  que  nous 
avons  parcourue. 

(1701).  Notre  liste  s'ouvre  par  Lazare-André  Bocquillot , 
Chanoine  d'Avallon,  qui  a  laissé  un  ouvrage  assez  curieux  T 
mais  écrit  avec  les  préjugés  de  son  temps,  intitulé  :  Traité 
historique  de  la  Liturgie  sacrée,  ou  de  la  Messe.  Paris,  1701, 
in-8°.  Il  rédigea  aussi  le  Rituel  du  Diocèse  d'Autun, 

(1701).  Alain,  Chanoine  de  Saint-Brieuc,  a  donné  un  vo- 
lume in-12,  rare  et  curieux  ,  sous  ce  titre  :  Devoirs  et  Fonc* 
tions  des  Aumôniers  des  Evêques. 

(1701).  Prosper  Tinti ,  personnage  que  nous  ne  connais- 
sons que  par  Zaccaria ,  est  éditeur  du  volume  intitulé  :  Séries 

(i)  Nous  pouvons  même  attester,  de  science  certaine ,  que  l'Evêque 
ie  New- York,  en  1830,  ayant  demandé  a  Rome  s'il  pouvait,  dans  son 
Diocèse,  omettre  rofflee  de  saint  Grégoire  VII ,  par  ce  seul  motif  de  ne 
?as  fournir  un  prétexte  de  plus  aux  continuelles  déclamations  contre 
'Eglise  Romaine ,  dont  les  journaux  protestants  des  Etats-Unis  reten- 
Issent  trop  souvent ,  il  lui  fut  répondu  qu'il  ne  devait  rien  innover, 
nais  célébrer,  comme  par  le  passé,  la  fête  du  saint  Pontife. 

(2)  Matth.  X.  1Q. 


534  INSTITUTIONS 

sacrorum  Rituum  in  aperitione  portée  Basilicœ  Patriarchalis 
sancti  Pauli.  Rome.  in-4°. 

(170-2).  François-Antoine  Phœbeus,  publia  cette  année, 
à  Rome,  trois  dissertations  :  De  sacris  Liturgiœ  Ritibus. 
1702.  in-8°. 

(1702).  Jean-Christophe Battelli,  Bénéficier  delà  Basilique 
Vaticane,  et  plus  tard  Archevêque  d'Amasie,  a  laissé  un 
savant  traité  sous  ce  titre  :  Ritus  annuœ  ablutionis  altaris 
majoris  Basilicœ  Yaticanœ  in  die  Cœnœ  Domini,  explicatus 
ac  illustratus.  Rome.  4702  et  1707.  in-8°.  Il  a  laissé  aussi  : 
Brevis  enarratio  sacrorum  Rituum  servatorum  in  aperiendo 
et  claudendo  portam  sanctam  Patriarchalis  Basilicœ  Libe- 
rianœ.  Cet  ouvrage,  continué  par  Antoine-Dominique  Norcia, 
Chanoine  de  Saint-Laurent  in  Damaso,  parut  à  Rome ,  in-f°, 
en  1756. 

(1703).  Adrien  Baillet,  critique  scandaleux  et  téméraire, 
a  complété  ses  Vies  des  Saints  par  une  Histoire  des  Fêtes 
mobiles.  Paris,  1703,  in-8°. 

(1703).  R.  Vatar,  auteur  du  livre  intitulé  :  Des  Processions 
de  l'Eglise ,  de  leurs  antiquités,  utilités  et  des  manières  d'y 
bien  assister  (Paris,  1703,  in-8°) ,  ne  nous  est  connu  que  par 
son  livre. 

(1706).  Jean  Pastricio,  Professeur  de  Théologie  polémique 
au  Collège  de  la  Propagande  ,  a  publié  une  dissertation  sous 
ce  titre  :  Patenœ  argenteœ  mysticœ ,  quœ  Foro-Cornelii  in 
Cathedrali  Ecclesia  colitur  descriptio  et  explicatio.  Rome, 
4706,  in-4°. 

(1708).  Dom  Benoît  Bacchini,  Abbé  Bénédictin  de  la  Con- 
grégation du  Mont-Cassin,  mérite  une  place  distinguée  parmi 
les  liturgistes  de  son  temps,  pour  les  savantes  notes  dont  il  a 
enrichi  son  édition  du  Liber  Pontificalis ,  sive  vitœ  Pontifi- 
cum  Ravennatum.  Modène,  1708,  2  vol.  in-4°. 


LITURGIQUES.  535 

(1708).  Joseph  Bingham,  Docteur  de  l'Université  d'Oxford 
et  Curé  Anglican,  ne  saurait  être  oublié  ici  sans  injustice, 
ayant  si  grandement  mérité  de  la  science  des  antiquités  ec- 
clésiastiques et  liturgiques  en  particulier,  par  le  bel  ouvrage 
dont  il  publia  le  premier  volume  à  Londres,  en  1708,  sous 
ce  titre  :  Origines  Ecclesiasticœ,  or  tho  antiquities  of  the 
Christian  Church.  Cet  ouvrage ,  grandement  utile ,  malgré 
les  innombrables  erreurs  protestantes  dont  il  est  souillé,  a 
été  traduit  en  latin  par  J.  H.  Grichow,  et  publié  à  Hall,  en 
onze  volumes  in-4°.  1724 — 1738. 

(1709).  Antoine  Baldassari,  Jésuite  Italien,  a  publié  les 
ouvrages  suivants  :  1°  Il  Sacerdote  sacrificante  a  Dio  nelV 
Altare  >  con  la  norma  délie  Rubriche,  cioè  il  Sacerdote  reso  t?s- 
perto  nelle  Cerimonie délia  Messa.  Pistoie.  1699. —  2°  La  sacra 
Liturgia  dilucidata.  Forli  et  Urbin.  1697-1G98.  3  vol.  in-12. 

—  3°  1  Pontificii  Agnus  Dei  dilucidati.  Rome,  1700,  in-12. 

—  4°  La  Rosa  d'oro,  che  si  benedice  nella  quarta  Domenica  di 
Quaresima  dal  sommo  Ponte fice.  Venise ,  1709 ,  in-8°.  —  5°  Il 
Pallio  Apostolico  dilucidato.  Venise,  1719,  in-8°. 

(1709).  Dom  Thierry  Ruinart,  savant  Bénédictin  de  la  Con- 
grégation de  Saint-Maur,  a  laissé  manuscrit  l'ouvrage  inti- 
tulé :  Disquisitio  historica  de  Pallio  Archiepiscopali ,  qui  a 
été  publié  parmi  les  ouvrages  posthumes  de  Dom  Mabillon. 
1724.  in-4°. 

(1710).  François  Orlendis,  Dominicain,  a  laissé  un  savant 
traité  :  De  duplici  lavacro  in  Corna  Domini.  Florence,  1710, 
in-4°. 

(1710).  Jean-Baptiste  Frescobaldi,  personnage  qui  ne  nous 
est  connu  que  par  Zaccaria ,  a  laissé  :  Pedilavium  sive  de 
numéro pauperum  quibus  lavandi  sunt pedes, in  feriaVCœnœ 
Domini,  Lucques,  1710,  in-4°. 

(1715).  C'est  l'année  en  laquelle  mourut  Jean-François  de 


536  INSTITUTIONS 


Percin  de  Montgaillard,  Evêque  de  Saint-Pons ,  Prélat  qui 
xx  reçu  les  plus  grands  éloges  de  la  part  des  Jansénistes  et 
qui  les  méritait.  Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  mention- 
ner son  zèle  pour  les  maximes  françaises  sur  la  Liturgie. 
Il  publia  un  Traité  du  droit  et  du  pouvoir  des  Evêques  de  ré- 
gler  les  Offices  divins  dans  leurs  Diocèses»  1686.  in-8°.  Be- 
noît XIV  flétrit  ce  livre  avec  énergie  et  désapprouve  hautement 
la  doctrine  qu'il  contient ,  dans  son  Traité  de  la  Canonisation 
des  Saints,  à  l'article  où  il  parle  du  Bréviaire  Romain. 

(1714).  Dom  Simon  Mopinol,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation de  Saint-Maur,  a  composé  des  Hymnes  remarquables; 
on  admire  surtout  celles  d'un  Oflice  de  l'Enfant  Jésus. 

(1715).  D.  J.  Grandet,  Curé  de  Sainte-Croix  d'Angers,  a 
donné  le  curieux  livre  intitulé  :  Dissertation  apologétique  sur 
l'apparition  miraculeuse  de  N.  S.  J.  C.  arrivée  au  Saint- 
Sacrement,  en  la  paroisse  des  Vîmes  de  Saint-Florent,  près 
de  Saumur,  le  2  juin  de  l'année  1008.  Chûteau-Gontier,  1715, 
in-12.  On  trouve  dans  cet  ouvrage  les  plus  précieux  détails 
sur  la  fameuse  procession  de  la  Fête-Dieu,  dite  le  Sacre 
d'Angers. 

(1715).  Christophe-Matthieu  Pfaff,  Chancelier  de  l'Univer- 
sité de  Tubingue,  entre  plusieurs  dissertations  qu'il  a  lais- 
sées sur  des  matières  liturgiques,  et  dans  lesquelles  il  a 
répandu  une  érudition  qui  fait  regretter  qu'un  homme  aussi 
distingué  ait  dépensé,  hors  de  la  vraie  Eglise ,  les  trésors  de 
sa  science ,  a  composé  celle  que  nous  avons  citée  ailleurs 
sous  ce  titre  :  Disquisitio  de  Liturgiis ,  Missalibus ,  Agen- 
dis,  etc.  Tubingue.  1721. 

(1716).  Philippe  Buonarotli,  Sénateur  de  Florence,  illustre 
archéologue,  est  connu  par  un  ouvrage  célèbre,  indispensable 
à  ceux  qui  se  livrent  à  l'étude  des  Antiquités  Chrétiennes,  et 
intitulé  :  Osservazioni  sopra  alcuni  frammentidi  vasi  antichi, 


*  LITURGIQUES.  557 

ornati  di  figure,  trovati  nei  Cimiterj  di  Roma.  Florence, 
1716,  in-4°. 

(1716).  Eusèbe  Renaudot,  un  des  plus  savants  Ecclé- 
siastiques de  son  temps,  appartient  à  notre  Bibliothèque 
liturgique  par  le  magnifique  ouvrage  qu'il  publia  sous  le 
titre  de  :  Liturgiarum  Orientalium  collectio.  Paris,  1716, 
2  vol.  in-4°. 

(1717) .  Jean-Baptiste  Halden ,  Jésuite ,  a  laissé  cet  ouvrage 
pratique  :  Ephemerologion  Ecclesiastico-Rubricisticum  no* 
vum.  Brescia,  1717,  in-4° 

(1717).  Honoré  de  Sainte-Marie,  Carme  déchaussé,  dans 
son  célèbre  traité  sur  l'Usage  et  les  Règles  de  la  Critique, 
tomes  II  et  III ,  traite  un  grand  nombre  de  questions  d'Anîi- 
quité  Liturgique. 

(1718).  Le  Brun  Desmarettes,  Acolythe,  auteur  des  Bré- 
viaires d'Orléans  et  de  Nevers ,  a  laissé,  sous  le  pseudonyme 
de  Sieur  de  Moléon ,  d'intéressants  Voyages  Liturgiques  de 
France,  ou  Recherches  faites  en  diverses  villes  du  Royaume. 
Paris,  1718,  in-8".  C'est  à  cet  auteur  Janséniste  que  nous  de- 
vons la  dernière  édition  du  livre  de  Officiis  Ecclesiasticis ,  de 
Jean  d'Avranches. 

(1718).  Dom  Jacques  Bouillart,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation de  Saint-Maur,  fit  paraître ,  cette  année ,  une  édition 
in  Martyrologe  d'Usuard ,  sur  le  manuscrit  original  de  cet 
mteur,  qui  fut  Moine  de  Saint-Germain-des-Près.  Le  volume 
îst  intitulé  :  Usuardi  San-Germanensis  Monachi  Martyrolo- 
tium  sincerum ,  ad  autographi ,  in  San-Germanensi  Abbatia 
ervati  fidem  editum,  et  ab  observationibus  R,  P.  Sollerii  5o- 
ietatis  Jesu  vindicatum.  Paris.  in4°. 

(1719).  Sébastien  Paulli,  Clerc  Régulier  des  Ecoles  Pies, 

laissé  une  dissertation  curieuse  :  De  Ritu  Ecclesiœ  Ncri- 
mœ  eocorcisandi  aquam  in  Epiphania.  Naples,  1719,  in-4% 


<J 


38  INSTITUTIONS 


Il  a  traité  aussi  de  la  fameuse  patène  de  saint  Pierre  Chryso- 
logue,  sous  ce  titre  :  De  Patena  argentea  Foro-Corneliensi. 
Naples,  1745,  in-8°.  Il  laissa,  en  manuscrit,  deux  ou- 
vrages fort  importants  :  1°  Lexicon  sacrorum  Rituum  Eccle- 
siœ  Grœcœ  et  Latinœ.  Libri  duo,  in  quibus  Ritus  utriusque 
Ecclesiœ  exponuntur  et  elucidantur  ;  nec  non  plura  ad  eos 
spectantia,  sacra  vasa ,  vestes,  libri  cantus ,  Festivitates , 
munera  Ecclesiastica,  Officia,  sacrorum  ordinum  coîlationes, 
Monachorum  antiquorum  consuetudines ,  vestes ,  et  quidquid 
sacram  Liturgiam  spectat,  ex  probatissimis  Auctoribus  re- 
censentur.  2  vol.  in-fol. — 2°  Collectio  quarumdam  precum , 
quasin  sacris  Liturgiis,  aliisque  Ecclesiasticis  Ojficiis  quon- 
dam  adhibitis,  partim  ex  MSS. ,  partim  ex  editis  vetustis  Co- 
dicibus  eruit,  notis  illustravit  Sebastianus  Paulli.  2  vol.  in-fol. 

(1719).  Joseph-Simon  Assemani,  Maronite,  Archevêque 
de  Tyr,  a  rendu  un  éminent  service  aux  amateurs  de  la  Li- 
turgie orientale,  par  la  publication  de  sa  fameuse  Bibliotheca 
Orientalis,  où  il  mentionne  un  grand  nombre  de  pièces  con- 
cernant les  Offices  divins.  Elle  parut  à  Rome,  de  1719  à  1728. 
Son  édition  de  saint  Ephrem  est  aussi  d'un  grand  prix,  pour 
les  nombreuses  Hymnes  de  ce  saint  Moine,  qui  jusqu'alors 
étaient  demeurées  inédites,  au  moins  pour  la  plupart.  Enfln, 
Joseph-Simon  Assemani  a  publié  les  six  premiers  volumes 
d'un  grand  ouvrage ,  malheureusement  resté  imparfait , 
comme  tant  d'autres ,  et  qui  porte  ce  titre  :  Kalendaria  Eccle- 
siœ universœ.  Rome,  1755-1757,  6  vol.  in-4°. 

(1720).  Philippe  Bonanni,  Jésuite,  est  auteur  du  livre 
intitulé  :  La  Gerarchia  Ecclesiastica  considerata  mile  vesti 
sacre  e  civili,  usate  da  quelli  quali  la  compongono,  espresse, 
e  spiegate  con  le  immagini  di  ciascun  grado  délia  medesima. 
Rome.  1720.  In-4°. 

(1720).  Thomas  Brett,  Docteur  Anglican ,  fit  paraître  en 


LITURGIQUES  <  539 

cette  année ,  à  Londres ,  une  Collection  des  principales  Li- 
turgies de  l'Eglise  Chrétienne  usitées  dans  la  célébration  de  la 
sainte  Eucharistie,  Cette  collection ,  en  langue  anglaise ,  se 
compose  :  1°  De  la  Liturgie  tirée  des  Constitutions  Aposto- 
liques; 2°  de  celle  de  saint  Jacques  ;  5°  de  celle  de  saint  Marc  ; 
4°  de  celle  de  saint  Jean-Chrysostôme  ;  5°  de  celle  de  saint 
Basile  ;  6°  de  la  Liturgie  de  l'Eglise  Ethiopienne:  7°  de  celle 
de  Nestorius  ;  8°  de  celle  de  Sévère  ;  9°  des  fragments  du 
Missel  Gothique  de  D,  Mabillon  ;  10°  des  fragments  du  Missel 
Gallican,  du  même  ;  11°  de  certaines  parties  du  Missel  Moza- 
rabe; 12°  du  Missel  Romain,  édition  de  Rome,  1747  ;  13°  delà 
Liturgie  d'Edouard  Yï  et  du  livre  des  Prières  Communes , 
édition  de  Londres,  1749  ;  14°  de  la  formule  de  communion 
de  l'Eglise  Anglicane  ;  15°  du  fragment  de  la  première  Apo- 
logie de  saint  Justin,  sur  l'Eucharistie;  16°  de  la  Catéchèse 
cinquième  de  saint  Cyrille  de  Jérusalem. 

(1720).  François  Oudin,  Jésuite,  est  connu  par  des  Hymnes 
en  l'honneur  de  saint  François-Xavier ,  qui  le  mirent  en  telle 
réputation ,  qu'il  fut  prié  d'en  composer  d'autres  pour  le 
Bréviaire  d'Autun. 

(1720).  Le  Comte  Ortensio  Zago ,  de  Vicence,  l'un  de  ces 
lavants  italiens  que  l'on  voit  cultiver  les  sciences  Ecclésias- 
iques  conjointement  avec  les  sciences  profanes,  a  laissé 
leux  Dissertations ,  savoir  :  De  veterum  Christianorum  ins~ 
riptionibus  et  de  Liturgiarum  in  rébus  Theologicis  usu, 
>adoue,  1720,  in-4\ 

(1720).  Marc-Antoine  Boldetti,  Chanoine  de  Sainte-Marie 
prans  Tiberim,  et  Custode  des  Sacrés  Cimetières  ,  occupe 
me  place  distinguée  parmi  les  investigateurs  de  Rome  Sou- 
erraine  ,  par  son  bel  ouvrage  qui  enrichit  de  nouvelles  dé- 
ouvertes  les  mémoires  si  précieux  de  Bosio  et  Aringhi.  Il 
st  intitulé  :  Osservazioni  sopra  %  cimiterj  de*  Sancti  Mar« 


540  INSTITUTIONS 

tiri,  ed'  Antichi  Cristiani  di  Roma.  Rome,  1720,  in-fol. 

(1721).  Joseph-André  Zaluski,  Evêque  de  Kiow ,  fonda- 
teur de  la  fameuse  bibliolhèque  de  Varsovie,  et  l'un  des  plus 
généreux  défenseurs  de  la  nationalité  polonaise  ,  est  auteur 
d'un  livre  intéressant,  intitulé  :  Analecta  historica  de  sa- 
cra, in  die  Natali  Domini,  a  Romanis  Pontificibus  quotan- 
nis  usitata  ceremonia  ensem  et  pileum  benedicendi ,  eaqut 
munera  principibus  Chrittianis  mittendi.  Varsovie,  1721, 
in-4°. 

(1721).  Dom  Ange-Marie  Quirini,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation du  Mont-Cassin,  Evêque  de  Brescia  et  Cardinal,  ne 
fut  pas  moins  versé  dans  la  science  liturgique  que  dans  les 
autres  branches  de  Pantiquilé  ecclésiastique.  Jl  a  laissé , 
entre  autres:  Oflicium  Quadragesimale  Grœcorum t  recogni- 
tum  et  castigatum ,  ad  fidem  prœstantissimi  codicis  Barberini 
in  latinum  sermonem  conversum ,  atque  diatribis  illustratum. 
Borne,  1721  ,  in-4°.  Les  Dissertations  que  renferme  ce  vo- 
lume, qui  n'a  pas  été  suivi  du  second  que  l'auteur  avait 
promis ,  roulent  sur  les  objets  suivants  :  1°  De  origine  et 
antiquitate  sacrœ  Grœcorum  Synaxeos  ;  2°  De  authoribus 
O/ficiiproprii  Quadragesimalis  Grœcorum  ;  3d  De  Dominicis, 
hebdomadibus  Quadragesimalibus  Grœcorum  ;  4°  De  errori- 
bus  quibus  édita  Officii  proprii  Quadragesimalis  Grœcorum 
exemplaria  conspurcantur,  quibusque  omnino  vacant  veteret 
codices  MSS.  ;  5'  De  Triodicis  et  Theotociis  Quadragesimali- 
bus ;  6'  De  veteri  Quadragesimali  Grœcorum  Typico. 

En  1743,  le  même  Cardinal  adressa  une  lettre  de  cin- 
quante-deux pages  in-folio  à  Dom  Laneau ,  Supérieur  géné- 
ral de  la  Congrégation  de  Saint-Maur ,  De  priscis  hymnogra- 
phis  Grœcœ  Ecclesiœ  (Brescia),  à  l'occasion  des  travaux 
que  Dom  Toustain  et  Dom  Tassin  avaient  entrepris  sur 
saint  Théodore  Studite.  Les  deux  Bénédictins  Français  ré- 


LITURGIQUES.  541 

pondirent  par  une  lettre  de  cinquante-deux  pages  w-4°,  en 
date  du  19  avril  1744  (Paris)  ,  dans  laquelle  ils  proposent 
des  difficultés  au  savant  Cardinal  sur  quelques  points  de  sa 
Dissertation. 

Parmi  les  lettres  latines  du  Cardinal  Quirini,  publiées  a 
Rome,  il  en  est  une  où  il  combat  sur  plusieurs  points  la 
célèbre  Dissertation,  en  forme  de  Bref,  que  Benoît  XIV  a  mise 
en  tête  de  son  édition  du  Martyrologe  Romain.  Dans  le  cata- 
logue que  le  Cardinal  a  dressé  lui-même  de  ses  ouvrages ,  il 
mentionne  une  Dissertation  De  nulla  Ecclesiœ  N.  consecra- 
tione  ex  non  rite  facta  duodecim  crucum  unctione.  Il  a  donné 
aussi,  sous  le  titre  iïEnchiridion  Grœcorum  (Bénévent,  1725, 
m-8°  ) ,  une  collection  des  décrets  des  Pontifes  Romains  sur 
les  Dogmes  et  les  Rites  des  Grecs ,  depuis  le  schisme. 

(1721).  Dom  Dominique  Fournier,  Bénédictin  de  la  Con- 
grégation de  Saint-Maur ,  est  auteur  des  Offices  de  saint 
Germain  d'Auxerre,  saint  Anselme,  saint  Laumer  de  Blois, 
»aint  Phalier  et  sainte  Scholastique ,  imprimés  à  Rouen ,  en 
1721.  Les  Hymnes  de  l'Office  de  sainte  Scholastique  sont  de 
a  composition  de  D.  Gabriel  Guérin ,  confrère  de  Four- 
rier. 

(1721).  Pierre  Moretti,  Chanoine  de  Sainte-Marie  Trans 
riberim  ,  a  composé  les  traités  suivants  ,  dans  lesquels  il  a 
ut  preuve  du  plus  rare  savoir  :  1°  De  ritu  ostensionis  sa- 
rarum  reliquiarum ,  dissertatio  historico-ritualis.  Rome, 
721 ,  in-4°;  —  2°  De  ritu  variandi  chorale  indumentum  in 
>lemnitate  Paschali.  Rome,  1722.  Cet  ouvrage  renferme  un 
ipplément  à  la  Dissertation  sur  TOstension  des  reliques; 
-Z°Ritus  dandi  Presbyterium  Papœ,  Cardinalibus  et  Clericis 
mnullarum  Ecclesiarum  Urbis ,  nunc  primum  investigatus 
explanatus.  Rome,  1741,in-4°; —  4°  Parergon  ad  lucubra- 
mem  de  ritu  dandi  Presbyterium ,  etc. ,  Sive  de  festo  in  ho« 


542  INSTITUTIONS 

norem  Principis  ApoHolorum  Romœ  ad  dlem  XXV  Aprilis 
instituto  enar  ratio.  Rome,  17 42,  in-4°. 

(1722).  François-Marie  Galluzi,  Jésuite,  a  laissé  un  ou- 
vrage précieux  sous  ce  titre  :  //  rito  di  consecrare  le  Cltiese 
con  la  sua  antichità,  significato ,  convenienza ,  prérogative. 
Rome,  1722. 

(1722).  L'illustre  Prélat  Romain,  François Bianchini,  n'est 
pas  une  des  moindres  gloires  de  la  science  liturgique  au 
dix-huitième  siècle.  Nous  citerons  ses  deux  savantes  Dis- 
sertations De  Kalendario  et  cyclo  Cœsaris  ac  de  Paschali 
Canonc  Sancti  llippoliti  Martyris  (  Rome,  1705,  in-fol.)  ;  mais 
surtout  la  magnifique  édition  du  Liber  Pontificalis  attribué 
à  Anastasc  le  Bibliothécaire ,  dont  il  publia  trois  volumes  en 
1718,  1725  et  1728;  ouvrage  dont  les  Préfaces,  les  Disser- 
tations et  les  Noies  sont  du  plus  haut  intérêt  pour  les  ama- 
teurs de  la  science  des  Rites  sacrés. 

(1722).  Michel  Amati ,  Prêtre  [Napolitain,  est  auteur  d'une 
Dissertation  De  opobalsami  specie  ad  sacrum  Chrisma  confî- 
ciendutn  requisita.  Naples,  1722. 

(1725).  Jean-Frédéric  Bernard,  savant  libraire  d'Amster- 
dam ,  n'est  point  un  personnage  assez  sérieux  sous  le  rap- 
port liturgique  pour  avoir  droit  à  une  place  dans  cette  Bi- 
bliothèque; nous  l'y  admettons  cependant  à  raison  de  l'im- 
portance que  les  gravures  de  Bernard  Picart  ont  données  à 
son  ouvrage  sur  les  Cérémonies  et  coutumes  religieuses  de  tous 
les  peuples  du  monde.  Ce  grand  ouvrage,  dans  la  composition 
duquel  il  fut  aidé  par  Bruzen  de  la  Martinière,  et  dont  l'esprit 
protestant  et  superficiel  n'a  pas  entièrement  disparu  dans 
l'édition  postérieure  qu'en  ont  donnée  les  Abbés  Banier  et 
Le  Mascrier ,  se  compose  de  huit  tomes ,  en  neuf  volâmes  in- 
folio, dans  la  première  édition  de  Jean-Frédéric  Bernard 
(Amsterdam,  1723-1745)  ;  elle  en  a  onze  dans  celle  de  1759- 


LITURGIQUES.  543 

1743  (Amsterdam).  L'édition  française  est  de  1741,  et  n'a  que 
sept  volumes  in-fol.  La  fortune  surprenante  de  cet  ouvrage 
n'est  due  qu'aux  dessins  du  célèbre  graveur,  et  nous  avons 
eu  plus  d'une  fois  l'occasion  de  nous  affliger  en  voyant  l'im- 
portance que  lui  attribuaient  des  personnes  graves  d'ailleurs. 
(1724).  C'est  l'année  où  Benoît  XUI  monta  sur  le  Siège 
Apostolique  :  nous  y  rattacherons  aussi  ses  divers  travaux 
liturgiques.  Etant  Archevêque  de  Bénévent,  il  rédigea  le 
Memoriale  Rituum  majoris  kebdomadœ  pro  functionibus  per- 
solvendis ,  Archiepiscopo  célébrante  vel  assistenie ,  ad  usum 
Beneventanœ  Ecclesiœ.  Bénévent,  1706 ,  in-8°.  Après  la  mort 
)îu  Poniife,  on  fit  paraître  à  Rome,  1756,  in-4°,  sous  le  titre 
YOpera  Liturgica ,   plusieurs  opuscules  qu'il  avait  laissés 
nédits. 

I  (1724).  Eusèbe  du  Très-Saint-Sacrement,  Espagnol,  de 
Ordre  des  Trinitaires  Déchaussés ,  est  auteur  d'un  livre  de 
wtinentibus  ad  celebrationem  jejunii  Ecclesiastici  Quatuor 
nni  Temporum  scilicet  Quadragesimœ ,  Pentecostes ,  Septem- 
ïs  et  Decembris  (Rome,  1724,  in-4°),  dans  lequel  il  ex- 
ique  avec  beaucoup  d'étendue  l'Office  de  l'Eglise  pour  les 
urs  des  Quatre-Temps. 

(1724).  Jacques  de  la  Baune ,  Jésuite ,  paraît  être  l'auteur 
un  ouvrage  contre  les  innovations  du  fameux  Curé  Jubé  : 
est  intitulé  :  Réflexions  sur  la  nouvelle  Liturgie  d'Anières , 
24,  in-12. 

(1725).  Nicolas  Anlonelli ,  Cardinal,  a  laissé  sur  les  ma- 
ires qui  nous  occupent  les  ouvrages  suivants,  qui  méritent 
kr  réputation  :  1°  De  Titulis  quos  S.  Evaristus  Presbyteris 
Imanis  distribuit.  Rome ,  1723,  in-8°.  —  2°  Vêtus  Missale 
Ëmanum  Monasticum  Lateranense  cum  Prœfationibus,  notis 
eêippendice.  Rome,  1752,  in-4°. 
i!726),  Pierre  Lebrun  ,  Oratorien,  dont  nous  avons  déjà 


oU  INSTITUTIONS 


cité  plusieurs  fois  le  bel  ouvrage  sur  la  Messe,  est  un  des 
derniers  écrivains  liturgistes  vraiment  dignes  de  ce  nom  que 
la  France  ait  produits.  Son  savoir  égala  son  orthodoxie. 
l'Explication  littérale  ,  historique  et  dogmatique  des  Prières 
et  Cérémonies  de  la  Messe  est  en  quatre  volumes  in-8' ,  pu- 
bliés à  Paris ,  de  1716  à  1726.  Cet  ouvrage  a  été  traduit  en 
italien,  et  a  paru  à  Vérone,  en  1752,  in-i°.  Nous  avons 
encore  du  P.  Lebrun,  1°  Une  lettre  touchant  la  part  qu'ont 
les  fidèles  à  la  célébration  de  la  Messe.  4718,  in  8°. —  2°  Manuel 
pour  assister  à  la  Messe  et  autres  Offices  de  l'Eglise.  1718 , 
in-16.  —  5"  Défense  de  l'ancien  sentiment  sur  la  forme  de  la 
Consécration  de  l'Eucharistie.  M*!!,  in-8  . — 4°  Lettre  quidé- 
couvre  l'illusion  des  journalistes  de  Trévoux  dans  le  jugement 
delà  Défense  de  l'ancien  sentiment  sur  la  forme  de  la  Consé- 
cration de  l'Eucharistie.  1728,  in-8°.  Ces  deux  derniers  écrits 
sont  une  réponse  à  la  critique  que  le  P.  Bougeant,  Jésuite, 
avait  faite  d'une  des  Dissertations  de  l'Explication  de  la 
Messe.  Celle  controverse  qui  tient  aussi  à  la  théologie  sera 
touchée  ailleurs  dans  cet  ouvrage. 

(  1 72G) .  Dom  Pierre-Marie  Giustiniani,  Bénédiclin  de  la  Con- 
grégation du  Mont-Cassin,  et  successivement  Evêque  deSa- 
gone,  en  Corse,  et  de  Vintimille,  a  laissé,  au  rapport  d'Armel- 
lini,  une  Dissertation,  De  variis  Gentilium  ritibus  quos  Chris- 
tiana  Ecclesia  sanctificavit,  atque  in  suum  usum  convertit. 

(1726).  Jean -Baptiste  Memmi ,  Jésuite,  est  auteur  du 
livre  intitulé  :  Il  rito  di  canonizare  i  santi  spiegato.  Rome, 
1726,  in-8c. 

(1727).  Juste  Fonlanini,  savant  Prélat  Romain  ,  a  laissé: 
1°  Disais  argenteus  votivus  veterum  Christianorum  Perusiœ 
repertus ,  et  commentario  illustratus.  Rome,  1727,  in-4°. 
2°  Codex  Constitutionum  quas  summi  Pontifces  ediderunt  in 
sokmni  Canonizatione  sanctorum  a  J vanne  XV,  adBenedic~ 


LITURGIQUES.  545 

tum  XIII.  Rome,  1727,  in-folio.  3°  Note  soprala  Corona 
Chericale  degli  Ordini  Monastici  e  de'  Vescovi.  4°  De  vcra 
forma  Consecrationis  Corporis  et  Sanguinis  Domini  Nostri 
Jesu  Christi.  Ces  deux  opuscules  se  trouvent  dans  les  mé- 
moires sur  la  vie  de  Fonlanini,  publiés  à  Venise  en  1736. 

(1727).  Jacques-Joseph   Duguet,   Prêtre  de   l'Oratoire, 
dont  il  sortit  plus  tard,  écrivain  Janséniste  fameux ,  a  com- 
posé une  Dissertation  théologique  et  dogmatique  sur  les  Exor- 
nsmes  et  autres  Cérémonies  du  Baptême.  Paris,  1727  ,  in-12. 
(1727).  Guillaume-Hyacinthe  Bougeant,  Jésuite  ,  est  connu 
lans  la  science  liturgique  par  les  deux  ouvrages  suivants  : 
°  Réfutation  de  la  Dissertation  du  P.  Lebrun  sur  la  forme 
'e  la  Consécration  Eucharistique.  Paris ,  1727.  —  2°  Traité 
héologique  de  la  forme  de  l'Eucharistie.  Lyon ,  1729. 
(1729).  On  publia  cette  année,  à  Venise,  sous  le  titre  de 
Hbliotheca  selecta  de  ritu  Azymi  ac  Fermentât i ,  les  Disserta- 
ons  de  Bona,  Macedo,  Ciampini  et  Mabillon,  sur  la  ques- 
on  des  Azymes,  réunies  en  deux  vol.  in-8°.  La  même  com- 
lation  fut  réimprimée  à  Bologne  en  J750. 
(1731).  Jérôme  Baruffaldi,  Archiprêtre  d'une  collégiale 
liltalie ,  s'est  rendu  célèbre  par  ses  Commentaria  ad  Rituale 
maiium,  imprimés  pour  la  première  fois  à  Venise,  en  1731, 
•fol. 

J(l73lj.  Joseph-Augustin  Orsi,  Dominicain,  puis  Cardi- 
n  ,  célèbre  par  son  Histoire  Ecclésiastique ,  doit  être 
anis  dans  cette  Bibliothèque  pour  les  trois  ouvrages  sui- 
vtits  :  1°  Dissertatio  historica ,  qua  ostenditur  Catholicam 
E:lesiam  tribus  prioribus  sœculis  capitalium  criminum  reis 
pêem  et  absolutionem  neutiquam  denegasse,  et  plures  aliœ 
imdentes  quœstiones  ad  eorumdem  temporum  Chronologiam 
Wesiasticam  pertinentes  quibusdam  digressionibus  data 
ofta  examinantur.  Milan,  1730,  in-8\  —  2"  Dissertatio  theo~ 
t.  û.  35 


546  INSTITUTIONS 

logica  de  intocatione  Spiritus  Sancti  in  Liturgiis  Grœcorum 
et  Orientalium.  Milan,  1731 ,  in-4°. —  3°  Dissertatio  Historico- 
Theologica  de  Chrismate  confirmatorio.  Milan,  1754,  in-4°. 

(1731).  Dominique  Georgï,  l'un  des  Chapelains  de  Be- 
noît XIV,  est  auteur  du  rare  et  précieux  traité  :  De  Liturgia 
Romani  Pontificis  in  solemni  ceiebratione  Missarum.  Rome, 
trois  volumes  in-4°.  1731 ,  1743,  1714.  Il  a  laissé  aussi  :  Gli 
àbiti  sacri  dcl  Romano  Pontefce  paonazzi  c  neri  in  alcune 
soknni  Funzioni  délia  Chiesa  giustificati.  Rome,  1724,  in-4°. 
Enfin,  nous  avons  de  lui  une  magnifique  édition  du  Marty- 
rologe d'Adon.  Rome,  1745,  in-folio. 

(  1 7*20) .  Jean  Pinius,  l'un  des  continuateurs  de  Bollandus, 
a  donné,  en  tôte  du  sixième  tome  de  Juillet  des  Actd  Sanc- 
torum,  l'importante  dissertation  de  Liturgia  Mozarabica, 
que  nous  avons  citée  ailleurs.  Nous  profiterons  de  l'occasion 
pour  mentionner  les  divers  travaux  liturgiques  des  Jésuites 
d'Anvers.  D'abord,  leur  magnifique  compilation,  si  importante 
sous  tant  de  rapports ,  est  avant  tout  une  œuvre  liturgique. 
De  plus,  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer,  en  tête  des  divers 
volumes,  des  Dissertations  spéciales  sur  les  choses  du  culte 
divin.  Le  deuxième  tome  de  Mars  est  remarquable  par  un 
travail  sur  le  Martyrologe  de  Bède.  Le  premier  tome  de  Mai 
offre ,  sous  le  titre  de  :  Ephemcrides  Grœcorum  et  Moscorum, 
un  curieux  travail  sur  le  Calendrier  de  l'Eglise  Grecque,  par 
le  P.  Papebrok.  Le  deuxième  tome  de  Juin  est  accompagne 
d'une  dissertation  non  moins  utile  du  P.  Nicolas  Rayaeus: 
De  Acoluthia  Oflïcii  Canonici  Grœcorum.  Les  tomes  VI  et  VII 
de  Juin  renferment  la  célèbre  édition  du  Martyrologe  dT- 
suard,  suivie  d'un  grand  nombre  d'autres  inédits,  parle  P.  du 
Sollier.  Le  premier  tome  de  Septembre  présente  une  excel- 
lente dissertation  de  Diaconissis,  par  le  Père  Pinius ,  etc. 

(1729).  Simon  Gourdan,  Chanoine  Régulier  de  l'Abbaye 


LITURGIQUES.  54^7 

de  Saint-Victor,  personnage  de  grande  piété  et  sincère  or- 
thodoxie ,  qui  mourut  celte  année ,  a  composé  des  Hymnes 
et  des  Proses,  dont  plusieurs  sont  employées  dans  les  livres 
Parisiens  actuels.  Nous  regrettons  que  le  défaut  de  rensei- 
gnements sur  ce  point  ne  nous  permette  pas  de  les  désigner 
autrement  à  nos  lecteurs. 

(1735).  Remy  Breyer,  Chanoine  de  la  Cathédrale  deTroyes, 
l'un  des  auteurs  du  Bréviaire  de  ce  Diocèse,  a  laissé  une 
Nouvelle  Dissertation  sur  les  paroles  de  la  Consécration, 
Troyes,  1755,  in-8°,  dans  laquelle  il  combat  le  sentiment  du 
P.  Le  Brun.  Le  lecteur  se  rappelle  sans  doute  d'avoir  vu  le 
nom  de  Breyer  parmi  ceux  des  Chanoines  opposants  au  Mis- 
sel de  Troyes. 

(1754).  Le  Journal  des  Savants  de  1754 ,  page  641,  donne 
'analyse  d'un  ouvrage  du  P.  de  Boncrueil,  intitulé  :  L  Esprit 
le  l'Eglise  dans  la  récitation  de  cette  partie  de  l'Office  qu'on 
xppelle  Complies.  Imprimé  à  Paris,  la  même  année ,  in-12. 

(1755).  Joseph  Bianchini,  neveu  de  François  Bianchini ,  de 
'Oratoire  de  Rome,  a  rendu  de  grands  services  à  la  science 

titurgique,  en  publiant  le  Sacramentaire  ait  Léonien,  qu'il  fit 
iaraître  d'après  un  manuscrit  de  Vérone,  en  tête  du  IVe  tome 
le  la  superbe  édition  d'Anastase ,  commencée  par  son  oncle, 
t  dont  le  cinquième  et  dernier  volume  n'a  pas  paru.  Là 
*rêface  de  l'Ordre  Romain  publié  par  François  Bianchini, 
ans  son  IIIe  volume  d'Anastase,  appartient  pareillement  à 

ioseph.  Nous  avons  parlé,  à  l'article  du  B.  Cardinal  Tom- 
îasi ,  de  l'édition  des  OEuvres  de  cet  illustre  Liturgiste,  que 
oseph  Bianchini  avait  entreprise  et  qu'il  n'acheva  pas.  Il 
nporte  de  détailler  ici  les  matières  contenues  dans  le  seul 
'orne  qui  parut  de  cette  collection,  à  Rome,  1741 ,  en  deux 
arties.  Après  une  préface  remplie  d'érudition,  Bianchini 
roduit  les  matières  suivantes  :  1°  Johannis  Pinii  tract  atus 


548  INSTITUTIONS 

de  Liturgia  Uispanica.  2°  Nctitia  Brcviarii  Mozarabici. 
3°  Ordo  divini  Oflicii  Gothici  Mozarabici.  4°  Libellus  oratio- 
num  Ecclesiasticorum  Officiorum  Gothico-Hispanus ,  nunc  • 
primum  in  lucem  éditas  ex  incomparabili  et  plusquam  mille- 
nario  MS.  codice,  in  fol,  major  is  forma? ,  amplissimi  Capiluli 
Veronensis.  Nous  mentionnerons  ici ,  comme  tenant  à  notre 
sujet,  la  belle  publication  projetée  par  François  Bianchini  et 
commencée  par  son  neveu,  sous  le  titre  de  :  Demonstratio 
Jlistoriœ  Ecclesiasticœ  quadripartites ,  monumentis  ad  /idem 
temporum  et gestorum.  Rome,  1752,  grand  in-folio. 

(I7r>(i).  Joseph  Catalani,  de  la  Congrégation  des  Iliérony- 
mites  de  Rome ,  est  un  des  plus  importants  lilurgistcs  des 
temps  modernes.  Ses  divers  ouvrages  sur  les  Rites  sacrés 
sont  :  1°  De  Codice  sancti  Evangclii  atque  servatis  in  ejus  lec- 
tione  et  usu  variis  ritibus.  Rome,  1735,  in-4°. —  2°  Commen- 
taria  in  Pontificale  Romanum.  Rome,  1730,  trois  volumes 
in-fol.  —  3°  Carc moniale  Episcoporum  commentariis  illustra-  • 
tum.  Rome,  1744 ,  deux,  volumes  in-fol.  — 4°  Sacrarum  Cœ- 
remoniarum  sive  Rituum  Ecclesiasticorum  S,  R.  E.  libri  très 
ab  Augustino  Patricio  ordinati  et  a  Marcello  Corctjrensi  Ar- 
chiepiscopo  primum  editi,  commentariis  aucti.  Rome,  1730, 
deux  volumes  ÎD-fol.  —  5°  Rifuale  Roman um  Bencdicti  Papœ 
XIV jussu  editum  et  auclum,  perpeluis  commentariis  exor- 
natum.  Rome,  17o7,  deux  vol.  in-fol. 

(173G).  Jean  de  Johannc,  Chanoine  de  la  Cathédrale  tic 
Païenne ,  a  travaillé  sur  la  Liturgie  des  Eglises  de  Sicile,  an- 
térieure au  Bréviaire  de  S.  Pie  V,  et  qui  n'était  autre  que  la 
Liturgie  Romaine-Française ,  introduite  en  Sicile  par  les  Ducs 
d'Anjou.  Son  livre  est  intitulé  :  De  dicinis  Siculorum  Officiis. 
Palerme,  173G,  in-4\ 

(1736).  Gaétan-Marie  Mciati,  Théatin,  est  fameux  par  ses 
nouvelles  observations  et  additions  au  Thésaurus  sacrorum 


LITURGIQUES.  549 

Rituum  de  Gavonti.  Elles  parurent  d'abord  en  quatre  volumes 
in-4%  à  Rome,  en  173G,  1737,  1738,  et  sont  dans  les  mains 
de  tous  ceux  qui  s'occupent  de  Liturgie  sous  le  point  de  vue 
pratique.  Merati  entreprit  son  travail  à  la  sollicitation  du 
Cardinal  Lambertini,  qui,  devenu  Pape,  témoigna  la  plus 
grande  estime  pour  les  travaux  et  la  personne  de  ce  litur- 
giste,  au  point  qu'il  alla  lui  rendre  visite  dans  sa  dernière 
maladie.  Merati  préparait  une  collection  des  Liturgies  Occi- 
dentales, dont  il  avait  concerté  le  plan  avec  le  B.  Tommasi, 
son  confrère.  Il  mourut  en  1745,  laissant  une  bibliothèque 
considérable  en  livres  liturgiques,  et  dont  Benoît  XIV  voulut 
enrichir  la  sienne. 

(1737).  C'est  l'année  où  mourut  le  P.  Antoine-Marie  Lupi, 
auteur  de  la  célèbre  Dissertation  sur  l'Epitaphe  de  sainte 
Sévère,  et  de  tant  d'autres  travaux  archéologiques.  Il  a  traité 
avamment  des  Baptistères  anciens  et  de  plusieurs  autres 
natières  liturgiques.  Ces  divers  mémoires  ont  été  recueillis 
>ar  Zaccarîa,  sous  le  titre  de  :  Disscrtazioni,  lettere  ed  altre 
pperette,  con  giunteed  annotazioni.  Faenza,  1755,  in-4°  en 
!eux  parties. 
(1737).  Agnello  Onorato,  Chanoine  d'Aversa,  fit  paraître 
Lucques,  en  1737,  in-4°,  neuf  Dissertations  sur  diverses 
lèses  de  l'antiquité  Ecclésiastique,  dont  plusieurs  ont  trait 
la  science  liturgique.  Nous  citerons  en  particulier  la  qua- 
ième  qui  est  intitulée  :  Dell'  estrema  unzione  :  dell'  antico 
ia  lodevol  rito  di  santa  Chiesa  n'elV  amministrare  agl'in- 
rmi  la  sacra  unzione  prima  di  dar  loro  il  viatico. 
(1757).  Dom  Léger  Mayer,  Bénédictin  de  l'Abba  je  de  Mûri, 
I  Suisse,  est  connu  par  son  Explicatio  compendiosa  litteralit 
storica  cœremoniarum ,  earum  prœcipue  quœ  ad  S.  Litur- 
nm  spectant.  Tugii.  1757,  in-12. 
|(1737).  Jean  Bottari,  Prélat  Romain,  a  complété  la  série 


550  INSTITUTIONS 

des  ouvrages  qui  traitent  des  monuments  de  Rome  Souter- 
raine, si  importants  pour  la  science  liturgique,  par  son  beau 
travail  intitulé  :  Sculturc  e  pitture  sacre  estratte  da  Cimeteri 
di  Roma,  publicate  gia  dagli  Autori  délia  Roma  Sotterranea 
nuovamente  date  in  luce  colle  spiegazioni.  Rome.  3  volumes 
in-folio.  i757,  1746  et  1754. 

(1759).  Dora  Germain  Cartier,  Bénédictin  d'Ettenhci- 
munster,  au  Diocèse  de  Strasbourg,  a  composé  un  ouvrage 
très  utile  à  ceux  que  leur  vocation  appelle  à  célébrer  l'OAice 
divin;  il  est  intitulé:  Psalmodiœ  Ecclesiasticœ  dilucidatio* 
Strasbourg,  1759,  in-8°. 

(1741).  Jean  Lebeuf,  Sous-Chantre  de  la  Cathédrale 
d'Auxerre,  personnage  grandement  érudit,  mais  qui  eut  le 
malheur  de  fabriquer  durant  sa  vie  une  trop  grande  masse 
de  plain-chant,  a  laissé  un  Traité  historique  et  pratique  sur 
le  Chant  Ecclésiastique.  Paris,  1741,  in-8°.  Il  est  auteur  du 
Martyrologium  Autisiodorcnse. 

(1740).  Jean-Chrysoslome  Trombelli,  Chanoine  Régulier, 
l'un  des  hommes  les  plus  versés  dans  la  science  liturgique 
qu'ait  eu  l'Italie  au  dix -huitième  siècle,  a  laissé,  entre 
autres  ouvrages,  trois  magnifiques  traités  :  De  cultu  sanc- 
torum  dissertationes  decem  quibus  accessit  appendix  de  Cruce. 
Bologne,  1740.  Cinq  volumes  in -4°  et  six  avec  les  Vin' 
diciœ  —  Mariai  Sanctissimœ  Vita  ac  gesta  ,  cultusque  illi 
adhibitus  per  dissertationes  descripta,  Bologne,  1761.  Six 
volumes  in-4°.  —  Tract atus  de  Sacramentis  per  polemicas  et 
Liturgicas  dissertationes  dispositi.  Bologne,  1775.  Douze  vo- 
lumes in-4°.  Cet  illustre  liturg'ste  a  donné  une  édition  de 
YOrdo  Ofliciorum  Ecclesiœ  Senensis  ab  Oderico  ejusdem  Ec~ 
cle&iœ  Canonico  compositus,  ouvrage  inédit,  et  dont  Mura- 
tori  avait  indiqué  l'existence  au  tome  Ve  de  ses  Antiquitates 
Italicœ.  L'édition  de  Trombelli  est  de  Bologne ,  in-4°. 


LITURGIQUES.  551 

(1745).  Jacques  Merlin,  Jésuite,  a  composé  un  Traité  his- 
torique et  dogmatique  sur  les  paroles  ou  les  formes  des  sept 
Sacrements  de  l'Eglise.  Paris,  1745,  in-I2. 

(1745).  Joseph-Michel  Cavalieri,  Augustin,  est  célèbre 
parmi  les  auteurs  pratiques  sur  la  Liturgie ,  par  ses  savants 
Commentaires  sur  les  Décrets  de  Congrégations  des  Rites, 
dont  la  meilleure  édition  parut  après  la  mort  de  Fauteur,  en 
1758,  Venise,  cinq  tomes  in-folio,  sous  ce  titre  :  Cavalieri 
opéra  omnia  Liturgica,  seu  commentaria  in  authentica  S.  R.  C. 
Décréta.  Cavalieri  se  montre,  en  beaucoup  d'endroits,  hostile 
à  Merati,  et  le  combat  avec  affectation  ;  ce  qui  lui  attira  une 
réplique  assez  énergique  de  la  part  d'un  certain  Charles  de 
Ponivalle,  qui  publia  des  Mémoires  en  Italien  sur  la  vie  et 
les  écrits  de  Merati ,  à  Venise ,  1755,  in-4°. 

(1745).  DomBennon  Lôbel ,  Bénédictin  Allemand,  Abbé  de 
Sainte-Marguerite  de  Prague,  a  composé  une  savante  dis- 
sertation sur  la  fameuse  Médaille  de  Saint  Benoît ,  qui  a  été 
l'objet  des  sarcasmes  de  J.-B.  Thiers,  comme  aussi  des  naï- 
vetés de  plusieurs]  personnes  contemporaines.  Elle  est  inti- 
tulée :  Disquisitio  sacra  numismatica  de  origine  ,  quidditate, 
nrtute,  pioque  usu  Numismatum  t  seu  Crucillarum  Sancti 
Benedicti  Abbatis,per  SS.  D.  iV.  Benedictum  %1V.  P.  M.  ins* 
•aurato.  Vienne,  1745,  in-8°. 

(1744).  Jean  Marangoni ,  Adjoint  à  Boldetti  dans  la  garde 
les  sacrés  Cimetières,  a  laissé  un  ouvrage  d'une  valeur  inap- 
>réciable  pour  l'archéologue  et  le  liturgiste.  Il  porte  ce  titre  : 
")elle  cose  gentilesche  e  profane  trasportate  ad  uso  e  ad  orna- 
unto  délie  Chiese.  Rome,  1744,  in-4°.  Il  y  a  aussi  des  choses 
rès  importantes  pour  la  science  liturgique,  dans  le  savant 
uvrage  du  même  auteur  sur  la  chronologie  des  Papes, 
ntitulé  ;  Chronologia  Romanorum  Pontificum  superstes  in 


552  INSTITUTIONS 

fariete  australi  Basilicœ  S.  Pauli  viœ  Ostiensis.  Rome,  1751, 
ïn-folio. 

(1744).  Dom  Charles-François  Toustain  et  Dom  René-Pros- 
per  Tassin ,  Bénédictins  de  la  Congrégation  de  Saint-Maur, 
auteurs  du  Nouveau  Traité  de  Diplomatique,  appartiennent 
à  notre  Bibliothèque,  non  seulement  par  la  Lettre  au  Car- 
dinal Quirini  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  mais  aussi 
par  leurs  grands  travaux,  malheureusement  restés  manus- 
crits, pour  l'édition  de  saint  Théodore  Studite,  l'un  des 
principaux  hymnographes  de  l'Eglise  Grecque.  Dans  la  Lettre 
au  Cardinal  Quirini,  ils  démontrent  qu'il  y  a  une  véritable 
poésie  imitée  des  anciens  poètes  dramatiques,  dans  les  Tro- 
paires ,  Stichères,  Odes  et  Cantiques  du  saint  Abbé  de  Stude. 
Il  est  fâcheux  qu'ils  n'aient  pas  étendu  cette  observation  aux 
autres  monuments  du  même  genre ,  tant  de  l'Eglise  Grecque 
que  de  l'Eglise  Latine.  Dom  Toustain  a  laissé  manuscrit  un 
ouvrage  intitulé  :  Recherche  sur  la  manière  de  prononcer  les 
paroles  de  la  Liturgie  chez  les  Grecs  et  les  Orientaux,  où  l'on 
prétend  réfuter  la  Dissertation  du  P.  Le  Brun  sur  le  même 
sujet.  Nous  n'avons  pas  besoin  de  signaler  l'esprit  qui  a 
présidé  à  la  composition  de  cet  ouvrage. 

(1745).  Antoine  Martinetli  a  laissé  un  livre  important  sous 
ce  titre  :  Depsalterio  Romano.  Rome,  1745,  in-folio. 

(1745).  Dom  Charles  Chardon ,  Bénédictin  de  la  Congré- 
gation de  Saint- Vannes,  est  connu  avantageusement  par  un 
ouvrage  plein  de  recherches,  intitulé  :  Histoire  des  Sacre- 
ments, ou  de  la  manière  dont  ils  ont  été  célébrés  et  adminis- 
trés dans  l'Eglise ,  et  de  l'usage  qu'on  en  a  fait  depuis  le  temps 
des  Apôtres  jusqu'à  présent.  Paris,  1745.  Six  volumes  in-12. 
Celte  histoire  a  été  traduite  en  Italien. 

(1646).  Jean-Baptiste  Gattico,  Chanoine  Régulier  de  La- 
tran,  est  connu  par  les  ouvrages  suivants  :  1°  De  Oratoriis 


LITURGIQUES.  555 

domesticis  et  de  usu  Altaris  portatilis,  juxta  veterem  ac  recen- 
tem  Ecclesiœ  disciplina  m.  Rome,  1746,  în-fol.  —  2°  Epistola 
Apologetica  ad  amicum ,  dans  laquelle  l'auteur  défend  ce  qu'il 
a  avancé  au  chapitre  XXIX  du  précédent  ouvrage ,  au  sujet 
de  l'administration  du  Sacrement  de  l'Eucharistie  dans  les 
Oratoires  privés.  Bergame,  1751.  — 3°  Acta  selecta  Cœremo- 
nialia  sanctœ  Romanœ  Ecclesiœ  ex  variis  MSS.  Codicibus 
et  Diariis  sœculi  XV.  XVI.  XV1L  Rome,  1753,  in-folio;  un 
volume  et  demi ,  l'impression  du  second  n'ayant  point  été 
achevée.  Cet  ouvrage  renferme  des  détails  du  plus  grand 
prix  pour  l'histoire  domestique  de  la  Cour  de  Rome,  autant 
que  pour  la  Liturgie. 

(1747).  C'est  l'année  où  parurent  à  Rome,  en  douze  vo- 
lumes in-folio,  les  œuvres  du  grand  Pontife  Benoît  XIV, 
dont  le  nom  seul  rappelle  la  plus  vaste  science  liturgique 
dont  jamais  un  homme  ait  été  orné.  Il  suffira  sans  doute 
de  désigner  ici  en  abrégé  les  divers  ouvrages  de  ce  grand 
homme ,  puisqu'ils  sont  entre  les  mains  de  tout  le  monde. 
1°  De  servorum  Dei  Beatificatione  et  de  Beatorum  Canoniza- 
tione.  — 2°  De  Sacrosancto  Missœ  Sacrificio.  —  3°  De  Festis 
D.  N.  J.  C.  et  B.  M.  V.  Le  Bullaire  et  les  Institutiones  Ec- 
clesiasticœ  renferment  une  infinité  de  question  liturgiques 
que  l'illustre  auteur  discute  et  approfondit  toujours.  Nous 
avons  parlé  de  son  édition  du  Martyrologe. 

(1747).  Robert  Sala,  Cistercien  de  la  Congrégation  des 
Feuillans  d'Italie,  personnage  dont  nous  avons  déjà  parlé 
à  propos  du  Cardinal  Bona ,  son  confrère ,  a  enrichi  de  notes 
précieuses  les  deux  livres  Rerum  Liturgicarum  du  pieux  et 
docte  Cardinal.  Cette  édition ,  dédiée  à  Benoît  XIV,  est  en 
trois  volumes  in-folio.  Turin,  1747.  Ils  ont  été  suivis  d'un 
quatrième ,  contenant  les  lettres  de  Bona. 

(1748).  L'illustre  Louis-Antoine  Muratori,  dont  le  nom 


554  INSTITUTIONS 

seul  rappelle  les  prodiges  de  la  science  la  plus  colossale,  ne 
dédaigna  pas  les  études  liturgiques,  et  s'est  acquis  le  droit 
de  figurer  dans  notre  Bibliothèque  par  sa  Liturgia  Romana 
vêtus  tria  Sacramentaria  complectens.  Venise,  1748.  Deux 
volumes  in-folio.  On  dit  cependant  que  le  fonds  de  ce  tra- 
vail appartient  au  savant  Dom  Benoît  Bacchini ,  Bénédictin 
de  la  Congrégation  du  Mont-Cassin. 

(1749).  Thomas-Marie  Mamachi ,  Dominicain  fameux,  mé- 
rite aussi  une  place  dans  ce  catalogue ,  pour  le  magnifique 
ouvrage  qu'il  voulut  opposer  aux  Origines  Christianœ  de 
Bingham.  Il  est  intitulé  :  Originum  et  Antiquitatum  Christia- 
narum  libri  viginti.  Rome,  1749-1755,  cinq  volumes  in-4°. 
Malheureusement,  cet  ouvrage,  quelque  peu  gûté  par  cer- 
tains traits  échappés  à  un  esprit  de  corps  injuste ,  est  resté 
incomplet.  Nous  citerons  encore ,  parmi  les  écrits  de  Mama- 
chi :  De'  costumi  de*  primitivi  Cristiani.  Rome  ,  1755-1757, 
trois  volumes  in-8°. 

(1749).  Léonard  Cecconi,  Evêque  de  Montai  te ,  est  connu 
par  sa  Dissertazione  sopra  l'origine ,  signifcato ,  uso  e  morali 
ammaestramenfi  per  la  divota  recita  dell'  Alléluia.  Velletrj, 
1749,  in-8°. 

(1749).  Joseph- Aloyse  Assemani,  neveu  de  Joseph  Simon, 
est  à  jamais  illustre  par  sa  magnifique  collection  liturgique, 
intitulée  :  Codex  Liturgicus  Ecclesiœ  universœin  XV  Libros 
distributus,  in  quo  continentur  Libri  Rituales ,  Missales, 
Pontificales ,  Officia,  Diptycha,  etc.,  Ecclesiarum  Qccidentis 
et  Orientis.  Le  premier  volume  parut  à  Rome,  en  1749, 
in-4°.  Cet  œuvre ,  comme  tant  d'autres ,  est  demeurée  ina- 
chevée, neuf  volumes  seulemement  ayant  paru.  Vingt  au- 
raient à  peine  suffi  à  remplir  le  plan  de  fauteur.  Il  a 
laissé ,  en  outre ,  une  Dissertation  de  Sacris  Ritibus,  Rome , 


LITURGIQUES.  555 

1757,  in-4°  ;  et  un  Traité  de  Eccïesiis  ,  earum  reverentia  et 
asylo.  Rome,  1756,  in-fol. 

(1749).  Cousin  de  Contamine,  séculier,  employé  dans  les 
Fermes  Royales,  fit  paraître,  sous  le  voile  de  l'anonyme,  une 
brochure  intitulée:  Traité  critique  du  plain-chant  usité  aujour- 
d'hui dans  l'Eglise,  contenant  les  principes  qui  en  montrent 
les  défauts  et  qui  peuvent  conduire  à  le  rendre  meilleur.  Paris, 
1749,  in-12  de  69  pages.  On  remarque ,  en  tête  du  volume, 
une  vignette  sur  laquelle  est  représenté  un  bœuf  piqué  par 
un  cousin;  ce  qui  signifie  assez  que  l'auteur,  en  faisant  allu- 
sion à  son  propre  nom,  a  eu  en  vue  d'attaquer  l'Abbé  Lebeuf. 
(1750).  Poisson,  Curé  de  Marchangis,  a  laissé,  sur  le  Chant 
Ecclésiastique,  un  intéressant  ouvrage  dont  nous  avons  cité 
quelque  chose  ailleurs ,  et  qui  porte  ce  titre  :  Traité  théo- 
rique et  pratique  du  Plain-chant  appelé  Grégorien.  Paris,  1750, 
in-8°.  Il  est  également  auteur  d'un  livre  sur  les  Règles  de  la 
composition  du  Plain-chant t  que  nous  n'avons  pu  nous 
procurer.  La  brochure  de  Cousin ,  dont  il  est  question  au 
précédent  article,  est  adressée  à  Poisson. 

(1750).  Dominique-Marie  Manni,  célèbre  imprimeur  de 
Florence,  a  publié  :  1°  Vlstoria  degli  atini  santi  dal  loro 
yrincipiosino  al  présente  del  M  DCCL.  Florence.  —  2°  Délia 
disciplina  del  Canto  Ecclesiastico  antico  ragionamento.  Flo- 
rence, 1756,  in-4°. 

(1750).  Paul-Marie  Paciaudi,  ïhéatin,  antiquaire  distin- 
gué, a  laissé  sur  les  matières  liturgiques  les  ouvrages  sui- 
vants :  1°  De  sacris  Christianorum  Balneis.  Venise,  1750, 
ïn-4°.  —  2°  De  cultu  S,  Joannis  Baptistœ.  Rome,  1755,  in-4°. 
(1750).  Antoine-François  Gori,  Prévôt  du  Baptistère  de 
Florence ,  antiquaire  non  moins  illustre ,  appartient  à  notre 
Bibliothèque  par  une  grande  partie  de  ses  travaux  Ar- 
chéologiques. Nous  citerons  en  première  ligne  le  Jhesaurus 


556  INSTITUTIONS 

veterum  Diptycorum  Consularium  et  Ecclesiastîcortim  que  la 
mort  lui  empêcha  d'achever,  et  qui  ne  parut  qu'en  1759  par 
les  soins  de  J.  B.  Passeri.  Florence,  1759,  trois  vol.  in-foî. 
On  trouve  plusieurs  Dissertations  curieuses  sur  les  matières 
liturgiques  dans  un  recueil  d'Opuscules  de  divers  auteurs  que 
Gori  fil  paraître  en  1 748  à  Florence  et  à  Rome,  sous  le  titre  de 
Symbolœ  Literariœ.  On  a  encore  de  Gori  une  Dissertation  de 
Antiquis  Codicibus  MSS.  quatuor  Evangeliorum,  deque  inter- 
nis externisque  eorumdem  Codicum  ornamentis.  Ce  savant 
homme ,  lorsqu'il  fut  atteint  par  la  mort ,  préparait  des  tra- 
vaux importants  sur  les  matières  suivantes  :  1°  De  antiquis 
Ecclesiarum  Hierothecis ;  2°  Vetusti  Ambonis  Ecclesiœ  Flo- 
rentinœ  Sancti  Pétri  sacra  emblemata  nunc  primum  prolata 
et  illustrata  ;  3°  Liturgia  antiqua  Sanctœ  Ecclesiœ  Florentinœ 
cum  observationibus  ;  h?  De  forma,  cultu ,  ornatuque  veterum 
Baptisteriorum  apud  Christianos  ;  5°  Vetusta  monumenta 
Liturgica,  ad  Basilicam  reconciliandam  ;  6°  De  ritu  attollendi 
faces  in  sacris  Ecclesiœ  Mysteriis. 

(1750).  Emmanuel  de  Azevedo  ,  Jésuite  Portugais,  ami 
particulier  de  Benoît  XIV,  dont  il  publia  les  OEuvres,  sur 
lesquelles  il  exécuta  des  travaux  analytiques  du  plus  haut 
mérite,  fut  pendant  plusieurs  années  professeur  à  l'Ecole 
Liturgique  du  Collège  Romain.  C'est  au  zèle  d'Azevedo  à 
remplir  les  fonctions  de  sa  charge ,  que  nous  sommes  rede- 
vables de  ses  précieuses  Exercitationes  Liturgicœ  de  Divino 
Oflicio  et  Sacrosancto  Missœ  Sacripcio ,  dont  quelques-unes 
parurent  à  Rome,  en  1750,  in-4°,  et  qui  ont  toutes  été  re- 
cueillies dans  l'édition  de  Venise ,  in-folio  en  deux  parties, 
1785.  Cette  dernière  édition  renferme  aussi  un  ouvrage  inédit 
du  même  auteur,  intitulé  :  De  Çatholicœ  Ecclesiœ  pietate  erga 
animas  in  Purgatorio  retentas.  Azevedo  avait  projeté  la  pu- 
blication d'une  Collection  Liturgique ,  dont  il  lança  le  Pros- 


LITURGIQUES.  557 

pectus  dans  le  public ,  en  1749.  Elle  devait  être  intitulée  : 
Thésaurus  Liturgicus ,  et  atteindre  au  moins  le  nombre  de 
douze  volumes,  bien  qu'Azevedo  n'eût  dessein  d'y  renfermer 
que  les  Livres  Liturgiques  de  l'Eglise  Latine. 

Notre  Bibliothèque  Liturgique ,  toute  incomplète  qu'elle 
e?t,  le  serait  encore  davantage  si  nous  omettions  de  men- 
tionner ici ,  en  terminant  cette  période ,  divers  Recueils 
qui  renferment  un  grand  nombre  de  Mémoires  sur  les  ma- 
tières liturgiques  ,  mais  d'une  dimension  trop  restreinte 
pour  qu'on  ait  pu  songer  à  les  imprimer  à  part.  Nous  con- 
seillerons donc  à  nos  lecteurs  de  feuilleter  le  Journal  des 
Savants  >  les  Mémoires  de  Trévoux  et  surtout  le  Mercure  de 
France.  Ils  y  trouveront  de  véritables  richesses,  et  souvent 
des  éclaircissements  précieux  sur  les  questions  les  plus  diffi- 
ciles et  les  plus  inattendues.  Ils  feront  bien  aussi  de  consulter 
les  diverses  publications  de  ce  genre  qui  ont  paru  en  Italie, 
et,  en  particulier,  l'immense  Collection  du  P.  Ange  Calo- 
gera,  Camaldule,  dans  laquelle  ce  savant  a  recueilli  sous  le 
litre  de  Raccolta  d'Opuscoli  scientifici  e  fdologici  ( cinquante- 
un  volumes  in-12 ,  1729  et  années  suivantes)  une  grande 
quantité  de  Dissertations  des  savants  Italiens  sur  les  ques- 
tions les  plus  curieuses  de  l'Archéologie  Liturgique.  Calo- 
gera  commença  en  1755,  une  Nuova  Raccolta  qui  fut  conti- 
nuée après  sa  mort  par  le  P.  Fortuné  Mandelli,  Camaldule. 
Passons  maintenant  aux  conclusions  des  faits  contenus 
dans  ce  chapitre. 

La  marche  de  la  Liturgie  Romaine  continue  de  s'opérer 
avec  majesté.  En  môme  temps  que  l'antique  fonds  de  saint 
Grégoire  est  maintenu,  le  culte  des  Saints  continue  de 
prendre  de  nouveaux  accroissements. 

Si ,  un  moment,  Benoît  XIV  semble  hésiter,  comme  préoc- 
cupé du  désir  d'arrêter  un  développement  inconnu  aux  siècles 


558  INSTITUTIONS 

précédents,  la  lenteur  avec  laquelle  il  procède,  les  précau- 
tions dont  il  s'entoure,  la  résolution  de  ne  traiter  qu'avec 
toute  sorte  d'égards  l'œuvre  séculaire  de  la  Liturgie,  tout, 
jusqu'à  l'abandon  de  ce  projet  de  réforme,  atteste  avec  quelle 
gravité  l'Eglise  entend  procéder  dans  les  améliorations  de  ce 
qui  touche  au  culte  divin. 

Pourtant,  cette  Italie,  si  lente  à  prendre  un  parti  dans 
l'amélioration  du  Bréviaire,  ne  fut  jamais  plus  richement 
pourvue  d'hommes  versés  dans  l'érudition  liturgique.  Une 
seule  période  de  cinquante  ans  nous  donne,  entre  autres, 
Buonarotli,  Boldetti,  Bottari,  les  Assemani,  Quirini,  Moretti, 
Georgi,  les  Bianchini,  Benoît  XIV,  Catalani,  Merali,  Cava- 
lieri,  Trombelli,  Marangoni,  Galtico,  Sala,  Muratori,  Ma- 
inachî,  Paciaudi,  Gori,  Azevedo,  etc. 

En  France ,  si  l'on  excepte  Renaudot  et  Le  Brun ,  les 
noms  que  nous  avons  cités  n'appartiennent,  pour  la  plu- 
part, qu'à  des  liturgistes  du  second  ou  du  troisième  ordre, 
et  encore  nous  a-t-il  fallu  un  zèle  tout  patriotique  pour 
les  découvrir.  Cependant,  à  celte  époque,  de  toutes  parts 
en  France  ,  on  voyait  éclore  Bréviaires  et  Missels,  sur  un 
plan  perfectionné  :  comment ,  au  milieu  d'une  si  prodi- 
gieuse fécondité,  la  science  liturgique  se  montrait-elle  ainsi 
aux  abois?  Par  une  raison  toute  simple  :  c'est  que  la  science 
liturgique,  comme  toutes  les  branches  de  la  science  ecclé- 
siastique, est  avant  tout  une  science  de  Tradition  ;  d'où  il  suit 
que  nous  avons  encore  huit  ou  neuf  cents  ans  à  patienter, 
d'ici  que  les  Bréviaires  et  Missels  de  Vigier,  Mesenguy,  Le 
Brun  des  Marettes,  Robinet  et  les  autres,  soient  de  nature  à 
devenir  l'objet  d'une  science  véritablement  liturgique. 


LITURGIQUES.  559 


NOTE  DU  CHAPIîKË  XXIÎ. 


METIIODUS   m   SCHOLA  SACROttUM  RITUUM  SERVANDAi 

I.  Singulis  annis  typis  edetup  volumen  ducentas  ad  minimum  com- 
plectens  paginas,  in  quo  sequentia  contineantur  :  nimirum  1.  Titulus 
materiae ,  de  qua  agendum  eo  anno  erit ,  et  ipsius  operis  dedicatio. 
2.  Syllabus  Auditorum,  qui  Scholae  nomen  dederint  usque  ad  Kalendas 
Jànuarias.  3.  Materia  eo  anno  proposita,  et  viginti  aliœ  quaestiones, 
vel  de  eodem  argumenta ,  vel  potius  de  aliis  in  Sacra  Rituum  Congre- 
gatione  agitari  solitis.  4.  Epistola  Summo  Pontifici  quotannis  exhibenda. 
5.  Demum ,  duplex  libellus  pro  totidem  publicis  disputationibus, 

II.  Quoniam  vero  volumen  hoc  ducentas  circiter  paginas  complectens 
in  Auditorum  praesertim  utilitatem  cedere  débet,  hinc  plura  illius 
edentur  exemplaria ,  quae  divisa  per  folia,  ita  dispertientur ,  ùt  exaeto 
annuo  Scholae  curriculo ,  ducenti  ex  Auditoribus,  qui  Scholse  assidu i 
iriterfuerint ,  totumsingulivokimen  gratis  obtirieant. 

III.  Porro  ex  200  iis  paginis  satis  erit,  si  Professor  100  quotannis 
repleat  locubrationibus  a  se  de  novo  elaboratis  ;  reliquas  vero  vel  suis , 
Vel  alierum  iterum  cusis,prout  utiliusjudicaverit,  supplere  poterit  ; 
imo  Auditorum  laboribus  uti ,  si  qui  fortasse  sui  ingenii ,  atque  studii 
spécimen  praebere  meruerint. 

IV.  Quotannis  igitur  duas  exhibebit  disputationes  publicas  ;  quarum 
altéra  versetur  circa  materiam,  de  qua  illo  anno  actum  in  Scholafue- 
rit,  vel  totam  comprehendendo,  vel  aliquam  illius  parlem  elucidando  ; 
altéra  vero  circa  materiam  aliquam  ex  iis  quœ  in  Sacra  Rituum  Con- 
gregalione  agitari  soient ,  quœ  plerumque  ex  20  ultimis  Exercitationi» 
bus  primo  anno  proposais  desume'ur.  Et  huicduplici  materia  duplex 
respondebit  libellus,  qucm  supra  innuimus. 

V.  Siquando  occasio  tulcrit ,  ut  inter  privatas  Scholce  exercitaliones 
agendum  sit  de  peculiari  aliqua  re  ,  ut  ita  dicam ,  cxira  ordinern  ;  non 
id  fiet ,  nisi  aliquot  diebus  ante  Auditores  prœmoneantur,  ut  nempe 
tractâri  pro  dignitate  possit. 

VI.  Viginti  illsc  quaestiones,  si  veexercitatione?,  quas  addendas  duxi- 
mus  aliis  octoginta  circa  materiam  in  titulo  quotannis  propositam  dis- 
cutiendîs ,  tractabuntur  privatim  ,  cum  iis  scilicet  Auditoribus ,  qui- 
bus  major  erit  sui  progressus  cura ,  quibus  etiam  folia  in  ordinaria 


560  INSTITUTIONS 

Sacrorum  Rituum  Congregatione  imprimi  solita  communicabunlur,  et 
negotia  ibidem  contenta ,  atque  Sacrse  Congregationis  décréta. 

VII.  Tempus  integrum  octoginta  propositis  quaostionibus  tribuen- 
dum  totidem  dies  complectitur ,  numerandos  a  festo  Praisentationis 
beatissimœ  Virginis ,  usque  ad  festum  S.  Aloysii  Gonzagœ. 

VIII.  Scbolae  vero  exercitium  incipit  hora  22  cum  dimidio ,  usque 
ad  23.  In  primo  quadrante  iiet  explicalio,  in  secundo  unusex  Audito- 
ribus  aliquid  ex  proposita  quasstione  deducet ,  et  argumenta  ab  alio 
Auditore  objecta  confutabit  ;  ex  qualitate  vero  qasestionum  décade 
una  pro  disputalione  semîpublica ,  sive,  ut  aiunt,  menstrua  selige- 
lur,  quam  aliquisex  Auditoribusin  primo  quadrante  elucidabit,  et  in 
secundo  objectionibustum  Piseceptoris,  tum  alicujus  Auditorîs  satis- 
faciet. 

IX.  Ante  S.  Aloysii  Gonzagae  festum,  ut  supra  innuimus,  Epistola 
Summo  Pontitici  exhibebitur,  in  qua  Scholce  ratio  reddatur,  designe- 
lurque ,  quos  eo  anno  progressus  fecerint  Auditores. 

X.  Denique  Sacrorum  Rituum  Professor,  in  rébus  ad  Scholam  perti- 
nentibus,  non  tam  pioprire  eruditioniset  doclrinse  laudem,  quam  Audi- 
torum  utiliutem  prae  oculis  habebit.  Cum  praesertim  in  Thesauri 
LUurgici  collectione,  quam  curare  débet,  magnam  sit  habiturus  ma- 
teriam  ,  in  qua  ingenium  tum  suum ,  tum  amicorum  exerceatur  ;  si  qui 
forte  erunt,  qui  operi  utilis^imo  adjutrices  manus  praestare  velint. 

XI.  Materia  singulis  annis  discutienda  :  1.  De  Sacrosanclo  Missœ 
Sacri/icio.  2.  De  Dioino  Officio.  5.  De  Sacramentorum  administratione. 
i.  De  Benedictionibus,  et  Precibus  ;  vel  potius  ,  de  Missali  Romano  :  de 
Breviario  Romano  :  de  Riluati  Romano  :  de  Pontificali  Romano.  In 
primis  duobus  argumenlis  non  solum  Missale  et  Breviarium  ,  sed 
etiam  Cœremoniale  Episcoporum,  et  Martyrologium  Romanum  eluci- 
dari  possunt  ;  siqiidem  praefixus  Scholac  finis  est,  virum  Ecclesiasti- 
cum  optime  instructum  reddere  in  intelligentia  librorum  Liturgico- 
rum  ,  quibus  Ecclesia  Romana  nunc  utitur.  Hujusmodi  vero  argumenta 
Exercitationes  nostrœ  Liturgicœ  pertractant ,  ad  quas  magno  praesidio 
nobis  sunt  Opéra  Bcnedicti  XI 7,  in  quibus  de  Missa ,  de  Fcstis ,  et  de 
omnibus  fere  rébus  ad  Ecclesiasticam  disciplinam  pertinentibus  fuse 
disseritur.  Pro  viginti  tamen  Exercitalionibus  de  rébus  in  Congreg. 
S.  Rituum  agitari  solilis ,  peculiarcs  Scholae  nostrœ  facimusocto  tomos 
De  Canonizatione  Sanctorum ,  quos  unico  volumine  in  synopsim  redjo 
tos  complexi  sumus. 

XII.  Tbesaurus  Liturgicus,  et  peculiarcs  in  eo  Disserta liones 
Ue  rébus,  quas  Ecclesiastica,  vel  profana  hhtoria,  Conciliaresque 


LITURGIQUES.  561 

Sanctiones  ad  Sacrorum  Rituum  illustrationem  suppeditabunt,  non 
ad  Scholae  exercitium,  neque  ad  ejusdem  Auditores  spectant,  sed  eas 
peculiari  titulo  dedicamus  Sacrorum  Rituum  Academicis  dignitate  et 
scientia  clarissimis ,  quorum  plurimos  vel  Codices  et  Disse rtationes 
nobis  transmittendo  ,  vel  suppeditaudo  materiam ,  vel  protectione  sua 
studia  nostra  provehendo ,  benevolentissimos  nobis  maguo  litterarise 
reipublicae  boiio  experti  sumus. 


t.  11.  36 


562  INSTITUTIONS 


±san 


CHAPITRE  XXIII. 

DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  SECONDE  MOITIE  DU  DIX-HUITIÈME 
SIÈCLE.     DERNIERS    EFFORTS     POUR     LA     DESTRUCTION     DES 

USAGES    ROMAINS  EN    FRANCE.  RONDET  ET   SES   TRAVAUX. 

—  BRÉVIAIRE  DE  POITIERS.  JACOB.  —  BREVIAIRE  DE  TOU- 
LOUSE. LOMÉNIE  DE  BRIENNE.  —  BRÉVIAIRE  DE  LYON.  MON- 
TAZET.  —  RÉVISION  DU  PARISIEN*  SYMON  DE  DONCOURT.  — 
ASSEMBLÉE  DES  ÉVÈQUES  DE  LA  PROVINCE  DE  TOURS. — BRÉ- 
VIAIRE DE  CHARTRES.  SIÉYES.  —  MISSEL  DE  SENS.  MONTEAÙ. 
— DÉSORGANISATION  DE  LA  LITURGIE  DANS  PLUSIEURS  ORDRES 
RELIGIEUX  EN  FRANCE. —  SITUATION  DE  L'ÉGLISE  DE  FRANCE, 
SOUS  LE  RAPPORT  LITURGIQUE,  AU  MOMENT  DE  LA  PERSÉCU- 
TION. —  ENTREPRISES  ANTI-LITURGIQUES  DE  JOSEPH  II  ,  EN 
ALLEMAGNE  ET  EN  BELGIQUE;  DE  LÉOPOLD ,  EN  TOSCANE. — 
RICCI.  SYNODE  DE  PISTOIE.  —  CONSPIRATION  GÉNÉRALE  DE  LA 
SECTE  ANTI-LITURGISTE  CONTRE  LE  CULTE  ET  L'USAGE  DE  l'eU- 
CHARISTIÊ. — RÉACTION  CATHOLIQUE  PAR  LE  CULTE  DU  SACRÉ- 
COEUR  DE  JÉSUS.  —  TENTATIVES  ANTI-LITURGISTES  DE  LA 
SECTE  CONSTITUTIONNELLE  EX  FRANCE,  APRÈS  LA  PERSÉ- 
CUTION, —  TRAVAUX  DES  PAPES  BUR   LA  LITURGIE   ROMAINE, 

Durant  la  derrière  moitié  du  xvni'  siècle,  bulle 
AUCTOREM  FI  DEL  —  auteurs  liturgistes  de  cette 

ÉPOQUE. 

Rentrons  en  France  pour  y  être  témoins  des  efforts  désor- 
ganisateurs  de*  ennemis  de  la  Liturgie  Romaine.  Encore 
quarante  ans ,  et  les  débris  de  l'ancienne  société  française 
seront  épars sur  le  sol.  Le  vertige  est  dans  toutes  les  têtes; 
ceux-là  même  qui  veulent  conserver  quelque  chose  de  ce  qui 
fut,  sacrifient  d'autre  part  à  la  manie  du  jour.  L'école  des 


LITURGIQUES.  565 

nouveaux  lilurgistes,  recrutée  principalement  jusqu'ici  dans 
les  rangs  du  Jansénisme,  se  renforce  de  philosophes  et 
d'incroyants.  La  Liturgie  Romaine  est  menacée  dans  toute 
la  France ,  et  comme  la  foi  elle-même  s'en  va ,  on  se  met 
peu  en  peine  que  ses  antiques  manifestations  disparaissent 
avec  elle.  Traçons  le  rapide,  mais  lamentable  tableau  de 
cette  effrayante  dissolution. 

Nous  avons  fait  voir  ailleurs  comment  l'innovation  litur- 
gique avait  été  une  œuvre  Presbytérienne  dans  ses  instiga- 
teurs et  ses  agents,  et  comment  même  de  simples  Acolythes 
se  trouvèrent  appelés  à  y  prendre  une  part  majeure.  En  at- 
tendant le  jour  où  des  laïques  présenteraient  à  l'Assemblée 
Constituante  la  Constitution  civile  du  Clergé,  voici  qu'un 
autre  laïque,  un  disciple  de  Jansénius,  un  dévot  du  Diacre 
Paris,  un  visionnaire  apocalyptique,  Laurent-Etienne  Ron- 
det ,  en  un  mot ,  se  trouve  placé  à  la  tête  du  mouvement  litur- 
gique. Ce  personnage  est  appelé,  dans  dix  Diocèses  différens, 
pour  diriger  l'édition  des  nouveaux  livres  qu'on  veut  se 
donner.  Les  Bréviaires  de  Laon,  du  Mans,  de  Carcassonne, 
de  Cahors,  de  Poitiers,  de  Noyon  et  de  Toulouse  ont  l'hon- 
neur de  passer  sous  sa  direction.  Les  Missels  de  Soissons, 
du  Mans,  de  Poitiers,  de  Noyon,  de  Toulouse  et  de  Rheims, 
le  proclament  leur  infatigable  patron;  le  Rituel  de  Soissons 
l'avoue  pour  son  rédacteur  ;  les  Processionnaux  de  Poitiers 
et  de  Rheims  lui  ont  les  plus  grandes  obligations,  etc.  (1).  En 
un  mot,  cet  homme  est  partout  ;  les  Eglises  l'appellent  à  leur 
secours  comme  celui  en  qui  s'est  reposé  l'esprit  qui  anima 
les  Le  Tourneux,  les  Le  Brun  des  Marettes,  et  les  Mesen- 
guy.  Les  Pasteurs  des  peuples  à  qui  il  appartient  d'enseigner 

(1)  Feller  et  Biographie  Universelle,  article  Rondet.  Ami  de  la  Re« 
liyion.  Tome  XXVI. 


564  INSTITUTIONS 

par  la  Liturgie,  après  avoir  renoncé  à  l'antique  tradition 
Grégorienne,  s'inclinent  devant  un  séculier,  sectateur  avoué 
de  dogmes  qu'ils  réprouvent,  et  livrent  plus  ou  moins  à  sa 
censure  les  prières  de  l'autel.  Non ,  certes,  il  ne  se  vit  jamais 
rien  de  pareil,  et  nous  ne  le  croirions  pas ,  s'il  n'était  attesté 
par  des  témoins  oculaires  et,  du  reste,  pleins  d'enthousiasme. 
Dirons-nous  un  mot  des  influences  de  Rondet  sur  les  livres 
dont  nous  parlons?  Les  détails  n'appartiennent  pas  à  cette 
rapide  histoire  liturgique  ;  ils  viendront  assez  tôt  ailleurs. 
Toutefois ,  observons  que  tous  les  Bréviaires  et  Missels  à  la 
publication  desquels  Rondet  prit  part,  présentent  deux  ca- 
ractères  particuliers  qui  les  distinguent  des  livres  Parisiens 
de  Vigier  et  Mesenguy.  Le  premier  est  l'affectation  d'employer 
l'Ecriture  Sainte  d'après  la  Vulgate  actuelle,  en  faisant  dis- 
paraître les  phrases,  les  mots,  les  syllabes  mêmes  qui ,  prove- 
nant de  l'ancienne  Italique ,  rappellent  encore ,  quoique  bien 
rarement,  dans  le  Parisien  actuel,  l'origine  Grégorienne  de 
quelques  Répons  ou  Antiennes.  On  sait  que  Rondet  se  piquait 
d'érudition  Biblique;  mais  il  est  fâcheux  qu'il  ait  cru  de- 
voir en  faire  un  usage  si  barbare.  Au  reste ,  la  question  de 
savoir  si  l'en  devait  conserver  dans  la  Liturgie  les  paroles 
de  l'ancienne  Italique,  avait  clé  agitée  à  Rome,  dès  le  sei- 
zième siècle.  Mais  de  bonne  heure  ,  Clément  VIII  fixa  toutes 
les  incertitudes,  en  déclarant  qu'on  devait  maintenir  l'an- 
cienne version  dans  toutes  les  pièces  chantées.  Le  Pontife  cen- 
sura même  avec  énergie  la  témérité  et  l'audace  des  novateurs, 
ne  voulant  pas  qu'on  pût  dire  qu'une  atteinte,  si  légère 
qu'elle  fût,  aurait  été  portée  à  la  tradition  par  les  Pontifes 
Romains  (I).  On  doit,  après  tout,  savoir  gré  à  Rondet,  qui 

(1)  Progressu  temporis,  sive  typographorura ,  sive  aliorum  temeritas 
et  audacia  effecit  ut  multi  in  ea  quœ  in  his  proximis  annis  excusa  sunt 


LITURGIQUES.  56S 

n'avait  pas  les  mêmes  intérêts  que  l'Eglise  Romaine  au  main- 
tien des  traditions,  de  n'être  pas  allé  jusqu'à  remplacer  le 
Venite  exultemus  du  Psautier  Italique,  par  celui  du  Psau- 
tier Gallican. 

Le  second  caractère  des  livres  liturgiques  sortis  de  ses 
mains,  est  d'avoir  un  Commun  des  Prêtres.  Nous  discuterons 
ailleurs  les  motifs  et  les  avantages  de  cette  nouvelle  création. 
Il  faut  dire  cependant  que  les  livres  publiés  par  Rondet  ne 
sont  pas  les  premiers  qufla  présentent  ;  mais,  quoiqu'on  l'eût 
déjà  inaugurée  au  Rréviaire  de  Rouen,  dès  1726,  Vigier  et 
Mesenguy  n'avaient  pas  cru  devoir  imiter  cet  exemple.  La 
Congrégation  des  Chanoines  Réguliers  de  Sainte-Geneviève , 
en  adoptant  leur  Rr/éviaire ,  y  introduisit  tout  d'abord  le  nou- 
veau Commun  qui  bientôt  devait  être  accueilli  en  tous  lieux, 
par  acclamation  ,  à  cette  époque  où  les  Pouvoirs  du  Second 
Ordre  étaient  proclamés  si  haut.  La  révolution  était  donc 
partout,  et  d'autant  plus  voisine  de  son  explosion,  que  ceux- 
là  même  qu'on  avait  trouvé  moyen  d'y  intéresser,  étaient 
ceux  qu'elle  devait  atteindre  les  premiers.  Quoi  qu'il  en  soft, 
le  nouveau  partage  des  Communs  produisit  encore  un  dé- 
plorable renversement  des  traditions  liturgiques ,  dans  les 
Rréviaires  modernes,  savoir,  la  suppression   absolue  du 
titre  de  Confesseur,  sans  lequel  il  est  impossible  cepen- 
dant de  rien  entendre  au  système  agiologique  de  l'Eglise 
Catholique.  Aussi  n'est-il  pas  rare  de  rencontrer  des  Prêtres, 
instruits  d'ailleurs  ,  qui  ne  donnent  au  titre  de  Confesseur 
d'autre  acception  que  de  signifier  un  personnage  qui  a  souf- 
fert l'exil,  la  prison ,  ou  les  tourments,  pour  la  Foi. 

Missalia  errores  irrepserint,  quibus  vetustissima  illa  sacrorum  Biblio- 
rum  versio  quœ  etiam  aiÉe  S.  Hieronymi  tempora  celebris  habita  est 
in  Ecclesia ,  et  ex  qua  omnes  fere  Mûsarum  Inlroïtus  et  quae  dicimtur 
Gradualia  et  Offertoria  accepta  sunt,  omnino  sublata  est.  Clément  VIII. 
Bref  du  7  juillet  1604 ,  pour  la  révision  ctu  Missel  Romain. 


566  INSTITUTIONS 

L'année  1765  vit  paraître  un  Bréviaire,  et  Tannée  4766  un 
Missel,  qui  dépassaient  peut-être  encore  tout  ce  qu'on  avait 
vu  jusqu'alors.  Ces  deux  livres,  destinés  au  Diocèse  de  Poi- 
tiers, avaient  été  rédigés  par  un  Lazariste  nommé  Jacob,  et 
portaient  en  tête  le  nom  et  l'approbation  de  Martial-Louis 
de  Beaupoil  de  Saint-Aulaire.  D'abord,  tout  ce  que  nous 
avons  énuméré  jusqu'ici  de  nouveautés  étranges  dans  les 
livres  de  Paris  et  autres,  s'y  trouvait  reproduit  fidèlement; 
mais  avec  quelle  incroyable  recherche  l'auteur  avait  en- 
chéri sur  tant  de  singularités!  Nous  ne  parlerons  pas  de 
l'usage  inouï  de  placer,  à  certains  jours,  une  Légende  de 
Saint  dans  l'Office  des  Laudes  ;  mais  peut-on  voir  quelque 
chose  de  plus  étrange  que  de  consacrer  le  Dimanche,  ce  pre- 
mier jour  de  l'Opération  Divine,  ce  jour  de  la  Création  de  la 
Lumière,  de  la  Résurrection  du  Christ,  de  la  Promulgation 
de  la  Loi  Evangélique ,  de  le  consacrer,  disons-nous ,  à  célé- 
brer le  repos  de  Dieu  achevant  l'œuvre  de  la  création  (1)? 
Pouvait-on  démentir  d'une  manière  plus  énorme  tous  les 
siècles  Chrétiens,  qui  n'ont  qu'une  voix  sur  les  Mystères  de 
la  Semaine,  et  qui  jamais  ne  confondirent  le  jour  de  la  Lu- 
mière avec  le  Sabbat  du  Seigneur.  A  l'effet  d'étayer  ce  beau 
système,  Jacob  n'avait  eu  rien  de  plus  pressé  que  de  débar- 
rasser les  Vêpres  du  Dimanche  de  ces  belles  et  populaires 
Antiennes,  conservées  cependant  à  Paris  et  partout  ailleurs: 
Bixlt  Dominus — Fidelia,  etc. ,  pour  amener,  comme  dans 
tout  le  reste  de  son  Psautier,  de  nouvelles  Antiennes  plus  ou 
moins  décousues  et  tirées  des  divers  livres  de  la  Bible  ;  en  quoi 
il  avait  rompu  non  seulement  avec  Rome,  Milan,  l'ancienne 

(1)  Dies  Dominica  Dei  complentis  opus  creationis  requiem  célébrât, 
Christi  resurgentis  commémorât  triumphum,  varia  describit  pietatis 
officia  quibus  obligantur  fidèles,  et  seternœ  requiei  desiderium  exci- 
tât et  accendit. 


LITURGIQUES.  567 

Eglise  Gallicane ,  l'Eglise  Gothique  d'Espagne ,  mais  même 
avec  tous  les  nouveaux  Bréviaires,  dont  aucun  n'avait  encore 
été  puiser  hors  des  Psaumes  eux-mêmes  les  Antiennes  du 
Psautier.  Dans  la  voie  des  nouveautés,  quand  on  a  franchi  un 
certain  degré,  on  ne  s'arrête  plus.  Nous  nous  bornerons,  pour 
le  moment,  à  ces  traits  du  Bréviaire  de  Jacob,  en  signalant 
toutefois  les  indignes  gravures  dont  on  avait  prétendu  l'orner. 
Le  Missel  Pictavien  était  digne  du  Bréviaire  auquel  il  cor- 
respondait. La  place  nous  manque  pour  une  analyse  qui  sera 
suppléée  ailleurs.  Disons  seulement  que  la  rage  de  sacrifier 
les  formules  Grégoriennes,  au  profit  d'un  misérable  système 
individuel ,  avait  amené  la  suppression  de  la  plupart  de  ces 
Introïts  dont  les  premiers  mots  étaient  pour  nos  pères  le  flam- 
beau de  l'Année  Ecclésiastique  et  Civile,  et  dont  une  partie, 
du  moins,  avait  survécu  aux  violences  de  Vigier  et  Mesenguy. 
De  tous  ces  Introïts ,  un  surtout  était  resté  dans  la  mémoire 
du  peuple,  celui  de  l'Octave  de  Pâques  :  Quasi  modo  geniti. 
Jacob  le  biffa  comme  les  autres ,  pour  mettre  en  place  Beata 
gens,  etc.,  paroles  du  Psaume  XXXII  ;  car  Jacob,  qui,  dans 
le  Psautier,  ne  souffrait  pas  d'Antiennes  tirées  des  Psaumes, 
se  fit  une  loi  d'emprunter  exclusivement  au  Psautier  les  In- 
troïts de  son  Missel,  à  la  condition,  toutefois,  d'expulser 
sans  façon  la  plupart  de  ceux  que  saint  Grégoire  avait  puisés 
à  la  même  source.  Aveugle  novateur,  qui  ne  savait  probable- 
ment pas  qu'aujourd'hui  encore ,  dans  l'Allemagne  Protes- 
tante ,  le  peuple ,  après  trois  siècles  de  Luthéranisme,  après 
trois  siècles  de  langue  vulgaire  dans  les  Offices,  n'a  encore 
oublié  ni  le  Dimanche  Quasimodo  t  ni  le  Dimanche  Jubilate,  ni 
le  Dimanche  Vocem  Jucunditatis,  etc.,  etc.  Certes,  si  un  jour 
l'Eglise  de  saint  Hilaire,  qui,  plus  qu'une  autre,  devrait  être 
jalouse  des  traditions  saintes,  vient  à  replacer  sur  ses  antiques 
autels  les  livres  de  saint  Grégoire,  et  à  reléguer  sur  les  rayons 


568  INSTITUTIONS 

des  bibliothèques  humaines  les  œuvres  du  Lazariste  Jacob , 
nous  doutons  qu'après  trois  siècles ,  la  mémoire  des  Poite- 
vins garde  un  souvenir  aussi  fidèle  du  Dimanche  Beata 
gens. 

L'Eglise  de  Toulouse ,  en  1771 ,  vint  aussi  abjurer  les  tra- 
ditions Romaines.  Elle  avait  alors  le  malheur  d'être  gouver- 
née par  son  trop  fameux  Archevêque  Etienne-Charles  de 
Loménie  de  Brienne ,  qui  croyait  en  Dieu ,  peut-être ,  mais 
non  en  la  révélation  de  Jésus-Christ.  Il  mérita  du  moins , 
pour  sa  réforme  liturgique,  les  éloges  du  gazetier  Janséniste  : 
c  On  sait,  dit-il,  que  M.  l'Archevêque  de  Toulouse  et  MM.  les 
»  Evêques  de  Montauban,  Lombez,  Saint-Papoul,  Aleth,  Bazas 
»  et  Comminges ,  ont  donné  l'année  dernière  à  leurs  Diocèses 
»  respectifs  un  nouveau  Bréviaire  qui  est  le  même  que  celui 
> de  Paris,  à  quelques  changements  près,  qui  n'intéressent 
»  point  le  fond  de  cet  ouvrage  immortel  (1).  »  En  effet,  ce 
n'était  pas  un  médiocre  triomphe  pour  le  parti ,  de  voir  un 
si  grand  nombre  d'Eglises  venir  chercher ,  sur  la  tombe  de 
Vigier  et  de  Mesenguy,  les  livres  destinés  à  remplacer  désor- 
mais, pour  elles,  les  usages  surannés  de  l'Eglise  Romaine.  Il 
faut  dire  pourtant  qu'à  Toulouse  on  avait  cherché,  au  moyen 
d'un  très  mauvais  vers,  à  rendre  Catholique  la  fameuse  strophe 
de  Santeul,  déjà  remaniée  diversement,  comme  on  l'a  vu,  à 
Evreux  et  au  Mans.  Le  Bréviaire  de  Loménie  disait  donc  : 

Insculpta  saxo  lex  vêtus 
Nil  virium  per  se  dabat  ; 
Inscripta  cordi  lex  nova 
Quidquid  jubet  dat  exequi. 

C'était  du  moins  avouer  une  fois  de  plus  que  l'orthodoxie  de 
(i)  Nouvelles  Ecclésiastiques.  16  avril  1772. 


LITURGIQUES.  569 

l'Hymnographe  Gallican  et  de  ses  œuvres  n'avait  rien  de  trop 
rassurant. 

Mais  les  innovations  dont  nous  venons  de  parler  n'offraient 
rien  d'aussi  lamentable  que  celle  qui,  en  1776,  désola  la 
sainte  Eglise  de  Lyon ,  premier  Siège  des  Gaules.  Depuis  lors, 
on  peut  dire  qu'elle  a  perdu  son  antique  beauté,  veuve  à  la 
fois  des  cantiques  apostoliques  de  son  Irénée  et  des  mélodies 
Grégoriennes  que  Charlemagne  lui  imposa  ;  n'ayant  plus  rien 
à  montrer  au  pèlerin  qu'attire  encore  le  souvenir  de  sa 
gloire,  hors  le  spectacle  toujours  imposant  des  rites  célèbres 
qu'elle  pratique  dans  la  solennité  du  sacrifice.  La  splendeur 
orientale  de  ces  rites  suffirait,  sans  doute  encore,  à  ravir  le 
voyageur  catholique,  si ,  par  le  plus  cruel  contraste ,  il  ne  se 
trouvait  tout  à  coup  arracbé  à  l'illusion  par  le  bruit  de  ces 
paroles  nouvelles,  par  le  fracas  de  ces  chants  modernes, 
et  inconnus  aux  voûtes  de  l'auguste  Primatiale  des  Gaules, 
jusqu'au  jour  où  elle  vit  Antoine  Malvin  de  Montazet 
s'asseoir,  et  avec  lui  l'hérésie,  au  centre  de  son  Abside.  Le 
Chapitre  insigne  de  la  Primatiale,  qui  avait  souffert,  sans  ré- 
clamation, que  Charles  de  Rochebonne,  en  1757,  portât  la 
main  sur  l'antique  Bréviaire ,  accepta  ,  par  acte  capitulaire 
du  15  novembre  1776,  la  substitution  de  la  Liturgie  Pari- 
sienne à  celle  de  Lyon ,  dernier  débris  de  nos  saintes  tradi- 
tions Gallicanes.  Il  humilia  ainsi  l'Eglise  de  Lyon  devant  celle 
de  Paris ,  comme  celle  de  Paris  s'était  humiliée  devant  Vigier 
et  Mesenguy.  Les  cérémonies  restèrent ,  nous  en  convenons , 
mais  la  parole  avait  disparu,  la  parole  qui  devait  rester, 
quand  bien  même  les  rites  extérieurs  eussent  subi  quelques 
altérations.  Donc ,  les  yeux  du  peuple  n'y  perdirent  rien  ; 
mais  les  Chanoines  y  gagnèrent  de  réciter  désormais  un  Bré- 
viaire plus  court;  les  chantres  ne  furent  plus  contraints 
d'exécuter  par  cœur  des  mélodies  séculaires;  tous  leurs  ef- 


570  INSTITUTIONS 

forts  tendirent  désormais  à  déchiffrer  les  nouveaux  chants,  si 
pauvres ,  si  vides  d'expression.  Ainsi  fut  changée  la  face  de 
cette  Eglise  qui  se  glorifiait  autrefois  de  ne  pas  connaître  les 
nouveautés.  Mais  il  était  écrit  que  la  déviation  serait  uni- 
verselle ,  parce  que  de  toutes  parts  on  avait  dédaigné  la 
règle  de  Tradition. 

Cependant,  comme  toujours,  une  opposition  courageuse, 
quoique  faible,  se  manifesta.  Une  minorité  dans  le  Chapitre 
Primatial  fit  entendre  ses  réclamations.  On  vit  même  paraître 
un  écrit  intitulé  :  Motifs  de  ne  point  admettre  la  nouvelle  Litur- 
gie de  M.  l'Archevêque  de  Lyon  (  I  ) .  Mais  bientôt  le  Parlement  de 
Paris,  fier  de  ses  succès  dans  l'affaire  du  Bréviaire  de  Vigier 
et  Mesenguy,  condamna  le  livre  au  feu ,  par  un  arrêt  du  7 
février  1777  (2) ,  et  après  la  sentence  de  ce  tribunal  laïque , 
mais  juge  en  dernier  ressort  sur  les  questions  liturgiques 
dans  l'Eglise  de  France,  le  silence  se  fit  partout.  On  accepta 
sans  réplique  les  Bréviaire  et  Missel  de  l'Archevêque  Mon- 
tazet,  lequel,  pour  compléter  son  œuvre,  faisait  élaborer,  à 
l'usage  de  son  Séminaire ,  une  Théologie  qui  est  restée  au 
nombre  des  plus  dangereuses  productions  de  l'hérésie  du 
dix-huitième  siècle. 

Ce  n'est  point  dans  ce  rapide  coup  d'œil  sur  l'histoire  gé- 
nérale des  formes  de  l'Office  divin ,  que  nous  pouvons  nous 
arrêter  en  détail  sur  ce  que  les  nouveaux  livres  Lyonnais 
présentaient  d'offensant  pour  les  traditions  de  la  Liturgie  Ca- 
tholique et  de  la  Liturgie  Lyonnaise  en  particulier.  L'occasion 
ne  s'en  présentera  que  trop  souvent  ailleurs.  Nous  ne  cite- 
rons donc  ici  qu'un  seul  fait  :  c'est  la  suppression  d'un  des 
plus  magnifiques  Cantiques  de  l'Eglise  Gallicane  ,  d'uû  Can- 

(1)  In-12  de  136  pages. 

(2)  VAmi  de  la  Religion,  Tome  XXII.  page  168. 


LITURGIQUES.  571 

tique  qui  ne  se  trouvait  plus  que  dans  la  Liturgie  Lyonnaise, 
et  que  Monlazet  en  a  chassé ,  pour  le  remplacer  par  un  fade 
mélange  de  textes  bibliques.  Or,  voici  les  paroles  pleines  de 
suavité  et  de  majesté  par  lesquelles  l'antique  Eglise  des  Gaules 
conviait  les  fidèles  au  festin  de  l'Agneau,  dans  la  solennité  de 
Pâques,  paroles  revêtues  d'un  chant  dont  la  sublimité  avait 
frappé  l'Abbé  Lebeuf  (1).  Cette  Antienne  se  chantait  pendant 
la  communion  du  peuple  (2) ,  et  semblait  la  grande  voix  de 
l'hiérophante  appelant  les  élus  à  venir  se  plonger  dans  les 
profondeurs  du  mystère. 

Yenite ,  populi,  ad  sacrum  et  immortaîe   mysterium,  et 
libamen  agendum  cum  timoré  et  fide. 
Accedamus  manibus  mundis , 
Pœnitentiœ  munus  communicemus  ; 
Quoniam  Agnus  Dei  propter  nos  Patri  Sacrificium  propo- 
situm  est. 

Ipsum  solum  adoremus , 
Ipsum  glorificemus , 
Cum  Angelis  clamantes  : 
Alléluia. 
Voici  maintenant  ce  que  l'Eglise  de  Lyon  chante  aujour- 
d'hui ,  par  ordre  de  Montazet  : 

Gustate  et  videte  quoniam  suavis  est  Dominus  ;  properate 
et  comedite ,  et  vivet  anima  vestra  :  hic  est  panis  qui  de  cœlo 
descendit,  et  dat  vitam  mundo  :  confortetur  cor  vestrum,  omnes 
qui  speratis  in  Domino  :  cantate  ei  canticum  novum  :  bene 
psaUiteeiin  vociferatione ,  alléluia,  Ps.  33.  Is.  54.  Joan.  6. 
Ps.  50.  Ps.  32. 


(1)  Lebeuf.  Traité  historique  du  Chant  Ecclés.  pag.  40. 

(2)  Il  ne  faut  pas  coufoadre  cette  pièce  avec  l' Antienne  dite  Com- 
munion ,  que  Ton  chantait  ensuite  ,  comme  dans  les  autres  Eglises 
Latines. 


572  INSTITUTIONS 

Nous  transcrivons  fidèlement,  y  compris  les  indications 
des  sources  à  l'aide  desquelles  les  faiseurs  au  service  de 
Montazet  ont  bâti  ce  centon  décousu.  Voilà  ce  qu'on  faisait 
alors  de  la  tradition  et  de  la  poésie  ;  voilà  le  zèle  avec  lequel 
ces  soi-disants  Gallicans  traitaient  les  débris  de  la  Liturgie  de 
saint  Lénéeet  de  saint  Hilaire.  On  voit,  au  reste,  qu'ils  ont 
eu  quelque  velléité  d'imiter  l'ancien  Cantique ,  ne  serait-ce 
qu'en  cherchant  un  rapprochement  quelconque  entre  les  der- 
nières paroles  de  l'Hymne  Gallican  :  CumAngelis  clamantes  : 
Alléluia,  et  ces  mots  :  Bene  psallite  ei  in  vociferatione ,  allé- 
luia. Voilà  assurément  de  la  mélodie  Janséniste  :  Psallite  ei 
in  ;  et  le  vociferatione  n'est-il  pas  ici  d'un  grand  effet,  et 
surtout  d'une  grande  justesse  ? 

A  Paris ,  en  1775 ,  les  libraires  associés  pour  la  publication 
des  usages  du  Diocèse,  ayant  donné  une  édition  du  Missel 
remplie  de  fautes,  l'Archevêque  Christophe  de  Befeumont 
leur  enjoignit  de  ne  rien  imprimer  dans  la  suite  qui  n'eût  été 
revu  par  MM.  de  Saint-Sulpice.  Ainsi ,  cette  Compagnie  res- 
pectable qui  s'était  distinguée  en  1756  par  son  opposition  à 
l'œuvre  de  Vigier  et  Mesenguy ,  l'avait  ensuite  acceptée  si 
cordialement ,  que  l'autorité  diocésaine  n'avait  rien  de  mieux 
à  faire  que  de  la  préposer  à  la  garde  de  ce  dépôt.  Les  Abbés 
Joubert  et  Symon  de  Doncourt  furent  spécialement  chargés 
de  diriger  l'édition  du  Missel  de  1777,  et  celle  du  Bréviaire 
de  1778.  Ils  introduisirent  quelques  améliorations  légères  ; 
par  exemple,  en  faisantdisparaître  la  divergence  des  Oraisons 
de  la  Messe  et  de  l'Office ,  dans  une  même  fête  ;  inconvénient 
qui  rappelait  la  précipitation  avec  laquelle  on  avait  procédé, 
au  temps  de  l'Archevêque  Vintimille.  Malheureusement, 
toutes  les  améliorations  introduites  par  Joubert  et  Simon  de 
Doncourt  n'étaient  pas  aussi  dépourvues  d'esprit  de  parti  ; 
autrement ,  on  ne  s'expliquerait  pas  la  faveur  inouïe  qu'ob- 


LITURGIQUES*  573 

tint  le  travail  des  deux  Sulpieiens  de  la  part  des  Jansénistes, 
qui  jusqu'alors  n'avaient  jamais  manqué  une  occasion  de 
s'exprimer  contre  leur  Compagnie  dans  les  termes  les  plus 
grossiers  et  les  plus  méprisants.  Ce  fut  donc  merveille  de 
voir  successivement  trois  feuilles  des  Nouvelles  Ecclésias- 
tiques (I)  consacrées,  presque  en  entier,  à  reproduire  avec 
une  faveur  complète  le  Mémoire  dans  lequel  Joubert  et  Sy- 
mon  de  Doncourt  rendaient  compte  de  leur  opération  au 
public. 

Une  des  raisons  de  cette  haute  faveur  apparaît  en  particu- 
lier dans  une  des  améliorations  de  l'édition  du  Missel  de  1777, 
signalée  par  Symon  de  Doncourt  lui-même  avec  la  plus  naïve 
complaisance ,  dans  une  lettre  de  cet  Ecclésiastique  insérée 
au  Journal  Ecclésiastique  du  Janséniste  Dinouart  (2).  Le  cor- 
recteur du  Missel  se  félicite  d'avoir  été  à  portée  de  rectifier 
une  grave  erreur  qui  s'était  glissée  dans  la  fameuse  Oraison 
de  saint  Pierre  :  Deus  qui  beato  Petro  Apostolo  tuo ,  collatis 
clavibus  Regni  cœlestis  animas  ligandi  atque  solvendi  Pontifi- 
cium  tradidisti.  La  Cour  de  Rome,  suivant  l'auteur  de  la  lettre, 
aurait,  dans  les  temps  postérieurs,  retranché  a  dessein  le 
mot  animas,  comme  faisant  obstacle  à  ses  prétentions  sur 
le  temporel  des  Rois  (5).  Malheureusement  pour  Symon  de 
Doncourt ,  les  Jansénistes  et  les  Constitutionnels  ont  tant  re- 
battu depuis  lors  cette  anecdote  liturgique  (4),  qu'il  serait 
difficile  aujourd'hui  de  la  réfuter  sans  dégoût.  Disons  donc 

(1)  20  août,  29  octobre  et  5  novembre  1784. 
!   (2)  Tome  LXYI.  page  266. 

(3)  Page  269. 

(4)  Voyez  les  Annales  de  la  Religion,  journal  de  l'Eglise  Constitution- 
lelle;  la  Chronique  Religieuse  dirigée  par  Grégoire;  les  ouvrages  de 
îrégoire  lui-même  ;  Tabaraud,  etc.  Il  n'est  peut-être  pas  d'histoire  qui  y 
oit  plus  souvent  ressassée  que  cette  prétendue  supercherie  Romaine. 


574  INSTITUTIONS 

seulement  que  si  les  Missels  Romains  actuels  ne  portent  pas 
le  mot  animas,  les  divers  manuscrits  du  Sacramentaire  de 
saint  Grégoire,  publiés  par  Pamélius,  D.  Hugues  Ménard  et  le 
B.  Tommasi,  ne  le  portent  pas  non  plus.  Est-ce  donc  une 
honte  à  l'Eglise  Romaine  de  s'en  tenir  à  la  Leçon  de  saint 
Grégoire  ?  Quant  à  l'honorable  intention  de  fermer  l'entrée  du 
Missel  de  Paris  aux  doctrines  ultramontaines,  en  exprimant 
fortement  cette  maxime ,  que  le  pouvoir  de  lier  et  de  délier 
donné  à  saint  Pierre  s'exerce  sur  les  âmes  (  animas  ) ,  cela 
est  bien  puérile.  Qui  ne  sait,  en  effet,  que  la  puissance  1)3- 
riiuelle  est  spirituelle  de  sa  nature ,  en  sorte  que  si  elle  atteint 
les  choses  temporelles,  elle  ne  les  peut  atteindre  que  par  les 
âmes,  par  les  intérêts  spirituels,  par  la  conscience?  D'autre 
part ,  Symôn  de  Doncourt ,  ainsi  que  l'Abbé  Grégoire  et 
consorts ,  prétendrait-il  que  l'Eglise  n'a  de  pouvoir  à  exercer 
que  sur  les  âmes?  Mais ,  comment  demeurer  Catholique  avec 
une  pareille  doctrine  qui  renverse  d'un  seul  coup  toutes  les 
obligations  extérieures,  les  seules  que  l'Eglise  puisse  pres- 
crire par  des  lois  positives  ?  Mais  c'est  assez  ;  il  nous  en  coû- 
terait trop  de  prolonger  cette  apologie  de  l'Eglise  Romaine, 
et  nous  voulons  croire  pieusement  que  Symon  de  Doncourt, 
s'il  vivait  aujourd'hui ,  Serait  le  premier  à  réfuter  sa  propre 
découverte,  dont  le  résultat  final  n'a  profilé  jusqu'ici  qu'à 
des  hérétiques  et  à  des  schismatiques. 

Les  influences  de  Saint-Sulpice  sur  la  Liturgie  Parisienne 
eurent  du  moins  cet  avantage  de  procurer  l'insertion  d'un 
Office  et  d'une  Messe  du  Sacré-Cœur  de  Jésus,  dans  les  nou- 
veaux Bréviaire  et  Missel  :  cet  Office  et  cette  Messe  étaient 
de  la  composition  de  Joubert  et  de  Doncourt.  Ainsi,  une 
solennelle  réclamation  contre  l'esprit  Janséniste  qui  avait 
inspiré  l'œuvre  de  Vigier  et  Mesenguy,  venait  s'implanter  au 
milieu  de  cette  œuvre  elle-même.  Quelques  années  aupara- 


LITURGIQUES.  575 

Vant,  en  1770,  Christophe  de  Beaumont  avait  approuvé  un 
Office  du  saint  Rosaire  qui  n'était  pas,  il  est  vrai,  destiné  à 
être  inséré  au  Bréviaire,  mais  qui  pourtant  était  aussi  une 
réclamation  contre  cet  isolement  dans  lequel  on  tenait  les 
Catholiques  Français  à  l'égard  de  Rome  et  de  la  Chrétienté,  en 
leur  interdisant  la  Commémoration  d'une  des  plus  magnifiques 
victoires  que  le  nom  Chrétien^  sous  les  auspices  de  Marie,  et 
par  les  efforts  du  Pontife  Romain ,  ait  jamais  remportée  sur 
le  Croissant. 

Anfoine-Eléonor-Léon  Leclerc  de  Juigné;  qui  siégeait 
saintement  et  glorieusement  dans  l'Eglise  de  Paris,  quand  la 
tempête  si  longuement  et  si  complaisamment  préparée  s'en 
vint  mugir  avec  tant  de  rage  contre  les  institutions  de  notre 
foi ,  avait  senti  pareillement  la  portée  des  outrages  faits  à  la 
piété  Catholique  par  la  Liturgie  des  Jansénistes.  Dans  l'édition 
du  Bréviaire  de  Paris  qu'il  préparait,  mais  qui  n'eut  pas  lieu, 
il  songeait  à  introduire  l'Office  de  Notre-Dame  du  Mont-Car- 
mel;  mais  les  temps  n'étaient  pas  accomplis.  La  route  n'était 
pas  parcourue  dans  son  entier  ;  l'heure  n'était  donc  pas  venue 
de  revenir  sur  ses  pas.  On  le  vit  bien  d'ailleurs,  quand  le  même 
Prélat,  ayant  besoin  de  huit  Hymnes  nouvelles  (1)  pour 
rendre  plus  parfaite  l'édition  de  son  Bréviaire,  trouva  tout 
simple  de  les  commander  à  des  littéral eurs,  comme  on  ferait 
d'un  discours  académique.  Lisez  plutôt  :  i  D'après  les  in- 
>  tentions  de  l'Archevêque ,  le  Recteur  de  l'Université  (  c'était 
•  alors  Dumouchel)  indiqua  un  concours  pour  travaillera 
»  ces  Hymnes,  et  adressa,  le  2  décembre  1786,  un  Mandement 
»  latin  aux  professeurs  et  aux  amis  de  la  poésie  latine ,  pour 
>les  engager  à  s'occuper  de  cet  objet.  On  dit  que  Luce  de 

(1)  Trois  pour  la  Commun  des  Prêtres ,  deux  pour  le  Patron ,  et  trois 
pour  sainte  Clotilde. 


576  INSTITUTIONS 

»Lancival,  alors  professeur  de  rhétorique  au  Collège  de  Na- 
>varre,  concourut  et  obtint  le  prix  pour  les  Hymnes  de 
»  sainte  Clotilde  (1).  »  Cependant,  si  nous  nous  en  souvenons 
bien,  il  nous  semble  que  saint  Bernard  exige  tout  autre  chose 
de  Phymnographe  Chrétien ,  que  la  qualité  de  professeur  ou 
d'ami  de  la  poésie  latine.  La  persécution  qui  renversa  les  autels 
suspendit  l'édition  du  Bréviaire  projeté;  mais  n'eût-il  pas  été 
bien  déplorable  de  voir  réunis  dans  le  même  livre  des  prières 
cléricales,  les  Psaumes  de  David,  les  Cantiques  des  Prophètes 
et  les  fantaisies  latines  d'un  personnage  erotique  qui ,  après 
avoir  cultivé  en  auteur  du  troisième  ordre  le  tragique  et  le 
comique  du  Théâtre  Français,  mourut  à  quarante-quatre  ans 
d'une  maladie  honteuse  (2)  ?  Et  pourtant ,  mieux  vaut  encore 
pour  hymnographe  un  libertin  qu'un  hérétique. 

L'Archevêque  de  Juigné,  s'il  ne  renouvela  ni  le  Missel ,  ni 
le  Bréviaire,  accomplit  néanmoins  une  œuvre  liturgique  bien 
grave  dans  le  Diocèse  de  Paris  :  ce  fut  la  publication  d'un  nou- 
veau Rituel.  Nous  ne  parlerons  pas  ici  du  Pastoral,  ou  recueil 
dogmatique  et  moral  qui  ne  concerne  que  la  pratique  du  saint 
ministère.  Le  Rituel  proprement  dit  doit  nous  occuper  uni- 
quement. On  remarqua  dans  la  nouvelle  édition  de  ce  livre  une 
hardiesse  qui  dépassait ,  sous  un  rapport ,  tout  ce  qu'on  avait 
vu  jusqu'alors.  Sans  doute ,  les  Jansénistes ,  auteurs  des  nou^ 
veaux  livres,  s'étaient  exercés  à  mettre  du  nouveau  dans 
tout  l'ensemble  de  la  Liturgie,  mais  du  moins  ils  ne  s'étaient 
pas  avisés  de  retoucher  pour  le  style  les  pièces  de  l'antiquité 
qu'ils  avaient  jugé  à  propos  de  conserver.  Les  prières  pour 

i 

(1)  L'Ami  de  la  Religion.  Tome  XXVI.  page  296. 

(2)  Le  nouveau  Bréviaire  de  Paris  de  4822  renferme  trois  Hymnes 
de  sainte  Clotilde,  sans  nom  d'auteur.  Ne  seraient-elles  point  celles  de 
Luce  de  Lancivâl?  Que  d'autres  nous  le  disent.  Jusque-là  nous  nous 
abstenons. 


LITURGIQUES.  577 

l'administration  des  Sacrements  n'avaient  souffert  aucune 
variation;  et,  jusque-là,  le  dix-huitième  siècle  ne  s'était  pas 
cru  en  droit  de  donner  des  leçons  de  langue  latine  à  saint 
Léon  et  à  saint  Gélase.  Dans  le  Rituel  Parisien  de  1786,  le 
Clergé  s'aperçut  que  l'ensemble  de  ces  vénérables  for- 
mules avait  été  soumis  à  une  nouvelle  rédaction ,   sous 
le  prétexte  d'y  introduire  une  plus  grande  élégance  !  Ainsi, 
ce  n'étaient  plus  les  Hymnes,  les  Antiennes,  les  Répons 
qui  manquaient  de  dignité  et  qu'il  fallait  refaire ,  au  risque 
de  sacrifier  la  Tradition  qui  ne  se  refait  pas  ;  c'était  l'en- 
seignement dogmatique  des  premiers  siècles ,  le  plus  pur,  le 
plus  grave,  le  plus  universel,  qui  devait  disparaître  pour  faire 
place  aux  périodes  plus  ou  moins  ronflantes  de  Louis-Fran- 
çois Revers,  Chanoine  de  Saint-Honoré  ;  d'un  Abbé  Plunkett, 
Docteur  de  Sorbonne  ;  et  enfin  d'un  Abbé  Charlier,  Secré- 
taire de  l'Archevêque.  Encore  un  pas ,  et  le  Canon  de  la 
Messe  aurait  eu  son  tour  ,  et  on  l'aurait  vu  disparaître  pour 
faire  place  à  des  phrases  nouvelles ,  et  débarrasser  enfin  les 
Protestants  de  l'invincible  poids  de  son  témoignage  séculaire. 
Encore  un  pas ,  et  la  raison  de  ne  pas  admettre  la  langue 
vulgaire  dans  la  Liturgie,  tirée  de  l'immobilité  nécessaire 
des  formules  mystérieuses  ,  aurait  disparu  pour  jamais.  Il 
fallait  des  faits  semblables  pour  constater  l'étrange  déviation 
que  les  Anti-liturgistes  avaient  opérée  de  longue  main  dans 
l'esprit  des  Catholiques  Français.  Cinquante  ans  et  plus  ont 
dû  s'écouler  avant  que  l'on  ait  songé  sérieusement  à  restituer, 
dans  le  Rituel  Parisien ,  les  formes  antiques  de  la  tradition. 
Les  Evêques  de  la  Province  ecclésiastique  de  Tours  se  réu- 
nirent dans  cette  ville,  en  1780,  sous  la  présidence  de  l'Ar- 
chevêque François  de  Conzié.  Dans  cette  Assemblée  Provin- 
ciale qui  n'eut  cependant  pas  la  forme   de  Concile,  on 
décréta  la  suppression  de  plusieurs  fêtes  dont  l'observance 
T.  H.  57 


578  INSTITUTIONS 

était  générale  dans  l'Eglise  ;  le  Mardi  de  la  Pentecôte ,  entre 
autres.  Pour  corroborer  cette  mesure,  des  Lettres-Patentes 
du  Roi  furent  sollicitées  et  obtenues.  C'était  peu  cependant 
pour  autoriser  une  dérogation  à  la  discipline  générale ,  dont 
les  lois  ne  peuvent  être  relâchées  que  parle  pouvoir  Aposto- 
lique, le  seul  qui  ait  droit  de  dispenser  des  Canons  reçus  uni- 
versellement. En  1801,  Bonaparte  fut  mieux  conseillé.  Quoi 
qu'il  en  soit ,  dans  le  Mandement  qu'ils  publièrent  en  nom 
collectif,  sous  la  date  du  8  mai  1780,  pour  annoncer  aux  fi- 
dèles les  motifs  de  cette  suppression  des  Fêtes ,  les  Prélats , 
faisant  allusion  à  certaines  Fêtes  locales  qu'ils  avaient  cru 
devoir  abolir,  proclamaient  en  ces  termes  les  principes  de 
tous  les  siècles  sur  l'unité  liturgique  :  «  Les  Fêtes  seront,  à 
»  l'avenir,  uniformément  célébrées  dans  nos  différents  Dio- 
»  cèses.  On  ne  verra  plus  les  travaux  permis  dans  un  lieu  et 
»  interdits  dans  un  autre.  Une  sainte  uniformité ,  l'image  de 
»  l'unité  de  l'Eglise  et  l'un  des  plus  beaux  ornements  du  culte 
p  public ,  va  se  rétablir  dans  toutes  les  parties  de  cette  vaste 
»  Province.  » 

Les  Pères  du  Concile  de  Vannes,  rassemblés  en  461  sous 
la  présidence  de  saint  Perpetuus,  Evêque  de  Tours,  n'avaient 
pas  tenu  un  autre  langage  :  «  Il  nous  a  semblé  bon,  disaient* 
»  ils,  que  dans  notre  Province  il  n'y  eût  qu'une  seule  coutume 
»  pour  les  cérémonies  saintes  et  la  psalmodie  ;  en  sorte  que 
»de  même  que  nous  n'avons  qu'une  seule  foi,  par  la  confes- 
sion delà  Trinité,  nous  n'ayons  aussi  qu'une  même  règle 
j>  pour  les  Offices  :  dans  la  crainte  que  la  variété  d'observances 
»  en  quelque  chose  ne  donne  lieu  de  croire  que  notre  dévo- 
»  tion  présente  aussi  des  différences  (1) .  » 

Il  était  naturel  que,  dans  une  conjoncture  pareille,  après 

(!)  Voyez  ci-ctou»,  tome  I,  page  131, 


LITURGIQUES,  579 

avoir  parlé  de  l'uniformité  du  culte  public ,  image  de  l'unité 
de  l'Eglise,  Y  Assemblée  de  1780  s'occupât  des  moyens  de 
faire  cesser  la  discordance  de  la  Liturgie  dans  la  Province. 
L'Archevêque  convia  ses  collègues  à  embrasser  le  nouveau 
Bréviaire  de  Tours,  qui  n'était,  pour  le  fond ,  que  le  Parisien 
de  Vigier  et  Mesenguy  ;  mais  il  était  difficile  qu'après  s'être 
affranchi  des  règlements  du  Concile  de  Tours  de  1583,  qui 
prescrivaient  l'usage  du  Bréviaire  Romain  de  saintPie  V,  on 
consentît  à  reconnaître  l'autorité  liturgique  du  Métropolitain. 
Les  Evêques  du  Mans  et  d'Angers  déclarèrent  donc  s'en  tenir  à 
leurs  livres  ;  l'Evêque  de  Nantes  se  décida  pour  la  Liturgie  Poi- 
tevine, du  Lazariste  Jacob  ;  les  Evêques  de  Vannes  et  de  Saint* 
Brieuc  conservèrent  leur  Parisien  pur  et  simple.  L'Evêque  de 
Rennes  fut  le  seul  qui  se  sentit  touché  du  désir  d'embrasser  les 
nouveaux  usages  de  la  Métropole;  encore  ne  voulut-il  rece- 
voir les  livres  de  Tours  que  dans  sa  Cathédrale ,  déclarant  la 
Liturgie  Romaine  obligatoire  dans  le  reste  du  Diocèse,  comme 
par  le  passé.  Quant  aux  Evêques  de  Dol ,  de  Saint-Malo ,  de 
Tréguier,  de  Quimper  et  de  Saint-Polde  Léon,  ils  protestèrent 
être  dans  l'intention  de  maintenir  dans  leurs  Eglises  l'usage  de 
la  Liturgie  Romaine.  Nous  ajouterons  même ,  sur  l'autorité 
d'un  témoin  respectable,  que  les  Evêques  de  Saint-Malo  et  de 
Saint-Pol  de  Léon ,  qui  n'avaient  assisté  à  l'Assemblée  que 
par  Procureur,  écrivirent  à  l'Archevêque  :  Nous  ne  tenons  à 
Rome  que  par  un  fil  :il  ne  nous  convient  pas  de  le  rompre.  Hon- 
neur donc  à  ces  Pontifes  dont  le  cœur  épiscopal  ne  fléchit 
pas  alors  que  tout  cédait  à  l'entraînement  de  la  nouveauté  ! 
En  1782,  on  imprimait  pour  l'usage  de  l'Eglise  de  Chartres 
un  Missel,  et  en  1785  un  Bréviaire.  Ces  deux  livres,  dont 
le  fond  était  emprunté  du  nouveau  Parisien ,  paraissaient 
par  l'autorité  de  l'Evêque  Jean-Baptiste-Joseph  deLubersac. 
Dix  ans  après,  le  Vicaire-Général,  Chanoine  et  Chancelier 


580  INSTITUTIONS 

de  la  Cathédrale,  qui  avait  eu  la  plus  grande  part  à  cette 
destruction  de  la  Liturgie  Chartraine,  s'exprimait  ainsi, 
au  milieu  de  la  Convention  Nationale,  dont  il  était  membre  : 
«  Mes  vœux  appelaient  depuis  long-temps  le  triomphe  de 
»  la  raison  sur  la  superstition  et  le  fanatisme  :  ce  jour-là 
»  est  arrivé  ;  je  m'en  réjouis.  Quoique  j'aie  déposé  depuis 
»  un  grand  nombre  d'années  tout  caractère  ecclésiastique , 
»  et  qu'à  cet  égard  ma  profession  soit  bien  ancienne  et  bien 
j>  connue ,  je  déclare  encore ,  et  cent  fois  s'il  le  faut ,  que  je 
»ne  reconnais  d'autre  culte  que  celui  de  la  Liberté,  d'autre 
»  religion  que  l'amour  de  l'humanité  et  de  la  patrie.  »  Or,  ce 
liturgiste-législateur  s'appelait  l'Abbé  Siéyes.  Epuré  par  ses 
soins,  le  Bréviaire  de  l'Eglise  des  Yves  et  des  Fulbert  dissi- 
mula comme  par  honte  les  saintes  et  patriotiques  traditions 
sur  la  Vierge  des  Druides ,  et  l'on  cessa  de  chanter,  sous  les 
voûtes  même  de  Notre-Dame  de  Chartres,  ces  doux  et  gra- 
cieux Répons  dont  Fulbert  composait  les  paroles ,  et  dont 
Robert  le  Pieux  créait  la  mélodie.  Quelques  années  plus  tard, 
l'auguste  Cathédrale  vit  s'accomplir,  sous  son  ombre  sacrée, 
le  plus  hideux  de  tous  les  sacrilèges,  quand  l'image  de  la 
Vierge  encore  debout  sur  l'autel  profané,  transformée  en 
Déesse  de  la  Liberté  ou  de  la  Raison,  parut  la  tête  couverte 
du  bonnet  ignoble  dont  l'Abbé  Siéyes  et  ses  pareils  avaient 
fait  pour  la  France  un  symbole  de  terreur.  C'est  par  degré 
sans  doute  et  non  tout  à  coup  que  de  semblables  excès  de- 
viennent possibles  chez  un  peuple. 

Nous  avons  parlé  ailleurs  du  Bréviaire  de  Sens,  dont  les 
intentions  Jansénistes  sont  dénoncées  par  l'Archevêque  Lan- 
guet.  Ce  Bréviaire  reçut  son  complément  en  4785,  dans  la 
publication  d'un  nouveau  Missel,  promulgué  par  l'autorité 
du  Cardinal  de  Luynes,  Archevêque  de  cette  Métropole. 
L'auteur  de  ce  Missel  fut  l'Abbé  Monteau ,  Lazariste ,  Supé- 


LITURGIQUES.  581 

rieur  du  Séminaire  ;  son  travail  est  célèbre  par  la  multiplicité 
des  traits  d'esprit  qui  scintillent  de  toutes  parts  dans  les  Col- 
lectes ,  Secrètes  et  Postcommunions,  en  sorte  qu'on  les  croi- 
rait taillées  à  facettes.  L'Abbé  Monteau  avait  cela  de  particu- 
lier, qu'on  le  jugeait  plutôt  philosophe  que  Janséniste.  Quoi 
qu'il  en  soit,  il  prêta  le  serment  à  la  Constitution  Civile  du 
Clergé,  et,  ce  qui  est  le  plus  déplorable,  il  enlraîna  dans  le 
schisme ,  par  l'autorité  de  son  exemple,  la  plus  grande  partie 
du  Clergé  du  Diocèse  (1). 

Nous  ne  prolongerons  pas  davantage  cette  revue  fort  in* 
complète  des  variations  liturgiques  de  nos  Eglises  (2).  Au 
milieu  de  tant  d'innovations,  il  nous  a  suffi  de  choisir  quelques 
traits  propres  à  initier  le  lecteur  aux  principes  qui  les  ont 

(1)  Il  se  rétracta  cependant  après  la  révolution. 

(2)  Le  besoin  d'en  finir  avec  cette  histoire  générale  de  la  Liturgie, 
nous  oblige  à  réserver,  pour  une  autre  occasion ,  les  détails  que  nous 
avions  rassemblés  sur  les  rapports  de  la  Liturgie  avec  l'art,  en  France, 
durant  la  seconde  moitié  du  dix-huitième  siècle.  Il  suffira  de  dire  que 
la  dégradation  alla  toujours  en  croissant  jusqu'à  la  catastrophe  qui  vit 
crouler,  en  si  grand  nombre,  nos  Eglises  modernisées,  et  engloutit 
leurs  tableaux ,  leurs  statues  et  leur  ameublement  dégénérés.  L'Abbé 
Lebeuf  est  encore  une  merveille ,  en  comparaison  des  compositeurs  de 
plain-chant  que  la  fin  du  siècle  produisit.  Si  la  première  condition, 
pour  exécuter  la  plupart  de  ses  pièces,  est  d'être  muni  d'une  vigou- 
reuse paire  de  poumons ,  il  y  a  du  moins  quelque  apparence  de  variété 
dans  ses  motifs  ;  il  a  centonisé,  comme  il  le  dit  lui-même.  ïl  en  est  tout 
autrement,  par  exemple,  de  Jean-Baptiste  Fleury,  Chanoine  de  la 
Collégiale  de  Sainte-Magdeleine  de  Besançon,  qui  se  chargea  de  com- 
poser les  chants  du  nouveau  Graduel  et  Antipkonaire  de  ce  Diocèse.  Sa 
phrase  ne  manque  pas  d'une  certaine  mélodie  ;  mais  elle  revient  sans 
cesse ,  molle  et  commune  jusqu'à  la  nausée.  Les  mélodies  de  ses  Proses 
portent  le  même  caractère.  Il  y  eut  des  Diocèses  où  les  compositeurs 
s'exercèrent  à  refaire  ,  d'après  eux-mêmes ,  les  rares  pièces  de  la  Li- 
turgie Romaine  qu'on  avait  conservées.  Ainsi,  à  Amiens,  on  refit  à 
neuf  le  Lauda,  Sion  ;  à  Toul,  on  refit  jusqu'aux  grandes  Antiennes 
de  l'A  vent,  etc. ,  et  Dieu  sait  quels  pitoyables  chants  on  substitua. 


582  INSTITUTIONS 

toutes  produites,  et  de  montrer  quelle  espèce  d'hommes  en 
ont  été  les  promoteurs  et  les  exécutants.  C'est  donc  à  des- 
sein que  nous  nous  sommes  abstenu ,  pour  le  moment ,  de 
faire  mention  des  Bréviaires  de  Rheims ,  Bourges ,  Besançon, 
Toul,  Clermont,  Troyes,  Beauvais,  Langres,  Bayeux,  Li- 
moges ,  qui ,  avec  ceux  dont  nous,  avons  parlé ,  savoir  de 
Vienne ,  Senez ,  Lisieux,  Narbonne,  Meaux,  Angers,  Sens, 
Auxerre,  Rouen ,  Orléans,  le  Mans  et  Amiens,  forment  à  peu 
près  la  totalité  de  ceux  que  produisit  en  France  la  fécondité 
du  dix-huitième  siècle. 

Disons  cependant  un  mot  des  Ordres  Religieux ,  bien  qu'il 
nous  en  coûte  d'aborder  ce  sujet  sur  lequel  nous  voudrions 
n'avoir  à  produire  que  des  faits  conformes  au  génie  tradi- 
tionnel du  Catholicisme,  dont  ces  nobles  familles  ont  été 
constituées  les  gardiennes.  Mais,  hélas!  on  dut  se  rappeler 
cette  antique  sentence  :  Optimi  pessima  corruptio,  en  voyant 
les  tristes  fruits  de  l'innovation  liturgique  dans  le  Cloître, 
Nous  avons  parlé  de  l'Ordre  de  Cluny  et  signalé  la  malheureuse 
influence  de  son  trop  fameux  Bréviaire.  La  Congrégation  de 
Saint-Vannes ,  en  1777,  se  donna  à  son  tour  un  Bréviaire  et 
un  Missel  dans  le  goût  du  nouveau  Parisien.  Nous  n'avons  pu 
en  connaître  l'auteur.  L'Ordre  de  Prémontré  renonça,  en 
1  782,  à  son  beau  Bréviaire  Romain-Français,  pour  en  prendre 
un  nouveau  publié  par  l'autorité  de  Lécuy ,  dernier  Abbé- 
Général  de  cette  grande  famille  religieuse,  et  rédigé,  ainsi  que 
le  nouveau  Missel,  par  Rémacle  Lissoir,  Prémontré,  Abbé  de  la 
Val-Dieu,  personnage  qui  avait  publié  un  abrégé  en  français 
du  livre  de  Fébronius ,  et  qui ,  ayant  prêté  le  serment  à  la 
Constitution  civile  du  Clergé,  fut  Curé  de  Sedan  et  siégea  au 
Conciliabule  de  Paris,  en  1797  (1).  Enfin,  la  Congrégation  de 

(1)  Biographie  JrdennaUe,  par  l'Abbé  Boulliot.  Tome  II.  pag,  106. 


LITURGIQUES.  585 

Saint-Maur  eut  aussi  son  Bréviaire  particulier,  publié  en  1787, 
ouvrage  beaucoup  trop  vanté  et  qui  eut  pour  auteur  prin- 
cipal Dom  Nicolas  Foulon,  convulsionniste  passionné,  qui 
se  maria  en  1792  et  mourut  en  1815,  après  avoir  été  suc- 
cessivement huissier  au  Conseil  des  Cinq-Cents,  au  Tribunat 
et  au  Sénat  de  l'Empire  (1)  ! 

Ainsi  donc,  sur  cent  trente  Eglises,  la  France,  en  1791, 
en  comptait  au-delà  de  quatre-vingts  qui  avaient  abjuré  la 
Liturgie  Romaine.  Elle  s'était  conservée   seulement  dans 
quelques  Diocèses  des  Provinces  d'Alby ,  d'Aix ,  d'Arles , 
d'Auch ,  de  Bordeaux,  de  Bourges,  de  Cambray,  d'Embrun, 
de  Narbonne  ,  de  Tours  et  de  Vienne.  Strasbourg,  qui  était 
de  la  Province  de  Mayence,  l'avait  gardée.  Aucune  Province, 
si  ce  n'est  celle  d'Avignon ,  ne  s'était  montrée  unanime  à  la 
retenir,  et  elle  avait  entièrement  péri  dans  les  Métropoles  de 
Besançon ,  de  Lyon ,  de  Paris,  de  Rheims ,  de  Sens  et  de  Tou- 
louse. De  tous  les  Diocèses  qui,  à  l'époque  delà  Bulle  de  saint 
Pie  V,  n'avaient  pas  pris  le  Bréviaire  Romain ,  mais  avaient  sim- 
plement réformé,  à  l'instar  de  ce  Bréviaire,  leur  Romain- 
Français,  pas  un  n'avait  retenu  cette  magnifique  forme  litur- 
gique. Les  novateurs  avaient  donc  poursuivi  l'élément  Fran- 
çais dans  la  Liturgie,  avec  la  même  rigueur  qu'ils  avaient 
déployée  contre  l'élément  Romain,  parce  que  tous  deux 
étaient  traditionnels.  Il  n'y  eut  que  l'insigne  Collégiale  de 
Saint-Martin  de  Tours  qui,  donnant  en  cela  la  leçon  à  nos 
Cathédrales  les  plus  fameuses ,  osa  réimprimer,  en  1748,  son 
beau  Bréviaire  Romain-Français ,  et  qui ,  seule  au  jour  du 
désastre,  succomba  avec  la  gloire  de  n'avoir  pas  renié  ses  tra- 
ditions. Nous  rendons  ici ,  avec  effusion  de  cœur,  cethommage 
à  cette  sainte  et  vénérable  Eglise ,  et  à  son  illustre  Chapitre. 

(1)  L'Ami  de  la  Religion.  Tome  LV.  Notice  sur  Dom  Foulon  et  ses 
ouvrages,  pages  305-311. 


584  INSTITUTIONS 

Mais  c'est  assez  rappeler  de  tristes  souvenirs  :  puisse  du 
moins  l'innovation  liturgique  du  dix-huitième  siècle ,  appa- 
raissant telle  qu'elle  est,  .dans ses  motifs,  dans  ses  auteurs, 
dans  ses  agents ,  être  jugée  de  nos  jours,  comme  elle  le  sera 
par  devant  tout  tribunal  qui  voudra  juger  les  institutions  du 
Catholicisme  d'après  le  génie  même  du  Catholicisme  !  L'Eglise 
de  France  est  donc  arrivée  à  la  veille  d'une  effroyable  persé- 
cution ;  ses  temples  vont  être  fermés  par  les  impies,  ses  fêtes 
ont  cessé  de  réunir  les  peuples,  et  les  nouveaux  chants  qu'elle 
a  inaugurés,  à  la  veille  d'un  si  grand  désastre,  n'ont  pas  eu 
le  temps  de  remplacer  dans  la  mémoire  des  fidèles  ceux 
qui  retentirent  dans  les  âges  de  foi.  Naguères ,  cette  Eglise 
n'avait  qu'une  voix  dans  ses  temples,  et  cette  voix  était 
celle  de  toutes  les  Eglises  de  la  langue  Latine;  aujourd'hui, 
la  confusion  est  survenue;  vingt  dialectes,  plus  discordants 
les  uns  que  les  autres ,  divisent  cette  voix  et  en  affaiblissent 
la  force.  Prête  à  descendre  aux  catacombes ,  l'Eglise  Gal- 
licane a  perdu  le  droit  de  citer  désormais  aux  peuples  la 
parole  des  Livres  de  l'Autel  et  du  Chœur,  comme  l'oracle  de 
l'antiquité ,  delà  tradition,  de  l'autorité.  En  alléguant  le  texte 
des  nouveaux  Missels  et  Bréviaires ,  on  ne  peut  donc  plus 
dire  désormais  :  L'Eglise  dit  ceci  ;  et  ce  coup  fatal,  ce  n'est 
point  la  main  d'un  ennemi  qui  l'a  porté.  Les  hommes  de  nou- 
veautés et  de  destruction  ont  trouvé  le  moyen  de  faire  mou- 
voir en  leur  faveur  le  bras  qui  ne  devait  que  les  foudroyer.  Or, 
voilà  ces  jurisconsultes,  ces  mêmes  gens  du  Palais  qui  décré- 
tèrent l'abolition  du  Bréviaire  Romain  et  firent  brûler,  par  la 
main  du  bourreau ,  les  Remontrances  ou  Réclamations  que  le 
zèle  de  la  Tradition  Catholique,  aussi  bien  que  de  l'Unité  de 
Confession ,  dictait  à  quelques  Prêtres  courageux  ;  les  voilà 
qui  s'apprêtent  à  mettre  au  jour  la  Constitution  nationale , 
et  non  Romaine,  qu'ils  ont  préparée  au  Clergé  de  France. 


LITURGIQUES.  585 

Dans  leur  attente  sacrilège ,  ils  comptent  sur  les  peuples  qui, 
dans  beaucoup  de  Provinces,  ont  déjà  commencé  à  perdre 
le  respect  envers  leurs  Pasteurs ,  à  l'occasion  des  change- 
ments introduits  dans  les  formes  du  culte.  Déjà  dans  de  nom- 
breuses Paroisses  ,  la  Dîme  a  été  refusée  aux  Curés  qu'une 
injonction  supérieure  contraignait  de  supprimer  les  anciens 
livres  et  d'inaugurer  les  nouveaux.  Mais  avant  d'étudier  les 
doctrines  liturgiques  des  nouveaux  Evêques  et  des  nouveaux 
Prêtres  de  cette  monstrueuse  aggrégation  qu'on  appela 
l'Eglise  Constitutionnelle,  arrêtons-nous  à  considérer  les  at- 
taques dont  les  saines  doctrines  liturgiques  se  trouvent  être 
l'objet  dans  plusieurs  pays  Catholiques. 

Nous  avons  tracé  ailleurs  la  théorie  d'après  laquelle  l'hé- 
résie Anti-liturgiste ,  c'est-à-dire  ennemie  de  la  Forme  reli- 
gieuse ,  a  procédé  depuis  les  premiers  siècles ,  et  les  faits 
que  nous  avons  produits  dans  tout  le  cours  de  celte  histoire 
ont  dû  mettre  dans  un  jour  complet  les  intentions  des  secta- 
teurs de  cette  doctrine  maudite.  On  a  dû  remarquer  que 
son  caractère  principal  est  de  procéder  avec  astuce ,  et  de  ne 
jamais  reculer  devant  les  contradictions  dans  lesquelles  ce 
système  doit  souvent  l'entraîner.    Destinée  par  sa  propre 
nature  à  s'attacher  comme  le  chancre  à  la  religion  des  peu- 
ples, elle  sait  produire  ou  dissimuler  ses  progrès  en  pro- 
portion des  risques  qu'elle  pourrait  courir  d'être  exiirpée 
par  la  main  des  fidèles  et  de  leurs  Pasteurs.  Souvent,  il  lui 
suffira  d'exister  à  l'état  de  virus  caché,  et  d'attendre  la 
chance  d'une  éruption  ;  dans  d'autres  lieux,  au  contraire, 
elle  osera  tout  à  coup  éclater  sans  ménagement.  Ainsi ,  en 
France,  elle  se  glissa  sous  couleur  d'un  perfectionnement  des 
prières  du  culte ,  d'un  plus  juste  hommage  à  rendre  à  l'Ecri- 
ture Sainte  dans  le  service  divin,  d'une  plus  parfaite  appré- 
ciation des  droits  de  la  critique  ;  elle  sut  flatter  l'amour-propre 


586  INSTITUTIONS 

national ,  les  prétentions  diocésaines,  et  au  bout  d'un  siècle, 
elle  avait  trouvé  moyen  de  détruire  la  communion  des  prières 
Romaines  dans  les  trois  quarts  de  la  France,  d'anéantir 
l'œuvre  de  Charlemagne  et  de  saint  Pie  V,  d'infiltrer  de  mau- 
vaises doctrines  dans  les  livres  de  l'Autel,  enfin  de  faire  agréer, 
pour  rédacteurs  de  la  prière  publique,  des  hommes  dont  les 
maximes  étaient  flétries  comme  hérétiques  par  l'Eglise  uni- 
verselle. 

C'étaient  là  sans  doute  de  grands  résultats;  mais  on 
n'avait  pu  y  parvenir  que  par  degrés,  et  sous  prétexte  de 
perfectionnement  autant  littéraire  que  religieux.  Il  avait 
fallu  dissimuler  le  but  auquel  on  tendait ,  parler  beaucoup 
d'antiquité  tout  en  la  violant,  et  surtout  éviter  de  s'adres- 
ser au  peuple  par  des  changements  trop  extérieurs  dans 
les  objets  visibles;  car  la  nation,  en  France,  a  été  et  sera 
toujours  Catholique  avant  toutes  choses ,  et  plus  elle  se  sen- 
tira refoulée  à  une  époque  sous  le  rapport  des  manifestations 
religieuses,  plus  elle  y  reviendra  avec  impétuosité,  du  mo- 
ment que  l'obstacle  sera  levé. 

Il  en  était  tout  autrement  en  Allemagne.  La  réforme  de 
Luther  avait  été  accueillie  par  acclamation ,  au  seizième 
siècle ,  dans  une  grande  partie  des  États  de  cette  vaste 
région ,  comme  l'affranchissement  du  corps  à  l'égard  des 
pratiques  extérieures  et  gênantes  qu'imposait  le  Catholi- 
cisme. Dans  les  pays  demeurés  Catholiques,  le  zèle  des 
Anti-liturgistes  du  dix- huitième  siècle  s'inspira  de  ces 
favorables  commencements,  et  quand  il  voulut  tenter  une 
explosion ,  il  se  garda  bien  d'aller  perdre  un  temps  précieux 
à  falsifier  des  Bréviaires  et  des  Missels.  Il  appliqua  tout  fran- 
chement et  tout  directement  sur  les  formes,  pour  ainsi  dire, 
plastiques  du  culte  Catholique  ses  perfides  essais  de  réforme. 
Il  savait  le  rationalisme  allemand  moins  subtil  que  l'esprit 


LITURGIQUES.  587 

français ,  et  vit  tout  d'abord  que  Ton  pouvait  bien  laisser 
le  Bréviaire  Romain  intact  entre  les  mains  d'un  Clergé  qu'on 
saurait  amener  peu  à  peu  à  ne  plus  vouloir  réciter  aucun 
Bréviaire.  Les  premières  atteintes  de  cet  esprit  Anti-litur- 
giste,  au  sein  même  des  Catholiques,  avaient  déjà  percé 
dans  les  Canons  de  ce  fameux  Concile  de  Cologne  de  1536 , 
dont  nous  avons  parlé  ailleurs  (1).  Mais  ce  fut  bien  autre 
chose,  vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  quand  Joseph  II 
s'en  vint  étayer  de  l'autorité  impériale  les  plans  Anti-lilur- 
gistes  que  lui  suggérait  la  triple  coalition  des  forces  du 
Protestantisme ,  du  Jansénisme  et  de  la  Philosophie.  Déjà , 
on  avait  miné  le  Catholicisme  dans  une  grande  portion  du 
Clergé  Allemand ,  en  dissolvant  la  notion  fondamentale  de 
l'Eglise,  l'autorité  du  Pontife  Romain,  au  moyen  des  écrits 
empoisonnés  de  Febronius,  et  plus  tard,  d'Eybel.  Joseph  II 
passant  à  la  pratique ,  ouvrit ,  dès  1781 ,  la  série  de  ses  Rè- 
glements sur  les  matières  Ecclésiastiques.  Il  débuta,  comme 
on  a  toujours  fait,  par  déclarer  la  guerre  aux  Réguliers  aux- 
quels il  enleva  l'exemption  et  les  moyens  de  se  perpétuer,  en 
attendant  qu'il  lui  plût  de  porter  la  main  sur  la  Jurisdiction 
Episcopale  elle-même.  Mais  le  vrai  moyen  d'atteindre  le  Ca- 
tholicisme dans  le  peuple  était  de  réformer  la  Liturgie.  L'Em- 
pereur ne  s'en  fit  pas  faute ,  et  l'on  vit  bientôt  paraître  ces 
fameux  Décrets  sur  le  service  divin ,  dont  le  détail  minutieux 
porta  Frédéric  II  à  désigner  Joseph  sous  le  nom  de  mon  frère 
le  sacristain,  La  chose  était  cependant  bien  loin  d'être  plai- 
sante. Les  conseillers  de  Joseph ,  et  surtout  le  détestable 
Prince  de  Kaunitz ,  dont  le  nom  appartient  à  cette  histoire , 
comme  celui  d'un  des  plus  grands  ennemis  de  la  forme  catho- 
lique, les  conseillers  de  Joseph,  disons-nous ,  et  sans  doute 


(1)  Tomel.  page  429. 


588  INSTITUTIONS 

l'Empereur  lui-même  ,  sentaient  parfaitement  la  portée  de 
ce  qu'ils  faisaient  en  préparant  l'établissement  d'un  Catho- 
licisme bâtard,  qui  ne  serait  ni  garanti  par  des  corporations 
privilégiées,  ni  régi  exclusivement  par  la  hiérarchie,  ni  basé 
sur  un  centre  inviolable  ,  ni  populaire  dans  ses  démonstra- 
tions religieuses. 

On  vit  paraître ,  entre  autres ,  sous  la  date  du  8  mars  1785, 
un  ordre  impérial  qui  défendait  de  célébrer  plus  d'une  Messe 
à  la  fois  dans  la  même  Eglise.  Le  26  avril  suivant ,  fut  pro- 
mulgué un  règlement  très  étendu  ,  dans  lequel  l'Empereur 
supprimait  plusieurs  Fêtes ,  abolissait  des  Processions ,  étei- 
gnait des  Confréries,  diminuait  les  Expositions  du  Saint- 
Sacrement  ,  enjoignait  de  se  servir  du  Ciboire  au  lieu  de 
l'Ostensoir  dans  la  plupart  des  Bénédictions,  prescrivait 
l'ordre  des  Offices ,  déterminait  les  Cérémonies  qu'on  aurait 
à  conserver  et  celles  qu'on  devrait  abolir,  et  fixait  enfin  jus- 
qu'au nombre  des  cierges  qu'on  devrait  allumer  aux  divers 
Offices.  Peu  après,  Joseph  fit  paraître  un  Décret  de.  même 
sorte  portant  injonction  de  faire  disparaître  les  images  les 
plus  vénérées  parla  dévotion  populaire.  Cependant,  quelque 
philosophiques  et  libéraux  que  voulussent  être  les  règlements 
de  l'Empereur,  il  s'y  trouvait  dès  l'abord  une  disposition  non 
moins  anti-philanthropique  qu'anti-liturgique.  Joseph  statuait 
que  l'on  ferait  désormais  dans  les  Eglises ,  les  Dimanches  et 
Fêtes ,  deux  Sermons  distincts ,  l'un  pour  les  maîtres , 
l'autre  pour  les  domestiques  ;  en  quoi  il  se  conformait ,  sans 
le  savoir  peut-être ,  au  génie  du  Calvinisme  qui  se  retrouve 
plus  ou  moins  au  fond  de  tout  système  Anti-liturgiste.  Il  y  a 
long-temps  que  l'on  a  observé  ,  pour  la  première  fois ,  que 
le  peuple  qui  se  presse  avec  tant  d'enthousiasme  sous  les 
voûtes  étincelantes d'or  d'une  Eglise  Catholique,  trouve  ra- 
rement cette  hardiesse  dans  le  Temple  Calviniste.  C'est  que 


LITURGIQUES.  589 

dans  l'Eglise  Catholique,  la  pompe  révèle  la  présence  de 
Dieu  qui  a  fait  le  pauvre  comme  le  riche,  tandis  que  le 
Prêche  Protestant  offre  simplement  l'aspect  d'une  froide  et 
cérémonieuse  réunion  d'hommes.  Pour  en  revenir  aux  édits 
de  Joseph  II,  on  sait  avec  quelle  obéissance  passive  ils 
furent  accueillis  dans  la  plupart  des  Provinces  Allemandes 
de  l'Empire  :  mais  la  Belgique  toujours  fidèle  ,  la  Belgique 
que  le  voisinage  de  la  France  n'a  jamais  fait  dévier  du 
sentier  Romain  de  la  Liturgie ,  prit  les  armes  pour  résister 
aux  innovations  de  Joseph  II,  et  préluda,  sous  l'étendard 
de  la  foi,  à  ces  glorieux  efforts  qui  devaient ,  quarante  ans 
plus  tard,  après  bien  d'autres  souffrances,  fonder  son  indé- 
pendance et  l'établir  au  rang  des  nations.  Puisse-t-elle  n'ou- 
blier jamais  que  le  principe  de  sa  liberté  politique  à  l'inté- 
rieur et  à  l'extérieur  est  la  Liberté  même  du  Catholicisme  ! 
Tandis  que  Joseph  II  travaillait  à  déraciner  la  foi  de  l'Eglise 
Romaine  dans  l'Empire  ,  cette  Mère  et  Maîtresse  de  toutes 
les  Eglises  n'avait  pas  à  souffrir  de  moindres  atteintes  de  la 
part  des  Princes  Ecclésiastiques  de  l'Allemagne.  Les  Arche- 
vêques Electeurs  de  Cologne  ,  Trêves  et  Mayence ,  avec 
l'Archevêque  Prince  de  Saltzbourg,  signaient  à  Ems,  le 
25  août  1786 ,  ces  trop  fameux  Articles  dont  le  but  était 
d'affranchir,  disait-on  ,  la  hiérarchie ,  en  anéantissant  l'au- 
torité suprême  du  Siège  Apostolique.  Or,  les  maxirnesAnti- 
liturgistes  avaient  pénétré  dans  le  cœur  de  ces  Prélats*  et 
s'ils  poursuivaient  le  Christ  en  son  Vicaire ,  ils  cherchaient 
aussi  à  restreindre  son  culte  dans  l'Eglise.  L'un  d'eux, 
Jérôme  de  Collorédo ,  Archevêque  de  Saltzbourg ,  avait 
donné,  dès  1782,  une  Instruction  Pastorale  ,  dans  laquelle  il 
s'élevait  contre  ce  qu'il  nommait  le  luxe  des  Eglises,  décla- 
mait contre  la  vénération  des  images,  et  prétendait,  entre 
autres  choses,  que  le  culte  des  Saints  n'est  pas  un  point  essen- 


590  INSTITUTIONS 

tiel  dans  la  Religion.  C'était  bien  là ,  comme  Ton  voit ,  l'es- 
prit de  nos  Novateurs  Français,  mais  fortifié  de  toute  l'au- 
dace qu'on  pouvait  se  permettre  en  Allemagne. 

Mais  ce  qui  parut  le  plus  étonnant  à  cette  époque ,  fut 
l'apparition  des  mêmes  scandales ,  en  Italie ,  où  tout  sem- 
blait conspirer  contre  les  développements,  et  même  contre 
les  premiers  symptômes  de  l'hérésie  Anti-liturgiste.  Cette  im- 
portation manifesta  à  la  fois  les  caractères  de  l'esprit  français 
plus  subtil ,  plus  cauteleux ,  et  de  l'esprit  allemand  plus 
hardi  et  plus  prompt  à  rompre  en  visière.  On  s'expliquera 
aisément  ce  double  caractère ,  si  on  se  rappelle  les  efforts 
inouïs  que  les  Jansénistes  Français  avaient  faits  pour  in- 
filtrer leurs  maximes  en  Italie,  et  aussi  l'influence  que  devait 
naturellement   exercer  sur  Léopold ,  Grand-Duc  de  Tos- 
cane, l'exemple  de  son  frère  Joseph  II.  Toutefois,  avant 
d'oser  réformer  le  Catholicisme  dans  la  portion  de  l'Italie 
qui  était  malheureusement  échue  à  son  zèle ,  Léopold  avait 
besoin  de  se  sentir  encouragé  par  quelque  haut  person- 
nage Ecclésiastique  de  ses  Etals.  Ce  personnage  fut  Scipion 
de  Ricci ,  Evêque  de  Pistoie  et  Prato,  l'ami  intime  du  trop  fa- 
meux Professeur  Tamburini,  le  disciple  fidèle  des  Àppellants 
Français,  et  l'admirateur  fanatique  de  toutes  leurs  œuvres, 
mais  spécialement  de  leurs  brillants  essais  liturgiques. 

Le  18  septembre  1786,  s'ouvrit  à  Pistoie,  sous  les  aus- 
pices du  Grand-Duc ,  ce  trop  fameux  Synode  dont  les  Actes 
firent  dans  l'Eglise  un  éclat  si  scandaleux  ,  mais  aussi,  il  faut 
le  dire,  si  promptement  effacé.  Ricci  était  venu  trop  tôt; 
peut-être  même  la  mauvaise  influence  s'était-elle  trompée 
tout-à-fait  sur  la  contrée  où  un  pareil  homme  aurait  dû 
naître.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  malheureux  Prélat  survécut  aux 
scandales  qu'il  avait  causés ,  et  il  a  fini  ses  jours  dans  la  com- 
munion de  l'Eglise  dont  il  avait  déchiré  le  sein.  Il  n'est  point 


LITURGIQUES.  591 

de  notre  sujet  de  dérouler  ici  le  honteux  système  de  dégra- 
dation auquel  le  Synode  de  Pistoie ,  dans  sa  sacrilège  outre- 
cuidance, prétendait  soumettre  tout  l'ensemble  du  Catholi- 
cisme ;  la  partie  liturgique  de  ses  opérations  est  la  seule  que 
nous  ayons  le  loisir  de  mettre  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs. 
Ainsi ,  nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  signaler  l'audace  de 
cette  Assemblée,  promulguant  la  doctrine  hérétique  et  con- 
damnée de  Baius  et  de  Quesnel ,  sur  la  Grâce  ;  adoptant 
scandaleusement  la  Déclaration  de  1682  contre  les  droits  du 
Pontife  Romain  ;  abolissant  l'exemption  des  Réguliers  pour 
étaler  ensuite  dogmatiquement  le  plus  dégoûtant  Presbyté- 
rianisme ;  mais  nous  citerons  d'abord  ces  mémorables  pa- 
roles de  la  Session  sixième  : 

«  Avant  tout,  nous  jugeons  devoir  coopérer,  avec  notre 
»  Prélat,  à  la  réforme  du  Bréviaire  et  du  Missel  de  notre 
»  Eglise,  en  variant,  corrigeant  et  mettant  dans  un  meilleur 
»  ordre  les  Offices  divins.  Chacun  sait  que  Dieu ,  qui  est  la 
>  Vérité,  ne  veut  pas  être  honoré  par  des  mensonges;  et 
»  d'autre  part,  que  les  plus  savants  et  les  plus  saints  per- 
sonnages, des  Papes  même,  ont  dans  ces  derniers  temps 
»  reconnu  dans  notre  Bréviaire ,  spécialement  pour  ce  qui 
»  regarde  les  Leçons  des  Saints,  beaucoup  de  faussetés,  et 
»ont  confessé  la  nécessité  d'une  plus  exacte  réforme.  Quant 
ià  ce  qui  regarde  les  autres  parties  du  Bréviaire,  chacun 
i  comprend  qu'à  beaucoup  de  choses  ou  peu  utiles  ,  ou  moins 
»  édifiantes  ,  il  serait  nécessaire  d'en  substituer  d'autres 
d tirées  de  la  parole  de  dieu,  ou  des  ouvrages  originaux 
»  des  saints  Pères;  mais,  sur  toutes  choses,  on  devrait  dis- 
i  poser  le  Bréviaire  lui-même  de  façon  que,  dans  le  cours  de 
»  l'année,  on  pût  lire  toute  entière  la  Sainte  Ecriture  (1).  > 

(1)  Prima  di  tatto  pero  noi  gîudichiamo  di  dovere  cooperare  col 
nostro  Prelato  alla  ri  forma  del  ttreviario  et  dol  Messale  délia  noitrâ 


592  INSTITUTIONS 

Ainsi  donc,  nous  entendrons  les  Anti-liturgistes  tenir  par- 
tout un  langage  uniforme,  de  Luther  à  Ricci,  en  attendant 
le  tour  de  nos  Constitutionnels  Français.  Toujours  l'Ecriture 
Sainte,  en  place  des  prières  de  la  Tradition  ;  toujours  la  guerre 
au  culte  des  Saints,  l'oubli  infligé  à  leurs  œuvres  merveil- 
leuses ,  sous  le  prétexte  d'épurer  la  vérité  de  toutes  les  sco- 
ries apocryphes  dont  l'ont  souillée  les  Légendaires  (1).  D'où 
vient  donc  cette  affectation  de  copier  si  servilement  les 
fades  déclamations  des  Foinard,  des  Grancolas,  desMesen- 
guy,  des  Baillet,  etc.?  Le  digne  interprète  de  Scipion  Ricci, 
l'éditeur  de  ses  Mémoires,  de  Polter  le  Voltairien,  nous 
l'explique  quand  il  nous  dit ,  en  parlant  des  plans  liturgiques 
de  l'Evêque  de  Pîstoie  :  <  Ses  amis  de  France,  entre  autres 
»  les  Abbés  Maultrot ,  Leroy  et  Clément ,  et  les  Italiens  qui 
»  professaient  les  mêmes  principes ,  s'étaient  hâtés  de  lui 
p  communiquer  leurs  idées  et  leurs  lumières  pour  opérer 


Chiesa ,  variando  correggendo  e  ponendo  in  migliore  ordine  i  divini 
Uiizi.  Ognun'  sa  ,  che  Iddio  il  quale  e  la  verita ,  non  vuole  essere  ono- 
rato  con  menzogne  ;  e  che  per  altra  parte  i  piu  dotti  e  santi  uomini ,  e 
i  Pontefici  medesimi  in  questi  uhimi  tempi  hanno  riconosciuto  nel 
nostro  Breviario,  specialmente  per  quel  che  riguarda  le  lezioni  dei 
santi ,  moite  falsita ,  ed  hanno  confessato  la  nécessita  d'una  più  esatta 
riforma.  Per  quelle-  che  riguarda  poi  le  altre  parti  del  Breviario,  ognun 
comprende,  che  a  moite  cose  o  poco  utili  o  meno  edificanti  sarebbe 
necessario  sostituirne  altre  lolte  dalla  parola  di  Dio  o  dalle  opère  ge- 
nuine  dei  Patri  ;  ma  soprattutto  che  dovrebbesi  disporre  il  Breviario 
medesimo  in  maniera ,  che  nel  corso  d'un  anno  vi  si  leggesse  tutla  in- 
tiera  la  Santa  Serittura.  MU  e  decreti  del  Concilio  Diocesano  di  Pis- 
toia.  Sessione  VI.  page  205. 

(1)  Nous  n'avons  pas  besoin  de  réfuter  ici  ce  que  dit  le  Synode  sur 
les  Papes  qui  ont  réprouvé  les  Légendes  du  Bréviaire.  Comme  il  s'agit 
ici  principalement  de  Benoît  XIV,  il  suffira  de  rappeler  encore  une 
fois  ce  qu'il  dit  à  ce  sujet ,  savoir  qu'il  n'est  aucune  de  ces  Légendes 
qui  ne  soit  susceptible  d'être  défendue. 


Liturgiques.  595 

»tïne  réforme  complète  du  Bréviaire  et  du  Missel  (1).  » 
Au  reste,  la  prédilection  de  Ricci  pour  cette  école  liturgique 
paraît  assez  clairement  dans  le  choix  de  livres  que  le  Synode 
prescrit  aux  Curés.  On  se  garde  bien  d'y  oublier  Y  Année  Chré- 
tienne  de  Nicolas  Le  ïourneux,  ni  Y  Exposition  de  la  Doctrine 
Chrétienne  de  Mesenguy.  Ces  deux  chefs-d'œuvre  des  fameux 
compilateurs  des  Bréviaires  de  Cluny  et  de  Paris  figurent 
dignement  sur  le  Catalogue  à  côté  du  Rituel  d'Aleth  et  des 
Réflexions  Morales  de  Quesneî. 

Mais  voyons  plus  avant  l'œuvre  du  Synode  et  ses  glorieux 
efforts  pour  s'élever  dans  la  réforme  liturgique  à  la  hauteur 
des  vues  de  Joseph  II  et  de  son  digne  frère.  Observons  d'a- 
bord que  les  Pères  du  Concile  Diocésain,  comme  ils  s'ap- 
pellent, sont  d'avis  qu'on  évite  dans  les  Eglises  les  décorations 
trop  variées  et  trop  précieuses ,  parce  qu'elles  attirent  les  sens 
et  entraînent  Vaine  à  l'amour  des  choses  inférieures  ;  sur  quoi 
les  Pères  déclarent  embrasser  la  doctrine  de  l'Instruction 
Pastorale  de  Jérôme  de  Collorédo,  Archevêque  de  Saltz- 
bourg  (2). 

Dans  le  chapitre  sur  la  réforme  des  Réguliers,  ils  émettent 
le  vœu  que  ceux-ci  n'aient  point  d'Eglises  ouvertes  au  public; 
qu'on  y  diminue  les  Offices  divins ,  et  qu'il  n'y  soit  célébré 
qu'une,  ou,  tout  au  plus ,  deux  Messes  par  jour,  les  autres 
Prêtres  se  bornant  à  concélébrer  (5). 

Dans  la  même  session,  il  plaît  aux  Pères  d'abolir  les  Pro- 
'essions  qui  avaient  lieu  pour  visiter  quelque  image  de  la  Sainte 
Vierge  ou  d'un  Saint ,  et  de  prescrire  aux  Curés  de  la  cam- 
tagne  de  restreindre  le  plus  possible  la  longueur  et  la  durée  de 

!  (1)  De  Potter.  Mémoires  de  Scipion  de  Ricci,  Evêque  de  Pistoie  et 
yato ,  réformateur  du  Catholicisme  en  Toscane  ,  sous  le  règne  de  Léo- 
\old.  Tome  II.  page  220. 
1(2)  SessionelV.  page  129. 
||(3)  Sessione  VI.  pages  258-239. 

t.  il.  58 


594  INSTITUTIONS 

celles  des  Rogations.  Le  but  de  ces  suppressions,  disent-ils,  est 
d'empêcher  les  rassemblements  tumultueux  et  indécents,  et  les 
repas  qui  accompagnaient  ces  Processions.  Quant  aux  fêtes , 
les  Pères  se  plaignent  de  ce  que,  par  leur  multiplicité,  elles 
sont  aux  riches  une  occasion  d'oisiveté,  et  aux  pauvres  une 
source  de  misère,  et  sont  résolus  de  s'adresser  à  S.  A.  S.  le 
Grand-Duc,  pour  obtenir  une  réduction  dans  le  nombre  de 
ces  jours  consacrés  aux  devoirs  religieux  (1).  C'est,  sans 
doute ,  pour  honorer  en  Léopold  la  qualité  de  Prince  de  la 
Liturgie,  que  les  Pères  décrètent  qu'on  ajoutera  désormais 
au  Canon  ces  paroles  :  Et  pro  Magno  Duce  nostro  N.  (w2).  On 
voit  que  l'esprit  des  Anti-liturgistes  est  partout  le  même,  en 
Italie  comme  ailleurs  :  la  seconde  Majesté  profite  toujours 
des  dépouilles  de  la  première. 

«  Pour  ce  qui  regarde  les  pratiques  extérieures  de  la  dé- 
»volion  envers  la  Sainte  Vierge  et  les  autres  Saints,  disent 
j>  les  Pères,  nous  voulons  qu'on  enlève  toute  ombre  de  supers- 
itition,  comme  serait  d'attribuer  une  certaine  efficacité  à  un 
t>  nombre  déterminé  de  prières  et  de  salutations  dont ,  la  plu- 
s>part  du  temps ,  on  ne  suit  pas  le  sens,  et  généralement  à  tout 
i  autre  acte,  ou  objet  extérieur  ou  matériel  (5).  » 

Après  cette  flétrissure  infligée  au  Rosaire  et  aux  diverses 
Couronnes  ou  Chapelets  approuvés  et  recommandés  par  le 
Saint  Siège,  les  réformateurs  de  Pistoie  devaient  naturelle- 
ment en  venir  à  poursuivre  les  Images.  C'est  pourquoi,  im- 
médiatement après,  ils  enjoignent  d'enlever  des  Eglises  toutes 
les  Images  qui  représentent  de  faux  dogmes,  celles  par  exemple 
du  Cœur  de  Jésus,  et  celles  qui  sont  aux  simples  une  occa- 


(1)  Ibid.pag  207-209. 

(2)  Ibid.  page  20*. 

(3)  Ibid.  page  201. 


LITURGIQUES.  595 

sion  d'erreur,  comme  les  Images  de  l'incompréhensible  Trinité. 
On  enlèvera  de  même  celles  dans  lesquelles  il  paraît  que  le 
peuple  a  mis  une  confiance  singulière ,  ou  reconnaît  quelque 
vertu  spéciale.  Le  Synode  ordonne  pareillement  de  déraciner 
la  pernicieuse  coutume  qui  distingue  certaines  Images  de  la 
Vierge  par  des  titres  et  noms  particuliers ,  la  plupart  du, 
temps  vains  et  puériles ,  comme  aussi  celle  de  couvrir  d'an 
voile  certaines  Images  ;  ce  qui ,  en  faisant  supposer  au  peuple 
qu'elles  auraient  une  vertu  spéciale,  contribue  encore  à  anéan- 
tir toute  l'utilité  et  la  fin  des  Images  (1). 

La  réforme  dans  le  culte  delà  Sainte  Vierge  et  des  Saints, 
n'était  pour  le  Synode  qu'une  conséquence  de  la  réforme  à 
laquelle,  toujours  à  la  remorque  de  Joseph  îl,  il  avait  cru 
devoir  soumettre  le  culte  même  du  Saint-Sacrement,  et  le 
Sacrifice  de  la  Messe. 

Ainsi,  les  Pères  du  Concile  Diocésain  décrètent  qu'on  ré- 
tablira  l'antique  usage  de  n  avoir  qu'un  seul  autel  dans  la 
même  Eglise  (2).  On  ne  placera  sur  cet  autel  ni  reliquaires , 
ni  fleurs  (5).  La  participation  à  la  victime,  disent-ils  un  peu 
plus  loin,  est  une  partie  essentielle  du  sacrifice  ;  toutefois,  on 
veut  bien  ne  pas  condamner  comme  illicites  ies^Hesses  aux- 
quellcsles  assistants  ne  communient  pas  sacramentellement  (4). 
En  effet,  cette  hardiesse  aurait  semblé  par  trop  Luthérienne; 
mais  on  déclare  qu'excepté  dans  les  cas  de  .grave  nécessité, 
Us  fidèles  ne  pourront  communier  qu'avec  des  Hosties  consa- 
crées à  la  Messe  même  à  laquelle  ils  auront  assisté  (5). 

Quant  à  la  langue  à  employer  dans  la  célébration  des  saints 

(1)  Ibid.  page  202. 

(2)  Sessione  IV.  page  130. 

(3)  Ibidem. 

(4)  Ibidem. 

(5)  Ibidem. 


596  INSTITUTIONS 

Mystères ,  on  découvre  les  internions  du  Synode  dans  ces 
paroles  expressives  :  Le  saint  Synode  désirerait  qu'on  rédui- 
sit les  rites  de  la  Liturgie  à  une  plus  grande  simplicité;  qu'on 
l'exposât  en  langue  vulgaire  ,  et  qu'on  la  proférât  toujours  à 
haute  voix  (1)  ;  car,  ajoutent  plus  loin  les  Pères  avec  Quesnei 
leur  Patron  :  Ce  serait  agir  contre  la  pratique  Apostolique  et 
contre  les  intentions  de  Dieu,  que  de  ne  pas  procurer  au 
simple  peuple  les  moyens  les  plus  faciles  pour  unir  sa  voix  à 
celle  de  toute  l'Eglise  (2). 

Ailleurs ,  on  enseigne  que  c'est  une  erreur  condamnable  de 
croire  qu'il  soit  en  la  volonté  du  Prêtre  d'appliquer  le  fruit 
spécial  du  sacrifice  à  qui  il  veut  (3). 

Quant  à  la  vénération  à  rendre  au  mystère  de  l'Eucharis- 
tie, le  Synode  ordonne  de  réduire  l'Exposition  du  Saint- 
Sacrement  à  la  seule  Fôte  et  Octave  du  Corpus  Domini , 
excepté  dans  la  Cathédrale  où  l'Exposition  sera  permise  une 
fois  le  mois;  dans  les  autres  Eglises ,  aux  jours  de  Dimanches 
et  de  Fêtes ,  on  donnera  seulement  la  Bénédiction  avec  le 
Ciboire  (4).  Le  nombre  des  Cierges  allumés  en  présence  du 
Saint-Sacrement  exposé  dans  l'Octave  du  Corpus  Domini , 
ne  pourra  ^xcéder  trente  à  la  Cathédrale  et  vingt-quatre 
dans  les  Paroisses  (S). 

Ailleurs,  les  Anti-liturgistes  de  Pistoie  poursuivent  la 
dévotion  au  Sacré  Cœur  de  Jésus  et  à  la  Passion  de  Nolrc- 
Seigneur,  sous  l'affectation  d'une  Orthodoxie  dont  la  pré- 
tention est  surtout  ridicule  dans  des  hérétiques.  Attendu, 
disent-ils,  que  ce  serait  une  erreur  dès  long-temps  anathé- 

(1)  Ibidem,  page  131, 

(2)  Ibidem,  page  203. 

(3)  Sessione  IV.  page  132. 

(4)  Ibidem,  page  12G. 

(o)  Appendice  al  Siaodo.  K°  IV. 


LITURGIQUES.  597 

matisée  dans  l'Eglise  que  d'adorer  en  Jésus-Christ  l'huma- 
nité, la  chair,  ou  toute  portion  de  cette  chair,  séparément  de 
la  Divinité,  ou  avec  une  séparation  sophistique;  ainsi  serait- 
ce  également  une  erreur  d'adresser  à  celte  humanité  nos 
prières,  au  moyen  d'une  semblable  division  ou  abstraction. 
C'est  pourquoi,  souscrivant  pleinement  à  la  Lettre  Pastorale 
de  notre  Evêque ,  du  3  juin  1781 ,  sur  la  dévotion  nouvelle  au 
Cœur  de  Jésus ,  nous  rejetions  cette  dévotion  et  les  autres 
semblables ,  comme  nouvelles  et  erronées,  ou  tout  au  moins 
comme  dangereuses  (1).  Dans  cette  Lettre  Pastorale  ,  Scipion 
de  Ricci  avait  dit  en  propres  termes,  confondant  la  vérité  et 
l'erreur  :  Ni  la  très  sainte  chair  de  Jésus- Christ ,  ni  un  petit 
moyceau  (  un  pezzelto)  de  celte  chair ,  ni  son  humanité  toute 
entière,  avec  séparation  de  la  Divinité,  ni  aucune  qualité  ou 
perfection  de  Jésus-Christ ,  ni  son  amour,  ni  le  symbole  de  cet 
amour,  ne  peuvent  jamais  être  l'objet  du  culte  de  Latrie  (2). 

Quant  au  Mystère  de  la  Passion  ,  dit  le  Synode ,  s'il 
doit  particulièrement  occuper  notre  piété ,  il  faut  aussi  dégager 
celte  piété  elle-même  de  toutes  les  inutiles  et  dangereuses  ma- 
térialités  auxquelles  ont  voulu  l'assujétir  les  dévots  supersti- 
tieux des  derniers  siècles.  L'esprit  de  componction  et  de  ferveur 
ne  peut  pas  certainement  être  attaché  à  un  nombre  déterminé 
de  Stations ,  à  des  réflexions  arbitraires ,  souvent  fausses, 
plus  souvent  encore  capricieuses,  et  toujours  périlleuses  (3). 

On  voit  que  nos  réformateurs  du  Catholicisme  allaient 
vite  en  besogne  ,  et  que  si,  à  la  façon  des  Novateurs  Fran- 
çais, la  refonte  des  livres  liturgiques  sur  un  plan  Janséniste 
leur  paraissait  un  moyen  important  d'avapcer  l'œuvre  ,  ils 

(1)  Sessione  VI.  page  198. 

(2)  Appendice.  N°  XXXII. 

(3)  Sessiene  VI.  page  199. 


598  INSTITUTIONS 

voulaient  mener  de  front ,  à  la  manière  de  Joseph  II,  la  ré- 
duction  extérieure  des  formes  du  Culte  Catholique.  Ils  s'é- 
taient trompés  en  prenant  ainsi  l'Italie  pour  l'Allemagne;  car 
si  c'était  un  avantage  pour  la  Toscane  d'être  régie  par  un 
Prince  de  la  maison  d'Autriche ,  c'était  du  moins  une  grande 
faiblesse  de  jugement  dans  Léopold ,  que  de  vouloir  régir  les 
populations  au  rebours  de  leur  génie  et  de  leurs  habitudes. 
Le  Synode  de  Pistoie  fut  imité  par  ceux  que  présidèrent 
peu  après  dans  leurs  Dioeèses,  Sciarelli ,  Evêque  de  Colle,  et 
Marani,  Evêque  d'Arezzo,  lesquels  tinrent  à  honneur  de  mar- 
cher à  la  suite  de  Ricci  et  de  ses  Curés.  Dès-lors,  le  parti 
Janséniste  ne  put  contenir  la  joie  de  son  triomphe ,  et  le 
Grand-Duc  se  crut  assuré  de  la  victoire  sur  les  préjugés  suran- 
nés d'un  Catholicisme  bigot.  Dès  le  26  janvier  4786,  voulant 
s'assurer  de  la  coopération  du  Clergé  dans  la  réforme  reli- 
gieuse qu'il  projetait ,  il  avait  adressé  à  tous  les  Préials 
de  son  Duché  cinquante-sept  articles  de  consultation.  Les 
principaux  de  ces  articles  roulaient  sur  la  réforme  indispen- 
sable du  Bréviaire  et  du  Missel  ;  sur  l'abolition  de  toute 
aumône  pour  les  Messes  ;  sur  la  réduction  du  luxe  des 
temples  ;  sur  la  défense  de  célébrer  plus  d'une  Messe  par 
jour  dans  chaque  Eglise  ;  sur  l'examen  à  faire  de  toutes  les 
reliques;  sur  le  dévoilement  des  images  couvertes;  sur  l'ad- 
ministration des  Sacrements  en  langue  vulgaire  ;  sur  l'ins- 
truction à  donner  au  peuple  touchant  la  Communion  des 
Saints  et  les  suffrages  pour  les  défunts  ;  sur  l'urgence  de 
soumettre  les  Réguliers  aux  Ordinaires ,  etc. ,  etc.  On  y 
insistait  spécialement  sur  la  nécessité  de  tenir  des  Synodes 
Diocésains  ,  à  l'aide  desquels  Léopold  espérait  faire  péné- 
trer dans  le  Clergé  du  second  ordre  les  maximes  qu'il  lui 
tardait  tant  de  voir  adoptées  par  ses  Evêques.  Ces  Points 
Ecclésiastiques  (  Punti  Ecclesiastici  )  avec  les  réponses  des, 


LITURGIQUES.  599 

Archevêques  et  Evêques  de  Toscane  furent  publiés  à  Flo- 
rence, en  1787.  On  voit  au  frontispice  du  livre  le  portrait 
du  Grand-Duc  soutenu  parla  Renommée  et  entouré  de  figures 
allégoriques  de  la  Justice,  du  Commerce,  de  l'Abondance  et 
du  Temps.  Au-dessous,  est  un  génie  qui  lient  un  livre  ouvert, 
sur  lequel  est  écrit  en  grandes  lettres  et  en  français ,  le  mot  : 
Encyclopédie.  C'était  sans  doute  assez  pour  montrer  les  in- 
tentions ultérieures  des  Anli-liturgistes. 

Le  Voîtairien  de  Potier,  qui  nous  a  conservé  de  précieux 
détails  dans  ses  ignobles  Mémoires  de  Scipion  de  Ricci,  nous 
apprend  en  détail  quelle  fut  la  réponse  des  Evêques  de  Tos- 
cane aux  cinquante-sept  Points  (1) .  Ricci ,  dont  les  influences 
avaient  élé  pour  beaucoup  dans  les  résolutions  de  Léopold, 
et  qui  se  préparait  à  tenir  son  Synode ,  fit  telle  réponse  qu'on 
pouvait  souhaiter  ;  en  quoi  il  fut  imité  par  Sciarelii,  Evêque 
de  Colle  ;  Pannilini ,  Evêque  de  Chiusi ,  et  Santi ,  Evêque  de 
Soana.  Marani  et  Ciribi,  Evêques  d'Arezzo  et  de  Cortone, 
s'expliquèrent  dans  le  même  sens ,  mais  avec  plus  de  modé- 
ration. Les  autres  Prélats,  Martini,  Archevêque  de  Florence  ; 
Costaguti,  Vannucci,  Pecci,  Yincenti,  Bonaccini,  Evêques 
de  Borgo  San-Sepolcro,  Massa  ,  Montaïcino ,  Pescia,  et  Vol- 
terra,  se  déclarèrent  avec  courage,  dans  leurs  réponses 
contre  les  innovations  proposées  ;  mais  nous  devons  une 
mention  spéciale  aux  intrépides  Prélats  Franceschï  et  Bor- 
ghesi,  Archevêques  de  Pise  et  de  Sienne;  Mancini,  Fazzi, 
Franci  et  Franzesi,  Evêques  de  Fiesole,  San  Miniato,  Gros- 
seto  et  Montepulciano,  qui  manifestèrent  parles  termes  les 
plus  énergiques,  dans  leurs  réponses,  toute  l'horreur  que 
leur  inspiraient  les  propositions  Anti-liturgisles  qu'on  avait 
osé  leur  faire. 

(1)  Tome  IV.  pages  289-264. 


600  INSTITUTIONS 

Ce  fut  après  la  réception  de  ces  diverses  lettres ,  et  aussi 
après  la  célébration  des  Synodes  de  Pistoie,  de  Colle  et  d'A- 
rezzo,  les  seuls  dont  Léopold  put  obtenir  la  tenue,  que  ce 
Prince  convoqua  une  Assemblée  générale  des  Evoques  de  Tos- 
cane, qui  s'ouvrit  à  Florence  le  25  avril  1787.  Si  l'on  en  croit 
les  Mémoires  de  Ricci  (1)  ,  les  Prélats  qui  s'étaient  montrés 
si  fermes  dans  leur  réponse  aux  Points  Ecclésiastiques,  au- 
raient manifesté,  dans  l'Assemblée,  une  moindre  opposition 
aux  volontés  du  Grand-Duc,  sur  certains  points  de  doctrine 
liturgique,  notamment  sur  la  réforme  du  Bréviaire  et  du 
Missel  Romains,  dont  les  trois  Archevêques  auraient  accepté 
la  commission.  L'auteur  des  Mémoires  sur  l'Histoire  Ecclé- 
siastique, au  XVIIIe  siècle,  ajoute  môme  qu'il  fut  arrêté 
qu'on  traduirait  le  Rituel  en  Italien  ,  pour  ce  qui  concerne 
l'administration  des  Sacrements,  excepté  les  paroles  sacra- 
mentelles qui  se  diraient  toujours  en  latin  (2).  Quoi  qu'il  en 
soit,  de  Potier  est  obligé  de  convenir  que  des  réclamations  vio- 
lentes s'élevèrent  à  toutes  les  séances,  de  la  part  des  Evêques, 
contre  les  principaux  fauteurs  de  l'innovation,  Ricci,  Scia- 
relli,  Pannilini  et  Santi.  Et,  d'ailleurs,  la  discussion  roula 
sur  un  grand  nombre  d'autres  articles  de  droit  ecclésias- 
tique ,  à  l'occasion  desquels  la  majorité  se  montra  animée  de 
la  plus  courageuse  énergie  pour  les  droits  du  Saint  Siège. 
L'Assemblée  tint  sa  dix-neuvième  et  dernière  session,  le  5 
juin  1787,  et  s'étant  présentée  à  l'audience  du  Grand-Duc, 
elle  reçut  les  témoignages  les  plus  significatifs  de  mécon- 
tentement de  la  part  du  Prince ,  pour  le  peu  d'harmonie 
qui  avait  régné  dans  son  sein ,  pour  l'esprit  de  préjugé  et 
de  parti  qui  avait  constamment  guidé  le  plus  grand  nombre 

(1)  Tome  IV.  pages  216-249. 

(2)  Mémoires.  Tome  III.  page  88. 


LITUÏIGIQUES.  G01 

des  Prélats  (1).  Léopold,  toujours  poussé  par  le  parti  Jan- 
séniste, décréta  plusieurs  Edits  propres  à  accroître  et  à 
consolider  le  scandale.  4  Sans  aucun  égard  pour  la  Cour 
»  de  Rome ,  dit  de  Polter ,  on  soumit  le  Clergé  Régulier 
»aux  Ordinaires;  on  déclara  qu'à  l'avenir  la  doctrine  de 
*  saint  Augustin  devrait  êlre  suivie  dans  l'enseignement  ec- 
»  clésiastique  ;  on  ordonna  la  réforme  des  Missels  et  des  Bré- 
iviaires ,  etc.  (2).  » 

Toutefois ,  ainsi  que  nous  l'avons  dit ,  cette  levée  de  bou- 
cliers n'eut  pas  de  suites.  La  dislocation  sociale  qui,  en  France, 
avait  couronné  les  efforts  persévérants  du  parti  anarchiste, 
ouvrit  les  yeux  de  Léopold.  Il  eut  le  bon  esprit  de  comprendre 
que  l'Evêque  du  dehors  commet  un  acte  impolitique  dont  le 
châtiment,  tôt  ou  tard,  retombe  sur  sa  tête,  toutes  les  fois 
que ,  convié  par  les  sacrilèges  flatteries  d'un  Pasteur  lâche  ou 
corrompu ,  il  ose  mettre  la  main  à  l'encensoir.  Mais  il  est  fa- 
cile de  comprendre  comment  les  instincts  du  despotisme  ont 
si  souvent  conduit  les  Princes  à  tenter  ou  à  seconder  les  atten- 
tats des  Anti-lilurgistes.  Les  démonstrations  liturgiques  sont 
éminemment  populaires;  elles  tendent  à  réunir  les  masses 
dans  le  temple  Catholique,  comme  dans  le  centre  de  leur  vie 
sociale  ;  elles  resserrent  le  lien  qui  les  attache  au  Sacerdoce. 
Donc ,  les  ennemis  du  spiritualisme  dans  les  peuples,  doivent 
les  avoir  en  horreur.  Et  voilà  pourquoi  chez  nous,  en  ce 
moment,  les  ennemis  des  Processions,  sol-ùïsaiils  libéraux, 
se  ruent  à  la  suite  des  Joseph  II  et  des  Léopold ,  Monarques 
du  bon  plaisir.  Heureuse  la  France  de  n'avoir  pas  de  ces  vils 
Pasteurs  dont  toute  la  gloire  était  d'enchaîner  l'Eglise  au 
marche-pied  du  trône,  comme  les  Ricci,  les  Pannilini ,  les 

(1)  De  Potter.  Ibid.  page  247. 

(2)  Ibid.  page  248. 


602  INSTITUTIONS 

Sciarelli  î  Ajoutons  encore  un  trait  pour  faire  connaître  ces 
dignes  coryphées  de  l'hérésie  Anti-liturgiste. 

Franzesi,  Evêque  de  Montepulciano,  dans  un  Mémoire 
contre  la  prétention  des  Novateurs,  de  réduire  à  un  seul  les  au- 
tels de  chaque  Eglise,  avait  osé  faire  remarquer  que  le  Grand- 
Duc  lui-même,  qui  poussait  avec  tant  de  chaleur  l'adoption 
de  cette  mesure,  faisait  alors  bâtir  des  Eglises  à  plusieurs 
autels.  Ricci  et  ses  deux  dignes  collègues  répondirent  à  cette 
objection  :  «  Que  prétend  donc  le  théologien  (consulleur  du 
i Prélat),  par  cette  assertion  vague  et  téméraire?  Que  le 
»  Souverain  s'est  contredit,  ou  qu'il  a  changé  d'opinion?  Ce 
userait  un  sacrilège  d'en  avoir  la  pensée  (1).  >  Voilà  ce  que 
la  secte  Anti-liturgiste  sait  faire  de  la  liberté  ecclésiastique 
et  de  la  dignité  humaine.  Considérons  maintenant  ce  qu'elle 
voudrait  faire  du  Catholicisme  lui-même. 

Nous  pourrions  nous  contenter  de  renvoyer  le  lecteur  au 
XIVe  chapitre  de  cette  histoire,  dans  lequel  nous  avons  traité 
de  l' Hérésie  Anti-liturgiste  et  de  la  Réforme  Protestante  du  sei- 
zième siècle,  dans  ses  rapports  avec  la  Liturgie  ;  mais  comme  il 
est  utile  de  déduire  les  enseignements  qui  résultent  du  récit 
que  nous  avons  fait  dans  les  chapitres  précédents,  nous  nous 
arrêterons  quelques  instants  à  résumer  le  système  des  ennemis 
de  la  foi  catholique,  tel  qu'il  apparaît  dans  l'ensemble  des 


(1)  Che  prétende  dunque  il  teologo  in  quellâ  vaga  e  temeraria  asser- 
zione?  Che  il  sovrano  siassi  contradetlo,  o  che  abbia  mutato  senlimento! 
Sarebbe  sacrilegio  il  sospettarlo.  Mémoires  de  Ricci.  Tome  IV.  pag.  27t. 
—  La  brutalité  de  ce  servilisme  contraint  le  Voltairien  de  Potter  à  faire 
cette  curieuse  observation ,  en  dépit  de  ses  préventions  fanatiques  pour 
Ricci  et  consorts  :  «  Ce  passage  démontre  bien  quelles  sont  les  funestes 
conséquences  d'avoir  une  opposition  fanatique,  les  personnes  raison' 
nables,  pour  vaincre  le  fanatisme,  sont  forcées  de  se  jeter  dans  ïabsur* 
dite  de  ï ultramonarchisme,  et  le  peuple  devient  nécessairement  le  jouet 
et  la  victime,  ou  de  ses  prêtres ,  ou  de  son  gouvernement.  » 


LITURGIQUES.  605 

lois  et  règlements  à  l'aide  desquels  ils  ont  espéré  d'étouffer 
cette  divine  foi,  C'est  l'esprit  Protestant  lâchement  caché 
sous  des  dehors  catholiques  que  nous  voulons  démasquer, 
et  notre  intention  est  de  faire  voir  ce  que  ces  perfides  Phari- 
siens ont  tenté  pour  anéantir,  autant  qu'il  était  en  eux ,  l'a- 
dorable mystère  de  la  très  sainte  Eucharistie. 

Auparavant ,  si  le  temps  et  l'espace  nous  le  permettaient, 
nous  aimerions  à  montrer  en  détail  toute  la  portée  des  em- 
bûches qu'ils  ont  tendues  à  la  foi  des  peuples ,  dans  ce  qui 
touche  le  culte  de  la  glorieuse  Vierge  Marie  et  des  Saints.  Nous 
dirions  comment  ils  les  ont  livrés ,  ces  peuples  sans  défense , 
au  souffle  glacé  du  rationalisme,  en  expulsant  de  la  Liturgie, 
et,  partant,  de  la  mémoire  des  fidèles,  la  plupart  des  miracles 
et  des  dons  merveilleux  accordés  aux  Saints,  sous  le  vain 
prétexte  des  droits  de  la  critique;  comme  s'il  ne  dépendait 
que  de  la  volonté  d'un  pédant  pour  faire  reconnaître  comme 
incontestables  les  stupides  affirmations  du  pyrrhonisme  his- 
torique. Nous  dirions  comment  ils  ont  retranché  du  Bréviaire, 
et  bientôt  des  Vies  même  des  Saints,  le  récit  des  actes  de  vertu 
extraordinaire  inspirés  par  l'Esprit  de  Dieu  à  ses  membres , 
sous  la  futile  apparence  que  ces  faits  ne  seraient  pas  imi- 
tables; comme  si  l'Esprit  de  Dieu ,  dans  les  livres  qu'il  a  dictés 
lui-même ,  n'avait  pas  accumulé  pour  sa  gloire  les  actes  les 
plus  extraordinaires,  aussi  bien  que  les  actes  les  plus  vulgaires 
en  apparence  (1).  Nous  dirions  comment  il  était  inévitable  au 
peuple  d'oublier  les  actions,  les  mérites,  les  services  et  jus- 


(1)  Qu'on  se  rappelle  ici  la  sévère  censure  de  la  Sorbonne  de  15i8, 
contre  le  Bréviaire  d'Orléans  donné  à  cette  époque,  et  dans  lequel  on 
commença  a  faire  subir  aux  Légendes  des  Saints  les  mutilations  dont 
nous  parlons.  La  Faculté  ne  fait  nulle  difficulté  de  trancher  le  mot. 
Nova  ista  mutatio  imprudent ,  temeraria  et  scandalosa,  neque  carens 
suspkione  favendi  hœreticis»  Voyez  ci-dessus,  tome  I,  pages  458,  4Ô9, 
et  509  et  510. 


604  INSTITUTIONS 

qu'au  nom  des  Saints  Patrons,  du  moment  qu'on  abolissait 
les  antiques  Répons  et  Antiennes  où  ces  noms  sacrés,  avec 
les  merveilles  qu'ils  rappellent,  étaient  consignés  et  si  sou- 
vent embellis  par  les  plus  gracieuses  mélodies,  pour  mettre 
en  place  quelques  phrases  de  la  Bible,  bien  froides,  bien 
décousues  ;  comme  si  des  paroles  générales  tirées  de  l'Ecri- 
ture Sainte,  et  amenées  à  grands  frais  pour  célébrer  tel 
Saint  auquel  elles  n'avaient  pas  plus  de  rapport  qu'avec  tel 
autre  Saint,  pouvaient  servir  dans  un  degré  quelconque  à 
maintenir  des  traditions.  Nous  dirions  comment  la  guerre 
qu'on  a  faite  jusqu'à  nos  jours  dans  une  grande  partie  de 
l'Europe  Catholique,  aux  images  miraculeuses,  aux  sanc- 
tuaires  révérés,  aux  pèlerinages,  aux  processions  extrordi- 
naires,  était  une  hostilité  flagrante  contre  le  Seigneur  et  contre 
ses  Christs  (1)  ;  puisque,  si  îe  Concile  de  Trente  enseigne 
qu'il  ne  faut  pas  croire  qu'il  y  ait  dans  les  images  une  vertu 
qui  vienne  d'elles,  on  n'en  doit  pas  conclure  que  celte  au- 
guste Assemblée  ait  voulu  contester  à  Dieu  îe  droit  de  choisir 
certains  lieux  de  ce  monde  qui  est  à  lui ,  pour  y  manifester 
plus  directement  sa  gloire  dans  la  Vierge  Marie ,  ou  dans  les 
Saints.  Nous  dirions  qu'en  supprimant  avec  violence  les  fêtes 
populaires  dans  lesquelles  les  habitants  des  villes  et  des  cam- 
pagnes se  livraient  à  une  joie,  quelquefois  abusive,  nous  en 
convenons ,  Joseph  II ,  Léopold ,  Jérôme  de  Collorédo , 
Ricci,  etc.,  voulaient  bien  plus  éteindre  les  influences  reli- 
gieuses puisées  dans  le  culte  des  Saints,  que  favoriser,  ainsi 
qu'ils  le  prétendaient ,  la  réforme  des  mœurs  et  l'avancement 
des  saines  doctrines  de  l'économie  politique  ;  comme  si  les 
mœurs  étaient  meilleures  et  la  nation  plus  heureuse,  quand 
le  motif  des  réjouissances  publiques  ne  provient  plus  d'une 

(1)  Nolite  tangere  Christos  meos.  Psalm.  CIF.  15. 


Liturgiques.  603 

source  religieuse,  mais  tout  simplement  des  habitudes  gros- 
sières d'un  peuple  inaccessible  d'ailleurs  à  l'idée  de  morale 
qui  ne  lui  vient  pas  par  l'organe  de  la  religion.  Nous  dirions 
enfin  qu'on  a  grandement  nui  à  la  foi  des  peuples  qui  tire 
un  si  puissant  accroissement  de  la  vénération  des  Saints,  en 
répétant  sur  tous  les  tons ,  et  avec  toute  l'exagération  de 
Port-Royal ,  que  la  Sainte  Vierge  et  les  Saints  repoussent 
tout  hommage  de  la  part  de  ceux  qui  n'imitent  pas  leurs 
vertus;  qu'il  est  inutile  de  songer  à  leur  plaire  par  des 
prières,  des  vœux,  des  chants,  des  démonstrations  exté- 
rieures ,  si  l'on  n'est  pas  déjà  vivant  de  la  vie  de  la  grâce  et 
de  la  sainteté  ;  comme  si  la  simple  louange  n'était  pas  déjà 
iwr  acte  surnaturel  et  excellent  de  la  religion;  comme  si 
celui  qui  rend  hommage  à  la  sainteté  ne  protestait  pas  déjà 
contre  le  péché  qui  est  dans  son  cœur  ;  comme  si  tout  acte 
religieux  ,  pour  n'être  pas  parfait ,  n'était  pas  un  acte  con- 
forme à  l'ordre  ;  comme  si ,  enfin ,  ïa  miséricordieuse  Mère 
du  Sauveur  et  les  Amis  de  Dieu  ne  devaient  pas  se  trouver 
inclinés  à  demander  à  Dieu  1* entière  conversion  de  ces  pauvres 
âmes  qui ,  trop  charnelles  encore  dans  leurs  espérances  et 
leurs  vœux  ,  n'ont  jusqu'ici  compris,  comme  la  Samaritaine, 
que  dans  un  sens  matériel ,  cette  Eau  qui  jaillit  jusqu'à  la  vie 
.  éternelle.  Le  fait  est  que  depuis  le  triomphe  de  toutes  ces 
théories  perfectionnées,  nous  ne  connaissons  plus  la  vie  des 
Saints,  et  qu'après  un  siècle  et  demi  de  rationalisme,  là 
simple  explication  des  Légendes  de  nos  vitraux  et  de  notre 
antique  peinture  et  statuaire  catholiques  est  devenu  l'objet 
d'une  science.  Dieu  fasse  que  cette  science  ne  soit  pas  de 
longue  durée,  par  notre  retour  aux  antiques  traditions  de 
la  foi  de  nos  pères,  aux  livres  vénérables  qui  l'ont  gardée 
toujours  vierge  et  pure ,  tandis  que  nous  allions  boire  à 
d'autres  sources  !  • 


600  INSTITUTIONS 

Mais  arrêtons-nous  à  considérer  l'outrage  insigne  dont 
l'adorable  Mystère  de  l'Eucharistie  a  été  l'objet  au  sein  même 
de  plusieurs  nations  Catholiques.  C'est  ici  qu'éclate  la  malice 
de  Satan.  Nous  avons  montré  ailleurs  comment  les  Albigeois 
et  les  Vaudois  parvenaient  à  éluder  la  divine  miséricorde  du 
Sauveur  présent  sous  les  espèces  Eucharistiques,  en  prê- 
chant partout  que  le  Prêtre,  s'il  n'est  en  état  de  grâce,  ne 
consacre  pas  ;  d'où  il  s'ensuivait  que  Dieu  seul  connaissant 
le  cœur  de  l'homme ,  le  fidèle  n'aurait  pu  croire  à  la  pré- 
sence du  Christ  dans  l'Hostie  qu'il  recevait  à  la  Communion, 
qu'autant  qu'il  eût  été  associé  à  la  science  même  de  Dieu.  Nos 
Anti-liturgistes  n'osèrent  non  plus  nier  la  divine  Eucharistie; 
mais  comme  elle  est  l'objet  de  la  foi  des  fidèles ,  le  sacrifice 
propitiatoire  du  salut  du  monde,  la  nourriture  vivifiante  du 
Chrétien  sur  la  terre,  il  leur  sembla  bon  de  la  poursuivre 
sous  ce  triple  rapport.  En  effet,  s'ils  eussent  été  si  jaloux  de 
voir  le  Sauveur  des  hommes  recueillir  l'hommage  de  la  piété 
publique  dans  le  Mystère  de  son  amour,  pourquoi  cesEdils, 
ces  Décrets  Synodaux  pour  interdire  l'exposition  du  Saint- 
Sacrement,  pour  éteindre  les  lumières  qui  se  consumaient, 
en  signe  populaire  de  joie  et  d'amour,  sur  l'autel;  pour  en- 
joindre de  se  servir  du  Ciboire  qui  voile  l'hostie,  plutôt  que 
de  l'Ostensoir  qui  la  montre  et  l'entoure  d'une  couronne  ra« 
clieuse ,  vrai  triomphe  pour  la  pieté  ?  Pourquoi  tant  d'écrits, 
de  règlements  hostiles  au  rite  de  l'Exposition  du  Saint-Sacre- 
ment, dans  divers  pays,  mesures  dont  les  motifs  semblent 
puisés  dans  le  livre  condamné  du  trop  fameux  J.-B.  Thiers? 
Pourquoi  avoir  humilié  à  un  degré  inférieur,  dans  un  si 
grand  nombre  du  nouveaux  Bréviaires  et  Missels ,  la  Fête 
du  Corps  du  Seigneur,  qui,  jusqu'alors,  était  mise  au  rang 
des  plus  grandes  solennités?  Quel  siècle ,  quels  hommes  que 
ceux  qui  trouvèrent  qu'il  y  avait  en  cela  de  l'excès  ! 


LITURGIQUES.  607 

Quant  au  Sacrifice  Eucharistique  lui-même,  que  n'ont  pas 
fait  les  Anti-liturgistes,  pour  en  amoindrir  la  notion  dans 
l'esprit  des  peuples?  L'autel  les  gêne  ;  ils  voudraient  n'y  voir 
plus  qu'une  table.  Ils  en  ôteront,  comme  à  ïroyes  et  à  As- 
nières,  la  croix  et  les  chandeliers;  les  reliques  et  les  fleurs, 
comme  en  Toscane ,  poursuivant  ainsi  le  Christ  jusque  dans 
ses  Saints,  et  voulant  que  l'autel  de  Dieu  soit  nu  et  glacé 
comme  leur  cœur.  Autour  de  cet  autel,  sur  les  dons  sacrés, 
des  rites  augustes,  apostoliques,  mosaïques  même,  s'ac- 
complissent; ils  en  conserveront  une  partie,  après  les  avoir 
purgés  de  tout  symbolisme,  pour  qu'ils  ne  soient  plus  que 
des  usages  vulgaires  et  vides  de  réalité.  Une  langue  sacrée 
environnait  comme  d'un  nuage  la  majesté  de  cet  autel  et  des 
mystères  qu'il  porte  ;  on  préparera  l'abolition  de  cet  usage  vé- 
nérable, en  initiant  le  vulgaire  aux  plus  profondes  merveilles 
du  Sanctuaire  par  des  traductions,  en  invitant  le  Prêtre,  au 
nom  d'une  chimérique  antiquité,  à  rompre  le  silence  du  Ca- 
non, en  attendant  qu'en  certains  temps  et  en  certains  lieux, 
on  ose  décliner  enfin  la  prétention  qu'on  a  de  proclamer, 
comme  Calvin,  la  langue  vulgaire.  Déjà,  n'a-t-on  pas  fait 
admettre  que  la  Bible  seule  doit  fournir  la  matière  des  Of- 
fices divins,  aux  dépens  de  la  Tradition?  Ne  Pa-t-on  pas  mise 
en  pièces  à  coups  de  ciseaux,  pour  en  faire  une  mosaïque  à 
l'aide  de  laquelle  on  décrira  telles  figures  que  l'on  voudra  ? 

Maïs ,  pour  en  revenir  au  divin  Sacrifice,  voyez  avec  quelle 
affectation  on  répète  cette  vérité  incontestable  en  elle-même, 
niais  dont  il  est  si  facile  d'abuser  à  celte  époque  de  Calvi- 
nisme déguisé,  que  le  peuple  offre  avec  le  Prêtre ,  afin  d'étayer 
d'autant  ce  Laïcisme,  frère  du  Presbytérianisme,  qui  ap- 
parut peu  d'années  après,  avec  un  si  éclatant  triomphe, 
dans  la  Constitution  Civile  du  Clergé.  Toutefois,  ce  n'est 
point  encore  assez  pour  la  secte.  Elle  peut  insulter  le  Sa- 


608  INSTITUTIONS 

crifice  Catholique ,  mais  elle  ne  peut  l'abolir.  Dès-lors ,  toute 
son  adresse  tendra  à  en  rendre  la  célébration  plus  rare. 
D'abord,  elle  inculquera  au  Prêtre  timoré  qui,  par  le  plus 
étrange  travers,  s'en  vient  mettre  sa  conscience  à  la  dispo- 
sition de  quelqu'un  de  ses  adeptes,  elle  lui  inculquera  (1) 
qu'il  y  aurait  de  l'imprudence  à  un  Prêtre,  même  pieux,  de 
célébrer  la  Messe  plus  de  trois  ou  quatre  fois  par  semaine. 
Que  si  enfin  il  ose  monter  à  l'autel,  il  trouvera  jusque  dans 
le  Mibsel  la  condamnation  de  sa  témérité;  car  la  secte  a  souillé 
jusqu'au  Missel  (2).  Bientôt,  soutenue  dans  son  audace  par 
les  Joseph  II  et  les  Léopold,  on  la  verra  interdire  la  célé- 
bration simultanée  des  Messes  dans  une  même  Eglise;  elle  ira 
même  jusqu'à  réduire  le  nombre  des  autels  à  un  seul.  Eclairée 
par  les  prescriptions  de  Ricci,  clic  trouvera  un  nouveau  moyen 
de  restreindre  encore  l'oblation  de  ce  Sacrifice  qui  lui  est 
si  odieux  :  ce  sera  en  rétablissant  l'usage  de  l'Eglise  primitive, 
suivant  lequel  tous  les  Piètres  d'une  Eglise  concélébreraient 
à  une  seule  Messe.  Quant  aux  Réguliers,  on  saura  bien  les  y 
forcer,  en  ne  tolérant  qu'un  Prêtre  ou  deux  dans  chaque  Mo- 
nastère :  d'ailleurs,  les  Eglises  des  Réguliers  seront  interdites 
au  peuple.  Enfin ,  et  nous  achèverons  par  ce  dernier  trait, 
afin  d'empêcher  la  célébration  de  la  Messe  plus  efficacement 
encore,  le  Synode  de  Pisloic  enseignera  dogmatiquement 
que  c'est  une  erreur  de  penser  que  !e  sacrifice  de  la  Messe 
profite  davantage  à  celui  pour  lequel  le  Prêtre  a  l'intention 

(1)  Du  Guet.  Traité  sur  les  dispositions  peur  offrir  les  saints  Mtjs- 
lères.  page  32. 

(2)  Eu  la  Messe  de  saint  Jérôme,  au  Missel  de  l'Archevêque  Vinii- 
mille,  rédigé  par  l'Acoiyihe  Mesenguy,  on  a  lu  pendant  bien  des  années 
cette  Secrète,  digne  pendant  de  certaine  Postcommunion  de  saint 
pamase  qu'on  y  lit  encore  :  Sacrificium  salutis  nostrœ  fac  nos  tibi, 
Domine,  cum  timoré  ac  tremore  offerre ,  quod  sanctus  Pr esby ter  Hier o- 
nymus  pr<,e  vereçundia,  et  liumilimte  verHuç  est  exercere. 


LITURGIQUES.  609 

particulière  de  l'offrir.  Que  lui  importe  de  mentir  à  la  tra- 
dition catholique,  si  par  là  il  est  à  même  de  porter  à  la  foi 
du  Sacrifice  dans  l'esprit  des  peuples,  une  atteinte  digne  de 
Calvin  ? 

Si  nous  en  venons  à  l'Eucharistie ,  considérée  comme 
nourriture  du  Chrétien,  nous  la  voyons  poursuivie  sous  ce 
rapport  avec  le  même  acharnement  par  les  Anti-liturgistes* 
Ici,  comme  toujours,  les  théories  viennent  de  France;  l'ap- 
plication brutale  et  audacieuse  aura  lieu  dans  d'autres  pays. 
Le  livre  de  la  Fréquente  Communion ,  d'Antoine  Arnaud,  le 
Rituel  d'Aleth,  ces  deux  productions  du  parti  qui  ont  exercé 
et  exercent  encore  sourdement  une  si  grande  influence  sur 
la  pratique  des  Sacrements  en  France ,  donnent ,  comme  l'on 
sai(^  pour  maxime  fondamentale ,  que  la  Communion  est  la 
récompense  d'une  piété  avancée  et  non  d'une  vertu  commen- 
çante. Qui  oserait  calculer  jusqu'à  quel  degré  cette  maxime 
toute  seule  a  produit  la  désertion  de  la  Table  sainte  !  Les 
Novateurs  d'Italie,  toutefois,  ne  s'arrêteront  pas  là;  ils  s'ap- 
pliqueront à  fatiguer  la  piété  des  fidèles ,  en  décrétant  qu'on 
ne  devra  plus  communier  les  fidèles  qu'avec  des  hosties  con- 
sacrées à  la  Messe  même  à  laquelle  ils  auront  assisté,  ou 
du  moins  qu'on  ne  devra  plus  administrer  la  Communion  hors 
!  le  temps  de  la  Messe  (1)  ;  double  ruse  qui ,  étant  bien  con- 


(1)  Telle  fat  la  rage  des  Novateurs  sur  ce  dernier  point,  qu'il  devint 
!  nécessaire  que  Benoît  XIV  publiât  une  Constitution  adressée  aux 
JEvêques  de  toute  l'Italie,  pour  décider  solennellement  que,  quelqua 
louable  que  soit  l'intention  de  participer,  par  la  Communion,  au  sacri- 
fice même  auquel  on  assiste,  il  n'y  a  pour  les  Prêtres  aucune  sorte 
d'obligation  de  distribuer,  infra  ipsam  actionem,  la  Communion  à  tous 
ceux  qui  la  demandent.  Cette  Constitution  est  du  13  novembre  1742. 
La  question  avait  été  violemment  agitée,  d'abord  dans  le  Diocèse  de 
iCrêma,  par  Joseph  Guerrieri ,  Chanoine  de  la  Cathédrale,  qui  enseigna 
'publiquement  qu'on  devait  improuver  la  coutume  de  communier  les 
T.  il.  39 


610  INSTITUTIONS 

duite,  suffira  pour  priver  de  la  Communion  un  grand  nombre 
de  personnes,  à  raison  des  embarras  et  des  prétextes  qu'il 
est  facile  d'alléguer  dans  une  grande  Eglise.  C'était  dans  le 
même  but  que  le  Missel  de  Troyos  supprimait  les  prières  qui, 
dans  le  rite  actuel  de  l'Eglise,  accompagnent  l'administration 
de  l'Eucharistie.  Le  Docteur  Peiitpicd  et  ses  pareils  préten- 
daient par  là  faire  considérer  la  Communion  des  fidèles  comme 
une  partie  inséparable  de  la  Messe  ;  d'où  il  serait  facile  de 
conclure,  avec  Luther,  que  les  Messes  où  personne  ne  com- 
munie sont  contraires  à  l'institution  de  l'Eucharistie,  tandis 
que,  d'autre  part,  étant  certain  que  les  fidèles  ne  doivent 
communier  que  quand  ils  en  sont  dignes,  ce  qui  n'arrive 
guère,  le  Sacrement  divin,  mémorial  delà  Passion  du  Sau- 
veur, centre  de  la  Religion  et  nourriture  de  l'Eglise,  se  trouve 
à  peu  près  réduit  à  l'état  d'abstraction.  Et  voilà  les  œuvres 
de  la  secte  qui,  comme  un  chancre,  s'était  glissée  parmi 
nous.  Nous  le  demandons ,  n'avait-elle  pas  pris ,  sous  l'ins- 
piration de  Satan,  tous  les  moyens  de  faire  périr  dans  ses 
racines  l'arbre  qu'elle  désespérait  d'abattre  ? 

Mais,  la  bénignité  et  l'humanité  de  notre  Dieu  et  Sauveur  ont 

iidèles  avec  des  particules  consacrées  à  une  Messe  précédente.  Il  fut 
bientôt  suivi  par  Michel-Marie  ftannsroni,  Dominicain,  qui  enseigna 
la  môme  doctrine  dans  un  Catéchisme  spécial  sur  la  Communion,  qu'il 
fit  paraître  a  jNaples  en  1770.  fSannaroni  ne  tarda  pas  d'être  réfuté  dans 
une  Dissertation  Theologko-Critique ,  publiée  à  Naples  en  1774 ,  par 
Joseph-Marie  Elefmte,  aussi  Dominicain,  et  abjura  bientôt  son  senti- 
ment. Enfin,  en  vit  paraître,  à  Pavie,  en  1779,  une  Dissertation  de 
iHcruentinovœ  legis  Sucrificii  communions ,  dont  l'auteur  était  un  Sfr- 
vite  nommé  Chéries- Marie  Traversari.  Eile  éiait  dans  le  sens  des 
Novateurs,  et  ne  tarda  pas  d'être  mise  à  Y  Index ,  ain.i  que  le  livre 
de  Nannaroni.  On  peut  lire,  sur  cette  controverse,  l'ouvrage  de  Benoît 
Vulpi,  sous  ce  titre  :  Storia  délia  celcbre  covtroversia  di  Crema  sopra 
il  pubbUco  dtoiii  dirailo  aili  communia  ne  Eucaristica  nella  Itftssa,  con 
nna  dissent azione  ëullo  stesso  argumenlo.  Venise,  4790. 


LITURGIQUES.  611 

apparu  (1) ,  et  nous  avons  été  préservés.  Ces  hommes,  qui 
voulaient  nous  faire  oublier  que  Dieu  a  tant  aimé  le  monde  (2), 
ont  été  confondus,  et  aujourd'hui,  comme  Caïn,  ils  sont 
marqués  au  front,  ceux  qui  voulaient  substituer  dans  le  cœur 
des  fidèles  la  terreur  à  la  charité.  Arrière  donc  ces  doctrines 
fatales  qui ,  réduisant  tout  le  Christianisme  au  dogme  de  la 
Prédestination  interprété  par  une  raison  sauvage  ,  ne  se 
pouvaient  compléter  que  par  le  rigorisme  d'une  morale  im- 
praticable ,  ni  s'exprimer  au  dehors  que  par  les  formes  sèches 
et  prosaïques  d'une  Liturgie  dont  la  Synagogue  elle-même 
eût  détesté  la  froideur.  De  même  qu'à  l'apparition  de  ces 
erreurs  manichéennes  et  rationalistes  en  même  temps ,  qui 
matent  la  chair  et  pour  qui  la  divine  Eucharistie  était  une 
chose  impure  ou  une  idolâtrie ,  le  Sauveur  ordonna  à  son 
Eglise  de  proclamer  avec  une  pompe  nouvelle  le  mystère  de 
son  Corps,  paria  Fête,  la  Procession  et  l'Exposition  du 
Saint-Sacrement  ;  ainsi ,  quand  l'audace  pharisaïque  des 
Anti-liturgîstes,  n'osant  s'attaquer  à  la  réalité  de  ce  Corps 
divin,  s'appliquait  avec  une  infernale  opiniâtreté  à  montrer 
dans  le  Fils  de  Dieu  celui  qui  juge  le  monde  et  non  celui  qui 
le  sauve,  à  écarter  de  ses  autels  les  Chrétiens  effrayés  au 
bruit  de  cette  affreuse  maxime,  que  le  sang  de  la  Rédemption 
n'a  point  été  répandu  pour  tous,  le  Sauveur  des  hommes 
daigne  calmer  ces  terreurs  en  invitant  les  fidèles  à  se  repo- 
ser sur  son  Coeur  ,  c'est-à-dire  sur  son  amour,  en  permettant 
qu'ils  honorent  d'un  culte  spécial  le  divin  organe  de  la  cha- 
rité dans  la  personne  de  l'Homme-Dieu.  Il  ne  fallait  pas  moins 
pour  rassurer  les  Chrétiens  effrayés  de  la  dureté  des  pré- 
ceptes, de  la  difficulté  du  salut,  de  la  rigueur  des  décrets 

(i)  Tit.  III.  4. 
(2)  Joan.  III.  16. 


612  INSTITUTIONS 

dont  on  leur  disait  qu'ils  étaient  l'objet.  Le  culte  du  Sacré 
Coeur  de  jésus  fut  donc  la  forme  que  devait  prendre  et  que 
prit,  en  effet,  l'Espérance  Chrétienne  échappée  au  naufrage. 
Elle  se  jeta  dans  le  Cœur  de  celui  qui  a  dit  lui-même  être  venu 
pour  les  pécheurs  et  non  pour  les  justes,  et  qui  n'abandonne 
Jérusalem  que  parce  qu'elle  n'a  pas  voulu  connaître  le  temps 
de  sa  visite. 

Grande  fut  la  colère  du  Jansénisme ,  à  la  nouvelle  que 
toutes  ses  tentatives  allaient  échouer  contre  la  confiance  que 
les  peuples  mettraient  dans  le  Cœur  de  leur  Sauveur.  Ces  sec- 
taires qui,  pour  perfectionner  l'homme,  voulaient  commencer 
par  lui  arracher  le  cœur,  voyant  que  le  Cœur  de  l'Homme- 
Dieu,  à  la  fois  symbole  et  organe  de  son  amour,  recevait  les 
adorations  de  la  Chrétienté ,  se  prirent  à  nier  le  cœur  dans 
l'homme,  pour  le  nier  ensuite  dans  le  Christ  lui-même.  Don- 
nant un  brutal  démenti  à  l'humanité  toute  entière,  qui  plaça 
toujours  dans  le  cœur  le  siège  des  affections,  ils  ne  craignirent 
point  de  poursuivre  ce  noble  organe  jusque  dans  la  poitrine 
de  l'Homme-Dieu.  Nous  avons  vu  comment  Ricci  appela  le 
Cœur  de  Jésus-Christ  un  petit  morceau  de  chair  (  un  pezzetto 
di  carne)  ;  Grégoire  n'y  reconnut  qu'un  muscle  (1)  ;  un  de 
ses  amis ,  digne  de  lui ,  Veiluva ,  Chanoine  d'Asti,  ne  voit  dans 
un  tableau  du  Sacré  Cœur  qu'tm  grand  foie  tout  rayon- 
nant (2).  Mais  à  ces  blasphèmes  ignobles  et  furibonds,  il  était 
facile  de  voir  que  la  secte  se  sentait  atteinte  dans  le  principe 
même  de  son  existence.  L'amour  chasse  dehors  la  crainte,  a  dit 
le  disciple  bien-aimé  (5),  celui  qui,  dans  la  Cène,  se  reposa  sur 
le  Cœur  du  Sauveur  ;  le  culte  du  Sacré  Cœur  de  Jésus  chasse 

(1)  Histoire  des  sectes  Religieuses.  Tome  II.  Article  Cordicoles. 
page  246. 

(2)  Jbid.  pog.  269. 

(3)  LJoann.  IV.  18, 


LITURGIQUES.  615 

dehors  l'affreux  Destin,  idole  implacable,  que  la  secte  avait 
substitué  à  la  douce  image  de  Celui  qui  aime  toutes  les  œuvres 
de  ses  mains,  et  veut  que  tous  les  hommes  soient  sauvés. 

Nous  aurons  ailleurs  l'occasion  de  parler  de  la  Fête  du 
Sacré  Cœur  de  Jésus  ;  toutefois,  les  nécessités  de  notre  récit 
nous  obligent  à  toucher  ici  quelque  chose  des  circonstances 
de  son  institution.  Elle  fut  d'abord  révélée  à  une  humble 
Religieuse,  et  cette  révélation  fui  le  secret  du  ClGÎtre ,  avant 
d'être  la  grande  nouvelle  dans  l'assemblée  des  fidèles.  L'ins- 
titut vénérable  de  la  Visitation,  fondé  par  saint  François  de 
Sales,  fut  celui  que  Dieu  choisit  pour  y  faire  connaître  l'œuvre 
de  sa  douce  puissance ,  par  le  moyen  de  la  vénérable  Mère 
Marguerite-Marie  Alacoque,  comme  pour  glorifier  davantage, 
par  ce  moyen,  la  doctrine  du  saint  Evêque  de  Genève,  si  éloi- 
gnée du  pharisaïsme  de  la  secte,  et  il  voulut  aussi  que  la 
servante  de  Dieu  fût  aidée  dans  ce  grand  œuvre  par  le  P.  de 
la  Colombière,  Jésuite,  comme  pour  manifester  sa  divine 
satisfaction  à  l'égard  d'une  Société  dont  les  membres  firent 
paraître,  dans  les  luttes  de  la  foi,  à  cette  époque  de  scandales, 
un  courage  d'autant  plus  précieux  à  l'Eglise,  qu'alors  même 
elle  voyait  fléchir  momentanément  plusieurs  milices  sur  la 
fidélité  desquelles  elle  avait  eu  droit  de  compter. 

Ce  fut  en  1678 ,  dans  le  Monastère  de  la  Visitation  de  Mou- 
lins, que  le  culte  extérieur  du  Cœur  de  Jésus  commença  ;  il 
ne  fut  inauguré  à  Paray  même  que  huit  ans  plus  tard.  De- 
puis, l'Eglise  entière,  province  par  province,  l'a  reçu,  et 
cette  admission  libre  et  successive  offre  un  spectacle  plus 
attérant  peut-être  pour  les  Novateurs,  que  l'adhésion  simul- 
tanée qu'eut  produit  un  Décret  Apostolique. 

Enregistrons  les  principaux  faits  qui  signalèrent  cette 
marche  triomphante  du  culte  de  l'Amour  de  Jésus-Christ 
pour  les  hommes.  C'est  d'abord  la  France ,  principal  foyer 


614  INSTITUTIONS 

des  manœuvres  Jansénistes,  qui  se  trouve  être  à  la  fois 
le  lieu  d'origine  et  le  théâtre  principal  de  l'éiablissement  de 
la  nouvelle  Fête;  présage  heureux  des  intentions  divines  qui 
destinent  ce  Royaume  à  triompher,  au  temps  marqué,  du 
virus  impur  qui  agite  son  sein.  Or,  dès  Tannée  1688,  Charles 
de  Brienne,  Evêque  deCouiances,  inaugurait  dans  son  Dio- 
cèse la  Fête  du  Sacré  Cœur  de  Jésus  (1).  Six  ans  après,  en 
4694,  le  pieux  Antoine-Pierre  de  Grammont,  Archevêque  de 
Besançon,  ordonna  que  la  Messe  propre  de  cette  Fête  serait 
insérée  dans  le  Missel  de  sa  Métropole.  En  1718,  François  de 
Yilleroy,  Archevêque  de  Lyon ,  en  prescrivait  la  célébration 
dans  son  insigne  Primatiale.  Cette  Fête  disparut,  comme  on 
devait  s'y  attendre,  devant  le  Bréviaire  de  Montazet.  Tout  le 
monde  sait  en  quelles  circonstances  mémorables,  Henri  de 
Belzunce,  Evêque  de  Marseille,  inaugura,  en  1720,  le  culte 
ju  Sacré  Cœur  de  Jésus,  au  milieu  de  sa  ville  désolée.  La 
confiance  du  Prélat  fut  récompensée  parla  diminution  instan- 
tanée, et  bientôt  la  cessation  du  fléau.  Le  lecteur  se  rappelle 
aussi  le  zèle  que  le  saint  Prélat  fit  paraître  quelque  années 
après,  au  sujet  des  attaques  des  Anti-liturgistes  de  Paris, 
contre  le  culte  de  la  Sainte  Vierge  et  des  Saints.  A  l'exemple 
de  Belzunce,  les  Archevêques  d'Aix ,  d'Arles  et  d'Avignon , 
et  les  Evêques  de  Toulon  et  de  Carpenîras,  s'empressèrent  de 
donner  des  Mandements  pour  l'établissement  de  la  Fêle  (2). 
En  1729,  l'illustre  Languet,  encore  Evêque  de  Soissons,  faisait 
paraître  la  Vie  de  la  vénérable  Mère  Marguerite-Marie  Ala- 
coque,  et  se  plaçait  au  nombre  des  plus  zélés  promoteurs  du 
culte  du  Sacré  Cœur  de  Jésus. 

(1)  Nous  n'avons  point  a  parler  ici  de  la  fête  du  saint  Cœur  de  Marie. 
Nous  traiterons  de  cet  intéressant  sujet  en  son  lieu ,  dans  le  corps 
même  de  cet  ouvrage. 

(2)  L'Ami  de  la  Religion,  Tome  XXII.  pag.  337  et  suiv. 


LITURGIQUES.  615 

Cependant  le  Siège  Apostolique ,  dès  long-temps  sollicité, 
tardait  à  sanctionner  l'érection  de  la  nouvelle  Fête.  Des  obs- 
tacles inattendus,  au  sein  de  la  sacrée  Congrégation  des 
Rites,  s'opposaient  à  cette  approbation,  qui  avait  été  postulée 
dès  l'année  1797.  En  1726,  Constantin  Szaniaw&ky,  Evêque 
de  Cracovie,  adressait  à  cet  effet,  à  Benoît  XHÏ,  une  sup- 
plique à  laquelle  souscrivit  bientôt  Frédéric-Auguste,  Roi  de 
Pologne.  Un  refus  solennel  et  fameux,  notifié  le  50  juillet 
1729,  par  la  Congrégation  des  Rites ,  sur  les  conclusions  de 
Fonlanini ,  Archevêque  d'Ancyre,  Promoteur  de  la  Foi,  fut 
une  épreuve  sensible  pour  les  adorateurs  du  Sacré  Cœur 
de  Jésus,  et  pour  les  Jansénistes  l'objet  d'un  triomphe 
mal  avisé  ;  car,  après  tout,  il  n'y  avait  rien  de  si  surprenant 
dans  les  délais  que  la  prudence  du  Saint  Siège  exigeait 
avant  de  statuer  sur  un  sujet  si  important.  Les  ennemis  du 
Sacré  Cœur  de  Jésus  répandaient  les  bruits  les  plus  étranges 
sur  la   manière  dont  cette  dévotion  était  pratiquée.  Ils 
osaient  dire  que  c'était  au  Cœur  de  Jésus-Christ ,  consi- 
déré isolément  du  reste  de  sa  personne  divine,  que  les  ado- 
rations s'adressaient;  d'autre  part,  ils  incidentaient  sur  la 
question  physiologique  des  fonctions  du  cœur  dans  l'orga- 
nisme humain,  prétendant  que  Rome  ne  pouvait  prononcer 
en  faveur  de  la  nouvelle  Fête ,  sans  décider,  ou  préalable- 
ment ou  simultanément  ,  une  thèse  de  l'ordre  purement 
naturel.  Nous  aurons  ailleurs  l'occasion  d'entrer  dans  le 
fond  de  la  question  ;  qu'il  suffise  de  dire  ici  que  le  refus 
d'approuver  la  Fête  n'entraînait  aucune  défaveur  sur  la 
dévotion  au  Sacré  Cœur  de  Jésus,  considérée  en  elle-même. 
L'ardeur  de  la  controverse  engagée  sur  la  matière,  et  dans  la- 
quelle plusieurs  Catholiques  sincères  semblaient  pencher  vers 
les  préventions  que  nourrissait  le  parti  Janséniste,  soit  par  suite 
de  quelques  préjugés,  soit  aussi  parce  que  plusieurs  des  par- 


616  INSTITUTIONS 

tisans  de  la  Fête  s'étaient,  quoique  innocemment,  permis 
quelques  expressions  peu  exactes;  la  nouveauté  de  cette  dé- 
votion qui  demandait ,  comme  toute  chose  récemment  intro- 
duite, l'épreuve  du  temps;  l'absence  d'un  examen  sérieux 
sur  les  révélations  qui  avaient  accompagné  et  produit  son 
institution  (1)  ;  c'était  plus  qu'il  n'en  fallait  pour  motiver  la 
résolution  de  la  sacrée  Congrégation.  Toutefois,  on  continua 
à  Rome  de  donner  des  Brefs  pour  l'érection  des  Confréries 
sous  le  litre  du  Sacré-Cœur  de  Jésus,  jusque-là  que,  dès 
1754,  on  en  comptait  déjà  quatre  cent  quatre-vingt-sept. 
Rome  même  en  vit  établir  une,  sous  le  titre  d'Archiconfrérie, 
dans  l'Eglise  de  Saint-Théodore,  par  Bref  de  Clément  XII, 
du  28  février  1732  (2).  On  n'eût  point  accordé  ces  nom- 
breuses faveurs  aux  associations  réunies  sous  le  vocable  du 
Sacré  Cœur  de  Jésus,  si ,  au  fond ,  le  Siège  Apostolique  n'eût 
gardé,  pour  la  dévotion  elle-même,  un  fonds  de  bienveillance. 
Celui  que  la  Pi  ovidencc  avait  choisi,  pour  consommer  l'œuvre, 
fut  le  pieux  Cardinal  Rezzonico ,  dont  le  nom  vénéré  était 
dès  long- temps  inscrit  au  registre  de  PArchiconfrérie  de 
Saint-Théodore  (3) ,  lorsqu'il  fut  appelé  par  TEsprit-Saint  à 
s'asseoir  sur  la  Chaire  de  saint  Pierre,  où  il  parut  avec  tant 
de  force  d'âme  sous  le  nom  de  Clément  XIII. 

Le  saint  Pontife  reçut  de  nouvelles  instances  de  la  part  des 
Evêquesde  Pologne,  qui  demandaient,  presqu'à  l'unanimité, 
qu'il  fût  permis  à  la  Chrétienté  d'honorer  d'un  culte  public 
le  Cœur  du  Rédempteur  des  hommes.  C'était  assurément  un 

(1)  Nous  empruntons  une  partie  de  ces  raisons  à  Benoît  XIV  lui- 
même,  qui  n'était  pas  favorable  à  la  Fête,  bien  qu'il  ne  parle  du  culte 
du  Sacré  Cœur  de  Jésus  qu'avec  toute  sorte  d'égards.  Voyez  son  traité 
de  Canonhat.  Sanctorum.  Lib.  IV.  Part.  II.  N°  21. 

(2)  L'Ami  de  la  Religion.  Ibidem,  page  341. 

(3)  Ibidem. 


LITURGIQUES.  617 

spectacle  bien  touchant  que  celui  de  cette  nation  héroïque , 
à  la  veille  d'être  effacée  du  nombre  des  nations  de  l'Europe , 
travaillant  à  faire  jouir  la  Chrétienté  des  richesses  du  Cœur 
du  Sauveur  des  hommes.  Ce  Cœur,  le  plus  fidèle  de  tous, 
ne  saurait  oublier  que  les  instances  de  la  Pologne  sont,  avec 
celles  de  l'Archiconfrérie  de  Saint-Théodore,  les  seules  men- 
tionnées dans  le  Décret  qui  vint  enfin  consoler  la  piété  des 
fidèles.  Plusieurs  Evêques  de  France  avaient,  il  est  vrai,  pris 
l'initiative  en  établissant  la  Fête  ;  mais,  quoi  qu'il  en  soit  de 
leur  pouvoir  en  cette  matière,  il  n'y  avait  là  qu'un  fait  louable, 
sans  doute  ,  et  l'Eglise  Catholique  attendait  toujours  le  ju- 
gement de  Rome. 

Il  fut  rendu  le  6  février  1765,  et  on  disait  dans  les  motifs 
du  Décret,  qu'il  était  notoire  que  le  culte  du  Sacré  Cœur  de 
Jésus  était  déjà  répandu  dans  toutes  les  parties  du  monde 
Catholique,  encouragé  par  un  grand  nombre  d' Evêques,  en- 
richi d'Indulgences  par  des  milliers  de  Brefs  Apostoliques  pour 
l'érection  des  Confréries  devenues  innombrables.  En  consé- 
quence ,  sur  les  instances  du  plus  grand  nombre  des  Rêvé- 
rendissimes  Evêques  du  Royaume  de  Pologne,  et  sur  celles  de 
V Archiconfrérie  Romaine  (1  ) ,  la  sacrée  Congrégation ,  ouïes 
les  conclusions  du  R.  P.  Gaétan  Forti ,  Promoteur  de  la  Foi , 
déclarait  se  désister  de  la  résolution  prise  par  elle  le  30  juillet 
1729,  et  jugeait  devoir  condescendre  aux  prières  desdits 
Evêques  du  Royaume  de  Pologne  et  de  ladite  Archiconfrérie 
Romaine.  Enfin ,  elle  annonçait  l'intention  de  s'occuper  de 
l'Office  et  de  la  Messe ,  devenus  nécessaires  pour  solenniser 
la  nouvelle  Fête. 

L'un  et  l'autre  ne  tardèrent  pas  à  paraître,  et  ils  étaient 


(t)  Instantibus  plerisque  Reverendissimis  Episcopis  Regni  Polo* 
niœ,  etc.  Décréta  authent.  S.  R.  C.  Tom.  V.  N°  4175. 


618  INSTITUTIONS 

dignes  de  leur  sublime  objet,  qui  est,  suivant  les  termes 
du  Décret ,  de  renouveler  symboliquement  la  mémoire  de  ce 
divin  amour,  par  lequel  le  Fils  unique  de  Dieu  s'est  revêtu  de 
la  nature  humaine,  et,  s  étant  rendu  obéissant  jusqu'à  la 
mort,  a  dit  qu'il  donnait  aux  hommes  l'exemple  d'être  doux 
et  humble  de  cœur  (1).  Clément  XIII,  qui  confirma  le  Décret 
de  la  Congrégation  des  Rites,  ne  tarda  pas  de  donner  de  nou- 
velles preuves  de  son  zèle  pour  le  culte  du  Cœur  de  Jésus. 
Par  ses  soins ,  la  Fête  fut  célébrée  dans  toutes  les  Eglises  de 
Rome  ,  et  faculté  générale  fut  attribuée  à  tous  les  Ordinaires 
de  l'introduire  dans  leurs  Diocèses.  Pie  YI  maintint  cette 
précieuse  dévotion ,  et  l'enrichit  même  de  nouvelles  Indul- 
gences, lesquelles  s'accrurent  encore  par  l'effet  de  la  pieuse 
munificence  de  Pie  VII,  qui,  dérogeant  à  toutes  les  règles 
reçues,  a  statué,  par  un  Rescrit  du  7  juillet  1815,  que  les 
Indulgences  attachées  à  la  célébration  de  la  Fête  seraient 
transférées  à  tel  jour  qu'il  aurait  plu  à  l'Ordinaire  de  la  fixer. 
Rien  n'eût  pu  exprimer  d'une  manière  plus  significative  le 
désir  qu'éprouvait  le  Siège  Apostolique  de  voir  se  propager 
en  tous  lieux  la  nouvelle  Fête  :  aussi,  pouvons-nous  dire  que 
si  les  rameaux  du  Jansénisme  ont  cessé  de  faire  ombre  au 
champ  du  Père  de  famille,  ses  racines  elles-mêmes,  au  sein 
de  la  terre,  s'en  vont  même  se  desséchant  tous  les  jours. 

Le  bruit  de  la  sanction  Apostolique  donnée  au  culte  du 
Cœur  de  Jésus,  vint  réjouir  les  Catholiques  de  France.  La 
pieuse  Reine  Marie  Lecksinska,  dans  cette  circonstance,  ne 
fit  point  défaut  à  sa  qualité  de  fille  du  Royaume  Orthodoxe. 
Elle  témoigna  aux  Evêques  réunis  à  Paris  pour  l'Assemblée 

(2)  Symbolice  renovari  memoriam  illius  diviaï  amoris  quo  unlgenitus 
Dôi  Filius  humaaam  suscepit  naturam ,  et  factus  obedîens  usqua  ad 
mortem,  praebere  se  dixit  exempluui  hominibus,  quod  esset  mitis  et 
liumilis  corde.  Jbidem. 


LITURGIQUES.  619 

de  1765  le  désir  devoir  la  Fête  introduite  dans  les  Diocèses  où 
elle  ne  Tétait  pas  encore.  Ses  pieuses  intentions  furent  rem- 
plies, et  les  Prélats,  après  une  délibération  tenue  le  17 
juillet,  résolurent  d'établir  dans  leurs  Diocèses  respectifs  la 
dévotion  et  l'Office  du  Sacré  Cœur  de  Jésus,  et  d'inviter,  par 
une  Lettre-circulaire,  les  autres  Evêque  du  Royaume  d'en  faire 
de  même  dans  les  Diocèses  où  cette  dévotion  et  cet  Office  ne 
sont  pas  encore  établis  (1).  Le  vertueux  Roi  de  Pologne,  Sta- 
nislas, père  de  Marie  Lecksinska,  avait,  dès  1763,  écrit  à 
Claude  de  Drouas,  Evêque  de  Toul ,  une  lettre  de  félicitation 
de  ce  qu'il  avait  institué  la  Fête  dans  son  Diocèse  (2).  Tous  les 
Evêques  du  Royaume  ne  se  rendirent  pas,  il  est  vrai,  aux 
vœux  de  l'Assemblée  de  1765;  mais,  parmi  ceux  qui  témoi- 
gnèrent de  leur  zèle  envers  le  culte  du  Sacré  Cœur  de  Jésus, 
nous  aimons  à  citer  Félix-Henri  de  Fumel,  Evêque  de  Lo- 
dève,  le  même  que  nous  avons  vu  rétablir  le  Bréviaire  Ro- 
main dans  son  Diocèse ,  et  faire  disparaître  le  Parisien  de 
Vigier  et  Mesenguy,  que  son  prédécesseur  Jean-Georges  de 
Souillac  y  avait  introduit.  Le  pieux  Evêque  ne  se  contenta 
pas  d'établir  la  Fête  ;  il  fit  paraître  un  ouvrage  spécial  pour 
l'expliquer  et  la  défendre.  Christophe  de  Beaumont,  ainsi 
que  nous  l'avons  rapporté,  inséra  l'Office  du  Sacré  Cœur  de 
Jésus  dans  la  nouvelle  édition  des  Livres  Parisiens  de  1770, 
et  il  est  à  remarquer  que  le  Prélat,  en  fixant  la  Fête  au  Di- 
manche après  l'Octave  du  Saint-Sacrement ,  donnait  un 
premier  et  solennel  démenti  aux  Rubriques  de  Vigier  et  Me- 
senguy, si  sévères  pour  maintenir  l'inviolabilité  du  Dimanche. 
Ce  fait  valait  la  peine  d'être  noté.  La  publication  de  cet  Office 
dans  le  Diocèse  de  Paris,  outre  les  clameurs  obligées  du 

(1)  Procès- Verbaux  du  Clargé.  Tome  VIII.  page  Mil. 

(2)  L'Ami  de  la  Religion.  Ibidem,  page  3i3. 


620  INSTITUTIONS 

Gazelier  Ecclésiastique ,  occasionna  un  double  scandale.  On 
vit  les  Marguilliers  de  Saint-André-des-Arcs  faire  opposition 
à  leur  Curé,  pour  empêcher  la  célébration  de  la  Fête  dans 
cette  Paroisse,  et  le  grand  tribunal  liturgique  de  France ,  le 
Parlement  de  Paris,  saisi  de  l'affaire,  donna,  le  11  juin  1776, 
un  Arrêt  portant  défense  de  célébrer  la  Fête  (1).  Ce  fut  le 
dernier  que  cette  Cour  rendit  en  matières  liturgiques.  Ce 
qui  vint  après  fut  la  Constitution  civile  du  Clergé ,  élaborée 
dans  les  arsenaux  de  cette  compagnie. 

Il  n'est  point  de  notre  sujet  de  faire  ici  l'histoire  du  schisme 
constitutionnel.  Nous  nous  hâtons  d'arriver  à  l'année  1797. 
Elle  est  fameuse  dans  les  fastes  du  Jansénisme ,  par  le  Con- 
ciliabule que  tinrent,  à  Notre-Dame  de  Paris,  les  tiistes 
restes  du  Clergé  intrus,  décimé  par  l'apostasie,  le  supplice 
et  même  la  conversion  de  plusieurs  de  ses  membres.  Ils 
étaient,  de  compte  fait,  vingt-neuf  Evêques,  sans  comp- 
ter six  Procureurs  d'Evêques  absents ,  et  les  Députés  du. 
second  ordre,  le  tout  sous  la  présidence  de  citoyen  Claude 
Lecoz,  Evêque  Métropolitain  d'Ille-et-Villaine.  Convoquée 
pour  relever  les  ruines  de  l'Eglise  avortée  de  1791 ,  l'Assem- 
blée des  Evêques  réunis  (  c'est  ainsi  qu'ils  s'intitulent  dans 
leurs  propres  actes),  devait  nécessairement  s'occuper  des 
progrès  de  la  Liturgie.  On  a  vu  que  Ricci  ne  s'en  était  pas 
fait  faute  dans  son  Synode  de  Pistoie,  digne  précédent  des 
prétendus  Conciles  de  1797  et  1801. 

Déjà ,  dans  le  Journal  de  la  secte ,  il  avait  été  question  de 
réunir  la  France  dans  une  seule  Liturgie,  et  les  livres  de  Vi- 
gier  et  Mesenguy  avaient  été  mis  en  avant ,  comme  dignes  à 
tous  égards  de  servir  d'expression  aux  besoins  religieux  de 
l'Eglise  Gallicane  régénérée  (2).  Le  Concile  de  1797,  dans  sa 

(1)  L'Ami  de  la  Religion,  page  387. 

(2)  Annales  de  la  Religion.  Tome  I.  9  Messidor  an  III.  pag.  206-212. 


LITURGIQUES.  621 

Lettre  synodique  aux  pères  et  mères  et  autres  chargés  de  l'é- 
ducation de  la  jeunesse,  avait  témoigné  de  sa  vénération  pour 
les  auteurs  de  la  récente  Liturgie  Parisienne,  en  recomman- 
dant, comme  Ricci,  parmi  les  livres  les  plus  intéressants 
pour  la  foi  et  les  mœurs,  l'Année  Chrétienne  de  Le  Tourneux 
et  l'Exposition  de  la  doctrine  Chrétienne  de  Mesenguy  (1). 
Toutefois,  les  Evoques  réunis  ne  bornèrent  pas  leur  sollicitude 
à  recommander  solennellement  la  mémoire  et  les  écrits  des 
réformateurs liturgistes  Parisiens;  ils  s'occupèrent  de  dresser 
plusieurs  Décrets  sur  la  matière  du  culte  divin.  Le  premier 
commençait  ainsi  :  «  Le  Concile  national,  considérant  qu'il  im- 
»  porte  d'écarter  du  culte  public  les  abus  contraires  à  la  reli- 
ï>  gion,  et  de  rappeler  sans  cesse  les  Pasteurs  à  l'observation  des 
»  saintes  règles,  décrète  :  Article  1er.  Les  Messes  simultanées 
/f  sont  défendues.  »  Nous  venons  de  montrer  le  but  de  celte 
défense  dans  le  plan  des  Anti-liturgistes  ;  observons  seulement 
ici  ce  zèle  à  copier  Joseph  II  et  Léopold,  bien  remarquable 
dans  des  Evêques  républicains.  Au  second  Décret,  on  lit  : 
«  Article  111.  Dans  la  rédaction  d'un  Rituel  uniforme  pour 
»  l'Eglise  Gallicane,  l'administration  des  Sacrements  sera  en 

•  langue  française.  Les  formules  sacramentelles  seront  en 
»  latin.  —  Article  IV.  Dans  les  Diocèses  où  des  dialectes  par- 
»  ticuiiers  sont  en  usage ,  les  Pasteurs  sont  invités  à  redoubler 

•  leurs  efforts  pour  répandre  la  connaissance  de  la  langue 
»  nationale  (2).  »  C'était,  comme  l'on  voit,  marcher  à  grands 
pas  vers  la  sécularisation  du  culte.  On  jugera  encore  de  l'es- 
prit progressif  des  Pères,  par  ces  paroles  du  citoyen  Gré- 
goire, sur  les  opérations  du  Concile  :  «  Un  pays  où  l'on 

•  écrit  tant  (  l'Allemagne  ),  est  un  pays  où  on  lit  beaucoup, 

(1)  Lettre  Synodique,  etc.,  page  18. 

(2)  Journal  du  Concile  National  de  France,  on  1797,  pag.  163  et  167. 


622  INSTITUTIONS 

>où  conséquemment  la  masse  des  lumières  fera  bientôt 
>  explosion.  Les  Actes  du  Congrès  d'Ems,  les  écrits  de  M.  Dal- 
»berg,  Coadjuteur  de  Mayence  ;  l'excellent  Traité  de  la 
> tolérance,  par  M.  de  ïrautmansdorf,  Evêque  de  Kcenigs- 
»grats;  la  magnifique  Instruction  Pastorale  de  M.  de  Collo- 
j>  rcdo,  Archevêque  actuel  de  Saltzbourg,  touchant  l'abolition 
i>des  pompes  religieuses  inutiles,  l'exhortation  à  la  lecture  de 
ila  Bible,  l'introduction  d'un  recueil  de  Cantiques  en  aile- 
imand,  etc.,  etc.,  sont  autant  de  monuments  qui  attestent 
»la  marche  de  l'esprit  public  dans  cette  contrée,  vers  une 
»  amélioration  dans  l'ordre  des  choses  religieuses  (1)  »  Ainsi 
ie  masque  était  levé  de  toutes  parts;  le  temps  des  ménage- 
ments était  passé,  et  les  Anti-liturgistes  s'entendaient  et  s'a- 
vouaient par  toute  l'Europe. 

Trois  ans  après ,  en  1801,  à  la  veille  du  fameux  Concordat, 
l'Eglise  de  Notre-Dame  vit  encore  réunis  dans  son  sein  les 
Pontifes  de  l'Eglise  Constitutionnelle,  dans  leur  second  et 
dernier  Concile.  Entre  autres  choses  qui  occupèrent  la  solli- 
citude des  Prélats,  dans  ce  moment  suprême,  le  projet  d'une 
Liturgie  universelle  pour  l'Eglise  Gallicane  revint  sur  le  ta- 
pis, et  Grégoire  lut  un  long  rapport  sur  cet  objet,  dans  le- 
quel il  fit  entrer,  ù  sa  manière  accoutumée,  une  immense 
quantité  d'anecdotes  grotesques  et  de  détails  superficiels, 
sans  rapport  les  uns  avec  les  autres,  mais  de  manière  à  faire 
preuve  de  cette  érudition  superficielle  et  mal  digérée  qui 
fait  le  fond  de  tous  ses  écrits.  II  ne  manqua  pas  d'insul- 
ter, comme  inconvenante ,  la  dévotion  au  Sacré  Cœur  de 
Jésus,  dont  il  attribua  l'invention  à  un  Protestant  (2);  dé- 

(1)  Compte  rendu  par  le  citoyen  Grégoire,  au  Concile  national ,  des 
travaux  des  Evêques  réunis,  page  64. 

(2)  Actes  du  second  Concile  national  de  France.  Tome  II.  page  158. 


LITURGIQUES.  6^3 

dama  contre  les  Messes  privées  (1)  ;  reprocha  au  Bréviaire 
Romain  de  dire  à  la  Sainte  Vierge  :  Solve  vincla  reis ,  et  aux 
Apôtres  :  Qui  cœlum  verbo  solvitis  (2)  ;  dit ,  en  parlant  de 
saint  Grégoire  VIï  :  Pour  le  repos  du  monde  et  l'honneur  de 
la  religion,  que  le  ciel  nous  préserve  de  pareils  Saints  (3)  !  se 
plaignit  que  Rome  n'eût  pas  encore  canonisé  Gerson  et  Clé- 
ment XIV  (4)  ;  réclama  en  faveur  de  la  prétention  de  réciter 
le  Canon  à  haute  voix  (5);  répéta  les  fadaises  accoutumées 
sur  l'omission  du  mot  animas  dans  l'oraison  de  saint  Pierre  (6)  ; 
proposa  l'admission  du  tam-tam  chinois,  pour  remplacer 
l'orgue  (7),  etc.,  etc. 

De  tout  ceci,  Grégoire  concluait  à  l'établissement  d'une 
Liturgie  universelle  pour  toute  l'Eglise  Gallicane.  Il  est  cu- 
rieux d'insérer  ici  les  motifs  qu'il  allègue  de  celle  proposi- 
tion. On  y  verra  un  schismatique  affectant  le  langage  de  l'or- 
thodoxie, et  s'agitant  pour  se  créer  un  fantôme  d'unité,  en 
la  manière  que  nous  avons  dit  ailleurs,  au  sujet  du  Patriarche 
Melchite  de  Constaotinople,  qui,  dès  le  douzième  siècle,  était 
venu  à  bout  d'abolir  toute  autre  Liturgie  que  la  sienne  dans 
les  Patriarchats  qui  reconnaissaient  son  autorité  (8).  Quelle 
leçon  nouvelle  et  inattendue  pour  ceux  qui  persisteraient  à 
regarder  la  variété  des  Liturgies  comme  un  perfectionnement  ! 

«  Dans  l'Eglise  de  Jésus-Christ,  dit  Grégoire,  tout  doit  se 
î  rapporter  à  l'unité;  c'est  donc  entrer  dans  son  esprit  que 
»  d'adopter  une  même  manière  de  célébrer  les  saints  Offices 

(1)  Jbid.  page  401. 

(2)  Page  409. 

(3)  Page4i0, 

(4)  Page  4M. 

(5)  Page  413. 

(6)  Page  417. 

(7)  Page  447. 

(8)  Voyez  tome  I,  page  2?8. 


624  INSTITUTIONS 

»  et  d'administrer  les  Sacrements.  L'identité  des  formules  est 
»  un  des  moyens  les  plus  propres  à  garantir  l'identité  de  la 
»  foi,  selon  le  principe  du  Pape  saint  Céleslin  :  Legem  credendi 
»  lex  statuât  supplicandi. 

»  Quand  les  vérités  à  croire,  les  vertus  à  pratiquer  sont 
»  invariables ,  pourquoi  la  méthode  d'enseignement  est-elle  si 
»  variée?  Pourquoi  cette  multitude  d'Eucologes,  d'Offices 
»  divins,  de  Catéchismes  qui,  lorsqu'un  individu  passe  d'un 
»  Diocèse  dans  un  autre,  dérangent  pour  lui  et  pour  ceux 
»qui  doivent  le  diriger,  tout  le  plan  des  instructions  pu- 
obliques  et  domestiques?  Si  des  erreurs  et  des  vices  à  com- 
battre exigent,  dans  certains  cantons,  une  instruction  plus 
»  étendue,  ne  peut-on  pas  en  faire  l'objet  d'un  travail  parti- 
culier, sans  intervertir  l'ordonnance  d'un  plan  général? 
«Toutes  les  villes  et  les  provinces,  renonçant  à  leurs  privi- 
lèges civils  ou  politiques,  ont  désiré  se  fondre  dans  l'unité 
»  constitutionnelle,  pour  être  régies  parles  mêmes  lois.  En 
»  ramenant  à  l'unité  le  Code  Civil ,  le  système  monétaire,  les 
»  poids  et  les  mesures,  etc.,  on  a  fait  un  grand  pas  pour 
»  donner  à  la  nation  un  caractère  homogène  ;  mais  rien  ne 
»peul  y  contribuer  plus  puissamment  que  l'uniformité  du 
>  culte  public  et  de  l'enseignement  religieux  :  vous  aurez  bien 
»  mérité  de  la  religion  et  de  la  patrie,  par  des  opérations 
«analogues  pour  la  France  ecclésiastique  (1).  » 

Non  seulement  Grégoire  entendait  ramener  en  France 
l'unité  liturgique,  mais,  entraîné  parles  nécessités  de  la  si- 
tuation, il  ne  faisait  plus  un  doute  de  l'obligation  de  retenir 
la  langue  latine.  Les  essais  du  Concile  de  1797  n'avaient  pas 
été  heureux.  On  craignait  le  scandale  des  fidèles,  et  une 
division  se  préparait  à  éclater  sur  ce  point  entre  les  divers 

(1)  Page  386. 


LITURGIQUES.  623 

membres  dix  Cierge  constitutionnel.  En  effet,  et  pour  en  finir 
avec  toute  celte  lie  du  parti  Janséniste  et  Ànti-Iiturgisle,  le 
citoyen  Duplan,  Prêtre  de  l'Eglise  de  Genlilly,  près  Paris, 
ayant,  dès  1798,  imaginé  de  faire  chanter  les  Vêpres  en 
français,  mais  sur  le  ton  ordinaire  des  Psaumes  (1),  un  des 
Evoques  réunis  qui  se  permit  de  répondre  à  l'invitation  que 
Duplan  lui  avait  faîte  d'assister  à  cet  Office,  fut  vivement 
blâmé  par  plusieurs  de  ses  collègues.  En  1799,  Royer,  Evêque 
de  la  Seine,  en  vint  même  jusqu'à  condamner  l'usage  d'ad- 
ministrer les  Sacrements  en  français,  ainsi  qu'on  le  prati- 
quait déjà  dans  la  Cathédrale  de  Versailles  (2).  Mais  le  plus 
étrange  de  tout  ceci  fut  ce  qui  arriva  à  Ponsignon,  Prêtre  du 
Doubs,  qui  avait  élé chargé,  parle  Concile  de  1797,  du  soin 
de  travailler  au  Rituel.  Ce  véritable  homme  de  progrès  n'a- 
vait pas  cru  pouvoir  mieux  faire  que  de  rédiger  tout  simple- 
ment un  Sacramentaire  Français,  et  il  attendait  en  patience 
les  témoignages  de  haute  satisfaction  des  Pères  du  Concile, 
lorsque  tout  à  coup  il  se  vit  attaqué  dans  le  Journal  de  là 
secte  parSaurine,  Evêque  des  Landes,  qui  exhalait  son  mé- 
contentement dans  une  dissertation  expresse  contre  l'usage 
de  la  langue  vulgaire  dans  la  Liturgie  (5).  Bientôt  les  Annales 
publièrent  l'adhésion  de  Royer,  Evêque  de  la  Seine,  et  de 
Desbois,  Evoque  de  la  Somme,  à  la  dissertation  de  Saurine, 
et  enregistrèrent  peu  après  les  protestations,  dans  le  même 
sens,  de  Lecoz,  Villa,  Font,  Blampoix,  Delcher,  Becherel, 
Dcmandre,  Prudhomme,  Etienne,  Aubert,  Reymond,  Fla- 
vigny,  Berdoîet  et  Nogaret,  Evêques  d'Ille-et-Villaine,  des 
Pyrénées-Orientales,  de  l'Arriére,  de  l'Aube,  de  la  Haute- 

(1)  Annales  de  la  Religion.  Tome  VII,  18  Thermidor  an  VI. 
(?)  Ibid.  Tome  IX.  An  VII.  page  461. 
.(3)  Jbid.  TomoX.  An  VIII. 

t.  ii.  40 


026  INSTITUTIONS 

Loire,  de  la  Manche,  du  Doubs,  de  la  Sarthe,  de  Vaucluse, 
de  l'Isère ,  de  la  Haute-Saône,  du  Haut-Rhin  et  de  la  Lozère. 
Ce  fut  en  vain  que  Ponsignon  répliqua  et  chercha  à  démas- 
quer la  conduite  pleine  de  contradiction  de  ces  Pères  du 
Concile  de  1797,  qui  reculaient  devant  leurs  propres  prin- 
cipes (1);  l'Eglise  Constitutionnelle  se  renia  elle-même  en 
expirant.  Les  forces  lui  manquèrent  pour  s'élever  jusqu'à  la 
triste  et  sacrilège  audace  de  sa  digne  alliée,  l'Eglise  d'Utrecht. 

Détournons  enfin  nos  regards  de  cet  ignoble  spectacle ,  et 
considérons  les  Pontifes  Romains  fidèles  à  la  garde  du  dépôt 
séculaire  de  la  Liturgie  Romaine,  et  présidant  aux  accrois- 
sements qu'elle  devait  prendre  dans  le  cours  des  cinquante 
dernières  années  du  dix-huitième  siècle. 

Le  pieux  successeur  de  Benoît  XIV,  Clément  XHI,  à  qui 
nous  sommes  redevables  de  l'institution  de  la  Fête  du  Sacré 
Cœur  de  Jésus,  trancha  la  question  dont  la  solution  avait 
arrêté  son  prédécesseur.  Après  dix-huit  années  d'immobilité, 
le  Calendrier  Romain  fut  appelé  à  recevoir  de  nouveaux  ac- 
croissements. Par  l'autorité  du  saint  Pontife,  la  fête  de  saint 
Camille  de  Lcllis  fut  instituée  du  rite  double  mineur,  et  celle 
de  saint  Laurent  Justinien,  du  rite  semi-double.  Enfin,  sainte 
Julienne  de  Falconieri  passa  du  degré  semi  double  au  rang 
des  doubles  mineurs. 

Clément  XIV  vint  ensuite.  Il  éleva  la  fête  des  Stigmates  de 
saint  François  au  degré  double  mineur  d'obligation ,  et  créa 
celles  de  saint  Fidèle  de  Sigmaringen,  et  Joseph  de  Cupertino, 
du  même  rite.  On  lui  doit  aussi  les  Offices  des  saints  Jérôme 
Emiliani,  Joseph  Calasanz  et  Jean  de  Kenty,  et  celui  de  sainte 
Jeanne-Françoise  de  Chantai,  tous  du  degré  double  mineur. 
Enfin ,  il  éleva  au  même  rang  des  doubles  mineurs  la  fêle  de 

(i)  Tome  Xl.  p3g.  5î>3  et  suiv, 


LITURGIQUES.  027 

saint  Venant,  Martyr,  qui  n'était  auparavant  que  semi-double. 

Pie  VI,  Pontife  zéSé  plus  qu'aucun  autre  pour  les  pompes 
delà  Liturgie,  trouva  moyen  d'enrichir  encore  le  Calendrier 
Romain.  Sans  compter  les  Décrets  par  lesquels  il  éleva  au 
rang  des  doubles  majeurs  la  Décollation  de  saint  Jean-Bap- 
tiste ret  au  degré  double  mineur  les  fêtes  de  saint  Pie  V  et  de 
saint  Jean  de  Kenty,  il  en  rendit  encore  deux  autres,  savoir 
pour  établir  les  fêtes  de  saint  Guillaume,  Abbé  du  Mont- 
Vierge  ,  et  de  saint  Pischaï  Baylon ,  du  rite  double  mineur. 

Nous  avons  parlé  ci-dessus  du  projet  de  Benoît  XIV  pour 
la  reforme  du  Bréviaire  Romain,  projet  qui  n'eut  point  d'exé- 
culion  ,  parce  que,  dit  un  pieux  Evoque,  telles  et  si  grandes 
furent  les  raisons  du  contraire,  si  graves  et  si  justes  en  furent 
les  motifs,  que  le  Souverain  Pontife  estima  un  bien  de  sus- 
pendre le  travail  qu'on  avait  préparé  (!).  Pie  VI ,  à  son  tour, 
revint  sur  ce  projet;  le  plan  de  la  réforme  du  Bréviaire  fut 
rédigé  et  présenté  à  la  sacrée  Congrégation  des  Rites;  mais, 
quelle  que  fût  en  cela  l'intention  de  la  divine  Providence,  de 
nouveaux  obstacles  se  présentèrent.  Ce  fut ,  dit  l'auteur  que 
nous  venons  de  citer,  ce  fut  un  principe  de  prudence,  tout-à* 
fait  compatible  avec  l'étendue  du  génie ,  qui  porta  Pie  YI  à  se 
{rendre  aux  considérations  qui  avaient  fait  impression  à  son 
grand  prédécesseur  et  maître  Benoît  XIV,  et  l'engagea  à  sus* 
pendre  toute  réforme  (2).  Pie  VI  se  borna  donc,  pour  tout 


(1)  Taii  e  tante  furono  le  ragîoni  in  contrar'o  e  cause  si  gravi,  e 
giuste,  che  ii  somrao  Pontefice  stimô  bene  di  sospendere  il  ineditato 
lavoro.  Albergotti.  La  divina  Salmodia  secondo  l'anlica  e  nu,va  disci- 
plina délia  Clùesa.  page  231. 

(2)  Ma  siceome  nella  vastita  del  genio  nel  présente  S.  Pontefice ,  cor- 
responde perfettainente  la  prudenza,  inerendo  aile  raassime  del  suo 
gran  Predecessore  e  Maestro  Benedetto  XIV,  ha  creduto  anch'esso 
per  ora  di  sospendere  qualunque  riforma.  Albergotti.  Ibidem. 


Gv28  INSTITUTIONS 

progrès  liturgique,  à  étendre  le  culte  des  Saints  par  de  nou- 
veaux Offices,  à  l'époque  même  où  ce  culte  était  l'objet  de  si 
\iolentes  restrictions  de  la  part  des  Anli-Iiturgistes. 

Quelque  portée  que  pussent  avoir  ces  nouveaux  Décrets 
du  Siège  Apostolique  en  faveur  du  culte  des  Saints ,  surtout 
après  le  Pontificat  de  Benoît  XIV,  dont  la  réserve  avait  été  si 
grande  au  sujet  du  Calendrier,  un  acte  solennel  de  la  puis- 
sance Pontificale  vint  attester  bien  plus  fortement  encore  la 
doctrine  de  l'Eglise  Romaine,  à  propos  des  controverses  que 
les  dix-septième  et  dix-huitième  siècles  avaient  soulevées  sur 
les  matières  liturgiques.  Nous  voulons  parler  de  la  Bulle 
Auctorem  fidei,  par  laquelle  Pie  VI,  le  cinq  des  Kalendes  de 
Septembre  de  l'année  1794 ,  condamna  à  jamais  le  Synode  de 
Pistoie ,  ses  actes  et  sa  doctrine.  Il  serait  grandement  à  dé- 
sirer que  la  connaissance  explicite  de  celte  Bulle,  incontes- 
table jugement  de  foi ,  fût  plus  répandue  qu'elle  ne  l'est  :  on 
entendrait  moins  souvent  des  personnes,  bien  intentionnées 
d'ailleurs,  répéter  et  soutenir  avec  une  incroyable  bonne  foi 
plusieurs  des  Propositions  condamnées  d'une  manière  irréfra- 
gable par  cette  Constitution,  dont  on  peut  dire  qu'elle  a  vé- 
ritablement tranché  Terreur  dans  le  vif. 

Sur  les  doctrines  et  prétentions  des  Anti-liturgistes  de 
Pistoie ,  Pie  VI  condamne  explicitement  la  Proposition 
XXVIIIe ,  qui  donne  à  entendre  que  les  Messes  auxquelles 
personne  ne  communie  manquent  d'une  partie  essentielle  au 
Sacrifice  ;  la  XXXe ,  qui  qualifie  d'erreur  la  croyance  au 
pouvoir  du  Prêtre  d'appliquer  le  fruit  spécial  du  Sacrifice 
à  une  personne  en  particulier  ;  la  XXXIe,  qui  déclare  conve- 
nable et  désirable  l'usage  de  n'avoir  qu'un  seul  Autel  dans 
chaque  Eglise  ;  la  XXXIIe,  qui  défend  de  placer  sur  les  Autels 
les  Rtliques  des  Saints ,  ou  des  fleurs  ;  la  XXXIIIe,  qui  émet  le 
désir  de  voir  la  Liturgie-  ramenée  à  une  plus  grande  simplicité, 


LITURGIQUES.  629 

et  de  la  voir  aussi  traduite  en  langue  vulgaire  et  proférée  à 
haute  voix  ;  la  LXI%  qui  affirme  que  l'adoration  qui  s'adresse 
à  l'humanité  de  Jésus-Christ ,  et  plus  encore  à  quelque  partie 
de  cette  humanité ,  est  toujours  un  honneur  divin  rendu  à  la 
créature  ;  la  LXII%  qui  place  la  dévotion  au  Sacré  Cœur  de 
Jésus  parmi  les  dévotions  nouvelles,  erronées,  ou  au  moins  dan- 
gereuses; la  LXIlïe,  qui  prétend  que  le  culte  du  Sacré  Cœur  de 
Jésus  ne  peut  être  exercé  qu'autant  que  l'on  sépare  la  très 
sainte  Chair  du  Christ,  ou  une  de  ses  parties,  ou  même  son 
humanité  toute  entière,  de  la  divinité  ;  la  LXIV%  qui  note  de 
superstition  l'efficacité  que  l'on  mettrait  dans  un  nombre  dé- 
terminé de  prières  et  de  pieuses  Salutations  ;  la  LXVI%  qui 
affirme  qu'il  est  contraire  à  la  pratique  des  Apôtres  et  aux  des- 
seins de  Dieu ,  de  ne  pas  fournir  au  peuple  le  moyen  le  plus 
facile  de  joindre  sa  voix  à  la  voix  de  toute  l'Eglise;  la  LXlXe, 
qui  place  les  Images  de  la  Très  Sainte  Trinité  au  rang  de  celles 
qu'on  doit  faire  disparaître  des  Eglises  ;  la  LXX%  qui  réprouve 
le  culte  spécial  que  les  fidèles  ont  coutume  de  rendre  à  certaines 
Images  ;  la  LXXXI%  qui  défend  de  distinguer  les  Images  de  la 
Sainte  Vierge  par  d'autres  titres  que  ceux  qui  font  allusion 
aux  mystères  rapportés  dans  l'Ecriture  Sainte  ;  la  LXXXII% 
qui  ordonne  d'extirper  comme  un  abus  la  coutume  de  couvrir 
d'un  voile  certaines  Images;  enfin  la  LXXXIV0,  qui  prétend 
qu'on  ne  doit  point  élever  les  Réguliers  aux  Ordres  sacrés ,  si 
ce  n'est  un  ou  deux  au  plus  par  chaque  Monastère,  et  qu'on 
ne  doit  célébrer,  par  jour,  dans  leurs  Eglises,  qu'une  ou  deux 
Messes,  tout  au  plus,  les  autres  Prêtres  se  bornant  à  concé* 
lèbrer. 

Nous  nous  contenterons  de  cet  aperçu  de  la  Bulle  Auctorem 
fidei,  considérée  sous  le  point  de  vue  de  la  doctrine  liturgique, 
omettant  un  grand  nombre  d'autres  traits  dirigés  contre  l'en- 
semble du  damnable  système  dont  la  révolution  liturgique  du 


650  INSTITUTIONS 

dix-huitième  siècle  n'a  été  qu'un  des  résultats.  Toutefois,  il 
est  de  notre  sujet  de  rapporter  ici  les  paroles  générales  qui 
viennent  à  la  suite  de  la  censure  :  «  Au  reste,  dit  le  Pontife,  par 
»  celte  expresse  réprobation  des  susdites  propositions  et  doc- 
trines, nous  n'entendons  nullement  approuver  les  autres 
»  choses  contenues  dans  le  livre,  d'autant  plus  qu'on  y  découvre 
jun  grand  nombre  d'autres  propositions  et  doctrines,  les 
>  unes  approchantes  de  celles  qui  sont  condamnées  ci-dessus, 
»les  autres  inspirées  par  un  mépris  téméraire  de  la  doctrine 
»  communément  reçue  et  de  la  discipline  en  vigueur,  et  prin- 
cipalement par  une  haine  violente  contre  les  Pontifes  Ro- 
umains et  le  Siège  Apostolique  (1).  » 

Il  est  temps  enfin  de  clore  cette  histoire  liturgique  du  dix- 
huitième  siècle,  et  de  donner  le  catalogue  des  écrivains  que 
les  cinquante  dernières  années  ont  produits  sur  la  matière  du 
culte  divin. 

(1751).  Alexandre  Politi,  Clerc  Régulier  des  Ecoles  Pies, 
a  laissé  un  grand  travail  sous  ce  titre  :  Martyr ologium  Ro- 
manum  castigatum  ac  commentariis  iliastratum.  Florence, 
4751,  in-folio.  Nous  doutons  que  cet  ouvrage  ait  été  achevé, 
n'ayant  eu  entre  les  mains  que  le  premier  tome,  qui  ne  con- 
tient que  le  mois  de  Janvier. 

(1752).  Benoît  Monaldini,  Moine  Basilien  de  Grotta-Fer- 
rata,  prêta  un  concours  éclairé  à  Joseph-Aloyse  Assemani , 
dans  la  rédaction  de  son  Codex  Liturgicus ,  et  nous  a  laissé 
une  lettre  érudite  adressée  à  ce  savant  homme ,  sur  un  ma- 
nuscrit important  de  la  Liturgie  Jacobile. 

(I)  Cœterum  per  hanc  expressam  prœfatarum  propositîonum  et  doc- 
trinarum  reprobatioaem,  alia  in  eodem  libro  contenta  nullatenus  ap« 
probare  intendimus ,  cum  prsesertim  in  eo  complures  depreliens» 
fuerint.  propos;itiones  et  doctrinse,  sive  illisquae  supra  damnatae  sunt 
affines,  sive  quse  com munis  ac  probatae  cum  doctrinse  et  disciplina?  te- 
merarium  contemptum ,  tuai  maxime  infonsum  in  Rommos  Pontiîices , 
et  Apostoiicam  sedem  animum  pr^e  sa  feraut. 


LITURGIQUES.  651 

(1755).  Le  Comte  Frédéric  Salvaroli ,  a  laissé  l'ouvrage 
suivant  :  De  Kalendariis  in  génère  et  speciatim  de  Kalenda- 
rio  Ecclesiastico.  Venise,  4755,  in-8°.  Ce  volume  renferme 
plusieurs  monuments  agïologiques  inédits,  et  trois  opuscules 
intitulés  :  1°  Iter  Liturgicum  Forojuliense  ;  2°  Baptismale 
Bieroglyphieum  ejristolica  dissert  atione  explanatum  ;  5°  In 
quoddam  Altare  portât ile  epistolaris  dissert  atio, 

(1755).  Sébastien  Donati,  Recteur  de  l'Eglise  de  Saint- 
Alexis,  à  Lucques,  est  célèbre  par  son  savant  travail  :  De' 
dittici  degli  Antichi  profani  e  sacrij  coll' appendice  di  aïcuni 
Necrologj,et  Calendarj  finora  nonpubblicati.  Lucques,  1755, 
in-4°. 

(1755).  Jean  Vignoli ,  Gardien  de  la  Bibliothèque  Vaticane, 
a  donné  la  dernière  édition  du  Liber  Pontificalis,  Inférieure 
ù  celle  de  Bianchini,  elle  a  du  moins  sur  celle-ci  l'avantage 
d'être  achevée.  Elle  est  en  trois  volumes  in-4°.  Rome,  1724, 
1755,  1755. 

(1754).  Alban  Butler,  savant  et  zélé  Prêtre  Catholique 
Anglais,  s'est  fait  un  nom  par  ses  fameuses  Vies  des  Saints, 
ouvrage  véritablement  érudit ,  et  qui  a  été  traduit  en  français 
par  l'Abbé  Godescard.  Elles  parurent  en  Angleterre ,  de 
1754  à  1760,  et  furent  suivies  de  onze  Traités  sur  les  Fêtes 
Mobiles,  qui  furent  imprimés  après  la  mort  de  l'auteur,  et 
ont  été  traduits  en  français  par  l'Abbé  Nagot,  Supérieur  du 
Séminaire  de  Baltimore. 

(1754).  Fortuna  de  Brescia,  Mineur  Observantin,  a  laissé 
une  dissertation  de  Oratoriis  domesticis ,  qui  a  été  rémpri- 
mée  à  la  fin  du  traité  de  Ecclesiisy  de  Joseph-Aloyse  Assemani. 

(1755).  Alexandre  Lesley,  Jésuite  Ecossais ,  fidèle  compa- 
gnon des  travaux  de  son  illustre  confrère  Azevedo,  a  rendu  un 
des  plus  importants  services  à  la  science  liturgique,  en  publiant 
le  fameux  Missale  miœtum  secundum  Regulam  Beati  hidori, 


I 


632  INSTITUTIONS 

dictum  Mozarabes,  prœfalione ,  notis  et  appendice  ornatum. 
Rome,  1755,  in-4°  en  deux  parties.  Lesley  se  proposait  de 
publier  aussi  le  Bréviaire  Mozarabe,  avec  un  travail  analogue 
à  celui  du  Missel.  Il  préparait  aussi  une  réponse  à  la  fameuse 
lettre  de  l'Anglais  Middleton,  dans  laquelle  cet  auteur  prétend 
prouver  que  l'Eglise  Romaine  a  emprunté  ses  cérémonies  au 
Paganisme. 

(1755).  Antoine  Zanolini,  orientaliste  distingué,  a  laissé 
une  dissertation  de  Eucharisliœ  sacramento  cum  Christia- 
norum  Orientalium  Ritibus  in  eo  conficiendo  et  administrando, 
Padoue,  1755,  in-8°. 

(1756).  Dom  Herman  Scholliner,  Bénédictin  Allemand,  a 
laissé  un  savant  traité  :  De  disciplina  arcani  suœ  antiquitati 
restituta ,  et  ab  heterodoxorum  impugnationibus  vindicata, 
Typis  Monasterii  Tegernseensis. 

(1756).  Joseph  Allegranza,  Dominicain ,  a  publié  des  Spk- 
gazioni  et  riflessioni  sopra  alcuni  sacri  monumenti  antichi  di 
Milano.  Miian,  1756,  in-4°. 

(1756).  Joseph  Garampi ,  Chanoine  de  Saint-Pierre  au 
Vatican,  archéologue  célèbre,  est  auteur  du  livre  suivant  : 
Notizie,  regole  e  orazioni  in  onore  de'  SS.  Martin  délia  Ba- 
silica  Vaticana  per  l'esercizio  divolo  solito  praticarsi  in  tempo 
chestaivi  esposta  la  loro  sacra  Coltre.  Rome,  1756,  in-12. 

(1756).  Gaëtan-Marie  Capece,  Théalin,  a  donné  un  sa- 
vant ouvrage  intitulé  :  De  vetusto  altaris  pallio  Ecclesiœ 
Grœcœ  Christianorum  ex  Cimeliarchio  Clericorum  Régula- 
rium  domus  SS.  Apostolorum  Neapolitanœ.  Naples,  1756, 
in-4°. 

(1756).  François- Antoine  Vitale  est  auteur  de  trois  Dis- 
sertations Liturgiques ,  publiées  à  Rome,  1756,  in-4°.  Elles 
traitent  des  matières  suivantes  :  1°  Dell'antichita,  origine, 
ed  ufizio  de1  Padrini  nella  Confermazione.  —  2°  Dell'antico 


LITUÎIGIQUES.  653 

costume  di  ritenersi  dcC  Fedeîi  VEucaristia  nelleprivate  case, 
c  di  Irasmetlerla  agli  Assenti.  —  3°  Délia  Communione  Cris- 
tiana,  cosa  stata  fosse,  e  di  quante  manière. 

(1758).  Pierre  Pompilius  Rodola,  Professeur  de  langue 
grecque  à  la  Bibliothèque  Valicane,  est  auteur  du  grand 
traité  :  Dell'  origine,  progresso,  e  staio présente  del  rito  greco 
in  Italia  osservato  da  Grecir  monaci  Basiliani  e  Albanesi. 
Rome,  1758,  trois  volumes  in-4°. 

(1758).  Dom  Pierre-Louis  Galelti,  Bénédictin  de  la  Con- 
grégation du  Mont-Cassin,  archéologue  fameux,  appartient 
à  notre  Bibliothèque  par  son  savant  traité  del  Vestarario 
délia  santa llomana  Chiesa.  Rome,  1758. 

(1759).  Dom  Martin  Gerbert,  illustre  Abbé  Bénédictin  de 
Saint-Biaise,  dans  la  Forêt  Noire,  a  excellé  dans  les  matières 
liturgiques,  comme  dans  toutes  les  branches  delà  science 
ecclésiastique.  Nous  avons  de  lui  :  1°  Principia  Theologiœ 
Liturgicœ,  quoad  divinum  Offcium,  Dei  cultum  et  Sanctorum. 
Saint-Biaise,  1759,  in-12.  — 2°  Un  Appendix  de  arcanis 
Ecclesiœ  traditionibus ,  à  la  fin  du  volume  intitulé  :  Principia 
Theologiœ  exegeticœ.  Saint-Biaise,  1757,  in-12,  — 5°  DeFes- 
torum  dierum  numéro  minuendo,  celebritate  amplianda.  Saint- 
Biaise,  1765,  in-8°.  —  4°  De  cantu  et  musica  sacra  a  prima 
Ecclesiœ  œtate  usque  ad prœsens  tempus,  Saint-Biaise,  1774, 
deux  volumes  in-4°.  —  5°  Vêtus  Liturgia  Alemannica  dis- 
quisitionibus  prœviis,  notis  et  observât ionibus  illustrata.  Saint- 
Biaise,  1776,  deux  parties  in-4°.  —  6°  Monumenta  veteris 
LiUirgiœ  Alemannicœ ,  ex  antiquis  manuscriptis  codicibus, 
Saint-Biaise  et  Ulm,  1777-1779,  deux  parties  in-4°. — l°Scrip- 
tores  Ecclesiastici  de  Musica  sacra,  potissimum  ex  variis 
Italiœ,  Galliœ  et  Germaniœ  codicibus  collecti.  Saint-Biaise  et 
Ulm,  1784,  trois  volumes  in-4°.  Nous  nous  restreignons  à  ce 
simple  catalogue ,  tant  parce  que  les  bornes  que  nous  nous 


634  INSTITUTIONS 

sommes  tracées  dans  cette  Bibliothèque  nous  interdisent  les 
longs  détails,  que  parce  que  la  réputation  de  Dom  Gerbert 
est  suffisamment  établie,  comme  celle  du  plus  savant  litur- 
giste  que  l'Allemagne  ait  jamais  possédé,  et  qui  ait  illustré 
l'Ordre  de  Saint-Benoît,  au  dix-huitième  siècle. 

(1760).  Joseph-Antoine-Toussaint  Dinouart,  Chanoine  de 
Saint-Benoît  de  Paris,  écrivain  attaché  aux  doctrines  du 
Jansénisme,  est  principalement  connu  par  le  Journal  Ecclé- 
siastique ,  qui  parut  sous  sa  direction,  de  1760  à  1786,  et  dans 
lequel  on  trouve  un  grand  nombre  de  questions  singulières 
sur  la  Liturgie.  Le  trop  fameux  Rondet,  en  particulier,  a 
inséré  dans  ce  journal  un  grand  nombre  d'articles.  A  l'époque 
où  ce  recueil  paraissait ,  le  Journal  des  Savants  et  le  Mercure 
de  France  avaient  cessé  de  servir  d'organes  aux  sciences  ec- 
clésiastiques. 

(1761).  Joseph  de  Bonis,  Barnabite,  a  donné  l'ouvrage 
suivant  :  De  Oraioriis  Publicis  tractatus  historico-canondcus. 
Milan,  1761. 

(1761).  Pierre  Gallade,  auteur  dont  l'existence  et  les  tra- 
vaux nous  sont  révélés  par  Zaccaria,  est  auteur  de  trois  dis- 
sertations savantes  qui  parurent  à  Heidelberg  en  1761  et 
1762.  1°  Templorum  Catholicorum  antiquitas  et  consecratio. 
—2°  Sanctitas  Templi  ritibus  Catholicis  consecrati. —  3°  Sanc- 
titas  Templorum  Catholicorum  dotata  ac  ornata. 

(1763).  Dora  Grégoire  Zallwein  ,  Bénédictin  Allemand, 
l'un  des  premiers  canonistes  de  son  siècle,  dans  ses  Princi- 
pia  juris  Ecclesiastici  universalis  et  particularis  Germaniœ 
(  Augsbourg,  1763,  quatre  volumes  in-4°  ) ,  au  tome  second, 
traite  avec  érudition  deLiturgiis,  libris  liturgicis,  et  studio 
liturgico. 

(1766).  C'est  l'année  où  mourut  Jean-Laurent  Berti,  cé- 
lèbre Augustin ,  assez  connu  d'ailleurs.  Il  a  laissé  deux  dis- 


LITURGIQUES.  638 

sertalions  en  langue  italienne  sur  des  matières  liturgiques. 
La  première  traite  des  Titres  que  saint  Evariste  distribua 
aux  Prêtres  de  Rome,  et  la  seconde  du  Pallium.  Elles  ont 
paru  dans  un  recueil  spécial  des  Opuscules  de  Berti ,  à  Flo- 
rence, en  1759,  et  ont  été  depuis  recueillies  dans  l'édition 
complète  de  ses  œuvres,  publiée  à  Venise. 

(1766).  Paschal  Copeti,  Chanoine,  a  donné  huit  disser- 
tations sous  ce  titre  :  Discorsi  di  Liturgia  recitati  allapre- 
senza  di  Benedetto  XIV  Ponte fice  Massimo,  nella  sala  Aposto- 
lica  dell  Quirinale.  Rome,  1766,  in-4°. 

(1766).  André-Jérôme  Andreucci,  Jésuite,  dans  son  ou- 
vrage intitulé  :  Hierarchia  Ecclesiastica  in  varias  suas  partes 
distribut  a  et  canonico-theologice  exposita  (Rome,  1766,  in-4°), 
a  donné  un  traité  spécial  :  De  observandis  ab  Episcopo  in 
authenticandis  Reliquiis.  Il  a  laissé  aussi  un  traité  de  Ritu 
Ambrosiano ,  dans  le  second  volume  du  même  ouvrage. 

(1769).  Alexis-Aurèle  Pellicia,  savant  Prêtre  Napolitain, 
publia  d'abord  une  dissertation  célèbre,  qui  fut  traduite  par 
ordre  de  l'Impératrice  Marie-Thérèse,  en  Allemand  et  en 
Latin ,  et  qui  est  intitulée  :  Délia  disciplina  délia  Chiesa,  e 
delV  obbligo  de'  sudditi  intorno  alla  preghiera  del  proprio  So- 
vrano ,  dissertazione  lstorico-Liturgica.  Naples,  1769,  in-4°. 
Mais  le  plus  important  ouvrage  de  Pellicia  est  son  savant 
traité  :  De  Christianœ  Ecclesiœ  primœ,  mediœ  et  novissimœ 
œtatis  Politia,  qui  parut  à  Naples  en  1777,  et  a  acquis  une 
si  grande  réputation  dans  le  monde  liturgique. 

(1769).  Joseph  Novaès,  Portugais,  est  auteur  du  livre  in- 
titulé :  //  sacro  rito  antico  e  moderno  délia  elezione,  corona- 
zione,  e  solenne possesso  del  Sommo  Pontefice.  Rome,  1769, 
in-8°. 

(1769).  Vincent  Fassini,  Dominicain,  a  publié,  sous  le 
pseudonyme  de  Dominique  Sandelli,  deux  ouvrages  remplis 


636  INSTITUTIONS 

d'érudition.  Le  premier  est  intitulé  :  De  singularibus  Eucha- 
ristiœ  usibus  apud  veteres  Grœcos.  Brescia,  1769.  Le  second  : 
De  priscorum  Christianorum  synaxïbus  extra  œdes  sacras, 
Venise,  1770. 

(1770).  Jean-Pérégrin  Pianacci  publia  l'ouvrage  suivant: 
Dell'  O/ficio  divino,  trattato  istorico-critico~morale. 

(1771).  Thomas  Declo',  Pénitencier  d'Ancône ,  est  au- 
teur de  ce  livre  :  Dichiarazioni  di  tutto  cio  che  vi  ha,  o  dif- 
ficile da  intendersi  j  o  intéressante  in  ogni  parte  nel  Breviario 
Romano  dal  principio  sino  al  fine,  Ancône ,  1771*1772,  deux 
volumes  in-4°. 

(1771).  Camille  Blasi,  Avocat  Romain,  a  publié  l'ouvrage 
suivant  :  De  Festo  Cor  dis  Jesu  Dissertatio  commonitoria ,  cum 
notis  et  monumentis  selectis.  Rome,  1771,  in-4°.  Celte  Dis- 
sertation, dont  l'auteur  est  contraire  au  culte  du  Sacré  Cœur 
de  Jésus,  fut  attaquée  par  un  écrivain  de  Florence  dont 
nous  n'avons  pu  découvrir  le  nom,  et  qui  publia  deux 
Lettres  en  réponse.  Elles  furent  suivies  d'une  réplique  par  le 
P.  Giorgi,  Augustin,  sous  ce  titre  :  Christotimi  Ameristœ, 
adversus  epistolas  duas  ab  anonymo  censore  in  Dissertationem 
commonitoriam  Camilli  Blasii  de  Festo  Cordis  Jesu  vulgatas, 
Antirrheticus  :  accedit  mantissa  contra  epistolium  tertium  nu- 
perrime  cognitum.  Rome,  1772,  in-4°.  Giorgi  paraît  aussi  être 
auteur  de  Lettres  italiennes  qui  font  suite  à  Y  Antirrheticus, 
sous  le  litre  d'Antropisco  Teriomaco  (  in-4°  ).  On  peut  voir 
dans  Y  Ami  de  la  Religion,  à  qui  nous  empruntons  ces  détails 
bibliographiques,  la  notice  de  divers  autres  écrits  dans  le 
même  sens,  qui  furent  publiés  de  1773  à  1781 ,  à  Naples, 
Gênes  et  Bergame  (1).  Le  même  recueil  donne  aussi  la  notice 
des  écrits  qu'on  opposa  aux  ennemis  de  la  dévotion  au  Sacré 


(1)  Tome  XXII.  pages  38a-389. 


LITURGIQUES.  657 

Cœur  de  Jésus.  Nous  remarquons  en  particulier  une  Disser- 
tation latine  sur  cette  dévotion,  publiée  à  Venise,  1775,  par 
un  Jésuite  nommé  Pubrana.  Quant  aux  pamphlets  des  Jan- 
sénistes Français,  nous  ne  fatiguerons  pas  le  lecteur  de  leur 
insipide  énumération. 

(1772).  Jules-Laurent  Selvaggi,  Prêtre  Napolitain,  mort 
en  cette  année,  avait  donné  un  ouvrage  classique  très  impor- 
tant sous  ce  titre  :  Antiquitatum  Christianarum  institution 
nés  nova  methodo  in  quatuor  libros  distributœ,  ad  usum  Semi- 
narii  Neapolitani.  Naples,  6  vol.  in-12  souvent  réimprimés  : 
notre  exemplaire  est  de  1794.  On  a  quelques  reproches  à 
faire  à  cet  ouvrage  ;  il  porte  en  plusieurs  endroits  la  trace 
trop  visible  des  préjugés  qui  dominaient  à  Naples  à  cette 
époque. 

(1772).  Jean-Baptiste  Gaîlicioli,  savant  Prêtre  Vénitien, 
dans  son  excellente  réimpression  du  saint  Grégoire-Ie-Grand 
de  Dom  Denis  de  Sainte-Marthe,  a  placé,  au  tome  IX,  un 
important  travail  liturgique  qu'il  a  intitulé  :  Isagoge  institulio- 
num  Uturgicarum.  On  doit  toutefois  regretter  que  cet  illustre 
éditeur  ait  cru  devoir  retrancher  le  Sacramentaire  de  Dom 
Hugues  Ménard,  et  le  Responsorial  de  Dom  Denis  de  Sainte- 
Marthe  ,  ainsi  que  les  notes  de  ces  deux  illustres  Bénédictins. 
La  préférence  donnée  aux  originaux  publiés  par  le  B.  Tom- 
mnsi  n'est  pas  équitable  dans  une  édition  de  saint  Grégoire, 
où  l'on  désirerait  voir  rassemblé  tout  ce  qui  peut  contribuer 
à  compléter  ses  œuvres. 

(1775).  Laurent-Etienne  Rondet,  laïc,  l'un  des  plus  zélés 
réformateurs  de  la  Liturgie ,  a  laissé ,  outre  de  nombreux 
articles  dans  le  Journal  de  Dinouart,  un  livre  intitulé  :  Or- 
dinaire de  la  Messe  avec  la  manière  de  V  entendre ,  quand  on 
la  dit  sans  chant,  et  quand  on  la  chante.  Paris,  1773,  in-12, 
lia  laissé  aussi  un  Avis  sur  les  Bréviaires,  et  particulière- 


058  INSTITUTIONS 

ment  sur  une  nouvelle  édition  du  Bréviaire  Romain,  Paris, 
1775,  in-12. 

(1775).  Philippe-Laurent  Dionigi,  Bénéficier  de  la  Basi- 
lique Vaticane,  a  publié  le  précieux  ouvrage  intitulé  :  Sacra- 
rum  Vaticanœ  Basilica  Cryptarum  monumenta  œreis  labulis 
incisa  et  commentariis  illustrata.  Borne,  1775,  in-folio.  Il  à 
donné  aussi  :  Antiquissimi  Vesperarum  Paschalium  Ritus 
expositio  ;  de  sacro  in  ferions  atatis  Processu ,  Dominica  Re- 
surrectionis  Chrisli,  ante  Vesperas,  in  Vaticana  Basilica  usi- 
tato  conjectura.  Borne,  1780,  in-8°. 

(1773).  Joseph  Heyrcnbach  ,  Jésuite,  est  auteur  d'une 
dissertation  de  Salutatione  Angelica ,  ejusque  in  sancta  Eccle- 
sia  usu.  Vienne,  1773,  in-8°. 

(1774).  Pierre  Lazeri,  savant  Professeur  Bomain,  a 
donné  trois  dissertations  :  1°  De  sacra  Veterum  Christiano- 
rum  Romana  Pérégrinations  Borne ,  1774 ,  in-4°.  —  2°  De 
Liminibus  Apostolorum  disquisitio  historica.  Borne,  1775, 
in-4°. —  5°  De  fais  a  veterum  Christianorum  Riluum  a  ritibus 
Ethnicorum  origine  Diatriba.  Borne,  1777,  in-4°. 

(1775).  Etienne  Borgia,  Cardinal,  Préfet  de  la  Propagande, 
antiquaire  fameux ,  s'est  exercé  sur  plusieurs  matières  li- 
turgiques. Il  fut  d'abord  l'éditeur  d'un  opuscule  du  Cardinal 
Augustin  Valeri  :  De  Benedicihne  Agnorum  Dei.  Il  donna 
ensuile,  sous  son  propre  nom,  les  deux  ouvrages  suivants  : 
1°  De  Cruce  Vaticana ,  ex  dono  Juslini  Augusti  in  Parasceve 
majoris  hebdomadœ  publicœ  veneraiioni  exhiberi  solita.  Borne, 

1779,  in-4°.  —  2°.  De  Cruce  Velitcrna  commentarius.  Borne, 

1780,  in-4<>. 

(1775).  Nicolas  Collin  ,  Prémontré,  a  laissé  :  1°  Traité  du 
Signe  de  la  Croix,  fait  de  la  main,  ou  la  Religion  Catholique 
justifiée  sur  l'usage  de  ce  signe.  Paris,  1775,  in-12.  —  2°  Traité 
de  l'Eau  bénite,  on  l'Eglise  Catholique  justifiée  sur  l'usage  de 


LITURGIQUES.  659 

VEau  bénite.  Paris,  1776,  in-12.  —  2°  Traité  du  Pain  béni, 
ou  l'Eglise  Catholique  justifiée  sur  l'usage  du  Pain  bénit.  Paris, 
1777,  in-12. 

(1775).  François-Antoine  de  Lorenzana,  Cardinal,  Arche- 
vêque de  Tolède,  Prélat  illustre  par  sa  charité  envers  le 
clergé  français  déporté,  mérite  ici  une  place  distinguée  pour 
la  magnifique  édition  qu'il  a  donnée  des  livres  de  la  Liturgie 
Gothique.  Il  en  a  accompagné  l'édition  de  savantes  Lettres 
Pastorales,  qui  sont  de  véritables  Traités.  Le  Bréviaire  parut 
en  1775,  sous  ce  titre  :  Breviarium  Gothicum,  secundum  re- 
gulam  Beatissimi  lsidori,  Archiepiscopi  Hispalensis ,  jussu 
Cardinalis  Francisci  Ximenii  de  Cisneros  prius  editum  ;  nunc 
opéra  Excni  D,  Francisci  Antonii  Lorenzana  sanctœ  Eccle- 
siœ  Toletanœ  Hispaniarum  Primatis  Archiepiscopi  recogni- 
tum.  Madrid,  in-folio.  Le  Missel,  qui  porte  un  titre  analogue 
à  celui  du  Bréviaire ,  parut  à  Rome,  1804,  in-folio. 

(1776).  François-Antoine  Zaccaria,  Jésuite,  est  sans  con- 
tredit l'homme  le  plus  versé  dans  toutes  les  branches  de  la 
science  ecclésiastique  qu'ait  vu  la  période  que  nous  décri- 
vons dans  ce  chapitre.  Ses  ouvrages  imprimés  s'élèvent  au 
nombre  de  cent  six.  Celui  qui  occupe  le  premier  rang  parmi 
les  travaux  liturgiques  du  savant  religieux,  est  la  Bibliotheca 
Ritualis,  publiée  à  Rome  (  1776,  1778,  1781  ),  en  trois  vo- 
lumes in-4\  Zaccaria  voulut  compléter  la  série  des  collections 
bibliographiques  des  Lelong,  des  Mayer,  des  Fabricius,  des 
Banduri,  etc. ,  par  la  publication  d'un  ouvrage  du  même 
genre  sur  la  science  liturgique.  Corneille  Schulting,  dont  nous 
avons  parlé  ailleurs  (1) ,  avait  ébauché  ce  grand  travail  dans 
sa  Bibliotheca  Ecclesiastica;  mais  les  omissions  et  les  erreurs 
étaient  sans  nombre  dans  cet  ouvrage  déjà  vieux  de  près  de 

(1)  TomeL  page  497. 


040  INSTITUTIONS 

deux  siècles ,  au  moment  où  Zaecaria  entreprenait  sa  Biblio- 
theca  Ritualis.  Le  travail  du  Jésuite  n'a  d'autre  défaut  que 
ceux  qui  sont  inséparables  des  ouvrages  de  ce  genre,  dont  le 
meilleur  sera  toujours  celui  qu'on  trouvera  le  moins  inexact 
et  le  moins  incomplet.  Nous  confessons  volontiers  ici  que  nous 
sommes  grandement  redevables  à  Zaecaria,  pour  la  punie 
bibliographique  de  cette  histoire,  bien  que  nous  ayons  eu 
souvent  l'occasion  de  suppléer  ses  omissions  et  de  rectifier 
ses  méprises.  Un  autre  nous  rendra  le  môme  service. 

En  1787,  Zaecaria  publia  à  Faenza  (deux  tomes  in-4°)  son 
Onomasticon  Riluale  selectum ,  ouvrage  d'une  haute  portée 
scientifique,  et  accessible  à  un  plus  grand  nombre  de  per- 
sonnes que  la  Bibliolheca  Ritualis,  bien  qu'il  soit  encore 
moins  connu  en  France.  On  a  encore  de  lui ,  sur  les  matières 
liturgiques,  la  célèbre  dissertation  de  Usulibrorum  Liturgi- 
corum  in  rébus  Thcologicis ,  réimprimée  souvent;  le  traité 
Dell'  Anno  Santo  (  Rome,  1775  ,  deux  volumes  in-8°  )  ;  les 
annotations  au  livre  des  Mœurs  des  Chrétiens,  de  l'Abbé 
Fleury,  traduit  en  latin  et  publié  à  Venise  (1761,  deux  vo- 
lumes in-4°)  ;  de  nombreux  et  savants  articles  dans  plusieurs 
journaux  scientifiques  d'Italie. 

(1777).  Annibal  Olivieri  de  Abbalibus,  gentilhomme  de 
Pesaro,  est  célèbre  par  son  beau  livre ,  Dell'  antico  Battistero 
délia  S.  Chiesa  Pesarese.  Pesaro,  1777,  in-4°. 

(1778).  François-Michel  Fleury,  Curé  dans  le  Diocèse  du 
Mans,  ayant  été  suspendu  de  ses  fonctions  parl'Evèque  Louis- 
André  de  Grimaldi ,  pour  son  obstination  a  vouloir  se  faire 
répondre  et  servir  la  Messe  par  la  sœur  de  son  Vicaire,  publia, 
dans  le  Journal  Ecclésiastique  de  Dinouart  (juin  1774),  une 
Dissertation  sur  cette  question  :  Si  une  femme ,  au  défaut 
d'homme,  peut  répondre  la  Messe?  Une  critique  manuscrite 


LITURGIQUES.  Biî 

ayant  couru  le  pays  du  Maine ,  Fleury  fit  imprimer  la  bro- 
chure intitulée  :  Réponse  de  ta  Messe  par  les  femmes,  en  ré- 
ponse  à  une  lettre  anonyme,  1778,  in-8°. 

(1779).  Jean-Baptiste  Graser,  docte  Professeur  Allemand, 
a  composé  une  savante  dissertation  :  De  Presbyterio  et  in  eo 
sedendijure.  Trente,  1779,  in-4°. 

(1779).  Dom  Nicolas  Jamin,  Bénédictin  de  la  Congrégation 
de  Saint-Maur,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  estimés,  paraît 
être  l'auteur  du  livre  intitulé  :  Histoire  des  Fêtes  de  l'Eglise 
(in-12) ,  dont  la  plus  ancienne  édition,  venue  à  notre  con- 
naissance, est  de  1779.  Il  a  été  traduit  en  allemand  et  pu- 
blié à  Bamberg ,  en  1784. 

(1779).  Ferdinand  Tetamo,  Prêtre  Sicilien ,  est  justement 
célèbre  par  le  bel  ouvrage  de  Liturgie  pratique  qu'il  a  inti- 
tulé :  Diarium  Liturgico-Theilogico- Morale ,  sive  sacri  Ritus* 
Institutiones  Ecclesiasticœ ,  morumque  disciplina,  notanda 
singulis  temporibus  atque  diebus  anni  Ecclesiastici  et  Civilis. 
Venise,  1779-1784,  huit  volumes  in-4°  en  deux  séries. 

(1779).  François-Xavier  Holl,  Jésuite  Allemand,  illustre 
Professeur  de  droit  canonique  dans  l'Université  d'Heidelberg, 
a  publié  le  premier  volume  d'un  ouvrage  remarquable  inti- 
tulé :  Statistica  Ecclesiœ  Germanicœ ,  1779,in-8°.  Ce  volume, 
le  seul  qui  ait  paru,  renferme  une  dissertation  infiniment 
précieuse  :  De  Liturgiis  Ecclesiœ  Germanicœ» 

(1781).  Joseph-Marie  Mansi,  Clerc  Régulier  des  Ecoles  Pies, 
fit  paraître  cette  année,  à  Lucques,  un  opuscule  rempli  d'é- 
rudition, sous  ce  litre  :  Lettera  ad  un  Ecclesiastico,  nella 
quale  si  dimostra ,  che  non  e  lecito  ad  ogni  Sacerdote  celebrare 
la  Messa  privata  nella  notte  del  santo  Natale.  1779. 

(1784).  Jean  Sianda ,  Cistercien  de  Monl-Réal ,  a  laissé  un 
ouvrage  trop  superficiel  et  trop  abrégé  pour  le  sujet  qu'il 
T.  il.  kl 


642  INSTITUTIONS 

traite.  II  porte  ce  titre  :  Onomasticon  sacrum  :  opuscuitiM 
tripartitum.  Rome,  1774,  în-8°. 

(1786).  Faustin  Àrevalo,  illustre  Jésuite  Espagnol,  si  digne 
de  toute  la  reconnaissance  des  amis  de  la  science  ecclésias- 
tique par  ses  excellentes  éditions  de  Prudence  et  de  saint 
Isidore  de  Séville ,  a  publié ,  sous  le  titre  d'Hymnodia  Hts- 
panica,  un  ouvrage  remarquable  surtout  par  la  célèbre  dis- 
sertation de  Hymnis  ecclesiasticis ,  que  nous  regardons 
comme  un  des  plus  précieux  monuments  de  la  science  litur- 
gique. Le  livre  a  paru  à  Rome,  1786,  in-4°. 

(1786).  Joseph  Cuppini,  Cérémoniaire  de  la  Cathédrale  de 
Bologne,  a  laissé,  sur  plusieurs  questions  de  Liturgie  pra- 
tique ,  des  Instructiones  Liturgicœ,  qui  présentent  un  grand 
intérêt.  Bologne,  1786,  in-4°. 

(1786).  François  Cancellieri,  savant  Prélat  Romain,  est 
récrivain  le  plus  important  sur  les  matières  liturgiques  qui 
ait  paru  à  la  fin  du  dix-huitième  siècle.  Il  débuta  par  son 
magnifique  ouvrage  de  Secretariis  Basilicœ  Vaticanœ  veteris 
ac  novœ.  Rome,  1786  et  années  suivantes,  quatre  volumes 
in-4.°.  Il  donna  ensuite  successivement  :  \°  Descrizione  délia 
BasilicaVaticana.RomeinSS,  in-12. — 2° Notizieintomo alla 
Novena,  Vigilia,  Notte  e  Festa  di  Natale.  Rome,  1788,  in-12. 

5°  Descrizione  de'  tre  Pontificali  che  si  celebrano  nella  Ba- 

silica  Vaticana,  \per  le  feste  di  Natale ,  di  Pasqua  et  di  san 
Pietro.  Rome,  1788,  in-12.  —  4°  Descrizione  délie  funzioni 
délia  Settimana  santa  nella  Cappella  Pontificia.  Rome,  1789, 
in-12.  —  5°  Descrizione  délie  Cappelle  Pontificie  e  Cardinali- 
zie  di  tuttol'annq.  Rome,  1790,  quatre  volumes  in-12.  Nous 
n'avons  pu ,  malgré  tous  nos  efforts,  nous  procurer  ce  der- 
nier ouvrage.  —  6°  Storia  de'  solenni  possessi  de  sommi  Pon- 
tefici,  detti  anticamente  Processi  o  Processioni ,  dopo  laloro 
coronazione ,  nella  Basilica  Yaticana  alla  Lateranmf  da 


LIÏUÏlGîQtJLS.  64â 

ieone  III  a  Pio  VIL  Rome,  1802,  in4°.  —  7°  Memorie  délie 
sacre  Teste  de*  santi  Apostoli  Pietro  e  Paolo  e  délia  loro  solenne 
recognizione  nella  Basilica  Lateranese.  Rome,  d806,  in-4°. 
—  8°  Le  due  Nuove  Campane  di  Campidoglio  benedette  dalla 
Santitadi  N.  S.  Pio  VIL  P.  0.  M.  e  descritte,  con  varie  No~ 
tizie  sopra  i  Campanili.  Rome,  1806,  in-4°.  —  9°  Disserta-' 
zione  Epistolare  sopra  le  Iscrizioni  délie  Martiri  Simplicia 
madré  di  Orsa,  et  di  un  altra  Orsa.  Rome,  1819,  in-12.  — • 
10°  Notizie  sopraVorigine  e  Vuso  delV Anello Pescatorio,  e degli 
altri  Ànelli  Ecclesiastici.  Rome,  1823,  in-8°. 

(1787).  François-Antoine Mondelli,  Ecclésiastique  Romain, 
a  publié  une  excellente  dissertation  intitulée  :  Délia  légitima 
disciplina  da  osservarsi  nella  pronuncia  del  Canone  délia 
Messa.  Rome,  1787,  in-8°. 

(1786).  Augustin  Kraser,  Docteur  Allemand,  a  laissé  un 
ouvrage  remarquable  sous  ce  titre  :  De  Apostolis  necnon 
antiquis  Ecclesiarum  Occidentalium  Liturgiis,  illarum  ori- 
gine, progressu,  ordine ,  die ,  hora  et  lingua,  cœterisque  rébus 
ad  Liturgiam  antiquam  pertinentibus ,  liber  singularis.  Augs- 
bourg,  1786,  in-8°. 

(1787).  Jacques-Denys  Cochin,  Curé  de  Saint-Jacques-du- 
Haut-Pas,  à  Paris,  composa  des  Prônes  ou  lnstructionè 
familières  sur  toutes  les  parties  du  saint  Sacrifice  de  la  Messe, 
qui  n'augmentent  pas  beaucoup  la  somme  des  notions  scienti- 
fiques de  la  Liturgie,  mais  que  nous  citons  cependant  comme 
ouvrage  français  de  celle  époque. 

(1788).  Elienne-Antoine  Morcelli,  Jésuite  si  connu  par  ses 
travaux  archéologiques,  a  laissé  :  1°  Kalendarium  Ecclesiœ 
Constantinopolitanœ  mille  annorum  vetustate  insigne ,  primi- 
tus  e  Bibliotheca  Romana  Albanorum  in  lucem  editum ,  et 
veterum  monumentorum  comparatione  diurnisque  commenta- 
nts illustratum.  Rome,  1 788,  deux  volumes  in-4°.  —  2°  Aga* 


641  iNsïtïtmoNà 

peaMichaelia  ettesserœPaschates.  1816, 1818.  Ces  Opuscules* 
d'un  style  trop  classique  peut-être ,  ont  été  réimprimés  en- 
semble, à  Bologne,  1822,  in-8°. 

(1790).  Il  Breviario  Romano  difeso  >  e  giustificato  contro  il 
libro  intitolato  :  Letlera  risponsiva  di  un  parroco  Fiorentino 
alla  Lettera  di  un  parroco  Pistoiese.  —  Cet  ouvrage  anonyme, 
publié  en  1790|,  sans  lieu  d'impression,  est  dirigé  contre  le 
Curé  Scaramucci,  l'un  des  fauteurs  du  Synode  de  Pistoie. 

(1797).  Jean  Marchelti,  savant  Prélat  Romain,  si  connu 
par  son  excellente  critique  de  Fleury,  a  laissé  l'ouvrage  sui- 
vant :  Del  Breviario  Romano ,  o  sia  dell'Officio  divino  e  del 
modo  di  recitarlo.  Rome,  1797,  in-12. 

(1798).  Jean  Gonzalès  Villar,  Chanoine  de  la  Cathédrale  de 

Léon ,  a  donné  le  livre  intitulé  :  Tratado  de  la  sagrada  lumi- 

naria ,  en  forma  de  disertacion ,  en  el  que  se  demuestra  la 

antiguedad ,  y  piedad  de  las  vêlas ,  y  lamparas  encendidas  a 

honra  de  Dios,  y  en  obsequio  de  las  santas  Imagenes ,  y  Reli- 

quias.  1798,  in-8°.  sm 

Tirons  maintenant  les  faciles  conclusions  des  faits  contenus 

au  présent  chapitre. 

Il  est  clair,  en  premier  lieu,  qu'une  conjuration  a  été 
formée  au  sein  même  des  pays  Catholiques,  dans  le  but  d'in- 
sinuer l'esprit  du  Protestantisme ,  à  la  faveur  des  innova- 
tions liturgiques. 

11  est  clair,  en  second  lieu ,  que  le  parti  Anti-liturgiste  a 
constamment  procédé  en  affaiblissant  l'autorité  du  Saint 
Siège,  en  opérant  la  destruction  de  la  Liturgie  Romaine,  en 
procurant  à  ses  adeptes,  par  toutes  sortes  d'intrigues,  l'hon- 
neur de  rédiger  les  livres  destinés  à  remplacer  ceux  que  la 
tradition  catholique  avait  formés  dans  le  cours  des  siècles. 

Il  est  clair,  en  troisième  lieu ,  que  si  tous  nos  liturgistes 
Français  n'ont  pas  été  aussi  loin  dans  leur  audace  que  les 


LITURGIQUES.  G4B 

Ricci,  les  Grégoire,  etc.,  ceux-ci  les  ont  hautement  avoués 
et  recommandés  comme  des  hommes  qui  possédaient  leurs 
sympathies. 

11  est  clair,  en  quatrième  lieu,  que  l'abolition  de  l'ancienne 
Liturgie  a  été  une  œuvre  à  laquelle  ont  pris  part  les  hommes 
qui  ont  eu  le  plus  à  cœur  de  répandre  le  Jansénisme,  le  Pro- 
testantisme, le  philosophisme  et  les  maximes  anarchistes. 

Il  est  clair,  enfin ,  qu'au  moment  où  finissait  le  dix-hui- 
tième siècle,  l'Eglise  Gallicane  avait  laissé  périr  une  des 
branches  de  la  science  ecclésiastique  ;  qu'en  se  séparant  de 
la  Liturgie  ancienne,  elle  s'était  séparée  dans  le  culte  divin 
non  seulement  de  l'Eglise  de  Rome,  mais  de  toutes  les  autres 
Eglises  Latines  ,  et  cela  sans  pouvoir  rétablir  dans  son 
propre  sein  celte  unité  qu'elle  avait  sacrifiée  à  un  vain  désir 
de  perfectionnement,  en  renonçant  avec  une  facilité  sans 
exemple  à  cetle  glorieuse  immutabilité  qui  est  la  gloire  de 
la  Liturgie,  et  qui  a  inspiré  cet  axiome  de  tous  les  siècles  : 
Legem  credendi  statuât  lex  supplicandi.  Gloire  et  actions  de 
grâces  soient  donc  rendues  au  Seigneur,  qui  n'a  point  aban- 
donné cette  Eglise  au  jour  de  la  tribulation  ! 


646 


INSTITUTIONS 


CHAPITRE  XXIV. 

DE  LA  LITURGIE  AU  DIX-NEUVIÈME  SIÈCLE.  —  EN  FRANCE , 
RÉTABLISSEMENT  DU  CULTE  CATHOLIQUE.  PROJET  D'UNE  LI- 
TURGIE NATIONALE.  ACTES  DU  LÉGAT  CAPRARA.  SACRE  DE 
NAPOLÉON.  PIE  VII  DANS  LES  EGLISES  DE  PARIS.  SITUATION 
GÉNÉRALE  DE  LA  LITURGIE  SOUS  L'EMPIRE. —  CARACTÈRE  DES 
OEUVRES  LITURGIQUES  SOUS  LA  RESTAURATION  ET  DEPUIS. 
DESTRUCTION  PRESQUE  TOTALE  DE  LA  LITURGIE  ROMAINE. 
MOUVEMENT  INVERSE  ET  FAVORABLE  AUX  USAGES  ROMAINS. 
NOUVELLE  MODIFICATION  DU  PARISIEN  EN  1822.  EFFORTS 
DIVERS  DANS  LE  MÊME  SENS.  DIFFICULTÉS  DE  LA  SITUATION, 
ET  SON  REMÈDE.  —  EN  ALLEMAGNE ,  SCANDALES  DES  ANTI- 
L1TURGISTES.  ORDONNANCE  DE  L'ÉVÈQUE  DE  ROTTENBOURG. 
AFFAIRE  DE  COLOGNE.  —  EN  ANGLETERRE,  TENDANCES  FAVO- 
RABLES AUX  FORMES  CATHOLIQUES,  ET  AU  BRÉVIAIRE  ROMAIN 
EN  PARTICULIER.  —  EN  RUSSIE,  INFLUENCE  DÉSASTREUSE  DE 
LA  LITURGIE  GRECQUE.  —  A  ROME  ,  TRAVAUX  DES  PAPES 
SUR  LA  LITURGIE  ROMAINE.  —  BIBLIOTHÈQUE  DES  AUTEURS 
LITURGISTES  DU  XIXe  SIÈCLE. 

Le  dix-huitième  siècle,  en  finissant,  voyait  s'éteindre  la 
cruelle  persécution  dont  l'Eglise  de  France  avait  eu  à  sup- 
porter les  rigueurs  pendant  dix  années.  Dès  Tannée  4799, 
des  Oratoires  publics,  des  Eglises  même  se  rouvraient  de 
toutes  parts.  Les  Prêlres  se  montraient  avec  plus  de  sécu- 
rité, les  autels  dépouillés  revoyaient  comme  une  ombre  des 
anciennes  pompes.  On  osait  enfin  exposer  au  jour  ces  quelqu  es 
vases  sacrés,  ces  ornements,  ces  reliquaires,  derniers  et 


LITURGIQUES.  647 

rares  débris  de  l'opulence  catholique,  soustraits  à  la  cupidité 
des  persécuteurs ,  par  le  mâle  courage  de  quelque  Chrétien 
qui  jouait  sa  tête.  Rien  n'était  sublime  comme  ces  premières 
apparitions  des  symboles  de  la  foi  de  nos  pères,  comme 
ces  Messes  célébrées  au  sein  de  nos  grandes  villes,  dans 
ces  Eglises  dévastées,  violées,  mais  toujours  chastes,  et  tres- 
saillant de  revoir  encore  le  doux  Sacrifice  de  l'Agneau,  après 
les  orgies  des  fêtes  de  la  Raison  et  les  parades  de  la  Théophi- 
lantropie. 

Dans  Paris  même,  il  advint  que,  tandis  que  les  restes  de 
l'Eglise  Constitutionnelle  s'agitaient  encore  dans  la  Métropole 
de  Notre-Dame ,  l'étroite ,  mais  à  jamais  vénérable  Eglise  des 
Carmes  de  la  rue  de  Vaugirard  s'ouvrait  à  la  piété  des  fidèles 
Catholiques.  Le  sang  des  Pontifes,  des  Prêtres  et  des  Religieux 
martyrs,  épanché  si  abondamment  dans  son  enceinte  et  ses 
alentours,  l'avait  marquée  pour  le  rendez- vous  sublime  des 
Pasteurs  décimés  par  i'échafaud  et  les  misères  de  l'exil.  A 
Lyon,  dès  1801,  la  Procession  de  la  Fête-Dieu  traversait  les 
rues,  aux  acclamations  des  peuples  enivrés  de  joie.  «  Quelle 

•  est,  écrivait  à  ce  sujet,  dans  le  Mercure  de  France,  celui 
»  qui  s'apprêtait  à  raconter  le  Génie  du  Christianisme,  quelle 
»est  cette  puissance  extraordinaire  qui  promène  ces  cent 
»  mille  Chrétiens  sur  ces  ruines?  Par  quel  prodige  la  Croix 
»  reparaît-elle  en  triomphe  dans  cette  même  cité  où  naguère 
»une  dérision  horrible  la  traînait  dans  la  fange  ou  le  sang? 
>D'où  renaît  cette  solennité  proscrite?  Quel  chant  de  misé- 
ricorde a  remplacé  si  soudainement  le  bruit  du  canon  et  les 
»cris  des  Chrétiens  foudroyés?  Sont-ce  les  pères,  les  mères, 
»  les  frères,  les  sœurs,  les  enfants  de  ces  victimes  qui  prient 

•  pour  les  ennemis  de  la  foi ,  et  que  vous  voyez  à  genoux  de 
»  toutes  parts  aux  fenêtres  de  ces  maisons  délabrées,  et  sur 
»  les  monceaux  de  pierres  où  le  sang  des  Martyrs  fume  en- 


6  58  INSTITUTIONS 

»  core?  Ces  collines  chargées  de  Monastères,  non  moins  reli- 
jgieux,  parce  qu'ils  sont  déserts;  ces  deux  fleuves  où  la 

*  cendre  des  confesseurs  de  Jésus-Christ  a  si  souvent  été  je- 
j  tée  ;  tous  ces  lieux  consacrés  par  les  premiers  pas  du  Chris- 
tianisme dans  les  Gaules;  cette  grotte  de  saint  Polhin,  ces 

*  catacombes  d'Irénée ,  n'ont  point  vu  de  plus  grand  miracle 
ique  celui  qui  s'opère  aujourd'hui.  » 

C'est  que  l'amour  des  pompes  sacrées  est  profondément 
enraciné  au  cœur  des  Français,  et  que  l'alliance  de  la  foi  et 
ue  la  poésie,  qui  constitue  le  fond  de  la  Liturgie  Catholique, 
a  pour  eux  un  si  grand  charme,  qu'il  n'est  ni  souffrances, 
ni  intérêts  politiques  qu'ils  n'oublieraient  dans  les  moments 
où  de  si  nobles  et  si  profondes  émotions  traversent  leurs  âmes. 
Combien  donc  avaient  été  coupables  ou  imprudents  ceux  qui 
avaient  eu  le  triste  courage,  durant  un  siècle  entier,  de  tra- 
vailler par  tous  les  moyens  à  dépopulariser  les  chants  reli- 
gieux, à  ruiner  les  pieuses  traditions  qui  sont  la  vie  des 
peuples  croyants  !  C'était ,  certes ,  un  triste  contraste  que 
celui  qui  s'était  offert  mille  fois  dans  le  cours  de  la  persé- 
cution ,  lorsqu'au  fond  de  quelque  antre  ignoré,  à  la  faveur 
des  ombres  de  la  nuit  et  du  mystère,  les  fidèles,  réunis  à  tra- 
vers mille  périls ,  entouraient  l'autel  rustique,  et  qu'alors  le 
Prêtre,  Confesseur  et  peut-être  Martyr  dans  quelques  heures, 
plaçait  sur  cet  autel  non  le  Missel  des  âges  de  foi,  mais  ce 
moderne  Missel  rédigé  par  les  mains  impures  d'un  sectaire, 
et  promulgué  avec  le  concours  des  Parlements ,  aux  beaux 
temps  de  la  Régence  ou  de  Madame  de  Pompadour,  alors 
qu'on  travaillait  de  toutes  mains  à  préparer  l'affreuse  catas- 
trophe qui  avait  enfin  éclaté.  Et  n'était-ce  pas  aussi  un  pi- 
toyable spectacle  que  celui  qui  s'était  offert  dans  la  rade 
de  Rochefort,  en  1798,  lorsque  les  neuf  cents  Prêtres,  Con- 
fesseurs de  la  foi ,  réunis  dans  la  même  fidélité  et  dans 


LITURGIQUES.  649 

les  mêmes  souffrances,  ne  pouvaient  s'unir  dans  une  même 
psalmodie,  parce  que  le  petit  nombre  des  Bréviaires  qu'on 
avait  pu  introduire  dans  ces  prisons  flottantes  représen- 
taient, pour  ainsi  dire,  autant  de  Diocèses  différents  qu'ils 
formaient  d'exemplaires  (1).  Certes,  si  la  persécution  qui 
faillit  dévorer  l'Eglise  de  France ,  eût  été  avancée  d'un  siècle, 
on  eût  du  moins  entendu  s'élever  du  fond  des  cachots  la 
prière  uniforme  des  Confesseurs,  la  prière  Romaine  que 
l'univers  Catholique  tout  entier  fait  monter  vers  le  ciel  sept 
fois  le  jour.  Il  est  vrai  que  le  sang  des  Martyrs  suppléait  à 
tout.  L'Eglise  de  France  puisa  dans  ce  bain  glorieux  une 
nouvelle  naissance.  Mais  il  fallut  que  toute  entière  elle  fût 
offerte  en  holocauste  :  la  charité  pastorale,  fécondée  par 
l'obéissance  au  Pontife  Romain ,  immola  ceux  que  le  glaive 
avait  épargnés.  Le  Concordat  de  1801  fut  conclu  et  bientôt 
ratifié  par  Pie  VIL  La  Bulle  pour  la  nouvelle  circonscription 
des  Diocèses  fut  donnée  à  Rome  :  la  nouvelle  Eglise  de  France 
devait  donc  tout  au  Siège  Apostolique.  Les  antiques  préjugés 
ne  pouvaient  tout  au  plus  que  se  débattre  en  expirant. 

Le  Concordat  de  1801  avait  une  grande  portée  liturgique. 
Il  garantissait  l'exercice  du  culte  Catholique;  aussi  fut-il 
accepté  comme  un  immense  bienfait,  par  une  nation  qui 
avait  tressailli  de  joie  au  retour  de  ses  Prêtres.  Rien  ne  pour- 
rait dépeindre  l'enthousiasme  des  Parisiens,  lorsqu'enfin ,  le 


(1)  Nous  devons  ce  détail ,  qu'il  était  du  reste  bien  facile  de  pressen- 
tir, au  vénérable  Abbé  Ménochet ,  Chanoine  de  Saint- Julien  du  Mans , 
et  Vicaire-Général,  décédé  en  1834.  Il  était  du  petit  nombre  de  ces  glo- 
rieux Confesseurs  que  la  mort  épargna ,  afin  qu'ils  pussent  rendre  té- 
moignage des  scènes  sublimes  de  Rochefort.  La  mémoire  de  ce  saint 
Prêtre  est  précieuse  à  Solesmes  :  nous  ne  saurions  jamais  oublier  qu'il 
eut  la  bonté  de  venir  présider  a  l'installation  de  ce  Monastère,  en  1833, 
alors  qu'une  pareille  démarche  était  un  acte  de  courage. 


650  INSTITUTIONS 

18  avril  1802,  le  Concordat  fut  promulgué,  au  milieu  d'une 
cérémonie  religieuse  et  civique.  C'était  le  jour  même  de 
Pâques  ;  en  sorte  que  les  fidèles  avaient  à  solenniser  en  même 
temps  le  Passage  du  Seigneur  quand  les  Israélites  sortirent 
de  l'Egypte ,  la  Résurrection  triomphante  du  Christ ,  et  la 
restauration  miraculeuse  de  cette  religion  que ,  neuf  ans  au- 
paravant, un  décret  sacrilège  avait  déclarée  abolie,  comme 
si  le  sang  pouvait  autre  chose  que  fertiliser  le  champ  de  l'E- 
glise. Le  bourdon  de  Notre-Dame ,  muet  depuis  douze  ans, 
ébranlait  encore  la  cité;  et,  comme  enivrés  du  bruit  de  cet 
airain  sacré  dont  la  seule  destination  semblait  être  désormais 
de  donner  le  signal  du  carnage,  les  citoyens  s'embrassaient 
dans  les  rues  sans  se  connaître.  Les  Consuls  se  rendirent  en 
pompe  à  Notre-Dame,  et  Ton  vit  les  étendards  français  se 
balancer  encore  une  fois  autour  du  Sanctuaire.  Jean-Bap- 
tiste Caprara ,  Cardinal  de  la  sainte  Eglise  Romaine ,  Légat 
Apostolique,  célébra  pontificalement  sous  ces  voûtes  récon- 
ciliées qu'ébranlaient  par  moments  le  roulement  triomphal 
des  tambours  et  les  fanfares  belliqueuses.  La  France  retrou- 
vait son  antique  amour  pour  la  foi  Catholique ,  et  le  premier 
Consul  pouvait  s'applaudir  d'avoir  deviné  les  instincts  de  la 
nation  :  heureux  s'il  eût  su  toujours  y  attacher  sa  fortune  ! 

Un  livre  d'une  haute  portée,  publié  à  cette  époque,  avait 
grandement  servi  à  préparer  les  esprits  à  un  retour  si  mer- 
veilleux. Toute  la  France  s'était  émue  à  l'apparition  de  l'é- 
pisode fameux  d'un  poème  américain,  et  dans  lequel  l'auteur 
faisait  valoir,  avec  un  talent  inouï,  l'harmonie  des  cérémonies 
religieuses  avec  les  grands  aspects  de  la  nature.  L'ouvrage 
annoncé  dans  la  préface  de  cet  opuscule,  le  Génie  du  Chris- 
tianisme parut  enfin,  au  mois  d'avril  1802,  et  ce  livre,  qui 
s'attachait  à  prouver  que  le  Christianisme  est  vrai  parce  qu'il 
est  beau ,  avança  plus  la  réconciliation  des  Français  avec 


LITURGIQUES.  65J 

l'ancien  culte ,  que  cent  réfutations  de  l'Emile  ou  du  Dic- 
tionnaire philosophique.  Sans  doute,  la  poétique  nouvelle 
révélée  par  Chateaubriand  n'était  pas  à  la  portée  de  tous  les 
lecteurs  de  ce  livre  ;  on  peut  même  dire  (  surtout  aujour- 
d'hui que  nous  voilà  pour  jamais  délivrés  des  Grecs  et  des 
Romains  ) ,  qu'elle  laisse  quelque  peu  à  désirer  ;  mais  la 
partie  liturgique  du  Génie  du  Christianisme,  c'esl-à-dire  la 
description  des  fêtes,  des  cérémonies,  les  riches  peintures  des 
Cathédrales  et  des  Cloîtres  du  moyen-âge,  tout  cela  formait  la 
partie  populaire  de  l'ouvrage.  Certes,  si,  quarante  ans  après, 
il  est  vrai  de  dire  que  notre  littérature ,  nos  arts  et  notre 
poésie  sont  la  réfraction  plus  ou  moins  riche  de  l'éclat  que 
jeta  alors  ce  merveilleux  météore  ;  quel  ne  dut  pas  être  l'em- 
pressement de  la  nation ,  fatiguée  des  courses  desséchantes 
qu'elle  avait  été  contrainte  de  faire  dans  les  champs  du  maté- 
rialisme, lorsqu'une  main  bienfaisante  vint  ouvrir  pour  elle 
une  source  intarissable  de  poésie ,  là  même  où  d'invincibles 
instincts  lui  révélaient  qu'était  toujours  pour  elle  la  véritable 
vie?  Et  n'y  avait-il  pas  aussi  toute  une  réaction  féconde  dans 
celte  promulgation  solennelle  du  Christianisme  comme  la  re- 
ligion éminemment  poétique ,  un  siècle  et  demi  après  Boileau, 
qui,  digne  écho  des  Anti-liturgistes  de  son  Port-Royal,  ne 
voyait  dans  la  foi  du  Chrétien  que  des  mystères  terribles ,  et 
dans  la  poésie  que  des  ornements  égayés  ?  C'était  bien  en  leur 
qualité  de  littérateurs  classiques,  que  les  Foinard  etlesGran- 
colas  avaient  donné  les  belles  théories  que  nous  avons  vues, 
faisant  une  chasse  impitoyable  à  tous  ces  Répons  et  Antiennes 
surannés ,  composés  dans  un  latin  si  différent  de  celui  de  Ci- 
céron,  et  fourrant  toute  leur  œuvre  nouvelle  de  pastiches  à  la 
façon  d'Horace, comme  pour  faire  pardonner  le  cliquetis  peu 
agréable  de  leurs  centons,  pillés  dans  la  Bible  à  tort  et  à  travers, 
d'après  tout  autre  système  que  celui  de  l'harmonie.  Le  Génie 


65$  INSTITUTIONS 

du  Christianisme,  en  posant  comme  fait  la  poétique  du  Chris- 
tianisme considéré  en  lui-môme  (I),  a  donc  exercé  une  action 
vaste,  et  ce  sera  un  jour  une  longue  histoire  que  celle  des 
résultats  sortis  de  ce  livre,  qui,  entre  beaucoup  d'avantages,  a 
celui  d'être  venu  en  son  temps.  L'œil  d'aigle  de  Napoléon  en 
vit  dès  l'abord  toute  la  portée,  et  il  chercha  à  s'attacher  l'au- 
teur; Pie  VII  témoigna  sa  satisfaction  de  la  manière  la  plus  écla- 
tante; Dussault,  de  Fontanes,  le  grand  philosophe  de  Donald, 
s'unirent  à  l'Abbé  de  Boulogne  pour  célébrer  l'importance 
de  cette  victoire  remportée  sur  les  ennemis  de  la  forme  re- 
ligieuse. 

Mais  au  fort  même  de  ce  triomphe ,  comme  il  est  de  néces- 
sité en  ce  monde  que  les  tribulations  accompagnent  toujours 
fidèlement  les  succès  de  l'Eglise,  des  obstacles  inattendus 
vinrent  tempérer  la  joie  du  Pontife  Romain  et  de  l'Eglise  de 
France.  Sans  doute ,  le  Concordat  avait  été  publié  à  Notre- 
Dame  ;  mais  quelques  jours  auparavant ,  le  5  avril  1802 
(  18  germinal  an  X  ) ,  jour  même  où  ce  traité  avait  été  porté 
au  Corps  Législatif,  et  inauguré  comme  loi  de  la  Repu* 
blique,  on  avait  promulgué  en  même  temps,  sous  le  nom 
d'Articles  Organiques,  soixante- dix-sept  articles  dont  le  plus 
grand  nombre  avait  été  conçu  et  rédigé  dans  le  but  d'amor- 
tir l'influence  du  Catholicisme,  et  d'arrêter  le  développement 
de  ses  institutions  renaissantes.  Il  n'est  point  de  notre  sujet 
de  développer  ici  toute  la  série  des  dispositions  de  ce  Décret 
tyrannique,  contre  lequel  le  Siège  Apostolique  ne  tarda  pas 
à  faire  entendre  les  plus  explicites  réclamations.  Nous  nous 

(1)  Les  Martyrs  vinrent  plus  tard ,  et  fournirent ,  malgré  quelques 
défauts,  l'irrécusable  preuve  d'un  fait  que  la  postérité  s'étonnera  qu'on 
ait  pu  contester  une  minute.  Elle  aura  peine  à  comprendre  le  dix- 
huitième  siècle ,  siècle  prosaïque  qui  se  mêla  de  tout  refaire ,  parce 
qu'avant  lui  la  poésie  était  partout. 


bornerons  à  relever  quelques-unes  des  dispositions  du  titre  III, 
intitulé  :  Du  Culte. 

La  première  avait  une  portée  immense ,  malgré  sa  briè- 
veté ,  et  elle  était  ainsi  conçue  :  «  Il  n'y  aura  qu'une  Litur- 
»  gie  et  un  Catéchisme  pour  toutes  les  Eglises  Catholiques  de 
»  France.  »  Laissant  de  côté  le  Catéchisme ,  bornons-nous  à 
ce  qui  tient  à  la  Liturgie.  On  conçoit  aisément  que ,  par 
suite  de  la  nouvelle  circonscription  des  Diocèses,  l'Eglise  de 
France  devait  se  trouver  dans  une  déplorable  confusion  sous 
le  rapport  de  la  Liturgie.  Le  nombre  des  Diocèses  ayant  été 
réduit  de  plus  de  moitié ,  et  par  conséquent  les  nouveaux 
Evêchés  se  trouvant  formés,  en  tout  ou  en  partie,  du  terri- 
toire de  trois  ou  quatre  et  quelquefois  jusqu'à  sept  des  an- 
ciens Diocèses,  il  arrivait ,  par  suite  des  changements  arrivés 
au  dix-huitième  siècle ,  que  la  Liturgie  de  l'Eglise  Cathé- 
drale, loin  de  réunir  les  autres  Eglises  du  Diocèse  dans  l'unité 
de  ses  formes ,  se  voyait  disputer  le  terrain  par  cinq  ou  six 
autres  Liturgies  rivales.  Certes,  un  si  étrange  spectacle  était 
inouï  dans  l'Eglise;  jamais  en  aucun  temps,  en  aucun  pays, 
la  communion  des  prières  publiques  n'avait  présenté  l'aspect 
d'une  si  étrange  anarchie  ;  bien  plus,  pour  qu'elle  fût  devenue 
possible  par  suite  d'un  remaniement  des  Diocèses,  il  avait 
fallu  qu'il  existât  déjà,  dans  un  seul  pays  qui  ne  compte  pas 
trois  cents  lieues  d'étendue ,  plus  de  diverses  formes  d'Office 
divin  qu'il  n'en  existe  dans  le  monde  entier,  sans  oublier 
même  les  Eglises  d'Orient. 

Les  conciliabules  de  1797  et  de  1801  avaient  déjà  senti 
l'inconvénient  de  cette  situation;  car  bien  que  l'Eglise  Cons- 
titutionnelle comptât  un  Evêché  par  département,  la  division 
de  la  France  en  départements  avait  déjà  grandement  boule- 
versé la  circonscription  des  Diocèses.  Mais  lesEvêques  réunis, 
comme  ils  le  disent  fort  bien,  trouvaient  surtout  dans  le  pro- 


654-  ïfoSîîTtiïiôtfâ 

jet  d'une  Liturgie  uniforme  pour  la  France  (  idée  qui  leur 
appartient  en  propre) ,  un  moyen  efficace  de  perpétuer  leur 
secte,  si  elle  fût  née  viable,  en  rattachant  cette  organisation 
liturgique  au  système  de  nivellement  et  de  centralisation 
sur  lequel  avait  été  fondée  la  République  (1).  On  conçoit 
parfaitement  cette  idée  dans  une  Eglise  schismatique  repous- 
sée par  toutes  les  autres  Eglises,  et  qui  ne  peut  avoir  de 
vie  qu'en  se  nationalisant;  mais  quel  machiavélisme  impie 
que  celui  de  ces  législateurs  qui,  dans  le  moment  où  la 
France  venait  de  rentrer  dans  l'unité  catholique,  décrétaient 
que  le  moment  était  venu  de  travailler  sérieusement  à  élever 
pour  jamais  un  mur  de  séparation  entre  l'Eglise  de  France  et 
toutes  les  autres?  Telle  n'avait  pas  été  la  politique  de  Charle- 
magne,  ni  celle  de  saint  Grégoire  VII,  ni  celle  d'Alphonse  VI 
de  Castille,  ces  grands  civilisateurs  qui  voyaient  le  salut  et  la 
gloire  des  Etats  européens  dans  l'unité  générale  de  la  Chré- 
tienté, et  qui  brisaient  de  si  grand  cœur  tout  retranche- 
ment derrière  lequel  la  religion  universelle  eût  tendu  à  de- 
venir chose  nationale.  Et  cependant  nous  avons  entendu  des 
gens  honorables,  mais  d'une  insigne  imprudence,  former  en- 
core ce  souhait  d'une  Liturgie  nationale  ;  ne  pas  sentir  quelle 
honte  c'eût  été  pour  la  France,  de  se  retrouver,  après 
mille  ans,  dans  l'état  où  elle  était  lorsqu'elle  préludait  à  ses 
destinées  de  nation  très  Chrétienne,  ayant  perdu  et  l'anti- 
quité vénérable  de  la  Liturgie  Gallicane ,  et  l'autorité  sou- 
veraine de  la  Liturgie  Romaine,  sans  autre  compensation 
que  des  traditions  qui  eussent  daté  du  dix-neuvième,  ou 
du  dix-huitième  siècles» 

Dieu  ne  permit  pas  que  cette  œuvre  anti-catholique  reçût 
son  accomplissement.  Une  commission  fut  nommée  pour  la 

(1)  Voyez  çi-dessus,  page  620, 


rédaction  des  nouveaux  livres  de  l'Eglise  de  France  \  mais  le 
résultat  de  ses  travaux  ne  fut  même  pas  rendu  public.  On 
sait  seulement  que  plusieurs  des  membres  cherchèrent  a  faire 
prévaloir,  l'un  la  Liturgie  Parisienne,  l'autre  celle  de  tel  ou 
tel  Diocèse,  un  autre  enfin  un  amalgame  formé  de  toutes 
ensemble.  Personne  n'osa  proposer  de  revenir  à  l'ancien  rite 
Gallican ,  seul  projet  pourtant  qui  eût  été  sensé ,  le  principe 
étant  admis;  mais  projet  impraticable,  puisque  les  monuments 
de  ce  rite  ont  péri  pour  la  plupart.  Il  en  fut  donc  de  ce  projet 
de  Liturgie  nationale,  comme  de  la  réédifîcation  du  temple  de 
Jérusalem  au  quatrième  siècle;  ou  si  l'on  veut  remonter  plus 
haut ,  comme  de  la  tour  de  Babel  ;  et  le  grand  homme  qui 
parlait  de  son  prédécesseur  Chariemagne,  fut  atteint  et  con- 
vaincu de  n'avoir  pu  s'élever  à  la  hauteur  des  vues  de  cet 
illustre  fondateur  de  la  société  européenne.  Au  reste,  qu'on 
y  regarde  bien,  on  verra  que  toutes  les  fautes  de  Napoléon 
étaient  là.  Il  n'est  tombé  de  si  haut  que  pour  avoir  voulu 
faire  de  l'Eglise  et  du  Pape  une  chose  française.  Est-ce  l'er- 
reur de  son  esprit  ?  est-ce  le  crime  de  son  cœur?  Dieu  seul 
lésait  bien. 

Le  reste  des  Articles  Organiques  du  tilre  XIII  est  employé  à 
détailler  maintes  servitudes  auxquelles  l'Eglise  sera  soumise 
en  France.  Nous  citerons  le  XLVe  Article,  si  tyrannique,  que 
les  Protestants  eux-mêmes  ont  plusieurs  fois  réclamé  contre  : 
«  Aucune  cérémonie  religieuse  n'aura  lieu  hors  des  édifices 
»  consacrés  au  culte  Catholique,  dans  les  villes  où  il  y  a  des 
t>  temples  destinés  à  différents  cultes.  »  Ainsi  avait-on  cherché 
à  atténuer  la  victoire  du  Catholicisme ,  en  prolongeant  le 
règne  de  cette  intolérance  qui  n'était  plus  sanglante ,  il  est 
vrai ,  comme  celle  de  la  Convention,  mais  qui  allait  chercher 
ses  traditions  dans  les  annales  des  Parlements  et  dans  les 
fastes  anti-liturgistes  de  Joseph  II  et  de  Léopold 


636  INSTITUTIONS 

d'érudition.  Le  premier  est  intitulé  :  De  singularibus  Eucha- 
ristiœ  usibus  apud  veteres  Grœcos.  Brescia,  1769.  Le  second  : 
De  priscorum  Christianorum  synaxibus  extra  œdes  sacras, 
Venise,  4770. 

(1770).  Jean-Pérégrin  Pianacci  publia  l'ouvrage  suivant: 
Dell'  Offîcio  divino,  trattato  istorico-critico-morale. 

(1771).  Thomas  Declo',  Pénitencier  d'Ancône ,  est  au- 
teur de  ce  livre  :  Dichiarazioni  di  tutto  cio  che  vi  ha,  o  dif- 
ficile da  intendersi,  o  intéressante  in  ogni  parte  nel  Breviario 
Romano  dalprincipio  sino  al  fine,  Ancône ,  1771-1772,  deux 
volumes  in-4°. 

(1771).  Camille  Blasi,  Avocat  Romain,  a  publié  l'ouvrage 
suivant  :  De  Festo  Cordis  Jesu  Dissertatio  commonitoria,  cum 
notis  et  tnonumentis  selectis.  Rome,  1771,  in-4°.  Cette  Dis- 
sertation, dont  l'auteur  est  contraire  au  culte  du  Sacré  Cœur 
de  Jésus,  fut  attaquée  par  un  écrivain  de  Florence  dont 
nous  n'avons  pu  découvrir  le  nom,  et  qui  publia  deux 
Lettres  en  réponse.  Elles  furent  suivies  d'une  réplique  par  le 
P.  Giorgi,  Augustin,  sous  ce  titre  :  Christotimi  Ameristœ, 
adversus  epistolas  duas  ab  anonymo  censore  in  Dissertât  ionem 
commonitoriam  Camilli  Blasii  de  Festo  Cordis  Jesu  vulgatas , 
Antirrheticus  :  accedit  mantissa  contra  epistolium  tertium  nu~ 
perrime  cognitum.  Rome,  1772,  in-4°.  Giorgi  paraît  aussi  être 
auteur  de  Lettres  italiennes  qui  font  suite  à  Y  Antirrheticus, 
sous  le  titre  d'Antropisco  Teriomaco  (in-4°).  On  peut  voir 
dans  Y  Ami  de  la  Religion,  à  qui  nous  empruntons  ces  détails 
bibliographiques,  la  notice  de  divers  autres  écrits  dans  le 
même  sens,  qui  furent  publiés  de  1773  à  1781 ,  à  Naples, 
Gênes  et  Bergame  (1).  Le  même  recueil  donne  aussi  la  notice 
des  écrits  qu'on  opposa  aux  ennemis  de  la  dévotion  au  Sacré 

(1)  Tome  XXII.  pages  383-389. 


LITURGIQUES.  657 

Cœur  de  Jésus.  Nous  remarquons  en  particulier  une  Disser- 
tation latine  sur  cette  dévotion,  publiée  à  Venise,  1775,  par 
un  Jésuite  nommé  Pubrana.  Quant  aux  pamphlets  des  Jan- 
sénistes Français ,  nous  ne  fatiguerons  pas  le  lecteur  de  leur 
insipide  énumération. 

(1772).  Jules-Laurent  Selvaggi,  Prêtre  Napolitain,  mort 
en  cette  année,  avait  donné  un  ouvrage  classique  très  impor- 
tant sous  ce  litre  :  Antiquitatum  Christianarum  institution 
nés  nova  methodo  in  quatuor  libros  distributœ,  ad  usum  Semi- 
narii  Neapolitani.  Naples,  6  vol.  in-12  souvent  réimprimés  : 
notre  exemplaire  est  de  1794.  On  a  quelques  reproches  à 
faire  à  cet  ouvrage  ;  il  porte  en  plusieurs  endroits  la  trace 
trop  visible  des  préjugés  qui  dominaient  à  Naples  à  cette 
époque. 

(1772).  Jean-Baptiste  Gailicioli,  savant  Prêtre  Vénitien, 
dans  son  excellente  réimpression  du  saint  Grégoire-le-Grand 
de  Dom  Denis  de  Sainte-Marthe,  a  placé,  au  tome  IX,  un 
important  travail  liturgique  qu'il  a  intitulé  :  Isagoge  institution 
num  Uturgicarum.  On  doit  toutefois  regretter  que  cet  illustre 
éditeur  ait  cru  devoir  retrancher  le  Sacramentaire  de  Dom 
Hugues  Ménard ,  et  le  Responsorial  de  Dom  Denis  de  Sainte- 
Marthe  ,  ainsi  que  les  notes  de  ces  deux  illustres  Bénédictins. 
La  préférence  donnée  aux  originaux  publiés  par  le  B.  Tom- 
masi  n'est  pas  équitable  dans  une  édition  de  saint  Grégoire, 
où  l'on  désirerait  voir  rassemblé  tout  ce  qui  peut  contribuer 
à  compléter  ses  œuvres. 

(1775).  Laurent-Etienne  Rondet,  laïc,  l'un  des  plus  zélés 
réformateurs  de  la  Liturgie,  a  laissé,  outre  de  nombreux 
articles  dans  le  Journal  de  Dinouart,  un  livre  intitulé  :  Or- 
dinaire de  la  Messe  avec  la  manière  de  X  entendre ,  quand  on 
la  dit  sans  chant,  et  quand  on  la  chante.  Paris,  1775,  in-12. 
Il  a  laissé  aussi  un  Avis  sur  les  bréviaires,  et  particulière* 


vr 


658  INSTITUTIONS 

Le  Sacre  de  Napoléon  avait  été  aussi  un  grand  acte  litur- 
gique :  mais,  en  cette  qualité  même,  il  exprimait  d'une 
manière  bien  significative  toute  la  distance  qui  séparait  le 
nouveau  Charlemagne  de  l'ancien.  On  pouvait,  certes,  com- 
prendre que  la  Liturgie  est  l'expression  de  la  Religion  dans 
un  pays,  quand  on  vit  le  Pontife  Romain,  accouru,  par  le  plus 
généreux  dévouement,  pour  prêter  son  ministère  à  unsi'grand 
acte ,  attendre ,  en  habits  Pontificaux ,  sur  son  trône ,  à 
Notre-Dame ,  pendant  une  heure  entière ,  aux  yeux  de  toute 
la  France ,  l'arrivée  du  nouvel  Empereur  ;  quand  on  vit  Na- 
poléon prendre  lui-même  la  couronne,  au  lieu  de  la  recevoir 
du  Pontife,  et  couronner  ensuite  de  ses  mains  profanes  le  front 
d'une  Princesse  sur  lequel,  il  est  vrai,  le  diadème  ne  put  tenir; 
quand  on  vit  enfin  l'Evêque  du  dehors,  sacré  de  l'huile  sainte, 
s'abstenir  de  participer  aux  Mystères  sacrés ,  terrible  présage 
de  l'arrêt  qui  devait ,  cinq  ans  plus  tard ,  le  retrancher  de  la 
Communion  Catholique.  Ce  ne  fut  donc  qu'en  faisant  violence 
aux  règles  les  plus  précises  de  la  Liturgie  (  dérogation  d'ail- 
leurs légitimée  par  la  plénitude  d'autorité  qui  résidait  dans 
le  Pontife  ) ,  que  l'antique  rite  du  Sacre  put  être  accompli  à 
l'égard  de  Napoléon  :  nous  verrons  encore  ailleurs  que  la 
royauté  de  nos  jours,  absolue  ou  constitutionnelle,  n'est 
plus  taillée  à  la  mesure  des  anciens  jours.  Les  peuples,  au 
contraire,  ne  demandent  qu'à  se  nourrir  des  plus  pures 
émotions  de  la  Liturgie. 

Rien  donc  ne  pourrait  rendre  l'enthousiasme  des  fidèles  de 
Paris  et  des  provinces,  durant  les  quatre  mois  que  Pie  VII 
passa  dans  la  capitale  de  l'Empire.  Il  n'y  avait  cependant 
rien  d'officiel  ni  de  cérémonieux  dans  cette  affluence  qui 
inondait  les  Eglises  où  le  Saint  Père  venait  célébrer  la  Messe. 
Les  fidèles  se  pressaient  par  milliers  autour  de  la  Table  sainte, 
dans  l'espoir  de  recevoir  l'Hostie  du  salut  des  mains  mêmes  du 


LITURGIQUES.  659 

Vicaire  de  Jésus-Christ,  et  c'était  un  spectacle  ineffable  que 
celui  qu'offrait  cette  multitude,  chantant  d'une  seule  voix  le 
Credo  entonné  par  le  Curé,  environnant  comme  d'un  atmos- 
phère de  foi  le  pieux  Pontife  qui,  dans  un  recueillement  pro- 
fond, célébrait  le  sacrifice  éternel,  et  rendait  grâce  de  trouver 
encore  tant  de  religion  au  cœur  des  Français.  Saint-Sulpice 
fut  la  première  Eglise  de  Paris  honorée  de  la  visite  du  Pon- 
tife, le  quatrième  Dimanche  de  l'Avent.  Notre-Dame  le  pos- 
séda le  jour  même  de  Noël;  mais  il  n'y  célébra  qu'une  Messe 
basse,  parce  qu'on  n'aurait  pu  réunir  les  conditions  litur- 
giques d'une  Fonction  Papale.  Le  jour  des  Saiûts  Innocents, 
il  favorisa  Saint-Eustache  de  sa  présence  Apostolique ,  et  le 
50  décembre ,  Saint-Roch  reçut  le  même  honneur.  Saint- 
Etienne-du-Mont  accueillit  le  Pontife,  le  12  janvier  1805,  et 
Sainte-Marguerite ,  le  10  février.  Il  visita  Saint-Germain- 
PAuxerrois  le  17  février;  Saint-Merry,  le  24  ;  Saint-Germain- 
des-Près ,  le  30  mars ,  et  Saint-Louis  en  l'île ,  le  10  du  même 
mois.  Nous  ne  parlons  ici  que  des  Eglises  où  Pie  VII  célébra 
la  Messe  et  donna  la  Communion  aux  fidèles,  et  nous  nous 
sommes  complu  dans  cette  énumération,  afin  que  la  mémoire 
de  ces  faits  si  honorables  à  ces  Eglises  ne  périsse  pas  tout-à- 
fait  (1).  Il  y  aurait  un  beau  livre  à  faire  sur  le  séjour  de  Pie  Vil 
en  France ,  à  cette  époque  ;  mais  rien  peut-être  ne  serait  plus 
touchant  à  raconter  que  les  visites  que  le  Pontife  faisait  à  ceg 
Eglises  qui  portaient  encore  les  traces  de  la  dévastation 
qu'elles  avaient  soufferte,  et  dans  lesquelles  il  célébrait 
la  Messe  avec  le  recueillement  angélique  si  admirable- 
ment empreint  sur  sa  noble  et  touchante  figure.  Les  Pari- 


(1)  On  peut  voir  sur  cela  les  journaux  du  temps,  mais  surtout  le 
précieux  recueil  intitulé  :  Jnnales  philosophiques  et  littéraires ,  rédigé 
alors  par  l'Abbé  de  Boulogne,  qui  fut  depuis  Evêque  de  Troyes. 


660  INSTITUTIONS 

siens,  dont  il  était  Pidole ,  disaient  sur  lui  ce  beau  mot,  qu'il 
priait  en  Pape.  Entre  autres  spectacles  liturgiques  qui  frap- 
pèrent leurs  regards ,  il  en  est  deux  qui  firent  une  plus 
profonde  impression.  L'un  fut  la  tenue  d'un  Consistoire  pu- 
blic ,  le  1er  février  1805,  dans  lequel  les  Cardinaux  de  Belloy 
et  Cambacérès  reçurent  le  chapeau  de  Cardinal  ;  après  quoi, 
Pie  VII  présida  un  Consistoire  secret  dans  lequel  furent  préco- 
nisés dix  Archevêques  ou  Evêques.  Les  murs  de  l'Archevêché, 
qui  depuis  ont  croulé  sous  les  coups  d'une  fureur  sacrilège, 
furent  témoins  de  cette  scène  imposante  qui,  depuis  bien  des 
siècles,  s'était  rarement  accomplie  hors  de  l'enceinte  de  Rome. 

Le  lendemain,  jour  de  la  Purification,  une  autre  pompe 
émut  les  Catholiques  de  respect  et  d'enthousiasme  :  elle  se 
déploya  en  l'Eglise  de  Saint-Sulpice.  Le  Pape  y  consacra  les 
nouveaux  Evêques  de  Poitiers  et  de  La  Rochelle,  et  l'on  vit 
en  ce  moment  la  grâce  du  caractère  épiscopal  découler  de  la 
même  source  que  la  mission  canonique. 

Tels  étaient  les  riches  et  féconds  moyens  que  la  divine 
Providence  avait  choisis  pour  rattacher  les  Français  au  centre 
de  l'unité  Catholique,  à  la  veille  des  malheurs  inouïs  qui 
se  préparaient  à  fondre  sur  l'Eglise  Romaine ,  au  grand  péril 
de  l'unité  et  de  la  foi.  Pie  VII  partit  enfin  de  Paris  le  4  avril, 
et  son  voyage  à  travers  la  France  fut  un  triomphe  conti- 
nuel. Il  s'arrêla  le  Dimanche  des  Rameaux  à  Troyes,  bénit 
les  palmes  et  célébra  une  Messe  basse  dans  la  Cathédrale. 
L'ancienne  Cathédrale  de  Châlons-sur-Saône  eut  la  gloire  de 
le  posséder,  les  trois  derniers  jours  de  la  Semaine  Sainte ,  et 
le  vit,  le  jour  de  Pâques,  célébrer  le  saint  Sacrifice  dar  s  son 
enceinte.  Le  Ponlife  ne  put  encore  dire  qu'une  Messe  basse, 
par  la  même  raison  qui  avait  privé  Notre-Dame  de  Paris  de 
l'honneur  de  servir  de  théâtre  sacré  à  une  solennité  Pap:;le. 

Mais  le  moment  le  plus  triomphal  du  voyage  du  Pontife 


LITURGIQTJES.  661 

fut  peut-être  celui  de  son  séjour  à  Lyon,  en  cette  ville  si  juste- 
ment appelée  la  Rome  de  la  France.  Pie  VII  y  entra  le  16  avril. 
Le  lendemain,  il  célébra  la  Messe  dans  la  vieille  Primatiale, 
qui  a  vu  deux  Conciles  écuméniques  et  la  réunion  de  l'Eglise 
Grecque  avec  l'Eglise  Latine.  L'affluence  était  extrême,  et 
la  vaste  Basilique  ne  pouvait  contenir  la  multitude  condensée 
des  fidèles  Lyonnais.  On  vit  une  foule  de  personnes  qui 
n'avaient  pu  pénétrer  dans  son  enceinte  qu'après  la  sortie 
du  Pontife,  se  précipiter  avec  enthousiasme  et  baiser  le  siège 
où  il  s'était  reposé,  le  prie-Dieu  où  il  avait  fait  ses  prières, 
le  tapis  sur  lequel  il  avait  posé  ses  pieds.  Le  18  avril,  Pie  VII 
revint  célébrer  la  Messe  dans  la  Primatiale,  et  ce  ne  fut 
qu'après  avoir  donné  la  Communion  à  douze  cents  fidèles , 
ce  qui  dura  trois  heures ,  que  ses  bras  apostoliques  se  repo- 
sèrent. Le  même  jour,  dans  l'après-midi,  il  les  étendit  en- 
core ,  en  présence  de  la  cité  toute  entière ,  réunie  sur  l'im- 
mense place  Bellecour,  et  ce  fut  pour  bénir,  avec  une  pompe 
magnifique ,  les  drapeaux  de  la  garde  Lyonnaise. 

Toutefois,  ce  spectacle  fut  moins  sublime  encore  que  celui 
qui  s'était  offert  la  veille,  lorsque  le  successeur  de  saint 
Pierre,  assis  sur  une  barque,  parcourait  les  alentours  de  la 
ville  enivrée  de  joie.  Le  peuple  fidèle  couvrait ,  à  flots 
pressés,  les  deux  rives;  le  Pontife,  comme  Jésus-Christ  lui- 
même  ,  bénissait  la  foule  du  sein  de  la  nacelle ,  et  le  Rhône, 
fier  d'un  si  noble  fardeau,  semblait  atteindre  à  la  gloire  du 
Tibre.  Mais  n'affaiblissons  point ,  par  des  récits  incomplets 
et  sans  couleur,  le  charme  et  la  grandeur  de  cette  sublime 
apparition  de  la  majesté  Apostolique  qui  se  révéla  soudain 
aux  Français.  Bientôt  Pie  VII  rentre  dans  Rome  pour  quatre 
années  encore  :  voyons  ce  que  devenaient  en  France  les 
traditions  du  culte  divin ,  subitement  ravivées  par  un  évé- 
nement si  merveilleux. 


662  INSTITUTIONS 

On  était  en  1806;  le  projet  d'une  Liturgie  Nationale 
était  encore  dans  toutes  les  bouches  ;  mais  la  Commission 
préposée  à  cette  œuvre  ne  produisait  rien.  Le  fameux  projet 
avorta  donc ,  et  il  n'en  resta  plus  de  mémoire  que  dans  les 
Articles  Organiques.  D'autre  part,  cependant,  Napoléon  étant 
Empereur,  et  Empereur  sacré  parle  Pape,  il  devenait  né- 
cessaire qu'il  eût  une  Chapelle  Impériale,  et  aussi  que 
cette  Chapelle  célébrât  l'Office  divin  suivant  les  règles  d'une 
Liturgie  quelconque.  L'ancienne  Cour,  comme  on  l'a  vu 
ailleurs,  observait  l'Usage  Romain,  depuis  Henri  III;  Napo- 
léon, si  jaloux  de  faire  revivre  en  toutes  choses  l'étiquette 
de  Versailles ,  y  dérogea  sur  ce  point.  Il  abolit  la  Liturgie 
Romaine,  et  décréta  que  les  Livres  Parisiens  seraient  les 
seuls  dont  on  ferait  usage  en  sa  présence.  Grand  honneur 
assurément  pour  Vigier  et  Mesenguy;  mais  preuve  nouvelle 
de  l'antipathie  que  le  grand  homme,  si  clairvoyant,  avait 
conçue  pour  tout  ce  qui  pouvait  gêner  ses  rêves  d'Eglise 
Nationale. 

Dans  toute  la  durée  de  l'Empire,  nous  n'avons  découvert 
aucune  nouvelle  composition  liturgique  à  l'usage  d'un  Dio- 
cèse particulier.  Il  y  eut  sans  doute  des  utopies ,  comme  au 
siècle  précédent  ;  mais  le  temps  n'était  pas  propice  à  en  faire 
parade.  Cette  époque  ne  produisit  même  pas  une  nouvelle 
édition  parisienne  des  livres  de  Yintimille.  Nous  ne  connais- 
sons guère  que  le  Diocèse  de  Lyon  qui  ait  alors  réimprimé  les 
livres  de  son  Montazet.  La  guerre  absorbait  tout,  et  d'ailleurs 
le  moment  était  peu  favorable  pour  songer  à  faire  du  neuf 
sur  la  Liturgie,  quand  la  Catholicité  de  la  France  était  elle- 
même  en  péril,  et  que  le  Pontife  triomphateur  de  1805,  tra- 
versait la  France  sous  les  chaînes  de  sa  glorieuse  confession. 

Le  Fort  armé  qui  avait  refusé  le  rôle  de  Charlemagne , 
tomba  avant  le  temps,  et  les  Eglises  respirèrent;  toutefois, 


LITURGIQUES.  663 

la  liberté  du  Catholicisme  ne  fut  pas  restaurée  avec  l'ancienne 
Dynastie.  Il  n'est  point  de  notre  sujet  de  raconter  ce  que 
l'Eglise  souffrit  durant  quinze  années ,  ni  ce  qu'elle  a  pûti 
depuis  :  nous  n'avons  qu'à  raconter  le  sort  de  la  Liturgie. 
D'abord,  Louis  XVIII  rétablit,  dès  son  arrivée,  l'usage  de 
la  Liturgie  Romaine  dans  les  Chapelles  Royales  :  la  simple 
raison  d'étiquette  l'eût  demandé,  et  nous  ne  nous  arrêterons 
point  à  chercher  dans  cet  acte  une  valeur,  ou  une  signification 
qu'il  ne  saurait  avoir. 

Mais,  avant  d'entrer  dans  quelques  détails  sur  cette  époque, 
nous  rappellerons  ici  deux  grands  faits  qui  la  dépeignent 
assez  bien,  du  moins  sous  le  point  de  vue  qui  nous  occupe.  Le 
premier  est  le  Sacre  de  Charles  X ,  à  Rheims.  En  cette  cir- 
constance, la  Liturgie  fut  encore  l'expression  de  la  société. 
On  ne  se  servit  point  du  Pontifical  Romain  dans  la  cérémonie, 
comme  on  avait  fait  au  Sacre  de  Napoléon;  mais  bien 
du  Cérémonial  usité  de  temps  immémorial  dans  l'Eglise 
de  Rheims,  et  dont  les  formules  remontent  probablement  à 
l'époque  de  la  seconde  race  de  nos  Rois.  Or,  ce  fut  ce  véné- 
rable monument ,  dont  la  teneur  fut  discutée  en  Conseil  des 
Ministres,  et  dont  les  formules  furent  trouvées  incompa- 
tibles avec  nos  mœurs  constitutionnelles  et  gallicanes.  On  le 
vit  donc  bientôt  sortir  des  presses  de  l'Imprimerie  Royale, 
portant,  en  dix  endroits,  la  trace  des  plus  violentes  muti- 
lations. Nous  donnerons  ailleurs  le  détail  de  cette  opération 
libérale  ;  mais  tout  d'abord  une  réflexion  se  présente  à  notre 
esprit,  et  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  la  produire  ; 
c'est  que  si  la  cérémonie  du  Couronnement  d'un  Roi 
est  devenue  ,  de  nos  temps ,  si  difficile  à  concilier  avec 
la  forme  qu'on  lui  donna  lors  de  son  institution,  il  eût  été 
mieux,  ce  semble,  de  s'abstenir  de  la  renouveler.  Il  avait 
été  également  convenu,  en  Conseil  des  Ministres,  que  le  Roi 


664  INSTITUTIONS 

ne  toucherait  pas  les  écrouelles  ;  tant  on  cherchait  à  décli- 
ner toute  la  portée  d'un  acte  qu'on  croyait  pourtant  de- 
voir offrir  en  spectacle  à  l'Europe  !  Il  advint  néanmoins  qu'à 
Rheims  même ,  cette  détermination  fut  changée.  S'il  était  de 
notre  sujet  d'entrer  ici  dans  les  détails ,  nous  dirions  des 
choses  étranges.  Quoi  qu'il  en  soit ,  le  pieux  Roi  toucha  les 
écrouelles;  car  sa  foi  était  digne  d'un  siècle  meilleur,  et  si 
la  couronne  posée  sur  son  front ,  après  tant  de  discussions 
politico-liturgiques ,  n'y  put  tenir  long-temps ,  il  a  été  du 
moins  au  pouvoir  de  Dieu  de  la  remplacer  par  une  autre 
plus  solide  et  plus  inattaquable. 

Une  autre  pompe  de  la  même  époque  qui  montra  le  grand 
besoin  qu'on  avait  alors  de  fortifier,  même  dans  les  choses 
de  pur  extérieur,  les  traditions  liturgiques  de  tous  les  temps, 
fut  la  Translation  des  Reliques  de  saint  Vincent  de  Paul.  Sans 
doute,  cette  cérémonie  dans  son  objet  essentiel  dut  être  et 
fut,  en  effet,  un  sujet  de  consolation  pour  l'Eglise,  et  de 
triomphe  pour  les  fidèles  ;  mais  si  le  procès-verbal  détaillé 
de  la  Fonction  parvient  à  la  postérité,  et  que  la  postérité 
veuille  juger  de  cette  Translation  d'après  les  règles  observées 
dans  toutes  les  autres,  elle  en  conclura  que  nos  mœurs,  à 
cette  époque,  étaient  grandement  déchues  de  cette  solennité 
qui  se  trouve  à  l'aise  dans  les  formes  liturgiques.  Le  dix-sep- 
tième et  le  dix-huitième  siècle  lui-même,  eussent  mieux  fait, 
et  tout  dégénérés  qu'ils  étaient,  ils  eussent  jeté  des  chappes  et 
des  tuniques  sur  les  épaules  de  ces  six  cents  Clercs  qu'on  vit 
circuler  en  rangs  mille  fois  brisés  ,  couverts  de  surplis  étri- 
qués et  plissés ,  avec  l'accompagnement  d'un  bonnet  pointu  ; 
ils  eussent  revêtu  pontificalement  ces  dix-sept  Archevêques 
et  Evêques  qu'on  vit  marcher  à  la  suite  des  Chanoines,  en 
simple  rochet,  mozette,  et  croix  pectorale,  au  rang  des  Di- 
gnités du  Chapitre  de  Notre-Dame  ;  mais  surtout  ils  n'eussent 


LITURGIQUES.  665 

pas  laissé  à  des  ouvriers  affublés  d'aubes,  le  soin  exclusif  de 
porter  la  châsse  du  Saint.  On  eût  préparé  pour  cela  des 
Diacres  couverts  des  plus  riches  dalmaliques,  des  Prêtres 
ornés  de  chasubles  somptueuses,  enfin  les  Evêques,  mitre 
en  tête,  auraient  à  leur  tour  partagé  le  fardeau,  suivant 
l'ancien  terme  des  récits  de  Translation ,  succollantibus  Epis- 
copis.  Ainsi  s'accomplissaient  autrefois  les  Fonctions  litur- 
giques; ainsi  les  reverrons-nous  encore,  dans  l'avenir,  éton- 
ner les  peuples  par  la  majesté  et  la  pompe  qui  caractérisent 
en  tout  l'Eglise  Catholique.  Elle  doit  tenir  à  cœur  de  mériter 
les  reproches  de  ses  ennemis  les  Rationalistes,  qui  croient 
la  déshonorer  en  l'appelant  la  Religion  de  la  Forme,  comme 
si  le  premier  de  ses  dogmes  n'était  pas  de  croire  en  Dieu 
créateur  des  choses  visibles  aussi  bien  que  des  invisibles,  et 
dont  le  Fils  unique  s'est  fait  chair  et  a  habité  parmi  nous. 

L'époque  de  la  Restauration ,  à  la  différence  de  celle  de 
l'Empire ,  fut  remarquable  par  le  grand  nombre  d'opérations 
liturgiques  qui  la  signalèrent.  De  nombreux  Rréviaires,  Mis- 
sels et  Rituels,  furent  réimprimés,  corrigés,  refondus,  créés 
même  de  nouveau.  On  ne  peut  nier  que  des  travaux  dans  ce 
genre  ne  fussent  assez  à  propos  à  cette  époque  de  paix  et  de 
prospérité  universelle.  C'était  le  moment  de  venir  enfin  au 
secours  des  Diocèses  fatigués  de  l'anarchie  liturgique  et  de 
la  bigarrure  que  présentait  la  plus  grande  partie  d'entre  eux. 
Que  s'il  faut  maintenant  faire  connaître  ce  que  nous  pensons 
de  cette  nouvelle  crise,  nous  dirons,  avec  tous  les  égards  dus 
à  des  contemporains,  qu'elle  nous  semble  n'avoir  fait  autre 
chose  qu'accroître  la  confusion  déjà  existante;  tout  en  nous 
réservant  d'ajouter  qu'au  milieu  de  cette  confusion  même,  les 
indices  d'un  retour  prochain  à  de  meilleures  théories  se  ma- 
nifestent de  toutes  parts. 

Comment ,  en  effet ,  au  dix-neuvième  siècle ,  eût-il  été 


666  INSTITUTIONS 

possible  de  réussir  dans  une  réforme  liturgique ,  quand  il 
est  évident  pour  tout  le  monde  que  la  science  liturgique  a 
totalement  cessé  parmi  nous?  S'il  en  est  autrement,  qu'on 
nous  cite  les  ouvrages  publiés  en  ce  siècle  qui  attestent  le 
contraire  ;  qu'on  rende  raison  de  tant  de  règles  violées ,  de 
tant  de  traditions  anéanties ,  de  tant  de  nouveautés  inouïes 
mises  à  l'ordre  du  jour.  Certes,  les  voies  de  fait  commises, 
sous  le  prétexte  de  restaurations  et  d'embellissements,  contre 
les  monuments  de  l'architecture  catholique ,  donnent  assez 
l'idée  des  ruines  d'un  autre  genre  que  l'on  a  su  accumuler. 
Jusqu'en  1790,  les  débris  du  passé  empreints  dans  les  ins- 
titutions, les  corps  ecclésiastiques,  conservateurs  de  leur 
nature,  la  Liturgie  Romaine  célébrée  encore  dans  un  grand 
nombre  de  Monastères  et  autres  lieux  exempts;  l'éducation 
d'alors  plus  empreinte  de  formes  extérieures  que  celle  d'au- 
jourd'hui ,  tout  cela  contribuait  à  amortir  la  chute  des  an- 
ciennes mœurs  liturgiques.  De  nos  jours,  au  contraire,  où 
l'Eglise  avait  perdu  la  plus  grande  partie  de  ses  moyens 
extérieurs  ;  où  le  loisir  manquait  pour  lire  les  saints  Pères  ; 
où  le  Droit  Canonique  n'était  plus  enseigné  que  par  lam- 
beaux dans  des  cours  rapides  de  Théologie  Morale;  qui  son- 
geait à  sauver  les  traditions  liturgiques  déjà  si  amoindries, 
et  faussées,  comme  on  l'a  vu,  sur  tant  de  points? 

De  là  sont  venus  (et  nous  éviterons  constamment  de  nom- 
mer des  personnes  vivantes) ,  de  là  sont  venus ,  disons-nous , 
ces  changements  de  Bréviaire  qui  se  sont  répétés  jusqu'à 
deux  et  trois  fois  en  vingt  ans  pour  un  même  Diocèse  ;  de 
là  ces  usages  vénérables  maintenus  par  une  administration, 
supprimés  par  celle  qui  la  suivit,  rétablis  avec  modification 
par  une  troisième  ;  de  là  ces  cérémonies  transportées  sans 
discernement  d'un  Diocèse  dans  l'autre ,  sans  nul  souci  de  la 
dignité  respective  des  Eglises,  qui  s'oppose  à  de  pareils 


LITURGIQUES.  667 

emprunts;  de  là  ces  réimpressions  de  Bréviaires  en  contra- 
diction avec  le  Missel ,  de  Missels  en  contradiction  avec  le 
Bréviaire;  de  livres  de  Chœur  sans  harmonie  entre  eux;  de 
là  ces  Rubriques  inouïes ,  ces  Fêtes  sans  antécédents ,  ces 
plans  généraux  de  Bréviaires  qui  ne  ressemblent  à  rien  de 
ce  qu'on  a  vu ,  même  au  dix-huitième  siècle ,  et  dans  les- 
quels on  a  si  largement  appliqué  le  système  de  la  diminution 
du  Service  de  Dieu  ;  de  là  l'interruption  presque  univer- 
selle de  l'Office  Canonial  dans  les  Cathédrales ,  et  il  en  est 
où  la  bonne  volonté  ne  suffirait  pas,  attendu  que  les  livres  de 
Chœur  ne  sont  encore  ni  rédigés ,  ni  imprimés  ;  de  là ,  en 
plusieurs  endroits,  la  suppression  de  fait  ou  de  droit,  quel- 
quefois l'une  et  l'autre ,  de  cérémonies  historiques  et  popu- 
laires, de  rites  et  bénédictions  inscrits  pourtant  au  Rituel 
Diocésain;  de  là,  tant  de  milliers  de  tableaux  et  d'images 
des  Saints  commandés  et  chèrement  payés ,  sans  qu'on 
prenne  soin  d'y  faire  représenter  ces  Amis  de  Dieu  et  du 
peuple  Chrétien ,  avec  les  attributs,  les  couleurs  et  autres 
accessoires  qui  les  caractérisent  expressément.  Nous  ne  pous- 
serons pas  plus  loin ,  mais  certainement  nous  ne  disons  rien 
ici  que  nous  n'ayons  entendu  mille  fois  de  la  bouche  des  Curés 
les  plus  vertueux  et  les  plus  éclairés;  nous  dirons  mieux, 
de  la  bouche  même  de  plusieurs  de  nos  premiers  Pasteurs. 
Tous,  il  est  vrai,  attendaient  de  meilleurs  temps,  et  nous 
avons  bien  aussi  cette  confiance. 

Ajoutons  encore  un  mot  pour  signaler  tout  le  malaise 
de  notre  situation  liturgique.  Qui  n'a  entendu  parler  des 
vexations  dont  la  France  entière  a  été  le  théâtre  depuis 
dix  ans ,  quand  le  nouveau  Gouvernement  exigea  l'addition 
expresse  du  nom  du  Roi  à  la  prière  Domine,  salvum?  N'a- 
vons-nous pas  alors  porté  la  peine  d'une  trop  grande  com- 
plaisance à  l'égard  des  Souverains?  Sans  rappeler  l'insertion 


!!! 


668  INSTITUTIONS 

irrégulière  du  nom  du  Roi  au  Canon  de  la  Messe,  entrepris* 
qu'on  peut  regarder  comme  prescrite  aujourd'hui ,  quelk 
n'eût  pas  été  notre  indépendance  à  l'égard  des  Circulaire*  | 
Ministérielles,  si  nous  eussions  accepté  dans  son  temps 
sage  Constitution  de  Benoît  XIV,  du  25  mars  1755,  qui  déJ 
fend  aux  Supérieurs  Ecclésiastiques  d'accéder  aux  volonté? 
des  Princes  qui  leur  enjoignent  de  faire  célébrer  des  priera 
publiques?  Pourquoi,  dans  certains  Diocèses,  en  est-ot 
venu  jusqu'à  prescrire  à  toutes  les  Messes  chantées  des 
Dimanches  et  Fêtes,  l'usage  d'une  Oraison  solennelle, 
Rege,  laquelle  Oraison  se  retrouve  encore  comme  une  partie 
obligée  des  prières  qui  se  font  au  Salut  du  Saint  Sacrement, 
tandis  qu'il  est  inouï  dans  ces  mêmes  Diocèses  que  les  Ru 
briques  prescrivent  jamais  une  Oraison  pour  le  Pape?  Enfin,f 
s'il  arrivait,  ce  que  nous  ne  souhaitons  pas,  que  le  Gouver-1 
nement  de  notre  pays  vînt  à  tourner  totalement  à  la  démo 
cratie,  quelle  Messe  chanterait-on  dans  certains  Diocèses, 
le  XXIIe  Dimanche  après  la  Pentecôte  (1)? 

Il  est  vrai  que  ces  entraves  imposées  à  la  liberté  de  l'E 
glise  ont  été  fabriquées  dans  d'autres  temps.  Notre  tort, 
si  nous  en  avons  un ,  est  simplement  de  n'avoir  pas  secoué!*'1 
assez  tôt  un  joug  que  les  dix-septième  et  et  dix-huitième  i[ 
siècles  nous  ont  légué  :  il  faut  même  reconnaître  que  toutes 
les  fautes  que  nous  avons  pu  faire  en  notre  époque  ont  été 
comme  nécessaires.  Nos  pères  nous  ont  laissé,  avec  leurs' 
préjugés,  la  succession  de  leurs  œuvres,  et  si  la  Liturgie  est 
aujourd'hui  une  science  à  créer  de  nouveau  ;  c'est  qu'elle 
est  tombée  sous  les  coups  de  nos  devanciers.  Tout  le  mal  de 
notre  situation  vient  donc  d'eux  ;  le  bien  qui  reste  à  raconter 
est  de  nous  seuls. 

(t)  Voyez  les  Missels  de  Lyon,  de  Bourges,  du  Mans,  de  Poitiers,  etc 


\ 


LITURGIQUES.  669 

Mais  avant  de  tracer  le  tableau ,  si  incomplet  qu'il  soit,  de 
régénération  liturgique,  nous  manquerions  à  la  fidélité 
l'histoirien,  si  nous  ne  signalions  pas  ici  les  entreprises 
logées  de  nos  jours,  dans  plusieurs  Diocèses,  contre  la  Li- 
Ifgie  Romaine.  Les  remarques  que  nous  avons  faites  jusqu'ici 
Ment  sur  les  Diocèses  qui,  à  l'ouverture  du  siècle  présent 
«trouvaient  déjà  nantis  d'un  nouveau  Bréviaire  :  car  nous 
«sons  toujours  de  côté  la  question  de  droit,  et  nous  ne 
fceons  les  innovations  que  d'après  les  principes  généraux 
èla  Liturgie.  Il  en  est  tout  autrement  de  l'expulsion  vio- 
le du  Bréviaire  et  du  Missel  Romains;  attentat  qui  a  eu 
|  plusieurs  fois  depuis  1815,  dans  des  Diocèses  où  cette 
t^irgie  avait  survécu  à  tous  nos  désastres,  à  toutes  nos 
Inrs.  Nous  ne  craignons  pas  de  nous  faire  ici  le  cham- 
A  de  la  Liturgie  Romaine,  et  nous  demanderons  volontiers, 
*jme  les  Evêques  de  Saint-Malo  et  de  Saint-Pol-de-Léon  à 
Révoque  de  Tours,  en  1780 ,  quelle  peut  être  l'utilité  de 
^pre,  de  nos  jours,  un  lien  si  sacré  avec  la  Mère  des  Eglises? 
j  était  aussi  la  manière  de  penser  du  plus  saint  Prélat  de 
(je  temps,  Charles-François  Daviau  du  Bois  de  Sanzay, 
iiûevêque  de  Bordeaux,  qui  maintint  avec  tantdezèle  dans 
diocèse  la  Liturgie  Romaine,  en  même  temps  qu'il  don» 
i  en  1826,  comme  en  1811,  de  si  glorieux  témoignages 
en  attachement  aux  prérogatives  du  Siège  Apostolique, 
niruit  se  répandit  dans  ces  derniers  temps,  que  l'Eglise 
iardeaux  était  menacée  de  voir  les  Livres  de  saint  Gré- 
a|  remplacés  par  ceux  de  Vigier  et  Mesenguy  ;  mais  cette 
>i|j?lle,  sans  doute,  n'était  qu'une  fausse  alarme, 
^heureusement,  il  n'en  a  pas  été  ainsi  en  tous  lieux.  Il 
'S  que  trop  certain  que  plusieurs  autres  Diocèses  ont 
•»  le  pas.  Il  en  est  même  où  on  est  allé  jusqu'à  défendre 
ife  des  Livres  Romains,  et  nous  pourrions  même  citer  un 


670  INSTITUTIONS 

Diocèse  où  PEvêque,  pour  ne  pas  fulminer  cette  défense, 
a  eu  à  lutter  contre  ses  conseillers.  Il  est  vrai  que  depuis, 
dans  ce  même  Diocèse,  de  graves  casuisles  ont  décidé  que  la 
récitation  du  Bréviaire  Romain  n'était  dès-lors  qu'un  péché 
véniel  !  Et  qu'on  ne  croie  pas  qu'il  s'agisse  ici  de  quelqu'un 
de  ces  Diocèses  où  l'on  est  en  possession  d'une  Liturgie 
vieille  au  moins  de  cinquante  années  ;  non  ;  dans  le  Diocèse 
dont  nous  parlons ,  les  Livres  Romains  sont  encore  à  peu 
près  les  seuls  qu'on  trouve  dans  les  Sacristies  et  sur  les 
pupitres  du  Chœur. 

Que  dirons-nous  de  la  Bretagne?  Cette  belle  et  catholique 
Province,  toute  Romaine  encore  jusqu'en  1770,  a  vu  s'effacer 
par  degrés  cette  couleur  qui  annonçait  si  expressivement 
sa  qualité  de  pays  d'Obédience;  mais  du  moins  en  1790,  et 
long-temps  encore  depuis,  les  Diocèses  de  Nantes,  de  Rennes, 
de  Vannes  et  de  Saint-Brieuc,  avaient  conservé  l'extérieur 
de  la  Liturgie  Romaine.  Le  Clergé  récitait  ses  Heures  sui- 
vant Jacob,  Vigier  et  Mesenguy;  mais  le  peuple  était  de- 
meuré en  possession  de  ses  chants  séculaires  dans  les  Eglises 
Paroissiales.  Depuis ,  on  a  imprimé  à  grands  frais  d'autres 
livres;  les  anciennes  mélodies,  l'ancien  Calendrier,  ont  dis- 
paru pour  faire  place,  ici  au  Parisien,  là  au  Poitevin  ;  mais 
si,  dans  quelques  portions  plus  civilisées  de  la  Bretagne,  ces 
changements  ont  été  accueillis  avec  quelque  indifférence ,  il 
n'en  a  pas  été  de  même  dans  les  Diocèses  peuplés  par  cette 
race  énergique  et  forte  de  croyances  qu'on  appelle  du  nom 
de  Bas-Bretons.  L'œuvre  nouvelle  jusqu'ici  ne  les  tente  pas, 
et  quand  ils  y  seront  faits,  on  pourra  dire  que  l'indifférence 
religieuse  les  aura  gagnés  aussi  :  car  on  ne  s'imagine  pas , 
sans  doute ,  que  ces  braves  gens  deviendront  capables  d'ap- 
prendre par  cœur  les  nouveaux  chanls,  par  cela  seul  qu'on 
les  aura  forcés  d'oublier  les  anciens.  Ils  oublieront  en  même 


LITURGIQUES.  671 

temps  le  chemin  de  l'Eglise  où  rien  ne  les  intéressera  plus. 
Nous  le  disons  avec  franchise,  la  destruction  de  la  Liturgie 
Romaine  en  Basse-Bretagne,  combinée  avec  la  proscription 
de  la  langue  jusqu'ici  parlée  dans  cette  contrée,  amènera 
pour  résultat  de  faire  de  ce  peuple  grossier  le  pire  de  tous. 
Si  vous  lui  ôlez  la  langue  de  ses  pères,  si  vous  le  lancez, 
tout  sauvage  qu'il  est ,  dans  nos  mœurs  corrompues ,  et  que 
vous  ne  le  reteniez  pas  enchaîné  à  son  passé  au  moyen  des 
pompes  et  des  chants  religieux,  vous  verrez,  au  bout  de 
trente  ans,  ce  que  vous  aurez  gagné  aux  nouvelles  théories. 
En  attendant,  l'esprit  Catholique  de  ces  populations  simples 
se  débat  contre  les  entraves  qu'on  lui  impose.  On  rencontre 
sur  les  routes  des  familles  entières  qui ,  après  avoir  vu  célé- 
brer dans  leur  paroisse  les  funérailles  d'une  personne  chère, 
i  avec  des  chants  jusqu'alors  inconnus  pour  elles,  s'en  vent 
i  à  trois  et  quatre  lieues  faire  chanter,  dans  quelque  autre 
!  paroisse  dont  les  Livres  Romains  n'ont  pas  encore  été  mis 
au  pilon,  une  Messe  de  Requiem;  ils  veulent  entendre  encore 
i  une  fois  ces  sublimes  Introït,  Offertoire  et  Communion, 
I  qui  sont  demeurés  si  profondément  empreints  dans  leur 
i  mémoire,  comme  l'expression  à  la  fois  tendre  et  sombre 
de  leur  douleur.  Aux  fêtes  de  la  Sainte  Vierge,  après  avoir 
I  écouté  patiemment  chanter  les  Psaumes  sur  des  tons  étran- 
I  gers,  quand  vient  le  moment  où  devrait  retentir  l'Hymne  des 
I  marins,  Y  Ave  maris  stella,  merveilleux  Cantique  sans  lequel 
!  l'Eslise  Romaine  ne  saurait  célébrer  les  solennitésde  la  Mère 

I  o 

I  de  Dieu,  et  que  le  chantre  vient  à  entonner  ces  Hymnes  nou- 

1;  velles  dont  pas  une  syllabe  jusqu'ici  n'avait  frappé  l'oreille  de 

i  ce  peuple,  vous  verriez  dans  toute  l'assistance  le  déplaisir  peint 

sur  les  visages;  vous  entendriez  les  hommes  et  jusqu'aux 

enfants  trépigner  d'impatience,  et  bientôt,  après  l'Office,  se 

répandre  en  plaintes  amères  de  ce  qu'on  ne  veut  plus  chanter 


672  INSTITUTIONS 

ce  beau  Cantique  qu'ils  ont  appris  sur  les  genoux  de  leurs 
mères,  et  dont  le  matelot  mêla  si  souvent  les  touchants 
accents  au  bruit  des  vents  et  des  flots  dans  la  tempête. 

Quand  le  Curé,  du  haut  de  la  chaire,  faisant  son  Prône,  le 
Dimanche,  au  lieu  de  cette  belle  liste  de  Saints  protecteurs 
qu'offrait  par  chaque  semaine  le  Calendrier  Romain,  donne 
en  quatre  paroles  le  bref  détail  des  Saints  qu'on  a  bien  voulu 
conserver;  quand  la  monotone  série  des  Dimanches  après  la 
Pentecôte  se  déroule  pendant  cinq  à  six  mois,  sans  que  les 
yeux  de  ces  hommes  simples  voient  déployer  les  cou- 
leurs variées  des  Confesseurs  et  des  Martyrs,  sans  qu'ils 
entendent  chanter  cette  autre  Hymne,  qu'ils  aimaient  tant 
et  qu'ils  savaient  tous,  Ylste  confessor,  avec  son  air  tan- 
tôt champêtre,  tantôt  triomphal;  alors  ils  se  prennent  à 
demander  à  leurs  Recteurs  quel  peut  être  l'avantage  de  tous 
ces  changements  dans  la  manière  d'honorer  Dieu  ;  si  les 
Chrétiens  du  temps  passé  qui  chantaient  Ave  maris  Stella  et 
lste  confessor,  ne  valaient  pas  bien  ceux  d'aujourd'hui  ;  si  les 
livres  de  notre  Saint  Père  le  Pape  ne  seraient  pas  aussi  bons 
que  les  nouveaux  qu'on  a  apportés  tout  à  coup  ;  et  souvent  les 
Recteurs  sont  dans  un  grand  embarras  pour  leur  faire  saisir 
tout  l'avantage  que  la  religion  devra  retirer  de  ces  innova- 
tions. Dans  ces  contrées,  et  nous  parlons  avec  connaissance 
de  cause,  l'ancien  Clergé  a  tenu  jusqu'à  la  fin  pour  le  Ro- 
main, et  c'est  parce  que  ses  rangs  s'éclaircissent  de  jour  en 
jour,  que  les  changements  deviennent  possibles  :  mais,  nous 
le  répétons ,  si  la  religion  vient  à  perdre  son  empire  sur 
les  Bretons,  elle  ne  le  regagnera  pas  si  tôt,  et  on  sentira 
alors  qu'il  était  plus  facile  de  retenir  ces  hommes  dans  l'E- 
glise, que  de  les  y  faire  rentrer  quand  une  fois  ils  en  seront 
dehors. 

Restait  encore  jusqu'en  1835,  au  fond  de  la  Bretagne, 


LITURGIQUES.  675 

un  Diocèse  qui,garanti  par  son  heureuse  situation  à  Pextrémité 
de  cette  province,  par  Pintégrilé  des  mœurs  antiques  de  ses 
habitants,  n'avait  point  pris  part  à  la  défection  universelle. 
Quimper  avait  conservé  le  Romain,  comme  Marseille  le  con- 
serve avec  sa  foi  méridionale,  comme  Saint-Flour  au  sein  de  ses 
pauvres  et  stériles  montagnes;  lorsque  tout  à  coup  on  apprit 
qu'un  nouveau  Bréviaire  allait  prendre  la  place  que  le  Romain 
occupait  dans  cette  Eglise  depuis  le  Concile  de  Tours  de  1583. 
Nous  ne  dirons  que  la  vérité,  si  nous  disons  que  cette  mesure  a 
profondément  affligé  les  personnes  les  plus  respectables  dans 
le  Clergé  ;  mais  il  nous  faut  ajouter,  ce  qui  est  tout-à-fait 
affligeant,  que  la  propagande  Protestante  a  trouvé  dans  cette 
déplorable  innovation  des  armes  contre  la  foi  des  peuples  et 
qu'elle  s'est  hâtée  de  s'en  servir,  c  Vous  changez  donc  aussi, 
»  a-t-eîle  dit  ;  il  vous  est  donc  libre  de  prendre  et  de  quitter 
»ies  formules  sacrées  de  l'Eglise  de  Rome?  Vos  dogmes  qui 
«reposent  sur  la  tradition,  suivant  votre  dire,  sont-ils  à  l'é- 
j>  preuve  des  variations ,  du  moment  que  vous  êtes  si  faciles 
»  à  changer  les  prières  qui  les  expriment  ?  Vous  avouez  donc 
»  qu'il  y  a  de  l'imparfait,  de  la  superfétation,  des  choses  inad- 
i  missibles  dans  les  livres  de  Rome ,  puisque ,  après  les  avoir 
>eu  en  main  pendant  des  siècles,  vous  les  répudiez  aujour- 
»  d'hui?  Comme  il  est  certain  que  ces  mêmes  livres  vous  sont 
»  imposés  par  les  Bulles  Papales  et  que  vous  n'avez  aucune 
j  autorisation  de  leur  en  substituer  d'autres,  le  Pape,  contre 
»la  volonté  duquel  vous  agissez  directement,  n'exerce  donc, 
j>de  votre  aveu,  qu'une  suprématie  purement  humaine,  à  la- 
»  quelle  vous  pouvez  désobéir  sans  que  votre  conscience  de 
*  Catholiques  vous  fasse  entendre  ses  reproches,  etc.,  etc.?  » 
Tels  sont  les  discours  que  des  Protestants  Anglais  et  Français 
ont  tenus  et  tiennent  encore  aux  fidèles  du  Diocèse  de  Quim- 
per, et  il  faut  bien  convenir  que  si  Jeur  argumentation  n'est 
t.  il  ^3 


674  INSTITUTIONS 

pas  irréprochable  en  tout ,  il  est  des  points  aussi  sur  les- 
quels elle  se  montre  irréfutable  ;  outre  qu'il  est  souveraine- 
ment déplorable  d'y  avoir  fourni  un  semblable  prétexte.  Au 
reste  ,  la  révolution  liturgique  n'est  pas  encore  totalement 
consommée  à  Quimper.  Le  Missel  qui  devait  compléter  le 
nouveau  Bréviaire  n'est  pas  imprimé;  les  Offices  publics  se 
célèbrent  encore  au  Romain  :  Dieu  soit  en  aide  au  nouvel 
Evêque  de  cette  Eglise  affligée ,  et  lui  donne  de  consoler 
les  ruines  du  Sanctuaire  î 

Nous  croyons  devoir,  en  achevant  cette  pénible  partie  de 
notre  récit,  ajouter  quelques  mots  sur  ce  Breviarium  Cori- 
sopitense,  dont  tout  le  monde  sait,  dans  le  Diocèse  de  Quim- 
per, que  la  publication  fut  extorquée  au  vénérable  Evêque 
octogénaire  qui  gouvernait  encore  cette  Eglise  en  1840.  Nous 
ne  citerons  que  deux  traits  pris  au  hasard  dans  ce  livre.  On 
trouve,  en  tête  de  la  partie  du  Printemps,  une  notice  des  Hym- 
nographes  qui  ont  été  mis  à  contribution  pour  tout  le  Bré- 
viaire. Or,  voici  une  de  ces  notices  : 

N,  T.  Le  Tourneux  (  Nicolaus  )  Presbyter  Rothomagensis, 
Breviario  Cluniacensi  operam  dédit ,  multosque  libros  de  theo- 
logia  et  pietate  vulgavit,  quorum  alii  damnati  sunt,  alii  caute 
legendi.  Obiit  Parisiis  anno  1686. 

C'est  maintenant  au  compilateur  du  nouveau  Bréviaire  de 
Quimper  de  nous  expliquer  les  raisons  de  sa  sympathie  pour 
Nicolas  Le  Tourneux ,  et  de  nous  dire  aussi  quelle  idée  il  se 
forme  du  Clergé  de  Quimper,  pour  s'en  venir  lui  étaler  d'une 
façon  si  crue  les  mérites  de  son  étrange  Hymnographe. 
S'est -il  proposé  de  donner  à  entendre  que,  pour  rem- 
placer saint  Ambroise  et  saint  Grégoire  dans  les  nou- 
veaux Bréviaires  ,  il  n'est  pas  nécessaire  qu'un  poète  latin 
soit  Catholique?  Jamais  encore  un  si  naïf  aveu  n'était 
échappé  aux  modernes  liturgistes.  Ceux  du  dix-huitième 


LITURGIQUES.  678 

siècle  avaient  du  moins  cela  de  particulier  qu'ils  cachaient 
soigneusement  l'origine  impure  de  certaines  pièces  mo- 
dernes. 

Mais  voici  quelque  chose  qui  a  bien  aussi  son  prix.  En  la 
partie  d'Eté,  on  trouve  un  Office  sous  ce  titre  :  Officium  pro 

ANNIVERSARIA  COMMEMORATIONS  ORDINATIONIS. —  SemidupleX. 

Ce  titre  est  suivi  d'une  Rubrique  qui  porte  que  cet  Office  se 
récitera  au  premier  jour  non  empêché ,  après  la  Fête  de  la 
Sainte-Trinité,  et  qu'on  y  fera  Mémoire  d'un  Simple  occur- 
rent.  Ainsi,  depuis  l'origine  de  l'Eglise  jusqu'aujourd'hui, 
les  Evêques,  le  Souverain  Pontife  lui-même,  en  l'Anniver- 
saire de  leur  Consécration ,  s'étaient  contentés  de  célébrer 
une  Messe  en  mémoire  de  cette  solennité  personnelle ,  ou 
encore  d'ajouter  simplement  une  seule  Oraison  à  la  Messe  du 
jour,  dans  le  cas  où  le  degré  de  la  Fête  occurrente  n'en  eût 
pas  permis  davantage  ;  mais  jamais  ils  n'auraient  osé  inter- 
rompre l'Office  public  de  l'Eglise  pour  y  insérer  la  célébration 
particulière  d'un  fait  personnel  ;  et  voilà  qu'à  l'extrémité  de 
la  Bretagne,  tous  les  Prêtres  sont  appelés,  bien  plus  sont 
obligés  à  faire  ce  que  n'ont  jamais  fait  ni  les  Evêques  des  plus 
grands  Sièges,  ni  le  Pape  lui-même.  Les  voilà  qui  s'isolent 
de  l'Eglise  avec  laquelle  on  prie,  même  dans  l'Office  férial, 
pour  se  célébrer  eux-mêmes  tout  vivants  ;  à  moins  qu'on  ne 
suppose,  ce  qui  est  tout  aussi  ridicule,  que  l'Eglise  est  censée 
faire  avec  eux  la  fête  de  leur  ordination.  Un  Saint  du  degré 
simple ,  et  dans  le  nouveau  Calendrier  on  en  a  fait  un  grand 
nombre  aux  dépens  des  Doubles  du  Romain,  un  Saint  de 
ce  degré,  disons-nous ,  est  désormais  condamné  à  n'avoir 
qu'une  Commémoration  dans  cet  étrange  Office,  ou  le  récitant 
se  célèbre  lui-même  ;  comme  aussi,  si  lelendemain  est  une  fête 
double ,  le  récitant  fera  commémoration  de  seipso  aux  se- 
condes Vêpres,  dans  les  premières  du  Saint;  car  enfin  il  faut 


676  INSTITUTIONS 

pourtant  convenir  qu'on  a  encore  assez  de  modestie  pour 
ne  se  pas  déclarer  semi-double  privilégié. 

Nos  optimistes  conviendront-ils  pourtant  de  l'esprit  presby- 
térien qui  anime  plus  ou  moins  ces  faiseurs?  Et  ces  derniers  où 
s'arrêteront-ils,  si  on  les  laisse  faire  ?  Car  ils  ne  se  sont  pas  con- 
tenlésde  fabriquer  ainsi  un  Office  pour  l'Ordination  des  Prêtres 
du  Diocèse,  ils  ont  osé  l'adapter  par  des  leçons  particulières 
aux  Diacres  et  même  aux  Sous-Diacres  ;  rien  n'a  été  oublié, 
si  ce  n'est  I'Evéque.  Pour  lui,  il  devra  se  contenter  de  réciter 
l'Office  de  l'Eglise,  au  jour  de  sa  Consécration,  comme  font  au 
reste  tous  les  autres  Evêquesdu  monde  :  le  privilège  d'inter- 
rompre la  Liturgie  universelle  pour  le  fait  d'un  individu  qui 
n'est  même  pas  assuré  d'une  place  dans  le  ciel  après  avoir  paru 
ainsi  chaque  année  dans  le  Calendrier,  ce  privilège  n'a  point 
été  étendu  aux  Evêques.  Certes,  nous  ne  voudrions  point 
d'autre  preuve  de  cet  esprit  de  Presbytérianisme  qui  fermente 
sourdement,  que  l'indifférence  avec  laquelle  une  si  incroyable 
nouveauté  a  été  accueillie.  Plusieurs  causes  déjà  anciennes 
ont  contribué  à  nourrir  et  à  fortifier  cet  esprit;  mais,  as- 
surément, comme  nous  l'avons  dit  ailleurs,  l'influence  des 
rédacteurs  des  nouvelles  Liturgies  depuis  cent  cinquante  ans, 
tous  exclusivement  choisis  dans  les  rangs  du  second  ordre, 
quand  ils  n'étaient  pas  laïques ,  a  grandement  servi  à  le  fo- 
menter dans  le  Clergé.  Toutefois,  pour  rendre  possible  un 
aussi  monstrueux  abus  de  l'Office  divin  que  l'est  celui  que 
nous  signalons,  il  fallait  plus  que  les  prétentions  presbyté- 
riennes ;  il  a  fallu  dans  plusieurs  l'extinction  totale  des  plus 
simples  notions  de  la  Liturgie. 

Mais  la  divine  Providence  fera  sortir  le  bien  de  l'excès 
même  du  mal  ;  et  le  retour  à  de  meilleures  traditions  vien- 
dra par  le  dégoût  et  la  lassitude  qu'inspireront  de  plus 
en  plus  ces  œuvres  individuelles.  Déjà,  on  ne  peut  le  nier, 


LITURGIQUES.  077 

un  sentiment  général  du  malaise  de  la  situation  liturgique 
règne  dans  les  rangs  du  Clergé.  L'attention  commence  à  se 
porter  de  ce  côté,  et  il  est  difficile  de  croire  que,  long-temps 
encore ,  on  consente  à  demeurer  si  redevable  au  dix-hui- 
tième siècle.  Les  variations  continuelles  ,  le  désaccord  des 
livres  liturgiques  entre  eux  ,  le  retour  aux  études  tradition- 
nelles, l'impuissance  de  fonder  une  science  sur  des  données  si 
incohérentes  ,  la  difficulté  de  satisfaire  aux  questions  des  fi- 
dèles; toutes  ces  choses  préparent  une  crise.  Déjà  l'innova- 
tion n'est  plus  défendue  qu'à  travers  de  maladroites  et  iné- 
vitables concessions.  Si  on  excepte  les  personnes ,  en  petit 
nombre,  qui  ont  fabriqué  de  leurs  mains  les  Bréviaires  de 
Quimper  et  autres  lieux  ,  il  n'est  pas  un  homme  aujourd'hui 
parmi  les  amateurs  du  genre  français  en  Liturgie ,  qui  ne 
soit  en  voie  de  reculer  sur  plusieurs  points;  encore  nos  ré- 
cents faiseurs  sont-ils  loin  de  s'entendre  entre  eux  et  d'offrir 
un  centre  de  résistance.  Rien  ne  se  ressemble  moins  pour 
les  principes  généraux  de  rédaction ,  et  pour  l'exécution 
elle-même  ,  que  les  Bréviaires  Français  du  dix-neuvième 
siècle.  Les  auteurs  de  ces  Bréviaires  daigneront  donc  nous 
pardonner,  si  nous  éprouvons  de  la  difficulté  à  goûter  leurs 
œuvres  ,  tant  en  général  qu'en  particulier.  Au  reste ,  nous 
ferons  connaître  en  détail  ces  œuvres,  et  nous  laisserons  nos 
lecteurs  libres  de  prononcer. 

Outre  ce  malaise  généralement  senti,  il  est  une  autre  cause 
du  peu  d'enthousiasme  qu'inspire  au  Clergé  d'aujourd'hui 
l'avantage  de  ne  plus  réciter  l'Office  dans  un  Bréviaire  uni- 
versel, de  ne  plus  célébrer  la  Messe  dans  un  Missel  qui  soit 
pour  tous  les  lieux.  C'est  le  besoin  universellement  reconnu 
d'être  en  harmonie  avec  l'Eglise  Bomaine,  besoin  qui  aug- 
mente sans  cesse  ,  et  devant  lequel  s'efface  de  jour  en  jour 
toute  la  résistance  de  nos  soi-disant  maximes.  Après  tout,  il 


678  INSTITUTIONS 

est  assez  naturel  que  Ton  trouve  meilleur  de  tenir  la  Liturgie 
de  saint  Grégoire  et  de  ses  successeurs,  plutôt  que  d'un 
Prêtre  obscur  et  suspect  du  dix- huitième  siècle;  tout  le 
monde  est  capable  de  sentir  que  si  la  loi  de  la  foi  dérive  de 
la  loi  de  la  prière,  il  faut  pour  cela  que  cette  loi  de  la  prière 
soit  immuable  ,  universelle ,  promulguée  par  une  autorité 
infaillible.  En  un  mot ,  quand  bien  même  les  tendances  Ro- 
maines dont  l'Eglise  de  France  se  fait  gloire  aujourd'hui  ne 
seraient  pas  le  résultat  naturel  de  la  situation  si  particulière 
que  lui  a  créée  le  Concordat  de  1801,  le  simple  bon  sens  suf- 
fisait à  lui  seul  pour  produire  ces  tendances. 

D'autre  part,  la  piété  française  s'affranchit  de  plus  en  plus 
des  formes  froides  et  abstraites  dont  le  dix-septième  et  le 
dix-huitième  siècle  l'avaient  environnée»  Elle  est  devenue, 
comme  avant  la  Réforme  ,  plus  expansive,  plus  démonstra- 
tive. Elle  croit  davantage  aux  miracles,  aux  voies  extraordi- 
naires; elle  n'exige  plus  autant  que  l'on  gaze  la  vie  des  Saints 
et  qu'on  couvre  certaics  actes  héroïques  de  leur  vie  comme 
d'un  voile  de  pudeur.  Le  culte  des  Reliques  prend  un  nouvel 
accroissement ,  et  c'est  aux  acclamations  des  fidèles  que 
Rome,  fouillant  encore  ses  entrailles,  en  retire  ces  corps  des 
saints  Martyrs  qu'elle  envoie  de  temps  à  autre  remplir  les 
trésors  dévastés  de  nos  Eglises.  L'abord  de  cette  Cité  sainte 
n'est  plus  défendu  à  nos  Evêques  par  de  prétendues  et  dé- 
risoires Libertés,  et  le  nombre  de  Prêtres  Français  qui  la 
visitent  chaque  année  en  pèlerins  est  de  plus  en  plus  consi- 
dérable. De  là  ce  goût  renaissant  pour  les  pompes  de  la 
Liturgie,  ces  importations  d'usages  Romains,  cet  affaiblisse- 
ment des  préjugés  français  contre  les  démonstrations  reli- 
gieuses des  peuples  méridionaux  ,  qui  sous  ce  rapport ,  ne 
sont,  après  tout,  que  ce  qu'étaient  nos  pères  dans  les  siècles 
de  foi.  11  fut  un  temps  où  un  homme  zélé  pour  les  fonctions 


LITURGIQUES.  679 

du  service  divin  courait  risque  de  s'entendre  appliquer  le 
sarcasme  français  :  Il  aime  à  jouer  à  la  Chapelle;  aujour- 
d'hui, on  semble  commencer  à  comprendre  que  le  zèle  et  la 
recherche  dans  l'accomplissement  des  actes  liturgiques  pour- 
rait bien  provenir  de  tout  autre  chose  que  de  manie,  de 
prétention,  ou  de  faiblesse  d'esprit.  Mais  produisons  en  détail 
quelques-uns  des  faits  à  l'aide  desquels  on  est  à  même  de 
constater  la  révolution  liturgique  qui  s'opère. 

Nous  trouvons  d'abord,  dès  1822,  l'éclatante  rétractation 
de  plusieurs  des  principes  des  Anti-liturgistes,  par  la  nou- 
velle édition  du  Bréviaire  et  du  Missel  de  Paris.  Qu'on  lise  la 
Lettre  Pastorale  de  l'Archevêque  Hyacinthe-Louis  de  Quélen, 
en  tête  dudit  Bréviaire  ,  on  y  trouvera  la  preuve  de  ce  que 
nous  avançons. 

1°  La  Fête  du  Sacré-Cœur  de  Jésus,  que  Christophe  de 
Beaumont  avait  plutôt  montrée  à  son  Diocèse  qu'instituée  vé- 
ritablement, s'y  trouve  établie  de  précepte,  et  placée  au  rang 
des  Solennités. 

2°  La  Fête  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  si  elle  ne  re- 
couvre pas  encore  le  rang  que  lui  assigne  l'Eglise  universelle, 
est  rehaussée  d'un  degré,  et  cel*a  dans  le  but  expressément 
déclaré  de  donner  un  témoignage  de  dévouement  au  Siège 
Apostolique  (1).  Une  Prose  nouvelle  est  substituée',  dans  le 
Missel,  à  l'ancienne,  dont  l'unique  intention  semblait  être 
d'égaler  en  toutes  choses  saint  Paul  à  saint  Pierre.  La  nou- 
velle qui  a  pour  auteur  un  Prêtre  moins  distingué  encore  par 
la  pureté  de  son  talent  que  par  son  obéissance  filiale  au  Pon- 
tife Bomain  (2) ,  exprime  avec  élégance  les  prérogatives  du 

(1)  Ut  inagis  a cmagis  pateat  quam  arctis  nexibus  Eeclesiarum  om- 
nium Matri  ac  Magistrœ  devinciamur.  Lettre  Pastorale  pour  la  nou- 
velle édition  du  Bréviaire  Parisien,  page  VII. 

(2)  M.  l'Abbé  de  Salinis. 


680  INSTITUTIONS 

Siège  Apostolique,  et  en  particulier  l'inerrance  que  la  prière 
du  Christ  a  obtenue  à  saint  Pierre.  Au  Calendrier,  la  fête  de 
saint  Léon-le-Grand  a  été  élevée  du  degré  semi-double  au 
rang  des  doubles  mineurs,  et  la  fêle  de  saint  Pie  V  apparaît 
pour  la  première  fois  dans  un  Bréviaire  Français. 

Les  deux  grands  moyens  dont  les  Anti-liturgistes  s'étaient 
servis  pour  déprimer  le  culte  des  Saints,  savoir  la  suppres- 
sion de  toutes  leurs  fêtes  dans  le  Carême,  et  le  privilège  as- 
suré au  Dimanche  dans  toute  Tannée  contre  ces  mêmes  fêtes; 
ces  deux  stratagèmes  de  la  secte  sont  jugés  et  désavoués  : 
la  Saint-Joseph  est  replacée  au  19  mars,  et  désormais  le  Di- 
manche cédera,  comme  autrefois,  ut  olim,  aux  fêtes  des 
Apôtres  et  aux  autres  doubles  majeurs. 

Outre  cette  mesure  toute  favorable  au  culte  des  Saints, 
on  remarquait  dans  le  Bréviaire  de  1822  un  zèle  véritable 
pour  cette  partie  de  la  religion  Catholique.  Ainsi,  la  fête 
de  la  Toussaint  y  a  été  relevée  d'un  degré  ;  plusieurs  Saints 
ont  été  l'objet  d'une  mesure  semblable,  et  quelques-uns 
même  ont  obtenu  l'entrée  du  Calendrier  qui  leur  avait  été 
fermé  jusqu'alors. 

Les  témoignages  de  la  dévotion  envers  la  Sainte  Vierge  se 
montraient  aussi  plus  fréquents  dans  certaines  additions  au 
Propre  de  ses  Offices.  On  avait  même,  par  un  zèle  qui  n'était 
peut-être  pas  trop  selon  la  science,  inséré  dans  l'Oraison  de 
la  fête  de  la  Conception ,  l'énoncé  précis  de  la  pieuse  et  uni- 
verselle croyance  au  privilège  insigne  dont  la  Conception  de 
Marie  a  été  honorée.  Mieux  eûtvalu,  sans  doute,  rétablir  l'Oc- 
tave de  cette  grande  Fêle,  ou  rendre  à  la  Sainte  Vierge  le  titre 
des  Fêles  du  2  Février  et  du  25  Mars.  Dans  tous  les  cas, 
c'est  au  Siège  Apostolique  tout  seul  qu'appartenait  de  dé- 
cider s'il  était  à  propos  de  concéder  à  l'Eglise  de  Paris  un 
privilège  accordé  jusqu'ici  seulement  à  l'Ordre  de  sain 


LITURGIQUES.  681 

François  et  au  Royaume  d'Espagne,  et  que  l'Eglise  de  Rome 
n'a  pas  encore  jugé  à  propos  de  se  conférer  à  elle-même. 

C'est  ainsi  que  les  maximes  qui, avaient  présidé  à  la  ré- 
daction du  Bréviaire  de  Paris,  sous  les  Archevêques  de 
Harlay  et  de  Vintimille,  étaient  reniées  en  1822 ,  par  le  suc- 
cesseur de  ces  deux  Prélats  (1).  Le  parti  Janséniste  s'en  émut, 


(1)  La  Compagnie  de  Saint-Sulpice  eut  la  principale  part  à  cette 
réforme  telle  quelle  du  Bréviaire  de  Paris,  et  on  aime  à  la  voir  signaler 
dans  cette  occasion  le  zèle  de  religion  que  son  pieux  instituteur  avait 
déposé  dans  son  sein.  Fidèle  à  sa  mission,  elle  avait  résisté  à  l'Arche- 
vêque de  Harlay  en  1680 ,  et  n'avait  admis  le  trop  fameux  Bréviaire 
qu'après  avoir  épuisé  tous  les  moyens  de  résistance  que  la  nature  de  sa 
constitution  lui  pouvait  permettre.  Plus  tard,  en  1736,  le  Bréviaire  de 
l'Archevêque  Vintimille  fut  l'objet  de  ses  répugnances,  et  elle  ne  dis- 
simula pas  l'éloignement  qu'elle  éprouvait  pour  une  œuvre  qui  portait 
les  traces  trop  visibles  des  doctrines  et  des  intentions  de  la  secte. 
Elle  mettait  alors  en  pratique  le  précieux  conseil  de  Fénélon ,  dans 
une  de  ses  lettres  a  M.  Leschassier  :  La  solide  piété  pour  le  Saint  Sa- 
crement et  pour  la  Sainte  Vierge ,  qui  s'affaiblissent  et  qui  se  dessèchent 
tous  les  jours  par  la  critique  des  novateurs,  doivent  être  le  véritable  hé' 
ritage  de  votre  Maison.  (19  novembre  1703.  )  Elle  ne  pouvait  donc  voir 
sans  douleur,  dans  le  nouveau  Bréviaire ,  la  fête  du  Saint-Sacrement 
abaissée  à  un  degré  inférieur  a  celui  qu'elle  occupait  auparavant,  et 
l'Office  dans  lequel  saint  Thomas  traite  du  Mystère  Eucharistique  avec 
une  onction  et  une  doctrine  digne  des  Anges ,  supprimé ,  sauf  les 
Hymnes,  et  remplacé  par  un  autre  élaboré  par  des  mains  jansénistes. 
Elle  ne  pouvait  considérer  de  sang-froid  les  perfides  stratagèmes  em- 
ployés par  Vigier  et  Mesenguy  pour  affaiblir  et  dessécher  la  piété  envers 
Marie;  entre  autres,  cette  falsification  honteuse  de  l' dve  maris  Stella, 
a  laquelle  on  porta  remède,  il  est  vrai,  mais  sans  rendre  à  cette  Hymne 
incomparable  la  place  qui  lui  convient  aux  fêtes  de  la  Sainte  Vierge. 
Plus  tard,  les  choses  changèrent;  Symon  de  Doncourt  et  Joubert  s'ap- 
privoisèrent au  point  de  prêter  leurs  soins  au  perfectionnement  de 
l'œuvre  de  Vigier  et  Mesenguy  ;  ils  trouvèrent  que   tout  était  bien 
au  Bréviaire  pour  le  eu!  e  du  Siint  Sacrement  et  de  la  Sainte  Vierge  : 
nous  avons  vu  comment,  pour  la  plus  grande  gloire  de  saint  Pierre,  ils 
améliorèrent  une  Oraison  du  Sacramentaire  de  saint  Grégoire,  et 
comment  leur  Mémoire  obtiit,  comme  il  était  juste,  l'honneur  de  fi- 


682 


INSTITUTIONS 


et  quoique  Pœuvre  de  Vigier  et  Mesenguy  demeurât  encore 
malheureusement  en  son  entier,  à  part  ces  corrections  sug- 
gérées par  un  esprit  bien  différent ,  et  qui  s'y  trouvaient 
implantées  désormais  comme  une  réclamation  solennelle; 
on  vit  néanmoins  paraître  une  brochure  de  l'Abbé  Taba- 
raud  (1),  dans  laquelle  ce  Vétéran  du  Sacerdoce  protestait 
avec  violence  contre  la  plupart  des  améliorations  que  nous 
venons  de  signaler.  Un  Journal  ecclésiastique  du  temps  (2) 
présenta  aussi  ses  réclamations,  et  la  nouvelle  Prose  de  saint 
Pierre  fut  plusieurs  fois  rappelée  dans  les  feuilles  libérales], 
comme  un  document  irrécusable  des  progrès  scandaleux 
de  PUltramontanisme  au  XIXe  siècle. 

Peu  de  temps  avant  sa  mort,  l'Archevêque  de  Quélen  pré- 
para une  édition  du  Rituel  de  Paris.  Cette  publication  fut  en- 
core l'occasion  d'une  nouvelle  manifestation  de  la  tendance 
générale  vers  un  retour  aux  anciennes  formes  liturgiques. 
Dans  ce  nouveau  Rituel,  en  effet,  qui  a  paru  depuis  la  mort 
du  Prélat,  on  a  rétabli  les  prières  pour  l'administration  des 
Sacrements ,  dans  la  forme  du  Rituel  Romain ,  et  fait  dispa- 
raître les  périodes  plus  ou  moins  sonores  qui  avaient  été 
fabriquées  au  temps  de  PArchevêqne  de  Juigné  (3). 


gurer  avec  éloges  dans  les  Nouvelles  Ecclésiastiques.  Ces  aberrations , 
dont  l'histoire  de  plusieurs  Congrégations  ne  présente  que  trop  de 
preuves,  à  l'époque  où  la  secte  Anti-liturgiste  avait  prévalu,  ne  seraient 
plus  possibles  aujourd'hui,  et  nous  ne  les  rappelons  que  pour  faire  res- 
sortir davantage  la  portée  de  cette  réaction  romaine  que  notre  but  est 
de  constater  dans  le  présent  chapitre. 

(1)  Des  Sacrés  Cœurs  de  Jésus  et  de  Marie,  précédés  de  quelques 
observations  sur  la  nouvelle  édition  du  Bréviaire  de  Paris ,  par  un  vé- 
téran du  Sacerdoce.  Paris,  1823,  in-8°. 

(2)  Tablettes  du  Clergé.  N°  de  juin  1822. 

(3)  L'Ami  de  la  Religion.  21  mars  1840.  —  Nous  n'entendons ,  au 
reste,  aucunement  approuver  plusieurs  choses  qui  se  remarquent  dans 


LITURGIQUES.  680 

L'exemple  donné  par  l'Eglise  de  Paris  devait  naturelle- 
ment avoir  de  l'influence  au  loin,  mais  avant  de  poursuivre  ce 
récit,  faisons  une  remarque  importante  sur  la  situation  ac- 
tuelle de  la  Liturgie  en  France.  On  se  rappelle  ce  que  nous 
avons  dit  au  sujet  de  l'introduction  du  Bréviaire  et  du  Missel 
deVintimille  dans  plusieurs  Diocèses,  aussitôt  après  leur  ap- 
parition. Ces  nouveaux  livres  y  furent  reçus  avec  enthou- 
siasme, et  tout  d'abord  on  travailla  à  les  réimprimer  avec  le 
Propre  du  Diocèse.  Dès  l'année  1745,  l'Archevêque  Vintimille 
donna  une  nouvelle  édition  de  son  Bréviaire,  dans  laquelle  il 
fit  plusieurs  changements  qui ,  sans  être  très  notables,  exi- 
gèrent le  remaniement  d'une  centaine  de  pages  et  plus.  Il  eût 
été  incommode  aux  Diocèses  qui,  les  premiers,  avaienladopté 
le  nouveau  Parisien,  de  se  soumettre  à  cette  réforme  qui,  en 
droit ,  ne  les  obligeait  à  rien.  Ce  fut  donc  déjà  ie  principe 
d'une  divergence,  non  seulement  avec  l'Eglise  de  Paris  dont 
on  avait  voulu  se  rapprocher,  en  adoptant  son  Bréviaire , 
mais  aussi  avec  les  autres  Diocèses  qui  se  vouèrent  au  Pa- 


ce  Rituel ,  et  sur  lesquelles  nous  aurons  occasion  de  nous  expliquer 
dans  la  suite  de  cet  ouvrage.  Nous  disons  la  môme  chose  du  Bréviaire 
Parisien  de  1802  :  certainement,  les  tendances  romaines  que  nous 
avons  relevées  font  de  cette  édition  le  monument  précieux  d'une  réac- 
tion salutaire  ;  mais  il  est  dans  l'ensemble  de  cette  réforme  beaucoup 
de  choses  qui  nous  paraissent  repréhensibles,  tant  dueôié  du  goût  que 
sous  le  point  de  vue  des  convenances  liturgiques.  En  attendant  l'examen 
que  nous  aurons  lieu  d'en  faire,  nous  féliciterons  du  moins  ici  les  auteurs 
de  celle  correction  paris;eune  d'avoir,  entre  aulresserviees  rendus  à  la 
piété  des  fidèles  ,  débarrassé  les  Complies  du  temps  de  Noël  de  cette 
Antienne  déplante  ,  au  moyen  de  laquelle  Vigîer  et  Mesenguy  cher* 
chèrentà  arrêter  l'élan  des  cœurs  chrétiens  vers  l'amour  du  divin  En- 
fant, à  l'heure  même  où  le  fidèle  ,  prêt  à  se  livrer  au  sommeil,  a  plus 
besoin  de  nourrir  sa  coufiance.  Depuis  1822  ,  PEgiise  de  Paris  ne 
chante  plus  a  l'Office  du  Soir  ces  terribles  paroles  :  Jn  judicium  in 
hune  mundum  vent;  ut  qui  non  vident  videant,  et  qui  vident  cœci  fiant. 


t>84 


INSTITUTIONS 


risien  postérieurement  à -1745.  Ces  derniers,  à  leur  tour, 
s'ils  s'étaient  rangés  sous  la  Liturgie  de  Vigïcr  et  Mesenguy 
antérieurement  à  1778,  se  trouvèrent  bientôt  en  désaccord, 
sur  des  points  assez  légers  ,  il  est  vrai,  avec  l'Eglise  de  Pa- 
ris, qui,  en  cette-  année  ,  sous  Christophe  de  Beaumont ,  fit 
encore  quelques  améliorations  à  sa  Liturgie.  Enfin,  les  Dio- 
cèses qui  adoptèrent  le  Parisien,  de  1778  à  1790,  et  de  1801  à 
1822,  sont  parla  même  en  contradiction  plus  ou  moins  notable 
avecles  Eglises  qui  suivent  la  première  édition  de  1736,et  avec 
celles  qui  se  servent  des  livres  de  1745,  mais  bien  davantage 
encore  avec  l'Eglise  de  Paris  depuis  la  correction  de  1822. 
Cette  dernière  correction  a  été  si  considérable,  qu'on  forme- 
rait, en  réunissant  les  diverses  additions  et  changements,  un 
volume  fort  raisonnable.  C'est  le  Parisien  de  celte  dernière 
réforme  qu'ont  choisi  les  Diocèses  qui ,  postérieurement  à 
1822,  ont  jugé  à  propos  de  renoncer  à  leurs  anciens  usages, 
pour  venir  s'enrôler  bénévolement  sous  les  lois  de  Vigier  et 
Mesenguy.  Nous  pourrions  môme  citer  un  Diocèse  qui,  dans 
ces  vingt  dernières  années,  a  adopté  de  si  bon  cœur  le  Pa- 
risien de  1822,  qu'il  ne  s'est  pas  fait  grâce  même  du  Calen- 
drier ,  jusque  là  que ,  sans  Bulle  ni  Bref,  il  a  pris  la  Fête  de 
la  B.  Marie  de  l'Incarnation.  Douze  ans  après,  on  s'est  aperçu 
de  la  très  grave  irrégularité  avec  laquelle  on  s'était  arrogé 
ainsi,  sans  aucune  formalité,  le  droit  de  canoniser  cette  Bien- 
heureuse Servante  de  Dieu ,  et  dès  lors,  il  est  juste  de  le 
dire  ,  on  a  cessé  de  marquer  son  Oflice  dans  YOrdo  du 
Diocèse,  la  laissant  ainsi  sans  utilité  dans  le  Bréviaire.  Tel 
est  donc ,  dans  les  Diocèses  même  qui  suivent  le  Pari- 
sien, l'état  dans  lequel  se  trouve  l'œuvre  de  1736;  encore 
faut-il  tenir  compte  des  changements,  modifications,  amé- 
liorations dont  ce  Bréviaire  a  été  l'objet  de  la  part  des  cor- 
recteurs particuliers  des  Diocèses  où  il  s'est  établi  depuis 


LITURGIQUES.  685 

cette  époque.  On  peut  donc  dire,  et  nous  le  montrerons  en 
détail  dans  cet  ouvrage,  que  le  Bréviaire  de  Vintimille  a  plus 
subi  de  changements  et  de  remaniements  en  un  siècle,  que 
le  Bréviaire  Romain  lui-même  depuis  saint  Pie  V  :  car  les 
additions  d'Offices  faites  à  ce  Bréviaire  ne  constituent  pas  de 
véritables  changements;  et  nous  ne  comptons  pas  non  plus 
ces  additions  entre  les  variations  du  Bréviaire  Parisien.  Mais 
reprenons  notre  récit. 

L'exemple  donné  par  l'Eglise  de  Paris,  en  1822,  étendit  son 
influence  au  dehors.  La  fête  du  Sacré-Cœur  de  Jésus  s'établit 
enfin  dans  les  Diocèses  qui  jusqu'alors  avaient  tardé  à  fournir 
ce  témoignage  de  leur  éloîgnement  pour  les  tendances  Jan- 
sénistes. On  a  même  vu  dans  ces  dernières  années  plusieurs 
Eglises,  Rennes  et  Nantes,  par  exemple,  reprendre  l'Office 
du  saint  Rosaire;  ce  que  l'Archevêque  de  Quélen  lui-même 
n'avait  pas  fait.  Certains  Diocèses,  Versailles,  Nantes,  etc., 
ont  établi  une  fête  collective  en  l'honneur  de  tous  les  saints 
Papes.  Il  serait  mieux  sans  doute  de  les  fêter  en  particulier 
avec  l'Eglise  Romaine  ;  mais  c'est  déjà  une  démarche  signi- 
ficative que  de  consacrer  d'une  manière  quelconque  la  mé- 
moire de  ces  saints  Pontifes  qu'on  expulsait  du  Calendrier, 
en  si  grand  nombre,  au  dix-huitième  siècle. 

Déjà,  dans  plusieurs  Diocèses ,  les  Evêques  ont  manifesté 
hautement  le  désir  de  rétablir  les  Usages  Romains ,  autant 
que  les  difficultés  matérielles  pourraient  le  permettre.  Nous 
avons  entendu  de  nos  oreilles,  nous  avons  lu  de  nos  yeux 
cette  assurance  ferme  et  positive.  En  attendant,  plusieurs 
Evêques  ont  donné  ordre  d'emprunter  à  la  Liturgie  Romaine 
toutes  les  parties  qui  manquent  dans  les  livres  Diocésains. 
Au  Puy,  l'illustre  Evêque,  depuis  Cardinal  de  Bonald,  &pj  es 
avoir  exprimé  le  regret  de  ne  pouvoir  changer  le  Bréviaire 
et  le  Missel  que  le  dix-huitième  siècle  imposa  à  ce  Diocèse, 


686  INSTITUTIONS 

a  donné  en  1850  un  excellent  Cérémonial  puisé  en  grande 
partie  aux  sources  Romaines  les  plus  pures  et  les  plus  au- 
torisées, et  remarquable  par  la  précision,  la  clarté  et  l'a- 
bondance des  règles  qu'il  renferme. 

Nous  devons  sans  doute  compter  parmi  les  indices  les  plus 
significatifs  d'un  retour  vers  les  Usages  Romains,  le  Moni- 
tum  placé  à  la  fin  du  Missel  de  Lyon  de  1825,  page  CXCIV. 
Dans  la  réimpression  du  Missel  de  l'Archevêque  Montazet, 
on  était  déjà  parvenu  à  la  page  330,  lorsqu'il  vint  en  idée  à 
l'Administrateur  Apostolique  de  l'Eglise  de  Lyon,  qu'il  serait 
plus  conforme  à  l'ancien  usage  Lyonnais,  à  l'usage  Romain 
et  même  à  celui  de  tous  les  lieux  (1) ,  de  rétablir,  en  tête  des 
Evangiles  de  la  Messe,  la  préface  In  illo  tempore,  et  en  tête 
des  Epîtres,  les  mots  Fratres,  ou  Carissimi,  ou  In  diebus 
illis,  onHœc  dicit  Dominus ,  que  les  Jansénistes  avaient  fait 
disparaître  comme  l'impur  alliage  de  la  parole  de  l'Eglise 
avec  la  parole  de  la  Bible.  En  conséquence,  il  fut  ordonné 
qu'à  partir  de  ladite  page  330,  on  imprimerait  désormais  le 
mot  d'introduction  convenable  et  usité  autrefois,  en  tête  des 
Epîtres  et  des  Evangiles,  et  une  Rubrique  fut  créée  au  moyen 
de  laquelle  les  Prêtres  pourraient,  tant  bien  que  mal,  inter- 
caller  ce  mot  dans  les  endroits  où  il  manquerait.  On  ne  jugea 
pas  à  propos  de  réimprimer  les  330  pages,  pour  ne  pas  rendre 
inutiles  le  temps,  la  dépense  et  le  travail  (2).  Certes,  de  pa- 
reilles humiliations,  subies  devant  tout  un  public,  sont  un 

(1)  Sed  tune  D.  D.  de  Pins,  Administrator  Apostolicus,  antiquae 
Lugdunensis  Liturgige  protector  et  defensor,  superveniens,  hanc  re- 
centem  Liturgiam  cum  nostro  antiquo  usu,  cum  Romano,  et  alio  quo- 
cumque  unique  diffuso,  in  ea  re  conciliavit ,  etc.  Missale  lugdunense. 
1825.  Ad  Calcem.  pag.  CXCIV. 

(2)  Sed  in  posteriori  harum  350  pagiaarum,  tempus,  impensa  et 
opéra  periissent.  Ibid,  page  CXCV. 


LITURGIQUES.  687 

bien  rigoureux  châtiment  de  la  prétention  de  se  donner  un 
nouveau  Missel.  Espérons  qu'une  autre  édition  du  Missel 
Lyonnais  avancera  plus  encore  l'œuvre  du  rétablisse- 
ment des  traditions  antiques,  dans  l'auguste  Primatiale  des 
Gaules,  et  que  ce  livre  se  verra  purgé  un  jour  des  innom- 
brables nouveautés  qui  l'encombrent  et  l'ont  réduit  à  n'être 
plus  ,  pour  ainsi  dire,  qu'un  livre  du  dix-huitième  siècle. 
Mais  il  est  un  fait  plus  éclatant  encore  et  qui  vient  de  s'ac- 
complir sous  nos  yeux.  N'avons-nous  pas  vu  l'Archevêque  de 
Quélen  (  et  son  exemple  a  été  suivi  par  un  nombre  déjà  con- 
sidérable de  ses  collègues  dans  l'épiscopat  ) ,  n'avons-nous 
pas  vu  ce  Prélat  demander  au  Saint-Siège  la  permission 
d'ajouter  à  la  Préface  deBeata,  dans  la  Fête  de  la  Conception 
de  la  Sainte  Vierge,  le  mot  immaculata,  et  aux  Litanies  de 
Lorette ,  ceux-ci  î  Regina  sine  labe  concerta  ?  Dix-huit  ans 
auparavant,  le  même  Prélat  avait  cru  pouvoir,  de  son  autorité, 
insérer  la  doctrine  expresse  de  l'immaculée  Conception  dans 
l'Oraison  de  cette  fête  ;  il  avait  donné  une  Préface  nouvelle 
toute  entière  dans  son  Missel,  pour  la  Messe  du  Sacré-Cœur; 
il  avait  inséré  dans  son  Bréviaire,  non  une  simple  invocation, 
mais  des  Litanies  entières ,  improuvées  par  le  Saint-Siège, 
savoir  celles  du  saint  Nom  de  Jésus  ;  et  voilà  qu'en  1839,  sa 
piété  l'engage  à  se  poser  en  instances  auprès  du  Pontife 
Romain,  pour  obtenir  la  liberté  de  disposer  de  deux  ou  trois 
mots  dans  la  Liturgie ,  lui  dont  les  prédécesseurs  ont  pu 
remanier  et  renouveler  presque  en  totalité  l'œuvre  de  saint 
Grégoire,  la  Liturgie  de  l'Eglise  universelle.  C'est  là,  il  faut 
en  convenir,  une  des  meilleures  preuves  du  retour  à  l'an- 
tique dépendance  que  professait  l'Eglise  de  France  à  l'égard 
de  Rome,  dans  les  choses  de  la  Liturgie  ;  de  même  qu'il  faut 
voir  une  nouvelle  abjuration  du  fameux  principe  de  l'invio- 
labilité du  Dimanche,  dans  la  demande  faite  à  Rome  par  le 


688  INSTITUTIONS 

même  Prélat,  de  pouvoir  célébrer  la  solennité  de  la  Fête  de 
la  Conception  au  second  Dimanche  de  l'Avent.  Rome  même, 
dans  ses  Rubriques  actuelles,  ne  va  pas  si  loin,  et  cette 
Fête,  toute  grande  qu'elle  est,  le  cède  toujours  au  second 
Dimanche  de  l'Avent,  quand  elle  vient  à  tomber  en  ce  jour, 
bien  que  les  trois  derniers  Dimanches  de  PAvent  soient  seu- 
lement privilégiés  de  seconde  classe. 

On  peut  assigner  encore  comme  une  des  causes  de  la  ré- 
surrection des  traditions  Romaines  de  la  Liturgie  en 
France ,  les  légitimes  exigences  de  la  piété  des  peuples  qui, 
ne  pouvant  participer  aux  Indulgences  attachées  à  certaines 
Fêtes  ,  Offices  et  Prières,  qu'autant  que  Ton  s'y  conforme 
aux  Calendrier,  Bréviaire,  Missel  et  Rituel  Romains,  finiront 
par  obtenir  qu'il  soit  fait  sur  ces  articles  les  concessions  né- 
cessaires. Or,  chacun  sait  que,  dans  les  nouveaux  Bréviaires 
Français,  le  petit  Office  de  la  Sainte  Vierge,  celui  du  Saint- 
Sacrement,  celui  desMorts,  diffèrent  sur  une  immense  quantité 
de  points  avec  les  mêmes  Offices  dans  le  Bréviaire  Romain  ;  que 
la  prière  Regina  cœli,  qu'on  doit  réciter  au  temps  Pascal  en 
place  de  i' Angélus,  a  été  gratifiée  d'un  nouveau  Verset  tout 
différent  de  celui  qui  est  indiqué  dans  les  Bulles  des  Papes  ; 
qu'un  nombre  considérable  de  fêtes  a  été  transféré  à  des 
jours  souvent  très  éloignés  de  ceux  auxquels  Rome  les  cé- 
lèbre ;  que  les  jours  où  la  Liturgie  Romaine  fait  un  Office 
double,  étant  souvent  occupés  par  un  simple,  ou  même  laissés 
à  la  Férié ,  dans  les  nouveaux  livres ,  et  réciproquement , 
il  en  résulte  l'impossibilité  absolue  de  faire  cadrer,  les  mo- 
dernes Calendriers  et  les  Ordos  dressés  d'après  eux,  avec  les 
règles  statuées  par  les  Souverains  Pontifes,  dans  les  conces- 
sions d' Autel  privilégié;  etc.,  etc.  Il  serait  inutile  de  presser 
cette  énumération  qui  nous  mènerait  trop  loin  ;  mais  outre 
qu'il  est  indubitable,  en  droit,  que  le  Siège  Apostolique, 


LITURGIQUES.  689 

accordant  des  Indulgences  pour  Pusage  de  telle  ou  telle  for- 
mule liturgique,  n'a  et  ne  peut  avoir  en  vue  que  la  teneur  de 
cette  formule  telle  qu'elle  est  dans  les  livres  Romains  et 
approuvés;  des  décisions  récentes  ont  montré,  en  fait,  que 
telle  était  expressément  l'intention  des  Souverains  Pon- 
tifes. 

Mais  un  grand  et  solennel  exemple  est  celui  que  vient  de 
donner  Monseigneur  Pierre-Louis  Parisis,  Evêque  de  Lan- 
grès,  en  rétablissant  purement  et  simplement  la  Liturgie 
Romaine  dans  son  Diocèse  ;  mesure  courageuse  que  l'his- 
toire enregistrera,  et  que  le  Prélat  motive  dans  une  Lettre 
Pastorale  à  son  Clergé,  d'une  façon  trop  remarquable  pour 
que  nous  puissions  résister  au  désir  de  rapporter  ici  ses 
propres  paroles. 

«  Vous  n'ignorez  pas,  nos  très  chers  Frères,  dit  le  Prélat, 
»  de  quelles  divergences  liturgiques  la  célébration  des  Offices 
j  divins  est  l'objet  dans  ce  Diocèse  ;  souvent,  vous  avez  gémi 
i  de  cette  contradiction  et  opposition  de  rites  entre  des  pa- 
roisses voisines  les  unes  des  autres;  d'où  il  résulte  que  les 
i fidèles,  à  force  de  voir  ces  variations  de  chants  et  de  céré- 
»monies  dans  chaque  Eglise,  sont  pour  ainsi  dire  réduits  à 
»se  demander  si  c'est  à  un  même  culte  que  sont  consacrés 
»  des  temples  où  l'on  célèbre  les  cérémonies  de  la  Religion 
j>  avec  des  solennités  si  diverses. 

»  Le  zèle  des  Curés,  loin  de  remédier  à  cette  perte  de  l'u- 
»  nité  extérieure,  la  complique  chaque  jour  par  de  nouveaux 
»abus;  chacun  d'eux  se  trouvant  livré  à  son  caprice,  dès 
»  l'instant  qu'il  entre  en  fonctions,  et  manquant  d'une  règle 
»  générale,  tant  pour  sa  propre  conduite  au  chœur,  que  pour 

>  celle  de  ses  clercs.  Vous  comprenez  facilement ,  nos  très 
> chers  Frères,   le  détriment  que  souffre  de  tout  ceci  la 

>  sainte  Eglise ,  l'Epouse  de  Jésus-Christ ,  celle  qui  ne  doit 

T.   II.  ** 


690  INSTITUTIONS 

>  avoir  ni  taches ,  ni  rides  (1) ,  et  particulièrement  à  cette 

>  époque  agitée  de  tant  de  tempêtes  par  l'effet  des  doctrines 
»  impies,  et  surtout  affligée  et  déshonorée  par  la  maladie  de 
»  l'indifférence  religieuse.  Comme,  en  effet,  parmi  les  notes 
»  de  la  véritable  Eglise,  et  même  avant  toutes  les  autres,  la 
»  note  d'Unité  doit  briller  et  la  faire  distinguer  des  sectes  dis- 
sidentes, les  peuples  qui  ne  jugent  de  l'essence  même  des 
»  choses  que  par  les  apparences,  témoins  de  ces  contrariétés 
»  de  rites,  en  sont  à  se  demander  si  elle  est  véritablement  une 
»  par  toute  la  terre,  cette  Eglise  Catholique  qui  parait  si 

•  contraire  à  elle-même  dans  les  limites  d'un  seul  Diocèse; 

•  en  sorte  que,  par  suite  de  l'état  auquel  le  service  divin  se 

•  trouve  réduit  chez  nous,  Jésus-Christ  est  comme  divisé, 
»  d'après  l'idée  des  profanes,  et  la  lumière  de  son  Eglise  obs- 
curcie et  couverte  de  nuages. 

•  Frappé  depuis  long-temps  des  inconvénients  d'une  si- 
tuation aussi  fâcheuse  et  sujette  à  tant  de  périls,  après  en 

•  avoir  fait  l'objet  de  nos  réflexions  le  jour  et  la  nuit,  et  im- 

>  ploré  le  secours  du  Père  des  lumières,  nous  cherchions  en 

•  quelle  manière  il  nous  serait  possible  de  réunir  toutes  les 

•  paroisses  de  notre  Diocèse  dans  cette  unité  de  cérémonies 

•  et  d'Offices,  si  sainte,  si  désirée,  si  conforme  à  l'utilité  et  à 

•  l'édification  des  fidèles.  Enfin,  après  de  longues  incerli- 
»  tudes,  toutes  choses  examinées  et  pesées  avec  le  plus  grand 

•  soin,  il  nous  a  semblé  que  nous  devions  en  revenir  à  la  Li- 

>  turgie  de  l'Eglise  Romaine,  notre  Mère,  qui,  étant  le  centre 

•  de  l'unité  et  la  très  ferme  colonne  de  la  vérité,  nous  garan- 
»  tira  et  nous  défendra,  nous  et  notre  peuple,  contre  le  tour- 

•  billon  des  variations,  et  contre  la  tentation  des  changements. 

•  Nous  avons  dû  nous  arrêter  à  ce  parti  avec  d'autant  plus 

(1)  Eph.  V.  27. 


LITURGIQUES.  691 

>  de  fermeté ,  que  tous  les  autres  moyens  que  nous  aurions 
*pu  prendre  seraient  devenus  l'occasion  d'un  grand  trouble 

>  dans  les  choses  même  de  la  Religion ,  pour  le  peuple  qui 
>nous  a  été  confié  par  la  divine  volonté. 

>Mais  afin  d'éviter  le  mal  qui  pourrait  s'ensuivre  de  Pu- 
isage même  du  remède  que  nous  appliquons,  et  aussi  afin 
»  que  tous  se  soumettent  peu  à  peu  à  la  même  règle,  non  par 
î  violence,  mais  spontanément  (1),  il  est  nécessaire  de  consi- 
»  dérer  que  la  plus  grande  partie  de  notre  Diocèse  a  été  pré- 
cédemment soumise  au  rite  Romain,  tandis  que  les  autres 
»  parties  détachées  de  divers  Diocèses,  sont  demeurées  étran- 
gères aux  susdits  usages  Romains.  Il  faut  aussi  distinguer* 
»  entre  l'Office  que  chaque  Prêtre  est  tenu  de  réciter  par  l'o- 
obligation  de  son  ordre,  et  l'Office  que  nous  appellerons  U- 
»  turgique ,  et  qui  doit  être  chanté  et  récité  en  présence  du 
*  peuple. 

«Ces  distinctions  faites,  nous  déclarons  et  ordonnons  ce 
»  qui  suit  : 

»  1°  A  partir  du  premier  jour  de  l'année  1840,  la  Liturgie 

>  Romaine  sera  la  Liturgie  propre  du  Diocèse  de  Langres. 

*2°  A  partir  du  même  jour,  dans  les  paroisses  qui  appar- 
»  tenaient  à  l'ancien  Diocèse  de  Langres,  l'Office,  le  rite,  le 
j  chant,  les  cérémonies,  et  tout  ce  qui  tient  au  culte,  auront 
»  lieu  suivant  les  règles  de  la  Liturgie  Romaine. 

»  5°  Nous  permettons  aux  paroisses  qui  n'ont  pas  encore 
»  quitté  les  rites  des  Diocèses  voisins,  de  se  servir,  pour  un 
»  temps,  de  leurs  livres;  mais  nous  les  obligeons  à  observer 
i  tous  les  détails  énoncés  et  prescrits  dans  YOrdo  pourl'an- 

>  née  1840. 

» -4°  Les  Prêtres  qui  ont  jusqu'ici  récité  le  Bréviaire  de 

(1)  â.  Pett.  V.  2. 


692  INSTITUTIONS 

»  Monseigneur  d'Orcet ,  pourront  satisfaire  à  l'obligation  de 
i  l'Office  en  continuant  de  le  réciter;  cependant,  il  serait 
»  mieux  que  tous  usassent  du  Bréviaire  Romain,  et  nous  les 
9  exhortons  à  le  faire. 

»  Quoique,  en  publiant  cette  ordonnance,  nous  n'ayons  en 
»  vue  que  le  bien  de  notre  sainte  Religion,  et  la  cessation  d'un 
»  désordre  public ,  nous  n'ignorons  pas  cependant  qu'il  en 

*  pourrait  résulter  pour  plusieurs  quelque  ennui,  ou  quelque 
»  inquiétude.  Nous  les  prions  de  recourir  à  nous  avec  une 
i  confiance  filiale,  non  pour  obtenir  une  dispense ,  mais  afin 
»  que  nous  puissions  résoudre  leurs  difficultés ,  s'ils  en  ont , 
>et  aussi  afin  de  leur  faire  mieux  comprendre  que  si  nous 

*  avons  été  amené  à  prendre  ce  parti ,  ce  n'a  point  été  par 
«l'effet  de  quelque  considération  qui  nous  fût  personnelle, 

>  mais  que  nous  y  avons  été  contraint  par  une  nécessité  ur- 
»  gente,  et  pour  faire  droit  aux  réclamations  de  notre  cons- 
»  cience. 

«Nous  vous  supplions  donc  tous,  vous  qui  êtes  nos  coo- 
jpérateurs  dans  le  Seigneur,  d'apporter  à  l'exécution  de  ce 
»  grand  œuvre  tout  le  zèle  dont  vous  êtes  capables,  afin  que, 

>  de  même  qu'entre  nous,  il  n'y  a  qu'un  Seigneur,  une  foi,  un 

*  baptême  (1)  ,  il  n'y  ait  aussi  dans  notre  peuple  qu'un  seul 

>  langage  (2) . 

»  Donné  à  Langres,  en  la  Fête  de  sainte  Thérèse,  le  15  oc- 
tobre, de  l'an  de  notre  Salut  1839  (3).  » 

Qui  n'admirerait  dans  cette  Lettre  vraiment  Pastorale  le 
zèle  de  la  Maison  de  Dieu ,  tempéré  par  cette  discrétion  si 
recommandée  par  l'Apôtre  (4),  et  dont  saint  Pie  V,  au  soi- 

(i)  Ephes.  IV.  5. 

(2)  Gen.  XI.  1. 

(3)  Vid.  la  note  B. 

(4)  Rom.  XII.  3 


LITURGIQUES.  693 

zième  siècle,  donna  un  si  éclatant  exemple,  lors  même  qu'il 
promulguait  plus  haut  le  grand  principe  de  l'unité  liturgique. 
Tous  les  actes  du  même  genre  que  notre  siècle  pourra  voir 
s'accomplir  dans  l'Eglise  de  France,  seront  d'autant  plus 
efficaces  dans  leurs  résultats,  qu'ils  seront  à  la  fois  empreints 
de  vigueur  et  de  modération  ;  car,  nous  n'avons  garde  de 
penser  qu'on  puisse  guérir  la  partie  malade  en  la  froissant 
durement  et  sans  pitié. 

Mais  il  faut  en  convenir,  le  retour  aux  traditions  litur- 
giques des  âges  de  foi  se  prépare  et  devient  de  jour  en  jour 
plus  visible  ;  on  peut  même  déjà  prévoir  qu'il  demeurera 
comme  un  des  caractères  de  l'époque  actuelle.  Le  réveil  delà 
science  historique,  qui  nous  a  permis  de  jeter  un  regard 
désintéressé  sur  les  mœurs  et  les  usages  des  siècles  de  foi  ; 
la  justice  rendue  enfin  aux  monuments  de  Tari  catholique  du 
moyen-âge;  toutes  ces  choses  ont  contribué  aussi  à  la  réac- 
tion, ou  plutôt  l'ont  déjà  fort  avancée.  C'est  cette  réaction 
historique  et  artistique  qui  nous  restitue  déjà  nos  traditions 
sur  l'architecture  sacrée,  sur  l'ameublement  du  sanctuaire, 
sur  les  types  hiératiques  de  la  statuaire  et  de  la  peinture 
catholiques;  or,  de  là,  il  n'y  a  plus  qu'un  pas  à  faire  pour 
rentrer  dans  nos  antiques  cérémonies,  dans  nos  chants  sécu- 
laires, dans  nos  formules  Grégoriennes. 

Plusieurs  personnes  ont  observé  avec  raison  que  le  progrès 
du  catholicisme  en  France  n'était  pas  évidemment  constaté, 
par  cela  seul  que  nos  artistes  exploitaient  le  moyen-âge,  et 
s'employaient  avec  zèle  à  la  restauration  intelligente  des  sanc- 
tuaires matériels  de  notre  foi.  La  question  n'est  pas  là.  Il  est 
vrai  qu'on  devrait  savoir  quelque  gré  à  des  hommes  distin- 
gués, de  retirer  l'appui  de  leurs  talents  aux  arts  sensualistes 
et  payens,  pour  l'offrir  aux  autels  du  Dieu  que  nous  servons; 
mais  ch'jà  il  ne  s'agit  plus  de  contester  la  portée  de  cette 


694  INSTITUTIONS 

révolution  favorable  à  l'art  catholique,  en  la  considérant 
simplement  dans  ses  rapports  avec  le  monde  profane;  désor- 
mais elle  est  un  fait,  et  un  fait  à  jamais  accompli  dans  l'in- 
térieur de  l'Eglise  elle-même.  Non  seulement  le  Clergé  souffre 
volontiers  que  les  Eglises  qu'il  dessert  soient  restaurées  d'a- 
près les  mystiques  théories  de  l'art  de  nos  ayeux  ,  que  des 
conseils,  une  direction  lui  soient  donnés  du  dehors  pour 
accomplir  les  devoirs  que  lui  impose  sa  charge  de  gardien 
des  traditions  de  l'esthétique  sacrée  ;  mais  nos  Archevêques 
et  Evêques  rendent  des  Ordonnances,  publient  des  Lettres 
Pastorales,  établissent  des  Cours  spéciaux  dans  leurs  Sémi- 
naires, pour  ranimer  de  toutes  parts  et  par  tous  les  moyens 
possibles  la  connaissance  et  l'amour  de  ces  anciennes  règles 
de  la  Forme  catholique  dont  l'oubli,  depuis  deux  siècles,  avait 
entraîné  chez  nous  la  destruction  d'un  si  grand  nombre  de 
monuments  de  la  foi  de  nos  pères,  et  formé  entre  eux  et 
nous,  sous  le  rapport  des  usages  extérieurs  du  culte,  comme 
un  abîme  qui  allait  se  creusant  de  plus  en  plus. 

Oui ,  nous  le  répétons  avec  confiance,  dans  nos  Eglises 
restaurées  d'après  les  conditions  de  leur  inspiration  première, 
ou  construites  de  nouveau  suivant  les  règles  statuées  aux 
siècles  de  foi,  mystiquement  éclairées  par  des  verrières  sur 
lesquelles  élincelleront  les  gestes  et  les  symboles  des  Saints 
protecteurs ,  assorties  d'un  ameublement  plein  d'harmonie 
avec  l'ensemble,  il  faudra  bien  que  nos  costumes  sacrés  par- 
ticipent à  cette  régénération  ,  et  perdent  enfin  les  formes 
déplaisantes  et  grotesques  que  le  dix-neuvième  siècle,  en- 
chérissant encore  sur  les  coupes  étriquées  et  rabougries  du 
dix-huitième,  a  trouvé  moyen  de  faire  prévaloir.  Nous  verrons 
infailliblement  disparaître,  par  degrés,  ces  chasubles  qu'un 
inflexible  bougran  a  rendues,  dans  leur  partie  antérieure, 
semblables  à  des  étuis  de  violon  ,  pour  nous  servir  de  l'ex- 


LITURGIQUES.  095 

pression  trop  vraie  de  PiliiiMre  artiste  anglais,  VVeiby  Pu- 
gin;  ces  chapes  non  moins  étranges  qui,  garanties  contre 
toute  prétention  aux  effets  de  draperies  par  les  enduits 
gommés  qui  leur  servent  de  charpente,  s'arrondissent  en 
cône  autour  du  Clerc  condamné  à  habiter  momentanément 
dans  leur  enceinte;  ces  surplis,  aux  épaules  desquels  on  a 
suspendu  deux  plaques  de  batiste  décorées  du  nom  d'ailes, 
en  dépit  de  leur  terminaison  horizontale  à  l'endroit  où  elles 
s'évasent  le  plus;  ce  qui  leur  oie  toute  ombre  de  ressem- 
blance avec  l'objet  qu'elles  prétendent  imiter.  Ce  serait  ici 
le  lieu  de  réclamer  encore  contre  le  bonnet  pointu  qui  a  rem- 
placé la  barrette  de  nos  pères;  mais  sa  suppression  récente 
dans  plusieurs  diocèses  vient  par  avance  confirmer  nos  prévi- 
sions. Le  zèle  des  Prélats  pour  la  dignité  du  service  divin  l'a 
déjà  fait  disparaître  dans  les  Diocèses  de  Marseille,  du  Puy, 
d'Orléans,  de  Séez,  etc.  L'Eglise  de  Paris  elle-même  a  récem- 
ment repris  la  barrette  par  l'ordre  de  son  premier  Pasteur; 
et  il  est  permis  de  prévoir  que  d'ici  peu  d'années  le  bonnet 
pointu  n'existera  plus  que  dans  l'histoire  des  costumes  natio- 
naux de  la  France,  où  il  excitera  peut-être  un  jour  le  sourire 
de  nos  neveux,  en  la  manière  que  nous  nous  sentons  égayés 
no  us-mêmes,  lorsque  quelque  description  ou  quelque  dessin 
nous  met  sous  les  yeux  la  bizarre  chaussure  qui  fit  fureur  il 
y  a  cinq  siècles,  sous  le  nom  de  souliers  à  lapoiilainei 

Mais  la  révolution  liturgique  ne  s'arrêtera  pas  aux  cos- 
tumes. Une  autre  nécessité  la  précipitera  plus  rapidement 
encore.  Quand  on  aura  rétabli  nos  édifices  sacrés  dans 
leurs  convenances  ai  chiteeloniques ,  rendu  nos  costumes 
à  la  dignité  et  à  la  gravité  qu'ils  n'auraient  jamais  dû  perdre, 
on  n'aura  rien  fait  encore,  si  le  chant  qui  est  i'àme  d'une 
Eglise  Catholique  n'est  aussi  restitué  à  ses  traditions  an- 
tiques. Franchement,  des  mélodies,  si  on  peut  sérieusement 


COO  INSTITUTIONS 

leur  donner  ce  nom ,  des  mélodies  fabriquées  en  plein  dix- 
huitième  siècle,  fût-ce  par  l'Abbé  Lebeuf ,  ne  sauraient  plus 
retentir  dans  un  chœur  auquel  sera  rendue  la  sainte  et  lé- 
gendaire obscurité  de  ces  vitraux  qu'on  défonçait  avec  tant 
de  ȏle  pour  inaugurer,  au  grand  jour,  les  livres  de  Vigier  et 
Mesenguy.  De  l'archéologie  qui  s'exerce  sur  les  pierres  et 
sur  la  coupe  des  vêlements  sacrés,  il  faudra,  bon  gré  mal  gré, 
en  venir  à  celle  qui  recueille  les  mélodies  séculaires,  les  airs 
historiques,  les  motifs  antiques  de  ce  Chant  Romain,  dans 
lequel  saint  Grégoire  a  initié  les  nations  modernes  aux  se- 
crets de  la  musique  des  Grecs. 

Mais  sur  ce  point  encore  nous  n'en  sommes  plus  déjà  aux 
conjectures  et  aux  prévisions  :  la  révolution  n'y  est  pas 
moins  sensible  que  sur  tous  les  autres.  Quand  nous  n'en  au- 
rions d'autre  preuve  que  la  publication  de  ces  nouveaux 
Livres  Chorals,  donnés  par  Choron  et  autres  musiciens  ré- 
cents, dans  le  but  avoué  de  dégrossir  la  note  de  l'Abbé 
Lebeuf,  moins  d'un  siècle  après  l'inauguration  de  ses  lourds 
Graduel  et  Antiphonaire,  ceci  suffirait  déjà  pour  constater 
l'extrême  lassitude  du  public.  Ces  Livres  Chorals,  en  effet, 
se  débitent  et  sont  même  déjà  en  usage,  non  simplement  en 
quelques  Paroisses,  mais  jusque  dans  des  Cathédrales.  Nous 
nous  garderons  bien  ,  assurément ,  de  témoigner  la  plus 
légère  admiration  pour  ce  remaniement  d'un  fonds  déjà 
jugé;  nous  dirons  même  que  dans  ces  nouveaux  livres  on  a 
altéré  souvent  le  caractère  du  chant  ecclésiastique,  surtout 
dans  les  Traits;  aussi  ne  relevons-nous  cette  particularité 
que  comme  un  fait  à  l'appui  de  nos  prévisions. 

Déjà  même  on  ne  se  borne  plus  à  remanier  l'œuvre  de 
l'Abbé  Lebeuf;  on  a  commencé  à  substituer  dans  de  nou- 
velles éditions  des  livres  liturgiques,  plusieurs  mélodies  Ro- 
maines à  celles  que  renfermaient  les  éditions  précédentes,  C'est 


LITURGIQUES.  697 

ainsi  que  le  Missel  de  Paris,  donné  par  l'Archevêque  de  Qué- 
len ,  en  1830 ,  présente,  à  l'Office  du  Semedi-Saint ,  le  chant 
de  YExultet  conforme  à  celui  du  Missel  Romain ,  en  place 
du  chant ,  beaucoup  moins  mélodieux  ,  qu'on  remarquait 
dans  tous  les  Missels  de  Paris,  antérieurs  même  à  l'édition  de 
Vintimille.  C'est  ainsi  qu'au  Mans ,  tout  en  laissant  encore 
subsister  dans  l'Antiphonaire  ,  l'Office  des  Morts  composé  en 
iloO  par  Lebeuf ,  on  a  déjà  rétabli,  pour  l'Absoute,  le  Libéra 
del'AnliphonaireRomain.  Nous  ne  citons  ces  faits  que  comme 
échantillons  de  ce  qui  s'est  déjà  opéré  et  de  ce  qui  se  pré- 
pare ;  mais  en  voici  un  autre  dans  lequel  la  progression  que 
nous  croyons  pouvoir  prédire  se  montre  plus  visible  encore. 

Tout  le  monde  sait  que  le  gouvernement  a  établi ,  il  y  a 
quelques  années ,  sous  le  nom  de  Comités  historiques  ,  plu- 
sieurs Commissions  dans  lesquelles  ont  pris  place  les  hommes 
les  plus  versés  dans  nos  origines  nationales  et  dans  la  science 
archéologique.  L'un  de  ces  Comités  a  reçu  le  département 
des  arts  et  monuments.  Or,  tandis  que  la  Commission  préposée 
à  la  recherche  des  Chartes  et  des  Chroniques  est  conduite  à 
désirer  le  rétablissement  des  anciennes  appellations  domini- 
cales tirées  des  Introïts  du  Missel  Romain  et  qui  sont  la  clef 
de  l'histoire  ,  reprendre  leur  place  dans  nos  mœurs  catho- 
liques ,  aux  dépens  même  de  Vigier  et  Mesenguy,  le  Comité 
des  arts  et  monuments  arrive  par  un  autre  chemin  à  la  même 
conclusion.  Le  désir  de  voir  restituer  l'antique  musique  reli- 
gieuse dans  les  Eglises  de  Paris,  comme  un  complément  de 
leur  restauration,  Ta  porté  à  émettre  le  vœu  du  rétablissement 
du  Graduel  et  de  FAnliphonaire  de  saint  Grégoire  ,  au  pré- 
judicede  ceux  de  l'Abbé  Lebeuf  (l).Des  démarches  officielles 


(1)  Bulletin  du  Comité  historique  des  arts  et  monuments,  Onzième 
numéro,  pages  288-292» 


ti\)S  INSTiïUTIÔNS 

ont  été  faites  à  ce  sujet  auprès  de  Monseigneur  l'Archevêque 
de  Paris  ,  qui  les  a  accueillies  avec  bienveillance;  maison 
sent  que  les  conclusions  définitives  d'une  semblable  motion 
sont  de  nature  à  se  faire  long-temps  attendre.  L'esprit  de 
l'homme  peut  prévoir  les  i  évolutions  ,  les  indiquer,  en  assi- 
gner la  durée;  le  temps  seul,  aidé  des  circonstances,  les  réa- 
lise. Pour  faire  droit  aux  Comités  historiques  ,  ou  si  Ton  veut 
aux  réclamations  de  plus  en  plus  nombreuses  qui  s'élèvent  et 
s'élèveront  à  l'avenir  de  la  part  de  toutes  les  personnes  ecclé- 
siastiques et  séculières,  en  faveur  d'un  retour  aux  mélodies 
Grégoriennes,  il  ne  faudra  rien  moins  que  revoir  les  actes 
du  grand  procès  que  le  dix-huitième  siècle  intenta  à  la  Li- 
turgie Komaine,  casser  Tan  et  déjà  centenaire  qui  fut  porté 
contre  elle,  détrôner  l'œuvre  favorite  du  dix-hu/tième  siècle, 
cl  pour  cela  enlever  de  redoutables  obstacles  d'autant  plus 
embarrassants  qu'ils  sont  plus  matériels.  Nous  avons  néan- 
moins la  confiance  que  tôt  ou  tard  cette  grande  justice  se 
fera;  mais  le  Comité  dis  arts  et  monuments  a  eu  raison  de 
compter  sur  d'extrêmes  difficultés  liturgiques  contre  lesquelles 
les  Laïques  seuls  viendraient  inévitablement  se  heurter  (1). 

En  attendant,  les  vrais  amis  de  la  science  des  rites  sacrés 
se  réjouiront  en  lisant  ces  belles  paroles,  dans  lesquelles  Mon- 
seigneur l'Archevêque  do  Paris,  dans  sa  lettre  pastorale  sur 
les  Eludes  Ecclésiastiques,  énonce  en  particulier  la  nécessité 
de  raviver  une  science,  dont  trop  long-temps  on  sembla, 
parmi  nous  ,  avoir  anéanti  jusqu'au  nom.  Quelle  si  magni- 
fique notion  en  pourrait-on  donner  qui  ne  soit  renfermée 
dans  cette  imposante  définition  fournie  pur  le  Prélat? 

c  La  Liturgie,  dit-il,  contient  des  symboles  ,  merveilleux 
•  abrégés  de  notre  croyance,  double  objet  de  foi  et  d'amour, 

(i)  tbU  page  291. 


LITURGIQUES.  699 

»qui,  à  l'aide  d'un  chant  à  la  fois  pieux  et  harmonieux ,  se 
»  gravent  dans  la  mémoire  et  dans  le  cœur.  Leur  antiquité, 
»si  bien  démontrée,  leur  universalité,  les  rendent  d'irrécu- 
sables témoins  de  l'apostolicité  et  de  la  catholicité  de  notre 
»  foi. 

»  La  Liturgie  renferme  des  prières  qui  supposent  ou  ex- 
priment en  détail  chacun  de  nos  dogmes,  de  nos  mystères, 
> de  nos  sacrements.  Elles  n'ont  pas,  comme  les  symboles, 
»  l'unité  d'expression  ;  mais  la  variété  même  de  leurs  formes, 
i jointe  à  l'unité  de  doctrine,  fournissent  une  nouvelle  dé- 

>  monstralion  de  l'immutabilité  de  l'enseignement  catholique. 
»  Elles  justifient  cet  axiome  :  La  loi  de  la  -prière  est  la  loi  de  la 
i  croyance. 

»  La  Liturgie  se  compose  de  rites,  nouvelle  expression  du 
»  dogme  et  de  la  morale.  Ils  forment,  avec  les  symboles  et 
«les prières,  le  culte  extérieur  :  culte  nécessaire  à  un  être 
»  qui,  bien  que  créé  à  l'image  de  Dieu,  est  soumis  à  l'empire 
»  des  sens.  Sans  eux  périrait  infailliblement  le  culte  intérieur. 
jNos  sentiments  ne  sont  excités  et  ne  persévèrent,  qu'autant 
»  qu'ils  sont  souienus  par  des  actes  et  des  images  sensibles. 
»  Dieu  lui-même,  source  essentielle  et  éternelle  d'intelligence 
»  et  d'amour,  est  compris  (  c'est  saint  Paul  qui  nous  l'assure) 
>à  l'aide  des  choses  visibles  :  Invisibilia  ipsius,  per  ea  quœ 
»  facta  sunt  j  intellecta  conspiciuntur ,  sempiterna  quoque  ejus 
>virtus  et  divinitas.  La  Liturgie  eous  donne  donc  la  science 
»  pratique  de  la  partie  la  plus  élevée  de  la  morale  chrétienne  ; 
•  c'est  par  elle  que  nous  accomplissons  nos  devoirs  envers 
>Dieu.  Nos  devoirs  envers  nos  semblables  et  envers  nous- 
-mêmes, qui  n'y  sont  pas  directement  retracés,  y  sont  rap- 

>  pelés  touies  les  fois  qae  nous  demandons  la  grâce  d'y  être 

>  fidèles,  ou  que,  gémissant  de  les  avoir  violés,  nous  implo- 
»  rons  une  miséricorde  infinie  ;  double  lumière  qui  fait  briller 


700  INSTITUTIONS 

»  la  loi  du  Seigneur  aux  yeux  de  notre  âme.  Posséder  cet 

•  ineffable  trésor  de  sentiments  pieux,  qui  nous  font  des- 
cendre dans  les  profondeurs  de  notre  misère,  pour  nous 

>  élever  ensuite  jusqu'à  la  miséricorde  infinie  qui  doit  la  gné- 
>rir,  est  bien  préférable,  sans  doute,  à  la  science  la  plus 
> étendue  de  notre  Liturgie;  mais  cependant,  combien  cette 
i  science  elle-même  est  propre  à  éclairer  et  à  ranimer  notre 
>foi! 

»  Nous  ne  parlerons  point  ici  de  l'influence  exercée  sur 

>  les  arts  par  la  Liturgie  catholique,  des  sublimes  inspirations 

•  qu'elle  a  prêtées  à  la  musique,  à  la  peinture,  à  la  poésie, 

•  ni  des  immortels  monuments  que  lui  doivent  la  sculpture  et 

•  l'architecture.  L'histoire  de  chacun  de  ces  arts,  considérés 

>  dans  leurs  seuls  rapports  avec  nos  rites ,  fournirait  une 
»  ample  matière  à  la  plus  vaste  érudition.  » 

Saluons  donc  avec  effusion  l'aurore  des  jours  meilleurs 
qui  sont  promis  à  l'Eglise  de  France,  et  ne  douions  pas 
que,  dans  un  temps  plus  ou  moins  rapproché,  la  Liturgie  de 
saint  Grégoire  ,  de  Charlemagne,  de  saint  Grégoire  VII,  de 
saint  Pie  V,  la  Liturgie  de  nos  Conciles  du  seizième  siècle  , 
et  de  nos  Assemblées  du  Clergé  de  1605  et  de  1612,  en  un 
mot  la  Liturgie  des  âges  de  foi  ne  triomphe  encore  dans  nos 
Eglises. 

Mais  d'ici  là  de  grands  obstacles  restent  encore  à  vaincre, 
de  ces  obstacles  qui  céderont  d'autant  moins  aisément  qu'ils 
sont  d'une  nature  plus  matérielle.  Si,  d'un  côté,  une  révolu- 
tion favorable  aux  anciens  chants,  aux  anciennes  prières  se 
prépare  ;  d'un  autre  côté,  nos  Eglises  ont  été  pourvues  et  à 
grands  frais  de  Missels,  de  Graduels,  d'Antiphonaires,  de  Pro- 
cessionnaux,  qu'on  ne  pourra  remplacer  qu'avec  une  dépense 
considérable.  La  question  du  Bréviaire  en  lui-même  est  peu 
gravé  sous  ce  rapport  ;  l'impression  de  ce  livre  étant  moins 


LITURGIQUES.  701 

dispendieuse  et  son  écoulement  toujours  facile  ;  mais  le  Bré- 
viaire ne  peut  être  réformé  sans  le  Missel,  et  l'un  et  l'autre 
appellent,  comme  complément  indispensable,  la  publication 
des  Livres  du  Chœur.  Il  est  vrai,  d'autre  part,  que  l'énorme 
dépense  qu'entraîne  toujours  après  elle  chaque  nouvelle 
édition  des  livres  liturgiques,  serait  grandement  allégée,  si  un 
nombre  considérable  de  Diocèses  s'unissaient  pour  opérer 
ces  éditions  à  frais  communs ,  et  c'est  ce  qui  arriverait  in- 
failliblement, du  moment  que  nous  aurions  le  bonheur  de 
voir  renaître  l'unité  liturgique. 

Maintenant,  cette  unité  elle-même  quelle  forme  revêti- 
rait-elle? Nous  avons  déjà  maintes  fois  protesté  que  notre 
but  n'était  point  d'approfondir  présentement  la  question  du 
Droit  de  la  Liturgie  ;  mais  nous  ne  pouvons  pas  moins  faire 
que  d'énoncer  ici  tout  franchement  que  les  Eglises  qui  sont 
tenues  strictement  à  garder  la  Liturgie  Romaine  proprement 
dite,  la  doivent  retenir,  et  que  celles  même  qui,  contraire- 
ment aux  principes  sur  cette  matière,  s'en  seraient  écartées, 
y  doivent  retourner;  rien  n'est  plus  évident,  et  par  ce  moyen 
déjà  l'unité  serait  garantie  dans  une  portion  notable  de  l'E- 
glise de  France. 

Quant  aux  Diocèses  qu'une  possession  légitime,  ou  une 
prescription  conforme  au  droit,  aurait  investis  du  privilège 
de  conserver  leurs  anciens  usages,  et  ces  Diocèses  sont  nom- 
breux, rien  ne  les  contraindrait  d'adopter  exclusivement  les 
livres  Romains.  Sans  doute,  après  s'être  préalablement  dé- 
barrassés de  l'amas  de  nouveautés  dont  le  dix-huitième  siècle 
avait  encombré  la  Liturgie,  ils  devraient  rentrer  dans  la 
forme  Romaine  de  PAnliphonaire,  du  Responsorial,  du  Sacra- 
mentaire  et  du  Lectionnaire  de  saint  Grégoire,  puisque  la 
Liturgie  de  l'Occident  (sauf  le  droit  de  Milan  et  des  Moza- 
rabes), doit  être  et  a  toujours  été  Romaine,  Ces  Eglises  de- 


702  INSTITUTIONS 

vraient  donc  reprendre  les  prières  qu'elles  avaient  reçues  au 
temps  de  Charlemagne,  qu'elles  gardaient  encore  avant  la 
réforme  de  saint  Pie  V,  qu'elles  conservèrent  depuis  cette  ré- 
forme, qui  régnait  seule  encore  chez  elles  jusqu'à  la  fin  du 
dix-septième  siècle  :  car,  c'est  là  la  forme,  hors  de  laquelle  il 
n'a  plus  été  possible  pour  elles  de  garder  dans  les  prières 
publiques,  ni  la  tradition,  ni  l'unité,  et  partant,  ni  l'autorité. 

Mais  ce  fonds  inviolable  des  prières  de  la  Chrétienté  une 
fois  rétabli,  avec  les  chants  sublimes  qui  l'accompagnent,  et 
tous  les  mystères  qui  y  sont  renfermés,  rien  n'empêcherait, 
ou  plutôt  il  serait  tout-à-fait  convenable  que  ces  Eglises  ren- 
trassent en  même  temps  en  possession  de  cette  partie  natio- 
nale de  la  Liturgie  qui  a  ses  racines  dans  l'ancien  rite  Gallican, 
et  que  les  siècles  du  moyen-àge  ont  ornée  de  tant  de  fleurs, 
complétée  par  de  si  suaves  mélodies.  En  un  mot,  c'est  la 
Liturgie  Romaine-Française  que  nous  aimerions  à  voir  res- 
susciter dans  celles  de  nos  Eglises  qui  prétendent  à  des  pri- 
vilèges spéciaux.  C'est  alors  que  toutes  nos  traditions  natio- 
nales se  relèveraient,  que  la  foi  qui  ne  vieillit  pas  se  retrou- 
verait à  l'aise  dans  ces  antiques  confessions,  que  la  piété  à  la 
Sainte  Vierge  et  aux  Saints  protecteurs  se  raviverait  de 
toutes  parts,  que  le  langage  de  la  chaire  et  des  livres  pieux 
s'empreindrait  de  couleurs  moins  ternes,  que  l'antique  Ca- 
tholicité, avec  ses  mœurs  et  ses  usages,  nous  serait  enfin 
révélée. 

Oh  !  qui  nous  donnera  de  voir  celte  ère  de  régénération  où 
les  Catholiques  de  France  se  verront  ainsi  ramenés  vers  ce 
passé  de  la  foi,  de  la  prière  et  de  l'amour!  Quand  seront 
levés  les  obstacles  qui  retardent  le  jour  où  nos  Prélats  de- 
vront s'unir  pour  promouvoir  ce  grand  œuvre!  Mais  avec 
quel  zèle,  avec  quelle  intelligence,  avec  quelle  piété  à  la  fois 
crudité  et  scrupuleuse,  une  pareille  œuvre  devrait-elle  être 


LITURGIQUES.  705 

élaborée!  Quelle  sage  lenteur,  quelle  discrétion,  quel  goût  des 
choses  de  la  prière,  quel  désintéressement  de  tout  système, 
de  toute  vue  personnelle,  devraient  présidera  une  si  magni- 
fique restauration  !  L'attention ,  l'inviolable  fidélité ,  le  soin 
religieux,  l'invincible  patience  qu'emploie  de  nos  jours  l'ar- 
tiste que  son  amour,  bien  plus  que  le  salaire,  enchaîne  à  la 
restauration  d'un  monument  qui  périrait  sans  son  secours,  et 
qui  va  revivre  grâce  à  son  dévouement,  ne  suffisent  pas  pour 
rendre  l'idée  des  qualités  qu'on  devrait  exiger  de  ceux  qui 
prendraient  la  sainte  et  glorieuse  mission  de  restituer  à  tant 
d'Eglises  les  anciennes  traditions  de  la  prière.  Il  leur  faudrait 
s'y  préparer  de  longue  main ,  se  rendre  familiers  les  monu- 
ments de  la  Liturgie,  tant  manuscrits  qu'imprimés,  non  seu- 
lement ceux  de  la  France,  mais  encore  ceux  des  diverses 
Eglises  de  l'Europe  ;  de  l'Allemagne  et  de  l'Angleterre  sur- 
tout, qui  firent  tant  d'emprunts  à  nos  livres  et  les  enrichirent 
encore  par  des  suppléments  où  respire  la  plus  ineffable  poésie. 
Enfin,  ce  merveilleux  ensemble  pourrait  se  compléter  par 
quelques  emprunts  faits  avec  goût  et  modération  aux  der- 
niers monuments  de  la  Liturgie  Française;  afin  que  certains 
traits  heureux,  quoique  rares,  empruntés  à  l'œuvre  mo- 
derne, dans  la  partie  que  n'a  point  souillée  la  main  des  sec- 
taires, ne  périssent  pas  tout-à-fait,  et  aussi  afin  que  les 
deux  derniers  siècles,  auxquels  il  ne  serait  pas  juste  de  sa- 
crifier toute  la  tradition,  ne  fussent  pas  non  plus  déshérités 
totalement  de  l'honneur  d'avoir  apporté  leur  tribut  au  monu- 
ment éternel  et  toujours  croissant  de  la  prière  ecclésiastique. 
Ainsi  régénérée ,  la  Liturgie  de  nos  Eglises  serait  les  dé* 
!  lices  du  Clergé  et  la  joie  du  Peuple  fidèle.  La  question  d'un 
l  léger  surcroît  dans  la  somme  des  Offices  divins  n'en  est  pas 
une  pour  les  hommes  de  prière,  et  tout  Prêtre,  tout  Mi- 
nistre de  l'autel  doit  être  homme  de  prière.  Le  grand  mal- 


704  INSTITUTIONS 

heur  des  temps  actuels ,  c'est  qu'on  ne  prie  pas  assez  ;  le 
réveil  de  la  piété  liturgique  serait  donc  un  signal  de  salut 
pour  nos  Eglises,  le  gage  d'une  victoire  prochaine  sur  les  vices 
et  les  erreurs.  Et  quelle  précieuse  récompense  de  ce  pieux 
labeur,  dont  la  fatigue  est  d'ailleurs  si  fort  exagérée  par  l'ima- 
gination de  ceux  qui  ignorent  les  choses  de  la  Liturgie,  que 
ce  retour  si  consolant  à  l'unité  de  la  prière,  à  la  communion 
Romaine ,  à  l'antique  forme  des  âges  de  foi  !  Encore  est-il 
vrai  de  dire  que  l'Office  divin,  dans  nos  anciens  livres  Fran- 
çais, s'il  est  plus  considérable  que  dans  les  Bréviaires  actuels, 
est  cependant  plus  abrégé  qu'au  Bréviaire  Romain  propre- 
ment dit.  L'usage,  entre  autres,  d'accomplir  Matines,  au 
temps  Paschal,  par  un  seul  Nocturne,  n'est  point  une  inno- 
vation des  Foinard  et  des  Grancoîas  ;  il  appartient  aux  Eglises 
de  France  depuis  bien  des  siècles;  mais  nous  rougirions  de 
pousser  plus  loin  cette  justification  de  la  prière  ecclésias- 
tique. 

Enfin ,  pour  donner  à  ce  grand  œuvre  de  la  régénération 
liturgique  de  la  France,  la  solidité  et  la  durée  qui  lui  con- 
viennent, et  pour  assurer  cette  immutabilité  qui  garantirait 
désormais,  avec  l'unité,  l'autorité  et  la  parfaite  orthodoxie 
de  celle  Liturgie  Romaine-Française ,  et  la  sauverait  à  l'ave- 
nir des  atteintes  de  la  nouveauté  et  de  l'arbitraire,  il  serait 
nécessaire  que  la  sanction  inviolable  du  Siège  Apostolique 
intervînt  pour  sceller  et  consommer  toutes  choses.  Il  fau- 
drait aussi  que  les  Décrets  de  la  sacrée  Congrégation  des  Rites 
fussent  désormais  publiés  et  observés  dans  tout  ce  qui  ne 
Serait  pas  contraire  à  la  forme  des  Livres  Français;  et  que 
les  nouvelles  Fêles  établies  par  le  Siège  Apostolique  ob- 
tinssent au  moins  l'honneur  d'une  mémoire  au  Calendrier, 
dans  le  Bréviaire  d'une  Eglise  qui,  si  elle  tenait  à  rester  Fran- 
çaise dans  des  usages  d'une  importance  secondaire,  voudrait 


LITURGIQUES.  708 

avant  tout  se  montrer  Romaine,  autant  que  ses  sœurs  de  l'Oc- 
cident. 

Tel  est  le  vœu  que  nous  formons  pour  l'Eglise  de  France, 
en  terminant  la  partie  de  notre  récit  qui  regarde  cette  belle 
province  de  la  Catholicité.  Nous  serons  heureux  si  on  veut 
bien  reconnaître  dans  ce  que  nousveuons  de  dire  un  témoi- 
gnage de  cette  modération  et  de  cette  prudence  qui  doivent 
toujours  accompagner  l'application  des  théories  les  plus  lé- 
gitimes et  les  plus  absolues. 

Considérons  maintenant  l'état  de  la  Liturgie  dans  les  diffé- 
rentes parties  du  monde  Chrétien,  au  dix-neuvième  siècle. 

L'unité  Romaine  a  régné  sans  partage  ,  durant  les  qua- 
rante premières  années  de  ce  siècle,  dans  ritaiie,  où  les 
semences  implantées  par  Ricci,  sans  être  détruites,  peut- 
être,  n'ont  plus  rien  produit  à  la  surface  ;  dans  l'Espagne  et 
le  Portugal,  auxquels  il  faut  joindre  les  nombreuses  Eglises 
fondées  autrefois  dans  les  deux  Indes  par  ces  Royaumes; 
dans  la  Relgique,  la  Suisse,  et  on  pourrait  même  ajouter 
l'Allemagne,  s'il  n'y  avait  de  changements  liturgiques  que 
ceux  dont  les  livres  du  chœur  et  de  l'autel  portent  la  trace. 
Mais  ce  dernier  pays  est  aujourd'hui  le  théâtre  des  plus  graves 
événements  dans  les  choses  du  Culte  divin,  nous  devons 
les  signaler  au  lecteur;  nous  traiterons  ensuite  de  la  Liturgie 
en  Angleterre,  et  dans  les  pays  soumis  à  la  Russie. 

On  se  rappelle  ce  que  nous  avons  raconté ,  au  Cha- 
pitre précédent,  sur  les  tentatives  Anti-îiturgistes  de  Jo- 
seph lî,  si  bien  secondées  par  cette  portion  du  Clergé  dont 
Jérôme  de  Collorédo,  Archevêque  de  Saltzbourg,  se  montra 
l'organe  dans  la  fameuse  Instruction  Pastorale  de  1782.  De- 
puis lors,  la  plaie  s'est  étendue,  et  les  sophismes  impies 
du  Fébronianisme  ayant  miné  la  notion  de  l'Eglise,  l'Hcrmé- 
sianisme  s'est  présenté  pour  en  finir  avec  le  Christianisme 
T.  H.  45 


706  INSTITUTIONS 

lui-même.  Malheureusement,  l'un  et  l'autre  ont  été  favora- 
blement accueillis  par  une  porlion  notable  du  Clergé  Catho- 
lique de  l'Allemagne,  dans  la  Prusse,  la  Bohême,  le  Wur- 
temberg, le  Duché  de  Bade,  et  jusque  dans  la  Bavière  et 
l'Autriche.  Bientôt,  les  exigences  du  culte  extérieur  sont 
devenues  de  plus  en  plus  à  charge  à  ces  hommes  légers 
de  croyance,  qu'on  voit  tous  les  jours  s'associer  complai- 
samment  aux  projets  des  gouvernements,  dans  le  but  d'é- 
touffer jusqu'aux  dernières  étincelles  de  la  foi  qui,  par  ic 
plus  étonnant  prodige ,  survit  encore  dans  le  cœur  des 
peuples,  à  la  secrèle  apostasie  des  Pasteurs. 

Mais,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué,  l'esprit  anti- 
liturgïsle  a  pris  en  Allemagne  d'autres  allures  qu'en  Franco, 
et  il  s'est  bien  gardé  de  perdre  son  temps  à  falsifier  des  Bré- 
viaires. Au  siècle  dernier,  le  pouvoir  séculier,  parl'autorilé 
de  Joseph  II,  avait  pris  l'initiative  en  procédant  par  voie  d'Or- 
donnances et  d'Edits  ;  maintenant,  c'est  le  Clergé  qui  se  met 
à  l'œuvre,  et  ses  opérations  ne  sont  ni  moins  habiles,  ni  moins 
efficaces. 

Une  comparaison  entre  nos  Jansénistes  de  France,  et  les 
Fébroniens  et  Hermésiens  d'Allemagne ,  quant  à  la  manière 
d'entendre  la  réforme  liturgique ,  nous  aidera  à  constater  le 
c.'iGmin  que  ces  derniers  ont  déjà  fait  vers  le  Protestantisme. 
Les  nôtres,  pour  flatter  la  lâcheté  et  l'indévotion  des  Clercs, 
osèrent  composer  des  traités  spéciaux  où  ils  présentaient 
comme  un  appât  la  diminution  de  la  somme  des  prières  ec- 
clésiastiques; les  Ànti-liturgistes  Allemands  ont  franchi  le 
pas,  et  la  récitation  des  Heures  Canoniales  est  désormais 
regardée,  par  une  porlion  considérable  du  Clergé  d'outre- 
Rhin,  comme  une  pratique  tombée  en  désuétude,  et  son 
obligation  comme  de  nulle  valeur  pour  la  conscience. 
Nos  Jansénistes  ont  déclamé  en  cent  manières  contre  la 


LITURGIQUES.  707 

piété  extérieure,  contre  le  luxe  des  cérémonies  qui,  disaient- 
ils,  ne  servent  qu'à  soumettre  la  religion  aux  sens;  les  Anti- 
liturgistcs  Allemands  en  sont  venus  à  supprimer  la  plupart 
des  cérémonies,  et  déjà  bon  nombre  d'entre  eux  s'affran- 
chissent du  devoir  de  revêtir  les  habits  sacerdotaux  pour 
monter  à  l'autel,  et  célèbrent  la  Messe  avec  les  vêtements 
plus  ou  moins  profanes  dont  ils  se  trouvent  pour  le  moment 
revêtus. 

Nos  Jansénistes,  par  tous  les  mouvements  qu'ils  se  sont 
donnés  pour  répandre  les  traductions  en  langue  vulgaire  de 
la  Bible,  du  Missel  et  des  formules  liturgiques,  trahissaient 
leurs  penchants  Calvinistes;  aujourd'hui,  les  Eglises  Catho- 
liques d'Allemagne  retentissent  de  Cantiques  en  langue  vul- 
gaire qui,  la  plupart  du  temps,  n'offrent  pas  même  la 
traduction  des  prières  ou  des  chants  de  l'Eglise. 

Nos  Jansénistes  mirent  la  main  sur  les  livres  liturgiques; 
et  trouvèrent  moyen  d'y  faire  pénétrer  la  quintessence  de 
leurs  idées,  et,  quand  ils  ne  le  purent  faire  aisément,  ils 
surent  du  moins  faire  disparaître  de  ces  livres,  sous  divers 
prétextes,  ce  qui  leur  était  le  plus  odieux.  Il  est  vrai 
qu'un  reste  de  pudeur,  ou,  si  l'on  aime  mieux,  de  pru- 
dence ,  les  obligea  de  conserver  le  cadre  primitif  et  de  lais- 
ser subsister  les  principales  parties  des  anciennes  formes , 
surtout  en  ce  qui  regarde  l'administration  des  Sacrements. 
Le  Clergé  Allemand  de  nos  jours  a  aussi  ses  faiseurs,  et  la 
presse  est  inondée  de  leurs  utopies  liturgiques  pour  la  ré- 
forme des  cérémonies  de  la  Messe,  des  Sacrements,  des 
Sépultures ,  des  Bénédictions.  En  tête  de  celte  cohorte 
d'Anti-lilurgistes,  il  est  juste  de  compter  le  fameux  Wes- 
semberg,  Vicaire  Capitulaire  de  Constance,  qui  a  été  re- 
fusé par  Grégoire  XVI  pour  l'Evêché  de  cette  ville,  mais 
qui  en  revanche  a  donné  d'énergiques  preuves  de  son  alla- 


708  INSTITUTIONS 

'ch.em.ent  à  la  doctrine  du  second  de  nos  Quatre  Articles  de 
3  682,  par  la  publication  d'une  trop  fameuse  Histoire  des  Con- 
ciles de  Constance  et  de  Baie.  Après  lui,  mais  dignes  de  lui 
faire  escorte,  apparaissentWinter,  Busch,  Selmar,  Grôsbôck, 
Brand,  Sehwarzel,  Hirscher,  etc.,  dont  les  œuvres  sont  ju- 
gées avec  une  grande  modération  parle  docte  et  pieux  F.  X. 
Schmid,  dans  sa  Liturgique,  lorsqu'il  se  contente  de  dire 
que,  d'une  fart ,  ils  ont  été  trop  loin,  et  que  de  l'autre  ils 
ont  complètement  méconnu  l'esprit  du  Culte  (i). 

Nos  Anli-îilurgisles  Français  s'étaient  appliqués  à  rendre 
plus  rare  la  célébration  de  la  Messe,  produisant  pour  motif 
îa  grande  pureté  qu'on  doit  apporter  à  l'autel.  Ceux  d'Alle- 
magne entrent  dans  le  même  système  ;  mais  les  raisons  ascé- 
tiques qui  n'étaient  qu'un  prétexte  dans  les  adeptes  avancés 
de  l'école  de  Port-Royal  n'y  sont  pour  rien  ;  c'est  tout  sim- 
plement pour  fuir  un  assujélissement  inutile,  que  ces  prêtres 
dégénérés  s'abstiennent  de  la  célébration  des  saints  Mys- 
tères, hors  les  jours  de  Dimanches  et  de  Fêtes;  encore  les 
voit-on  disserter  dans  des  écrits  et  des  conférences,  en  pré- 
sence du  public,  sur  la  quantité  de  nourriture  qu'un  Prêtre 
Catholique  peut  se  permettre  avant  de  monter  à  l'autel.  Sans 
doute,  ces  choses  font  horreur;  mais  pour  être  ignorées 
de  quelques-uns  de  nos  lecteurs ,  elles  n'en  sont  pas  moins 
patentes  sous  le  soleil. 

Mais  allons  jusqu'au  bout  :  durant  la  persécution  fran- 
çaise, quand  les  lois  eurent  cessé  de  prêter  aux  dispositions 
canoniques  l'appui  delà  force  matérielle,  on  vit  un  grand 
nombre  de  Prêtres  abjurer  leur  saint  état  et  contracter  des 
mariages  sacrilèges  :  dans  quels  rangs  se  recrutèrent  ces 

(i)  Liturg'k  dor  chnstkatbolisdien  religion.  Edition  de  1840.  Tom.  I. 

page  82. 


LITURGIQUES.  709 

apostats?  Tout  le  monde  sait  que  ceux  dont  la  défecîion  fit  le 
plus  grand  scandale,  étaient  précisément  des  hommes  liés  au 
parti  Janséniste,  membres  des  Congrégations  qui  avaient  le 
plus  sacrifié  aux  nouveautés  Anli-liturgistes,  fauteurs  et 
même  auteurs  de  ces  nouveautés.  Or,  voici  que  dans  ceîte 
partie  du  Clergé  Allemand  dont  nous  venons  de  signaler  les 
tendances,  de  nombreuses  voix  s'élèvent  pour  demander  l'a- 
bolition du  célibat  ecclésiastique;  et  d'où  vient  cela?  C'est 
qLi'il  n'y  a  point  de  dégradation  dans  laquelle  ne  puisse  et  ne 
doive  tomber  le  Prêtre  isolé  ,  par  des  doctrines  perverses, 
de  ce  Centre  Apostolique  d'où  viennent  la  lumière  et  la  vie, 
sevré  du  devoir  et  de  l'usage  de  la  Prière  de  chaque  jour  et 
de  chaque  heure,  séparé  de  cet  Autel  dont  la  sainte  familiarité 
est  le  premier  motif  de  la  continence  sacerdotale.  Assuré- 
ment, il  ne  faut  pas  être  bien  profond,  ni  bien  clairvoyant, 
pour  avoir  compris  que  le  mariage  des  Prêtres  est  la  cause 
unique  pour  laquelle  la  célébration  journalière  de  la  Messe 
n'a  pu  s'établir  dans  l'Eglise  d'Orient. 

Afin  de  mettre  dans  tout  son  jour  la  situation  de  l'Eglise 
d'Allemagne,  quant  à  la  Liturgie,  il  est  bonde  produire 
quelques  extraits  d'un  document  récent  et  authentique; 
c'est  la  fameuse  Ordonnance  qu'a  publiée,  il  y  a  environ  deux 
ans,  l'Evêque  de  Rottembourg;  on  la  trouve  en  entier  au 
Catholique  de  Spire  (1).  Nous  allons  en  faire  connaître  les 
principales  dispositions. 

M.  Jean-Baptiste  de  Keller,  Evêque  de  Roltcmbourg,  n'as- 
sume point,  il  est  vrai,  la  responsabilité  de  tous  les  excès 
que  nous  venons  de  signaler;  sa  marche  est  administrative, 
et  partant  aussi  prudente  et  aussi  réservée  qu'il  est  possible  ; 
maison  n'y  reconnaît  que  mieux  l'existence  du  dangereux 

(1)  1839.  Mai  et  mois  suivants. 


710  INSTITUTIONS 

système  à  l'aide  duquel  les  Anti-liturgistes  d'Allemagne  ont 
résolu  de  protestaniiser  le  Catholicisme.  M.  de  Keller  a  en- 
chéri sur  Ricci  dans  la  môme  proportion  que  ce  dernier  sur 
nos  Anti-liturgistes  Français. 

Dans  celte  trop  fameuse^  Ordonnance  ,  le  Prélat  semble 
préoccupé  ,  comme  les  novateurs  de  Fiance  et  d'Ita- 
lie, de  la  réforme  du  Bréviaire.  Sans  oser  proposer  non 
plus  la  suppression  des  Heures  Canoniales,  il  établit  des 
dispositions  propres  à  détruire  totalement  l'ancienne  Li- 
turgie. Les  Psaumes  des  Vêpres  devront  se  chanter  en 
allemand;  encore  cette  psalmodie  pourra-t-elle  être  rem- 
placée par  tout  autre  exercice  religieux,  au  jugement  du 
Curé.  On  découvre  encore  la  prédilection  de  PEvêqne  pour 
la  langue  vulgaire,  dans  l'arlicle  où  il  annonce  une  révi- 
sion du  Rituel;  il  déclare  l'intention  d'y  introduire  des  for- 
mules en  langue  allemande ,  conformément  au  besoin  des 
temps. 

Pour  réformer  les  tendances  Papistes  vers  la  Communion 
et  la  dévotion  au  Saint  Sacrement,  le  Prélat  décrète  qu'on 
n'administrera  plus  l'Eucharistie  hors  la  Messe;  que  toutes 
les  autres  Eglises  demeureront  fermées  durant  la  Messe  de 
Paroisse  ;  que  la  première  Communion  ne  se  fera  point  avant 
1  âge  de  quatorze  ans  ;  qu'on  ne  célébrera  plus  de  Messe 
aux  jours  ouvrables,  dans  les  autres  Eglises,  après  celle  qui 
se  dira  à  la  Paroisse.  Pour  abolir,  autant  que  possible,  l'u- 
sage delà  fréquente  Communion,  les  Curés  n'administreront 
point  le  Sacrement  de  Pénitence  individuellement;  mais  ils 
partageront  leurs  paroissiens  en  catégories  qu'ils  admettront 
successivement  à  des  époques  déterminées. 

On  n'exposera  le  Saint  Sacrement  que  six  jours  l'année, 
hors  l'Octave  de  la  Fête-Dieu  ;  encore  cette  exposition  ne 
pourra-t-elle  avoir  lieu  que  l'après-midi. 


LITURGIQUES.  711 

Sur  les  fêtes,  le  Prélat  décrète  les  dispositions  suivantes  : 
La  Messe, de  Minuit  est  abolie;  on  ne  pourra  commencera 
célébrer  la  Messe,  le  jour  de  Noël,  avant  cinq  heures  du  ma- 
lin. Aux  jours  de  Fêles  supprimées,  on  ne  tolérera  aucun 
service  divin  dans  les  Eglises;  les  Curés  ne  pourront  même 
pas  transporter  à  ces  jours  des  dévotions  particulières  qui 
seraient  capables  de  fournir  au  peuple  le  prétexte  de  se 
dispenser  de  ses  travaux.  On  ne  pourra  ni  annoncer  ces 
Fêles,  ni  les  sonner,  ni  allumer  un  plus  grand  nombre  de 
cierges  aux  Messes  basses  que  FEvêque  veut  bien  encore 
tolérer.  En  revanche,  la  Fête  du  Roi  est  déclarée  Fête  de 
l'Eglise. 

Les  Processions  ne  sont  pas  plus  ménagées  par  le  Prélat. 
Celles  de  Saint-Marc  et  des  Rogations  devront  sortir  à  cinq 
heures  du  matin  et  être  rentrées  à  huit,  soi-disant  pour 
éviter  la  dissipation,  mais  en  réalité  pour  les  rendre  inac- 
cessibles au  grand  nombre  des  fidèles;  encore  M.  de  Relier 
n-t-il  bien  soin  d'ajouter  qu'on  pourra  commuer  ces  Pro- 
cessions en  une  prière  faite  dans  l'intérieur  de  l'Eglise, 
avec  l'agrément  de  FEvêque.  La  Procession  de  la  Fêle-Dieu 
est  maintenue  aux  conditions  suivantes  :  On  évitera  la 
pompe;  on  ne  fera  entendre  que  des  chants  en  langue  al- 
lemande, et  il  devra  y  avoir  une  prédication  à  chaque  sta- 
tion. La  Procession  du  jour  de  FOclave  ne  sortira  pas  de 
l'Eglise. 

Les  Bénédictions,  cette  partie  si  essentielle  du  Catholi- 
cisme, sont  réduites  à  sept,  parmi  lesquelles  on  veut  bien 
conserver  celle  de  FEau.  Les  autres,  bien  qu'elles  soient 
dans  le  Rituel,  sont  abolies.  11  est  recommandé  aux  Pasteurs 
de  veiller  à  ce  que  le  peuple  n'attribue  pas,  aux  Béné- 
diclions  même  conservées,  une  vertu  qu  elles  ri  ont  pas. 

Les  saintes  Images  sont  poursuivies  avec  une  rigueur 


712  INSTITUTIONS 

pareille.  La  coutume  populaire  de  les  habiller  est  suppri- 
mée, comme  un  scandale  :  le  Clergé  devra  combattre  de 
toutes  ses  forces  le  préjugé  qui  attribuerait  une  vêtit!  spé- 
ciale à  quelques-unes  d'entre  elles.  On  n'exposera  plus  les 
saintes  Reliques  désormais,  ni  on  ne  les  portera  en  Pro- 
cession ;  mais  on  les  tiendra  renfermées.  On  fera  disparaître 
des  Eglises  les  ex-voto,  et  on  ne  souffrira  pas  qu'on  en 
replace  de  nouveaux.  Les  représentations  de  la  Crèche  et  du 
Tombeau,  qui  sont  en  usage  en  Allemagne,  à  Noël  et  dans 
la  Semaine  Sainte,  sont  abolies,  ainsi  que  celle  du  mystère 
de  l'Ascension,  non  moins  chère  au  peuple. 

On  ne  distinguera  pins  dans  les  cimetières  la  place  des 
enfants  morts  sans  Baptême,  ou  des  Juifs  et  autres  non 
baptisés,  de  celle  des  Chrétiens.  Les  chants  des  funérailles 
seront  en  langue  vulgaire,  et  au  décès  de  chaque  Catho- 
lique, les  parents  ne  pourront  obtenir  que  trois  Messes  au 
plus,  et  un  Anniversaire.  Les  enfants  morts  avant  la  pre- 
mière Communion  n'auront  point  droit  à  ces  piières.  On  a 
vu  plus  haut  que  la  première  Communion  était  différée  jus- 
qu'à l'âge  de  quatorze  ans. 

Les  Confréries  excitent  aussi  la  sollicitude  du  Prélat.Toutes 
sont  supprimées,  à  l'exception  d'une  seuie  par  Paroisse,  et 
pour  empêcher  tes  fidèles  d'en  fréquenter  plusieurs,  la  Fête 
Patronale  de  toutes  est  fixée  au  même  jour. 

Les  Curés  devront  s'opposer  de  toutes  leurs  forces  au 
concours  des  pèlerinages  ;  il  n'y  aura  pas  de  Messes  dans 
les  Chapelles  qui  sont  le  but  de  ces  pieux  voyages,  hors 
celle  du  Chapelain  qui  s'y  trouverait  par  hasard  attaché. 
II  y  aura  défense  d'y  entendre  les  confessions,  dans  la  crainte 
que  les  fidèles  n'y  veuillent  communier,  et  la  Chapelle  devra 
être  fermée  continuellement,  hors  le  temps  de  la  Messe.  S'il 
se  trouve  d'autres  Chapelles  sur  les  Paroisses,  on  les  dé- 


LITURGIQUES.  715 

truira,  et  les  fondations  qui  y  sont  attachées  seront  trans- 
portées dans  les  Eglises  Paroissiales. 

Telles  sont  les  principales  dispositions  de  l'ordonnance 
de  l'Evêque  de  Rottembourg,  qui  entend  bien  ne  procéder 
dans  tout  ceci  que  d'après  les  principes  les  plus  sains  du 
Christianisme  le  mieux  compris  £t  le  plus  dégagé  des  su- 
perfétatious  Romaines.  Il  va  sans  dire  que  la  morale  prêchée 
à  propos  de  ces  innovations,  est  la  plus  rigoriste  et  la  plus 
sèche,  ainsi  qu'il  arrive  toujours  chez  ceux  qui  ont  à  se  faire 
pardonner  leur  relâchement  sur  les  choses  de  la  foi  et  de  la 
piété.  Néanmoins,  il  ne  suffit  pas,  pour  rendre  religieuse  et 
morale  une  population  Catholique,  de  supprimer  les  fêtes 
et  les  dévotions  ,  sous  prétexte  qu'on  interdira  en  même 
temps  les  danses  aux  jours  de  Dimanches  ;  les  yeux  et  l'i- 
magination des  peuples  demanderont  d'autres  spectacles, 
et  l'oisiveté  engendrera  bientôt  tous  les  désordres. 

Mais  nous  sommes  loin  d'avoir  épuisé  tous  les  faits  qui 
nous  peuvent  faire  connaître  la  situation  liturgique  de 
l'Allemagne.  Tandis  qu'une  partie  du  Clergé  Catho- 
lique travaille  à  détruire  l'antique  foi,  avec  ses  manifes- 
tations les  plus  essentielles,  le  Protestantisme  semble  s'é- 
branler et  rendre  hommage  aux  théories  Catholiques  sur  la 
forme  religieuse.  Déjà,  rendant  hommage  aux  avantages  de 
l'unité  de  communion,  les  réformés  d'Allemagne  ont  tenté  et 
réalisé,  dès  l'année  1817,  dans  la  Prusse  et  le  Duché  de 
JNassau,  une  réunion  pompeuse  du  Luthéranisme  et  du  Cal- 
vinisme ;  le  complément  de  celte  grande  mesure  devait  être 
une  modification  liturgique  dans  un  sens  toujours  moins 
éloigné  des  usages  Catholiques.  Le  même  Roi  de  Prusse,  Fré- 
déric-Guillaume III,  qui  avait  préparé  la  dramatique  réunion 
ejes  Luthériens  et  des  Calvinistes ,  s'est  donc  chargé  de  pour- 
voir désormais  l'Eglise  Réformée  d'une  Liturgie  qui  soit  à  la 


714  INSTITUTIONS 

hauteur  de  ses  destinées  futures.  Il  est  vrai  de  dire  que  Sa 
Majesté,  loin  de  pouvoir  faire  agréer  son  œuvre  par  l'univer- 
salité de  ce  qu'elle  appelle  l'Eglise  Evangélico-Protestante , 
n'a  pas  été  sans  éprouver  quelques  résistances  partielles  dans 
son  propre  Royaume  ;  mais  toujours  est-il  que  cette  Liturgie 
a  pour  caractère  particulier  de  se  rapprocher  en  plusieurs 
points  des  formes  Catholiques.  Non  seulement  le  Prince  a  pris 
des  mesures  pour  replacer  des  images  dans  les  temples  Pro- 
testants ;  mais  dans  le  service  divin  de  la  Cène,  on  trouve  déjà 
une  grande  partie  de  notre  Messe  des  Catéchumènes ,  la  Pré- 
face, le  Sanctus,  le  Mémento  des  vivants,  etc. 

Ce  sont  là  ,  sans  doute ,  des  faits  bien  éloquents  en  faveur 
de  l'importance  de  l'élément  liturgique;  l'aveu  qui  échappe 
au  royal  liturgiste  dans  la  préface  de  son  Missel  de  4822,  ne 
l'est  pas  moins.  Il  en  vient  jusqu'à  faire  valoir  les  avantages 
de  Yuniformité  dans  le  service  divin ,  en  la  manière  qu'a- 
vaient osé  le  faire  nos  Evoques  Constitutionnels ,  dans  leur 
conciliabule  de  1797  (I).  «  L'Eglise  Evangélique,  dit  Sa  Ma- 
»  jesté,  doit  assurer  la  stabilité  de  la  société  Chrétienne,  par 
»  sa  doctrine  et  sa  discipline.  Bien  que  tels  ou  tels  usages 
«religieux  ne  constituent  pas  l'essence  du  culte  divin,  il 
»  faut  cependant  que  Yuniformité  dans  le  culte  produise 
»  une  sorte  de  conviction  générale,  et  même  urie  tranquille 
»  sérénité  de  conscience,  appuyée  sur  cette  douce  et  conso- 
»  lante  pensée  que  nous  adressons  à  Dieu  les  mêmes  louanges, 
»  les  mêmes  actions  de  grâces ,  les  mêmes  demandes ,  les 
»  mêmes  vœux  et  les  mêmes  prières  que  nos  ancêtres  dans 
»  la  foi  lui  ont  adressés,  depuis  plusieurs  siècles  (2).  »  Certes, 

(1)  Ci-dêssus,  page  623. 

(2)  Histoire  générale  de  l'église,  par  le  Baron  Henrion.  TomeXdl. 
page  413. 


LITURGIQUES.  715 

il  faut  que  l'unité  liturgique  soit  d'une  nécessité  bien  évi- 
dente, pour  que  les  schismatiques  et  les  hérétiques  eux- 
mêmes  le  proclament  si  haut,  en  dépit  de  leur  état  d'oppo- 
sition à  l'égard  de  la  Mère  Eglise.  Nous  avons  constaté  ailleurs 
le  même  fait  chez  les  Grecs  Meîchites  (1)  ;  qui  osera  donc 
désormais  parmi  nous  contester  un  principe  auquel  toute 
société  religieuse  semble  se  recommander,  pour  vivre  et  se 
perpétuer? 

Au  milieu  de  ces  phénomènes  vraiment  remarquables,  la 
littérature  protestante  de  l'Allemagne  se  montre  gravement 
préoccupée  de  la  science  liturgique.  Sans  parler  d'Augusti, 
auquel  nous  consacrons  ci-après  une  notice,  la  matière  des 
rites  sacrés  est  exploitée  avec  plus  ou  moins  d'érudition  par 
Marheinike,  Hildebrand,  Schmid,  Rechenberg,  Rheinwald, 
Schone,  Bohmer,  etc.,  etc.  Plût  à  Dieu  que  nous  pussions 
compter  en  France  un  nombre  pareil  d'hommes  sérieux,  se 
livrant  à  ces  belles  études  qui  furent  si  florissantes  chez  nous 
avant  l'innovation  Anti-lilurgiste  !  Mais  ce  qui  est  plus  admi- 
rable encore,  c'est  que  l'Allemagne  Protestante  ne  renferme 
pas  seulement  des  hommes  auxquels  la  science  liturgique  est 
familière,  sous  le  côté  de  l'archéologie  ou  de  l'esthétique  ; 
elle  en  possède  aussi  qui  proclament  la  magnificence  et  l'onc- 
tion de  nos  formules  papistes,  qui  s'en  vont  recueillant  avec 
amour  nos  vieilles  Hymnes,  nos  Proses  et  nos  Antiennes  sé- 
culaires, les  publiant  avec  des  commentaires  dont,  la  plupart 
du  temps,  l'esprit  et  la  forme  sont  entièrement  Catholiques; 
bien  différents  assurément  de  nous  autres  Français,  qui  nous 
montrons  si  indifférents  à  toutes  ces  richesses  de  la  piété  de 
nos  pères,  engoués  que  nous  sommes  des  pastiches  de  notre 
Santeul.  Nous  ayons  d'utiles  leçons  à  prendre  dans  la  Ieç- 

(1)  Tome  1.  page  228, 


716  INSTITUTIONS 

ture  des  précieux  volumes  publiés  par  Rambach,  Daniel,  et 
autres  Luthériens  dont  les  travaux  sont  indiqués  ci-après. 

Mais  si  l'Allemagne  Protestante  semble  sous  l'empire  d'une 
réaction  en  faveur  de  la  forme  religieuse,  il  ne  faut  pas  croire 
pourtant  que  tous  les  Catholiques  partagent  les  désastreuses 
théories  que  M.  de  Keller(l)  et  une  partie  notable  du  Clergé 
cherchent  à  faire  prévaloir.  Graceà  Dieu,  laplus  belleet  la  pins 
solennelle  protestation  est  placée  en  face  même  de  ces  hon- 
teuses apostasies. Nulle  contréeCatholique  aujourd'hui  ne  sau- 
rait montrer  des  hommes  plus  érudits  et  en  même  temps  plus 
intelligents,  que  l'Allemagne  elle-même.  Nommer  Mœhler, 
Klce,  Gœnes,  Windischmann ,  etc.;  et  spécialement  pour 
la  Liturgie,  Binterim,  F.  X.  Schmid,  etc.,  c'est  prédire  le 
mouvement  d'ascension  que  ne  peuvent  manquer  de  subir 
les  doctrines  Catholiques  dans  le  pays  qui  produit  de  tels 
hommes.  Au  reste,  nous  ne  tarderons  pas  à  dérouler  sous 
les  yeux  du  lecteur  la  liste  magnifique,  quoique  incomplète, 
des  liturgistes  Allemands  de  ce  siècle. 

Disons  maintenant  un  mot  du  triomphe  de  l'Eglise  Catho- 
lique dans  la  cause  de  Clément-Auguste  Droste  de  Vische- 
ring,  Archevêque  de  Cologne.  Quel  cœur  catholique  n'est 
ému  de  reconnaissance  et  d'admiration  pour  ce  nouvel  Atha- 
nase,  dont  le  courage  indomptable  sauve  à  jamais  la  foi  et  la 
discipline  dans  l'Eglise  d'Allemagne,  contraint  les  puissances 

(1)  En  ce  moment  même,  les  journaux  nous  apprennent  que  M.  de 
Kj-ller  vient  de  prendre,  à  l'égard  du  gouvernement  de  Wurtemberg, 
une  attitude  plus  épiscopa'e.  I!  a  adressé  des  réclamations  snr  l'oppres- 
sion q<ie  souffre  l'Eglise  dans  ce  pays.  Puisse  enfin  ce  Prélat  reculer  dans 
la  ligne  malheureuse  qu'il  a  adoptée,  et  comprendre  que  le  Catholi- 
cisme cesse  d'exister,  quand  sa  forme  et  sa  liberté  lui  sont  enlevées,  et 
que  toutes  les  atteintes  dirigées  contre  cette  forme  et  cette  liberté , 
ont  leur  contre-coup  sur  la  foi  elle-même,  sur  la  morale  et  sur  la  hié- 
rarchie ! 


LITURGIQUES.  717 

du  siècle  à  recaler  dans  leurs  perfides  manœuvres,  rend  le 
sentiment  de  leur  devoir  à  des  Prélats  et  à  des  Prêtres  dont 
la  conscience  pactisait  avec  la  trahison,  inonde  ie  cœur  des 
fidèles  de  cette  joie  et  de  cette  espérance  que  le  sentiment 
seul  du  Catholicisme  peut  faire  ressentir?  Or,  la  source  de 
celte  victoire  éclatante,  dont  les  conséquences  ne  sauraient 
être  comprimées,  est  la  fidélité  de  Clément-Auguste  aux 
principes  de  la  Liturgie;  comme  aussi  l'espérance  des  en- 
nemis de  l'Eglise  était  dans  le  renversement  de  ces  mêmes 
principes.  Si  donc  les  traîtreuses  théories  du  Congrès  de 
Vienne  sont  refoulées,  si  la  marche  du  système  qui  tendait 
à  produire  l'unité  Germanique  au  moyen  du  Protestantisme 
est  aujourd'hui  en  voie  de  rétrograder,  c'est  parce  que  Clé- 
ment-Auguste ,  fidèle  à  la  voix  du  Siège  Apostolique ,  ne 
veut  pas  qu'une  formule  de  quelques  lignes  dans  le  Rituel 
Romain,  soit  prononcée  sur  des  époux  indignes  du  nom  de 
Catholiques,  tandis  que  le  Roi  de  Prusse  voulait,  au  con- 
traire, que  cette  formule  sacrée  fût  prostituée  jusqu'à  servir 
d'égide  à  l'apostasie. 

Donc,  la  doctrine,  les  mœurs,  l'Eglise,  tout  s'est  réfugié, 
concentré  pour  l'Allemagne,  dans  cette  question  liturgique  ; 
c'est  de  là  que  l'Hermésianisme  est  terrassé,  parce  que  le 
glorieux  Confesseur  dont  il  a  éprouvé  les  indomptables  pour- 
suites est  désormais  proclamé  le  sauveur  de  la  foi;  c'est  de 
là  que  le  Fébronianisme  est  confondu,  parce  que  la  soumis- 
sion au  Pontife  Romain  ne  saurait  être  prêchée  plus  élo- 
quemment  que  par  la  captivité  d'un  Archevêque,  si  docile 
au  Siège  Apostolique  ;  c'est  de  là  que  le  plus  tonnant  de  tous 
les  anathêmes  éclate  contre  les  mariages  mixtes,  dont  la  dé- 
sastreuse multiplication  allait  à  éteindre  sous  peu  d'années 
la  vraie  foi  dans  de  vastes  Provinces,  et  qui  deviennent 
désormais  odieux  à  tous  ceux  qui  ont  gardé  dans  leur  cœur 


718  INSTITUTIONS 

un  reste  de  ce  sentiment  de  nationalité  catholique  qui  ne 
s'éteint  que  lentement  dans  le  cœur  des  enfants  de  l'Eglise; 
c'est  de  là  enfin  que  sortira  l'affranchissement  religieux ,  non 
seulement  de  la  Prusse  et  des  provinces  Rhénanes,  mais  en 
général  des  diverses  autres  régions  de  l'Allemagne  dans  les- 
quelles les  mariages  mixtes  allaient  ruinant  la  foi  de  jour  en 
jour,  par  l'indifférence  et  trop  souvent  la  complicité  des  Pas- 
teurs. Que  maintenant  donc  les  peuples  Catholiques  envi- 
ronnent de  leur  amour  ces  livres  de  la  Liiurgie  qui  renferment 
ainsi  le  salut  de  la  foi,  et  qu'on  ne  peut  mépriser  sans  mettre 
en  péril  le  dépôt  tout  entier  de  la  révélation  de  Jésus-Christ. 
Dieu  donne  toujours  en  leur  temps  ces  sortes  de  manifesta- 
tions, et  il  se   plaît  souvent  à  confondre  l'irréflexion  des 
hommes  de  peu  de  foi,  en  montrant  que,  dans  l'Eglise,  ce  qui 
paraît  moindre  importe  néanmoins  tellement  à  l'ensemble, 
que  cet  ensemble  périt  du  moment  qu'une  main  profane 
touche  à  ces  parties  qu'un  œil  superficiel  a  jugées  secon- 
daires. Ainsi ,  Martin  Luther  aura  enlevé  l'Allemagne  au  vrai 
Christianisme,  en  prêchant  contre  les  Indulgences  ;  Clément- 
Auguste  la  rattache  à  l'Eglise  véritable,  en  maintenant,  au 
prix  de  sa  liberté  et  de  son  sang,  s'il  le  faut,  la  sainte  franchise 
du  Rituel  aux  mains  de  ses  Prêtres.  Tels  sont  les  événements 
qui  se  pressent  en  notre  siècle;  passons  maintenant  en  An- 
gleterre: un  spectacle  non  moins  merveilleux  nous  y  attend. 
Tout  le  monde  aujourd'hui  est  forcé  de  convenir  que  l'o- 
racle du  sublime  Joseph  de  Maistre,  sur  la  Grande-Bre- 
tagne, est  au  moment  de  s'accomplir.  Le  règne  de  Dieu  et 
de  son  Eglise  approche  pour  l'Ile  des  Saints.  Or,  nous  l'af- 
firmons tout  d'abord,  la  cause  principale  de  ce  retour  à  l'an- 
tique foi,  de  celte  dissolution  du  Protestantisme  Anglican, 
tandis  que  le   Presbytérianisme,   le  Méthodisme  tiennent 
encore ,   n'est  pour  ainsi  dire  que  le  développement  de 


LITURGIQUES.  7dÔ 

l'élément  liturgique  que  la  plus  heureuse  inconséquence 
avait  conservé  au  sein  de  Y  Eglise- Etablie.  Son  Calendrier 
où  figurent  encore  les  Saints ,  ses  livres  d'Offices  presque 
toujours  traduits  littéralement  sur  ceux  de  l'Eglise  Romaine, 
ses  habits  sacerdotaux,  ses  ornements  pontificaux  retenus 
dans  leur  forme  catholique,  ses  Cathédrales  et  autres  édi- 
fices religieux  conservés,  restaurés,  entretenus  avec  un  soin 
pour  ainsi  dire  filial,  etc.  (I);  toutes  ces  choses  n'étaient  pas 
de  simples  anomalies;  il  fallait  y  voir  les  indices  d'une  réac- 
tion future.  Quand  on  pense  que  long-temps  avant  la  fin  du 
dix-septième  siècle,  deux  Anglicans,  Dugdale  et  Dodsworth, 
publiaient  le  Monasticon  Anglicanum ,  préludant  ainsi,  long- 
temps à  l'avance,  aux  travaux  que  les  Catholiques  eux- 
mêmes  entreprendraient  pour  mettre  en  lumière  les  gran- 
deurs et  les  bienfaits  du  Monasticisme;  quand  on  se  rappelle 
la  faveur  avec  laquelle  cette  publication  fut  accueillie  en 
Angleterre,  et  le  zèle  avec  lequel  tous  les  ordres  de  la  so- 
ciété, même  les  acquéreurs  des  biens  monastiques,  s'offrirent 
à  subvenir  aux  frais  des  nombreuses  gravures  qui  enrichissent 
l'ouvrage,  sans  autre  but  que  de  conserver  le  souvenir  des 
antiques  merveilles  de  l'architecture  papiste  ;  il  est  facile  de 
comprendre  que  du  momentoùdemesquinset  cruels  préjugés 


fl)  C'est  ici  le  lieu  de  rappeler,  avec  Joseph  de  Maistre,  les  vers 
de  Dryden,  sur  le  caractère  de  l'Eglise  Anglicane  :  «  Elle  n'est  pas 
«l'épouse  légitime,  mais  c'est  la  maîtresse  d'un  Roi;  et  quoique  fille 
«évidente  de  Calvin,  elle  n'a  point  la  mine  effrontée  de  ses  sœurs. 
«Levant la  tête  d'un  air  majestueux,  elle  prononce  assez  distinctement 
«les  noms  de  Pères,  de  Conciles ,  de  Chefs  de  l'Eglise  :  sa  main  porte  la 
»  crosse  avec  aisance  ;  elle  parle  sérieusement  de  sa  noblesse  ;  et  sous  le 
«masque  d'une  mître  isolée  et  rebelle,  elle  a  su  conserver  on  ne  sait 
«quel  reste  de  grâce  antique,  vénérable  débris  d'une  dignité  qui  n'est 
«pl'is.  (Dryden.  The  hînd  and  the  Panthcr.  ) 


720  INSTITUTIONS 

viendront  à  disparaître ,  cette  nation  devra  se  précipiter  avi- 
dement dans  la  vérité  antique  et  grandiose  du  Catholicisme. 
C'est  déjà  ce  qui  arrive  aujourd'hui;  d'abord,  les  conver- 
sions individuelles  ont  augmenté  dans  une  proportion  toujours 
croissante,  au  point  d'arracher  un  cri  d'alarme  à  l'Anglica- 
nisme; mais  bientôt  la  brèche  s'est  agrandie;  la  profonde  et 
large  blessure  faite  à  l'Eglise  de  Henri  VIII  et  d'Elisabeth,  a 
apparu  plus  désespérée  encore  qu'on  ne  l'aurait  cru;  et  qui 
la  guérirait,  celte  blessure,  maintenant  que  la  défection  est 
déclarée  dans  le  camp  même  de  ces  Docteurs  d'Oxford,  aux- 
quels semblait  être  dévolue  la  défense  de  l'Eglise- Etablie? 
Déjà  le  Papisme  triomphant  les  décime  chaque  jour,  et  ceux 
qui  ne  se  rendent  pas  extérieurement  à  lui  préparent,  sans  le 
vouloir,  un  retour  plus  universel  encore,  en  publiant  ces  fa- 
meux Traités  sur  le  temps  présent  qui,  sous  le  prétexte  d'ar- 
rêter le  mouvement  Catholique  par  des  concessions  modérées, 
ne  font  autre  chose  que  l'accélérer.  Or,  c'est  principalement 
sur  les  choses  de  la  Liturgie  que  les  disciples  du  Docteur  Pusey 
conviennent  qu'il  est  utile  d'abonder  dans  le  sens  des  usages 
Catholiques;  le  culte  Anglican,  si  pompeux  déjà  comparé  à 
celui  des  Calvinistes,  leur  semble  encore  trop  nu  et  trop 
froid.  Ils  ont  vu  dans  la  tradition  des  Pères  de  l'Eglise,  dont 
l'autorité  est  déjà  réelle  pour  eux,  ils  y  ont  vu  que  plusieurs 
des  cérémonies  papistes  remontent  au  berceau  du  Christia- 
nisme; ils  songent  à  les  rétablir.  Un  vague  besoin  delà  Pré- 
sence Réelle  les  travaille;  en  attendant,  il  leur  faut  des  Images 
saintes,  et  les  Reliques  ne  tarderont  pas  à  devenir  l'objet  de 
leur  dévotion.  Bien  plus,  ils  en  sont  venus  jusqu'à  comprendre 
la  nécessité  de  la  Prière  Canoniale;  ils  parlent  de  rétablir  la 
récitation  de  l'Office  divin  ;  plusieurs  même  l'ont  déjà  osten- 
siblement reprise,  et  voici  les  étonnantes  paroles  qui  leur 
échappent  sur  ce  Bréviaire  Romain ,  si  odieux  pourtant  aux 


LITURGIQUES.  721 

hérétiques  et  si  imprudemment  repoussé  par  plusieurs  Ca- 
tholiques :  c'est  un  des  Traités  pour  le  temps  présent  que 
nous  allons  citer  (1). 

«  Le  service  de  prière  du  Bréviaire  est  d'une  telle  excel- 
»  lence  et  d'une  telle  beauté,  que  si  les  controversistes Ro- 
umains étaient  assez  avisés  pour  le  présenter  aux  Protestants 
»  comme  le  livre  de  prière  de  leur  Eglise ,  ils  produiraient 
»  infailliblement  sur  l'esprit  de  tout  dissident  non  prévenu 

»  un  préjugé  en  leur  faveur Nous  essaierons  donc  d'ar- 

»  radier  cette  arme  aux  mains  de  nos  adversaires;  nous  la 
»  leur  avons  abandonnée  autrefois,  comme  bien  d'autres 
»  trésors  qui  nous  appartiennent  aussi  bien  qu'à  eux,  et  nous 
»  n'avons  garde  de  penser  que,  nos  droits  étant  ce  qu'ils  sont, 
»  on  puisse  nous  reprocher  d'emprunter  chez  nos  adver- 
»  saires  ce  que  nous  n'avons  perdu  que  par  mégarde.  » 

L'auteur  de  la  dissertation  que  nous  venons  de  citer,  après 
plusieurs  aveux  dans  lesquels  la  plus  noble  franchise  se 
montre  souvent  en  lutte  avec  un  reste  de  morgue  protes- 
tante, trace  une  courte  histoire  du  Bréviaire  Romain,  dans 
laquelle  il  dit  expressément  que,  quant  aux  parties  princi- 
pales, ce  Bréviaire  est  aussi  ancien  que  le  Christianisme  lui- 
même.  Parlant  de  la  réforme  liturgique  de  saint  Grégoire  Vif, 
au  onzième  siècle,  il  dit  :  «  Grégoire  VII  n'a  fait  que  reslau- 
»  rer  et  adapter  plus  parfaitement  aux  Eglises  le  service  de 
»  prière  du  Bréviaire,  en  sorte  que,  dans  sa  forme  actuelle, 
»  tant  pour  la  distribution  des  heures  que  dans  sa  substance, 
»  il  n'est  autre  chose  que  la  continuation  d'un  système  de 
»  prière  qui  date  des  temps  apostoliques.  » 

(i)  Tome  III,  paragraphe  75.  Du  Bréviaire  Romain  considéré  comme 
renfermant  l'essence  du  culte  de  prière  de  l'Eglise  Catholique.  Celte 
dissertation  n'a  pas  moins  de  207  pages. 

t.  h.  46 


722  INSTITUTIONS 

Le  Docteur  Anglican  traite  ensuite  du  fond  et  de  la  forme 
du  Bréviaire,  et  les  détails  qu'il  donne  font  voir  qu'il  n'a  pas 
craint  d'approfondir  la  matière,  et  que  c'est  avec  une  entière 
connaissance  de  cause  qu'il  relève  le  mérite  du  livre  des 
prières  Papistes.  Il  commence  par  une  analyse  du  Service 
Hebdomadaire  (  Psalterium  per  hebdomadam  (1).  Il  passe 
ensuite  au  détail  de  l'Office  du  Dimanche ,  et  donne  en  en- 
tier, pour  exemple,  l'Office  du  IVe  Dimanche  après  la  Pen- 
tecôte (2).  De  là,  descendant  à  l'Office  Férial,  il  produit 
celui  du  Lundi  de  la  première  Semaine  de  l'Avent  (3).  Le 
service  de  prières  d'un  jour  de  fête  est  représenté  par  l'Office 
de  la  Transfiguration  (4).  Il  n'est  pas  jusqu'à  l'Office  d'un 
Saint  qui  ne  soit  analysé  en  détail  par  l'auteur,  et,  à  l'appui 
de  son  exposé,  il  donne  l'Office  de  saint  Laurent  (5).  Enfin, 
et  ce  n'est  pas  la  partie  la  moins  curieuse  de  cette  Disserta- 
tion, l'auteur,  dans  une  sixième  section,  après  avoir  exprime 
le  vœu  de  voir  l'Eglise  Anglicane  adopter,  pour  célébrer  la 
mémoire  de  ses  Saints,  la  forme  du  Bréviaire  Romain,  ré- 
dige à  l'avance  l'Office  de  Thomas  Ken,  Evêque  de  Bath,  mort 
en  1710,  et  place  sa  fête  au  21  mars.  Nous  renvoyons  cette 
pièce  curieuse  dans  les  notes  du  présent  chapitre  (6).  Certes, 
on  devra  avouer,  après  cela,  que  le  mouvement  qui  pousse 
l'Angleterre  vers  le  Catholicisme  est  surtout  un  mouvement 
liturgique.  Terminons  par  un  dernier  passage  de  la  même 
Dissertation. 

t  Avant  la  Réforme,  dit  encore  l'auteur,  l'Eglise  observait 


(1)  Pages  17-25. 

(2)  Pages  26-86. 

(3)  Pages  87-96. 

(4)  Pages  97-116. 

(5)  Pages  117-134. 

(6)  Vid.  la  note  C. 


LITURGIQUES.  723 

r>  chaque  jour  les  sept  heures  du  service  de  la  prière ,  et 
»  quelque  négligemment,  si  l'on  veut,  que  ce  service  fût  pra- 
tiqué par  plusieurs,  on  ne  saurait  manquer  de  reconnaître 
»  qu'il  a  exercé  une  grande  influence  sur  les  esprits,  et  que 
»  sa  cessation  a  laissé  des  traces  encore  visibles  aujourd'hui. 
»  En  effet,  partout  où  ce  service  de  prières  a  été  établi,  un 
»  grand  nombre  de  personnes  remplies  d'un  esprit  catholique 
»  n'ont  pas  seulement  écrit  sur  la  prière,  mais  beaucoup  aussi 

>  l'ont  pratiquée  dans  leur  vie.  Au  contraire,  depuis  que  cette 
»  forme  de  prières  est  effacée  de  la  mémoire  du  peuple, 
»  les  livres  sur  la  prière  sont  devenus  chez  nous  une  chose 
*rare,  et  le  peu  que  l'on  en  rencontrerait  encore  est  dû  à 
*  des  personnes  qui  ont  vivement  senti  l'obligation  où  nous 
x>  sommes  de  nous  donner  davantage  à  la  prière.  De  plus,  il 
»  est  très  certain  que  toute  religion ,  quelque  forme  qu'elle 

>  ait  d'ailleurs,  si  elle  n'est  pas  appuyée  sur  la  dévotion  exté- 
»  Heure  et  sur  la  prière  réglée  et  commune,  doit  être  néces- 
t>  sairement  mauvaise  dans  son  essence  (1).  »  Encore  une  fois, 
le  Royaume  de  Dieu  approche  pour  une  nation  au  sein  de 
laquelle  se  répandent  de  pareilles  doctrines,  et  nous  ne 
pouvons  que  souhaiter  àjous  nos  frères  de  France  une 
entière  compréhension  de  ces  dernières  paroles  de  notre 
Anglican. 

Si  le  progrès  des  tendances  liturgiques  accélère  la  marche 
de  l'Angleterre  vers  la  vérité  et  l'unité  Catholiques,  il  est 
d'autres  contrées  où  la  compression  de  ces  mêmes  tendances 
amène  les  résultats  contraires.  D'immenses  provinces ,  sou- 
mises à  la  domination  de  l'Autocrate  Nicolas,  voient  s'éteindre 
le  flambeau  de  la  foi,  dans  les  jours  même  où  nous  écrivons 
ces  lignes,  et  les  changements  dans  la  Liturgie  sont  le  moyen 

(i)  Page  73, 


724  INSTITUTIONS 

par  lequel  cette  catastrophe  est  opérée  :  tant  il  est  vrai , 
comme  nous  l'avons  dit  ailleurs,  que  la  Liturgie  est  un  glaive 
à  deux  tranchants  qui,  dans  les  mains  de  l'Eglise,  sauve  les 
peuples,  et  qui ,  aux  mains  de  l'hérésie ,  les  immole  sans  re- 
tour. 

Nous  avons  caractérisé ,  au  chapitre  IX ,  ces  Liturgies 
orientales,  vénérables  sans  doute  par  leur  antiquité,  mais  qui 
n'en  ont  pas  moins  été  un  obstacle  invincible  à  toute  réu- 
nion durable  de  l'Eglise  Grecque  avec  l'Eglise  Latine,  depuis 
la  première  consommation  du  schisme.  Nous  avons  fait  voir 
aussi  de  quelle  triste  immobilité  ces  mêmes  Liturgies  ont  été 
frappées,  impuissantes  qu'elles  sont,  depuis  huit  siècles,  à 
tout  développement;  tandis  que  la  Liturgie  Romaine  n'a 
cessé,  à  chaque  époque,  de  produire  de  nouvelles  formes,  sans 
altérer  le  fonds  antique  par  lequel  elle  tient  à  l'origine  même 
du  Christianisme.  Il  est  aisé  de  conclure  de  ces  faits  incon- 
testables, que  toute  réunion  des  deux  Eglises,  pour  être  du- 
rable, devrait  avoir  pour  auxiliaire  une  modification  dans  la 
Liturgie  orientale,  qui  la  mît  plus  ou  moins  en  rapport  avec 
les  développements  des  formes  catholiques  dans  l'Occident. 
La  fraternité  devrait  donc  être  scellée  par  certaines  déroga- 
tions à  des  usages,  antiques,  il  est  vrai,  mais  sacrifiés  au  plus 
noble  but;  puisqu'il  s'agirait  d'aspirer,  dans  une  plus  grande 
plénitude ,  cette  vie  dont  l'Eglise  Romaine  est  la  source,  et 
dont  on  suppose  que  le  désir  sincère  aurait  motivé  la  re- 
nonciation au  schisme. 

C'est  là  précisément  ce  qui  avoiteu  lieu  dans  la  Lithuanie, 
depuis  la  réunion  de  cette  vaste  province  à  l'Eglise  Romaine, 
dans  le  Concile  fcrue  le  Métropolitain  Michel  Rahoza  tint  en 
1894,  à  Bressici,  et  qui  fut  confirmé  par  le  Pape  Clé- 
ment VIII.  On  y  posa  en  principe  la  nécessité  de  modifier 
certains  rites  dans  le  sens  du  Concile  de  Florence,  et  les  dis- 


LITURGIQUES.  725 

positions  prises  à  ce  sujet  furent  observées  également  par 
les  autres  provinces  soumises  à  la  Russie ,  dans  lesquelles 
l'union  avec  le  Saint  Siège  existait  déjà,  ou  fut  rétablie  à  la 
même  époque.  Plus  lard,  en  1720,  Léon  Kiszka,  Métropoli- 
tain de  toute  la  Russie ,  dans  un  Concile  tenu  à  Zamosk , 
s'appliqua  principalement  à  spécifier  dans  des  règlements 
détaillés  la  différence  entre  les  rites  Grecs  schismatiques  et 
les  rites  Grecs-unis.  Il  fixa  les  cérémonies,  particulièrement 
celles  pour  la  célébration  de  la  Messe;  et  l'autorité  des  ré- 
solutions prises  à  Zamosk  fut  si  grande,  elles  furent  jugées 
si  conformes  aux  besoins  des  Eglises  Grecques-unies,  qu'elles 
furent  unanimement  embrassées  par  le  Clergé  de  la  Gallicie, 
de  la  Hongrie,  de  TEsclavonie,  de  la  Dalmalie,  de  la  Croa- 
tie, etc.  (1). 

Quoique  la  lettre  de  la  Liturgie  Byzantine  fût  exactement 
conservée  dans  les  Missels  Slaves  à  l'usage  des  diverses  Eglises 
du  rite  Grec-uni  dont  nous  venons  de  parler,  ces  Missels , 
outre  l'article  de  la  Procession  du  Saint-Esprit ,  la  prière 
pour  le  Pape,  l'addition  de  certaines  Fêtes  ou  Commémo- 
rations de  Saints,  renfermaient  plusieurs  Rubriques  dans  les- 
quelles il  était  pourvu  à  la  forme  des  cérémonies  d'une  ma- 
nière différente  de  ce  qui  s'observait  chez  les  schismatiques. 
Ces  Missels  étaient  donc  la  forteresse  de  la  foi  et  de  l'unité. 
Ceux  qu'on  trouvait  dans  les  Eglises  Catholiques  soumises  à 

(1)  Nous  devons  observer  ici  que  des  modifications  du  même  genre 
ont  été  faites,  depuis  des  siècles,  dans  les  rites  des  Grecs-unis  de  l'I- 
talie, de  la  Corse,  delà  Sicile,  des  Iles  de  l'Archipel,  etc.,  par  l'autorité 
des  Pontifes  Romains.  C'est  un  préjugé  Janséniste  de  croire  qu'il  y  ait 
au  monde  une  seule  Eglise  unie  au  Saint  Siège  qui  soit  indépendante 
de  Rome  dans  les  choses  de  la  Liturgie.  On  peut  consulter  sur  ce  sujet 
le  Bullaire  Romain,  et  les  Décrets  de  la  Congrégation  de  la  Propagande  ; 
on  y  verra  jusqu'à  ces  derniers  temps  l'exerçipe  du  pouvoir  Papal  sur 
les  rites  des  Eglises  orientales, 


726  INSTITUTIONS 

la  Russie  avant  Phorrible  persécution  qui  vient  de  fondre  sur 
elles,  sont  le  Missel  de  1659,  donné  parle  Métropolitain  Cyprien 
Zachowski ,  dédié  au  Prince  Charles-Stanislas  Radziewil  ; 
celui  de  1727,  publié  par  le  Métropolitain  Kiszka;  celui  de 
1790,  imprimé  par  ordre  du  Métropolitain  Szeptycki;  enfin, 
le  plus  récent,  promulgué,  il  y  a  peu  d'années,  par  le  Métro- 
politain Joseph  Bulhack  (1). 

On  peut  rapporter  les  diverses  modifications  de  la  Liturgie 
Grecque  dans  le  sens  Romain  à  deux  classes  ;  la  première, 
moins  considérable,  dans  le  Rituel,  se  compose  de  certaines 
additions  aux  cérémonies  dcsSacrements,  par  exemple,  l'onc- 
tion des  mains  dans  la  collation  de  l'ordre  de  Prêtrise^etc;  la 
seconde,  dans  le  Missel,  a  pour  objet  les  démonstrations  de 
piété  et  d'adoration  envers  le  divin  Sacrement  de  l'Eucha- 
ristie. Sous  ce  dernier  rapport,  l'Eglise  Orientale,  au  sein  de 
laquelle  l'erreur  des  Sacramcntaires  n'a  point  étendu  ses 
ravages,  est  restée  beaucoup  en  retard  de  l'Eglise  Latine  qui 
s'est  vue  obligée  de  multiplier  les  témoignages  liturgiques 
de  sa  foi  et  de  son  amour  pour  le  Sacrement  de  l'Autel ,  en 
proportion  des  attaques  de  l'hérésie.  Mais  on  sentira  facile- 
ment que  ces  développements  de  cuite,  si  légitimes  en  eux- 
mêmes,  en  supposant  môme  que  les  Eglises  d'Orient  puissent 
encoie  surseoir  à  leur  adoption,  sont  devenus  absolument 
nécessaires  dans  les  Eglises  de  l'Occident ,  qui  a  été  si 
violemment  ravagé  par  les  adversaires  de  la  Présence  Réelle. 
Ces  derniers  neprendraienl-ils  pas  scandale  de  ce  que,  parmi 
les  enfants  de  l'Eglise  Romaine,  les  uns  ne  fléchissent  pas 
même  le  genou  devant  l'Hostie  sainte,  tandis  que  les  autres 

(1)  Nous  empruntons  ces  détails  à  ia  Lettre  des  cinquante-quatre 
Prêtres  Catholiques  de  Lithuanie,  qui  ont  réclamé  pour  la  foi  et  l'u- 
nité Catholique  auprès  de  l'Evoque  Siemazko.  (  annales  de  Philosophie 
Chrétienne  Xe  année.  III*  série.  Tome  I,  ) 


LITURGIQUES.  727 

n'ont  point  assez  de  marques  d'adoration  à  lui  prodiguer? 
Et  les  fidèles  du  rite  Grec-uni  ne  seraient-ils  pas  blessés  dans 
leurs  plus  chères  affections  religieuses,  s'il  ne  leur  était  pas 
permis  de  pratiquer,  à  l'égaLdes  Catholiques  du  rite  Latin , 
auxquels  ils  sont  mêlés  ,  ces  actes  religieux  qui  ne  sont , 
après  tout,  que  la  manifestation  d'une  même  foi? 

Il  est  donc  résulté  de  là  que  sitôt  après  la  réunion  de 
1594,  l'usage  d'exposer  le  Saint-Sacrement  les  jours  de  Fêtes 
et  de  Dimanches  s'est  introduit,  à  la  grande  satisfaction  des 
Catholiques,  dans  la  Lithuanie  et  les  autres  provinces  du 
rite  uni;  les  génuflexions,  les  adorations  profondes   à  la 
sainte  Eucharistie  sont  devenues  des  pratiques  communes  et 
dès-lors  réglées  par  des  Rubriques  spéciales.  Mais  comme  la 
piété  Catholique  ne  se  contente  pas  d'adorer  le  Verbe  in- 
carné, dans  le  divin  Sacrement ,  mais  qu'elle  aspire  encore 
à  s'en  nourrir  comme  de  l'aliment  de  vie  ,  les  entraves  que 
la  Liturgie  orientale  met  à  la  Communion  fréquente  ont  dû 
pareillement  céder  devant  l'empressement  légitime  des  fi- 
dèles. Dans  le  rite  Grec ,  il  ne  doit  y  avoir  pour  la  célébra- 
tion de  la  Messe  qu'un  seul  autel ,  lequel  doit  être  retranché 
derrière  ce  rempart  qu'on  nomme  Iconostase,  espèce  de  por- 
tique décoré  d'Images  saintes,  qui  laisse  à  peine  l'œil  péné- 
trer furtivement  jusqu'à  l'autel,  et  qui  se  ferme  totalement 
aux  instants  solennels  du  saint  Sacrifice.  Ces  usages  sévères 
se  sont  trouvés  modifiés  comme  d'eux-mêmes.  L'autel  du  fond 
est  demeuré ,  il  est  vrai ,  retranché  derrière  Y  Iconostase,  en 
plusieurs  lieux  ;  mais  dans  beaucoup  d'Eglises,  Y  Iconostase 
a  été  sacrifiée,  et,  dans  presque  toutes  les  autres,  des  autels 
extérieurs  onlété  construits  en  divers  endroits  de  l'édifice,  à  la 
manière  Latine.  Ces  autels  servent  aux  Messes  privées  qui  sont 
inconnues  aux  schismatiques,  tandis  qu'elles  sont,  pour  les  Ca- 
tholiques, l'aliment  de  la  piété,  l'occasion  facile  d'approcher 


728  INSTITUTIONS 

fréquemment  des  saints  Mystères  et  de  resserrer  le  lien  de  l'u- 
nité. Enfin,  ces  autels  multipliés,  afin  que  la  Victime  sans  cesse 
renaissante  se  multiplie  comme  la  manne  du  ciel  qui  en  était 
la  figure,  ces  autels  que  la  foule  des  fidèles  environne  dans 
une  sainte  familiarité,  ces  autels  qui  voient  célébrer  un  Sa- 
crifice journalier,  demandent  un  Clergé  digne  de  les  desser- 
vir, un  Clergé  voué  à  la  chasteté;  et  voilà  pourquoi,  en 
attendant  une  heureuse  révolution  qui  astreindrait  le  Clergé 
séculier  au  célibat ,  les  Grecs-unis  des  contrées  dont  nous 
parlons  professent  une  si  grande  vénération  pour  les  Moines 
Basiliens,  que  leur  profession  de  chasteté,  qui  rehausse  en- 
core en  eux  le  zèle  de  la  foi,  rend  aptes  à  la  célébration 
journalière  du  grand  Sacrifice. 

Il  est  donc  évident,  d'après  ces  faits,  que  la  Liturgie 
Grecque,  chez  un  peuple  uni  à  l'Eglise  Romaine,  tend 
naturellement  vers  des  développements  destinés  a"  faire  pé- 
nétrer en  elle  les  formes  du  Christianisme  occidental,  et  ca- 
pables dans  un  temps  donné  ,  d'altérer  plus  ou  moins,  par 
l'effet  même  d'un  tel  progrès,  sa  physionomie  primitive.  Et 
nous  n'avons  garde  d'en  disconvenir;  mais  dans  un  pays  dont  le 
souverain  s'est  fait  chef  de  la  religion,  en  sorte  que  les  formes 
du  culte  sont  désormais  fixées  parla  loi  de  l'Etat,  on  conçoit 
que  la  politique  voie  avec  inquiétude  et  jalousie  un  mouve- 
ment imprimé  à  ces  mêmes  formes  par  des  sujets  dissidents. 
Un  tel  progrès  devient  un  attentat  contre  la  Liturgie  légale  et 
immobile,  au  moyen  de  laquelle  l'Autocrate  espère  comprimer 
tout  mouvement  religieux,  comme  attentatoire  à  sa  souverai- 
neté spirituelle.  Ce  fut  le  motif  qui  arrêta  promplement  les 
velléités  que  Pierre  Ier  sembla  manifester  quelques  instants  de 
replacer  son  Empire  sous  la  communion  Romaine.  Plus  tard, 
Catherine  If,  après  le  partage  de  la  Pologne  (  cette  affreuse 
calamité  que  tout  vrai  Catholique  ne  saurait  trop  déplorer  )., 


LITURGIQUES.  729 

devenue  maîtresse  de  la  Lilhuanie,  de  la  Volhinie,  de  la  Po- 
dolie  et  de  l'Ukraine ,  employa  toutes  sortes  de  violences 
contre  les  Grecs-unis  de  ses  nouveaux  Etats,  et  l'on  n'en 
compta  pas  moins  de  trois  millions  réunis  violemment  à  l'E- 
glise schismatique,  et  privés  désormais  de  tout  moyen  de 
suivre  les  rites  qui  étaient  l'expression  et  la  défense  de  leur 
foi. 

Le  feu  de  la  persécution  se  ralentit  un  peu  sous  Paul  Ie% 
sans  qu'il  fût  permis  néanmoins  aux  Catholiques  du  rite 
Grec-uni ,  arrachés  violemment  à  leurs  croyances  et  à  leurs 
pratiques,  de  retourner  à  l'ancien  culte.  Alexandre  Ier  régna 
ensuite,  et  s'il  ne  persécuta  pas  les  Grecs-unis,  il  ne  fit  rien 
non  plus  en  leur  faveur  ;  si  ce  n'est,  peut-être,  d'autoriser  le 
rétablissement  du  titre  de  la  Métropole  d'Halicz  ;  encore  pro- 
céda-t-il  en  cette  mesure  sans  le  concours  du  Saint  Siège.  Des 
bouleversements  inouis ,  des  suppressions ,  réductions  et 
unions  de  Sièges  épiscopaux,  des  nominations  d'Evêques  faites 
par  l'autorité  laïque  et  même  schismatique,  avaient  jeté  une 
grande  confusion  dans  toutes  les  provincesRusses  habitées  par 
les  Grecs-unis  :  la  mission  légitime  avait  cessé,  et,  partant,  la 
vie  des  Eglises  éprouvait  une  suspension  désolante.  Enfin,  en 
4817,  il  fut  possible  au  Siège  Apostolique  de  remédier,  au 
moins  en  quelque  degré,  à  de  si  grands  maux.  Joseph  Bu- 
lack,  élève  de  la  Propagande,  ayant  été  désigné  par  l'Empe- 
reur pour  Métropolitain  de  toute  l'Eglise  Grecque  unie,  Pie  VII 
lui  conféra  l'Institution  Canonique,  avec  des  pouvoirs  extraor- 
dinaires, pour  réparer  tout  ce  qui  s'était  fait  d'irrégulier 
pendant  la  période  d'anarchie  spirituelle  qui  venait  s'écouler. 
Bulack  fut  autorisé  à  donner  lui-même  l'Institution  Canonique 
a  tous  les  Evêques  de  son  rite  qui  ne  l'avaient  pas  reçue,  et,  par 
ses  soins,  les  Eglises  qui  étaient  restées  dans  l'union  avec  le 
Saint  Siège  recouvrèrent  une  ombre  de  libellé .  et  accueil? 


730  INSTITUTIONS 

lirent  quelques  lueurs  d'espérance  ;  car  l'esprit  du  Bienheu- 
reux Martyr  Josaphat  s'était  reposé  sur  le  pieux  et  fidèle 
Métropolitain  Joseph. 

Mais  les  Catholiques  ne  tardèrent  pas  à  perdre  toute  il- 
lusion sur  le  sort  qui  les  attendait.  En  1825,  Nicolas  Ier  monta 
sur  le  trône  impérial  de  toutes  les  Russies,  et  avec  lui  la  plus 
abominable  tyrannie.  Ce  Prince  résolut  d'en  finir  avec  l'Eglise 
Catholique  dans  ses  Etats  ;  mais  sa  rage  s'attaqua  principale- 
ment aux  faibles  restes  des  Grecs-unis.  Méprisant  profondé- 
ment l'espèce  humaine,  il  ne  compta  pour  rien  la  résistance 
du  peuple  et  même  celle  des  popes;  le  knout  et  la  Sibérie  de- 
vaient en  faire  bonne  justice.  Mais  l'épiscopat  pouvait  offrir 
une  résistance  plus  éclatante;  il  importait  donc  de  l'anéantir, 
ou,  du  moins ,  de  le  dégrader.  Nicolas  a  d'abord  ,  en  1825, 
supprimé  PEvêché  de  Luck,  à  la  mort  du  titulaire.  Un  nouvel 
ukase,  en  1832,  enchérissant  encore,  est  venu  décider  que 
désormais  les  sujets  Russes  du  rite  Grec-uni  ne  formeront 
plus  que  deux  Diocèses,  celui  de  Lithuanie  et  celui  de  la 
Russie  Blanche;  par  cette  mesure  sacrilège,  l'épiscopat  se 
trouvant  réduit  à  deux  membres  ,  ou  quatre  au  plus  ,  en 
comptant  les  Vicaires-Evêques  des  deux  Prélats,  il  devenait 
facile  d'étouffer  la  foi  Catholique,  en  employant  la  violence 
et  la  corruption  contre  des  hommes  faibles  et  isolés. 

Le  résuitat  de  cet  impie  machiavélisme  ne  s'est  pas  fait 
attendre  long-temps.  Le  pieux  Joseph  Buihack  a  été  enlevé 
trop  tôt  pour  le  malheur  de  son  Eglise,  et  il  a. emporté  dans 
sa  tombe  la  liberté  et  la  foi.  Les  Sièges  de  Luck,  de  Minsk, 
de  Polotzk,  se  trouvaient  déjà  vacants,  et  à  l'exception  de 
Philippe-Félicien  Szumborski,  Evêque  deChelm,au  Royaume 
de  Pologne,  il  n'y  avait  plus  en  exercice  dans  toute  la  Russie 
que  trois  Evêques  du  rite  Grec-uni.  Ces  Prélats  étaient  Joseph 
Siemaszko,  qui  s'intitule,  de  par  l'Empereur,  Evêque  de  Li- 


LITURGIQUES.  731 

thuanie;  Basile  Luzynski,  dit  Evêque  d'Orsza  ,  établi  par  Ni- 
colas gérant  du  Diocèse  de  la  Russie  Blanche  ;  et  Antoine 
Zubko,  institué,  également  par  l'Autocrate,  Vicaire  du  Dio- 
cèse de  Lithuanie,  avec  le  titre  d'Evêque  de  Bresta.  Ces  trois 
malheureux  Prélats,  que  l'histoire  flétrira  de  la  même  honte 
qui  s'attache  au  nom  du  Disciple  perfide  ,  et  que  l'indigna- 
tion du  Pontife  Romain  a  déjà  marqués  d'un  stigmate  ineffa- 
çable, ont  livré  au  schisme  et  à  l'hérésie  les  âmes  de  leurs 
peuples,  et  par  eux  la  lumière  du  saiut  s'est  éteinte  sur  de 
vastes  contrées  où  leur  devoir  était  de  la  conserver  et  de  l'ac- 
croître. Ils  ont  adressé  au  tyran  ,  sous  la  date  du  12  février 
1859 ,  une  supplique,  en  les  termes  les  plus  humbles  ,  ten- 
dante à  obtenir  la  faveur  a'ètre  acceptés  par  Sa  Majesté, 
eux*:nêmes,  leur  Clergé  et  leurtroupeau,  dans  la  communion 
ùel'Eglise  Apostolique-Orthodoxe- Catholique- Grecque  (1),  et 
cette  horrible  prévarication  a  consommé  la  perte  d'un  mil- 
lion et  demi  de  Catholiques,  dans  la  seule  Lithuanie. 

Au  reste,  ces  Pasteurs  mercenaires  ont  voulu  en  imposer  à 
la  conscience  publique,  quand  ils  ont  osé  affirmer  qu'ils  for- 
maient ,  à  eux  trois  ,  tout  l'épiscopat  Grec-uni  de  la  Russie. 
Outre  i'Evêque  de  Chelm  que  nous  avons  nommé  ci-dessus, 
Prélat  fortement  attaché  à  la  Catholicité,  deux  autres  Evêques 
ont  refusé  de  souscrire  l'acte  de  schisme  ;  l'un  est  le  Prélat 
Zarski,  Evêque  in  partions ,  et  l'autre  le  Prélat  Joszyf, 
membres  l'un  et  l'autre  du  Collège  Grec-uni  de  Saint-Péters- 
bourg. En  outre ,  les  trois  Evêques  apostats  ont  joint  à  leur 
supplique  les  signatures  de  mille  trois  cent  cinq  Ecclésias- 
tiques, qu'ils  assurent  composer  la  totalité  du  Clergé  Grec- 
uni;  et,  d'autre  part,  on  sait  qu'en  1854,  cinquante-quatre 
Prêtres  Lithuaniens  protestèrent  contre  les  tentatives  de 

(1)  Jnna'es  (te  Philosophie  Chrétienne,  Ibid.  pag.  234. 


752  INSTITUTIONS 

Siemaszko  pour  établir  le  schisme.  11  est  vrai  de  dire  que,  de- 
puis, la  violence  a  produit  de  bien  tristes  effets  sur  la  plupart 
de  ces  Popes,  tous  engagés  dans  les  liens  du  mariage  et  ré- 
duits à  choisir  entre  leur  devoir  et  l'exil  en  Sibérie. 

Maintenant,  il  importe  de  faire  connaître  le  double  moyen 
employé  par  l'Autocrate  pour  accomplir  son  œuvre  et  pour  en 
assurer  la  durée.  Il  a  tout  consommé  par  la  suppression  de 
l'Ordre  des  Basiliens,  le  seul  qui  existât  chez  les  Grec-unis, 
et  par  l'adoption  forcée  de  nouveaux  livres  liturgiques. 

Habile  dans  la  tactique  des  gouvernements  européens, 
quand  ils  veulent  asservir  l'Eglise,  Nicolas  a  suivi  fidèlement 
tous  les  degrés  qu'ils  gardent  dans  l'exécution  de  ce  plan  sa- 
crilège. Ainsi,  pour  anéantir  les  Basiliens ,  il  a  commencé 
par  les  soumettre  aux  Ordinaires;  en  second  lieu,  il  les  a 
entravés  dans  l'admission  des  Novices  ;  la  troisième  mesure 
a  été  la  confiscation  des  biens;  enfin,  la  quatrième  ,  qui  a 
tout  terminé,  a  été,  en  1832,  la  suppression  définitive  de 
l'Ordre  lui-même.  Du  moins ,  la  voix  d'un  Evêque  s'est  élevée 
contre  cette  machiavélique  et  atroce  persécution  ;  le  pieux 
Prélat  Szezyt,  suffragant  de  l'Archevêché  de  Mohilow,  du  rite 
Latin,  a  osé  faire  entendre  des  réclamations  contre  la  sup- 
pression des  Basiliens ,  et  contre  celle  d'un  grand  nombre 
d'autres  Monastères  du  rite  Latin  qui  ont  été  abolis,  jusqu'au 
nombre  de  221 ,  dans  la  seule  Métropole  de  Mohilow.  Ce 
courage  apostolique  n'a  pas  tardé  non  plus  à  recevoir  sa  ré- 
compense. Le  Prélat  s'est  vu  arracher  violemment  à  son 
troupeau  et  reléguer  jusqu'aux  extrémités  de  l'empire.  Les 
instances  de  la  noblesse  ont  pu  seules  obtenir  qu'il  ait  enfin 
été  rendu  à  l'exercice  de  sa  charge  pastorale  (i). 

(1)  Nous  devons  mentionner  ici  un  autre  Prélat  du  rite  Latin,  que 
sa  conduite  pleine  (Je  courage  désigne  à  l'admiration  et  à  la  recon» 


LITURGIQUES.       '  755 

Pendant  qu'on  travaillait  à  ruiner  l'Ordre  des  Basiliens , 
ces  Prêtres  célibataires  dont  l'influence  était  si  grande  sur 
les  Grec-unis,  et  qui  leur  garantissaient  le  bienfait  de  la  cé- 
lébration journalière  du  Sacrifice  chrétien  ,  les  presses  im- 
périales de  Moscou  enfantaient,  en  1851,  un  Missel  destiné 
à  remplacer  dans  les  Eglises  Grecques-unies  celui  du  véné- 
rable Joseph  Bulhac  et  de  ses  prédécesseurs.  Ce  Missel  tota- 
lement conforme  à  celui  des  Sehismaiiques  ne  différait  guère 
de  l'ancien  que  par  ses  omissions.  On  y  supprimait  l'article 
de  la  Procession  du  Saint-Esprit ,  la  mention  du  Pape ,  et 
aussi  les  diverses  Rubriques  tendantes  à  manifester  par  des 
rites  spéciaux  la  foi  dans  le  mystère  de  la  Présence  Réelle. 
Faire  accepter  ce  Missel  aux  Eglises  Grecques-unies ,  c'était 
donc  les  replonger  dans  le  schisme ,  en  même  temps  que 
déclarer  la  Liturgie  impuissante  à  tout  développement, 
quelque  légitime  qu'il  soit.  Nous  avons  signalé  ailleurs  ce 
caractère  judaïque  de  la  Liturgie  dans  les  Eglises  d'Orient. 

Dès  lors ,  le  gouvernement  russe  a  senti  que  tout  était 
gagné  pour  son  système  s'il  parvenait  à  introduire  ce  nou- 
veau Missel  dans  les  Eglises  Grecques-unies;  cet  attentat 
devenait  facile  depuis  la  suppression  des  Basiliens ,  la  mort 

naissance  de  tous  les  Catholiques.  En  1835,  le  gouvernement  de  Var- 
sovie ayant  publié  un  édit  qui  enjoignait  à  l'Evoque  de  Podlachie, 
Mgr.  Gutkowski,  de  faire  disparaître  des  bibliothèques  ecclésiastiques 
de  son  Diocèse  un  livre  qui  traite  de  la  Concorde  et  de  la  Discorde  des 
Grecs  et  des  Latins ,  le  Prélat  a  refusé  de  se  soumettre  à  cette  injonc- 
tion, par  laquelle  on  lui  demandait  de  trahir  les  intérêîs  d'une  religion 
dont  il  est  le  défenseur  naturel.  I!  n'a  pas  montré  moins  de  vigueur  en 
supposant  de  toutes  ses  forces  a  l'exécution  du  décret  impérial  qui 
ordonne  que  les  enfants  issus  des  mariages  entre  les  Grecs  et  les  Latins 
seront,  sans  distinction,  élevés  dans  la  religion  Grecque.  Depuis  près 
de  dix  ans,  ce  généreux  confesseur  de  la  fui  et  de  la  liberté  de  l'Eglise 
et  chassé  de  sa  ville  épiscopale,  et  contraint  d'errer  à  travers  son 
Diocèse ,  sans  demeure  fixe  et  en  butte  à  toutes  les  persécutions, 


INSTITUTIONS 

ou  la  défection  des  Evêques  de  ce  rite.  Nous  apprenons  par 
une  lettre  du  Ministre  de  l'intérieur  à  l'Empereur  Nicolas, 
en  date  du  30  avril  1857  (1) ,  que,  dès  celte  époque  ,  la  plus 
grande  partie  des  Eglises  Grecques-unies,  tant  des  villes  que 
des  campagnes,  était  déjà  pourvue  du  nouveau  Missel.  On 
avait  enlevé  les  anciens  par  violence,  et  dans  la  crainte  que 
les  usages  extérieurs  empruntés  à  l'Eglise  Latine  ne  demeu- 
rassent comme  une  protestation  contre  ia  suppression  des 
Missels  Catholiques,  l'Autocrate  avait  pris  des  mesures  ma- 
térielles pour  anéantir  toutes  les  tendances  vers  les  habitudes 
de  piété  du  catholicisme.  Ainsi ,  dans  l'espace  de  trois  ans 
(  de  1834  à  1837  ) ,  on  avait  rétabli  la  barrière  des  Iconos- 
tases dans  trois  cents  dix-sept  Eglises  de  l'Epurchie  Lithua- 
nienne; afin  que  désormais  l'autel  cessât  d'être  aussi  ac- 
cessible à  la  religion  des  peuples.  Les  autels  latéraux, 
qui,  dans  les  Eglises  même  dont  les  Iconostases  avaient  été 
conservées,  étaient  en  dehors  de  cette  barrière  et  si  favo- 
rables à  la  célébration  des  Messes  privées,  avaient  été  démo- 
lis ;  on  avait  conservé  seulement  ceux  de  ces  autels  dont 
l'emplacement  et  la  construction  se  trouvaient  liés  inévita- 
blement à  la  disposition  architecturale  de  l'Eglise.  Plusieurs 
Eglises  en  effet,  surtout  dans  les  derniers  temps,  avaient  été 
bâties  d'après  un  système  déplus  en  plus  rapproché  de  celui 
des  Latins ,  dans  lequel  le  nombre  et  le  placement  des  autels 
est  d'une  si  grande  importance.  Au  reste,  si  le  gouverne- 
ment russe  consentait  à  ne  pas  démolir  ces  autels,  c'était  en 
défendant  qu'on  y  célébrât  désormais  le  saint  sacrifice  (2). 

Mais  ce  que  nous  disons  ici  ne  montre  point  encore  assez  la 
rage  dont  les  Schismatiqucs  russes  sont  animés  contre  les 

(1)  Jnnales  de  Philosophie  Chrétienne-.  Ibidem.  Pages  240-242. 

(2)  Ibidem. 


LITURGIQUES.  735 

formes  liturgiques  des  Latins.  On  conçoit  que  la  majesté  de 
l'Autocrate  se  sente  instinctivement  blessée  des  honneurs  ren- 
dus à  PHomme-Dieu ,  dont  les  Grecs-Unis  dressaient  le  trône 
quand  ils  exposaient  le  Saint-Sacrement ,  auquel  ils  prodi- 
guaient les  marques  extérieures  d'adoration;  après  tout, 
c'est  une  véritable  cour,  avec  toutes  ses  assiduités  et  tous 
ses  honneurs  ,  que  le  Catholicisme  tend  à  former  autour  du 
Tabernacle  Eucharistique.  Mais  croirait-on  que  le  Tyran  en 
est  venu  jusqu'à  se  montrer  jaloux  de  la  sonnette  que  les 
Grecs-unis  avaient  empruntée  des  Latins ,  pour  marquer  les 
principaux  instants  du  sacrifice  et  réveiller  l'attention  des 
fidèles?  Le  Ministre  de  l'Intérieur  se  glorifie  auprès  de  son 
maître  d'avoir  fait  disparaître  cet  usage  papiste  de  toutes 
les  Eglises  deLithuanie  (1). 

Enfin ,  tel  est  l'éloignement  que  le  Schisme  Grec  a  tou- 
jours eu  pour  les  développements  de  la  forme  dans  l'art, 
éloignement  qui  lui  a  inspiré  ses  déplorables  théories  sur  la 
laideur  du  Christ  et  de  la  Vierge  Marie  ,  et  aussi  la  rai- 
deur et  l'immobilité  de  ses  types,  qu'on  le  voit  aujourd'hui 
poursuivre  avec  la  dernière  rigueur  le  roi  des  instru- 
ments de  musique ,  le  grand  moyen  de  l'harmonie  sacrée , 
l'Orgue.  Les  Grecs-unis  avaient  reçu  des  Latins  ce  puissant 
mobile  de  la  prière  et  des  sentiments  religieux  ;  avec 
l'orgue,  ils  se  sentaient  réellement  fils  de  la  Chrétienté 
Romaine,  membres  de  la  civilisation  occidentale.  Les 
ordres  les  plus  sévères  ont  été  donnés  pour  la  destruction 
de  cet  instrument.  Dans  le  Christianisme  bâtard  de  la 
Russie ,  la  clef  des  mystères  est  perdue  ;  on  prétend  ré- 
duire à  la  seule  voix  humaine  toute  l'harmonie  qui  devra 
retentir  autour  de  l'autel  ;  comme  si  la   vraie  religion 

(t)  Ibidem. 


756  INSTITUTIONS 

n'avait  pas  reçu  la  mission  de  donner  une  voix  à  toute 
la  nature  et  de  forcer  les  éléments  à  s'unir  à  l'homme 
dans  un  même  concert.  C'est  ce  que  fait  dans  nos  Eglises 
ce  puissant  prince  de  l'harmonie,  qui  a  reçu  la  magnifique  et 
biblique  appellation  d'Orgue ,  Organum.  Qu'importent  les 
succès  merveilleux  du  collège  des  Chantres  de  la  Cour  à 
Saint-Pétersbourg,  et  des  écoles  de  chant  établies  officiel- 
lement à  Polock  et  à  Zyrowice?  Ce  luxe  ne  sert  qu'à  mettre 
a  découvert  la  pauvreté  d'une  Liturgie  qui  repousse,  par 
système,  les  moyens  grandioses  d'accroître  les  effets  de 
l'harmonie,  et  de  marier  la  voix  du  peuple  à  celle  des  Prêtres 
dans  un  concert  immense.  Une  religion  de  Cour,  sensualisle 
et  confortable ,  craint  les  mélodies  fortes  et  sévères  qui 
élèvent  l'homme  au-dessus  du  présent;  il  lui  faut  une  har- 
monie qui  soit  toute  de  la  terre,  dans  laquelle  l'élément  re- 
ligieux ne  fasse  que  raviver,  par  un  contraste  piquant ,  les 
sensations  amollissantes  du  théâtre  et  des  profanes  mélodies. 
On  sait  de  reste  combien  est  dur,  monotone  et  désagréable, 
l'accent  du  Prêtre  dans  la  Liturgie  Grecque;  combien  il  est 
loin  de  la  suave  magnificence  de  notre  Préface,  imitée  pour- 
tant des  anciens  Grecs  :  l'Orgue  venait  donc  à  propos  pour 
relever  l'inspiration  et  ranimer  la  prière  languissante  :  l'Au- 
tocrate ne  l'entend  pas  ainsi,  et  il  est,  au  reste,  assez  piquant 
de  le  voir  dans  son  zèle  anti-liturgiste  s'accorder  pour  la 
destruction  de  l'Orgue  avec  le  régicide  Evêque  Grégoire,  que 
nous  avons  vu,  au  Concile  de  1797,  proposer  de  remplacer 
cet  instrument  par  le  tam-tam  chinois. 

Au  reste,  le  gouvernement  se  charge  de  pourvoir  avec 
largesse  aux  frais  de  l'éducation  des  nouveaux  musiciens,  et 
telle  est  sa  munificence  quand  il  s'agit  de  procurer  l'exécu- 
tion de  ses  plans  anti-liturgistes,  que  le  Ministre  de  l'Inté- 
rieur, dans  le  rapport  déjà  cité,  fait  voir  en  détail  à  son  maître 


LITURGIQUES.  757 

que  le  défaut  d'argent  est  la  seule  cause  du  retard  qui  a  été 
mis  en  quelques  lieux  à  l'exécution  des  ordres  impériaux, 
tant  pour  le  rétablissement  des  Iconostases ,  que  pour  la 
substitution  de  Missels  et  ornements  Grecs  purs,  aux  Missels 
et  ornements  Papistes  qu'on  a  été  contraint  de  laisser  sub- 
sister encore  pour  quelque  temps. 

L'Autocrate  poursuivait  donc  avec  ardeur  son  système  de 
destruction  du  Catholicisme,  au  moyen  de  ces  changements 
dans  la  forme,  si  significatifs  et  si  efficaces,  en  même  temps 
qu'il  travaillait  à  amener  les  trois  évêques  Siemaszko ,  Lu- 
zynski  et  Zubko,  à  déclarer  leur  apostasie.  Ce  dernier  fait 
étant  accompli ,  Nicolas  a  fait  donner  des  ordres  par  le  saint 
Synode,  portant  qu'on  ne  devra  pas  procéder  avec  trop  de  ri- 
gueur contre  quelques  usages  religieux  conservés  encore  par 
les  nouveaux  schismatiques;  mais  qu'on  devra,  au  contraire* 
user  de  tolérance,  et  maintenir,  autant  quepossible,  les  mêmes 
pasteurs  dans  les  Eglises,  du  moment  qu'ils  auront  consenti 
à  renoncer  à  l'unité  Romaine.  Le  nouveau  Missel  de  Moscou, 
l'interdiction  des  Messes  privées,  le  rétablissement  des  Ico- 
nostases, la  suppression  des  honneurs  rendus  au  Saint  Sa- 
crement, etc.,  tous  ces  moyens  joints  à  un  système  d'édu- 
cation schismatique,  suffisent  en  effet  pour  consommer  sans 
trop  de  violence  la  séparation  qui  a  été  le  but  de  tant  de 
crimes  et  de  parjures. 

Maintenant,  la  divine  Providence  permettra-t-elle  que 
cette  œuvre  abominable  demeure  accomplie  sans  retour,  et 
que  le  schisme  Grec,  avec  toutes  ses  conséquences  abrutis- 
santes, étende  à  jamais  son  joug  sur  ces  malheureuses  pro- 
vinces?C'est  le  secret  de  Dieu  ;  mais  nous,  sachons  du  moins 
accepter  les  leçons  qui  résultent  de  ces  événements  contem- 
porains, dont  notre  préoccupation  ne  saisirait  peut-être  pas 
toute  la  portée. 

T.  il.  47 


758  INSTITUTIONS 

D'abord,  il  est  une  fois  de  plus  démon iré  par  les  faits  qu'il 
ne  saurait  jamais  y  avoir  d'attentat  contre  la  foi  ou  l'unité 
catholiques,  dont  le  contre-coup  ne  se  fasse  sentir  sur  la  Li- 
turgie ;  parce  qu'il  n'est  pas  non  plus  un  seul  des  intérêts  de 
cette  foi  et  de  cette  unité,  qui  ne  trouve  dans  la  Liturgie  sa 
représentation  expresse.  Cette  vérité  est  banale  à  force  d'a- 
voir été  répétée  dans  ce  livre  :  ce  sera  la  dernière  fois.  Con- 
cluons :  donc,  il  est  essentiel  d'examiner  les  ini entions  et  les 
doctrines  de  ceux  qui  proposent  des  changements  dans  la 
Liturgie,  et  se  tenir  en  garde  contre  eux,  fussent-ils  couverts 
de  peaux -de  brebis,  et  n'eussent-ils  dans  la  bouche  que  les 
beaux  mots  de  perfectionnement  et  de  retour  à  l'antiquité. 
En  second  lieu,  il  résulte  de  ce  récit  que  la  politique  des 
Pontifes  Romains,  qui  a  toujours  tendu  à  réunir  les  Eglises 
dans  une  même  Liturgie ,  vient  de  recevoir  sous  nos  yeux 
une  nouvelle  et  éclatante  justification.  Si,  au  temps  de  Cathe- 
rine H,  trois  millions  de  Catholiques,  et  sous  Nicolas  Ier,  un 
million  et  demi,  ont  été  détachésdu  vrai  christianisme,  c'est 
uniquement    parce    que    ces  Catholiques   manquaient    de 
l'appui  que  leur  eût  naturellement  offert  la  communauté 
absolue  de  rites,  de  chants  et  de  prières,  avec  les  autres 
membres  de  l'Eglise  Romaine.  Et  cela  est  si  vrai  que  ni  Cathe- 
rine II,  ni  l'Empereur  Nicolas,  n'ontsongé  à  réunir  au  schisme 
Grec  des  millions  de  Polonais  dont  la  foi  Latine  les  inquiétait, 
mais  qu'ils  sentaient  re(  ranehés  derrière  l'inviolable  boulevart 
de  la  Liturgie  Romaine.  Or,  toute  Liturgie  qui  n'est  pas  Ro- 
maine devient  infailliblement  nationale,  dans  L'acception  plus 
ou  moins  étendue  de  ce  terme,  et,  parlant,  elle  tombe  sous  le 
pouvoir  et  l'administration  du  Prince  ou  de  ses  agents.  En 
France,  ce  seront  les  Parlements,  ou  toute  aune  forme  ju- 
diciaire ou  législative  qui  leur  a  succédé;  en  Russie,  c'est 
l'Autocrate  avec  ses  ministres.  Un  pouvoir  tyrannique,  impie, 


LITURGIQUES.  759 

• 

hérétique,  aura  donc  la  haute  main  sur  la  foi  des  peuples  et 
sur  les  mœurs  chrétiennes  qui  dérivent  de  cette  foi.  Il  est 
aisé  de  comprendre  jusqu'où  vont  les  conséquences  de  la 
forme  nationale  dans  le  culte;  nous  en  avons  signalé  un 
grand  nombre  dans  cet  ouvrage,  et  quant  aux  provinces 
qu'un  sévère  jugement  de  Dieu  a  soumises  à  l'Empereur  de 
Russie,  tout  le  monde  conviendra  sans  peine  que  la  Liturgie 
Romaine  eût  garanti,  avec  la  foi  des  peuples  qui  les  habitent, 
celte  dignité  de  la  nature  humaine  qui  ne  souffre  pas  la  ser- 
vitude de  la  pensée  et  des  affections  religieuses.  Si  donc 
l'Autocrate  a  voulu,  par  ses  mesures  sacrilèges  et  anti-litur- 
giques, river  à  jamais  les  fers  de  ces  populations  malheu- 
reuses ,  c'est  qu'il  savait  que  les  tendances  Romaines  qui  se 
révélaient  au  milieu  de  la  Liturgie  Grecque  telle  qu'elles  la 
pratiquaient,  leur  faisaient  pressentir  le  bienfait  d'une  civili- 
sation Catholique,  et  les  amèneraient  peu  à  peu ,  à  se  fondre 
dans  les  mœurs  plus  dignes  et  plus  libres  des  nations  de  la 
langue  Latine.  La  Pologne  doit  savoir  maintenant  que  la 
seule  nationalité  qui  lui  reste,  celle  qu'on  ne  saurait  lui  ôter 
malgré  elle,  est  dans  le  Catholicisme;  mais  à  la  vue  du  sort 
malheureux  de  sa  tristesœurlaLithuanie,  qu'elle  comprenne 
aussi  que  le  Catholicisme ,  chez  elle ,  n'a  de  défense  que 
dans  la  Liturgie.  Qu'elle  presse  donc  contre  son  cœur  et 
qu'elle  défende  comme  sa  dernière ,  mais  ferme  espérance, 
ce  Bréviaire  et  ce  Missel  Romains  par  lesquels  elle  sera  tou- 
jours Latine ,  et  non  Russe.  Qu'elle  se  sente  fière  aussi  de 
ce  que,  par  la  Liturgie,  le  monde  Catholique  rend  hommage 
chaque  année  à  la  grandeur  des  héros  de  sainteté  qu'elle  a 
produits;  son  Stanislas  de  Cracovie,  son  Casimir,  son  Hya- 
cinthe, son  Hedwige,  et  aussi  son  admirable  Jean  de  Kenty, 
dans  la  fête  duquel  nous  disons  par  toute  la  terre  ,  suivant 
l'ordre  du  Siège  Apostolique  : 


740  INSTITUTIONS 

0  qui  roganti  nemini 
Opem  negasti,  patrium 
Regnum  tuere  ;  postulant 
Cives  Poloni  et  exteri. 

Terminons  maintenant  cette  revue  do  l'Eglise  universelle, 
sous  le  rapport  liturgique,  en  nous  arrêtant  à  Rome  même, 
où  il  nous  reste  à  constater  plusieurs  faits  remarquables  en  ce 
dix-neuvième  siècle.  Nous  verrons  d'abord  que  les  Pontifes 
Romains  de  nos  jours  n'ont  été  pas  moins  jaloux  que  leurs 
prédécesseurs,  délaisser  dans  la  Liturgie  des  marques  de 
leur  piété. 

Pie  VII,  de  sainte  mémoire,  plaça  au  Bréviaire,  sous  le 
rite  double  mineur,  saint  François  Carracciolo,  l'un  des  cinq 
Bienheureux  qu'il  avait  canonisés.  Il  éleva  au  même  degré 
la  fête  de  saint  Clément,  Pape,  qui  jusqu'au  rs  n'avait  été 
que  semi-double.  Enfin ,  pour  ranimer  dans  toute  l'Eglise  la 
dévotion  à  Marie  Compatissante,  il  institua  une  seconde  Fêle 
des  Sept  Douleurs  de  la  Sainte  Vierge,  qui  se  célèbre  le  troi- 
sième Dimanche  de  Septembre. 

Léon  XII  accomplit  une  grande  et  honorable  justice  envers 
un  des  plus  saints  et  des  plus  courageux  Prélats  du  Moyen- 
âge  ,  en  établissant  au  Bréviaire  le  nom  et  la  fête  de  saint 
Pierre  Damien,  du  degré  Double-mineur,  avec  le  titre  de  Con- 
fesseur Pontife  et  Docteur  de  l'Eglise.  Ce  fut  la  seule  œuvre 
de  ce  genre  qu'il  exécuta  dans  son  trop  court  Pontificat. 

Son  successeur  Pie  VIII,  qui  ne  fit  que  passer  sur  la  Chaire 
de  saint  Pierre,  exerça  d'une  manière  non  moins  solennelle 
sa  prérogative  d'arbitre  de  la  Liturgie,  en  rendant  un  Dé- 
cret pour  attribuer  désormais  à  saint  Bernard  le  titre  et  les 
honneurs  de  Docteur  de  l'Eglise.  11  y  avait  long-temps,  il  est 
vrai,  que  l'Eglise  Gallicane  avait  accordé  cette  faveur  à  l'au- 
teur des  livres  de  Considérations  ;  mais  l'Eglise  Romaine,  ou 


£t 


LITURGIQUES.  741 

plutôt  l'Esprit  qui  la  dirige,  n'a  rendu  cet  oracle  qu'en  1829, 
et  toutes  l(s  Eglises  du  rite  Latin  s'y  sont  conformées. 

Enfin,  le  grand  Pontife  Grégoire  XVI,  qui  conduit  avec  tant 
de  gloire  le  vaisseau  de  l'Eglise  ,  a  récemment  fait  usage  de 
son  autorité  liturgique,  pour  établir,  du  degré  Double-mineur, 
la  Fête  du  saint  Evêque  Alphonse-Marie  de  Liguori,  l'un  des 
cinq  Bienheureux  dont  il  a  célébré  la  Canonisation,  en  1859. 

A  ce  dernier  Décret  s'arrêtent  les  développements  actuels 
de  la  Liturgie  Romaine  ;  mais  ses  triomphes  n'ont  de  bornes 
que  l'univers.  Car  c'est  elle  qui  accompagne  l'Apôtre  qui  s'en 
va  planter  la  Toi  dans  les  régions  infidèles  ou  hérétiques. 
Les  jeunes  Eglises  de  l'Amérique  du  Nord,  celles  qui  s'é- 
lèvent de  toutes  parts  dans  la  Grande-Bretagne  et  disputent 
pied  à  pied  le  terrain  à  l'Anglicanisme,  ne  connaissent  d'autre 
prière  que  la  prière  de  Rome;  le  sauvage  de  la  Louisiane, 
l'Indien,  le  Chinois,  le  néophyte  du  Tonquin,  l'insulaire  de 
l'Océanie,  sont  ks  enfants  d'une  même  Liturgie,  et  cette  Li- 
turgie est  Romaine,  L'Algérie   même ,  colonie  française , 
n'emploie  pas  d'autres  livres  pour  les  Offices  divins  que  les 
livres  de  saint  Grégoire,  et  tous  ces  Prêtres  Français  que 
Rome  voit  partir  chaque  année  pour  les  quatre  vents  du  ciel, 
et  qui  vont  féconder  de  leurs  sueurs  et  de  leur  sang  la  parole 
divine  qu'ils  annoncent  à  toute  créature,  avant  de  partir 
pour  le  lieu  de  leur  mission,  commencent  par  renoncer  à  ces 
modernes  Bréviaires  et  Missels  qu'ils  avaient  conservés  jus- 
qu'alors, et  s'avancent  vers  les  peuples  qu'ils  doivent évangé- 
liser,  les  mains  chargées  de  ces  livres  Romains  auxquels  est 
aujourd'hui  attachée  la  fécondité  de  l'apostolat,  comme  au 
temps  des  Boniface,  des  Anschaire  et  des  Adalbert. 

C'est  sans  doute  encore  un  triomphe  pour  la  Liturgie  Ro- 
maine que  ,  seule  de  nos  jours,  au  sein  de  la  France,  non 
seulement  elle  demeure  la  Liturgie  des  anciens  Ordres  Re* 


742  INSTITUTIONS 

ligieux  qui  renaissent  de  leurs  cendres ,  mais  que  ces  nou- 
velles familles  qui  se  sont  formées,  l'une  sous  le  nom  de  So- 
ciété des  sacrés  Cœurs  de  Jésus  et  de  Marie,  l'autre  sous 
celui  de  Congrégation  des  Maristes ,  et  qui  ont  déjà  opéré 
des  fruits  de  salut  chez  les  infidèles  et  mérité  les  bénédic- 
tions du  Pontife  Romain ,  se  soient  fait  une  loi  inviolable 
d'être  Romaines  dans  la  Liturgie.  Les  nombreux  Instituts  et 
Monastères  de  Vierges  qui  fleurissent  de  toutes  parts  autour 
de  nous ,  comme  autant  de  plantations  célestes,  font  aussi 
monter  vers  le  ciel,  sept  fois  le  jour  et  au  milieu  de  la  nuit, 
la  prière  Romaine.  Enfin  ,  nous  avons  raconté  ailleurs  com- 
ment les  pieuses  Confréries  qui  contribuent  à  maintenir,  dans 
un  si  grand  nombre  de  Paroisses  de  France  ,  la  piété  et  les 
mœurs  Chrétiennes,  célèbrent  leurs  Fêtes,  non  d'après  le 
Calendrier  apauvri  et  stérile  des  nouveaux  Bréviaires,  mais 
bien  d'après  le  Calendrier  Romain,  si  riche  de  traditions  , 
si  fécond  en  grâces  apostoliques. 

Aussi,  nous  semble-t-il  de  plus  en  plus  évident  que  la  Li- 
turgie Romaine  est  appelée  à  régner  de  nouveau  en  France 
tôt  ou  tard  :  et  ce  sentiment  n'est  pas  seulement  le  nôtre; 
il  est  partagé  par  un  grand  nombre  d'excellents  esprits. 
Nous  avons  même  souvent  entendu  répéter  à  des  personnes 
assez  peu  suspectes  que  si  Rome  consentait  à  réformer 
son  Bréviaire,  l'opposition  Gallicane  ne  saurait  tenir  contre 
l'influence  de  cette  mesure.  A  vrai  dire,  il  nous  semble  qu'il  y 
a  bien  un  peu  d'outrecuidance  dans  cette  manière  de  voir  une 
si  grave  question.  Sans  doute  ,  il  est  dans  les  choses  possibles 
que  Rome  entreprenne,  dans  ce  siècle ,  une  réforme  de  son 
Bréviaire;  ce  serait  la  quatrième  depuis  saint  Grégoire  ;  mais 
qu'on  le  comprenne  bien,  cette  réforme  n'aurait  point  pour 
objet  de  produire  un  nouveau  Brév  iaire  Romain.  Celui  de  saint 
Pie  V  est  le  même  que  celui  qui  fut  revu  au  treizième  siècle  par 


LITURGIQUES.  743 

les  Frères  Mineurs,  le  même  que  celui  de  saint  Grégoire  VII, 
le  même  que  celui  do  saint  Grégoire  Ier.  Le  Bréviaire  qui  sorti- 
rait de  la  réforme  du  dix-neuvième  siècle  ne  serait  point  autre 
non  plus,  quantau  fond,  que  celui  des  siècles  précédents  ;  les 
théories  françaises  du  dix-huitième  siècle  sont  venues  trop 
lard  pour  entamer  l'œuvre  séculaire  et  traditionnelle  des 
Pontifes  Romains.  Mais  ce  n'est  pas  là  précisément  ce  qui 
préoccupe  plusieurs  personnes  dont  nous  avons  souvent  re- 
cueilli les  aveux  pleins  de  naïveté;  leur  grande  espérance, 
au  cas  d'une  révision  du  Bréviaire,  serait  de  voir  la  somme 
des  prières  ecclésiastiques  diminuée,  à  Rome,  dans  la  pro- 
portion des  Bréviaires  Français. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  attente,  nous  devons  être  as- 
surés à  l'avance  que  si  le  Siège  Apostolique  entreprend ,  en 
ce  siècle,  une  réforme  du  Bréviaire;  prévision  qui  n'a  rien 
d'improbable,  puisqu'il  s'est  déjà  écoulé  près  de  trois  siècles 
depuis  la  réforme  de  saint  Pie  V,  et  que  les  deux  précédentes 
n'ont  pas  été  séparées  par  un  aussi  long  intervalle;  nous 
devons  être  assurés,  disons-nous,  que  cette  réforme  satisfe- 
rait à  tous  les  besohs  de  la  Liturgie.  Elle  serait  entreprise 
avec  une  souveraine  autorité,  dirigée  par  cet  Esprit  qui  con- 
duit les  Pontifes  Romains  dans  les  choses  de  la  foi  et  de  la 
discipline  générale  dont  la  Liturgie  est  l'expression.  Elle  ne 
serait  point  le  fait  d'une  coterie  hétérodoxe,  ni  le  produit 
d'une  école  littéraire,  ni  le  résultat  d'une  révolution  pyrrho- 
nienne  dans  la  critique  sacrée,  ni  l'œuvre  d'un  vain  amour- 
propre  national.  La  majestueuse  confession  des  dogmes ,  la 
victoire  contre  les  hérésies,  la  liberté  ecclésiastique,  la  vi- 
gueur de  la  disciplina,  la  dévotion  à  la  Sainte  Vierge  et  aux 
Saints,  l'onction  de  la  prière,  la  sainte  et  inviolable  tradition, 
avec  ce  progrès  légi:  ime  qui  se  fait  dans  la  lumière  et  l'amour 
sous  l'autorité4,  y  puiseraient  leur  sublime  manifestation;  en 


744  INSTITUTIONS 

un  mot ,  cette  nouvelle  réforme ,  comme  toutes  celles  qui 
l'ont  précédée ,  serait  un  pas  magnifique  de  l'Eglise  et  de 
la  société  vers  la  conquête  d'un  plus  grand  éclat  de  vérité  et 
d'une  plus  grande  force  et  douceur  d'amour;  car  le  sentier 
de  l'Eglise  est  semblable  à  la  lumière  qui  va  toujours  crois- 
sant ,  jusqu'à  ce  quelle  enfante  le  jour  parfait  (1). 

Il  est  temps  de  clore  cette  histoire  générale  de  la  Liturgie, 
et  ce  volume,  par  la  bibliothèque  des  auteurs  liturgistes  qui 
ont  fleuri  ou  fleurissent  en  ce  dix-neuvième  siècle. 

(1802).  Nous  ouvrons  notre  liste  par  l'ouvrage  suivant, 
composition  anonyme  et  plus  que  médiocre  ;  mais  les  ou- 
vrages Français  publiés  en  ce  siècle  sur  les  matières  litur- 
giques sont  en  si  petit  nombre,  que  nous  ne  permettrions 
pas  d'omettre  un  seul  de  ceux  qui  sont  venus  à  notre  con- 
naissance. Il  est  intitulé  :  Manuel  Catholique  pour  l'intelli- 
gence de  VOflice  divin.  Paris,  1802,  in-12. 

(1803).  Dufaud,  ancien  Doctrinaire,  digne  successeur  des 
Foinard  et  des  Grancolas,  enfanta,  dans  les  premières  années 
de  ce  siècle,  une  nouvelle  utopie  liturgique  dont  la  réalisation 
n'exigeait  rien  moins  que  la  destruction  de  tous  les  systèmes 
de  prière  ecclésiastique  suivis  depuis  dix-huit  siècles.  Dufaud 
jugea  à  propos  de  faire  imprimer  son  projet,  à  l'usage  de  la 
Commission  Liturgique  dont  nous  avons  parlé  ci-dessus.  Il 
lui  donna  ce  titre  :  Essai  d'un  nouveau  Calendrier  liturgique, 
ou  classification  nouvelle  et  raisonnée  des  fêtes  pour  tout  le 
cours  de  l'année  Chrétienne.  Paris,  1803,  in-8°. 

(1804).  Louis-Vincent  Cassitto,  Dominicain,  a  publié  l'ou- 
vrage suivant  :  Liturgia  Domenicana  spiegata  in  tutte  le  sue 
parti.  1804.  Naples,  2  vol.  in-12. 

(1805).  Léonard  Adami,  Avocat  Romain,  a  rendu  un  grand 

(1)  Prov.  IV.  18. 


LITURGIQUES.  745 

service  à  la  science  de  la  Liturgie  et  des  antiquités  ecclésias- 
tiques, par  les  précieuses  annotations  dont  il  a  enrichi  le 
Diario  sacro  du  Jésuite  Joseph  Mariano  Partenio,  dont  le  vrai 
nom  est  Mazzolari.  Ces  annotations,  qui  font  tout  le  mérite 
scientifique  de  cet  ouvrage,  ne  se  trouvent  que  dans  la  seule 
édition  de  1805.  Rome,  7  vol.  in-12. 

(1805).  Alphonse  Muzzarelli,  ancien  Jésuite,  Théologien 
de  la  sacrée  Pénitencerie  ,  si  connu  par  ses  nombreux  et 
savants  opuscules,  a  donné  une  dissertation  intéressante  sur 
le  culte  du  sacré  Cœur  de  Jésus.  Nous  avons  encore  de  lui  : 
Observationes  super  annotationibus  S.  fidei  Promotoris  super 
extensione  Festi  atque  approbaiione  Officii  et  Missœ  propriœ 
in  honorem  S.  Cordis  Deiparœ  V.  M, 

(1806).  Walraff,  Docteur  Allemand,  a  publié  le  précieux 
recueil  intitulé  :  Corolla  Hymnorum  sacrorum  pubiicœ 
devotioni  inservientium.  Veteres  electi  sed  mendis  quibus 
iteratis  in  editionibus  scatebant  detersi ,  strophis  adaucti, 
Novi  adsumpti,  récentes  primum  inserti,  Cologne,  1806, 
in-8°. 

(1810).  Menne  ,  Ecclésiastique  Allemand,  est  auteur 
de  l'ouvrage  suivant  :  Die  Liturgie  der  Kirche  systemat.  ab- 
gehandelt. — La  Liturgie  de  V Eglise  systématiquement  traitée. 
Augsbourg,  1810,  3  vol.  in-8°. 

(1810).  Le  chevalier  Artaud,  qui ,  plus  tard,  a  donné  au 
public  l'histoire  de  Pie  VII ,  ouvrage  curieux  quoique  fort 
incomplet,  publia  en  cette  année  un  livre  intitulé  :  Voyage 
dans  les  Catacombes  de  Rome.  Paris,  in-8°.  Nous  mentionnons 
ce  livre  superficiel  et  rempli  d'inconvenances  de  plus  d'une 
sorte,  par  cette  seule  raison  que  nous  nous  sommes  jusqu'ici 
imposé  la  tâche  de  produire  la  succession  des  auteurs  qui 
ont  traité  des  monuments  de  Rome  Souterraine,  dont  la  des- 


746  INSTITUTIONS 

cription  et  l'appréciation  importent  si  fort  à  la  science  litur- 
gique. 

(1810).  J.-B.  Louis-Georges  Seroux  d'Agincourt,  ce  gé- 
néreux archéologue  qui  s'en  vint  à  Rome  pour  y  passer  six 
mois  et  y  demeura  cinquante  ans ,  a  élevé  un  monument 
à  la  science  liturgique,  aussi  bien  qu'à  la  science  archéolo- 
gique en  général ,  dans  le  grand  ouvrage  auquel  il  sacrifia 
toute  sa  fortune.  Tout  le  monde  sait  qu'il  est  intitulé  :  His- 
toire de  l'Art  par  les  monuments,  depuis  sa  décadence  au  cin- 
quième siècle,  jusqu'à  son  renouvellement  au  quinzième  siècle, 
3  vol.  in-f°  avec  325  planches.  Paris,  1810-1823.  Les  monu- 
ments liturgiques  sont  innombrables  dans  cette  collection,  et 
pour  ce  qui  est  des  antiquités  de  Rome  Souterraine,  d'Agin- 
court a  l'honneur  d'avoir  le  premier  senti  toute  la  valeur  des 
peintures  des  Catacombes,  et  fixé  le  point  de  départ  de  l'Ico- 
nographie Chrétienne ,  en  assignant  aux  deuxième  et  troi- 
sième siècles  la  décoration  de  plusieurs  des  fresques  des 
divers  Cimetières. 

(1811).  Alexandre-Etienne  Choron,  musicien  célèbre,  pu- 
blia en  cette  année  une  brochure  intitulée  :  Considérations 
sur  la  nécessité  de  rétablir  le  chant  de  l'Eglise  de  Rome  dans 
toutes  les  Eglises  de  l'Empire  Français.  Paris,  1811,  in-8°. 
L'auteur  justifie  sa  préférence  pour  le  chant  Grégorien,  par 
la  supériorité  de  ce  chant  sur  tous  les  autres  qui  n'en  sont 
que  des  imitations  généralement  défectueuses;  par  l'origine 
même  de  ce  chant  qui  se  trouve  être  le  seul  débris,  si  défiguré 
qu'il  soit,  de  la  musique  des  Grecs  et  des  Romains;  enfin,  par 
l'utilité  dont  le  rétablissement  de  ce  chant  peut  être  pour 
l'art  musical,  les  compositeurs  du  seizième  siècle  ayant  tous, 
sans  exception,  choisi  les  morceaux  Grégoriens  pour  thème 
de  leurs  compositions.  La  place  nous  manque  pour  faire 
connaître  et  pour  apprécier  les  propres  travaux  de  Choron 


LITURGIQUES.  747 

sur  le  chant  ecclésiastique  ;  mais  l'occasion  se  présentera  d'y 
revenir. 

(1816).  Augustin  Albergotti ,  Evêque  d'Arezzo ,  a  donné 
un  livre  assez  médiocre  sous  ce  titre  :  La  divina  Salmodia 
secondo  l'antica  e  nuova  disciplina  délia  Chiesa.  Sienne,  1816, 
in-12. 

(1816).  Antoine -Joseph  Binterim,  Mineur  Observantin, 
Curé  de  Bilk  au  Diocèse  de  Cologne ,  et  courageux  confes- 
seur de  la  liberté  de  l'Eglise ,  dans  la  cause  de  son  glorieux 
Archevêque  Clément-Auguste,  publia,  en  1816,  l'ouvrage 
suivant  :  Commentatio  historico-  critica  de  libris  baptizato- 
rum,  conjugatorum  et  defunctorum  antiquis  et  novis ,  de 
eorum  fatis  ac  hodierno  usu.  Dusseldorf,  in-8°.  Mais  son 
principal  travail  sur  la  science  liturgique  est  l'ouvrage  sui- 
vant :  Die  vorzùglichsten  Denkivûrdigkeitcn  der  christ-ca- 
tholischen  Kirche ,  aus  den  ersten ,  mittlern  und  lezten  Zei- 
ten.  —  Les  principaux  monuments  de  l'Eglise  Chrétienne- 
Catholique,  des  premiers  siècles ,  du  moyen-âge  et  des  temps 
modernes.  Mayence,  1825-1835.  7  vol.  en  16  tomes  in-8°. 
Binterim,  dans  cet  ouvrage  où  l'on  retrouve  l'érudition  dont 
il  a  fait  preuve  dans  ses  innombrables  écrits,  mais  aussi  peut- 
être  ce  défaut  de  critique  qu'on  lui  a  quelquefois  reproché, 
s'est  proposé  de  refaire  en  grand  l'excellent  ouvrage  de 
Pellicia  ,  dont  nous  avons  parlé  ci-dessus ,  et  que  tout  le 
monde  connaît  sous  ce  titre  :  De  Christianœ  Ecclesiœ, 
primœ ,  mediœ  et  novissimœ  œtatis  politia. 

(1817).  L'Abbé  Poussou  de  la  Rozière  fit  imprimer  en 
cette  année  un  Mémoire  sur  la  Liturgie,  que  cet  auteur  dé- 
fend avec  vivacité  dans  une  lettre  insérée  dans  l'Ami  de  la 
Religion  (1).  Cette  utopie  est  assez  semblable  à  celle  de  Du- 

(1)  Tom.  X.  Pag.  302  et  suiv. 


748  INSTITUTIONS 

faud,  et  vient  accroître  le  nombre  des  tristes  manifestations 
de  l'esprit  d'anarchie  en  matière  liturgique. 

(1817).  Ziegler,  Bénédictin,  Evêque  de  Lintz,  est  connu 
par  l'ouvrage  qu'il  a  donné  sous  ce  titre  :  Die  der  heiligen 
Firmung  der  katholischen  Kirche.  —  La  solennité  de  la  sainte 
Confirmation  dans  l'Eglise  Catholique.  Vienne,  1817,  in-4°. 

(1817).  Jean-Christian-Guillaume  Augusti,  illustre  Doc- 
teur Protestant,  a  rendu  un  service  signalé  à  la  science  litur- 
gique, en  publiant  le  grand  et  bel  ouvrage  intitulé  :  Denk- 
wûrdigkeiten  au  s  der  christlichen  Archâologie.  —  Mémoires 
d'Archéologie  Chrétienne,  Leipsik,  1817-1823.  6  vol.  in-8°. 

(1817).  Auguste-Jacques  Rambach,  Docteur  Luthérien,  a 
pareillement  mérité  de  la  Liturgie,  en  publiant  la  compi- 
lation qui  porte  ce  lilre  :  Anthologie  christlicher  Gesange  ans 
allen  Jahrhunderten  der  Kirche. — Anthologie  de  Chants  Chré- 
tiens de  tous  les  siècles  de  l'Eglise.  Leipsik,  1817,  in-8°.  Ce  vo- 
lume renferme  les  principales  Hymnes  Grecques  et  Latines 
recueillies  religieusement  par  Rambach.  Il  a  été  suivi  de 
plusieurs  autres  qui  contiennent  les  Cantiques  Protestants 
de  l'Allemagne,  depuis  Luther. 

(1818).  Le  Docteur  Bjôrn ,  Danois,  s'est  occupé  de  tra- 
vaux sur  l'hymnographie,  et  a  publié  comme  Rambach  une 
collection  d'Hymnes  à  laquelle  il  a  donné  ce  titre  :  Hymnive- 
terum  poetarum  Christianorum  Ecclesiœ  Latinœ  selecti,  Co- 
penhague, 1818,  in-8°. 

(1819).  Fr.  Brenner,  Chanoine  de  la  Cathédrale  de  Bam- 
berg,  a  fait  paraître  l'ouvrage  suivant,  dans  lequel  il  professe 
les  sentiments  de  l'école  rationaliste  à  laquelle  il  appartient  : 
Geschichte  ûber  d\e  Administration  der  hl.  Sahramente.  — 
Histoire  de  l'administration  des  SS.  Sacrements,  La  première 
partie,  qui  renferme  le  Baptême,  la  Confirmation  et  l'Eucha- 
ristie, a  paru  à  Bamberg,  1819-1824.  3  vol.  in-8°. 


LITURGIQUES.  749 

(1819).  Frédéric  Mûnter,  Evêque  de  Seeland  en  Dane- 
mark, nous  appartient  pour  son  savant  opuscule  publié  à 
Copenhague,  en  1819  (36  pag.  in-4-°),  et  intitulé  :  Symbola 
veteris  Ecclesiœ,  artis  operibus  expressa.  L'auteur  y  traite 
de  vingt-quatre  des  principaux  symboles  du  Christianisme. 
Il  s'est  exercé  de  nouveau  sur  le  même  sujet,  avec  plus  d'éten- 
due ,  sous  ce  titre  :  Sinnbilder  und  Kunstvorstellungen  der 
alten  Christen.  —  Images  symboliques  et  représentations  fi- 
gurées  des  anciens  Chrétiens.  Altona,  1825,  parties  I.  et  II. 
in-4°. 

(1820).  J.  Michel  Sailer,  le  saint  et  savant  Evêque  de  Ra- 
tisbonne,  compte  parmi  ses  nombreux  ouvrages  plusieurs 
compositions  sur  les  matières  de  la  Liturgie.  Nous  citerons, 
entre  autres,  Geist  und  Kraft  der  kathol.  Liturgie.  — Esprit 
et  vertu  delà  Liturgie  Catholique.  Munich,  1820,  in-12.  Nous 
devons  mentionner  aussi  l'ouvrage  suivant  :  Gedanken  von 
der  Abanderung  des  Breviers.  —  Réflexions  sur  le  changement 
du  Bréviaire,  avec  les  remarques  de  F.  X.  Christman.  Ulm, 
1792,  in-8°. 

(1822).  Fr.  Grundmayr,  Docteur  Catholique,  a  donné, 
entre  autres  écrits  liturgiques ,  Liturg.  Lexicon  der  r'omisch- 
kathol.  Kir  chen-Gebr  duché. — Lexique  liturgique  des  usages  de 
V Eglise  Catholique  Romaine.  Augsbourg,  1822,  grand  in-89. 

(1824).  Le  Docteur  Jean  Labus,  savant  Milanais,  est  connu 
dans  la  science  de  l'Archéologie  Catholique,  par  un  grand 
nombre  de  dissertations,  imprimées  les  unes  à  part,  les  autres 
dans  des  recueils  périodiques  ou  académiques.  Les  F  asti 
délia  Chiesa,  ou  Vies  des  Saints  pour  tous  les  jours  de  l'an- 
née, qui  ont  paru  à  Milan,  12  vol.  in-8°,  1824  et  années  sui- 
vantes, sont  remplis  de  notes  fournies  par  Labus,  et  presque 
toutes  d'un  grand  intérêt  pour  les  amateurs  des  origines 
liturgiques. 


v 


750  INSTITUTIONS 

(4824).  Louis  Gardellini,  Assesseur  de  la  Congrégation 
des  Rites,  et  Sous-Promoteur  de  la  Foi,  a  dirigé  l'impression 
des  Décrets  authentiques  de  la  Congrégation  des  Rites.  Cette 
collection  si  importante  a  paru  à  Rome  en  7  vol.  in-4°  (1824- 
1826).  L'impression  du  huitième  n'est  pas  achevée.  L'auteur, 
que  la  science  liturgique  a  perdu  depuis  ,  avait  com- 
mencé dans  le  septième  volume  à  fortifier  son  texte  de  notes 
excellentes;  ce  plan  paraît  avoir  été  adopté  par  son  succes- 
seur, dans  les  cent  trente  premières  pages  du  huitième  vo- 
lume, qui  ont  déjà  été  livrées  à  l'empressement  du  public. 

(1825).  Fornici,  Ecclésiastique  Romain,  a  donné,  pour 
l'usage  du  Séminaire  Romain,  l'ouvrage  suivant  qui  est  tout- 
à-fait  élémentaire  :  Institutiones  Liturgicœ  ad  usum  Semi- 
narii  Romani.  Rome,  1825,  3  vol.  in-12. 

(1826).  J.  A.  Gall,  Evêque  d!  Augsbourg ,  est  auteur  du 
livre  intitulé  :  Andachtsùbungen ,  Gebraucheu.  Ceremonien 
der  Kirchen.  —  Pratiques ,  usages  et  cérémonies  de  V 'Eglise, 
Augsbourg,  1826,  in-8°. 

(1829).  F.  R.  J.  Antony,  Docteur  Allemand,  a  publié  l'ou- 
vrage  intitulé  :  Archaolog-liturgisches  Lehrbuch  des  grego~ 
rianischen  Kirchengesangs.  —  Institutions  Archéologico- Li- 
turgiques sur  le  chant  ecclésiastique  Grégorien.  Munster,  1829, 
in-4°.  —  Nous  citerons  à  ce  propos  le  livre  du  Docteur  Hoff- 
mann de  Falersleben,  professeur  à  l'Université  de  Breslau, 
quoique  nous  n'ayons  pu  encore  nous  le  procurer.  En  voici 
le  titre  :  Geschichte  des  katholischen  Kirchenliedes  in  Deuts- 
chland.  —  Histoire  du  Chant  religieux  Catholique  en  Alle- 
magne. 

(1829).  André  Mùller,  Chanoine  de  Wurtzbourg,  est  connu 
par  son  Lexicon  des  Kirchenrechts  und  der  r'ômischkathol. 
Liturgie.  —  Dictionnaire  de  Droit  Ecclésiastique  et  de  Litur- 
gie Catholique-Romaine,  Wurtzbourg,  1829-1832. 5  vol.in-80. 


LITURGIQUES.  751 

(1829).  Theobald  Lienhart,  Supérieur  du  Séminaire  de 

Strasbourg,  est  connu  dans  le  monde  liturgique  par  l'ou- 
vrage suivant  :  De  antiquis  Liturgiis  et  de  disciplina  arcanû 

Strasbourg,  1829,  in-8°. 

(1829).  J.-B.  Salgues,  ancien  Doctrinaire,  fameux  par  plu- 
sieurs ouvrages  dont  l'esprit  et  le  ton  contrastent  grandement 
avec  les  habitudes  de  son  premier  état,  appartient  à  notre  bi- 
bliothèque par  le  .livre  intitulé:  Delà  Littérature  des  Offices 
divins,  Paris,  1829,  in-8°.  L'auteur  y  professe  la  plus  expan- 
sive  admiration  pour  les  nouvelles  Hymnes  et  Proses,  et  aussi 
le  plus  grotesque  dédain  pour  les  œuvres  de  la  poésie  Ca- 
tholique. Sous  ce  point  de  vue,  l'ouvrage  est  monumental. 
(1830).  Toussaint-Joseph  Romsée,  autrefois  professeur  de 
Liturgie  au  Séminaire  de  Liège ,  a  donné  divers  traités  de 
Liturgie  pratique,  assez  médiocres,  qui  ont  été  réunis  en- 
semble dans  l'édition  complète  de  ses  œuvres,  donnée  à 
Malines,  1830.  5  tomes  in-12. 

(1830).  Ambroise  Guillois,  Curé  de  Notre-Dame  du  Pré, 
au  Mans,  a  fait  paraître ,  vers  cette  année ,  un  petit  ouvrage 
intitulé  :  Le  Sacrifice  de  V Autel ,  ou  explication  des  Céré- 
monies de  la  Messe  solennelle.  Le  Mans,  2  vol.  in-18. 

(1830).  Un  Ecclésiastique  de  Rouen,  qui  a  gardé  l'ano- 
nyme, prit,  en  cette  même  année  ,  la  défense  des  nouveaux 
Bréviaires  de  France,  à  l'occasion  de  la  controverse  soulevée 
par  le  Mémorial  Catholique,  Son  ouvrage  est  intitulé  :  Dis- 
sertation sur  la  légitimité  des  Bréviaires  de  France,  et  du 
Bréviaire  de  Rouen  en  particulier.  Rouen,  in-8°. 

(1852).  J.  L.  Locherer,  Docteur  Allemand,  a  donné  l'ou- 
vrage qui  suit  :  Lehrbuch  der  christ-kirchlichen  Archaologie, 
—  Institutions  d'Archéologie  Chrétienne  et  Ecclésiastique, 
Francfort,  1832,  in-8°. 

(1832).  J.  Dobrowsky,  est  auteur  d'un  ouvrage  intitulé  : 


752  INSTITUTIONS 

Ueber  den  Ursprung  der  rômisch-slavischen  Liturgie,  —  Sur 
l'origine  de  la  Liturgie  Romaine- Slave.  Prague,  1832,  in-8°. 

(1832).  William  Palmer,  professeur  au  collège  deWorces- 
ter,  s'est  occupé  de  la  science  liturgique  sous  le  point  de  vue 
Anglican  :  Origines  Liturgicœ;  or,  Antiquities  of  the  En- 
glisch  Ritual ,  and  a  dissertation  on  primitive  Liturgies.  — 
Origines  Liturgicœ ,  ou  Antiquités  du  Rituel  Anglais,  et  dis- 
sertation sur  la  Liturgie  primitive. 

(1853).  Jean  England  ,  Evêque  de  Charlestown,  a  fait  pa- 
raître le  livre  intitulé  :  Explanation  of  the  Cérémonies  of  the 
Holy  Weeck.  —  Explication  des  Cérémonies  de  la  Semaine 
Sainte.  Rome,  in-12. 

(1833).  Joseph  Settele,  professeur  au  collège  de  la  Sa- 
pience,  à  Rome,  et  profond  Archéologue,  a  donné  cette  année 
un  savant  opuscule  sur  les  Stations  de  Rome,  intitulé  : 
Notizie  compendiose  délie  sagre  Stazioni  e  Chiese  Stazionali  di 
Roma.  Rome,  1833,  in-12.  Nous  lui  devons  en  outre  un 
excellent  mémoire ,  sur  l'importance  des  monuments  Chré- 
tiens des  Catacombes,  qui  se  trouve  au  second  tome  des  Atti 
ddl'Accademia  Romana  d' Archeologia ,  et  plusieurs  autres 
dissertations  sur  des  sujets  analogues  dans  la  même  col- 
lection. 

(1834).  Joseph  Marzohl,  Aumônier  de  l'hôpital  du  Saint- 
Esprit,  à  Lucerne,  et  Joseph  Schneller,  membre  de  la  So- 
ciété Historique  delà  Suisse,  publient  en  ce  moment  un  ou- 
vrage plein  d'érudition,  intitulé  :  Liturgia  sacra,  oder  die 
Gebrauche  und  Alterthûmer  der  katolischen  Kirche  ,  sammt 
ihrer  hohen  Bedeutung  nachgewiesen  aus  den  Schriften  der 
friihesten  Jahrhunderte ,  und  aus  andern  bewàhrten  Urkun- 
den  und  seltenen  Kodizen.  —  Liturgia  sacra,  ou  les  Usages 
et  Antiquités  de  l'Eglise  Catholique,  avec  leur  haute  signifi- 
cation d'après  Us  saintes  Ecritures,  et  les  écrits  des  premiers 


LÎTURGIQUE5.  755 

siècles,  et  autres  monuments  authentiques  et  manuscrits  rares, 
Lucerne,  1854-1841,  in-8°.  4  volumes  ont  déjà  paru. 

(1834).  Un  anonyme  Italien,  qui  prend  le  nom  de  Fila- 
delfo,  a  publié  un  curieux  ouvrage  de  Liturgie  pratique,  sous 
ce  titre  :  Ritonomia  Eccfesiastica;  la  scienza  dei  sacri  riti 
discussa  canonicamente,  e decisa  moralmente .  Lucques,  1831. 
2  gros  volumes  in  18. 

(1834).  Jean  Diclich,  Prêtre  Vénitien,  est  auteur  d'un 
Dizionario  Sacro-Liturgico ,  qui  renferme  plusieurs  choses 
intéressantes.  La  troisième  édition,  la  seule  que  nous  con- 
naissions, est  de  Venise,  1854.  4  vol.  in-8°. 

(I854).  Philbert,  l'un  des  rédacteurs  de  la  Biographie 
Universelle,  appartient  à  notre  bibliothèque  par  un  Manuel 
des  Fêtes  et  Solennités ,  publiée  Paris,  1854,  in-16. 

(1834).  L'Abbé  Pascal,  Prêtre  du  Diocèse  de  Mende,  a 
fait  paraître,  en  celtcannéc,  un  livre  intitulé  :  Entretiens 
sur  la  Liturgie  ;  nouvelle  explication  des  prières  et  cérémonies 
du  Saint  Sacrifice,  suivie  de  la  Lettre  curieuse  de  Dom  Cl,  de 
Vert  au  Ministre  Jurieu ,  sur  les  paroles  et  les  actions  du 
Prêtre  à  l'Autel,  et  d'une  Mosaïque  sacrée  ou  Ordinaire  de 
Messe  composé  de  fragments  de  divers  Rites  du  monde  Catho- 
lique. Paris,  in-12.  L'auteur  promet  depuis  long-temps,  sous 
le  titre  de  Rational  Liturgique,  un  ouvrage  qui  fera  faire, 
sans  doute  ,  un  grand  pas  à  la  science,  et  dont  la  publication 
est  vivement  désirée. 

(1835).  L'Abbé  Lecourlier,  Curé  des  Missions  Etrangères, 
puis  Théologal  de  Notre-Dame  de  Paris,  publia,  en  1835, 
un  Manuel  de  la  Messe ,  ou  Explication  des  prières  et  des 
cérémonies  du  Saint  Sacrifice,  Paris,  in-18.  II  a  donné,  l'an- 
née suivante,  deux  volumes  in-18,  sous  ce  titre  :  Explication 
des  Messes  de  VEucologe  de  Paris,  2  vol.  in-18. 

(1855).  Antoine -Adalbert  Hnogek,  professeur  au  Sémî* 
t.  h.  48 


754  INSTITUTIONS 

naire  de  de  Leimerilz,  en  Bohême,  s'est  fait  connaître  par 
son  livre  intitule  :  Christhalholische  Liturgie.  —  Liturgie 
Chrétienne-Catholique.  Prague,  d 855-1857.  L'ouvrage  aura 
trois  volumes,  dont  deux  seulement  ont  paru. 

(1855).  Staudenmaier,  Docteur  Catholique,  a  fait  paraître 
à  Maycncc  l'ouvrage  suivant  :  (teisl  des  Christenthumes  dar- 
gestcllt  in  den  hl.  Zeiten,  in  den  hl.  Handenhingen ,  undin 
der  hl.  Kunst.  —  L'Esprit  du  Christianisme  exposé  dans  les 
saints  Temps,  les  saintes  Cérémonies  et  l'Art  saint.  1855, 
in-8*. 

(1855).  Nickel,  Prêtre  Catholique,  comme  le  précédent,  a 
donné  l'ouvrage  suivant,  imprimé  pareillement  à  Mayence  : 
Die  heiligen  Zeiten  und  Veste  nach  ihrer  Geschichte  und  Feier. 
—  Les  Saints  Temps  et  les  Fêtes  d'après  leur  histoire ,  et 
solennité.  1855,  in-8°. 

(1855).  François-Xavier  Schmid,  Curé  dans  le  Diocèse  de 
Passau,  est  auteur  de  l'excellent  livre  intitulé  :  Liturgik  der 
christkatholischen  Religion.  —  Liturgique  de  la  Religion  Ca- 
tholique. Passau,  1855,  in-8°.  La  troisième  édition  se  publie 
maintenant  par  livraisons,  dont  la  première  est  de  1840.  11  a 
publié,  en  outre  :  Grundrisz  der  Liturgik.  —  Plan  de  la  Li- 
turgique. Passau,  1856,  in-8°. 

(1856).  C.  Chiral,  Curé  de  Neuville-l'Archevêque,  au  Dio- 
cèse de  Lyon ,  a  donné  :  Esprit  des  Cérémonies  de  l'Eglise. 
Lyon,  1836,  in-12. 

(1856).  A.  Weiby  Pugin,  professeur  d'antiquités  ecclé- 
siastiques au  Collège  Catholique  de  Suinte-Marie  d'Oscott, 
a  puissamment  avancé  la  régénération  de  l'Art  Catholique  en 
Angleterre,  par  la  publication  de  plusieurs  recueils  de  mo- 
numents accompagnés  de  planches.  Nous  citerons  le  plus 
piquant  et  le  plus  populaire  de  tous.  Il  est  intitulé  :  Con- 
trats; or,  aparallel  beliien  the  noble  édifices  ofthe  fourteenth 


LITURGIQUES.  7&> 

and  fitteenth  centuries ,  and  similar  buildings  of  the  présent 
day  ;  sheiving  the  présent  decay  of  faste.  —  Contrastes ,  ou 
Parallèles  des  nobles  édifices  du  quatorzième  et  quinzième 
siècles,  et  les  bâtiments  actuels  du  même  genre,  faisant  voir 
la  décadence  du  goût.  Londres,  1850,  in-4\  Pugin  traite  en 
particulier  des  Eglises,  autels,  tombeaux,  habits  sacerdo- 
taux, etc. 

(1857).  Le  Vicomte  YValsh  est  auteur  de  l'ouvrage  suivant  : 
Tableau  des  Fêtes  Chrétiennes,  Paris,  1837,  in-8°. 

(1837).  Raoul  Rochctte,  savant  Archéologue,  connu  par 
d'importantes  publications  sur  l'art  antique,  a  abordé  depuis 
avec  succès  la  matière  des  antiquités  de  Rome  Souterraine. 
Plusieurs  dissertalionssurcesujet  insérées  dans  les  Mémoires 
de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  ont  annoncé 
un  homme  rempli  d'érudition  et  de  sagacité.  Il  est  à  re- 
gretter qu'une  plus  intime  connaissance  de  l'antiquité  chré- 
tienne proprement  dite  lui  ait  manqué;  ce  qui  l'a  entraîné 
dans  quelques  écarts.  Ces  inconvénients  ont  presque  entiè- 
rement disparu  dans  l'excellent  petit  volume  que  l'auteur 
a  donné  en  1837,  sous  ce  titre  :  Tableau  des  Catacombes 
de  Rome,  m- 1%.  Raoul  Rochette  avait  publié,  en  4834,  uri 
Discours  sur  Vorigine,  le  développement  et  le  caractère  des 
types  imitatifs  qui  constituent  V Art  du  Christianisme.  Paris, 
in-8°.  Cet  opuscule  remarquable,  comme  toutes  les  publi- 
cations de  l'auteur,  pourrait  être  avantageusement  modifié 
en  la  manière  que  l'ont  été  ses  dissertations  sur  les  antiquités 
des  Cryptes  Romaines. 

(1828).  En  cette  année  a  paru  à  Leipsik,  sous  le  nom  d'un 
écrivain  Allemand  nommé  Murait,  l'ouvrage  suivant  :  Briefe 
ûber  den  Gottesdienst  der  morgenlandischen  Kirche.  —  Lettre 
sur  le  Service  divin  de  l'Eglise  Orientale.  C'est  une  traduc- 
tion de  l'ouvrage  russe  d'André  Nicolaiewitsch  Murawieff. 


756  INSTITUTIONS 

(1830).  L'Abbé  Charvoz  a  publié  un  petit  volume  sous  ce 
titre  :  Précis  d'Antiquités  Liturgiques ,  ou  le  Culte  aux  pre- 
miers siècles  de  l'Eglise,  Lyon,  4839,  in-12. 

(1839).  François  de  Sehwinghannb,  est  auteur  d'un  opus- 
cule intitulé  :  Ueber  Kirchensprache  und  Landessprache  in 
der  Liturgie.  —  Sur  la  langue  de  l'Eglise  et  la  langue  na- 
tionale dans  la  Liturgie.  Lintz,  in- 12. 

(1839).  L'Abbé  Cousseau,  Chanoine  de  la  Cathédrale  de 
Poitiers,  s'est  fait  connaître  dans  la  science  liturgique  par 
un  Mémoire  sur  l'auteur  du  Te  Deum,  qu'il  attribue  à 
saint  Hilaire.  Nous  avons  parlé  ailleurs  de  cet  opuscule, 
qui  est,  au  reste,  d'une  dimension  fort  restreinte.  L'année 
suivante,  l'auteur  a  donné  un  second  Mémoire,  mais  plus 
sérieux  sur  l'ancienne  Liturgie  du  Diocèse  de  Poitiers,  et  sur 
les  monuments  qui  nous  en  restent.  In-8°.  Il  est  à  regretter 
que  ce  travail  vraiment  remarquable,  porte  trop  souvent  la 
trace  des  préjugés  que  l'oubli  presque  général  de  la  véritable 
histoire  de  la  Liturgie  a  rendus  si  communs  de  nos  jours. 

(1840).  Joseph  Kehrein,  Professeur  au  Gymnase  de 
Maycnce,  a  publié,  en  cette  année,  le  Recueil  suivant  :  Latei- 
nische  Anthologie  aus  den  christlichen  Dichtern  des  Mittelal- 
ters.  —  Anthologie  latine  des  Poètes  Chrétiens  du  Moyen-âge* 
Francfort.  1840.  in-8°.  Ce  Recueil  est  destiné  aux  Gymnases  et 
Lycées  Catholiques.  Le  premier  volume,  le  seul  qui  soit  venu 
à  notre  connaissance,  renferme  les  Hymnes  des  huit  premiers 
siècles  de  l'Eglise.  Le  temps  viendra  sans  doute  aussi  où 
dans  nos  petits  Séminaires  de  France  on  étudiera  les  bonnes 
vieilles  Hymnes  Catholiques. 

(1840).  Daniel  Rock,  Prêtre  Catholique  Anglais,  est  au- 
teur d'un  ouvrage  remarquable  qui  a  paru  à  Londres  sous  ce 
litre  :  Hierurgia  ;  or  the  holy  Sacrifice  of  the  Mass. —  Hicrur- 
gia,  ou  le  saint  Sacrifice  de  la  Messe.  2  vol,  ia-8' . 


LITURGIQUES.  781 

(1841).  Nous  rattachons  à  cette  année  les  Conférences  sur 
les  Cérémonies  de  la  Semaine  Sainte  à  Rome  ,  par  Monsei- 
gneur Nicolas  Wiseman ,  Evoque  de  Mellipotamos  et  Vicaire 
Apostolique  en  Angleterre.  Le  livre  est  en  anglais,  et  a  été 
publié  en  français  par  M.  l'Abbé  de  Valette,  en  1841. 
(  Paris,  in-12  ).  Cet  Opuscule  fort  remarquable  à  tous 
égards  ,  se  recommande  surtout  par  des  aperçus  pleins  de 
goût  et  de  largeur  sur  la  valeur  des  formes  liturgiques. 
Malgré  sa  faible  dimension ,  il  est  digne  de  l'illustre  et 
savant  Prélat  auquel  nous  devons  déjà ,  pour  ne  parler 
que  de  l'objet  de  nos  études ,  une  précieuse  Disserta- 
tion ,  publiée  à  Ptome  ,  il  y  a  quelques  années ,  sur  la 
Chaire  de  saint  Pierre ,  que  l'on  conserve  dans  la  Basilique 
Vaticane ,  et  dont  nous  parlerons  ailleurs.  Dans  la  Préface 
de  ses  Conférences  sur  la  Semaine  Sainte,  Monseigneur 
Wisemann  mentionne  deux  ouvrages  récents ,  publiés  par 
deux  de  ses  compatriotes  sur  le  même  sujet,  le  Docteur 
England ,  Evêque  de  Cbarlestown  ,  aux  Etats-Unis ,  dont 
nous  avons  annoncé  le  livre  ci-dessus  ,  et  le  Docteur  Baggs, 
Vice-Recteur  du  Collège  Anglais,  à  Rome. 

(1841).  Henri  Gossîer,  Prêtre  Régulier,  Curé  dans  le 
Diocèse  de  Paderborn  ,  vient  de  publier  un  livre  de  prières, 
dans  lequel  se  trouvent  fondues  presque  toutes  les  paroles 
de  la  Liturgie  Romaine,  avec  le  texte  de  Y  Imitation  de  Jésus- 
Christ.  Celte  œuvre  toute  allemande  dans  sa  forme,  annonce 
une  connaissance  profonde  des  choses  de  la  prière  dans  son 
auteur.  Elle  porte  ce  titre  :  De  Vita  et  Itnitatione  Christi 
Lïbri  IV.  redacti  in  seriem  Dominicalem  et  Festivalem.  Pa- 
derborn. 1841.  énorme  in-18. 

(1841).  Herman-Adaîbert  Daniel,  Docteur  de  l'Université 
de  Halle,  a  grandement  mérité  de  la  science  liturgique ,  et 
s'est  acquis  des  droits  à  la  reconnaissance  des  Catholiques,  par 


758  INSTITUTIONS 

l'importante  collection  qu'il  vient  de  publier  sous  ce  titre  : 
Thésaurus  Hymnologicus,  sive  Ilymnorum,  Canticorum,  Se- 
quentiarum ,  circa  annum  MD.  usitatarum  collectio  amjilis- 
sima.  Hall.  1841.  in-8°.  Le  premier  volume  ,  le  seul  qui  ait 
encore  paru,  ne  contient  que  les  Hymnes.  Daniel  les  a  enri- 
chies de  notes  cidescholies  remplies  d'érudition,  et  remar- 
quables aussi  par  le  ton  plein  de  décence  avec  lequel  il  parle  de 
nos  croyances,  et  spécialement  du  culte  du  Saint-Sacrement, 
de  la  Croix,  de  la  Sainte  Vierge  et  des  Saints.  Tous  ces  Can- 
tiques Papistes  n'ont  rien  qui  le  scandalise;  il  s'y  délecte 
comme  dans  des  œuvres  de  la  vraie  piété  ,  de  la  piété  chré- 
tienne ;  il  en  admire  la  haute  et  suave  poésie  ;  en  un  mot ,  la 
publication  du  Docteur  Daniel  est  un  événement  pour  le  pro- 
testantisme allemand ,  et  aussi  une  sévère  critique  de  ces 
Catholiques  de  France  qui  n'ont  chargé  les  Santeul  et  les 
Coftin  de  leur  composer  des  Hymnes,  que  parce  qu'ils  pen- 
saient que,  jusqu'à  ces  deux  latinistes,  i'hymnographie  n'a- 
vait rien  produit  que  de  barbare  et  d'indigne  du  culte 
divin. 

(1811).  Un  autre  Protestant  vient  de  publier  un  livre  fort 
remarquable,  et  destiné  aussi  à  constater  le  malaise  que 
produit  de  plus  en  plus  au  sein  de  la  Réforme  l'absence  des 
formes  et  des  habitudes  liturgiques.  On  trouvera  à  ce  sujet 
les  aveux  les  plus  étonnants  dans  le  livre  intitulé  :  Des  beaux 
arts  et  delà  langue  des  signes  dans  le  culte  des  Eglises  Ré- 
formées, par  C.  A.  Mulier.  Paris.  18U.  in-8". 

En  terminant  cette  bibliothèque  des  auteurs  liturgistes 
du  dix-neuvième  siècle,  nous  devons  mentionner  les  tra- 
vaux qui  ont  éié  publiés,  de  notre  temps,  dans  plusieurs 
recueils  périodiques  et  dans  les  Mémoires  des  sociétés  sa- 
vantes, sur  divers  objets  de  la  science  qui  cous  occupe. 
Ainsi,  nous  devons  dire  qu'il  n'est  pas  un  volume  des  Actes 


LITURGIQUES.  759 

de  l'Académie  Romaine  d'Archéologie  qui  ne  renferme  plu- 
sieurs Mémoires  précieux  sur  les  antiquités  du  service  divin. 
Des  Dissertations  nombreuses  sont  publiées  journellement 
à  Rome  et  dans  les  autres  villes  de  l'Italie  sur  des  points 
d'archéologie  sacrée,  et  ce  serait  rendre  un  immense  service 
à  la  science  que  d'en  former  une  collection  dans  le  genre  de 
celle  que  fit  paraître  le  P.  Calogéra,  au  dix-huitième  siècle. 
Malheureusement,  il  faut  bien  convenir  que  la  France  ne 
marche  pas  à  la  tête  de  ce  mouvement,  et  pour  bien  appré- 
cier l'état  de  ia  science  liturgique  en  ce  pays,  il  suffît  sans 
doute  de  considérer  la  faiblesse  et  la  mince  importance  de 
a  plupart  des  ouvrages  dont  nous  avons  lâché  de  mettre 
sous  les  yeux  du  lecteur  la  liste,  incomplète  peut-être,  mais 
pourtant  assez  fidèle. 

Nos  recueils  périodiques  ont  été  long-temps  presque  sté- 
riles sur  les  questions  liturgiques  ;  cependant ,  nous  avons 
été  grandement  aidés ,  comme  on  a  pu  le  voir ,  par  certains 
articles  historiques  de  Y  Ami  de  la  Religion.  Il  ne  nous  appar- 
tient pas  de  juger  ceux  que  nous  insérâmes  nous-même, 
en  4850,  dans  le  Mémorial  Catholique ,  et  qui  furent  repro- 
duits en  entier,  à  Lucques,  dans  le  recueil  si  connu  sous  le 
nom  de  Pragmalogia  Catholica.  L'Univers,  dans  ces  dernières 
années,  a  ouvert  ses  colonnes  à  des  discussions  intéressâmes 
sur  diverses  matières  liturgiques,  et  on  y  a  lu  plusieurs  lettres 
de  M.  l'Abbé  Pascal,  et  plusieurs  articles  de  M.  Didron, 
sur  des  questions  d'une  véritable  importance. 

Si  maintenant  l'on  considère  les  nombreux  travaux  qui 
s'exécutent  en  France,  depuis  quelques  années,  dans  le  but  si 
louable  de  conserver  et  d'expliquer  les  monuments  religieux 
du  moyen-âge,  on  a  lieu  de  penser  que,  de  ce  côté,  du 
moins,  la  bibliothèque  liturgique  du  dix-neuvième  siècle  est  en 
mesure  de  prendre  un  accroissement  colossal.  Il  esf,  fâcheux 


760  INSTITUTIONS 

que  la  partie  de  ces  éludes  qui  concerne  la  description  rai- 
sonnée  et  l'interprétation  sérieuse  des  monuments  religieux  et 
des  usages  qui  s'y  rattachent  se  trouve  traitée  d'une  manière 
aussi  peu  satisfaisante.  Sans  parler  de  la  précipitation  et  sou- 
vent aussi  de  l'absence  complète  de  connaissances  spéciales 
dans  les  auteurs,  on  sent  aisément  que  ces  matières  vont  mal 
aux  mains  des  séculiers,  mais  surtout  de  ceux  qui  ne  portent 
aux  choses  catholiques  qu'un  intérêt  d'amateur.  Il  serait 
néanmoins  injuste  de  ne  pas  distinguer,  au  milieu  de  ce  dé- 
luge toujours  croissant  d'élucubrations  archéologiques,  cer- 
taines œuvres  qui  méritent  les  égards  et  la  reconnaissance 
des  Catholiques.  Nous  avons  mentionné  ci-dessus  Séroux 
d'Agincourt  ;  nous  nous  ferons  un  devoir  de  rappeler  ici  le 
grand  et  bel  ouvrage  dèBoisserée  sur  la  cathédrale  de  Co- 
logne, et  plus  tard  les  publications  de  M.  de  Caumont,  qui  a 
la  gloire  d'avoir  accéléré  puissamment  le  mouvement  con- 
servateur dont  nous  sommes  témoins.  Nous  dirons  aussi  que 
M.  du  Sommerard  marche  à  grands  frais  et  avec  zèle  sur 
les  traces  de  d'Agincourt.  Enfin,  le  Clergé  s'ébranle  et  se 
prépare  à  ressaisir  une  science  qui  lui  appartient  en  propre. 
M.  l'Abbé  Bourassé  vient  de  donner  aux  Séminaires  un 
utile  Manuel  d'Archéologie,  et  les  RR.  PP.  Arthur  Martin 
et  Charles  Cahier,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  publient  en  ce 
moment  les  vitraux  de  la  cathédrale  de  Bourges ,  avec  une 
fidélité  de  dessin  et  une  magnificence  typographique  qui  ne 
sont  égalées  que  par  la  lucidité  et  la  profondeur  du  com- 
mentaire liturgique  et  archéologique  qui  encadre  l'œuvre 
toute  entière. 

Nous  voici  enfin  parvenus  au  terme  de  la  difficile  car- 
rière que  nous  nous  étions  tracée  :  notre  Introduction 
Historique  à  Tétude  de  la  Science  Liturgique  est  maintenant 
sous  les  yeux  du  lecteur.  Nous  ne  placerons  pas  de  con- 


LITURGIQUES.  761 

clusions  à  la  fin  de  ce  Chapitre,  comme  nous  l'avons  pra- 
tiqué jusqu'ici;  les  corollaires  d'un  tel  récit  se  tirent  assez 
d'eux-mêmes. 

Il  ne  nous  reste  donc  plus  qu'à  offrir  nos  actions  de  grûces 
au  Dieu  tout  puissant  dont  la  miséricorde  nous  a  soutenu 
dans  celte  première  partie  d'un  labeur  si  rude  et  si  difficile  ; 
après  quoi,  nous  le  supplierons  de  nous  remplir  de  son  Esprit, 
afin  que  nous  puissions  devenir  capable  d'expliquer  a  nos 
frères  en  Jésus-Christ  et  en  la  sainte  Eglise ,  les  ineffables 
merveilles  de  la  Liturgie  sacrée. 


762  INSTITUTIONS 


NOTES  DU  CHAPITRE  XXIV. 

NOTE  A. 

Nos  Joannes-Baptista,  lituli  sancli  Honuphrii,  S.  R.  E.  Presbyter 
Cardinalis  Caprara,  Archiepiscopus  Qkdiolanensis ,  SS.  DD.  nostri 
Pii  Papœ  VII,  et  Sanciœ  Sedis  Apostolicœ  ad  Francorura  Imperatorem, 
Italiae  Regeai ,  a  latere  L^gatus. 

Instructif)  de  S.  Napoieonis  Festo,  de  Proccssione,  ac  Gratiarum 
Jctione ,  et  de  Papali  Bencdictione. 

§    ï. 

Revereudissimi  Antimites,  Dominica  I.  Augusti  cujuslibet  anni,  per 
encyclk-as  litteras,  vel  alio  convenienti  modo,  ipsïs  beneviso; 

1°  Ad  formam  nostri  Decreti,  cui  inilium  :  Eximium  Catlwlicœ  Reli- 
yionis,  publice  nuntient  festum  S.  Fiapoleonis,  Martyris,  quod  idem 
Restitutions  Caiholicae  Religionis  Festum  est,  in  Solemnitate  Assump- 
tionis  B.  M.  V.  occurrens. 

2°  Similiter  indicent  Processioncm,  seu  Supplicationem,  et  gratiarum 
actionem,  juxta  rcceptum  Ecclesiae  ritura,  de  more  habendas. 

3°  Publicent  item  Plenariam  Indulgentiam,  de  Apostolicae  Sedis 
specialissima  gratia,  tum  Papali  Benediciioni,  post  Pontificalem  Mis- 
sam,  ut  infra,  largiendae,  addictam,  tum  Christi  fidelibus  Proccssioni  et 
gratiarum  actioni,  dévote  iutercssentibus,  juxta  memorati  Decreti  for- 
mam, bénigne  concessam. 

§•  H. 

1°  Elogium,  seu  Leclio  S.  Napoieonis  erit  sequens. 

«  Sub  immaai,  et  omnium  teterrima  Diocletiani  et  Maximiani  per- 
«secutione,  per  uoiversum  Romanum  imperium  saevissime  faclitatum 
»est,  ut  Christi  fidèles,  suppliciorum  vi  perterriti  vel  devicti,  a  fide 
«recédèrent,  aut  cunctis  ubique  peremptis,  christianum  nomeù  deli- 
»ceret.  At  dum  impia  persequentium  immanitas  propria  feritate  con- 
«fringebatur,  et  immites  carnifices,  improbo  labore,  laxabaniur,  mili- 
»tcs  Christi  cœlitus  roborati,  ita  congrediebantur  impavidi,  et  consis- 
Hebant  iavicti,  ut  praeconcepta  iusectantiura  spes  ipsos  fefellerit,  et 
»profusus  martyrum  sanguis  semen  fuerit  Christianorum.  Inter  fidei 
»co n f essores,  quam  mfrito  recensentur,  qui  atrox,  pro  Christo  cena- 
»mea  Alexandriae  m  /Egypto,  mira  forlitudine,  lune  sustinuerunt, 


LITURGIQUES.  76o 

«Ilorum  quidam,  ipso  in  agone,  g'oriose  occubuc»ui:t  ;  alii  j?m  erude- 
»!iter  divexati ,  in  nervo  jacebant ,  pedibus  ad  qualuor  usque  foramina 
«sic  divaricatis,  ut  supini  esse  cogerentur  ;  nonnulli  vulneribus  referti, 
»et  multipliciter  excogitata  lormentorum  gênera  corporibus  suis  cir- 
«cumferentes ,  bumi  projecti  decumbebanl  ;  et  quidam  denique  semi- 
«neces  conjieiebantur  in  carcerem.  Ex  Ms,  quibus  carcer  pro  siadio 
«fuit,  martyrologia,  et  veteres  scriptores  commendant  Neopolim, 
»seu  Neopolum,  qui,  ex  more  proferendi  nomina,  medio  aevo,  in  Italia 
«invalescente,  et  ex  recepto  loquendi  usu,  INapoleo  dictusfuit,  atque 
«italice  Napoleoue  communiter  nuncupatur.  Napoleo  igitur  génère  vel 
«munere  illustrîs,  scd  Alexandrise,  sub  extrema  Diocletiani  et  Maxi- 
«miani  persecutîone,  ob  firmam  ia  confessione  constantiam,  et  cons- 
«tantem  in  passione  firmitatem,  illustrior,  dire  excruciatus,  semivivus 
»in  carcerem  tandem  detrusus,  ibi  vulnerumacerbitâte  peremplus,  et 
«exauguis,  pro  Christo,  in  pace  quievlt.  » 

2°  Consequenter,  orationes  S.  Napoleonis  addenda  in  Missa  Assump- 
lionis  B,  M.  V.,  sub  unica  conciusione  :  Per  Dominum  noslrum ,  etc. 
erunt  De  Martyre  non  Puntif.ce,  et  ad  conformitatem  servaniam, 
assumanlur  ex  Missa  Lœtabitur,  cujus  prima  est. 

ORATIO. 

«PraBsta,qaa?sumus,  omnipotensDeus,ut,intcrcedente  S.Napoieone 
«Martyre  tuo,  et  a  cunctis  adversitatibus  liberemur  in  corpore,  et  a 
«pravis  cogitationibus  mundemur  in  mente.  Per  Dominum,  etc  » 

§.  m. 

PapaUsBenedictio  sequenti  forma,  et  modo  detur. 

i°  Explcta  PontiPicali  Glissa,  Prœsul  cum  mitra,  cœlerisque  saoris 
paramentis  de  more  indutus,  circumstantibusmirmtris,  in  episcop3li 
cathedra  sedeat. 

2°  Intérim  per  diaconum,  vel  alium  niinistrutn  superpelliceo  iudu- 
tum  ,  pracfili  nostri  Decreti  articulus,  quo  de  specialissima  Apostoliea 
auctoritate  concedilur  facullas  Papalem  Benedictionem  impeitiendi, 
alla  voce  primum  latine  legatur,  et  subinde  vulgari  lingua,  ad  populi 
intelligeritiam,  reciietur. 

5°  PubHcelur  similtter  concessio  Pleniriœ  Iniulgeniije ,  sequenti 
furmu'a  : 

«  Atteulis  facuîtatibus  a  Sanctissimo  in  Christo  Pâtre,  et  Domiro 
nostro,  DomiLo  Pio,  divina  Providentia,  Papa  Seplimo,  per  Apoitulicum 
Decretum  Eminentissimi  Domini  CardiualisArchiepiscopi  Mediolanen- 
sis,  a  lalere  Legati,  datis  Keverendiisimo  Domino  N.  Dei  et  Apostolicae 
Sedis  gratia  Imjus  sauctaj  X.  Ecclesiae  Anstititi  ;  eaiera  Dominatio  sua, 


764  INSTITUTIONS 

Summi  Pontifieis  nomine,  dat  et  concedit  omnibus  bie  praesentibus, 
vere  pœnilenlibus,  et  confessis,  ac  sacra  comraunione  refectis,  ladul- 
gentiam  Plenariam  in  forma  Ecclesiae  consuela  :  rogate  igitur  Deum, 
pro  felici  statu  Sanctlssimi  Domini  noslri  Papae,  Dominationis  suae  Re- 
verendissimœ,  et  sanctœ  Matris  Ecclesia?,.  » 

A0  Postmodum  Prsesul  surgit,  et,  deposita  mitra,  veîuli  canendo, 
alta  voce  dicat  : 

«  Precibus  et  meritis  Beatx  Mariae  seniper  Virginis,  beati  Michaelîs 
»  Archangeli,  beati  Joannis  Baptistse,  et  sanctorum  Apostolorum  Pétri 
»et  Pauli,  et  omnium  Sanctorum  , 

sMisereatur  vestri  omnipotens  Deus,  et  dimissis  omnibus  peccatis 
»  vestris,  perducat  vos  Jésus  Ghristus  ad  vitam  aeternam. 

•  Indulgentiam,  absoHnionem  et  remissionem  omnium  peccatorum 
»vestrorum,  spatium  veraeel  frucluosœ  pœnitentiae,  corsemper  pceni- 
»tens,  et  emendationem  vil»,  per^everantiam  in  bonis  operibus  tribuat 
»vobis  omnipotens  et  misericors  Dominus.  » 

i%  Amen. 

5°  Hic  Prœsul  propius  accédât  podium  versus,  illico  pulsentur  cam> 
panae,  organa,  alqne  alia,  si  quae  sint  instrumenta,  et  cum  sacra  ma- 
jori,  qua  fieri  poterit  pompa  ita  benedicat  : 

«  Et  benedictio  Dei  omnipotentis,  Pa  f  tris  et  Fi  f  lii ,  et  Spiritus  f 
»Sancti ,  descendat  super  vos  et  maneat  semper.  » 

n.  Amen. 

Quo  vero  tam  instituts}  Festivitatis,  et  quotannis  îndicendarum  pre- 
cum,  quam  Apostolicarum  gratiarum  memoria  ubique  perenniter  ser- 
vetur,  Keverendissimi  Antistites  tum  Decretum  :  Eximium  Catholkœ 
religionis,  tum  Instructionera  Lanc  in  publicis  respective  Curiae  actis 
de  more  referri  praecipient,  prout  nos,  ut  ita  referantur,  enixe  com- 
mendimus. 

Datum  Parisiis,  ex  a?dibus  nostrœ  residentiae,  bac  die  21  Maii  1806. 

J.-B.  Card.  Légat. 

Vincentius  Ducci. 

A  Secretis  in  Ecdesiasticis. 


LITURGIQUES.  703 

NOTE  B. 

PETUUS   LUDOVICUS   PARISIS, 

MISER  VTIONE  DIVISA  ET  SANCT.E  SEDIS  APOSTOLÏC.E  GRATiA  , 
EPISCOPUS  LL\G(\NEN?IS, 

UMVERSO  CLERO  DIOECESIS  K0STR.E  SALUTEM  ET  BENEDICTIONEM  IN  DOMIiSO, 

Non  vos  lalet,  Fratres  dileciissimi,  quct  et  quantis  usnumcontrgrie- 
tatibus  laboret,  in  hac  nostra  Diœc^si,  ofiicii  divini  celebrat:o  :  sa?pe 
sœpius  unusquisque  vestrum  ingemuit  de  il!a  rituum ,  inter  vicinas 
farœcias,  varie' ate  et  etiam  oppositione,  quse  eo  usque  devenit  ut  ii- 
dcles  jro  diversis Ecclesiis  mutari  cantus  ceremoniasque  videntes,  ali- 
quando  dubitare  propemodum  possint  utrura  eidem  cultui  consecrentur 
templa  tam  diverso  religionis  apparatu  frequentata. 

Huic  unitatis  externas  perturbationi  nedum  medeatur  zelus  Pasto- 
rum  Parochialium,  novos  quotidie  superadjicit  abusus,  cum  ad  regimen 
sui  gregis  unusquisque  proprise  voluntati  permissusascendat,  regula- 
que  generali  indigeat,  tum  ad  sui  ipsius,  tum  ad  choro  assistenlium 
moderamen.  Porro  facillime  inlelligetis,  dilecti  Fratros,  quantum  inde 
detrimentum  patiatur  sanctissima  et  venerabilis  Eccîesia  ,  sponsa 
Christi,  quam  decet  non  liabere  maculant  aut  rugam,  praesertim  in  hac 
nostra  anate  tôt  impiarum  cogitationum  procellis  agitata  et  super 
omnia,  indifferentia3  circa  religionem  morbo  afflitta  et  eonstuprata. 
Dum  enim  inler  alias  verae  Ecclesiae  notas,  sua  anie  omnes  Unitas 
effulgere,  et  a  sectis  dissidentibus  illam  discriminare  debeat,  populi, 
qui  do  interioribus  rébus  a  solis  apparentiis  judieium  adducuut,  tôt 
diversitatum  in  ritibus  testes,  a  se  invicem  postulant  uiruoi  vere  sit 
una  eadeinque  super  omuem  terram  illa  Eccîesia  Gathulica  quaî  etiam 
iutra  limites  unius  Diœceseos  lam  sibi  contraria  videtur  :  ita  ut, 
propter  nostrum  in  servitio  divino  statum ,  Christus  in  opinione  Gen- 
tium  dividatur  et  religionis  suae  radius  infascetur  et  obnubiLtur. 

Tanlae  perniciei  lotque  periculorum  conscii  jam  dudum  diu  noctuque 
cogitantes,  Patremque  luminuoa  instantisiime  eiïlagitantes,  quaereba- 
mus  quonam  modo,  omnes  nostrse  Diœceseos  Parochias,  in  illa  tam 
sanda,  tam  desiderata,  tam  fîdelium  utilitati  et  xdiGcitioni  adaptata 
ritus  officiique  unitate  complecti  possemus  :  et  po4  longos  cogitatio- 
num circuitus,  omnibus  studiosissime  examinatis  et  omnimodo  pensa- 
tis,  Kobis  visum  est  redeundum  esse  ad  Liturgiam  Mairis-Eccleske 
Romanœ,  quœ,  cum  ipsa  centrum  sit  unitalis  lirmissimaque  verilatis 
columna,  Nos  cum  nostra  gente,  contra  varietatnm  fluclus,  mutalio- 
îmoique  tentationcs  Humiet  et  tulabitur,  Huic  vero  senleati-e  ianto 


ÏGG  INStlîUTIONS 

magis  adhxrere  debuimus,  quanto  nulla  alia  média  potuissemus  adhi- 
bere  quin  even:ret  magna  perturbatio  reipublicx  chrislianx  intra  grè- 
gcm  Rubis  a  divina  voluntate  permissum. 

Pld  aulcm  ex  remedio  fiât  aliud  malum ,  et  ut  scnsim  omnes  eidem 
regimini  non  coacte  sed  spontanée  se  stibmittant,  considerandum  est 
majorera  nostrx  Diœccseos  partem  olim  ritibus  Romanis  subjacuisse, 
alias  vero  partes  ex  diversis  Diœcesibus  fractas  Romanis  us'^bus  exlra- 
neas  remausisse.  Dbtinguendum  est  etiam  inter  oflûcium  publicam  a 
quocumquc  Sacerdote  pro  obligatione  ordinis  sui  recitandum,  et  ofli- 
cium  quod  nuncupabimus  liturgicumcoram  populo  canlandum  et  cé- 
lébra ndum. 

Quibus  positis  et  distinct.is,  hoc  declaramus  et  staluimus: 

1°  A  prima  die  anni  18(0,  Liturgia  Romana  erit  propria  Diœce^cos 
Lingonensis. 

2°  Ab  eadem  die  in  Paroehiis  quondam  ad  Piocesim  Lingoncnscm 
pertincntibus,  oflicinm,  rilus,  cantus,  ca?remonix  et  omnia  qux  ad 
cultum  spectant,  tient  juxla  régulas  Liturgie  Romana*. 

o°  Paroehiis ,  qux  ad  aliarum  ÎMœceseum  circumjacenlium  ritus 
nondnm  omnino  reliquerunt,  permit  timus  quidem  ut,  ad  teropus, 
ntantur  suis  propriis  libris,  sed  volumus  ut  scquanlur  aliunde  omnia 
qux  describit  et  prxcepit  Ordo  pro  anno  18f0. 

4-  Saccrdotcs  qui  hue  usque  Iireviarium  jussu  RR  DD.  d'Orcet 
edilum  recitarunt,  poterunt  quidem  eadem  recitatione  sui  cfïjcii  prx- 
cepium  adimpîere;  horlamur  tamen,  et  meïius  erit,  ut  omnes  Brevia- 
rio  Romano  utantur. 

Quanquam  illud  dfecfetufn  nostrum  ad  bonum  sa  nef  x  Religionis 
nostrx  et  ad  curationem  mali  publici  sit  emissum,  non  ignoramus  ta- 
men aliqtfid  forte  molcsiix  aut  inquietudinis  inde.  phiribus  even'um 
iri.  Quos  rogamus  ut  ad  INos  filiali  cum  fiducia  recurran' ,  non  ut  dis- 
pcnsitionem  obtincant,  sed  ut  difîkultates,  si  qux  sint,  a  IVobis  expla- 
nentur,  utquc  etiam  melius  inteMigant  ?»"os  ad  liane  viam  adductos 
e;se,  non  atiqua  nostra  inclinatione  vocatos,  sed  urgente  necessitate  et 
conscienlia  réclamante  compulsos  et  coactos. 

Omnes  vos  igitur,  Cooperatores  et  Adjutores  nostri  iri  Domino,  ob- 
secramus  ut  huic  tanto  operi  opem,  quantum  in  Vobis  est,  alferalis, 
adeo  ut  sicut  inter  nos  untis  Dominus,  ana  fides,  unum  Baptisma ,  sit 
etiam  populus  unius  labii. 

Datum  Lingonis,  sub  signo  sigil'oiue  costris,  neenon  et  Secrctarii 
nostri  subs'gnitione,  in  fe>to  Saqejac  ThereMx,  die  la'  Oclobris,  aaci 
rep.  sxlit.  i839. 


LITURGIQUES.  76? 

NOTE  G. 

LEÇON    IV. 

Thomas  Ken,  d'ancienne  et  noble  extraction,  naquit  à  Berkhems- 
tead,  dans  le  Hertfordshire,  l'an  1637,  et  fut  élevé  à  Winton  et  à 
Oxford,  au  moyen  de  certains  fonds  laissés  à  perpétuité  par  Guillaume 
deWikeham,  de  glorieuse  mémoire,  Evêque  de  Winton.  Ayant  reçu 
les  ordres  sacrés,  lien  commença  à  prêcher  à  l'Eglise  de  Saint- Jean, 
aux  environs  de  Winton,  et  quant  aux  fruits  et  bénédictions  attachés 
à  sa  prédication,  il  l'emportait  grandement  sur  tous  les  autres  pré- 
dicateurs ;  en  sorte  que  plusieurs  Anabaptistes  rentrèrent  dans  le  sein 
de  l'Eglise  et  reçurent  le  Baptême  de  sa  main.  Il  dormait  très  peu , 
afin  de  trouver  au  milieu  de  sa  vie  active  le  temps  pour  l'étude  et  pour 
la  prière  ;  il  se  levait  habituellement  à  une  ou  à  deux  heures  après 
minuit,  et  môme  souvent  encore  plus  tôt,  et  il  conserva  cette  coutume 
jusqu'au  moment  de  sa  dernière  maladie.  Il  devint  Chapelain  de  la 
Princesse  d'Orange,  nièce  du  Roi ,  et  se  rendit  en  Hollande,  où  il  sut 
se  concilier  l'estime  universelle  par  sa  prudence  et  par  son  zèle  reli- 
gieux; mais  il  finit  par  s'attirer  la  disgrâce  du  Prince,  pour  avoir 
auprès  de  lui  intercédé  pour  un  des  courtisans  qui  avait  se  luit  une 
jeune  demoiselle  de  la  Cour;  et  c'est  ainsi  qu'il  fut  obligé  de  qaitter 
le  service  royal. 

leçon  r. 

Plus  tard,  se  trouvant  à  Winton  a  sa  maison  de  Prébende,  le  Roi  y 
vint  un  jour  avec  sa  Cour,  et  ayant  auprès  de  lui  sa  maîtresse;  celle-ci 
ordonna  à  son  Intendant  de  faire  disposer  un  appartement  pour  elle, 
à  l'endroit  même  où  demeurait  Ken;  mais  l'Evêque,  craignant  Dieu 
plus  que  la  présence  du  Roi,  refusa  énergiquement  de  céder  son  loge- 
ment ,  et  obligea  la  maîtresse  du  Roi  de  chercher  demeure  ailleurs.  Et 
en  cette  occasion ,  on  put  voir  encore  combien  une  sainte  fermeté  est 
avantageuse  a  ceux -mêmes  envers  lesquels  elle  est  employée.  Car 
bientôt  après,  le  Siège  Episcopal  de  Balh  en  Wells  étant  devenu  va- 
cant, le  Roi,  de  son  propre  mouvement,  le  donna  à  Ken.  Sa  consé- 
cration eut  lieu  le  jour  de  saint  Paul ,  l'an  -lC8i.  Dans  la  dernière 
maladie  du  Roi,  Ken  vint  dans  ses  appartements  et  resta  auprès  du  lit 
du  malade,  durant  trois  jours  et  trois  nuits  entières,  profitant  de  toutes 
les  occasions  pour  l'exciter  à  de  pieuses  et  salutaires  pensées.  Dans 
un  de  ces  moments,  une  des  maîtresses  étant  entrée,  l'Evêque  eut 
acsez  d'ascendant  sur  le  Roi  pour  la  faire  renvoyer,  et  il  l'exhorta  en 
outre  de-  faire  appeler  la  Reine  el  de  lui  demander  pardon  de  sa  longue 


708  INSTITUTIONS   LITURGIQUES. 

infidélité.  Et  bien  que  l'Evoque  n'obtlot  pas  du  Roi  mourant  tout  ce 
qu'il  eût  désire,  du  moins  tit-il  tout  ce  qu'il  put  pour  l'y  engager. 

LEÇON   VI. 

Le  frère  du  Roi  étant  monté  sur  ie  trône,  Ken  se  montra  toujours 
fidèle  dans  l'exercice  de  ses  devoirs,  franc  et  loyal  dans  son  langage. 
Plus  tard,  le  Roi  s'étant  permis  des  empiétements,  l'Eveque  se  souvint 
des  droits  de  l'héritage  du  Christ,  et  refusa  constamment  d'abandonner 
au  bon  plaisir  du  Roi  la  d  rection  des  affaires  de  l'Eglise.  Tour  le  pu- 
nir, le  Roi  lui  fit  subir  la  prison  a  la  Tour,  avec  six  de  ses  confrères. 
Mais  le  Roi  ayant  ensuite  perdu  son  trône,  Ken  lui  prouva  sa  fidélité, 
en  refusant  constamment  de  reconnaître  la  dynastie  nouvelle ,  et  il  pré- 
féra sacrifier  sa  haute  position  dans  l'Etat,  plutôt  que  son  attachement  au 
Roi.  Chassé  de  son  Siège  par  l'autorité  séculière,  il  mourut  dans  le  lieu 
de  sa  retraite,  en  1710.  C'est  ainsi  qu'il  sut  rendre  a  César  ce  qui  est  à 
César,  et  à  Dieu  ce  qui  est  a  Dieu.  Il  était  aussi  ferme  et  énergique  à 
la  défense  de  l'Evangile,  que  doux  et  agréable  dans  ses  relations  par- 
ticulières, et  insupportait  les  contrariétés  avec  gaieté  et  résignation. 
Il  possédait  surtout  dans  un  haut  degré  l'amour  du  prochain.  Un  jour 
que  la  somme  de  quatre  mille  livres  sterling  lui  avait  été  comptée,  il 
en  distribua  la  plus  grande  partie  aux  Protestants,  alors  persécutés; 
et  quand  il  fut  destitué  de  son  siège,  tout  ce  qu'on  tira  de  la  vente  de 
ce  qu'il  possédait  ne  s'éleva  qu'à  sept  cents  livres  sterling.  Quand  les 
intérêts  de  l'Etat  vinrent  se  heurter  avec  ceux  de  l'Eglise  d'Ecosse,  il 
disait  qu'il  avait  grand  espoir  que  Dieu  aurait  pitié  delà  branche  an- 
glaise de  l'Eglise  Anglicane,  si  celle-ci  avait  elle-même  pitié  de  sa  sœur 
d'Ecosse.  Etant  près  de  mourir,  il  coufessa  encore  sa  foi,  disant  qu'il 
mourait  dans  cette  foi  Sainte,  Catholique  et  Aposto'ique  qui  avait  été 
reconnue  de  toute  l'Eglise,  avant  la  séparation  de  l'Orient  d'avec  l'Oc- 
cident. C'est  ainsi  que  Ren  fut  une  lumière  brillante  et  un  reflet  des 
sièc'es  primitifs. 


FIN   DU   SECOND   VOLUME. 


APPENDICE. 


CRITIQUE  DES  HYMNES  DE  SANÏEUL , 

Extraite  de  I'Hymnodia  Hispakica  du  P.  Fauslin  Arevalo, 

Jésuite, 

Scriptores  Gallos  m  Santolii  Victorini  Hymnis  celebrandis 
vix  ullum  modum  tenuisse,  qui  eorum  hac  in  re  judiciale- 
gerit,  facile  sibi  persuadebit,  et  argumento  esse  possunt, 
quse  in  Dissertatione  prœvia  ad  Hymnodiam  §.  XXXX.  num. 
167,  etc.,  exposita  sunî,  et  notata.  Non  defuerunt  tanien, 
quimulta,  eaque  non  levia,  in  hujusmodi  Hymnis  animad- 
vertenda  ccnscrent;  quorum  ego  censuram  proferre  con- 
slilui,  non  quod  laudibus  Santolii  quidquam  detractum  velim, 
sed  Ht,  auditis,  collatisque  inter  se  diversis  hominum  ejus- 
dom  nationis  sentenliis ,  sequus  rerum  arbiter  prudenter,  et 
incorrupte  judicet  ;  tum  etiam  ,  ut  quid  fugiendum ,  sequen- 
dumve  sit  in  hoc  Iucubralionum  génère ,  facilius  possit  intel- 
ligi.  Ac  primum  quidam  mihi  occurrunt  opéra  quaedam 
posthuma  P.  Joannis  Commirii  édita  Parisiis  1704,  in  quibus 
sunt  mulli  Ilymni,  videliccU2.  in  Sanctum  Martinum;  3.  in 
SanclumGildardum  ;  4.  in  Sanctum  Perfectum  Cordubensem 
Martyrem  ;  8.  in  Sanctam  Ursulam  ,  et  socias  Virgines,  ac 
Martyres;  1.  in  Sanctum  Lïberatum,  et  socios  Martyres; 
1.  in  Sanctum  Saturuinum;  1.  hi  Sanctum  Augustinum  ; 
5.  in  Sanctum  Nicasium  ;  2.  in  Beàtum  Aîoysium  Gonzagam  ; 
5.  in  Sanctum  Symphorianum;  1.  in  Sanctum  Maximum. 
Mundilies  latini  sermonis,  et  venustas,  qusé  in  reliquis  Com- 
mirii operibus  elucet,  in  Hymnis  maxime  eminet;  habita 
prœterca  est  diligcnler  ratio  modulations  Ecclesiasticœ. 
Credcres  GommSrium  cum  Santolio  olim  amico ,  tune  rU 
vali,  de  paima  poeseos  Hyranodicae  certare  voluisse.  Nam,ut 
t.  h.  49 


770  APPENDICE. 

ad  id  veniam,  de  quo  proposui  dieere,  Gommirius  plura 
epigrammata  adversus  Santolium  inter  hœc  opera  posthuma 
habet.  Nihil  illc  quidem  stylo  Santolii  objicit  ;  nam  eum  an- 
tea  plurimum  laudaverat ,  vel  polius  maximis  laudibus  a 
Santolio  ornatus,  mutuum  rcddiderat.Nihilominus  quoddam 
epigramma  gallicum  Nicolai  Boelci  Pralelli  latinum  fecit,  in 
quo  llymni  Santolii  dicuntur  ampullis  graves  ;  suo  vero  no- 
mino  Gommirius  nihil  fore  nisi  lrcsam  a  Santolio  amiciliai 
fidem  queritur.  Gclcrum  Dominus  de  La  Monnoye  data  opéra, 
et  severitate  censoria  omnes  Victorini  Hymnos  in  examen 
revocavit.  ïota  ejus  animadversio  in  noto  opère,  cui  tilulns 
est,  Menagiana ,  edit.  Amstelodamens.  J 7 1 3— 1716.  tom.  3. 
pag.  402 ,  etc.,  inserta  est.  Gcnsor  ususestcollcctione  Hym- 
norum  Parisina,  1C98,  in-12,  apud  Dionysium  Thierry  :  eam- 
dem  ego  prœ  manibus  habeo. 

1.  In  primo  Hymno,  qui  est  auctoris  anonymi,  censor 
notât  titulum,  Sacris  pignoribus ,  vulgo  sanctis  Reliquiis, 
quia  simpliciter  pro  litulo  rectius  diceretur,  sanctis  Reli- 
quiis ,  quam  Sacris  pignoribus, 

2.  Pag.  22.  In  Hymno  Johannis  Baplisloc  Santeul  junioris 
reprehendit  hune  versum  :  Cum  virgam  quatiens  imperat 
aridœ ,  quod  vox  arida  pro  terra  non  aceipiatur,  nisi  in 
sacris  litteris. 

3.  Pag.  473.  In  Hymno  Claudii  Santeul,  in  hoc  versu  : 
Quam  pio  plangas  Pater  impiorum  —  Corde  ruinam ,  negat 
plangere  reele  sumi  active  pro  lamentari,  cum  accusandi 
casu. 

Reliqui  omnes  hujus  libri  llymni  auctorem  habent Johan- 
ncm  Baptislam  Santeul  seniorem ,  qui  adscito  Santolii  Vic- 
torini nomme  solet  appcllari,  in  quibus  haec  animadvertit 
censor. 

k.  Pag.  5.  Tormcnla  quœ  non  horruit?  De  S.  Barbara, 
qui  versus  eflîcit  un  contre-sens  horrible.  Sed  forlasse  San- 
tolius  interrogationem  non  apposuit. 

5.  Pag.  5.  Fruisponso  pro  fruimarito,  atque  alibi  sponsa 
pro  uxore.  De  (j/ae  postea  dicam. 


APPENDICE.  771 

6.  Pag.  5.  Si  proie  non  terras  repleut  pro  Si  proie  terras 
non  repleut. 

7.  Pag.  6.  Vinclisligant  se mutuis — Ris  conjuges  liberrimi. 
De  Chrfsto,  ac  S.  Barbara.  Haud  recte  dicitur;  per  ea  vin^ 
cula  Chrislura  esse  liberum,  neque  a  vinculis,  quibus  se 
mutuo  ligant ,  Christum,  et  S.  Barbaram  esse  liberos. 

8.  Pag.  6.  Ad  dulce  nomen  Barbarœ  —  Vanos  tremores 
jwnimus.  Cur  tremores  vani  dicunlur? 

9.  Pag*  10.  Substrahens  t  et  alibi  substrahe  pro  subtraho. 

10.  Pag.  11.  JEstimas  auri  pretiosa  damna.  Dici  solet 
parvi,  vel  magni  aliquem  œstimare,  non  vero  œstimo  hune 
esse  bonum  virum. 

11.  Pag.  11.  Sicque  dotatus  pudor  immolandos  —  Servat 
honores  :  pro  et  sic;  reprehendituretiam  locutio,  immolandos 
honores. 

12.  Pag.  11.  Sic  nos  tenebras  amare.  Ambiguum. 

15.  Pag.  11.  Cingere  mitra  aliquem  pro  cingere  frontem , 
caput,  comas,  tempora  alieujus. 

14.  Pag.  16.  Per  te ,  divas  amor,  frigida  pectora  —  Puris 
ignibus  ardeat  (  lege  ardeant)  pro  dive  amor,  vel  divum 
amorem. 

15.  Pag.  20.  Virgo  Dei  puerpera.  Puerpera  non  régit 
casum  gignendi ,  quamvis  apud  Vidam  îd  reperiatur. 

16.  Pag.  20,  et  alibi  Coœvus.  Hoc  vocabulum  non  cœpit 
esse  in  usu  nisi  post,  vel  circa  dimidiatum  seculum  IV.  Nam 
apud  Ciceronem  quod  aliqui  legunt  Coœvus,  legendum  est 
Coquus ,  ut  piures  animadverterunt. 

17.  Pag.  25.  Urgent  ecce  Rhemos  gens  fera  Vandali.  Prima 
vocaîis  in  Rhemos  est  longa.  Santolius  iterum  eam  corripuit 
pag.  188,  produxit  vero  pag.  68. 

18.  Pag.  25.  Intrat  templa  Nicasius.  Prima  vocalis  iri 
Nicasius  est  longa,  secunda  brevis. 

19.  Pag.  52.  Dicere.  In  praesenti  passivo  melius  diceris. 
INihilominus  Terentius  passim  videre  pro  videris  ulitur. 

20.  Pag.  32.  In  fervens  olei  conjicitur  mare,  Audacter 
mare  olei  pro  aheno.  In  sacra  Scriptura  hœc  metaphora  ad- 
hibita  est  pro  vase  amplo.  3.  Reg.  cap.  7.  v.  23. 


772  APPENDICE. 

21.  Pag.  33.  Sacrœ  participes  et  socii  necis  — Discamus- 
quo  mori.  Prœposlcra  conjunclionis  que  trajectio ,  sive  trans- 
posilio. 

22.  Pag.  54.  Et  jugo  Christi  tibi  pœna  major  —  Subdere 
gentes.  Pcrpcram  pœna  pro  laboie  (peine)  quod  sœpe  alias 
occurrit. 

23.  Pag.  3i.  Quos  tu  creasti,  memor  usque  servas.  Non 
constat  versus,  nisi  legatur  Quos  creasti  tu  ;  sed  tune  abest 
nitor,  et  harmonia. 

24.  Pag.  54,  et  125.  Quem  fuies  veri  sludiosa  trinum — 
Crédit  et  unum.  Yix  alios  coneinniores  versus  in  omnibus 
his  Hymnis  reperias;  sed  fateri  oportet ,  eos  depromptos  esse 
ex  Sannazarii  Hymnis. 

25.  Pag,  3G.  Te  vocant  fie 'xi  poplite  supplices.  Melius,  flexo 
poplite. 

26.  Pag.  36.  Fuso  iinctaque  sanguine.  Viliosa  eonstructio. 

27.  Pag.  42.  Ercmus.  Vox.  parum  latina. 

28.  Pag.  43.  Nota  Sulpiti  pietas.  Primum  i  in  Sulpiti  est 
brève. 

29.  Pag.  h'ô.  Deerant  tyranni.  Non  est  trisyllabum  dee- 
rant,  et,  si  aliquando  fit,  producitur  primum  e. 

30.  Pag.  49.  Rutoiti.  In  ablativo  absoluto  dicilur  ruente. 
5i.  Pag.  49.  Cœlo  non  hominum  quœ  posuit  manus.  Pro 

quœ  hominum  manus  non  posuit. 

52.  Pag.  51.  Astra  redire,  pro  redire  ad  astra. 

33.  Pag.  55.  Saule  ,  tendis  quos  in  hostes  ?  Melior  haéc 
eonstructio,  Quos  in  hostes,  Saule,  tendis? 

54.  Pag.  55.  Insecutor.  Kejicitur  hoc  verbum  Pruden- 
lianum. 

55.  Pag.  56.  Addunt  —  Scque  triumpko.  Incongrua  ira- 
jectio  conjunetionis  que. 

56.  Pag.  57  et  258.  Gliscit  in  mentem,  pro  venit  inmen- 
tem  :  Gliscere  non  est  idem,  ac  gailicum  glisser. 

57.  Pag.  57.  0  Genevenses.  Reprobantur  nomina  hujus- 
modi  in  ensis ,  prresertim  longa,  in  hoc  versuum  génère. 

58.  Pag.  57.  Tamdiu  noctis  gtmitis  sub  umbra,  pro  dor- 
miiis. 


APPENDICE.  i  /i> 

59.  Pag.  59.  Nihil  atque  spiret ,  pro  atque  nihil  spiret. 

40.  Pag.  65  Christum  anhelantis.  Lcgendum ,  Christum- 
que  anhelantis ,  ut  constct  versus. 

41.  Pag.  66.  Sit  fas  beato  sub  sene  nos  rnori.  Rectius  cum 
sene  ;  sermo  est  de  Simcone  cantante,  Nunc  dimittis» 

42.  Pag.  68.  Cupiunt  doceri —  Te  que  magislro,  pro  eu- 
piuntque. 

43.  Pag.  69.  Dœmon  ut  cedat,  jubet.  Longum  est  o  in 
Dasmon. 

44.  Pag.  70.  Plangere  dolores  t  pro  lamentari. 

45.  Pag.  71.  Intras  Pharos ,  pro  Pharon. 

46.  Pag.  71.   Qui  nos  foves ,  laus ,  Spiriius.  Deest  tibi. 

47.  Pag.  75.  Durusque  pro  throno  lapis.  Latine  non  dici- 
tur  thronus,  neque  crux  idonee  vocatur  lapis. 

48.  Pag.  74.  Nequœ  vocareî ,  pro  nequa. 

49.  Pag.  75.  Vel  cujus  attactu,  pro  cujus  vel  attactu. 

50.  Pag.  77.  Prœco,  absolute  positus  pro  concîonatore  , 
rejichur. 

5i.  Pag.  78  (  lege  80  ).  Nos  infenso  (  ieg.  inoffenso)  pede 
ducat  astris  pro  ad  astra. 

52.  Pag.  81.  Quantis,  et  quibus  suspiriis ,  reprehenditur 
htcc  loculio  prosaica. 

53.  Pag.  83.  Subdita  proies  ,  pro  obsequens, 

54.  Pag.  95.  Non  deest.  Est  monosyllabum  deest.  Vide 
num.  29. 

55.  Pag.  96.  Indiges  non  hic  ministris ,  pro  non  indiges. 

56.  Pag.  98.  Qaodque  fugisti ,  fugiant  caduci — Culmen 
honoris.  Ineptum  est  preeari,  ut  fidèles  fugiant  culmen  ho- 
noris, quod  S.  Cœlcstimis  V.  fugît. 

57.  Pag.  99  et  202.  Desertutn  in  singulari  reprobalur. 

58.  Pag.  100.  Lux  redit  terris  sacra  Landerico ,  Lux 
Parisinœ  sacra  semper  ttrbi.  Variatur  significatio  verni  sacra 
in  primo,  et  secundo  versu. 

59.  Pag.  101.  Num  suis dives salis  est  Olympus  —  Incolis? 
pro  non. 

60.  Pag.  109.  Assidcs  conviva  nobis. —  Ipse  tu  convivium. 
Quo  sensu  Christns  est  conviva  nobis  in  Eucharistïa? 


774  APPENDICE. 

61 .  Pag.  110.  Nos  vides  quam  dissitos  pro  Quam  vides  nos. 
Dissitus  pro  remoto  non  usurpatur. 

62.  Pag.  114.  Seplimus  mensis ,  neque  claudet  annus  — 
Septimus  œvum.  Deest  unum  neque. 

65.  Pag.  121k  Securis.  Prius  dixerat  fuisse  ensem. 

64.  Pag.  125.  Victor  exemplis  animosiores  —  Fac  tins 
nostras  sociare  palmas.  Improbatur  synlaxis. 

65.  Pag.  126.  Rutilanlem  in  auro  pro  rutiluntem  auro. 

66.  Pag.  127.  Graviora  ferro  vulnera  pro  vulnera  gra- 
viora  iis ,  qurc  ferrura  infcrt. 

67.  Pag.  134.  Ut  nos  reducat.  Legendum,  ut  reducat  nos. 
Vide  supra  num.  23. 

68.  Pag.  135.  Quod  fit.  Prosre  id  convenit,  non  carmini. 

69.  Pag.  135.  Victricem  Dei ,  ambiguum. 

70.  Pag.  135.  Qui  Christiano  gloriantur  nomine  —  Ahena 
frustra  vincla  captivos  tenent.  Censor  hoc  loco  ait.  L'auteur 
s'est  trcs  mal  à  propos  imaginé  je  ne  sais  quelle  élégance  dans 
ces  sortes  de  transpositions  dont  ses  Hgmnes  sont  toutes  pleines. 

71.  Pag.  131.  Obstupendis.  Veteres  dicunt  obstupescendis. 

72.  Pag.  153.  Ingcnito  Patri,  pro  non  genito. 

73.  Pag.  159.  Nil  damnas  temere ,  nil  leviter  probas.  Ul- 
timum  e  in  temere  creditur  brève  ab  au  dore  censurai  ex 
versu  in  tragœd.  Octavia*.  Nihil  in  propinquos  temere  cons- 
titui  decet. 

74.  Pag.  168,  Suprema  laus  sit  Parenti .  legendum  Laits 
suprema  sit  Parenti. 

75.  Pag.  168.  Rcmeare  urbes  pro  ad  urbes. 

76.  Pag.  171.  Ire  recessus  pro  ire  ad  recessus ,  seu  re- 
cessus  peiere,  quod  aptius  dicitur. 

77.  Pag.  172.  Subigisque  menti.  Perperam  subigo  cum 
dalivo. 

78.  Pag.  176.  Regibus  qui  dat,  repetitque  régna ,  pro  r$- 
petit  a  regibus. 

79.  Pag.  177.  Monte  sub  celso  Sequanas  ad  oras.  Longutn 
est  a  in  Sequana,  quamvis  Ausonius  corripuerit. 

80.  Pag.  179.  Invasor,  non  est  vcrliutu  latinum. 


APPENDICE.  775 

81.  Pag.  179.  Ibat  qui  toties ,  dum  furor  impitit  ~~  Ftrro 
Christiadas ,  erudiit  mori.  Obscur um, 

82.  Pag.  183.  Lance  pendis  non  severa  —  Luce  functi 
crimina,  de  S.  Michaele,  quasi  is  peccata  supplicum  dissi- 
mulet. 

83.  Pag.  184.  Nuncium,  neutrum  non  est,  sed  mascu* 
linum. 

84.  Pag.  188.  Nedum  vir;  impubes  sed  annos  —  Judicii 
gravitate  vincit  (  leg.  pensât.  ) ,  pro  Impubes,  nedum  vir,  vel 
pro  nondum  vir  ;  impubes  sed  annos  —  Judicii  gravitate 
pensât. 

85.  Pag.  196.  Sic  renascenti  cruciata  pœna  —  Corpora 
subdunt  pro  renascente  pœna ,  et  subdunt  pro  subigunt. 

86.  Pag.  197.  Nesciens  solis  pro  nesciens  solem. 

87.  Pag.  198.  Sacris  barbara  gens  ,  jam  docilis  régi  — 
Christum  fontibus  induit.  Non  recte  exprimitur  sensus. 

88.  Pag.  198.  Très  cœlo  simul  advolant  pro  ad  cœlum. 

89.  Pag.  200.  Clatra  pro  clathros, 

90.  Pag.  203.  Si  non  vincla  gravant  manus  pro  gravent. 

91 .  Pag.  20  i.  Compila  per,  absolute  posilum  pro  per  corn- 
pita. 

92.  Pag.  20V.  Viscera  Martyr  is  —  Quando  nuda  patent, 
illius  intimam  —  Rimeris  penitus  fidem.  Ridicula  sententia, 
ac  momi  propria.  Damnantur  quinque  stropha3  pagina?  203, 
ob  vitium  obscuritaiis. 

93.  Pag.  209.  Accensœ  rutilant  undique  lampades,  — ■*  Te 
prœsente  micant  minus.  Frigide  dictum. 

94.  Pag.  211.  Quœ  subduntur,  et  imperant.  Sine  dativo 
subdo  non  significat  subjicio. 

95.  Pag.  211.  De  cathedra  docent  — Pleni  numine  Mar- 
tyres. —  Pensée  burlesque  (ait  ccnsor)  burlesquement  expri- 
mée. 

98.  Pag.  214.  Qui  flevere ,  —  Serenus  abstergit  lacrymas 
Pater.  Deest  eis,  aut  his. 

97.  Pag.  218.  Hoc,  luce  functi  spiritus  —  Tarn  triste 
munus  exigunt.  Idem  est  luce  fungi,  ac  mori,  quod  spiriti- 
bus  non  convenit. 


776  APPENDICE, 

98.  Pag.  225.  Media  tunica  pro  dimidia  tunica. 

99.  Pag.  224.  Turo.  Fit  longum  u,  quod  est  brève. 

100.  Pag.  224-.  Ora  deformi  dabat  una  virtus —  Unde 
niteret.  Obscure. 

101.  Pag.  225.  Nec  truci  quamvis  caput  immolandum — 
Pro  Dei  causa  posuit  sub  ense ,  —  Marlyris  palmam  retulit 
velisto  —  Dignus  honore.  De  S.  Martine*  confessore,  informis 
et  intricata  constructio. 

102.  Pag.  229.  Valerlano  sese  addidit.  Legendum  est,  se 
addidit  :  autrement  (  ait  auctor  censuras  )  il  y  aura  trop  d'une 
syllabe  pour  le  chant.  Il  est  vrai  qu'il  restera  encore  deux  in- 
convéniens ,  la  rudesse  de  l'élision  :  Valeriano  se  addidit, 
dans  un  vers  qui  se  chante,  et  la  seconde  syllabe  de  Valeriano 
allongée. 

103.  Pag.  250.  Flammis  aheno  fervido  —  Pudica  virgo 
mergitur.  De  S.  Crccilia,  qua;  non  in  œre,  ut  forte  Iegit  San- 
tolius,  sed  in  aère  balnei  sui  inclusa  est,  cxÀclisapud  Ba- 
ron i  uni. 

104.  Pag.  252.  Divis  invidiam  facis  t  neque  calholice , 
neque  latine. 

105.  Pag.  2i0.  Aperta  non,  euntibus  — Addent  morus 
pericula  pro  aperta  non  addent  moras  —  Euntibus  pericula. 

106.  Pag.  2  i  1 .  Divina  quœ  gessit  homo.  Ponitur  tertia  sede 
chorcus  gessit  pro  iambo,  vel  spondrco. 

107.  Pag.  344.  Confundisque  tyrannum, —  Dum ,  quos 
deprimit,  élevas.  Confundo  signiâcat  misceo  ;  elevo  plerumque 
minuo. 

108.  Pag.  250.  A  quo  magnanimœ  preclia  sustiner.t  — ■ 
Spreto  funere  VirginCs  ;  pro  cujus  ope,  vei  per  quem. 

Hase  est  censuras  sumrna;  nani  quasdarn  leviora  prasierii, 
vilia  etiam  orthographias,  quas,  ut  ipse  censor  ait,  majori 
ex  parte  iaiputanda  sunt  typographo.  Q  u  B.iiileii  opori  de 
judiciis  sapienlum  notas  adjecit,  sci'icet  idemmet  Bernard  is 
Moneta ,  sive  de  La  Mon  îoye  hanc  censuram  opponit  elogb , 
quoBaiiletus  Jom  4.  nim.  1549.Santolium  prosequituriisdt'm 
verbis,qua3  ex  Oictionariv)  Morerii  attuli  in  Dissertât,  num. 
202.  Annotatore  contrario  opiuatur^  animqdversioui  çensorias 


APPENDICE.  777 

expositœ  ditfîculter  responderi  posse.  Ac  sane  sunt  multa  a 
censore  docte ,  periteque  notata  ;  sed  in  a!iis  plerique  dissen- 
ticnt.  Prœtereo  illa  omnia,  qua3  melioraûevï  potuisse  dicun- 
tur  :  nam  hoc  pacto  infinitus  reprehendendi  patcret  campus. 
Trajectiones  autem  verborum,  sivc  constructiones,  quœ 
duriores  videntur,  interdum  in  optimis  aucloribus  reperiun- 
tur,  ut  in  Calullo  Mamurrat  pathïcoque,  Cœsarique  :  et  alibi  : 
Expui  tussim  —  Non  immerenti  quam  mihi  meus  venter  — 
Dum  sumptuosas  appeto,    dédit ,    cœnas.  Nihilominus  fre- 
quentius  id  fit  a  Santolio,  quam  ut  tolerari  possit.  Verum 
improbare  non  auderera  n.  2,  arida  pro  terra;  n.  5  et  44, 
plangere  cum  accusativo  ;  n.  10,  œstlmo  pro  existimo ,  puto  ; 
n.  11,  cingere  mitra  aliquein  pro  cingere  caput  alicujus;  n.  14, 
divus  amor  pro  dive  amor  ;  n.  15,  puerpera  cum  genitivo 
Dei  ;  n.  16,  coœvus  pro  cequali;  n.  20,  fervens  olei  mare  pro 
aheno pleno  fervent is  olei  ;  n,  77,  eremus  ;  n.  29,  deerant  tri* 
syllabum  cum  primo  e  brevi;  n.  34,  insecutor  ;  n.  37,  Gène- 
venses  ;  n.  47,  thronus  ;  n.  48,  nequœ  pro  nequa;  n.  57, 
desertum  in  singulari  ;  n.  58 ,  varietatem  significationis  vocis 
sacra  ;  n.  65 ,  rutilantem  in  auro  ;  n.  71,  obstupendis  ;  n.  72 , 
ingenitus  pro  non  geniio ;  n.  107,  confondis;  hœc,  inquam, 
alia  simîlîa  censura3  nota  non  inurerem.  Etenim  pleraeque 
voces  indicaltE  Ecclesiasticœ  sunt,  et  Hymnis  congruunt; 
alise  idonea  veterum  auctoritatedefendi  possunt,  ut  ex  lexi- 
cis  vuîgatis  apparet.  Quod  autem  censor  maritus,  et  uxor 
dici  mallet  num.  §,  pro  sponsus,  et  sponsa,  contra  ego  hœc 
verba  et  Ecclesiae  usu  prasferam,  et  potius  castigarem  San- 
tolium,  dum  ait  de  Christo,  et  S.  Barbara,  Conjuges  liber- 
rimi ,  et  Deo  superba  conjuge.  Prœterea  nuncium  neutrum 
pro  nuncius  num.  83,  ex  ipso  Vossio  de  Vitiis  Sermon,  lib.l. 
cap  14,  qui  iliud  reprobat,  non  esse  reprehendendum  re- 
darguitur  ,  cum  doctissimorum  hominum   contraria?   sint 
senlenlire.  At  in  temere  num.  13.  quid  est  animadversione 
dignum?  iNoime  quamvis  ultimum  e  brcve  esset,  ob  ca^su- 
ram  produci  posset  ?  In  protinus  ob  cassuram  u  produci  posse 
dixi  pag.  324  in  nota,  ac  pariter  o  in  illico  ob  cœsuram,  et 
duas.  consumantes  dictionis  sequentis  in  sentemia  nonnemi- 


778  APPENDICE. 

nis,  qui  illud  o  semper  esse  brève  scripsit,  sed  rêvera  du- 
bium  mihi  non  est ,  quin  sit  commune.  Quibusdam  visus  est 
vocalem  brevem  ob  cœsuram  produxisse  Lucretius,  lib.  1. 
v.  806 ,  quamvis  in  eadem  dictione  consonans  non  succédât  : 
Imbribus ,  aut  tabe  nimborum  arbusta  vacillant.  Et  Ovidius, 
Amor.  lib.  2.  eleg.  12.  Terra  ferax  cerere ,  multoque  feracior 
uvis.  Et  Statius,  3.  Theb.  Effugiet,  vix  OEdipode  fugiente  time- 
ret.  Nam  quodRicciolius,  part.  h.  prosod.  reg.  2.  versum 
Virgilii  iEneid.  12.  allegat,  Me  sinite,  auferte  metus ,  ego 
f ccdera  faxo,  alii  melius  legunt,  Me  sinite,  atque  auferte  metus, 
egofœderafaxo.  Itaeliam  versus  Virgilii  abaliis  productusex 
Ciri,  Nec  levis  hoc  facere ,  neque  enimpote  curasubegit,  cor- 
rectior  legitur,  Nec  levis  hoc  faceret ,  neque  enim  pote  cura 
subegit.  Quamquam  versum  Lucrelii  similiter  alii  corrigunt, 
Imbribus ,  aut  tabi  nimborum  arbusta  vacillent ,  et  alterum 
Ovidii,  Terra  ferax  cereris,  multoque  feracior  uvœ.  OEdipode 
potest  diei  ablativus  primae  declinationis  grœca?.  Sane  mihi 
non  aliud  exemplum  pro  Santolio  occurrit  prœter  versum 
Virg.  lib.  3.  ^neid.  v.  164:  Dona  dehinc  auro  gravia,  sec- 
toque  elephanto;  ubi  Servius  notât  :  gravia  finalitatis  ra- 
tione  producitur,  sed  satis  aspere  ;  nam  in  nullam  desinit 
consonantem.  Quid  quod  ultimum  e  in  temere  ex  temerarie 
per  contractionem  factum  videtur,  aliis  melius  ex  antiquo 
temerus,  et  utrolibet  modo  e  postrcmum  producendum  est. 
In  hac  opinandi  ratione  tenendum  est,  aut  versum  Senecae, 
sive  auctoris  Octaviœ  corruptum  esse  ,  aut  senarium  iambi- 
cum  aliquando  apud  tragicos,  uti  sa3pe  apud  comicos,  quarta 
sede  admittere  spondaeum,  quod  nonnullis  exemplis  posset 
confirmari  :  etsi  non  probo ,  quod  Ricciolius  hune  ipsum 
versum ,  Nihil  inpropinquos  temere  constitui  decet ,  in  exem- 
plum adduxerit,  ut  in  temere  longum  esse  e  postremum  os- 
tenderet,  et  facilius  Santolium  ob  crcsuram,  quam  alio  modo, 
defendi  posse  existimo.  Poliori  jure  censor  castigare  potuit 
stropham  illam  in  Hymno  S.  Quintini  pag.  208.  Ne  sacros 
cineres  contigeris  reus  —  Tardo  pœna  sequax  non  pede  deserit 
—  Fossor  diriguit  ;  mors  subito  reum  —  Indignata prœoccu- 
pat.  Nam  si  mors  pede  non  tardo  deserit,  nunquam  conse- 


APPENDICE.  779 

quitur  reum;  si  pede  tardo  sequax  non  deserit,  non  subito 
eum  consequitur,  multoque  minus  prœoccupat,  quamvis  in- 
dignât a. 

Pariter  non  video ,  cur  censor  verba  invasor,  dissitus ,  pro 
remoto,  atque  alia  hujus  generis  excludenda  judicaverit,  ac 
nonnulla,  qure  aaque,  vel  magis  reprehensioni  patent  prœ- 
termiserit,  veluti  adytus  pro  adytum  pag.  50.  0  sacros  ady- 
tus  !  et  in  festo  Decollationis  S.  Joannis  Baplistïc  resecatum 
pro  resecto  :  Illa  vox  crudo  resecata  ferro.  Certe  œquior  his 
non  est  animadversio  circa  verbum  glisco  pro  gallico  glisser, 
ut  asseritur  num.  36.  En  duo  illa  loca,  qua3  indicantur, 
pag.  57.  Gliscit  in  mentem  médit antis  illa  —  Quœ  beat  divos 
eadem  voluptas,  pag.  258.  Non  vana  pompa  sœculi —  Sensus 
fefellit ,  nec  malis  —  Gliscens  voluptas  artibus  — Virile  pectus 
molliit.  Quaererem  a  censore,  cur  glisco  his  in  versibus  non 
possit  habere  signitiealionem,  qua  gaudet  in  illo  Virgilii, 
Accenso  gliscit  violentia  Turno,  aut  in  altero  Slatii,Thebaid.9. 
Menti  tumor,  atque  audacia  gliscit?  Nec  dubium  est,  quin 
ita  sit  accipiendum  illud ,  malis  gliscens  voluptas  artibus , 
quidquid  sit  de  gallico  glisser,  et  de  gliscit  in  mentem. 

Ne  vero  putet  aliquis,  me  Santolii  peccata  defendere,  ut 
meis  patrocinium  quœram,  dicam  ingénue,  mihi  etiam  illius 
Hymnos  oculis  neque  lynceis,  neque  lividis  percurrenti  quœ- 
dam  displicuisse  prseter  alia  vilia,  quac  in  Menagianis  recte 
observata  fuisse  monui.  Ac  primum  in  festo  S.  Joannis  Evan- 
gelista3  pag.  50.  fit  brève  n  in  duco;  a  quo  vita  ducit ,  prin- 
cipium  petis  —  Et  primordia  luminis.  Simile  est  illud  in  festo 
S.  Antonii  Abbatis  pag.  42.  Ut  nitens  plumis  sine  labe  puris 
—  Ne  suiperdas  labe  quid  nitoris  —  Transvolat  nubes,  humi- 
lesque  terras  —  Deserit  aies.  Longum  est  a  in  labes  ,  ut  in 
primo  versu  cernitur,  sed  cur  fit  brève  in  altero  ?  immo  quid 
eo  loco  significat  labe  ?  Sed  majori  forlasse  reprehensione 
dignœ  sunt  sententiœ  quœdem  duriores,  metaphorœ  auda- 
ces, et  indccorœ.  De  S.  Barbara  pag.  4.  Deo  superba  conjuge. 
Quid  enim est  superbus,  nisi  arrogans,  insolens,  imperiosus, 
elatus,  inflatus,  non  ferendus,  se  efferens,  spe,  atque  animo 
inflatus,  âsper,  difficilis,  gravis,  qui  fastidio  et  coutumacia 


780  APPENDICE. 

efferlur?De  Christo  Domino  pag.  88.  Cœlestis  enRex  curiœ 
—  Ut  monstret  ad  cœlum  viam  —  Secumquc  ducat  exules  — 
Se  sponte  fecit  exulem.  Non  placet,  exulem  a  cœio  dici  Dei 
filium  ;  qui  beata  Patris  visione  sèmper  fuerit  perfruitus. 
Pag.  92.  Crux  vocatur  lectus,  in  quo  nos  parit  Christus  : 
Tu  lectus,  in  quo  nos  parit  ;  et  pag.  187  torus ,  et  ibidem 
lancea ,  quia  aperuit  latus ,  obstetrix  :  Per  te  salutis,  lancea, 
largiug —  Fluxere  fontes,  quando  Dei  latus — Prœgnantis 
obstetrix  recludis  —  Sacrilego  f annulante  dextra. 

Abbas  Guyotus  Desfontaines,  tom.  7.  Observ.de  scriptis 
recen.  pag.  7,  criminationem  depellit  nescio  a  quo  oblatam 
contra  hanc  Santolii  slropham  :  Jnscripta  saxo  lex  vêtus  — 
Prœcepta,  non  vires  dabat ,  — lnscripta  cordi  lex  nova,  — 
Quidquidjubet,  dat  exequi.  Santolium  erroribus  suo  tempore 
in  Gallia  disseminatis  favisse  aliqui  jaetarunt,  quamvis  non 
defuerint,  qui  afïirmaverint,  illum  eum  esse,  qui  ne  intelli- 
gere  quidem  nascentem  hseresim  potuerit.  In  illa  cerle  stro- 
phanihilmali  subesse  puto(l)  ;  sednonproptereaomnia,  quœ 
in  Santolii  Hymnis  referuntur,  libenti  animo  excipiam,  quid- 
quid  sit  de  aucloritatc ,  quam  Hymnis  Santoîianis  conciliare 
possunt  tôt  Breviaria  Gallicana,  qua3  eos  adoptarunt ,  et  a 
Guyoto  recensentur,  nempe  Aurelianense  an.  1693,  Sani- 
ciense  an.  1700,  Lexoviense  an.  1704,  Narbonense  1709, 
Meldense  1713,  Andegavense  eodem  tempore,  Trecense 
1719,  Aniciensc  et  Antisidiorense  1726,  Rothomagense  1728, 
INÏvernense  1729,  Glaromontanum  eodem  anno.  Nam  ut  ab 
omni  censura  abstineam ,  dura  mihi  videlur  sententia  illa  de 
Christo  patiente  pag.  73.  Clamore  magno  dum  Patrem  — Sibi 
relictus  invocat  —  Cum  morte  luctantem  Deum  —  Non  audit 
ille.vix  Pater.  Dum  aliquis  BreviariorumGaliiie  Iaudatorbe- 
nignam  interpretationom  his  verbis  quacrit,  ego  potius  cre- 
dam  Filium  Dei  a  Pâtre  (  quem  nunquam  vix  Patrem  appeî- 

(1)  Penitus  ignorasse  videtur  Arevalus  quse  acla  sunt  circa  die- 
tam  strophen,  lum  ex  parte  Jansenistarum  ut  illam  in  Breviariis  in- 
trudereut,  lum  ex  Calholicorum  ingenio  ut  haereticum  virus  ab  illa 
expellereut ,  puta  iû  Diœcesibus  Ébroïoensi ,  Cenoaianensi ,  Toîo- 
sana,  etc. 


APPENDICE.  781 

labo),  in  cruce  nonsolum  auditum,  sed  etiam  exauditum 
fuisse  prosuareverentia,itainteîligenslocum  A postoli  cap.  5, 
adtîebr.v.  7.  Qui  in  diebus  carnis  suœ preces,  supplicationes- 
que  ad  eum ,  qui  possit  illum  saîvum  facere  a  morte  ,  cum  cla- 
more  valido,  cl  lacrymis  offerens,  exauditus  est  pro  sua  revc- 
rentia.  Quod  autem  cap.  27.  Matlh.  v.  4(3,  Circa  horam 
nonam  clamavit  Jésus  voce  magna  ,  Eli,  Eli  lamma  sabac- 
thani,  cum  SS.  Patribus,  qui  a  Calmcto  indicantur,  interpre- 
tabor,  quod  Salvator  non  prose,  sed  pro  membris  suis  cxcla- 
mavit.  Gravis  etiam  pro  Santolio  videri  posset  auctoritas 
Palris  Bourdaloue,  si  neque  ipse  fuisset  Gallus,  et  in  poesi 
aeque,  ac  in  concionibus  insignis  extitisset.  Is  in  epislola 
gallica  ad  Santolium  Victor  inum  tom.  2.  Opcrum  hujus 
edit.  Paris.  1729,  nimis  magnifiée  assuerit,  oplarese,  ut 
omnes  Hymni  Rreviarii  Romani  c  Santolii  ofïïcina  prodi- 
rent. Equidem  si  bene  novi  ingénia  Romanorum ,  et  uni- 
verse  Itaiorum,  non  credo,  eos  opinioni  Bourdalovii  esse 
subscripluros ,  ne  Hispanos  meos  in  bujus  invidiig  pariem 
adducam. 

Pergo  ad  alia.  Displicet  non  nihii,  quod  dicatur  pag.  12. 
in  Mymno  ,  S.  Nicoîai  :  Ipse  dux  facti  Deus  insokntis ,  quam- 
vis  variam  insolentis  significationem  non  ignorem.  Neque 
probo  versus  iilos,  pag.  21.  de  Virgine  Deipara  :  Quam  cclsal 
quœ  se  deprimens —  Âltum  Tonantem  deprimis  ;  —  In  te,  sui 
jam  non  memor,  —  Descendit  e  cœlo  Deua.  Neque  iiem  ilios 
de  Jesu  Christo  in  Eucharisiia  pag.  109,  Ipse  factus  est  pu- 
sillus,  —  Paupsr,  exul ,  indigent,  Cur  autem  crucem  Do- 
mini  sic  alloquar:  Manus  Tonantis  quœ  ligabas  — Semper  cris 
pretiosa  torques?  lia  lego  pag.  187.  Placida  vero  cœli  gandia 
non  exprimèrent  hoc  pacto  :  Pontifex  terris  rapitur  Salesus , 
—  Festa  dum  cœli  frémit  aula  jdausu.  Nihii  dico  de  cogno- 
mine  Salesus  ,  quod  in  Hymnis  non  esse  inserendum  docui 
num.  199.  Dissertât;  in  quam  senlcntiam  facere  videntur 
décréta  S.  Rit.  Congrégations  22  Doc.  162 ï;  et  23  Junii 
1730.  Sanloiius  vero  Salesi  nomen  gentile  ter  intrusil.  Id 
autem  minus  est  reprehendendum  ,  cum  ad  Ii:mc  Icgem  San- 
tolius  non  attendent ,  aut  ea  se  astringere  nolucril.  Sed  quod 


782  APPENDICE. 

in  synalœpbas  et  eclhlipses  non  raro  incidit,  vix  dignus  est 
venia  ,  cum  ei  proposition  fucrit  modulis  ccclesiasticis  con- 
sulere.  Hoc  idem  vitium  Carolo  ColFin  scriptori  Gallo  objici 
polest,  qui  professus,  se  Hymnos  partira  denuo  condere, 
parlim  recognoscere  antiquos,  quos  idoneis  Ecclesiœ  canlui 
numeris  alligaret ,  saepe  elisiones  duriusculas  admittit,  ut 
pag.  41.  Reges  pompa  ai ios ,  alibi  subdere  amant.  Cofïmus 
Santolio  clarior  est,  et  doctior.  Nuper  illius  Hymnos  vidi 
inter  volumina  misceîlanea  in  12.  Bibliotheca3  Marefusehiae 
hoc  titulo  :  Hymni  sacri,  auctore  Carolo  Cojfin,  Ant.  Uni- 
versitatis  Parisiensis  Redore,  collegii  Dormano-Bellovaci 
Gymnasiarcha.  Parlsiis  1736.  Passim,  etîam  aliud  agens,  in 
novos  Hymnorum  correctores  incurro ,  quo  magis  repre- 
bensiones  quorumdam  eludere  licet,  quinovum,  inaudi- 
tumque  facinus  esse  putant,  de  veterum  Hymnorum  vitiis  in 
latiis,  musicisque  numeris  verba  facere,  sive  quod  ignari 
sint,  quid  rerum  in  republica  litteraria  gestum  fuerit ,  sive 
quod  inter  carminum  dotes  antiquitatem  reponant ,  quasi 
meliora  dies,  ut  vina ,  poemala  redderet.  Redco  ad  sententias 
Santolianas. 

Falsum  parlim  est,  partim  puérile,  quod  in  obitu  S.  Lan- 
derici  asserilur,  et  interrogalur  pag.  401.  Pauperes  lugent , 
lacrymisque  turbant  —  Gaudia  cœli.  —  Num  suis  dives  satis 
est  Olympus  —  Incolis?  terras  spoliare  cesset.  Nec  verius  est 
illud  pag.  4ô0.  Nilfecit,  et  nil  pertulit —  Homo  Deus ,  te 
nescio,  de  S.  JacoboMajori  nuncupato.  Illud  etiam  de  S.  Ca- 
jetano  pag.  4-i0  :  Prœdicent  Regem,  Dominumque  mundi  — 
Prœdicent  justum  ;  Gaetane,  cunctis —  Providum  terris  tibi 
prœdicare  —  Convertit  uni.  Nec  sibi  cohreret  Santolius  paulo 
infi  a  etimdem  S.  Cajetanum  alloquens  :  Te  canam  sanctis  si- 
milem  Prophctis — Quosque  provisor  Deus  educabat.  De  S.  Ca3- 
ciliapag.  231.  base  noto  :  Ter  perçus  sa  sua  de  nece  fortior~Ter 
Virgo  meruitmori.  Sed  neque  ter,  neque  semelmorï  Virgome- 
ruit,  et  non  nisi  semel  mortua  est  :  in  cujus  Actis  apud  Lader- 
cbium  non  lego,  in  aère,  aut  œre  balnei,  sed  flammis  balneari- 
bus...  calore  balnei.  De  SS.  Apostolis  hrec  babentur  pag.  236. 
Hœc  nempeplena  lumine  —  Tu  voté  frangi  prœcipis  ;~-Lux 


APPENDICE.  78o 

inde  magna  rumpitur,  —  Ceu  nube  scissa  fulgura.  Portasse 
Santoliusalludcrevoluit  ad  Gedeonis  factum,  cap.  7.  Judic. 
v.  17  etseqq...  Divisitquetrecentos  virosin  très  partes,  et  dédit 
tubas  in  manibus  eorum,  lagenasque  vacuas ,  ac  lampades  in 
medio  lagenarum...  cœperunt  buccinis  danger e ,  et  complo- 
dere  interse  lagenas,  Cumqueper  gyrum  castrorum  in  tribus 
personarcnt  locis ,  et  hydrias  conf régissent ,  tenuerunt  sinis- 
tris  manibus  lampades ,  et  dextris  sonantes  tubas  ,  clamave- 
runtque  :  Gladius  Domini,  et  Gedeonis.  Sed  quis  est  lucem 
rumpi,  vasis  confractis?  Displicet  tum  sententia,  tuni  locu- 
tio  ;  quemadmodum  illa  metaphora,  sive  allegoria  de  SS.  Mar- 
tyribus  pag\  2^5  :  Acti  procellis  omnibus  —  Sui  cruoris  flu- 
mine  — Vchuntur,  et  Christo  duce  —  Portus  bcalos  occupant. 
Alterius  generis  est,  quod  de  S.  Cajlestino  V.  affirmatur 
pag.  97.  Triplici  corona  —  Fronslimct  cingi ,  et  pag.  98  : 
Fleverat  quando  triplici  tiara — Vidit  ornatam  radiarc  fron- 
ton, Bonifacius  VIII,  qui  Cœleslino  V  successit ,  tiara  du- 
plici  primus  usus  est ,  quam  postea  Urbanus  V  triplicem 
fecit.  Denique  animadvertendum  est,  Santoiium,  cum  édita 
est  Parisiis  collectio  ejus  Hymnorum,  agnovissc  errorem 
queradam  suurn  pag.  2-41.  Dïvina  quœ  gessit  homo,  ubi  ler- 
tio  loco  adraisit  choreum;  sed  in  calce  paginai  hanc  notatio- 
nem  adjunxisse  :  Sic  peccasse  gloriabor,  ut  pietati  consulam, 
Hanc  excusationem  non  accipient,  qui  attendant,  eum  vc- 
hementissime  déclamasse  contra  pinguem  avorum  gentem  > 
quibus  eadcm  excusatio  pietatis  non  profuit  ;  Dissert.  num. 
167.  Hrec  fere  habui,  quœ  censura?  Menagiani  opcris  adji- 
ccrem.  Verum  cum  nihil  ex  omni  parle  sit  bcatum,  ut  ait 
oplimus  poeseos  magistcr  :  Vbiplura  nitent  in  carminé,  non 
ego  paucis  —  Offendar  maculis ,  quas  aut  incuria  fudit ,  — 
Aut  humana  parum  cavit  natura.  Sed  Galli  de  suo  Santolio 
prœstabiliorem  opinionem  haberi  volunt,  quorum  judicium 
co  magis  racicndum  esse  videtur,  quia  jam  diu  in  Breviariis 
novis  adornandis,  refingcndisque  maximo  conatu  ,  cl  indus- 
tria  laborant.  Tôt  nova  Breviaria  hoc  saîculo  in  (îallia  pro- 
dierunt,  totopuscula,  et  Dissertaliones  de  Officiis  singula- 
ribus,  de  precibus  Horariis  universe,  de  Litaniis,  Ilymnis- 
que  rccenlibus   DeipariC  in  Mercurio  Gallico  t   in  Diurio 


784  APPENDICE. 

Dinouartii,  in  Bibliotheca  Rituali  Zacharice  indicanlur,  lit 
possit  aliquis  subvereri,  ne  in  Galliis,  ut  feminre  novas 
vestium  formas,  ita  Sacerdotes  nova  Breviaria  quotannis  in- 
veniant,  in  quibus  vel  sola  novitas  placcat.  Sed  quod  dicere 
cœperani,  Hymni  Santolii  plerisque  Gallis  eliam  post  ani- 
madversionem  censoriam,  quam  excussi,  adeo  arrident, 
ut  nova  versio  gallica  in  lucem  venerit  Parisiis  1760,  inter- 
prète Domino  Poupin,  quam  Trivuîtiani  eodemanno  p.  666, 
mense  Martio  annunciant,  asserentes  ad  hanc  partem  Ofticii 
Ecclesiastici  perficiendam  divinitus  eoncessum  fuisse  Santo- 
liura.  Equidem  existimo,  hujusmodi  laudes  immodicas  fuisse 
perstricias  a  Dinouartio ,  quem  idem  Trivuîtiani  referunt 
anno  1759.  Sept.  pag.  2302.  promisisse  editionem  novam 
Uymnorum  Santolii  ex  autographo  ipsius  quasdam  correc- 
liones  continente.  In  hac  edilione  patefaeiendae  erant  quae- 
dam  varietates,  et  mutationes,  quas  in  nonnullis  Breviariis 
evenerant,  ut  cantui  consuleretur,  prasmittenda  etiam  la 
Notice  historique  de  ce  grand  poète  fort  mal  pteint  jusqu'ici,  et 
plus  défiguré  qu'embelli  dans  ses  portraits»  Nam  Dinouartium 
non  omnia  in  Santolii  Hymnis  probasse  observavi  in  Disser- 
tation prœvia  num.  20 i.  Sane  si  quid  in  p'oesi,  prrcscrtim 
laiina,  vident  Ilali  (vident  autem  ,  ut  quidam  eortim  sibi 
arrogant,  longe  aculius,  quam  reliqui  omnes,  ut  eg'o  ultro 
assentior,  non  minus  quam  ceteri  )  fateri  necesse  est,  San- 
tolium  in  primo  poetarum  ordine  non  esse  coîlocandum.  Nam 
cum  oplimos  quosque  poetas  non  indiligenter  sibi  undique 
comparent,  alquc  adeo  denuo  excudant,  Santolii  Hymnos 
Borna?  neque  in  Bibiiotheca  Casanalensi,  neque  in  Barberina, 
ncqne  in  Corsinia  ,  neque  in  Alexandrina  ,  neque  in  Passio- 
neia  ad  Angdicam  translata,  neque  in  Marefuschia ,  qusc 
n une  sub  hasta  est,  quarum  utraque  scriptoribus  Santolii 
amicis  abundat,  mini  reperire  contigit,  ac  vix  tandem  eos 
nactussum  in  Bibliotheca  Collegii  Romani.  Ubi  autem  poetas 
récentes,  quos  post  aniiquos  légère,  et  imitari  liceat,  re- 
censent, Santolium  nusquam  laudalum  memini.  Sed  Galli, 
opinor,  non  indigent  plausoribus,  qui  ipsïs  domi,  utaiunt, 
nascuntur. 

FLN   DE    L'ArPEM>ICE. 


TABLE   DES   CHAPITRES 

DU  SECOND  VOLUME, 


Pa9- 
Chapitre  XVI.  De  la  Liturgie  durant  la  première  moitié 

du  dix-septième  siècle.  Zèle  de  l'Episcopat  Français 
pour  la  Liturgie  Romaine.  Réaction  de  la  puissance 
séculière. —Travaux  des  Pontifes  Romains  sur  la 
Liturgie.  Paul  V.  Rituel  Romain.  Bréviaire  Monas- 
tique.  —Urbain  VIII.  Correction  des  Hymnes.  —  Au- 
teurs lilurgistes  de  celte  époque 1 

Notes  du  Chapitre  XVI 58 

Chapitre  XVII.  De  la  Liturgie  durant  la  seconde  moitié 
du  dix-septième  siècle.  Commencement  de  la  déviation 
liturgique  en  France.  —  Affaire  du  Pontifical  Romain. 

—  Traduction  française  du  Missel.  —  Rituel  d'Alet.  — 
Bréviaire  Parisien  de  Harlay.  —  Bréviaire  de  Cluny. 

—  Hymnes  de  Sanlcul.  —  Caractère  des  chants  nou- 
veaux. —  Travaux  des  Papes  sur  les  livres  Romains. 

—  Auteurs  liturgistes  de  celte  époque 45 

Notes  du  Chapitre  XVII 103 

Chapitre  XVIII.  De  la  Liturgie  durant  la  première  moi- 
tié du  dix-huitième  siècle.  Audace  de  l'hérésie  Jan- 
séniste. Son  caractère  anti-iiturgistc  prononcé  de  plus 
en  plus.  —  Quesnel.  —  Silence  du  Canon  de  la  Messe 
attaqué.  —  Missel  de  Meaux.  —  Missel  de  Troyes.  — 
Languet.  Sa  doctrine  orthodoxe. —  Dora  Claude  de 
Vert.  Naturalisme  dans  les  cérémonies.  —  Languet, 
T.  II.  50 


786  TABLE. 

Pag. 

—  Liturgie  en  langue  vulgaire.  —  Jubé,  Curé  d'As- 
nières 170 

Notes  du  Chapitre  XVIII 256 

Chapitre  XIX.  Suite  de  l'histoire  de  la  Liturgie,  du- 
rant la  première  moitié  du  dix-huitième  siècle.  — 
Projets  de  Bréviaire  a  priori.  —  Grancolas.  Foinard. 

—  Bréviaires  de  Sens,  Auxerre,  Rouen,  Orléans, 
Lyon,  etc.  —  Bréviaire  et  Missel  de  Paris,  du  cardinal 
de  Noailles.  —  Bréviaire  et  Missel  de  Paris,  de  l'ar- 
chevêque Vintimille.  —  Auteurs  de  celte  Liturgie. 
Yigier.  Mcsenguy.  CofFm.  —  Système  suivi  dans  les 
livres  de  Vintimille.  —  Réclamations  du  Clergé.  — 
Violences  du  Parlement  de  Paris.  —  Triomphe  de  la 
Liturgie  de  Vintimille %QG 

Notes  du  Chapitre  XIX 588 

Chapitre  XX.  Suite  de  l'histoire  de  la  Liturgie,  durant 
la  première  moitié  du  dix- huitième  siècle.  —  Réac- 
tion contre  l'esprit  Janséniste  des  nouvelles  Liturgies. 

—  Bréviaire  d'Amiens.  —  Robinet.  —  Bréviaire  du 
1 1    Mans.  —  Caractère  général  de  l'innovation  liturgique 

sous  le  rapport  de*  la  poésie  *  du  chant  et  de  1  estne- 
'  .    J  tique  en  général.  —  Jugements  contemporains  sur 

celte  grave  révolution  et  ses  produits  595 

Chapitre  XXI.  Suite  de  l'histoire  de  la  Liturgie,  durant 
la  première  moitié  du  dix-huitième  siècle.  —  Affaire 

de  la  Légende  de  saint  Grégoire  VII .... . AôO 

Notes  du  Chapitre  XXI 518 

Chapitre  XXII.  Fin  de  l'histoire  de  h  Liturgie  durant 
la  première  moitié  du  dix-huitième  siècle.  —  Tra- 
vaux des  Souverains  Pontifes  sur  ta  Liturgie  Romaine. 

—  Auteurs  liturgistes  de  cette  époque. .,......,.,  525 


TABLE.  787 

Pag. 

Note  du  Chapitré  XXIî 559 

Chapitre  XXIII.  De  la  Liturgie  durant  la  seconde  moi- 
tié du  dix-huitième  siècle.  Derniers  efforts  pour  la 
destruction  des  usages  Romains  en  France.  -— Rondet 
et  ses  travaux.— Bréviaire  de  Poitiers.  Jacob.— Bré- 
viaire de  Toulouse.  Loménie  de  Bricnne.  —  Bréviaire 
de  Lyon.  Montazet.  —  Révision  du  Parisien.  Symon 
de  Doucourt. — Assemblée  des  Evoques  delà  Province 
de  Tours.  —  Bréviaire  de  Chartres.  Siéyes.  —  Missel 
de  Sens.  Monteau.  —  Désorganisation  de  la  Liturgie 
dans  plusieurs  ordres  religieux  en  France. — Situation 
de  l'Eglise  de  France,  sous  le  rapport  liturgique,  au 
moment  de  la  persécution.  —  Entreprises  anti-litur- 
giques  de  Joseph  II,  en  Allemagne  et  en  Belgique  ;  de 
Léopold,  en  Toscane.  —  Ricci.  Synode  de  Pistoie.  — 
Conspiration  générale  de  la  secte  anti-liturgistc  contre 
le  culte  et  l'usage  de  l'Eucharistie. —  Réaction  Catho- 
lique par  le  culte  du  Sacré-Cœur  de  Jésus.  —  Tenta- 
tives anii-litursristcs  de  la  secte  constitutionnelle  eu 
France,  après  la  persécution.  — Travaux  des  Papes 
sur  la  Liturgie  Romaine,  durant  la  dernière  moitié  du 
dix-huitième  siècle.  Bulle  Auctorem  fde i/-**  Auteurs 

liturgistes  de  cette  époque 562 

Chapitre  XXIV.  De  la  Liturgie  au  dix  neuvième  siècle. 

—  En  France,  rétablissement  du  culte  Catholique. 
Projet  d'une  Liturgie  nationale.  Actes  du  Légat  Cu- 
prara.  Sacre  de  Napoléon.  Pie  VII  dans  les  Eglises  cie 
Paris.  Situation  générale  de  la  Liturgie  sous  l'Empire. 

—  Caractère  des  œuvres  liturgiques  sous  la  Restau- 
ration et  depuis.  Destruction  presque  totale  de  la  Li- 
turgie Romaine.  Mouvement  inverse  et  favorable  aux 


788  TARE. 

Fug. 
usages  Romains.  Nouvelle  modification  du  Parisien  en 
J822.  Efforts  divers  dans  le  même  sens.  Difficultés  de 
la  situation,  et  son  remède.  —  En  Allemagne,  scan- 
dales des  Anli-liturgistes.  Ordonnance  de  l'Evéque  de 
Rottenbourg.  Affaire  de  Cologne.  —  En  Angleterre, 
tendances  favorables  aux  formes  Catholiques,  cl  au 
Bréviaire  Romain  en  particulier.  —  En  Russie,  in- 
fluence  désastreuse  de  la  Liturgie  Grecque. —  A  Rome, 
travaux  des  Papes  sur  la  Liturgie  Romaine.  — Biblio- 
thèque des  auteurs  lilurgistes  du  dix-neuvième  siècle.  646 

Notes  du  Chapitre  XXIV 762 

Appendice ,..,.,., 769 


FIN  DE  !  A  TABLE  PU  SECOND  VOLUME. 


BRIGHAM  YOUNG  UNIVERSITY 


3  1197  21066  4675 


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